Jalouse

réalisé par Stéphane et David Foenkinos

avec Karin Viard, Dara Tombroff, Anne Dorval, Thibault de Montalembert, Anaïs Demoustier, Bruno Todeschini, Marie-Julie Baup, Corentin Fila…

Comédie française. 1h46. 2017.

sortie française : 8 novembre 2017

Nathalie Pêcheux, professeure de lettres divorcée, passe quasiment du jour au lendemain de mère attentionnée à jalouse maladive. Si sa première cible est sa ravissante fille de 18 ans, Mathilde, danseuse classique, son champ d’action s’étend bientôt à ses amis, ses collègues, voire son voisinage… Entre comédie grinçante et suspense psychologique, la bascule inattendue d’une femme.

Jalouse : Photo Karin Viard

Le premier long-métrage des frères Foenkinos, La Délicatesse, ne m’avait pas déplu mais ne m’a pas réellement marquée, presque m’avait laissée indifférente (tandis que le roman d’origine, écrit par David Foenkinos, est une jolie surprise). Je n’attendais évidemment pas leur nouvelle collaboration mais la bande-annonce a su attirer mon attention. Jalouse fait donc du bien dans le paysage actuel de la comédie française. Enfin, le terme « comédie » est à prendre avec des pincettes. Certes, le film est souvent drôle par les situations assez grinçantes et des répliques vachardes bien envoyées. Tout le monde se fait envoyer péter par Nathalie Pêcheux, femme « en transition » avant la ménopause : sa fille (une jolie danseuse), le petit ami de sa fille (un gentil garçon), sa meilleure amie (et sa fille), son ex-mari et sa jeune compagne ou encore son dernier crush. Pourtant, le long-métrage ne se contente pas d’aligner des gags qui fonctionnent souvent la plupart du temps. Il s’intitule Jalouse mais il aurait très bien pu être remplacé par Dépressive. Parce que finalement, il s’agit concrètement de l’histoire d’une femme dépressive qui souffre de sa situation parce que justement elle fait souffrir toutes les personnes auxquelles elle tient. Elle a conscience qu’elle fait du mal autour d’elle et pourtant c’est plus fort qu’elle : elle agit et parle mal. Nathalie Pêcheux n’aurait pu qu’être une garce de service capable de faire rire le spectateur. Les Foenkinos ne se limitent alors pas au genre comique : la partie davantage dramatique est bien plus intéressante que prévue. Ils ont compris tous les enjeux de la dépression et leur scénario a un schéma très structuré. Au départ, le film débute sur des faits assez « grossiers » dans le sens où ils donnent lieu aux situations comiques, le personnage principal a des réactions excessives. Petit à petit, en creusant sur les problèmes bien plus profonds et intérieurs de cette femme, le scénario parvient à cerner toutes les subtilités de ce personnage souffrant de dépression. En fait, il exploite au fur et à mesure des scènes ce qu’il y a derrière cette apparence de femme, on a accès de plus en plus à ses fissures. Je ne suis donc pas d’accord avec les critiques reprochant une fin convenue car pour moi ce n’est pas le cas, c’est plus un exemple même de réalisme (je vais tenter de rester « discrète » mais si on lit bien entre les lignes : oui je spoile un peu). La dépression n’est pas quelque chose qui se soigne du jour au lendemain. On peut en guérir mais ce processus prend du temps à aboutir. Et encore, peut-elle totalement disparaître ? La dépression est souvent une maladie qui peut revenir quand on en a déjà fait une. Pour moi, cette fin suggère plutôt cette piste. Oui, les choses peuvent s’arranger mais il va falloir du temps pour tout remettre en ordre (et les rapports entre les personnages sont aussi en cours de reconstruction).

