Le Grand Jeu (2017)

réalisé par Aaron Sorkin

avec Jessica Chastain, Idris Elba, Kevin Costner, Michael Cera, Chris O’Dowd…

titre original : Molly’s Game

Drame, biopic américain. 2h20. 2017.

sortie française : 3 janvier 2018

La prodigieuse histoire vraie d’une jeune femme surdouée devenue la reine d’un gigantesque empire du jeu clandestin à Hollywood ! En 2004, la jeune Molly Bloom débarque à Los Angeles. Simple assistante, elle épaule son patron qui réunit toutes les semaines des joueurs de poker autour de parties clandestines. Virée sans ménagement, elle décide de monter son propre cercle : la mise d’entrée sera de 250 000 $ ! Très vite, les stars hollywoodiennes, les millionnaires et les grands sportifs accourent. Le succès est immédiat et vertigineux. Acculée par les agents du FBI décidés à la faire tomber, menacée par la mafia russe décidée à faire main basse sur son activité, et harcelée par des célébrités inquiètes qu’elle ne les trahisse, Molly Bloom se retrouve prise entre tous les feux…

Le Grand jeu : Photo Jessica Chastain

Aaron Sorkin est un scénariste réputé depuis plusieurs années, que ce soit à la télévision (A la Maison Blanche, The Newsroom) ou au cinéma (il a remporté l’Oscar du meilleur scénario adapté pour son travail sur The Social Network de David Fincher). Il passe désormais derrière la caméra (même s’il est aussi chargé, sans surprise, du scénario). Le Grand Jeu est inspiré de l’histoire vraie de Molly Bloom (oui, elle s’appelle comme le célèbre personnage du roman Ulysse de James Joyce), cette ancienne skieuse devenue organisatrice de parties de poker pour stars. Parmi ces stars, on retrouvait notamment Tobey Maguire (visiblement, même s’il n’est pas jamais nommé – comme les autres célébrités,  « Joueur X », interprété par Michael Cera, semble être une sorte de représentation de l’acteur de Spiderman), Leonardo DiCaprio, Ben Affleck, Macauley Culkin ou encore Matt Damon. Elle se fait finalement arrêter en 2013 pour ses parties illégales. Ses liens avec la mafia russe n’ont également pas arrangé les choses. Sorkin adapte en partie son autobiographie : je dis bien « en partie » puisque le film s’intéresse aussi à ce qui se passe après la sortie de ce livre (dans le film, son avocat lit même son bouquin). Je suis ressortie de la salle très partagée. Dans l’ensemble, j’ai été surprise de ne pas avoir senti de longueurs alors que le film dure tout de même 2h20. 2h20 pour un film qui ne raconte finalement pas grand-chose sans m’ennuyer relève presque de « l’exploit ». Pour une première réalisation, Aaron Sorkin s’en tire plutôt bien. Certes, la mise en scène n’est pas non plus extraordinaire. Beaucoup diront que Sorkin n’est pas un David Fincher ou un Danny Boyle (Sorkin avait aussi écrit pour lui avec Steve Jobs). Certes, ce n’est pas faux. Mais il n’y a rien de honteux, loin de là : son travail reste plutôt bon. En tout cas, si le film a selon moi beaucoup de défauts, la mise en scène n’est pas selon moi ce qui est à pointer du doigt. Le Grand Jeu bénéficie d’excellentes interprétations.J’aime beaucoup Jessica Chastain (enfin l’actrice, parce que la personnalité publique auto-proclamée porte-parole de toutes les causes commence un peu à me taper sur le système : voilà, c’est dit, je me sens mieux) et sans surprise, elle livre une impeccable interprétation. 

Le Grand jeu : Photo Idris Elba, Jessica Chastain

Cela dit, j’ai été « perturbée » par  sa perruque parfois un peu trop visible et ses décolletés un peu trop mis en avant : certes, son personnage, vulgaire, est assume sa féminité physique dans un milieu très masculin mais j’ai trouvé cet aspect parfois trop surligné. Pour la petite anecdote, c’est la véritable Molly Bloom qui souhaitait voir Chastain interpréter son rôle. J’ai surtout été épatée par la performance d’Idris Elba, tout particulièrement charismatique dans le rôle de l’avocat de l’héroïne. A la sortie de ma séance, je me souvenais même plus de lui que de Chastain. Dans un rôle secondaire, on est toujours content de retrouver ce bon vieux Kevin Costner. Le problème de ce dernier n’est pas son interprétation, loin de là. L’utilisation de son personnage est en revanche gênante. La scène de la patinoire est juste une immense blague et fait perdre à elle-seule tout crédit au film déjà suffisamment bancal : Molly retrouve son bon vieux père un peu par hasard dans ce petit bled qu’est New York à la patinoire, il lui fait alors en trois minutes sa psychothérapie. Vous comprenez, Molly elle se venge des hommes parce que son père était trop autoritaire et en plus c’était un salaud parce qu’il trompait sa femme. Molly trempe dans des affaires douteuses parce qu’elle n’a pas été réussi à être la championne de ski qu’elle aurait dû devenir. Bref, ça m’a fatiguée, même un épisode de 7 à la maison était plus subtil. Et c’est là où je veux commencer à pointer les nombreux défauts de ce long-métrage divertissant mais oubliable et discutable pour différentes raisons. La construction du film est en elle-même bordélique en s’éparpillant sur différents niveaux temporels, sans cesse entremêlés : l’enfance et l’adolescence de Molly en tant que skieuse en partie conseillée et entraînée par son père (leurs relations sont donc assez compliquées), la réussite de Molly dans son « travail » et la possible chute de Molly avec ses problèmes judiciaires. Décidément, on ne veut plus réaliser de biopics traditionnels. La nouvelle mode est de déconstruire à tout prix les histoires linéaires.

Le Grand jeu : Photo Jessica Chastain

Cela dit, le schéma adopté par Sorkin est juste ultra casse-gueule. Pour moi, il passe par ce procédé parce qu’en réalité, la réelle histoire de Molly n’est finalement pas plus que palpitante que cela quand on y réfléchit bien. On ne peut pas s’empêcher de trouver cette structure faussement compliquée pour pas grand-chose, pour combler du vide. Le montage et la voix-off, qui pourraient éventuellement expliquer le rythme du film, sont également à remettre en cause (et je relie les deux défauts ensemble). Le montage semble parfois hasardeux : on passe parfois d’une scène à l’autre un peu en mode « ploum ploum ploum » parce qu’on a l’impression que Sorkin ne parvient pas à se sortir de son schéma narratif inutilement compliqué. Cette voix-off est également discutable : a priori, elle n’est pas déplaisante, elle est plutôt endiablée (même s’il vaut mieux ne pas avoir une dent contre les films bavards, heureusement pour moi, je ne fais pas partie de cette catégorie). Mais elle est trop littéraire dans le sens où on a l’impression d’entendre les extraits de son bouquin juste directement transposés à l’écran. Sorkin ne joue alors pas suffisamment avec cet élément. La voix-off aurait pu par exemple être en décalage avec les images ou quelque chose de ce style. Mais en fait non. Elle ne permet pas aux images de parler d’elles-mêmes. Elle surajoute de l’information inutilement, elle ne nous aide pas non plus à mieux cerner la personnalité de Molly Bloom. Justement, rebondissons sur ce dernier point : le personnage en lui-même est problématique et pas uniquement à cause d’une psychologie digne de Doctossimo concernant ses relations avec son papounet (comme si ça excusait déjà tous ses actes). Certes, cela peut être intéressant de voir une femme qui assume sa féminité évoluer dans un univers très masculin. Mais elle n’a aucun mérite dans sa réussite ou quand elle parvient à se sortir du pétrin : c’est un personnage qui est bien plus passif qu’on veut nous le faire croire. Surtout, tout est fait pour enlever toute responsabilité à ce personnage. La fin, qui nous la présente comme une battante, une winner (alors que sa réussite est discutable), va encore plus dans ce sens et cela m’a dérangée. Le Grand Jeu est un film très décevant qu’on oubliera assez vite…

