[MC2018] Petit Paysan

réalisé par Hubert Charuel

avec Swann Arlaud, Sara Giraudeau, Bouli Lanners, Isabelle Candelier…

Drame français. 1h30. 2017.

sortie française : 30 août 2017

Un film qui m’a déçue

Pierre, la trentaine, est éleveur de vaches laitières. Sa vie s’organise autour de sa ferme, sa sœur vétérinaire et ses parents dont il a repris l’exploitation. Alors que les premiers cas d’une épidémie se déclarent en France, Pierre découvre que l’une de ses bêtes est infectée. Il ne peut se résoudre à perdre ses vaches. Il n’a rien d’autre et ira jusqu’au bout pour les sauver.

Petit Paysan : Photo

Sorti discrètement à la fin des vacances d’été, Petit Paysan a rapidement réussi à se faire un petit nom grâce à un bouche-à-oreilles efficace durant les festivals (dont Cannes dans la case « La Semaine de la Critique »). Son succès s’est particulièrement confirmé à la dernière cérémonie des César. Le film est ainsi reparti avec trois grandes statuettes : meilleur premier film (et oui, j’étais contente qu’il gagne face à Grave, je suis vilaine), meilleur acteur et meilleure actrice dans un second rôle. Pour ce premier long-métrage, Hubert Charuel s’est inspiré de sa propre histoire et expérience (même si le film ne prétend pas s’inscrire dans une démarche purement autobiographique). En effet, il est le fils d’un couple d’agriculteurs et lui-même a travaillé dans le secteur de l’élevage laitier avant de s’orienter vers des études de cinéma (lui aussi sort de la Fémis : décidément, cette école est de plus en plus mise en avant). Plusieurs anecdotes sont intéressantes pour appréhender la démarche du jeune réalisateur (et aussi pour illustrer la crédibilité générale du film). Tout d’abord, il a tourné dans la ferme familiale. En parlant de famille, le père du personnage principal est interprété par le propre paternel du réalisateur. Sa mère fait aussi partie de la partie, en interprétant la contrôleuse de la ferme. Sur le papier, beaucoup de choses pouvaient me séduire dans la démarche de Petit Paysan. En effet, en nous dressant le portrait d’un homme attaché à son métier (et les animaux), Hubert Charuel tire la sonnette d’alarme sur la situation des agriculteurs ignorés de tous, pris dans l’engrenage de la solitude. L’évolution du scénario m’a également rappelé un événement qui a secoué le monde agricole quelques années auparavant (et qui a toujours des conséquences actuellement, même si on en parle moins) : la « vache folle ». De plus, le film évoque plus globalement l’inquiétude de ce corps de métier face aux nombreuses restrictions qui ne leur permet pas de vivre de leur passion correctement. Hubert Charuel a alors le mérite de mettre en avant une figure peu prisée (et même méprisée) par le cinéma et plus globalement par les médias.

Petit Paysan : Photo

La première partie du film expose bien ce triste postulat de départ, s’inscrivant a priori dans le drame social. Puis, le film bascule plutôt sur le papier dans le thriller psychologique. Si ce choix de basculement pouvait être logique et compréhensible par rapport au propos défendu par le réalisateur. Les contraintes sociales des agriculteurs ont fini par faire naître chez eux la peur et la paranoïa. Cela dit, si les intentions sont plutôt bonnes, la mise en pratique n’est hélas pas très satisfaisante. Effectivement, dans l’ensemble, Petit Paysan m’a plutôt mitigée. Je suis même assez étonnée de sa bonne réputation face à ce film qui manque, selon moi, de consistance. La première partie est donc plutôt réussie avec cette approche naturaliste, durant laquelle la documentation sur l’environnement (qui ressort sans qu’on connaisse le passé du réalisateur) prend le dessus – même si des éléments de la seconde partie apparaissent déjà discrètement mais sûrement. La seconde partie se veut plus intense, allant vers le thriller, voire même dans l’horreur. L’horreur, s’il y en a pas, n’apparaît pas grossièrement. J’apprécie la démarche du réalisateur de ne pas avoir trop accentuer sur l’horreur en tant que genre pour faire jouer sur un autre niveau de peur. Cependant, à force de jouer sur la subtilité reposant sur une peur invisible et inconnue,le réalisateur semble lui-même avoir trop peur des différents genres abordés. Par conséquent, même si l’évolution du scénario est plutôt intéressante, le film a du mal à ne pas se sortir de son schéma de « film d’auteur social ». J’ai eu du mal à ressentir de la peur ou à sentir une pression monter malgré la tragédie réelle du personnage principale, tout comme j’ai du mal à y voir là-dedans un quelconque film qui se voudrait « hybride ». Par ailleurs c’est à partir de cette deuxième partie, selon moi pas suffisamment aboutie, où j’ai fini par décrocher. Ainsi, au-delà de problèmes rythmiques le scénario est trop bancal et sa mise en scène, pourtant correcte (surtout avec une économie de moyens), n’a rien non plus de palpitant. Résultat : son film n’est pas mauvais, mais je ne dirais pas qu’il est particulièrement bon non plus. Il est pour moi trop maladroit (est-ce lié au manque d’expérience du réalisateur derrière la caméra ?), ne parvient pas réellement à répondre aux intentions de départ et s’avère alors oubliable. En revanche, je suis entièrement convaincue par les interprétations des charismatiques Swann Arlaud (première fois que je le vois réellement dans un premier rôle : une belle révélation en ce qui me concerne) et Sara Giraudeau qui n’ont pas volé leurs récompenses aux César.