Jalouse : Photo Karin Viard

La mise en scène n’est certes pas très « impressionnante » (mais rien de problématique non plus, surtout certainement par rapport à ce qu’on attend) mais cette écriture si forte, prenant en compte l’évolution (toujours crédible) du personnage principal tout comme ses relations avec son entourage sans caricaturer les personnes « jalousées », parvient à gommer cet éventuel défaut. De plus, si le film possède d’indéniables qualités concernant l’écriture, sans forcément affirmer qu’il s’agit de là d’un pur objet artistique cinématographique (on est d’accord de ce côté-là qu’il y a forcément mieux), il ne tombe pas non plus dans quelque chose de trop littéraire ni dans un résultat qui aurait pu être plat. Il s’agit bien d’un scénario original, Foenkinos ont bien su faire la différence entre scénario et littérature (c’était justement mon problème en regardant l’adaptation de La Délicatesse, la distinction entre les deux était pour moi trop floue). Karin Viard a toujours été une excellente actrice mais là je crois qu’elle livre une de ses meilleures interprétations de sa carrière. J’espère qu’on la verra parmi les nommés aux César ! Elle est à la fois terriblement attachante, énervante, hilarante et touchante, on a autant envie de la gifler que de la rassurer. Toutes les nuances de son personnage prennent également vie grâce à son interprétation. Dara Tombroff (véritable danseuse issue du Ballet de l’Opéra National de Bordeaux et désormais orientée vers le dessin d’après ce que j’ai compris : quel parcours !) s’en tire également bien, surtout pour un tout premier rôle au cinéma. Tous les seconds rôles sont également très bons, notamment Anne Dorval (impressionnant comme on n’entend pas son accent québécois !) et Marie-Julie Baup, toutes les deux des incarnations de la bonté (surtout la seconde, vraiment épatante) et surtout de l’envie de ne pas juger (le personnage de Demoustier – également remarquable – est également bienveillant même s’il est un peu plus dans une certaine « confrontation »). Et c’est peut-être pour ça que Jalouse est aussi un formidable film drôle et émouvant qui parvient à aller au-delà de la fine analyse sur une femme qui vacille : il ne juge pas son personnage principal et ne s’en moque pas non plus.

Jalouse : Photo Anne Dorval, Karin Viard

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Lolo

réalisé par Julie Delpy

avec Julie Delpy, Dany Boon, Vincent Lacoste, Karin Viard, Antoine Lounguine, Elise Larnicol, Juliette Lamet, Karl Lagerfeld, Frédéric Beigbeder, Ramzy Bedia, Georges Corraface…

Comédie française. 1h40. 2014.

sortie française : 28 octobre 2015

Lolo

En thalasso à Biarritz avec sa meilleure amie, Violette, quadra parisienne travaillant dans la mode, rencontre Jean-René, un modeste informaticien fraîchement divorcé. Après des années de solitude, elle se laisse séduire. Il la rejoint à Paris, tentant de s’adapter au microcosme parisien dans lequel elle évolue. Mais c’est sans compter sur la présence de Lolo, le fils chéri de Violette, prêt à tout pour détruire le couple naissant et conserver sa place de favori.

Lolo : Photo Dany Boon, Julie Delpy, Vincent Lacoste

Je n’ai pas encore regardé l’intégralité de la filmographie de Julie Delpy en tant que réalisatrice (je n’ai pas encore vu Looking for Jimmy ni Le Skylab) mais ceux que j’ai pu voir m’ont vraiment plu, en tout cas j’accroche vraiment à l’univers de Julie Delpy. J’essaie d’être une spectatrice « fidèle » à son travail et c’est uniquement pour cette raison que je me suis déplacée voir son dernier film Lolo au cinéma. J’ai beau aimé le travail de Delpy, la bande-annonce de Lolo m’avait limite fait fuir, je trouvais que ça faisait trop… comment dire ça ? Comédie française quoi (si vous voyez ce que je veux dire, je ne veux pas être méchante, hein). Mais j’avais tout de même confiance en Delpy, je me suis dit qu’elle avait suffisamment de talent pour que le film soit un peu plus que ça, qu’il ne fallait pas tout le temps se fier aux bandes-annonces et mettre de côté ses a priori. Hélas, même s’il n’y a rien de honteux et que j’ai passé un plutôt bon moment devant ce film, Lolo reste tout de même une petite déception, surtout quand on sait de quoi est capable Julie Delpy. J’ai eu l’impression qu’on avait perdu pendant un peu plus de 1h30 la Julie des films indie entre Woody Allen et Jean-Luc Godard. Certes, on sent de temps en temps sa patte mais en voulant réaliser une comédie plus populaire (ce qui n’a rien de négatif à la base mais qui, à mon avis, n’est pas quelque chose qui ressemble à sa personnalité), toutes les bonnes idées, les choses à dire en général qui auraient pu paraître pertinentes n’ont pas autant de force qu’on aurait pu l’espérer. Julie Delpy a voulu traiter ces éternels sujets (pourtant toujours d’actualité) sur les différences entre les classes sociales et les relations malsaines entre une mère et son fils. Certes, c’est toujours aussi plaisant de voir pourtant une réalisatrice venant d’un bon milieu critiquer la bêtise des bobos, leurs préjugés absurdes notamment sur les provinciaux (du genre Biarritz est pour eux une ville provinciale) ou encore la caricature finalement à peine exagérée de leurs soirées (notamment la soirée mode avec Karl Lagerfeld dans le métro ou Frédéric Beigbeder qui présente une émission de cuisine !). Même si ce n’est pas forcément nouveau encore une fois, c’est également toujours aussi jouissif de voir un sale gosse psychopathe qui entube tout le monde et qui fout bien sa merde comme il le faut, à cause d’un amour plus que maladif envers sa mère.