Le Grand jeu : Photo Jessica Chastain

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Le Procès du Siècle

réalisé par Mick Jackson

avec Rachel Weisz, Timothy Spall, Tom Wilkinson, Andrew Scott, Mark Gatiss, Alex Jennings, Caren Pistorius, Harriet Walter, Jack Lowden…

titre original : Denial

Drame judiciaire, biopic américain, britannique. 1h50. 2016.

sortie française : 26 avril 2017

Deborah Lipstadt, historienne et auteure reconnue, défend farouchement  la mémoire de l’Holocauste.

Elle se voit confrontée à un universitaire extrémiste, avocat de thèses controversées sur le régime nazi, David Irving, qui la met au défi de prouver l’existence de la Shoah.

Sûr de son fait, Irving assigne en justice Lipstadt, qui se retrouve dans la situation aberrante de devoir prouver l’existence des chambres à gaz. Comment, en restant dans les limites du droit, faire face à un négationniste prêt à toutes les bassesses pour obtenir gain de cause, et l’empêcher de profiter de cette tribune pour propager ses théories nauséabondes ?

Le Procès du siècle : Photo Rachel Weisz

J’ai cru que je n’allais pas pouvoir découvrir Le Procès du Siècle dans les salles. Il est sorti chez moi très vite une seule petite semaine très récemment et je n’ai pas l’impression qu’il ait marché dans le reste du pays. Je ne m’attendais pas à un grand film qui a selon moi ses défauts. Mais il mérite tout de même d’être vu et même d’exister. Ce long-métrage est tiré du récit vrai de l’historienne Deborah Lipstadt (professeur en études juives qui a beaucoup travaillé sur la question du négationnisme) qui a raconté son combat dans Denial : Holocaust History on Trial. Elle retrace le procès en diffamation que lui a intenté l’essayiste négationniste David Irving (qui se prend vaguement pour un historien). Cette histoire s’est déroulée de 1994 (date où Lipstadt traite Irving de propagandiste négationniste et pro-nazi) : ce dernier porte plainte contre elle et l’éditeur britannique Penguin Books pour diffamation en 1996) jusqu’en 2000 (date du verdict du procès). Cela paraît hallucinant d’avoir dû dans les 1990 prouver l’existence de la Shoah, on se demande comment on peut en arriver là. Ce film est important même s’il vaut ce qu’il vaut (enfin selon moi car je suis sûre qu’il y a aussi des gens qui ont réellement aimé le résultat) : nous sommes actuellement dans une époque où on voit du complot absolument partout. Certes, Internet n’était pas présent dans nos vies (comme ça l’est maintenant). Cette affaire pourrait alors être une sorte de représentation des dérives de la liberté d’opinion : déformer l’histoire pour affirmer sa propre idéologie n’a justement rien d’une opinion. J’ai toujours été sensible aux films de procès même si c’est toujours un grand défi : il s’agit d’un genre forcément « bavard ». Comment ne pas ennuyer le spectateur ? Comment ne pas tomber non plus dans un exercice purement théâtral ? Certes, la mise en scène, qui est tout de même tout à fait correcte, par Mick Jackson (qui avait réalisé Bodyguard et Volcano… ça se saurait si ces deux films brillaient par leur réalisation) ne m’a pas spécialement éblouie (c’est principalement pour cette raison que je n’ai pas trop élevé ma note, je m’attendais à un chouïa mieux de ce côté-là). Cela dit, sans faire partie des meilleurs films de procès, les scènes se déroulant au tribunal restent tout de même très chouettes quand on aime ce genre cinématographique. Le tout est d’autant plus hallucinant que les répliques que s’envoient les deux parties ont réellement été prononcées durant le véritable procès (on peut retrouver ces échanges dans les archives officielles).

Le Procès du siècle : Photo Timothy Spall

Le Procès du Siècle reste trop académique et surtout (parce que l’académisme, quand il est bien fait, ne me dérange pas non plus) manque un peu d’émotion, ce qui est fortement dommage face à une telle histoire : j’aime sa dimension « nécessaire » qui prend parfois trop le dessus sur la question plus « artistique » (en toute honnêteté, j’ai même parfois eu l’impression d’être face à un téléfilm – certes de bonne facture). En revanche, il a le mérite de soulever beaucoup d’interrogations. Comme je le disais, il pointe du doigt certaines dérives de la notion même de liberté. De plus, si ce procès a été nécessaire pour la mémoire des victimes et de leurs familles, il n’est pas non plus totalement un succès : on ne change pas quelqu’un et encore moins son idéologie. En tout cas il s’agit d’un travail de longue haleine (d’autres films montrent cette possible évolution) et assez complexe. D’autant plus qu’on a du mal à cerner totalement la personnalité de David Irving : le film balaie volontairement ce point, étant donné qu’on voit ce personnage à partir du regard de Deborah (il faut dire que cette dernière a beaucoup participé à l’élaboration du scénario). Le Procès du Siècle est en tout cas porté par un excellent casting. Rachel Weisz (avec ses horribles cheveux roux bizarroïdes et ses foulards très chics) est remarquable dans le rôle de cette historienne combative, qui va aussi devoir apprendre à se taire (pour les bienfaits du procès) alors que la rhétorique fait partie de ses talents de prédilection. Le duel entre Timothy Spall (qui affronte déjà le personnage incarné Weisz) et Tom Wilkinson durant les scènes de procès est d’une grande intensité, les deux acteurs étant particulièrement brillants et à l’aise dans ce type d’exercice très oratoire. Dans les seconds rôles, j’ai particulièrement aimé l’interprétation d’Andrew Scott en avocat et j’étais ravie de retrouver son ancien partenaire de Sherlock Mark Gatiss. Le Procès du Siècle (quel titre pompeux en français…) est donc un film plutôt oubliable, même assez lisse par sa forme mais qui mérite d’exister, même s’il aurait pu être mieux selon moi. Il aurait pu être pénible avec son côté très didactique, il se laisse tout de même volontiers regarder (les 1h50 sont passées plutôt rapidement de mon côté même si le rythme n’est pas nécessairement rapide) et reste très intéressant.

Le Procès du siècle : Photo Tom Wilkinson

Le Verdict

réalisé par Sidney Lumet

avec Paul Newman, Charlotte Rampling, Jack Warden, James Mason, Milo O’Shea…

titre original : The Verdict

Drame américain. 2h. 1982.

sortie française : 16 février 1983

Avocat déchu et alcoolique, Frank Galvin racole ses clients dans les salons funéraires jusqu’au jour où il accepte de travailler sur l’affaire d’une jeune femme victime d’une erreur médicale et plongée dans le coma. Ce dossier qui risque de provoquer un scandale et de nuire à la réputation de l’hôpital, va être pour l’avocat l’occasion de retrouver sa dignité… ou de la perdre définitivement.