Petit Paysan : Photo

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Cézanne et moi

réalisé par Danièle Thompson

avec Guillaume Canet, Guillaume Gallienne, Alice Pol, Déborah François, Sabine Azéma, Gérard Meylan, Laurent Stocker, Isabelle Candelier, Freya Mavor…

Biopic français. 1h54. 2016.

sortie française : 21 septembre 2016

cezanne

Ils s’aimaient comme on aime à treize ans : révoltes, curiosité, espoirs, doutes, filles, rêves de gloires, ils partageaient tout. Paul est riche. Emile est pauvre. Ils quittent Aix, « montent » à Paris, pénètrent dans l’intimité de ceux de Montmartre et des Batignolles. Tous hantent les mêmes lieux, dorment avec les mêmes femmes, crachent sur les bourgeois qui le leur rendent bien, se baignent nus, crèvent de faim puis mangent trop, boivent de l’absinthe, dessinent le jour des modèles qu’ils caressent la nuit, font trente heures de train pour un coucher de soleil… Aujourd’hui Paul est peintre. Emile est écrivain. La gloire est passée sans regarder Paul. Emile lui a tout : la renommée, l’argent une femme parfaite que Paul a aimé avant lui. Ils se jugent, s’admirent, s’affrontent. Ils se perdent, se retrouvent, comme un couple qui n’arrive pas à cesser de s’aimer.

Cézanne et moi : Photo Guillaume Gallienne

Quand on vient d’un endroit, on s’intéresse forcément un petit peu aux artistes « locaux ». Cézanne et Zola font partie des figures à connaître lorsqu’on vient d’Aix-en-Provence, en l’occurrence ma ville (même si je ne le crie pas sur tous les toits, ce n’est plus un scoop pour ceux qui suivent mon blog). Cette information peut avoir son importance : sans ça, je ne serais pas allée voir ce film, surtout au cinéma. Ces personnalités ont toujours suscité mon intérêt (sans prétendre avoir lu tout Zola ou avoir inspecté tous les tableaux de Cézanne), en revanche, de ce que j’ai vu, je trouve généralement le travail de Danièle Thompson assez médiocre. Je ne suis pas non plus très fan de Guillaume Canet et j’ai beau aimé Guillaume Gallienne, la bande-annonce ne m’avait pas rassurée sur sa présence dans ce projet. Hélas, j’avais bien senti la chose : Cézanne et moi est une déception. On tombe vraiment dans tout ce que je n’aime pas dans les biopics : faire du Paris-Match. On essaie vaguement de faire des parallèles entre les deux amis : l’un a du succès, l’autre non; l’un a une relation stable avec une femme, l’autre couche avec beaucoup de femmes; l’un est calme, l’autre colérique… Ca peut durer des heures. Et ce n’est pas très intéressant. Ces personnalités, pourtant intéressantes, sont limitées à des disputes et vaguement à des histoires de cul. On entend aussi un petit peu des discours sur l’art (je ne sais pas s’ils reprennent des paroles que Cézanne ou Zola auraient prononcées mais j’ai trouvé que ça sonnait faux) mais c’est à peu près tout. La dispute entre Cézanne et Zola a surtout éclatée à partir de la publication de L’Oeuvre (Cézanne s’est senti visé alors que Zola certainement aussi de lui-même). Sans être méchante, c’est pas ce que Zola a écrit de mieux. Se concentrer tout ce temps sur ce bouquin qui aboutit à une histoire très anecdotique entre les deux artistes, quelle perte de temps ! J’avoue ne pas avoir compris l’intérêt même de ce film. Je ne vois pas où ça veut en venir. Le but était de faire quoi avec cette sorte de biopic deux en un ?