Lolo : Photo Dany Boon

Evidemment que tout cela prête à sourire voire même à faire rire par moments (même si je n’étais pas non plus pliée en quatre), il y a des répliques bien senties, le film a une certaine fraîcheur communicative, l’ensemble est loin d’être déplaisant mais la réflexion ne va pas très loin, pas autant qu’on aurait pu le souhaiter. Par conséquent, le manque de profondeur fait un peu de mal à l’humour qui n’est pas aussi grinçant qu’on aurait pu l’espérer. Du coup, on a juste la sensation d’avoir regardé une simple comédie romantique un peu moins culcul que la moyenne. Si l’ensemble reste divertissant, on a aussi la sensation que Delpy est passée à côté de ce film qui me semble inabouti. Je regrette également la vulgarité de certains dialogues même s’ils sont parfois drôles (par exemple la scène dans le train). Certes, Julie Delpy est connue pour son langage cru, hélas elle semble parfois ne plus faire la différence entre ce qui est cru et vulgaire. Je suis partagée en ce qui concerne la fin. J’ai effectivement aimé la dernière scène, finalement assez cynique et sans pitié pour les personnages. En revanche, la manière dont sont amenées toutes les révélations autour de ce Lolo ne m’ont pas paru très crédibles. On a un peu l’impression qu’elles arrivent un peu comme ça parce qu’il fallait bien les caler quelque part, la fin approchant à grands pas. Par contre, rien à dire sur le casting. L’interprétation de Dany Boon (qui se fait parfois lyncher un peu trop gratuitement – j’avais besoin de passer mon mini coup de gueule) est plutôt bonne voire même surprenante dans le sens où on ne l’attend pas dans ce rôle finalement plus subtil et plus doux, il a même un côté involontairement séducteur, je veux dire, je comprends pourquoi Violette a pu être séduite par cet homme qui, a priori, n’est pas un tombeur et surtout pas son genre physiquement ou socialement. Julie Delpy est également très convaincante dans ce rôle de névrosée bobo (même si elle a l’habitude de jouer ce rôle-là mais bon j’avoue ne pas me lasser de ce type de personnage qu’elle incarne merveilleusement bien). Mais je dois avouer (en ce qui me concerne) que c’est surtout Vincent Lacoste qui se détache du lot dans ce rôle de gamin manipulateur odieux voire même carrément psychopathe. Enfin, même si je ne suis pas vraiment fan du personnage qu’elle incarne, Karin Viard reste tout de même crédible en meilleure amie bobo très très libérée sexuellement.

Lolo : Photo Vincent Lacoste

La Famille Bélier

réalisé par Eric Lartigau

avec Louane Emera, Karin Viard, François Damiens, Eric Elmosnino, Luca Gelberg, Roxane Duran, Ilian Bergala, Stephan Wojtowicz, Jérôme Kircher…

Comédie française, belge. 1h46. 2014.

sortie française : 17 décembre 2014

La Famille Bélier

Dans la famille Bélier, tout le monde est sourd sauf Paula, 16 ans. Elle est une interprète indispensable à
ses parents au quotidien, notamment pour l’exploitation de la ferme familiale. Un jour, poussée par son professeur de musique qui lui a découvert un don pour le chant, elle décide de préparer le concours de Radio France. Un choix de vie qui signifierait pour elle l’éloignement de sa famille et un passage inévitable à l’âge adulte.