Le Verdict, nommé à cinq reprises aux Oscars dans les plus importantes catégories, est une adaptation du roman éponyme de Barry Reed, un ancien avocat. Cela peut expliquer la précision du scénario lorsqu’il aborde certains aspects juridiques. Sidney Lumet a été révélé par l’excellent Douze hommes en colère, certainement une des références du film du procès, un genre pas si évident à appréhender (pour ma part, j’aime énormément les films appartenant à ce genre). Comment rendre une oeuvre cinématographique alors que les films de procès partent toujours dans certains bavardages ou ont souvent un aspect assez théâtral (le métier d’avocat étant lui-même théâtral) ? Sidney Lumet réussit en tout cas parfaitement son pari. A travers ce film de procès, le réalisateur livre un portrait d’un homme en quête de rédemption par l’art de la justice de la quête de la vérité. Au début du long-métrage, Frank Galvin est un odieux personnage au fond du trou, passant plus de temps au bar à se bourrer la gueule et à s’inviter dans des enterrements pour racoler ses clients. On sait également qu’il avait failli être radié du barreau quelques années auparavant suite à une affaire qui a mal tourné. Le scénario, plutôt bien écrit et construit, cerne les différentes étapes de l’évolution de Frank dans son envie de se relever. La première partie expose la vie désastreuse de Frank. Ce dernier accepte une affaire proposée par son ancien partenaire Mickey. Il n’est pas censé la perdre : suite à une erreur d’anesthésie, Deborah Ann Kaye, qui devait accoucher à l’hôpital Ste-Catherine, a sombré dans un coma profond dont elle ne pourra pas s’en sortir. Sa soeur et son beau-frère ne cherchent pas au début à poursuivre les médecins coupables et veulent surtout une indemnisation. Pour résumer, Frank devra négocier une transaction et accepter le chèque de l’Archevêché de Boston qui est à la tête administrative de l’hôpital. Arrive alors la seconde étape : Frank n’accepte plus l’affaire par intérêt. Il a un déclic en « rencontrant » la victime à l’hôpital. Le goût de la vérité et de la justice finit par ressortir chez ce personnage qui se met à bosser pour de bon. Il refuse les dommages et intérêts prévus et compte mener une vraie bataille contre l’hôpital (défendu par un puissant cabinet d’avocats n’hésitant pas à user de stratagèmes douteux) en décidant d’aller au procès. Enfin, la troisième phase concerne la recherche d’un témoin clé qui devrait faire éclater la vérité : le procès trouvera alors son issue. Parallèlement à ce récit principal, notre personnage principal rencontre une certaine Laura Fischer.

Certes, Laura joue un petit rôle dans l’affaire que traite Frank. Surtout, ce personnage est surtout une sorte de reflet de la vie privée de Frank. Sa fonction de mise en parallèle avec un autre personnage aurait pu être gênant mais Laura ne se contente pas d’être un personnage-fonction. La scène finale (avec Laura qui téléphone à Frank) est très intéressante dans le sens où elle confirme pour de bon ce que va devenir Frank après cette affaire. Cette construction narrative, même si elle est structurée logiquement, m’a au début déstabilisée, comme si le film prenait un peu trop son temps pour installer son intrigue. Mais une fois qu’on a passé cette fameuse deuxième étape dans le récit, on comprend mieux où le film, qui devient de plus en plus captivant, nous amène. Comme le personnage principal, le spectateur prend conscience de certaines choses et a aussi envie de s’investir davantage dans l’affaire. La mise en scène est remarquable : solide, elle sait saisir l’espace d’une cour de justice tout en prenant en compte la place de son personnage. Ce point en question traduit bien également le travail des scénaristes qui ont su mettre en avant ce rapport entre un individu face à un système bien trop grand pour lui. A noter aussi un travail intéressant concernant la photographie et plus particulièrement l’éclairage. En effet, Lumet avait demandé à son directeur de la photo de s’inspirer du travail de Le Caravage. Effectivement, ce procédé de clair-obscur est bien présent dans le long-métrage et a un impact sur la manière de valoriser les lieux et décors. Paul Newman est impeccable dans le rôle de Frank Galvin, un personnage charismatique, profond, complexe et attachant. Son évolution au fil du film le rend encore plus humain. Il a clairement ses défauts : au-delà de noyer son mal-être dans l’alcool, même lorsqu’il veut retrouver sa dignité et pense certainement à la victime qu’il défend, il agit aussi par égoïsme : ce personnage touche parce qu’il n’est pas idéalisé. James Mason, dans l’un de ses derniers rôles de sa carrière, interprète avec intensité le rôle de l’avocat de la partie inverse. Charlotte Rampling est également convaincante dans le rôle de cette femme énigmatique et torturée. A noter également au casting la présence de Jack Warden et Ed Binns, qui faisaient partie du casting de Douze hommes en colère, ou encore les courtes présences de Bruce Willis et Tobin Bell ! Le Verdict est donc un film puissant et captivant à découvrir. On suit avec intérêt le portrait d’un homme qui retrouve foi devant une justice qui elle, justement, n’est pas toujours à la hauteur et s’éloigne de ce qui la définit.

Le Verdict : Photo Paul Newman, Sidney Lumet

American Crime Story – The People vs. O.J. Simpson

Créée par Larry Karaszewski, Ryan Murphy et Scott Alexander

avec Sarah Paulson, Cuba Gooding Jr., John Travolta, Courtney B. Vance, David Schwimmer, Sterling K. Brown, Kenneth Choi, Christian Clemenson, Nathan Lane, Bruce Greenwood, Selma Blair, Connie Britton, Jordana Brewster…

Drame judiciaire. 1 saison. 2016.

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American Crime Story est une série d’anthologie, qui se centre sur des affaires judiciaires différentes à chaque nouvelle saison. La première tourne autour du procès controversé et ultra-médiatisé de O.J Simpson, qui a fait la Une des médias au cours de l’année 1995. La star du football américain est accusée du meurtre de son ex-femme, Nicole Brown Simpson et de son compagnon, Ronald Goldman. Dans les coulisses de l’affaire, les deux camps essayent de tirer leur épingle du jeu. Entre l’excès de confiance des avocats et la relation tendue de la police avec la communauté afro-américaine, le doute sème le trouble chez les jurés.