Cézanne et moi : Photo Guillaume Gallienne

Ok, on nous montre une histoire d’amitié avec ses hauts et des bas, entre gloire, échecs et femmes. Mais après ? Danièle Thompson ne tire finalement rien de son histoire. Elle se contente de raconter quelque chose platement qu’on connait déjà. C’est dommage de ne pas avoir su creuser davantage. De plus, en sortant de ce film, qu’on connaisse déjà ou non Zola et Cézanne, on n’a pas envie de s’intéresser davantage à eux. Il faut dire que les interprétations n’aident pas non plus (même si les acteurs ne sont certainement pas aidés par le scénario assez plat). Guillaume Canet n’était à mon avis pas le meilleur choix pour incarner Emile Zola. Je veux bien qu’il incarne un personnage pudique et réservé. Mais là, l’acteur est ici trop lisse pour convaincre. Pour ne rien arranger, quand il joue l’écrivain vieux, il tente d’avoir une voix graaaaveeee avec des sileeeeences (tu ne sais pas d’où ça sort mais bon) que je ne saurais vous imiter par écrit (même si là je m’éclate à le refaire toute seule quitte à me bousiller la voix). Et mon dieu, mais on lui a fait quoi à son nez ? Et ce ventre super mal fait ? Ses lunettes ? Pas trop crédible tout ça. Ces gros plans sur ça m’ont perturbée ! En ce qui concerne Guillaume Gallienne, je suis un peu plus partagée. Je trouve ce gars talentueux et il y a des fois dans le film où cette trace de talent ressort. Ca rassure. Mais il faut savoir être honnête : ce talent en question n’apparaît pas tout le long du film. Loin de là. Déjà son accent du sud, très bof (en cabotinant). Mais pire : un coup, il a l’accent du sud, mais la scène suivante, on a l’impression de revoir la mère qu’il interprétait dans Les garçons et Guillaume, à table ! Du coup, ça donne un ensemble encore moins cohérent que ça ne l’est déjà. Alice Pol, que j’aime bien d’habitude, n’a rien à faire là. On a toujours l’impression qu’elle s’est trompée d’époque, son interprétation est anachronique. Quant à Déborah François, qui est pourtant une actrice douée, elle joue pas trop mal (par rapport au reste) mais on m’a tout de même laissée indifférente (mais son rôle ne l’aide pas à livrer une meilleure interprétation). Il n’y a pas que les interprétations qui coincent et déçoivent.

Cézanne et moi : Photo Guillaume Canet, Guillaume Gallienne

La structure du film est en elle-même incompréhensible, un moyen pour détourner l’attention « nooon mais mon film n’est pas classique, nananère ». Je vous fais un p’tit résumé : Cézanne et moi démarre grosso modo durant la dispute (donc les personnages ont déjà un certain âge – sans être non plus des vieux croûtons), puis on les voit enfants (oooh c’est beau l’amitié, on rigole en penchant sa tête en arrière et en ouvrant grand la bouche comme un imbécile), on les revoit durant la dispute, hop un flashback lorsqu’ils sont des jeunes adultes (oooh c’est beau l’amitié, on rigole en penchant sa tête en arrière et en ouvrant grand la bouche comme un imbécile – BIS)… Bref, vous avez compris le truc. MAIS (parce qu’il y a encore un « mais » dans ce bordel), sans aucune raison, il y a un moment où il n’y a plus de flashback ! On a envie de dire à cette chère Danièle Thompson : soit tu fais ton film entièrement en flashback soit tu fais un film linéaire ! Le cul entre deux chaises, c’est LA pire des idées ! Et encore si elle savait faire des films en flashback ! On a l’impression de passer du coq à l’âne ! Cela dit, dans cette marée de remarques négatives, j’ai tout de même quelques points positifs à défendre. Tout d’abord, étonnamment, je ne me suis pas ennuyée (malgré ses deux bonnes heures). Le film se laisse suivre. Certes, comme un film projeté durant les cours de français (oui, vous savez, ces films ultra classiques et littéraires en question pas toujours passionnants) mais je m’attendais à m’endormir. Ca n’a pas été le cas. Je dois aussi reconnaître un certain sens esthétique (de beaux décors – certains étant naturels -, de beaux costumes, des plats soignés et bien cadrés, une jolie photographie etc…), qui rattrape un ensemble assez plat notamment côté mise en scène. J’ai aimé ce côté solaire, qui rappelle forcément la Provence, mais sans que ça devienne non plus jaune criard comme le t-shirt de Brice de Nice. Même si ça n’excuse pas tout, ça sauve tout de même ce film vraiment faiblard. Sans ces quelques trucs qui ont l’air sur le papier des détails, le film passe de médiocre à juste mauvais et évite un zéro pointé de ma part.

