Walk Hard – The Dewey Cox Story

réalisé par Jake Kasdan

avec John C. Reilly, Jenna Fischer, Kristen Wiig, Jack White, Paul Rudd, Jason Schwartzman, Paul Rudd, Jack Black, Justin Long, Harold Ramis, Craig Robinson, Ed Helms, Aaron Taylor-Johnson, David Krumholtz, Frankie Muniz, Jonah Hill…

Comédie américaine. 1h30. 2007.

sortie française (dvd) : 8 octobre 2008

Movie Challenge 2016 : Un film que j’ai vu plus de deux fois

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L’ascension vers la gloire puis la chute du chanteur (imaginaire) Dewey Cox, dont l’œuvre a bouleversé des millions de personnes. Cox collectionnait les aventures, s’est marié trois fois, et a été accro à toutes les drogues connues… et inconnues. L’histoire d’une icône dont le seul amour aura finalement été Darlène, la belle ingénue qui l’a longtemps accompagné sur scène…

Walk Hard - The Dewey Cox Story : Photo Jake Kasdan, Jenna Fischer, John C. Reilly

Walk Hard fait partie de mes comédies cultes qui ne me lasse pas toujours pas. Pourtant, sur le papier, je n’étais pas sûre d’aimer. La présence de Judd Apatow, que je ne déteste pourtant (j’aime 40 ans toujours puceau ainsi que Girls qu’il produit) m’inquiétait, le bonhomme étant parfois à l’origine de films assez lourdingues. Mais quand j’ai vu le concept de ce film, je n’ai pas pu résister et j’ai bien fait de le regarder ! Je ne peux d’ailleurs que vous conseiller cette comédie, hélas encore trop méconnue, ce qui est regrettable. Le film est d’ailleurs sorti en France directement en dvd. Encore une fois, on ne donne pas la chance à de bons projets. Donc quel est le concept de Walk Hard ? Jake Kasdan et Judd Apatow ont décidé de parodier le biopic, genre qui rencontre souvent un grand succès à Hollywood. La base du scénario s’inspire de Walk the Line (d’où le Walk Hard ahaha) de James Mangold, le biopic sur Johnny Cash avec Joaquin Phoenix et l’oscarisée Reese Witherspoon. Mais il ne s’agit pas de ridiculiser le long-métrage sur Cash. Il s’agit de se moquer des procédés systématiques qu’on retrouve dans les biopics sur des personnalités du monde musical : drame durant l’enfance, le succès qui arrive jeune (alors que les acteurs qui les interprètent ont 40 balais) puis rapidement les problèmes amoureux et sexuels et surtout avec la drogue (le mal absolu). Enfin, après la chute, on a évidemment droit à la fameuse rédemption en retrouvant l’inspiration musicale et en devenant quelqu’un de bien en s’occupant bien de sa famille autrefois abandonnée pour des raisons obscures. On retrouve également systématiquement une scène de sexe pseudo sauvage ou encore l’artiste qui essaie de créer une oeuvre unique mais sans y parvenir. Dans un sens, le film est « visionnaire » : je l’ai revu donc très récemment et il y a donc une scène où on fait clairement référence à la folie de Brian Wilson (le leader des Beach Boys) en train de composer en faisant intervenir tout et n’importe quoi. Evidemment, le véritable biopic sur Wilson, Love & Mercy, évoque cet épisode de sa vie. Je précise, pour ceux qui ne s’en souviendraient pas et qui auraient la flemme de cliquer sur le lien, que j’ai beaucoup aimé Love & Mercy (pour des tas de raisons) mais il faut avouer que c’est extrêmement troublant de voir les similitudes entre deux scènes, en sachant que la « parodie » a lieu dix ans avant la naissance du vrai biopic sur Wilson. On a limite droit aux mêmes répliques et aux mêmes réactions. Il faut avouer que là les scénaristes tapent très juste !

Walk Hard - The Dewey Cox Story : Photo Aaron Taylor-Johnson, Christopher Hurt, Jack Saperstein, Jake Kasdan, John C. Reilly