Photo Christian Clemenson, Sarah Paulson

En tant que fan de la série American Horror Story (parfois chroniquée sur ce blog), j’étais décidée à découvrir le dernier objet télévisuel de Ryan Murphy, American Crime Story, qui a remporté récemment cinq Emmy Awards : meilleure mini-série, meilleure actrice (Sarah Paulson), meilleur acteur (Courtney B. Vance) et meilleur acteur dans un second-rôle (Sterling K. Brown) et meilleur scénario (toujours dans les catégories « mini-série »). Le titre étant très clair, chaque saison anthologique portera sur une affaire judiciaire. Pour cette première saison, on ne s’est pas attaqué à n’importe quoi : l’affaire O.J. Simpson. On l’a connait tous, on a même pu suivre (enfin surtout les Américains) le déroulement du procès à la télévision. Il n’y a évidemment aucune surprise même pour ceux qui n’étaient pas nés ou qui étaient trop jeunes. Pourtant, cette série est une excellente surprise. J’ai été surprise de prendre du plaisir à redécouvrir cette histoire comme si elle se présentait comme une nouveauté. Et surtout quelle satisfaction de voir de nombreuses qualités dedans ! En effet, on peut se rassurer : il ne s’agit pas d’une sorte de remake de Faites entrer l’accusé. On retrouve des thèmes chers à Ryan Murphy notamment le racisme et la célébrité. Il faut rappeler les faits : en 1992 ont lieu les émeutes de Los Angeles. Puis, en 1994, le célèbre joueur de football américai (et occasionnellement acteur) O.J. Simpson est accusé d’un double meurtre dont celui de son ex-femme, mère de ses enfants. Comment défendre l’indéfnendable (on se demande à ce moment-là comment Simpson va pouvoir s’en sortir avec de telles accusations !) ? Voilà que les avocats qui défendent ce cher Simpson, notamment dans un premier temps Robert Shapiro, puis le grand défenseur de la communauté afro-américaine, Johnnie Cochran. La dimension politique a clairement pris le dessus dans cette passionnante affaire judiciaire au point qu’on a fini par en oublier les victimes et surtout se demander s’il y avait d’autres suspects. Cette première saison instaure alors des enjeux d’une grande importance étant donné ce qui se passe actuellement. Comment ne pas penser aux récentes bavures de policiers envers des Noirs ? Comment ne pas voir le clin d’oeil (avec une pointe d’ironie) aux filles Kardashian qui ont bien mieux compris le star-system que leur père, meilleur ami de Simpson, et clairement dépassé par les événements ? La fin de la saison, qu’on connait alors tous, a quelque chose d’encore plus tragique. C’est comme si toute cette mascarade mise en place par la défense, en s’éloignant de la vérité, n’avait servi à rien : l’injustice contre les minorités existe toujours et la liberté d’O.J. Simpson est en réalité une nouvelle prison.

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Pourquoi cette série est-elle si passionnante ? Déjà, comme vous l’avez peut-être déjà lu sur ce blog, j’ai toujours aimé les films (et donc aussi les séries) de procès car il y a quelque chose qui entre déjà dans l’ordre de la comédie et de la mise en scène (le risque étant que l’oeuvre devienne trop théâtrale mais ce n’est pas le cas ici). Ce n’est pas nouveau, on a vu beaucoup de (bons) films de procès tournant autour de la question de la comédie. Mais les scénaristes ont réussi à renouveler, à partir de cette terrible affaire, cet élément en question. On constate alors le fait suivant : en reprenant les gros points de l’affaire, les spectateurs ont droit à de réels rebondissements (sincèrement, j’avais beau connaître l’affaire, j’étais tout le temps sur le cul !) comme si les scénaristes avaient inventé l’histoire de toutes pièces. J’ai envie de dire que la réalité a dépassé la fiction et c’est vraiment ça qui est fort dans cette saison ! On s’aperçoit à quel point cette affaire était déjà en soi une énorme mascarade. La reconstitution de l’affaire et plus généralement de l’époque est très bien exécutée (sans être too much) et en même temps même dans cette reconstitution on sent la continuité avec notre époque : un bon équilibre semble alors avoir été trouvé. Le tout a été traité sur dix épisodes durant chacun une petite cinquantaine de minutes (tous bien rythmés). C’était selon moi le format idéal : on ne s’étend pas une plombe sur l’histoire (déjà connue) mais on a suffisamment le temps de développer la psychologie et la complexité de chaque personnage, ce qui n’était pas évident vu qu’il y en a un certain nombre ! Mais ce qui est également intéressant, c’est que le spectateur devient lui-même une sorte de juré / avocat. On nous filme les deux camps avec une certaine égalité – même si je dois admettre que le personnage de Marcia Clark est peut-être un chouïa davantage mis en avant (mais ce n’est pas gênant par rapport au propos autour des minorités – elle qui défend les femmes violentées alors que la défense détourne l’attention en évoquant la communauté afro-américaine). Certes, on sent que les scénaristes se sont fait leur petite idée sur cette affaire mais le but n’est pas de savoir si O.J. Simpson a tué son ex-femme et son amant puisque de toute façon on a bien compris que ce procès n’avait pas pour but de chercher la vérité. En revanche, comprendre comment le jury, à partir de ce qu’il a pu constater sur le devant de la scène mais aussi dans les coulisses (on comprend bien que ça ne faisait pas rêver de faire partie de ce jury) a pris la décision finale fait partie des enjeux de la série.

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Enfin, cette saison d’American Crime Story bénéficie d’un excellent casting, très justement récompensé. Dans le rôle du célèbre O.J. Simpson (qui est actuellement en prison pour vol à main armée et kidnapping), Cuba Gooding Jr. est bluffant. Il parvient vraiment à montrer toute la complexité de ce personnage qui peut être autant charismatique qu’effrayant par ses accès de violence. Sarah Paulson, que j’adorais déjà tellement dans American Horror Story, trouve ici le rôle le plus intéressant de sa carrière, celui de la célèbre procureure Marcia Clarke, entrant pratiquement dans la culture populaire malgré elle (Tina Fey avait livré sa parodie à la fin de la première saison de Unbreakable Kimmy Schmidt pour ne citer que cet exemple) pour sa coupe de cheveux légendaire, son style très classique voire même assez froid et son ton qui envoie bien dans ta gueule. Pas évident de tenir un rôle aussi emblématique sans tomber dans la caricature. Pourtant, Sarah Paulson, servie par une écriture habile, donne une interprétation remplie de nuances tout en donnant de l’intensité à son jeu. Elle prouve ici qu’elle est l’une des meilleures actrices de sa génération et je suis étonnée qu’elle ait percé à la télévision relativement tard et qu’elle n’ait jamais été eu de réels bons premiers rôles au cinéma ! Il s’agit ici d’un personnage fort qui a des convictions mais on ne nous épargne pas non plus les erreurs qu’elle a pu faites et qui ont également conduit à l’acquittement d’O.J. Simpson (je parle ici de l’intervention du flic raciste). John Travolta (également co-producteur) fait aussi un joli retour dans le rôle de Robert Shapiro (avec une tête à la Donald Trump), l’avocat qui se donne en spectacle mais qui préfère faire des arrangements au lieu d’affronter les problèmes. Tout le casting est excellent, que ce soit Nathan Lane qu’on voit peu mais génial en avocat qui pense à tout, Kenneth Choi en juge, Connie Britton en pseudo-amie qui n’hésitera pas à balancer tout et n’importe quoi dans un livre pour du fric ou encore Selma Blair en Kris Jenner. David Schwimmer est également surprenant dans le rôle du touchant et dépassé Robert Kardashian. Mais on retiendra surtout les performances des deux acteurs récompensés aux Emmy : Courtney B. Vance et Sterling K. Brown. Le premier incarne à la perfection Johnnie Cochran, un personnage à la fois admirable et détestable, on comprend son combat pour la communauté afro-américaine mais il nous agace avec sa stratégie qui fait du mal à la vérité et à une autre communauté : les femmes. Quant au second, il est très attachant dans le rôle du collaborateur de Marcia, qui monte en grade pour de bonnes et mauvaises raisons.