Cézanne et moi : Photo Guillaume Canet, Guillaume Gallienne

Gemma Bovery

réalisé par Anne Fontaine

avec Fabrice Luchini, Gemma Artenton, Jason Flemyng, Isabelle Candelier, Kacey Mottet Klein, Niels Schneider, Edith Scob, Mel Raido, Pip Torrens, Elsa Zylberstein, Pascale Arbillot, Philippe Uchan…

Comédie dramatique française. 1h40. 2014.

sortie française : 10 septembre 2014

Gemma Bovery

Martin est un ex-bobo parisien reconverti plus ou moins volontairement en boulanger d’un village normand. De ses ambitions de jeunesse, il lui reste une forte capacité d’imagination, et une passion toujours vive pour la grande littérature, celle de Gustave Flaubert en particulier. On devine son émoi lorsqu’un couple d’Anglais, aux noms étrangement familiers, vient s’installer dans une fermette du voisinage. Non seulement les nouveaux venus s’appellent Gemma et Charles Bovery, mais encore leurs comportements semblent être inspirés par les héros de Flaubert. Pour le créateur qui sommeille en Martin, l’occasion est trop belle de pétrir – outre sa farine quotidienne – le destin de personnages en chair et en os. Mais la jolie Gemma Bovery, elle, n’a pas lu ses classiques, et entend bien vivre sa propre vie…

Gemma Bovery : Photo Fabrice Luchini

Anne Fontaine adapte le roman graphique Gemma Bovery de Posy Simmonds, auteure de Tamara Drewe (adapté par Stephen Frears et avec, dans le rôle-titre, une certaine Gemma Artenton). Comme le suggère le titre, Simmonds a revisité le roman de Gustave Flaubert, Madame Bovary, en jouant avec l’effet de mise en abyme : en effet, Martin, le personnage principal, prend conscience que sa voisine est un double d’Emma Bovary. Le film s’intitule Gemma Bovery mais pourtant c’est bien Martin qui est réellement au centre de l’histoire car c’est lui qui remarque cette forte intertextualité et en joue. Il est fasciné par ce double littéraire. Tout d’abord observateur, il devient petit à petit un marionnettiste, un auteur qui réécrit l’histoire (afin que Gemma n’ait justement pas le même destin qu’Emma Bovary), presque lui-même un double de Flaubert. Martin pourrait même être un Emma Bovary en masculin (n’oublions pas la célèbre phrase que Flaubert aurait prononcée : « Madame Bovary, c’est moi« ). C’est ce lien entre le cinéma et la littérature qui fait le charme de ce long-métrage. Grâce à ce parallèle, Anne Fontaine signe un film amusant, frais, divertissant, drôle et mélancolique à la fois. Il n’y a pas besoin d’avoir lu le roman de Flaubert pour comprendre et apprécier ce film car les parallèles entre le texte et le film sont établis de manière assez ludiques, sans que cela soit lourd.

Gemma Bovery : Photo Fabrice Luchini

La réalisatrice offre quelques scènes particulièrement savoureuses, voire même hilarantes : je pense par exemple à celles avec Martin qui s’énerve contre la mort aux rats, celle de l’abeille (drôle et sensuelle à la fois) et évidemment la dernière scène sont hilarantes) ou encore la toute dernière scène. Il y a également des répliques très bien trouvées (notamment celle de Martin à son fils : « Je préférerais que tu te drogues plutôt que d’entendre des conneries pareilles« ). Cependant, même si la réalisation reste tout de même correcte, j’ai un peu regretté qu’elle ne soit pas à la hauteur de l’ambition du sujet. Même si on ne boude pas son plaisir, j’ai trouvé qu’elle manquait légèrement de piquant et dans la seconde partie, il me semble qu’il y a quelques petits problèmes de rythme. Le casting est un des atouts de ce film. Fabrice Luchini est encore une fois énorme, les fans de l’acteur seront comblés. De plus, je ne vois que lui pour interpréter le rôle principal, lui qui aime tant la littérature et les femmes ! Gemma Artenton est également excellente dans le rôle d’Emma Bovary bis, et je l’ai même trouvée bien plus convaincante que dans Tamara Drewe. Dans les seconds rôles, j’ai également bien aimé Isabelle Candelier, très drôle dans le rôle de la femme dépassée de Martin ou encore Elsa Zylberstein, parfaite en bourgeoise énervante.

Gemma Bovery : Photo Fabrice Luchini, Gemma Arterton, Niels Schneider