The Circle

réalisé par James Ponsoldt

avec Emma Watson, Tom Hanks, John Boyega, Karen Gillan, Ellar Coltrane, Patton Oswalt, Bill Paxton, Glenne Headly…

Thriller, science-fiction, drame américain, émirati. 1h50. 2017.

sortie française : 12 juillet 2017

Les Etats-Unis, dans un futur proche. Mae est engagée chez The Circle, le groupe de nouvelles technologies et de médias sociaux le plus puissant au monde. Pour elle, c’est une opportunité en or ! Tandis qu’elle prend de plus en plus de responsabilités, le fondateur de l’entreprise, Eamon Bailey, l’encourage à participer à une expérience révolutionnaire qui bouscule les limites de la vie privée, de l’éthique et des libertés individuelles. Désormais, les choix que fait Mae dans le cadre de cette expérience impactent l’avenir de ses amis, de ses proches et de l’humanité tout entière…

The Circle : Photo Emma Watson

Depuis quelques années, les romans dystopiques passent pratiquement tous par la case « adaptation cinématographiques ». Celui de Dave Eggers (pour la petite anecdote, il est également le co-scénariste de Away We Go, réalisé par Sam Mendes), Le Cercle. Je suis allée voir ce film complètement par hasard, je n’avais pas spécialement prévu de le découvrir, j’ai juste accompagné quelqu’un. Je savais à peine de quoi ça parlait : j’avais juste constaté sur les réseaux sociaux un accueil assez mitigé. Peut-être parce que je ne m’attendais à rien que j’ai finalement bien apprécié The Circle. Certes, il s’agit d’un film imparfait et certainement rapidement oubliable. Parmi les défauts les plus notables, le début est un peu long à se mettre en place. On pourra également toujours clamer son manque d’originalité : n’a-t-on pas déjà vu mille fois ces films reprenant le même schéma que 1984 de George Orwell ? Je n’ai jamais regardé Black Mirror mais les fans de la série semblent avoir fait des rapprochements entre les deux oeuvres. Bref, effectivement, nous n’apprendrons rien de bien nouveau dans The Circle : oui, la technologie à outrance bouffe nos vies privées qui ne sont de toute façon plus privées et ces données en question permettront aux hautes instances de manipuler le peuple. Cela dit, même si le sujet n’a donc rien de révolutionnaire, j’ai tout de même été prise dans l’histoire. On ne peut pas s’empêcher de se dire que le film n’est pas si futuriste que ça. Comment ne pas penser aux youtubeurs quand Mae se filme H24 et partage absolument toute sa vie (pas toujours intéressante) ? Comment ne pas y voir un énorme clin d’oeil à Steve Jobs qui faisait ses shows lorsqu’il présentait un nouveau produit ? Google et Facebook sont aussi clairement évoqués. Beaucoup de spectateurs verront les références (placées sans aucune subtilité) : le film a le mérite d’être accessible mais sans tomber dans le film pour adolescents (parce que je m’attendais à ça vu la vague de young adult adaptées). La mise en scène n’est pas exceptionnelle mais elle reste tout à fait efficace. Le résultat m’a encore plus étonnée en sachant que c’était James Ponsoldt derrière la caméra. Evidemment, je préférais quand il signait des films indépendants personnels et subtils comme par exemple The Spectacular Now (avec Miles Teller et Shailene Woodley) ou encore Smashed (avec Mary Elizabeth Winstead et Aaron Paul). Evidemment que cette réalisation pour The Circle est moins personnelle, on sent beaucoup moins sa patte. Cela dit, pour une grosse machine, il ne s’en sort pas si mal que ça.