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Au nom de ma fille

réalisé par Vincent Garenq

avec Daniel Auteuil, Sebastian Koch, Marie-Josée Croze, Christelle Cornil…

Drame français. 1h27. 2015.

sortie française : 16 mars 2016

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Un jour de juillet 1982, André Bamberski apprend la mort de sa fille Kalinka. Elle avait 14 ans et passait ses vacances en Allemagne auprès de sa mère et de son beau-père le docteur Krombach. Rapidement, les circonstances de sa mort paraissent suspectes. L’attitude de Dieter Krombach ainsi qu’une autopsie troublante laissent beaucoup de questions sans réponse. Très vite convaincu de la culpabilité de Krombach, André Bamberski se lance dans un combat pour le confondre. Un combat de 27 ans qui deviendra l’unique obsession de sa vie…

Au nom de ma fille : Photo Daniel Auteuil

Nous connaissons tous plus ou moins l’affaire Bamberski, qui a été très médiatisée (merci à papi Wiki pour ce bref résumé, je ne m’appelle pas Christophe Hondelatte) : la petite Kalinka Bamberski a été retrouvée morte en juillet 1982 (à l’âge de 14 ans) chez son beau-père, le docteur Dieter Krombach, chez qui elle passait ses vacances à Lindau. Etant médecin, il explique aux enquêteurs qu’il avait injecté à Kalinka du Kobalt-Ferrlecit, disant qu’elle voulait bronzer plus facilement. Il prétend alors qu’elle serait décédé d’une insolation. Le médecin légiste ne s’est pas prononcé sur les causes exactes de la mort et on apprendra aussi plus tard que les parties génitales de la jeune fille ont été retirées. Le légiste avait en tout cas qualifié de « grotesques » les injections de différents produits pratiquées par Krombach pour ranimer Kalinka (elle était déjà morte depuis plusieurs heures). Cela dit, même face à ces faits étranges, l’affaire a été classée. Le père de Kalinka, André Bamberski, accuse alors logiquement le docteur Krombach d’être à l’origine du viol et du meurtre de sa fille. Le combat va alors durer pendant pratiquement trente ans pour pouvoir condamner le meurtrier. La tâche est très compliquée à cause d’une justice allemande elle-même assez laxiste malgré des plaintes de femmes pour viols (ces dernières décrivent des scènes similaires, avec l’intervention de la piqûre) et des accords internationaux non respectés. En 2009, Bamberski fera alors appel à des hommes de main pour l’enlever de chez lui en Allemagne et le ramener en France afin qu’il soit jugé et condamné. Bamberski dit qu’il n’a pas voulu faire justice lui-même mais au contraire tout faire pour que le système judiciaire puisse agir. C’est une affaire qui est ultra passionnante, et pas besoin d’être un grand fan de Faites entrer l’accusé pour pouvoir la suivre : on ne peut avoir que de l’admiration pour Bamberski (malgré la polémique autour de l’enlèvement) qui s’est battu une grande partie de sa vie pour sa fille face à une justice défaillante. Sa détermination a été payante, au point d’avoir autant de connaissances sur les lois que son propre avocat ! C’est pour cette raison que Vincent Garenq, réalisateur de Présumé coupable (sur l’affaire Outreau) et L’Enquête (sur l’affaire Clairstream), a voulu adapter cette histoire, en s’appuyant sur l’ouvrage d’André Bamberski, Pour que justice te soit rendue. Je précise que je n’avais vu aucun film de Garenq jusqu’à ce que je vois celui-ci, je n’avais donc pas d’idées sur son travail.

Au nom de ma fille : Photo Sebastian Koch

Je ne dirais pas que j’ai trouvé le travail de mise en scène ni le scénario pourris mais il me semble que cette affaire méritait un meilleur traitement. Je lui accorde la moyenne parce que le film se laisse tout de même regarder, on ne s’ennuie pas (le film est en plus court et bien rythmé grâce à un montage assez efficace), on sent même une certaine sincérité. Je ne pense que le film en lui-même soit touchant, je pense que c’est l’histoire très forte qui prend le dessus et qui ne m’a pas laissée totalement indifférente. Cela dit, par conséquent, je comprends les critiques encore plus négatives que la mienne, puisque l’émotion possible n’est pas liée aux qualités du film. De plus, on a quand même l’impression de regarder un épisode de Faites entrer l’accusé justement. Le scénario nous contente de nous exposer les faits à peu près chronologiquement (en dehors du début du film, qui nous montre l’arrestation de Bamberski en 2009). Finalement, comme je l’ai fait bêtement pour le premier paragraphe, on connaissait toutes les informations avant de voir le film. Attention, je ne prétends pas qu’un film doit nous apprendre quelque chose, je dis juste qu’en se contentant de nous exposer des informations, le scénario a tout de même du mal à exploiter les différents thèmes, comme l’amour inconditionnel d’un père envers sa famille quoiqu’il arrive, le système judiciaire défaillant, lié notamment aux lois européennes ou encore la notion même de monstruosité. Je trouve cela vraiment regrettable de voir des thèmes survolés et qu’il n’y ait pas plus de « cinéma » : rien n’est poussé, on se contente un peu trop du minimum. Par conséquent, je ne sais même pas quoi penser de l’interprétation de Sebastian Koch, étant donné que son personnage est dans un sens sous-exploité. En revanche, Bamberski reste un personnage intéressant. Certes, c’est sûr que le film met en avant les qualités exceptionnelles de cet homme mais je n’ai pas eu l’impression qu’il y avait une glorification. Daniel Auteuil est en plus très bon dans le rôle d’André Bamberski. Cela fait vraiment plaisir à voir vu que ces derniers temps je trouvais qu’il faisait soit de mauvais choix de films soit il jouait comme un pied (les deux possibilités étaient même combinées !). Plus son personnage vieillit, plus on finit par « voir » le vrai Bamberski qu’on a tant vu, mais Auteuil ne cherche pourtant pas à l’imiter.

Au nom de ma fille : Photo Daniel Auteuil

 

Music Box

réalisé par Costa-Gavras

avec Jessica Lange, Armin Mueller-Stahl, Frederic Forrest, Lukas Haas…

Drame américain. 2h05. 1989.

sortie française : 28 février 1990

Movie Challenge 2016 : Un film que je veux voir depuis des années sans en avoir l’occasion

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Ann Talbot, brillante avocate de Chicago, est amenée à défendre son père, poursuivi pour crimes de guerre. Michael Laszlo a fui la Hongrie à la fin de la Seconde Guerre mondiale et s’est refugié aux Etats-Unis. Après quarante-cinq ans de vie paisible et honnête, il est convoqué par le bureau des enquêtes spéciales. Des preuves accablantes ont été réunies contre lui et de nombreux témoins auraient reconnu en lui un tortionnaire nazi. Pour Ann, il s’agit de démonter un traquenard politique, mais l’enquête qu’elle entreprend va s’avérer plus complexe que prévu.