La Famille Bélier : Photo François Damiens, Karin Viard, Louane Emera, Luca Gelberg

Les médias nous ont bassinés avec La Famille Bélier, bien avant sa sortie officielle au point de voir la gueule de Louane à peu près partout tous les jours. Cette surmédiatisation a été payante puisque le film a réuni dans les salles françaises plus de sept millions de spectateurs. Nommé en tout dans six catégories aux César, il a permis à Louane Emera, révélée dans This is the Voice The Voice (et elle m’agaçait énormément, mais passons), de remporter le César du meilleur espoir féminin. Cependant, je dois avouer que j’ai tendance à me méfier de ces films trop aimés par la presse et cette surmédiatisation m’a plus fait fuir qu’autre chose. Et en plus, j’ai un mal fou avec les chansons de Michel Sardou (j’exaspère pratiquement toutes les semaines mon entourage depuis très longtemps en disant que je n’aime pas ce type, je vais essayer de ne pas être relou durant cette chronique). Mais tout le monde sait ici que je suis plutôt curieuse (même si j’ai mes limites, parce que, faut pas trop déconner non plus), je me suis alors rattrapée quelques mois après sa sortie ciné. Au début, je dois avouer que j’étais sceptique. J’avais peur de voir un téléfilm tout mignon et déjà vu. Certes, on ne va pas se mentir : la mise en scène, pourtant correcte pour ce type de film, n’a rien d’exceptionnel. Quant à l’histoire, elle est assez basique sur le papier : une jeune fille découvre un talent pour la chanson et va devoir voler de ses propres ailes. Bref, le passage de l’adolescence à l’âge adulte n’a rien d’inédit. Cependant, je décide tout de même de laisser sa chance à ce film. Au début, quelques défauts me sautent aux yeux : par exemple, je trouve que Karin Viard et François Damiens gigotent un peu trop dans tous les sens ou encore le portrait des agriculteurs n’est pas toujours très flatteur (à côté, les agriculteurs de L’amour est dans le pré paraissent élégants, sans vouloir les offenser). Mais je réussis à laisser de côté ces quelques problème car le film est pour moi d’emblée drôle et frais. Je dois même vous dire qu’au fur et à mesure de mon visionnage, je tombe de plus en plus sous le charme de cette comédie plus mélancolique qu’elle en a l’air.

La Famille Bélier : Photo François Damiens, Karin Viard

Il faut dire que le scénario, écrit par Victoria Bedos et Stanislas Carré de Malberg, reste tout de même assez réussi et efface la banalité de la mise en scène. Comme on dit, c’est simple mais efficace. Et simple n’est pas synonyme d’idiot. Ainsi, la situation paradoxale dans laquelle se situe la jeune Paula (être chanteuse dans une famille de sourds!) fonctionne malgré sa simplicité, il s’agit en tout cas d’une bonne base scénaristique et dans l’ensemble les scénaristes l’exploitent plutôt bien. Je trouve que les scénaristes ont su mettre en avant cet handicap avec humour (la gestuelle des parents et le contraste avec ce que dit Paula font partie de ces procédés comiques) mais sans se moquer. Surtout j’ai apprécié qu’on ne victimise pas les sourds (cela pourrait notamment expliquer le comportement parfois exagéré ou grossier des parents Bélier). Surtout au fil du film, le scénario fait de plus en plus de place à une certaine sensibilité bienvenue, et contrairement à certains gags, elle est loin d’être lourde. Par exemple, l’évolution de Paula reste subtile dans le sens où la découverte de son talent n’est pas brutale (contrairement à un grand nombre de films dans la même veine). Surtout, le film s’éloigne de plus en plus de la comédie pour faire place à une réelle émotion. Même la mise en scène, pourtant assez banale jusqu’à présent, s’améliore dans la seconde partie du long-métrage. La scène avec les parents qui assistent au concert de l’école est par exemple simple mais finalement assez ingénieuse : ils n’entendent pas leur fille chanter mais en observant la réaction du public autour d’eux dans le silence, ils savent que leur fille a du talent dans la chanson. Et, quitte à me faire passer pour une dépressive, j’ai pleuré comme une madeleine de cette scène en question jusqu’à l’avant-dernière scène, dans laquelle Paula reprend Je vole de Michel Sardou. Dans The Voice, j’avais vraiment du mal avec les prestations (assez niaises) de Louane. Puis, même si ses chansons restent pas mal en tête (oui, quand je suis seule dans ma voiture et que je mets RTL2, ça m’arrive de chanter super fort Avenir, je l’assume), je ne trouve pas son album très bon (oui, je l’ai écouté, merci Spotify !).