De la part de Judd Apatow, on aurait pu s’attendre à quelque chose de très lourd. Certes, avouons que l’humour n’est pas fin et ne plaira peut-être pas à tout le monde. Evidemment, le film joue beaucoup avec la caricature (du genre Dewey est le père d’une ribambelle de gamins et c’est un euphémisme), les différentes périodes musicales et même personnalités qui servent à construire l’identité de Cox (Brian Wilson, Bob Dylan, John Lennon, Ray Charles etc…) sont également grossies. Je ne suis également pas sûre que la parodie des Beatles par Paul Rudd, Jack Black, Justin Long et Jason Schwartzman fasse rire tout le monde même si personnellement je l’ai trouvée drôle. Mais j’ai été étonnée de voir que ce côté grossi ne tombait pas non plus dans ce que j’appelle le « lourdingue ». Je me suis vraiment marrée tout le long du film en m’amusant des références musicales mais aussi plus généralement à tous les biopics. Walk Hard doit aussi beaucoup au talent de John C. Reilly, très justement nommé aux Golden Globes pour sa performance. J’ai toujours aimé cet acteur, il ne m’a jamais déçue mais là il explose. Ce film a beau être un énorme délire, Reilly parvient à donner malgré tout une crédibilité à son personnage. C’est justement ça qui fonctionne dans ce film : tout semble exagéré, on ne peut pas s’empêcher de repérer les mécanismes utilisés régulièrement dans les biopics et de se dire à quel point les scénaristes sont observateurs, quelque part on pourrait malgré tout croire à l’existence de ce personnage. Les chansons ont beau être drôles pour des raisons différentes (paroles débiles, voix grave d’adulte attribuée à un môme qui joue comme un génie de la guitare alors qu’il n’en a jamais joué, références qui fonctionnent etc…), elles ne sont pourtant pas si éloignées de tubes issus de différentes époques. Dans un sens, et c’est quelque part la grande réussite de cette comédie (même si je la considère comme un plaisir coupable mais paradoxalement j’assume totalement ma note maximale), c’est qu’il y a, malgré tout ce joyeux délire, un travail sérieux dans le sens où la frontière entre la parodie et le biopic fictif reste floue (le terme « flou » n’étant pas ici synonyme de brouillon). Enfin, s’ajoute alors à cette « frontière » la question de l’hommage. Cela a beau être de la parodie, nous ne pouvons pas nous empêcher de penser à des vies de rockstar qui peuvent nous paraître improbables, c’est comme si leur existence n’était qu’une comédie étant donné qu’ils tombent eux-mêmes dans la caricature…

Walk Hard - The Dewey Cox Story : Photo Jake Kasdan, John C. Reilly

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Ave, César !

réalisé par Joel et Ethan Coen

avec Josh Brolin, George Clooney, Alden Ehrenreich, Ralph Fiennes, Scarlett Johansson, Channing Tatum, Tilda Swinton, Jonah Hill, Frances McDormand, Christophe Lambert, Heather Goldenhersh, Veronica Osorio, Max Baker, Ian McBlack, David Krumholtz, Alison Pill, Alex Karpovsky…

titre original : Hail, Caesar !

Comédie américaine, britannique. 1h40. 2016.

sortie française : 17 février 2016

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La folle journée d’Eddie Mannix va nous entraîner dans les coulisses d’un grand studio Hollywoodien. Une époque où la machine à rêves turbinait sans relâche pour régaler indifféremment ses spectateurs de péplums, de comédies musicales, d’adaptations de pièces de théâtre raffinées, de westerns ou encore de ballets nautiques en tous genres. Eddie Mannix est fixer chez Capitole, un des plus célèbres Studios de cinéma américain de l’époque. Il y est chargé de régler tous les problèmes inhérents à chacun de leurs films. Un travail qui ne connaît ni les horaires, ni la routine. En une seule journée il va devoir gérer aussi bien les susceptibilités des différentes communautés religieuses, pour pouvoir valider leur adaptation de la Bible en Technicolor, que celles du très précieux réalisateur vedette Laurence Laurentz qui n’apprécie que modérément qu’on lui ait attribué le jeune espoir du western comme tête d’affiche de son prochain drame psychologique.Il règle à la chaîne le pétrin dans lequel les artistes du studio ont l’art et la manière de se précipiter tous seuls. En plus de sortir une starlette des griffes de la police, ou de sauver la réputation et la carrière de DeeAnna Moran la reine du ballet nautique, Eddie Mannix va devoir élucider les agissements louches du virtuose de claquettes, Burt Gurney. Cerise sur le gâteau, il a maille à partir avec un obscur groupuscule d’activistes politique qui, en plein tournage de la fameuse superproduction biblique AVE CÉSAR lui réclame une rançon pour l’enlèvement de la plus grosse star du Studio, Baird Whitlok. Le tout en essayant de juguler les ardeurs journalistiques des deux jumelles et chroniqueuses ennemies, Thora et Thessaly Thacker. La journée promet d’être mouvementée.