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Music Box avait reçu en 1990 l’Ours d’Or au festival de Berlin (ex-aequo avec le film tchécoslovaque Alouettes, le fil à la patte, réalisé par Jiri Menzel) et avait permis à son actrice principale, Jessica Lange, d’être nommée aux Oscars et aux Golden Globes. Le titre n’évoque pas grand-chose a priori pour ceux qui ne l’ont pas vu (en revanche, il prend sens une fois qu’on arrive à la fin du film). Non, il ne s’agit pas d’un film musical. Music Box est un film qui met en scène un immigré hongrois devenu Américain et qui est accusé de crimes de guerre. Il demande à sa fille, qui est avocate, de prendre sa défense. Pour commencer, j’ai toujours bien aimé les films de procès et celui-ci en est un très bon. Pourtant, il ne tourne pas principalement autour de l’affaire juridique mais il fonctionne parce qu’il prend le temps d’installer son intrigue. En effet, le fait qu’on connaisse la famille d’Ann Talbot avant le procès dans son quotidien apporte un vrai plus dans notre tentative de connaître la vérité : certains gestes ou répliques qu’on a vus ou entendues dans leur intimité seront des preuves pour le spectateur qui finira par avoir de moins en moins de doutes sur la véritable identité de Laszlo. Pourtant, le spectateur veut aussi être objectif en entendant les deux parties lors du procès, même lorsqu’il entend l’argumentation d’Ann Talbot qui tient debout même si elle est là pour défendre avant tout son père et non concrètement un client lambda. La confrontation entre l’objectivité et la subjectivité m’a semblé bien représentée. On a profondément de croire au discours d’Ann qui est crédible (et auquel elle croit malgré ses doutes) sauf que les faits exposés par la partie adverse nous font admettre le pire, chose qu’Ann ne veut pas accepter. On peut la comprendre étant donné le discours et le comportement adopté par son père, qui a l’air de croire dur comme fer à son innocence : même le spectateur a envie de le soutenir (et au fond soutenir Ann) et de ne pas forcément voir la vérité autour de son identité et de son passé. Plusieurs questions sont alors soulevées à travers le personnage du père : ment-il à sa propre fille (et par conséquent la manipule) et donc a-t-il caché sa nature de monstre depuis des années en construisant sa petite vie aux Etats-Unis ? Ou est-ce qu’il a fini toutes ces années par nier et même refouler ses actes durant la guerre ? On en saura évidemment plus à la toute fin du film mais les interrogations restent tout de même très pertinentes en ce qui concerne la question de la mémoire.

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En effet, Michael Laszlo se réfugie derrière sa figure de l’homme qui a réussi son rêve américain, en étant un bon citoyen qui a bien élevé ses enfants (qui ont tous « réussi » professionnellement). Pourtant, est-ce pour cela qu’on doit excuser ses actes par le passé et par conséquent oublier ce qui ne doit pas être oublié ? La réponse semble évidente, pourtant cette piqûre de rappel semble nécessaire. On peut aussi se demander si l’homme est capable de changer ou non, je pense que la fin du film apporte bien cette réponse. Enfin, la question de la mémoire et du passé permet de montrer à quel point nos actes peuvent avoir des répercussions dans le temps sur la collectivité, notamment au sein de sa propre famille. Comment accepter d’être l’enfant d’un monstre ? Ensuite, l’utilisation du tribunal en tant que décor pour l’intrigue est également très intéressante pour la représentation d’une horreur que personne n’a envie de regarder. En effet, le risque du film de procès est de privilégier le bavardage. Or, la rhétorique ne prend pas le dessus, elle permet simplement au spectateur de se créer une image sans qu’on nous montre directement l’horreur. Puis, au-delà de la question de vérité, j’ai aimé la rencontre entre histoire individuelle et la grande Histoire. Certes, il s’agit d’un lien habituel au cinéma mais qui n’est pas toujours bien appliqué, cela peut vite virer au mauvais goût et à la niaiserie. Or, la mise en scène de Costa-Gavas (petit rappel au passage : dès ce soir, Arte lui consacre une rétro) est à la fois sobre et puissante et l’écriture est assez intelligente pour présenter à la fois un portrait de femme qui est coincée entre son devoir d’avocate (et aussi dans un sens de citoyenne) et celui de fille qui ressent le besoin de défendre son père face à l’indéfendable. Le sujet a beau être dur avec une certaine responsabilité pourtant Music Box n’est jamais larmoyant et est réellement émouvant. Jessica Lange est impeccable dans le rôle de cette femme combative, sincère et digne malgré les doutes qui l’envahissent et qui la rendent encore plus humaine. Armin Mueller-Stahl est également excellent dans le rôle assez ambigu de Michael Laszlo. Enfin, la musique de Philippe Sarde est certes discrète mais elle accompagne pourtant bien le film tout le long.

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La Femme au tableau

réalisé par Simon Curtis

avec Helen Mirren, Ryan Reynolds, Daniel Brühl, Katie Holmes, Max Irons, Charles Dance, Tatiana Maslany, Antje Traue, Elizabeth McGovern, Jonathan Pryce, Tom Schilling, Moritz Bleibtreu, Frances Fisher, Henry Goodman, Nina Kunzendorf, Justus von Dohnányi…

titre original : Woman in Gold

Drame britannique, américain. 1h50. 2015.

sortie française : 15 juillet 2015 (cinéma) / 18 novembre 2015 (dvd)


 

La femme au tableau a été vu dans le cadre de la nouvelle opération de Dvdtrafic de Cinetrafic. Je vous encourage à aller voir quelques liens qui vous donneront quelques idées : le meilleur du cinéma / les derniers bons films aimés par les internautes.

Evidemment, un immense merci à M6-SND !

La femme au tableau

Lorsqu’il fait la connaissance de Maria Altmann, un jeune avocat de Los Angeles est loin de se douter de ce qui l’attend… Cette septuagénaire excentrique lui confie une mission des plus sidérantes : l’aider à récupérer l’un des plus célèbres tableaux de Gustav Klimt, exposé dans le plus grand musée d’Autriche, dont elle assure que celui-ci appartenait à sa famille ! D’abord sceptique, le jeune avocat se laisse convaincre par cette attachante vieille dame tandis que celle-ci lui raconte sa jeunesse tourmentée, l’invasion nazi, la spoliation des tableaux de sa famille, jusqu’à sa fuite aux Etats-Unis. Mais l’Autriche n’entend évidemment pas rendre la « Joconde autrichienne » à sa propriétaire légitime… Faute de recours, ils décident d’intenter un procès au gouvernement autrichien pour faire valoir leur droit et prendre une revanche sur l’Histoire.

La femme au tableau : Photo Helen Mirren, Ryan Reynolds

Pour ceux qui ont envie de connaître la véritable histoire des personnages dans les grandes lignes (peut-être que ça poussera certains d’entre vous à découvrir ce film), je vous fais un petit résumé car je trouve cela intéressant pour mieux comprendre les enjeux même de ce film. Je ne considère pas vraiment les lignes ci-dessous comme un spoiler dans le sens où n’importe qui peut connaître cette histoire en fouillant sur le Net ou en regardant même des reportages dessus. Mais je me suis dit que certains voudraient justement profiter de l’occasion pour connaître cette histoire, je ne veux donc pas trop vous gâcher la surprise. Bref, lisez mes impressions juste après ce premier paragraphe informatif. La Femme au tableau est tiré de l’histoire vraie de Maria Altmann et de  Randy Schonberg. En effet, Maria Altman est une Autrichienne juive qui s’est exilée aux Etats-Unis suite à la montée du nazisme. En 1998, la dame étant tout de même déjà septuagénaire, elle décide de récupérer le Portrait d’Adele Bloch-Bauer I de Gustav Klimt. La Adele du portrait était tout simplement la tante de Maria. Ce tableau appartenait donc à sa famille mais les nazis l’ont dérobé. Il s’est donc retrouvé jusqu’en 2006 au musée du Belvédère à Vienne. Pour cela, elle fait appel à un certain Randy Schonberg, un jeune avocat avec des soucis financiers. Il est également lui-même d’origine autrichienne et sa famille connait déjà Maria. Il a surtout l’impression d’être « reconnu » parce qu’il est le petit-fils du compositeur d’Arnold Schönberg. Randy accepte la demande de Maria au début pour des raisons financières puis finalement suite à son voyage en Autriche et en comprenant pourquoi Maria tient tant à récupérer ce bien familial, il va se sentir personnellement concerné et va réellement s’impliquer dans cette mission. Finalement, face à ce combat difficile et acharné, Maria réussit à récupérer ce tableau qui est tout de même l’équivalent de La Joconde en Autriche ! Depuis, vous pourrez voir ce fameux tableau, racheté par le milliardaire Roland Lauder (c’est le fils d’Estée Lauder pour ceux qui ne le sauraient pas) à la Neue Galerie qui se situe à New York. Enfin, Randy Schonberg a ouvert un cabinet spécialisé dans la restitution d’oeuvres d’art.

