Maman a tort

réalisé par Marc Fitoussi

avec Emilie Dequenne, Jeanne Jestin, Annie Grégorio, Sabrina Ouazani, Nelly Antignac, Camille Chamoux, Grégoire Ludig, Jean-François Cayrey, Joshua Mazé, Louvia Bachelier…

Comédie dramatique française, belge. 1h50. 2016.

sortie française : 9 novembre 2016

Movie Challenge 2017 : Un film français

Connaît-on vraiment ses parents? Anouk, 14 ans, découvre brutalement un autre visage de sa mère, à la faveur de l’incontournable stage d’observation de troisième qu’elle effectue dans la compagnie d’assurances où celle-ci travaille. Une semaine d’immersion dans le monde adulte de l’entreprise, avec ses petits arrangements et ses grandes lâchetés, qui bientôt scelle son jeune destin.
Entre parcours initiatique, fêlure et premières responsabilités assumées, une forme d’adieu à l’enfance.

Maman a tort : Photo Jeanne Jestin

Maman a tort, qui marque la deuxième collaboration entre le réalisateur Marc Fitoussi et l’actrice belge Emilie Dequenne, est un film sur qui suit une adolescente dans le monde du travail (grâce à son stage d’observation de 3e). Ce n’est pas forcément un choix très banal : on a l’habitude de suivre un personnage adolescent, dans une sorte de récit d’apprentissage, dans un contexte plus approprié à son univers (l’école ou un camp de vacances par exemple). Marc Fitoussi a eu cette idée de ce film lorsqu’il a tourné son documentaire L’Education anglaise (sur le séjour linguistique d’ados à Bristol). Effectivement, ce n’est pas forcément courant d’écrire une histoire autour du fameux stage d’observation dont tout le monde se fout royalement en France. Marc Fitoussi parvient à en tirer quelque chose d’intéressant. Il réussit à confronter deux univers, celui de l’enfance (voire même de l’adolescence) et celui de l’âge adulte. C’est toujours casse-gueule de signer un film dramatique avec une touche de légèreté : beaucoup de films tentent cet entre-deux sans pourtant y arriver. Fitoussi s’en sort très bien de son côté. Son film aurait pu être bancal par ce choix de ton, il ne l’est pourtant pas. Selon moi, s’il fonctionne, c’est qu’on y trouve une progression cohérente dans la manière de raconter l’histoire. Au début du long-métrage, Anouk est une fillette naïve et pleine d’insouciance qui aimerait faire bouger les choses. A la fin du film, si on espère qu’elle ne perdra pas son dynamisme une fois qu’elle passera l’âge adulte pour de bon (on sent qu’elle est au moins devenue une adolescente, c’est déjà ça), l’héroïne a déjà une vue plus objective sur le monde des adultes via celui du travail. Le spectateur se retrouve alors dans la même situation qu’Anouk : dans un premier temps, même si on voit déjà des petites choses dérangeantes au bureau (comme les deux pestes qui envoient Anouk ranger un placard), on ne se dit pas que l’ambiance est aussi pourrie, on relativise, on pourrait presque voir le « bon » côté des choses. Le film est plus solaire et même drôle dans sa première partie. Puis, une fois qu’on s’intéresse un peu plus de près à l’entreprise, une accumulation d’aspects négatifs se succède: le harcèlement, le burn-out, la dépression en général et surtout les grandes lâchetés. Maman a tort a le mérite de présenter des réalités par petites touches ce qui rend selon moi le rendu plus crédible (personnellement, même si je n’ai plus l’âge d’Anouk depuis longtemps, en tant que jeune fille qui découvre petit à petit le monde du travail, je me suis parfois identifiée à ce personnage ou en tout cas à son regard).

Maman a tort : Photo Annie Grégorio, Emilie Dequenne

Maman a tort devient alors au fur et à mesure un film plus grave, même s’il ne perd pas non plus son petit quelque chose « léger » présent dès le début. La construction du scénario m’a alors paru assez pertinent et cohérent. Certains diront que les thèmes sont survolés : pour moi, encore une fois, il ne s’agit que du regard d’une enfant sur le monde des adultes et du travail qui est littéralement « en observation ». Trop en dire n’aurait pas été très réaliste et sur ce point, Fitoussi marque aussi pas mal de points. Je regrette juste une des dernières scènes, avec Anouk qui va à sa boum sur du Metronomy à fond les ballons, j’avais l’impression que ça n’avait rien à foutre là (même si je comprends grosso modo la démarche de Fitoussi concernant la désillusion adolescente : Anouk a forcément grandi après cette expérience). Quant à la mise en scène, elle n’est pas exceptionnelle mais elle reste tout de même convenable. De plus, son côté parfois didactique ne pourrit pas non plus le film et surtout sa dimension plus sombre. Emilie Dequenne est, comme souvent et sans surprise, formidable. Son rôle n’est pas évident, assez complexe, même un peu ingrat (elle ne tient pas le « beau » rôle). Elle est évidemment victime d’un système qui broie tout le monde (employés et clients) et qui pousse les gens à perdre leur humanité au nom du chiffre. Elle-même fait de son mieux pour survivre au quotidien, de vivre avec certaines vérités et surtout avec ce qu’elle a pu faire à plusieurs reprises. Cela dit (même s’il ne s’agit que de mon ressenti), le film ne tranche pas totalement en ce qui concerne ce personnage. Je n’ai pas l’impression que Marc Fitoussi essayait de la victimiser à 100%, qu’il montre qu’elle a tout de même sa part de responsabilité et qu’on n’est pas si sûrs qu’elle changera (même si elle dit qu’il y en aura). C’est surtout Jeanne Jestin (qu’on a pu voir dans Le Passé d’Asghar Farhadi) qui bluffe à chacune de ses apparitions (espérons que nous continuerons à la voir au cinéma, elle est prometteuse). Elle parvient à montrer les différents aspects de sa personnalité, qui évolue via l’adolescence : elle est à la fois solaire (ses habits assez colorés, qui tranchent avec un univers assez froid, semblent le confirmer), naïve, combative, idéaliste et lucide. Enfin, les seconds rôles sont également très bons, que ce soit Nelly Antignac et Camille Chamoux, parfaites en pestes de service (la caricature fonctionne merveilleusement bien !) ou encore Annie Grégorio qui est toujours plaisante avec son phrasé et surtout son accent chantant !

Maman a tort : Photo Emilie Dequenne, Jeanne Jestin