The Circle : Photo Tom Hanks

Cela dit, son accessibilité joue à The Circle certains tours : l’ensemble manque alors de subtilité, les explications peuvent sembler grossières. Par contre, contrairement à ce que reprochent certaines critiques, le personnage de Mae est intéressant (j’aime jouer les avocates du diable). Il ne s’agit que d’un ressenti personnel en sachant que je n’ai pas lu le roman donc je ne connais pas les intentions d’origine de l’auteur. Je suis persuadée que des spectateurs s’attendaient à un personnage dans la même veine qu’une Katniss. Attention spoilers : Or, Mae m’a paru complexe et surtout son traitement n’a rien de manichéen. Mae est une jeune femme intelligente mais qui, malgré l’amour que ses parents lui portent et deux amis importants, se sent assez seule. Elle a un cerveau, elle voit bien que certaines choses clochent dans l’entreprise, on la prévient même de ce qui se passe en privé et se rend bien compte que la situation est anormale. Mae est autant un personnage manipulée / manipulable qu’un personnage qui manipule elle-même les autres pour son propre intérêt (ne plus être seule et savourer le pouvoir via la technologie). Elle atterrit dans cette entreprise et monte les échelons par hasard mais finit par prendre le dessus et profiter de la situation pour son propre intérêt. Elle contribue complètement au système qui pourtant lui fait du mal. Je ne suis donc pas d’accord (mais il ne s’agit vraiment que de mon ressenti) concernant la fin qui m’a paru logique. Et je trouve que le traitement de Mae rend le film certes imparfait un peu plus intéressant que prévu. J’aime beaucoup Watson en tant que jeune femme (je ne m’en cache pas) mais en tant qu’actrice je ne suis pas toujours convaincue par ses prestations mais là je trouve qu’elle s’en sort bien surtout que son rôle n’est pas si simple contrairement à ce qu’on pourrait croire. Tom Hanks est également très convaincant dans le rôle de ce PDG star a priori cool et même généreux en public (en même temps, je n’ai jamais vu Hanks mal jouer). Cela dit, il est regrettable que son personnage ne soit pas plus développé tout comme celui tenu par John Boyega (je ne pensais pas qu’il serait autant absent). Dans les seconds rôles, Ellar Coltrane (et oui, il s’agit du gamin de Boyhood de Richard Linklater) et Karen Gillan s’en sortent également pas trop mal. The Circle n’a donc rien de révolutionnaire (et je ne crois pas qu’il avait cette prétention), il a ses défauts, il ne nous apprendra également rien sur son sujet mais reste tout à fait correct et crédible par rapport à ce qu’on attend éventuellement de ce type de production.

The Circle : Photo

Moi, Daniel Blake

réalisé par Ken Loach

avec Dave Johns, Hayley Squires, Dylan McKiernan, Sharon Percy…

titre original : I, Daniel Blake

Drame britannique. 1h40. 2016.

sortie française : 26 octobre 2016

daniel

Pour la première fois de sa vie, Daniel Blake, un menuisier anglais de 59 ans, est contraint de faire appel à l’aide sociale à la suite de problèmes cardiaques. Mais bien que son médecin lui ait interdit de travailler, il se voit signifier l’obligation d’une recherche d’emploi sous peine de sanction. Au cours de ses rendez-vous réguliers au « job center », Daniel va croiser la route de Katie, mère célibataire de deux enfants qui a été contrainte d’accepter un logement à 450km de sa ville natale pour ne pas être placée en foyer d’accueil. Pris tous deux dans les filets des aberrations administratives de la Grande-Bretagne d’aujourd’hui, Daniel et Katie vont tenter de s’entraider…

Moi, Daniel Blake : Photo Dave Johns, Hayley Squires

Je suis depuis une dizaine d’années (oui, déjà, malgré mon jeune âge) que je suis la carrière de Ken Loach, devenu rapidement un de mes réalisateurs préférés. J’étais donc obligée d’aller voir son dernier long-métrage, Moi, Daniel Blake, qui a remporté la Palme d’or au dernier festival de Cannes présidé par le réalisateur australien George Miller. Loach, qui a déjà remporté un certain nombre de prix dans ce festival (et ailleurs d’ailleurs), avait déjà remporté la Palme d’or en 2006 (il y a donc pile poil dix ans) avec Le Vent se lève (The Wind that Shakes the Barley). Alors, évidemment, face à un tel prix, on se demande plus ou moins toujours si le choix du jury a été bon ou non. C’est évidemment toujours compliqué de s’attaquer à ce genre de question car dans un premier temps, je n’ai pas vu tous les films en compétition mais il y a toujours une part de subjectivité. Cela dit, à ce stade-là, j’approuve et j’applaudis le choix du jury qui a récompensé  (pour moi) un des meilleurs films de cette année. Je suis d’ailleurs toujours étonnée de voir un Ken Loach toujours aussi inspiré avec son fidèle scénariste Paul Laverty (ne l’oublions pas !). Après tout, les deux proposent depuis des années des thèmes et aspects similaires : des personnages issus d’un milieu social peu élevé qui doivent affronter un système social monstrueux, un schéma parfois manichéen, un scénario en apparence simple, une mise en scène sobre ou encore un environnement grisâtre. A force de voir des réalisateurs se péter la gueule parce que, pour ne citer qu’un exemple parmi d’autres, ils se sont répétés, je redoute toujours le film de trop de Loach. Et honnêtement même ses films dits « mineurs » ont pour moi toujours un intérêt. Ce qui est intéressant chez lui, c’est qu’on pourrait se dire qu’il a fait le tour mais finalement je m’aperçois qu’il y a toujours un détail à traiter. Finalement, on s’aperçoit à quel point il y a de variations autour de la misère sociale. Bref, je suis étonnée de ne pas ressentir de lassitude autour du travail de Loach et Laverty, cette équipe fonctionne toujours aussi bien. Pour moi, en tout cas, Moi, Daniel Blake n’a rien d’un film mineur dans sa carrière. Il s’agit d’un de ses longs-métrages les plus sombres de sa carrière et c’est peut-être même celui qui donne le plus envie de se lever et de lutter.

