Suspiria

réalisé par Dario Argento

avec Jessica Harper, Joan Bennett, Udo Kier, Stefania Casini…

Film épouvante-horreur, fantastique, thriller italien. 1h35. 1977.

sortie française : 18 mai 1977

interdit aux moins de 16 ans

Movie Challenge 2017 : Un film d’horreur

Suzy, une jeune Américaine, débarque à Fribourg pour suivre des cours dans une académie de danse prestigieuse. A peine arrivée, l’atmosphère du lieu, étrange et inquiétante, surprend la jeune fille. Et c’est là qu’une jeune élève est spectaculairement assassinée. Sous le choc, Suzy est bientôt prise de malaises. Et le cauchemar ne fait qu’empirer : le pianiste aveugle de l’école meurt à son tour, égorgé par son propre chien….
Suzy apprend alors que l’académie était autrefois la demeure d’une terrible sorcière surnommée la Mère des Soupirs. Et si l’école était encore sous son emprise ?

Suspiria : Photo

Je continue de découvrir petit à petit la filmographie de Dario Argento (rappelez-vous, je vous avais chroniqué récemment un de ses chefs-d’oeuvre, Les Frissons de l’angoisse). Suspiria faisait évidemment partie de mes priorités et c’est chose faite désormais ! Ce film, dont le remake devrait sortir dans l’année, fait partie d’une trilogie avec Inferno et La Troisième Mère (il est même le premier film de cette saga). Cette trilogie est inspirée par la suite du roman de Thomas de Quincey (Confessions d’un mangeur d’opium) : Suspiria De Profundis. Un des passages s’intitule « Levana et nos mères de Douleur ». L’auteur y parle alors de trois soeurs (qui rappellent les trois Grâces et aux trois Moires) de douleur : la Mère des Pleurs, la Mère des Soupirs et la Mère des Ténèbres. Dario Argento, le maître du giallo, se lance réellement pour la première fois dans l’horreur. Le cinéaste dit clairement (et cela se ressent) qu’il s’est inspiré des contes de Disney et ceux de Grimm, et qu’il a mélangé ces deux univers avec « la violence de L’Exorciste« . Si le film s’est inspiré de nombreux films et autres univers artistiques, il est également certain qu’il a eu une grande influence sur d’autres (notamment sur un certain Black Swan). L’histoire en elle-même est assez « simple » et accessible : une jeune danseuse qui a l’air toute innocente se retrouve dans une école dans lequel se déroulent une série de meurtres et autres événements étranges. Le film est plutôt court et le déroulement du scénario est assez fluide, j’ai même envie de dire qu’il est « direct » (du genre une fois qu’on a résolu l’intrigue, boum générique de fin). Et pourtant, Suspiria n’a rien d’un film simple même dans son écriture qui pourrait pourtant donner l’impression du contraire. Ce sont surtout la mise en scène et les choix esthétiques qui surprennent le plus et qui donnent une force inouïe à Suspiria. La mise en scène est d’une grande virtuosité et d’une incroyable précision. Ainsi, chaque détail semble compter, rien ne semble laisser au hasard. On notera au passage un petit clin d’oeil à un autre film d’Argento (son premier pour être précis), L’Oiseau au plumage de cristal le temps d’une scène ou encore le placement des poignées de portes, plus élevées qu’à l’accoutumée : les jeunes femmes du film pourraient finalement être des enfants (Argento voulait d’ailleurs des personnages âgés d’une douzaine d’années – c’est son père qui lui a déconseillé pour éviter une trop grande censure). Les couleurs sautent évidemment aux yeux, impossible d’y échapper, surtout à la présence du rouge et du bleu.

Suspiria : Photo

Le rouge a évidemment un rapport direct avec le sang (qui ressort particulièrement sur les corps, comme s’il avait quelque chose de volontairement irréel) et avec le Diable. On peut aussi rapprocher cette couleur avec le culte et même le pouvoir. Quant au bleu (« opposé » de la couleur chaude rouge), qui pourrait aussi être associé à la divinité, c’est une couleur froide qui rappelle à quel point la mort est omniprésente dans cette école du mal. Le mystère et l’atmosphère pesante sont présentes dès les premières minutes du long-métrage qui encore une fois ne perd pas de temps à nous présenter son intrigue. Argento joue également avec intelligence avec des motifs connus (notamment la présence de pluie et même de l’orage dans la nuit) pour pouvoir mieux nous surprendre. Cette ambiance et cette esthétique envoûtante (la part d’ésotérisme n’étant également pas à exclure) se combinent merveilleusement avec la dimension baroque, qui se traduit aussi bien par de magnifiques décors que par la musique de Goblin, assez dérangeante. Bref, Argento assume sa folie flamboyante et grandiloquente, rendant aussi hommage à l’expressionnisme. Encore une fois, il parvient à combiner différentes disciplines artistiques pour créer une oeuvre unique. : cinéma, littérature (en particulier le conte), danse, architecture et même peinture (je reviens encore une fois au sang pour ne citer que cet exemple) se côtoient avec beaucoup de cohérence et de pertinence. Côté casting, on est également bien servi, notamment par la trop rare Jessica Harper, parfaite dans le rôle principal (on pourrait presque établir des liens avec Phantom of the Paradise de Brian De Palma, sorti seulement trois ans avant). Pour les petites anecdotes, Daria Nicolodi, la scénariste du film (et à l’époque compagne d’Argento – et également maman d’Aria) devait tenir le rôle principal mais une actrice plus jeune devait être prise. Cela dit, c’est elle qui prête sa voix au personnage de Helena Markos. Selon Jessica Harper (à voir s’il s’agit d’une rumeur ou non mais je trouve en tout cas l’anecdote amusante), Markos serait interprétée par une ancienne prostituée de 90 ans rencontrée par Argento dans les rues de Rome ! Suspiria est donc l’un des plus beaux cauchemars et contes horrifiques que j’ai pu voir, un film diaboliquement efficace et extrêmement bien foutu.

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