Ave, César! : Photo George Clooney, Josh Brolin

Je suis une immense fan des frères Coen au point d’avoir vu toute leur filmographie. Certes, ils n’ont pas signé que des chefs-d’oeuvre mais j’arrive même à apprécier les quelques films moyens ou mineurs de leur carrière. J’avais donc très envie de découvrir leur dernière comédie, présentée en ouverture au dernier festival de Berlin (en hors compétition), qui présente un sacré casting dans lequel nous retrouvons beaucoup d’habitués de leur univers : Josh Brolin (No Country for Old Men, True Grit), George Clooney (O’Brother, Intolérable CruautéBurn After Reading), Scarlett Johansson (The Barber), Frances McDormand (Sang pour Sang, Fargo, Burn After Reading, The Barber etc… il s’agit de sa 8e collaboration avec les frangins) et Tilda Swinton (Burn After Reading). Selon les deux réalisateurs, Ave, César ! marque le dernier film de « la Trilogie des Idiots » après l’excellent O’Brother et le sympathique Burn After Reading. Hélas, je n’ai pas du tout aimé leur dernier long-métrage. Il s’agit pour moi d’une énorme déception : c’est réellement la première fois que je trouve un de leurs films mauvais. C’est encore une fois la preuve qu’un film bourré de stars n’est pas toujours un gage de qualité. Je me suis énormément ennuyée et je n’ai pas ri tant que ça. Certes, les scènes de tournage sont sympas. Le tournage du film avec le personnage de George Clooney qui incarne César peut effectivement les péplums de l’époque, la séquence musicale avec Channing Tatum en marin est fantastique et la scène avec Scarlett Johansson en sirène est également bien foutue esthétiquement. La scène de tournage avec Alden Ehrenreich en acteur de western ne sachant pas aligner trois mots sous la direction du so british Ralph Fiennes est vraiment excellente, certainement la seule qui m’a vraiment fait rire (avec ce qui suit derrière). Hélas, ce n’est pas parce que ces scènes-là sont réussies que le reste l’est. Il manque pour moi une véritable cohérence entre les scènes de tournage et celles en dehors du studio, mais surtout il n’y a pas de cohérence entre les différentes intrigues mises en place, c’est-à-dire entre la réunion des différentes autorités religieuses pour réaliser un film adapté de la Bible en Technicolor, le kidnapping de Baird Whitlock par des communistes, le secret de grossesse d’une star célibataire et le changement de registre d’un acteur de western. On a du coup l’impression d’assister à une alternance de sketchs pas du tout aboutis. Par conséquent, on connait mal les personnages et on n’a pas envie de s’intéresser à eux (et à leurs histoires).

Ave, César! : Photo Alden Ehrenreich, Ralph Fiennes

Que ce soit les personnages, les différentes histoires à l’intérieur de la grande, les nombreuses références historiques (notamment le maccarthysme qui a condamné de nombreux artistes) et plus généralement les thèmes abordés (les conditions de travail des artistes, l’éternelle opposition entre l’art et le marketing), tout est survolé alors que ça méritait un meilleur traitement. C’est dommage car d’un point de vue esthétique, le film est plutôt réussi avec notamment des beaux costumes, d’imposants décors et une photographie soignée, le tout permettant vraiment aux spectateurs de retrouver une certaine image que nous avons en tête des films hollywoodiens des années 1950 sans qu’on tombe dans quelque chose de trop kitsch. En revanche, même si les scènes de tournage ont pour but de nous refaire vivre un instant le cinéma de cette époque, je ne savais pas trop comment réagir. Je ne savais pas s’il s’agissait d’un hommage, d’une caricature, d’une parodie ou des trois à la fois (ou même une autre option). Du coup, je pense que ça m’a bloquée pour apprécier totalement ces scènes mais même plus généralement le film. Je pense que c’est aussi pour cette raison que je n’ai ni retrouvé l’humour grinçant des Coen que j’aime tant ni leur noirceur. Enfin, étant donné que les stars ne font que passer, les interprétations ne sont pas non plus totalement satisfaites. Alden Ehrenreich (certainement la moins « star » du casting) est celui qui s’en sort à mon avis le mieux et qui a un rôle un peu plus consistant que les autres. Après, même s’ils ne m’ont pas non plus bluffés, George Clooney, Ralph Fiennes, Tilda Swinton et même Channing Tatum sont plutôt convaincants même s’ils ne sont pas non plus surprenants. En revanche, même si je n’ai strictement rien contre eux, je me suis vraiment demandée ce que faisaient dans ce film Frances McDormand et Jonah Hill. Déjà qu’on ne voit pas beaucoup en général les autres personnages, mais alors eux, c’est limite une blague. Je n’ai rien contre les apparitions de copains de réalisateurs ou même juste des apparitions sympas (comme celle de Christophe Lambert notamment) mais eux n’apportent vraiment rien et on se demande vraiment ce qu’ils foutent sur l’affiche (que ce soit leurs noms ou la gueule de Hill). En revanche, je trouve Scarlett Johansson toujours aussi mauvaise même si on la voit peu (heureusement, parce que là, ça aurait été le pompon). Pourtant, son personnage était sur le papier intéressant (pour le cinéma, elle est glamour alors qu’en dehors du tournage elle parle comme un camionneur) mais je trouve son interprétation vraiment fausse. Quant à Josh Brolin, il est certes plutôt bon, comme souvent, mais pour moi il n’a pas suffisamment les épaules pour porter totalement ce film en tant que personnage principal qui relie tous les autres.

Ave, César! : Photo Scarlett Johansson