La Famille Bélier : Photo Ilian Bergala, Louane Emera

Or, dans le film, ses performances musicales ne m’ont pas déçue. Non seulement sa voix me parait plus pure mais surtout on sent qu’elle comprend vraiment ce qu’elle chante, il est merveilleux de voir comment les chansons de ce cher Michel Sardou intègrent le scénario. De plus, même si son jeu n’est pas impeccable (mais heureusement j’ai vite oublié ses quelques maladresses), Louane s’en sort franchement bien. Certes, je peux comprendre les détracteurs de son César, même s’il ne me semble pas honteux : la jeune fille n’a peut-être pas nécessairement envie de devenir actrice et rien ne dit qu’elle fera carrière dans le cinéma. De plus, il parait qu’il y avait en face de sérieuses concurrentes (notamment celles de Respire), des actrices déjà plus professionnelles malgré leur jeunesse. Ce que je veux dire, c’est que je ne peux pas dire à l’heure actuelle si Louane Emera méritait son César. Mais cela n’empêche pas que son interprétation m’a tout de même énormément touchée malgré quelques imperfections. On sent la jeune fille investie dans ce rôle et sa fraîcheur et sa sensibilité la rendent touchante. Depuis, j’ai beaucoup de sympathie et d’estime pour elle. Le reste du casting est également à la hauteur. Certes, comme je le disais au début, Karin Viard et François Damiens exagèrent beaucoup leurs mouvements (même si ça m’a quand même fait rire, heureusement pas tous les sourds s’agitent ainsi !). Cependant, sans faire de grimaces, ils restent expressifs et parviennent également à rendre leurs personnages émouvants. Les seconds rôles sont également très bons. Eric Elmosnino (décidément, les films musicaux, c’est son truc) est vraiment excellent dans le rôle de ce prof de musique raté et blasé féru de chansons françaises. Luca Gelberg (réellement sourd) est également bon même si son personnage aurait pu être plus développé. Pour conclure, La Famille Bélier a certes clairement ses défauts (la romance avec son bellâtre est effectivement un peu trop mignonne), mais je comprends mieux son succès (ce film m’a conquise, pourtant je suis compliquée) malgré un matraquage médiatique agaçant. Il s’agit selon moi d’un bon feel good movie, mieux écrit qu’il en a l’air malgré quelques facilités, souvent drôle et surtout très émouvant.

La Famille Bélier : Photo Eric Elmosnino

Polisse

réalisé par Maïwenn

avec Karin Viard, Joey Starr, Marina Foïs, Nicolas Duvauchelle, Maïwenn, Karole Rocher, Jérémie Elkaïm, Emmanuelle Bercot, Frédéric Pierrot, Naidra Ayadi, Arnaud Henriet, Riccardo Scamarcio, Sandrine Kiberlain, Wladimir Yordanoff, Louis-Do de Lencquesaing, Alice de Lencquesaing, Audrey Lamy, Malonn Lévana, Lou Doillon, Carole Franck, Sophie Cattani, Anthony Delon…

Drame français. 2h. 2011.

sortie française : 19 octobre 2011

Polisse

Le quotidien des policiers de la BPM (Brigade de Protection des Mineurs) ce sont les gardes à vue de pédophiles, les arrestations de pickpockets mineurs mais aussi la pause déjeuner où l’on se raconte ses problèmes de couple ; ce sont les auditions de parents maltraitants, les dépositions des enfants, les dérives de la sexualité chez les adolescents, mais aussi la solidarité entre collègues et les fous rires incontrôlables dans les moments les plus impensables ; c’est savoir que le pire existe, et tenter de faire avec… Comment ces policiers parviennent-ils à trouver l’équilibre entre leurs vies privées et la réalité à laquelle ils sont confrontés, tous les jours ? Fred, l’écorché du groupe, aura du mal à supporter le regard de Melissa, mandatée par le ministère de l’intérieur pour réaliser un livre de photos sur cette brigade.