La femme au tableau : Photo Max Irons, Tatiana Maslany

Les biopics ou tout ce qui tourne autour des histoires vraies (c’est typiquement hollywoodien) ne sont pas forcément mon genre de prédilection (même si dans le lot, il y a évidemment de très bons films), je redoutais un peu à l’idée de découvrir ce film qui a un titre français absolument affreux encore une fois. Cela dit, le sujet m’intéressait et puis je fais de mon mieux pour ne plus rater de films avec la formidable Helen Mirren. Finalement, La Femme au tableau est plutôt une bonne surprise. Certes, ce n’est pas forcément LE film de l’année mais il est bien meilleur qu’il en a l’air. Après, je ne crie pas non plus au génie dans le sens où la mise en scène de Simon Curtis (My Week with Marilyn) n’est pas non plus très ambitieuse même si elle n’est pas non plus mauvaise, elle est même tout à fait correcte. Il faut aussi reconnaître une envie de nous faire sortir les mouchoirs. Cependant,  le film m’a tout de même beaucoup touchée, en tout cas quelque chose fonctionne véritablement bien malgré ces quelques défauts et facilités. Ce n’est pas la première fois que le cinéma évoque cette sombre période de l’histoire de l’art liée au nazisme. Récemment, Georges Clooney revenait sur ce sujet avec le pas très réussi et assez lourdingue Monuments Men. Je trouve ici tout le propos autour de l’importance de l’art tout de même plus pertinent, surtout dans ce type de production assez grand public. Certes, ce n’est pas forcément nouveau mais cela reste intéressant de voir comme l’histoire individuelle rejoint l’Histoire collective, c’est-à-dire comment l’Histoire peut avoir des répercussions sur les histoires individuelles et jusqu’à quand. A travers cette histoire vraie et donc aussi par le biais de l’art, le film de Simon Curtis a voulu souligner le rapport de l’homme face à l’Histoire : assumer ses responsabilités serait-il un moyen de tourner la page ?

La femme au tableau : Photo Katie Holmes, Ryan Reynolds

Là encore, rien de révolutionnaire mais le long-métrage traite plutôt bien la question de l’identité, notamment à travers l’utilisation du langage. Si le film ne possède pas toujours une mise en scène très intéressante (mais encore une fois pas non plus honteuse), en revanche j’ai bien aimé son esthétisme (j’ai notamment apprécié la différence entre les deux époques). La reconstitution de l’époque (par les costumes et les décors) est très réussie, la photographie est également remarquable (et honnêtement le film m’a même donné envie d’aller à Vienne, j’ai très envie de me programmer ce voyage !). De plus, j’ai apprécié la belle musique de Hans Zimmer et Martin Phipps. Enfin, les interprétations de deux acteurs principaux ne sont certainement pas totalement étrangers à la réussite de ce film. Helen Mirren est de nouveau excellente dans le rôle de cette femme « excentrique » (elle n’a pas sa langue dans sa poche et a un certain sens de la répartie), elle réussit à rendre son personnage combative, chaleureuse et fragile à la fois. Je vous conseille vraiment de regarder le film en version originale car l’accent de Mirren est un régal et apporte un vrai petit plus ! De plus, j’ai été très surprise par l’interprétation de Ryan Reynolds qui parvient à ne pas se faire manger par la pourtant très impressionnante Mirren. J’avais vraiment du mal avec cet acteur auparavant mais je trouve qu’il progresse réellement de film en plus et ça fait plaisir de voir que rien n’est jamais perdu ! Les seconds rôles sont également bons, je pense notamment au toujours très sympathique Daniel Brühl ou encore à Tatiana Maslany qui interprète le personnage de Maria plus jeune (je ne l’avais jamais vue dans des films ou séries – en tout cas je ne l’avais jamais remarquée auparavant) qui s’en sort pas mal du tout. Par contre, voir Katie Holmes jouer cinq minutes faire « la femme de », ça fait un peu de la peine…

La femme au tableau : Photo Antje Traue

 

La Tête haute

réalisé par Emmanuelle Bercot

avec Rod Paradot, Catherine Deneuve, Benoit Magimel, Sara Forestier, Diane Rouxel, Anne Suarez, Christophe Meynet, Elizabeth Mazev, Martin Loizillon, Catherine Salée…

Drame français. 2h. 2014.

sortie française : 13 mai 2015

La Tête haute

Le parcours éducatif de Malony, de six à dix-huit ans, qu’une juge des enfants et un éducateur tentent inlassablement de sauver.

La Tête haute : Photo

La Tête haute a été présenté il y a maintenant quelques semaines en ouverture du festival de Cannes (en hors compétition). Même s’il a selon moi quelques défauts (j’y reviendrai plus tard), le film d’Emmanuelle Bercot avait largement sa place en compétition. En tant que grande amatrice de cinéma social, ce film ne m’a pas du tout déçue. Bercot signe un film coup de poing, elle ne lâche jamais ses personnages, surtout Malony, le protagoniste principal. Mais elle ne se contente pas de mettre en scène la rage et la violence d’un adolescence sans aucun repère. J’ai aimé la rencontre entre la douceur, la sensibilité et cette violence qui ressort sans cesse chez Malony. Le mélange entre tous ces états est efficace, permettant de dessiner le portrait complexe et l’évolution de Malony. Même s’il n’agit pas toujours bien, je me suis tout de même rapidement attachée à cet adolescent difficile. Mais au-delà d’avoir signé un portrait percutant sur un jeune homme, Emmanuelle Bercot parvient aussi à montrer avec beaucoup d’authenticité la difficulté des métiers autour de la justice et de l’éducation. La réalisatrice a clairement déclaré en conférence de presse ou dans des interviews ce qu’elle défend dans son film (et cela s’en ressent dans le film) : « Chaque enfant a besoin d’une éducation ». A travers son film, Bercot montre alors les conséquences du manque d’éducation, qui conduit forcément à la violence et à la délinquance. Elle croit aussi profondément aux institutions (d’ailleurs, elle ne s’en est pas cachée) et met en scène avec justesse les juges et les éducateurs qui croient en ce qu’ils font. Elle montre alors toute la complexité et le charabia des administrations, véritable frein à ceux qui veulent s’en sortir et ceux qui font leur travail avec sincérité. J’ai en tout cas aimé toute cette documentation, nécessaire pour nourrir le scénario et pour rester un maximum crédible. On sent vraiment que Bercot maîtrise son sujet, qu’elle sait de quoi elle parle. Ceci dit, le film possède tout de même quelques défauts, non négligeables. Même si j’ai beaucoup aimé la mise en scène, énergique, qui ne laisse aucun répit en étant proche des personnages et de leurs actions sans qu’on étouffe, j’ai trouvé cela regrettable les quelques scènes pseudo-grandiloquentes, en insérant notamment de la musique classique. Je suis sûre que cela avait certainement du sens pour Bercot mais pour moi, cette forme de décalage ne fonctionne pas vraiment car cela brise tout ce que la réalisatrice a su mettre en place.