Moi, Daniel Blake : Photo Dave Johns

Ken Loach et Paul Laverty s’intéressent ici à une figure qu’on ne voit pas tant que ça au cinéma (en tout cas dans leur univers c’est pratiquement une nouveauté) : le « vieux » au chômage qui ne peut pas retourner au travail non pas par paresse (le personnage principal est au contraire quelqu’un qui se bouge) mais pour des raisons de santé. Le fameux Daniel Blake a des problèmes cardiaques et en plus de ça a été victime d’un accident durant son boulot. Il ne peut se résoudre à aller travailler sur un chantier. Le Pôle Emploi version anglaise (mais soyons réalistes : ce genre de merde arrive également en France) fait du grand n’importe quoi avec son dossier. Le voilà en train de se battre contre un système monstrueux, absurde et inhumain. Il n’est pas le seul à se faire avoir (le but étant que ces gens-là baissent les bras pour qu’ils puissent renoncer à leurs droits dont notamment une aide financière) : Katie et sa petite famille en sont le parfait exemple. C’est grâce à ce point commun malgré eux que la jeune Londonienne qui élève seule ses deux enfants et le veuf Daniel Blake vont devenir amis. Finalement, toutes les générations sont concernées par ce système et les choses ne sont pas prêtes à s’arranger. La rencontre entre les deux personnages est intéressante pour plusieurs raisons. Au-delà de rendre le propos encore plus universel, cela permet de confronter les personnages face à cette lutte différemment. Daniel Blake est celui qui ne veut pas baisser les bras, qui reste digne jusqu’au bout, qui a aussi un certain bagou. Il sait se rebeller quand il le faut (on comprendra donc mieux le « sens » du titre vers la fin du long-métrage) et veut montrer qu’on doit continuer à exister en tant qu’être humain, le système ne prenant pas en compte cette dimension. Katie n’a pas moins de mérites que son nouveau pote mais elle pète tout de même les plombs (je pense ici à l’émouvante scène à la banque alimentaire) cède rapidement aux solutions immorales (vol et prostitution). Au passage, j’apprécie qu’on nous suggère certaines scènes. Avec certains réalisateurs, ça aurait déjà viré au trash gratuit pour rendre les choses encore plus misérables et racoleuses.

Moi, Daniel Blake : Photo Dave Johns, Hayley Squires

La mise en scène est donc sobre (par son réalisme, on pense toujours chez lui au documentaire, vu qu’il en réalise), comme toujours chez Loach mais n’a rien de mauvaise. Au contraire, tout en restant discret, en laissant les personnage vivre et évoluer les personnages (et les interprètes). Tout a l’air très naturel, spontané et pourtant on n’est jamais dans quelque chose de brouillon. Je trouve son travail toujours aussi efficace et formidable. Le scénario est également bien écrit dans le sens où il parvient mettre à retranscrire la lente mais sûre descente en enfer d’un chômeur. A noter au passage la qualité de certains dialogues. Le film commence banalement et plus il avance plus les événements deviennent sombres et désespérants. Oui, on pourra dire que c’est prévisible mais ce n’est pas dérangeant dans le sens où ce choix-là reste cohérent avec le propos du film : littéralement, notre système nous tue. Oui, c’est vrai que le film peut paraître manichéen mais encore une fois Loach et Laverty transforment ce point qui aurait pu être négatif en quelque chose qui donne de la force pour pouvoir lutter contre le système. Moi, Daniel Blake est à la fois un film sombre, désespérant et en même temps donne envie de se lever et de rester solidaires. Evidemment que le film fait tout pour nous émouvoir mais je n’ai pas trouvé ça tire-larmes dans le sens où encore une fois Loach et Laverty savent s’arrêter là où il le faut et finalement l’émotion sonne vraie. Beaucoup de films de Ken Loach m’ont émue mais je dois même avouer que c’est la première fois que je verse quelques larmes devant une de ses oeuvres. Enfin, Moi, Daniel Blake est porté par un excellent casting. Dans le rôle du rôle-titre, Dave Johns, issu du milieu du stand-up et de la télévision et qui joue pour la première fois dans un film, est impeccable et criant de vérité en incarnant cette sorte de justicier modeste des temps modernes. Face à un sujet aussi difficile, Johns parvient, notamment grâce à son langage (et son accent de Newcastle), à illuminer son personnage. Il ne faut pas non plus oublier de parler de sa partenaire Hayley Squires (sorte de sosie de Lily Allen et de Mila Kunis) est également formidable.