Polisse : photo Karin Viard, Maïwenn

Avant de réaliser Polisse, l’actrice Maïwenn était déjà passée deux fois derrière la caméra, avec Pardonnez-moi et Le bal des actrices. Je n’ai pas eu l’occasion de voir les films que je viens de citer mais Maïwenn a eu raison de persévérer en tant que réalisatrice. Il faut tout d’abord rappeler que le film a séduit le jury du festival de Cannes (présidé cette année-là par Robert De Niro) en remportant le prix du jury. Il avait également récolté dix nominations aux Césars (et en avait remporté deux : meilleur espoir féminin pour Naidra Ayadi et meilleur montage). Puis plus de deux millions de spectateurs se sont déplacés dans les salles malgré un sujet pas destiné pour le grand public. Le public était de nouveau présent lorsque la chaîne l’a diffusé dimanche dernier, réunissant ainsi 2 655 000 téléspectateurs (soit 10, 1% de PDA). Je comprends totalement son succès puisque le film m’a également énormément plu. Certes, il n’est pas parfait, il a ses maladresses. Par exemple, le personnage de Maïwenn, Mélissa la photographe, ne sert pas à grand chose et vu comme le film nous présente directement en immersion, je ne pense pas que le film avait besoin d’une personne extérieure de la Brigade de Protection des Mineurs. Cependant, même si cela me paraissait nécessaire de relever ce défaut, il ne m’a pas non plus gâché le film, qui reste pour moi une belle réussite. Attention, dans la suite de ma critique, je vais révéler des scènes importantes du film, ne lisez pas la suite si vous ne voulez pas connaître ces détails.

Polisse : Photo JoeyStarr, Maïwenn, Nicolas Duvauchelle

Polisse nous présente une multitude de personnages (flics, victimes, coupables) ainsi qu’un grand nombre d’histoires. Tout ce désordre aurait pu être désagréable pourtant Maïwenn a un véritable talent pour filmer ce bordel. Grâce à un style proche du documentaire et à un rythme effréné, le spectateur se retrouve en immersion dans la Brigade de Protection des Mineurs. Ce film coup de poing, bien documenté, montre les difficultés que rencontre ces flics au quotidien. Ils sont éprouvés psychologiquement (à force d’écouter des récits épouvantables au quotidien, leur vie privée en prend aussi un coup) et doivent se confronter à leur hiérarchie qui leur donne trop peu de moyens pour faire leur travail dans les meilleures conditions possibles. On peut comprendre ce que peuvent ressentir les membres de cette brigade car les récits (dont beaucoup sont tristement vrais) font froids dans le dos : une mère qui, en plus de secouer violemment son enfant pour le calmer, le « branle » et lui fait même des fellations pour qu’il s’endorme sans se rendre compte de la gravité de ses actes, le père qui viole sa fille mais qui se croit protégé à cause de ses relations, la gamine qui s’expose nue sur Internet ou une autre qui taille des pipes juste pour récupérer un portable…  Quant à la scène avec le petit abandonné par sa mère, elle est particulièrement émouvante et criante de vérité, j’en ai même tremblé.