La Tête haute : Photo

Surtout, c’est la fin qui m’a gênée, qui détruit vraiment tout le formidable travail de Bercot jusqu’à présent. Désolée, je vais un peu spoiler donc si vous n’avez pas envie d’en savoir plus, ne lisez pas les lignes suivantes. Normalement, si mon interprétation est juste, cette fin serait optimiste, surtout si je suis le raisonnement de Bercot durant ses interviews. Or, alors que la réalisatrice avait le mérite de rendre son film réaliste, voilà que sa fin est très éloignée de toutes les bonnes choses qui ont été mises en place auparavant. Certes, je peux comprendre la démarche, c’est-à-dire qu’il y aurait malgré tout un espoir, la possibilité de s’en sortir, mais pourquoi cette rédemption devrait-elle nécessairement par la paternité ? C’est limite un peu douteux et sans vouloir être méchante, on a quand même du mal à croire que devenir père va réellement aider Malony à devenir un adulte responsable, il lui reste encore du chemin à parcourir (je ne suis pas pessimiste, juste réaliste en ce qui concerne sa situation). Ce qui aurait pu être intéressant, c’est de mettre par exemple cette paternité avec le personnage de la mère de Malony, quelque chose de plus pertinent aurait pu en sortir. Or, en plus de cette fin franchement pas réussie, on ne nous expliquera jamais le comportement immature de la mère, on se pose sans cesse des questions sur ses réactions. Ces défauts m’ont du coup empêchée d’avoir un véritable coup de coeur pour ce film même si je l’ai tout de même beaucoup aimé. De plus, La Tête haute a un très bon casting. Dans le rôle principal, le jeune Rod Paradot est vraiment excellent, on peut parler de révélation. J’espère qu’on le verra dans d’autres rôles au cinéma. J’ai également beaucoup aimé l’interprétation de Catherine Deneuve, qui est très crédible en juge et en même temps, tout en restant professionnelle, est tendre et même maternelle envers Paradot. Benoit Magimel est également très surprenant, également très convaincant en éducateur dont on comprend rapidement son passé et donc son comportement envers Malony. En revanche, Sara Forestier est un peu dessous du reste du casting, même si elle sort tout de même pas si mal. Encore une fois, alors que le scénario reste pourtant réussi sur certains points, le manque d’épaisseur de ce personnage et surtout d’informations (contrairement justement au personnage de Magimel) s’en ressent sur son interprétation, sans excuser l’actrice, je ne pense pas que le scénario l’ait aidée à bien jouer.

La Tête haute : Photo Catherine Deneuve

La French

réalisé par Cédric Jimenez

avec Jean Dujardin, Gilles Lellouche, Céline Sallette, Mélanie Doutey, Benoit Magimel, Guillaume Gouix, Bruno Todeschini, Cyril Lecomte, Bernard Blancan, Féodor Atkine, Pauline Burlet…

Drame français. 2h15. 2013.

sortie française : 3 décembre 2014

La French

Marseille. 1975. Pierre Michel, jeune magistrat venu de Metz avec femme et enfants, est nommé juge du grand banditisme. Il décide de s’attaquer à la French Connection, organisation mafieuse qui exporte l’héroïne dans le monde entier. N’écoutant aucune mise en garde, le juge Michel part seul en croisade contre Gaëtan Zampa, figure emblématique du milieu et parrain intouchable. Mais il va rapidement comprendre que, pour obtenir des résultats, il doit changer ses méthodes.

La French : Photo Jean Dujardin

Après Aux yeux de tous, Cédric Jimenez signe son deuxième long-métrage, La French. French Connection de William Friedkin en 1971 racontait le point de vue américain sur ces immenses réseaux de trafic d’héroïne. Jimenez, qui a grandi à Marseille et dont le père tenait un restaurant à côté du bar du frangin de Gaétan Zampa, a préféré montrer ce qui se passait en France. Malgré un très bon montage, j’ai trouvé qu’il y avait une légère baisse de rythme au milieu du film (à peu près quand Michel lâche quelque temps l’affaire). Cependant, La French est un bon polar assez divertissant, possédant un scénario plutôt solide et une mise en scène efficace. Le film parvient à nous tenir en haleine alors qu’on connaissait déjà l’histoire dont la fin est tragique. Jimenez réussit tout d’abord à rendre un honorable hommage au juge Michel (même si sa famille est mécontente du résultat, le scénario prend apparemment quelques libertés en ce qui concerne sa vie privée), figure de la lutte contre le banditisme marseillais. Puis, la dénonciation d’une police et même d’un gouvernement corrompus est également redoutable. La reconstitution du Marseille des années 1970 est remarquable, la ville parvient à devenir un personnage à part. De plus, contrairement à de nombreux films ou séries, Jimenez a pensé à intégrer des interprètes marseillais (honnêtement, je n’en pouvais plus des parisiens qui jouent des marseillais, et parfois en essayant de prendre l’accent comme des pieds – d’où ma remarque qui peut paraître idiote au premier abord), ce qui fait que le contexte historique est davantage réaliste. Le duel entre le juge Pierre Michel et Gaétan « Tany » Zampa, truand marseillais d’origine napolitaine est également très plaisant à voir. Certes, Jimenez nous propose un combat entre le bien et le mal assez classique mais le film n’est pas non plus manichéen, les personnages étant nuancés (chacun a sa part d’ombre et de lumière).

La French : Photo Gilles Lellouche

De plus, Jean Dujardin et Gilles Lellouche sont excellents dans les rôles principaux. Dujardin confirme qu’il est toujours aussi bon dans des rôles plus dramatiques, j’aime le voir dans ce registre. Le second m’a également surprise. Je n’ai rien contre Lellouche à l’origine mais ses performances ne m’avaient jamais éblouie. Or, il est vraiment épatant dans le rôle de ce bandit qui garde malgré tout une certaine classe physiquement. Même si on le voit peu, j’ai également bien aimé Guillaume Gouix en gentil flic. En revanche, d’autres membres de la distribution sont décevants, en tout cas, leurs personnages ont du mal à trouver leur place. Je m’attendais à voir un Magimel plus explosif vu le surnom de son personnage (« Le Fou »), finalement ce n’est pas vraiment le cas, je suis restée sur ma faim. Les deux principales actrices sont également très mauvaises et leurs personnages totalement délaissées. Pour Mélanie Doutey, qui incarne la femme de Zampa, je ne suis pas étonnée car elle a toujours joué comme un pied. Certes, elle a des vêtements sympas et une chouette coupe de cheveux avec même une coloration très flashy mais elle passe vraiment pour une potiche. Enfin, j’ai également trouvé Céline Sallette très mauvaise. Il parait que c’est la nouvelle coqueluche du cinéma français. Je ne l’ai pas vue suffisamment jouer mais quand on la voit dans ce film, j’ai du mal à comprendre cet enthousiasme. Premièrement, son personnage est inintéressant, juste là à rouler des patins à son mari ou même à montrer son soutif (j’ai l’air de chipoter mais cette scène-là ne sert à rien, mais vraiment à rien – et en plus il n’y a rien à voir). Puis soit elle tire la tronche quoiqu’il arrive soit elle hurle comme un veau pour montrer sa détresse en gesticulant comme une imbécile (au lieu de provoquer de l’émotion, j’avais envie d’éclater de rire, j’ai cru voir une parodie).

La French : Photo Céline Sallette