Moi, Daniel Blake : Photo Dave Johns, Hayley Squires

Steve Jobs

réalisé par Danny Boyle

avec Michael Fassbender, Kate Winslet, Seth Rogen, Jeff Daniels, Michael Stuhlbarg, Katherine Waterston, Perla Haney-Jardine, Ripley Sobo, Makenzie Moss, Sarah Snook, John Ortiz…

Drame, biopic américain. 2h. 2015.

sortie française : 3 février 2016

jobs

Dans les coulisses, quelques instants avant le lancement de trois produits emblématiques ayant ponctué la carrière de Steve Jobs, du Macintosh en 1984 à l’iMac en 1998, le film nous entraîne dans les rouages de la révolution numérique pour dresser un portrait intime de l’homme de génie qui y a tenu une place centrale.

Steve Jobs : Photo Michael Fassbender

Depuis son décès en octobre 2011, Steve Jobs est devenu le personnage de deux biopics : un premier intitulé Jobs réalisé par Joshua Michael Stern avec Ashton Kutcher dans le rôle-titre (je ne l’ai pas vu mais je n’entends que du mal) et le second (donc abordé dans cette chronique) avec Steve Jobs réalisé par Danny Boyle, scénarisé par Aaron Sorkin (scénariste de The Social Network, Le Stratège ou encore la série A la maison-Blanche) avec l’excellent Michael Fassbender dans le rôle tant convoité (et nommé pour aux Oscars pour sa performance). J’aime beaucoup les films de Danny Boyle, The Social Network de David Fincher m’avait également énormément plu, je suis une fan de Fassbender et sans être une accro à la technologie, Steve Jobs est un personnage public intéressant : quatre arguments qui m’ont permis d’aller voir ce deuxième biopic. Hélas, malgré ma bonne volonté, je n’ai pas tout accroché. Cela est vraiment regrettable car pourtant, sur le papier, il y a beaucoup de bonnes choses. En effet, Steve Jobs a le mérite de ne pas tomber dans la construction banale présente dans la majorité des biopics, c’est-à-dire (pour caricaturer) : naissance, découverte du « don », gloire, chute, problèmes familiaux/existentiels, rédemption, mort. Il est construit en trois parties qui représentent en réalité trois périodes phares de Jobs : le lancement du Macintosh en 1984, celui de NeXT Cube en 1988 et celui de l’iMac en 1998. Il reprend alors clairement la structure d’une pièce de théâtre voire même d’un opéra. Le choix est logique : chaque lancement est un show, le personnage de Jobs a quelque chose de tragique et en même temps le scénario, qui se base sur la biographie écrite par Walter Isaacson, ne montre que la préparation de ces shows, les coulisses pour être exacte. Hélas, si je souligne les bonnes intentions et de l’audace, je suis restée totalement en dehors de ce film qui m’a plus ennuyée et fatiguée qu’autre chose. Dès les dix premières minutes, j’ai senti que je n’allais pas du tout accrocher et je ne me suis pas trompée. Je n’ai rien contre les longs dialogues mais là je ne comprenais rien ce que les personnages racontaient. C’était comme si je m’étais incrustée au coeur d’une conversation qui ne me concerne pas du tout ou comme si j’étais face à un gros bug informatique !