Polisse : Photo Arnaud Henriet, Jérémie Elkaïm, JoeyStarr, Maïwenn, Naidra Ayadi

Les personnages les plus mis en avant sont Nadine (Karine Viard), Iris (Marina Foïs) et Fred (Joey Starr), cependant les autres rôles, même les plus petits, parviennent à trouver leur place, on devine même une partie de leur histoire. C’est pour cela qu’on arrive à s’attacher à la plupart des policiers présentés à l’écran. Iris est pour moi le personnage le plus intéressant car son histoire est la percutante. Selon mon interprétation (je préfère être prudente même si je ne pense pas me tromper), elle serait une ancienne enfant violée. En effet, elle semble rejeter les hommes, n’arrive pas à tomber enceinte, souffre d’anorexie et ne s’aime pas (la scène où elle donne son propre prénom au bébé mort est assez révélatrice sur sa souffrance). Le parallèle final avec le jeune Solal serait aussi un indice supplémentaire à ce qu’Iris a pu vivre enfant. La métaphore est peut-être très appuyée, pourtant elle fonctionne parfaitement bien. Solal retombe sur ses pieds car il a pu parler de son histoire, même s’il ne se rend pas forcément compte de la gravité des faits. On ne sait pas ce que deviendra ce môme, on a envie de croire qu’il va pouvoir grandir sereinement même si on n’en est jamais sûr. Contrairement à Solal, Iris ne pourra littéralement pas retomber sur ses pieds car elle n’a jamais parlé de ce qui s’est passé et se sent de plus en plus seule (compagnon qui la lâche, copine qui se fâche, promotion qui va l’isoler de ses camarades de travail). Son boulot permet de traquer les criminels mais pourra-t-on réellement panser tous les maux des enfants battus ou violés ? Pour moi, Iris est en quelque sorte une représentation du futur possible de toutes ces petites victimes qu’on a vu à l’écran. Pour finir, le casting est parfait. On retiendra en particulier un Joey Starr surprenant, une Marina Foïs bouleversante et une Karin Viard qui nous livre une de ses meilleures interprétations.

Polisse : photo Maïwenn

Lulu femme nue

réalisé par Solveig Anspach

avec Karin Viard, Bouli Lanners, Claude Gensac, Pascal Demolon, Philippe Rebbot, Corinne Masiero…

Comédie dramatique française. 1h27. 2013.

sortie française : 22 janvier 2014

Lulu femme nue

À la suite d’un entretien d’embauche qui se passe mal, Lulu décide de ne pas rentrer chez elle et part en laissant son mari et ses trois enfants. Elle n’a rien prémédité, ça se passe très simplement. Elle s’octroie quelques jours de liberté, seule, sur la côte, sans autre projet que d’en profiter pleinement et sans culpabilité. En chemin, elle va croiser des gens qui sont, eux aussi, au bord du monde : un drôle d’oiseau couvé par ses frères, une vieille qui s’ennuie à mourir et une employée harcelée par sa patronne… Trois rencontres décisives qui vont aider Lulu à retrouver une ancienne connaissance qu’elle a perdu de vue : elle-même.

Lulu femme nue : Photo Karin Viard

L’Islandaise Solveig Anspach, réalisatrice de Haut les coeurs ! (qui avait permis à Karin Viard de décrocher le César de la meilleure actrice en 2000) et surtout de nombreux documentaires (notamment Made in the USA) adapte la bande-dessinée Lulu femme nue d’Etienne Davodeau. Ce long-métrage a pour moi ses défauts. En effet, on pourra lui reprocher d’être un peu trop simple, que ce soit au niveau de l’histoire ou surtout en ce qui concerne la mise en scène. Selon moi, le film souffre également de quelques petits problèmes de rythme, surtout entre la partie avec Bouli Lanners et celle avec Claude Gensac. Je ne pense pas non plus que ce film me marquera. Mais c’est grâce à sa simplicité et à son humanité qu’on accroche à ce film à la fois touchant, attachant, humain, drôle, sincère, mélancolique et sensible, évitant avec intelligence les artifices. Il s’agit pour moi d’un bon feel good movie et surtout d’une bonne surprise (vu que je n’attendais rien de ce film). Il est clair qu’il est plein de bons sentiments, pourtant il n’est jamais niais. Le ton, plutôt léger, permet d’aborder avec subtilité de sujets graves comme la violence conjugale, la solitude et même la mort. Il s’agit d’un très beau portrait d’une femme qui s’émancipe.

Lulu femme nue : Photo Claude Gensac, Karin Viard

En effet, au début du film, Lulu, ou plutôt Lucie, est une femme timide, fragile, perdue, fatiguée de la routine, ne supporte plus les échecs (son dernier entretien d’embauche a été catastrophique) ni les responsabilités familiales et est écrasée par ses proches, tout particulièrement par son mari. Puis, notre héroïne va apprendre à s’affirmer et à se (re)découvrir en tant que femme (et non comme une épouse ou une mère de famille) au fil de son voyage initiatique grâce au contact de Charles, un ex-taulard bourru au premier abord mais en réalité tendre, et de Marthe, une personne âgée souffrant de la solitude mais dynamique. A travers les différentes rencontres de Lulu, Solveig Anspach réussit aussi parallèlement à livrer le portrait de gens modestes qui sont ici des laissés-pour-compte de la société. Elle va également reprendre goût à la vie et connaître enfin le bonheur et les joies de la liberté. Karin Viard est toujours autant formidable et confirme qu’elle est une des meilleures actrices françaises. Les seconds rôles sont également tous très bons. On retrouve notamment Bouli Lanners, très surprenant dans un rôle sensible, Claude Gensac, excellente en vieille dame qui aimerait sortir de la solitude, Corinne Masiero en patronne de bar connasse pas très sympa ou encore Pascal Demolon et Philippe Rebbot forment un très sympathique duo de frangins protecteurs.

Lulu femme nue : Photo Bouli Lanners, Karin Viard

L’amour est un crime parfait

réalisé par Jean-Marie et Arnaud Larrieu

avec Mathieu Amalric, Karin Viard, Maiwenn, Sara Forestier, Denis Podalydès, Marion Duval…

Thriller français. 1h50. 2013.

sortie française : 15 janvier 2014

L'Amour est un crime parfait

Professeur de littérature à l’université de Lausanne, Marc a la réputation de collectionner les aventures amoureuses avec ses étudiantes. Quelques jours après la disparition de la plus brillante d’entre elles qui était sa dernière conquête, il rencontre Anna qui cherche à en savoir plus sur sa belle-fille disparue…

L'Amour est un crime parfait : Photo Mathieu Amalric

L’amour est un crime parfait est une adaptation du roman de Philippe Dijan, Incidences, publié en 2010. Avec un titre qui rappelle le maître du suspense, on avait le droit de s’attendre à un bon polar. Hélas, il y a encore du boulot pour arriver à la cheville d’Hitchcock ! Mais finalement, si on y réfléchit bien, bien qu’il soit accrocheur, le titre ne veut rien dire… à l’image de ce film d’ailleurs. La bande-annonce ne m’inspirait déjà pas des masses, mais je pensais que ça pourrait quand même être un divertissement à peu près correct. Mais ce n’est pas le cas. Les téléfilms de France Télévisions passent pour des chefs-d’oeuvre à côté de cette daube qui se veut intelligente. Il est vrai que les paysages sont beaux. Mais on ne fait pas avec ça un film de deux heures ! Le film est vraiment soporifique, j’ai failli m’endormir à plusieurs reprises. Il est bien trop long surtout qu’il ne raconte pas grand-chose. Il y a au début une vague histoire de disparition, puis pendant presque deux heures, on suit un professeur de fac (qui, au passage, donne une très belle image aux littéraires) qui se tape tout le monde : ses étudiantes notamment une nymphomane agressive, la belle-mère qui de la fameuse disparue et même sa propre frangine (c’est le DSK suisse !) histoire de donner un côté faussement glauque et surtout une psychologie à deux balles.

L'Amour est un crime parfait : Photo

C’est totalement inintéressant, ça se veut profond et intellectuel (non, parce que tu comprends, la nature représente la part animale de Marc, qui a son pénis en feu alors qu’il fait froid, wow !), c’est juste prétentieux et c’est prendre le spectateur pour un con. On ne comprend pas non plus trop où ça veut en venir (ou alors c’est un message benêt du style : « ah les traumatismes d’enfants ont des conséquences »). Malgré le côté sulfureux assumé, il n’y a aucune tension sexuelle. Quant à la fameuse enquête, elle est vraiment nulle. Ce n’est pas le sujet principal de ce film, ce n’est qu’un prétexte pour aborder d’autres thèmes mais il faut quand même un minimum de scénario. Parce que là, on comprend quand même vraiment rapidement ce qui s’est passé, il n’y a aucun suspense, pas l’ombre d’un doute ! Vous remarquerez que certaines scènes sont totalement irréalistes : Maïwenn qui sort la foufoune à l’air sur son balcon alors qu’on se les gèle et qu’il y a probablement des gens qui la voient – normal, Amalric qui saigne tellement du nez qu’on pourrait croire qu’il a égorgé un sanglier, un campus vraiment vide, un retournement final peu crédible même tiré par les cheveux… Pour moi, ce film est raté. C’est dommage car, à part Maïwenn qui se contente de faire la gueule et de minauder, les acteurs ont l’air investi et la musique de Caravaggio est plutôt envoûtante.

L'Amour est un crime parfait : Photo Denis Podalydès, Karin Viard