Steve Jobs : Photo Kate Winslet

Il faut dire qu’on rentre dans l’histoire in medias res, ce qui m’a gênée dans ce cas. En effet, comme tout le monde, je connais Jobs et certains de ses collaborateurs, et certains produits mais pas non plus à fond ! Personnellement, je me suis sentie écartée de ce projet, je ne parvenais pas à tout comprendre, ni les enjeux ou ni les brouilles entre les personnages, il y a des moments qui ne m’ont pas semblé si clairs que ça. Je ne sais pas si c’est lié à ce flot de paroles, mais j’ai en tout cas trouvé du coup l’écrite, pourtant à l’origine ambitieuse, très surfaite. En réalité, j’ai finalement trouvé tout le film très surfait. La mise en scène est pourtant bonne, les plans soignés (même si, comme souvent chez Boyle, ça devient clippesque), le montage bien exécuté (même si ce dernier m’a encore plus saoulée et perdue) pourtant mais j’ai trouvé l’ensemble pourtant superficiel, ne mettant pas en valeur ni les personnages ni (et surtout) le propos. Steve Jobs veut reprendre les codes du théâtre et de l’opéra mais n’a ni la grâce ni la puissance de ces disciplines artistiques. De plus, je dois avouer que je ne comprends pas bien cette sorte d’acharnement envers Jobs. Attention, je précise ma remarque : les biopics ne sont pas là pour dire que du bien d’un personnage public. Bien sûr qu’ils peuvent et même doivent montrer leurs zones d’ombre. Et bien sûr que Steve Jobs en avait beaucoup : il refusait de reconnaître sa fille, était très arrogant, prétentieux, refusait d’admettre ses torts, a des rapports durs avec ses collaborateurs. Encore une fois, je ne suis pas une pro-Steve Jobs, je ne fais pas cette remarque pour défendre à ce type cet homme, loin de là, puisque je n’étais pas une de ses fans. Mais là, le portrait de cet homme n’est plus uniquement sombre et même antipathique. Je n’ai finalement pas compris pourquoi le réalisateur et/ou le scénariste pourquoi ils ont choisi ce personnage public en particulier pour raconter leur histoire, on a presque l’impression de voir un règlement de compte au bout d’un moment. Cependant, j’ai tout de même aimé les interprétations, toutes justes, de Michael Fassbender en Steve Jobs, Kate Winslet dans le rôle de Joanna Hoffman (partenaire de travail et confidente de Jobs), Seth Rogen en Steve Wozniak (une interprétation qui pourra surprendre pour un acteur habitué à un registre comique), Michael Stuhlbarg en Andy Hertzfeld ou encore Jeff Daniels en John Sculley. Le casting est très cohérent et je comprends les nominations aux Oscars (ou autres cérémonies/académies) de Fassbender et Winslet qui me paraissent justifiées. Cela dit, étant donné que Winslet semble être bien partie pour remporter son deuxième Oscar (vu qu’elle a déjà gagné le Golden Globe et le BAFTA), sans remettre en question la qualité de son travail, j’avoue que son interprétation ne m’a pas non plus bluffée, pas au point d’être sacrée.

Steve Jobs : Photo Michael Fassbender, Seth Rogen

Les Dissociés

réalisé par Raphaël Descraques, Julien Josselin et Vincent Tirel

avec Raphaël Descraques, Julien Josselin, Vincent Tirel, Quentin Bouissou, Marsu Lacroix, Yoni Dahan, Eléonore Costes, Thomas VDB, Sabine Perraud, Juliette Le Pottier, Baptiste Lecaplain, Kyan Khojandi, Alice David, David Marsais, Grégoire Ludig…

Comédie fantastique française. 1h15. 2015.

sortie française (Youtube) : 24 novembre 2015


 

Regardez le film sur Youtube gratuitement et légalement ICI

Les Dissociés - Un film SURICATE

Un matin, Lily et ben se réveillent côte à côte dans des corps qui ne sont pas les leurs. Et Magalie, une petite fille dans le corps d’un grand barbu, les attend dans la chambre d’ami. C’est le début d’une aventure rocambolesque, parfois parcours initiatique, où les corps et les identités s’inverseront au gré d’une simple accolade.

Les Dissociés - Un film SURICATE : Photo

Raphaël Descraques, Julien Josselin et Vincent Tirel sont les membres du collectif « Suricate » (fondé en 2013 avec FloBer) qui s’est fait connaître sur la plateforme Web « Golden Moustache » (les vidéos étant disponibles sur Youtube), qui appartient au groupe M6. Ils ont alors jusqu’à présent publié de nombreux sketchs répartis sur deux saisons. La troisième saison se résume alors en un seul film : Les Dissociés. Il a été écrit, produit et réalisé en seulement trois semaines. Ce long-métrage 2.0. a été produit en grande partie sur du placement de produit et n’aa finalement coûté 150 000 €. Il a été proposé en avant-première dans quelques cinémas français puis a été mis en ligne gratuitement sur Youtube et le site de Golden Moustache. Au-delà d’une formidable opportunité (car un film made in Internet et diffusé gratuitement fait forcément le buzz), Suricate revendique clairement sa totale liberté, ce qui peut faire rêver n’importe quel artiste. Personnellement, je connaissais déjà Suricate et Golden Moustache (comment beaucoup de jeunes de mon âge), j’étais donc forcément curieuse de découvrir ce long-métrage. Mais surtout, j’étais enthousiaste rien qu’à l’idée de découvrir un film via ce procédé, c’est-à-dire sans passer par la case cinéma (attention, j’adoooore aller au cinéma et je défendrai toujours le cinéma dans les salles obscures). Au début, je dois vous avouer que j’étais déstabilisée par le « format », c’est-à-dire que je devais me mettre en tête que la vidéo que j’allais regarder n’allait pas forcément durer deux minutes mais bien 1h15. Une fois que j’ai réussi à dépasser ce stade et aussi à comprendre l’histoire (le premier quart d’heure peut vraiment paraître chelou – pas évident à raconter un récit autour du « body swap »), j’ai vraiment bien aimé ce film qui n’a d’ailleurs rien d’un sous-film parce qu’il est issu d’Internet. Au contraire, j’ai même envie de dire que le cinéma français peut faire de bonnes choses. Le terme « cinéma » me semble finalement approprié. Disons qu’il s’agit d’une forme de cinéma hybride (avec Internet), ce qui donne quelque chose de réellement intéressant. Forcément, le film a des défauts à cause aussi de ce format Internet, aussi à cause d’un manque de budget, mais c’est aussi grâce à ces deux éléments qu’il possède son charme et sa personnalité.

dissociés

De la part de Suricate, on aurait donc pu s’attendre à un simple délire 2.0. rallongé en 1h15. Dans un premier, j’étais donc été agréablement surprise de découvrir un véritable long-métrage. Certes, même si l’humour n’est pas toujours très fin et est peut-être parfois un peu trop adressé à un public plutôt « jeune » (attention, cela ne me gêne étant donné que je suis concernée – je suis dans cette tranche d’âge), le film est souvent drôle. La situation en elle-même qui est drôle – il faut dire que le scénario joue habilement avec toutes les possibilités autour de ces échanges entre les corps – et il y a également pas mal de bonnes vannes, certes simples, parfois même potaches, mais efficaces. Mais on ne peut pas résumer ce film à juste quelque chose de délirant. Déjà, je dois avouer que le film m’a étrangement émue, en tout cas je ne m’y attendais pas forcément. Il faut dire qu’on s’attache vraiment aux personnages et finalement peu importe si leur apparence ne correspond pas à leur vraie identité. A ce moment-là, la réflexion sur les apparences tout comme notre rapport avec le corps voire même dans un sens la sexualité est finalement assez pertinente. Pour un film de « body swap », je trouve qu’il va finalement assez loin. Le scénario est non seulement très original mais également bien écrit, avec beaucoup de trouvailles. La mise en scène n’est pas parfaite, c’est un fait, mais je trouve que les trois réalisateurs s’en sortent tout de même plutôt bien, surtout quand on connait le contexte de création et de production. Malgré quelques maladresses, je dirais qu’il y a même des séquences très réussies et bien réfléchie (il y a même une très bonne séquence animée dessinée par Boulet). Le casting est également très bon dans le sens où les acteurs arrivent vraiment à retranscrire la véritable identité de leurs personnages lors des différents échanges. Par exemple, Magalie a beau être physiquement un trentenaire barbu, on voit vraiment en Vincent Tirel une enfant de cinq ans ! Les Dissociés est donc pour moi un film audacieux et original à regarder, mêlant parfaitement divertissement et réflexion. Même si nous savons qu’il y a quelque chose de relatif dans les vues (nous ne pouvons pas comparer des chiffres du Web avec le box-office cinéma), je suis contente qu’il y ait maintenant deux millions de vues sur cette vidéo : son succès me semble mérité et pas juste pour son très bon buzz.

Magali