Big Little Lies (saison 1)

Créée par Reese Witherspoon, Nicole Kidman, Shailene Woodley, Zoë Kravitz, Laura Dern, Alexander Skarsgård, Adam Scott, James Tupper, Jeffrey Nordling

avec Reese Witherspoon, Nicole Kidman, Shailene Woodley, Zoë Kravitz, Laura Dern, Alexander Skarsgård, Adam Scott, James Tupper, Jeffrey Nordling…

Comédie dramatique américaine. Saison 1. 2017.

Quand Madeline, Jane et Celeste se lient d’amitié par l’intermédiaire de leurs enfants, elles ne se doutent pas qu’elles vont se retrouver, des mois plus tard, au centre d’un tragique accident, survenu à la fête de l’école. Qui est mort ? Qui est responsable ? Et pour quelle raison ? Secrets, rumeurs et mensonges ne faisant pas bon ménage, tout l’univers de la petite ville de Monterey va être secoué de violents soubresauts.

Photo Nicole Kidman, Reese Witherspoon, Shailene Woodley

Big Little Lies est l’adaptation du roman éponyme en VO de Liane Moriarty (en VF Petits Secrets, Grands Mensonges). Cette mini-série, produite par HBO (décidément une grande chaîne), est composée par une belle équipe : son créateur n’est autre qu’Edward E. Kelley, notamment connu pour avoir travaillé sur Ally McBeal. Tous les épisodes ont été réalisés par Jean-Marc Vallée, le réalisateur canadien qui a le vent en poupe depuis quelques années (C.R.A.Z.Y., Wild, Dallas Buyers Club, Victoria : les jeunes années d’une reine). Surtout, quelle belle brochette d’actrices dans les rôles principaux : Reese Witherspoon, Nicole Kidman (également ici productrices), Shailene Woodley (n’oublions pas qu’elle avait été révélée à la télévision dans The Secret Life of the AmericanTeenager), Laura Dern et Zoë Kravitz. Décidément, les choses bougent – peut-être plus à la télévision qu’au cinéma – pour donner des rôles puissants et réalistes aux femmes d’aujourd’hui sans cesse sous pression pour différentes raisons aussi bien sociales que sexuelles. . La mini-série, aux airs de Desperate Housewives en le mêlant à l’art du whodunit, sait tenir en haleine sur sept épisodes. En effet, le spectateur sait que quelqu’un est mort durant une soirée caritative. Mais on ne sait pas qui est cette personne décédée, qui est le meurtrier, ni pourquoi. On saura juste que tous les personnages que l’on va suivre sont impliqués de près et / ou de loin avec cet événement. Il faudra alors attendre les dernières minutes du dernier épisode pour tout connaître. On nous rappelle l’événement à venir plusieurs fois dans les épisodes (et même dans le fabuleux générique avec la chanson de Michael Kiwanuka, Cold Little Heart), comme si les protagonistes ne pouvaient pas y échapper : il y a quelque chose qui sonne de l’ordre du tragique. Surtout quand on voit les différents portraits des femmes : Madeline est a priori celle qui a l’air d’avoir le moins de problèmes : elle est dynamique, grande-gueule, sociable, se mêle beaucoup de ce qui ne la regarde pas, ce qui énerve beaucoup de gens. Mais derrière ce joli sourire permanent (tenu par une Reese Witherspoon convaincante et impliquée) se cache une femme blessée et perdue, bien plus fragile qu’elle en a l’air : sa fille aînée, qui fait évidemment sa crise d’ado comme prévue, est très proche de la nouvelle épouse de son ex-mari, incarnée par une surprenante Zoë Kravitz absolument parfaite en jeune femme très portée sur le bien-être personnel, le yoga et tout ce qui va avec. Et si tout va bien a priori avec son gentil nouveau mari (le très touchant Adam Scott), Madeline reste marquée par son précédent divorce.

Photo Adam Scott, Reese Witherspoon

Celeste (incarnée par une Nicole Kidman bouleversante) est une mère au foyer qui commence à rêver d’indépendance, notamment en voulant reprendre le travail. Mais son mari (le glacial Alexander Skarsgård) ne l’entend pas de cette façon. La relation avec son mari est certainement un des points les plus marquants et les mieux traités dans cette série : si Celeste est parfois complice des relations brutales avec son mari (ce qui rend ce personnage bien plus complexe et ambigu), elle est surtout victime de violences conjugales. Enfin, le troisième personnage, qui engendre donc une troisième intrigue comme vous l’aurez compris, est Jane (Shailene Woodley m’a bluffée dans ce rôle enfin mature qui lui va comme un gant), la jeune maman de l’adorable petit Ziggy, débarquant alors tous les deux à Monterey, la mère souhaitant un nouveau départ pour une raison au début inconnue. La série débute par ailleurs sur cet enfant, perturbé de ne pas connaître l’identité de son père (nous comprendrons au fil des épisodes pourquoi), est accusé d’avoir frappé la fille de l’hystérique Renata (l’excellente Laura Dern). Bref, Celeste, Jane et Madeline deviennent alors copines et les trois intrigues vont alors devenir complémentaires et auront évidemment du sens par rapport aux réponses que le spectateur attend depuis les premières minutes de la série. La série déborde alors de qualités, la première comme vous l’aurez deviné, est son scénario, qui aurait pu se transformer en foutoir géant, mais qui sait merveilleusement bien nous tenir en haleine. Alors oui, on pourra toujours dire qu’on avait compris quelques trucs dans l’intrigue (pour ma part, j’avais deviné l’intrigue par rapport au harcèlement scolaire mais pas nécessairement tout le reste) mais je crois que cela prouve plus la cohérence justement de la narration qui sait où elle va. De plus ce scénario a su complètement prendre en compte la complexité des personnages, surtout des féminins. Pour ma part, bien que j’adore voir les femmes mises en avant dans les oeuvres cinématographiques et télévisuelles (parce qu’on en a besoin), je redoute toujours de voir des clichés véhiculés, surtout dans le cadre de portraits-croisés de femmes n’ayant pas la vie rose. Or, ce qui m’a étonnée est de voir à quel point la série n’était pas cliché. Cela fait du bien de voir des femmes, certes ici aisées, ordinaires, qui ne sont pas des wonderwomen, ont leurs failles, leurs blessures, font des erreurs, bref elles ne sont parfaites contrairement à ce qu’elles veulent (et doivent) montrer en public, elles mais restent tout de même des femmes fortes.

Photo Nicole Kidman, Reese Witherspoon, Shailene Woodley

Surtout, Big Little Lies montre à quel point les femmes, même si elles peuvent s’opposer entre elles (chacune pense bien agir, surtout pour défendre leurs progénitures), peuvent être solidaires face au danger. Si le postulat de départ avait donc, comme je le disais, quelque chose de tragique, la série ne l’est pas. Elle frôle volontairement mais elle ne l’est pas : au bout du tunnel, l’espoir est là parce que chaque femme peut s’en sortir. Même transportée dans un tourbillon d’événements qui peut la conduire vers une situation irréparable, la femme en tant que figure peut y voir la lumière. Les enfants, justement, jouent un rôle important dans la construction de ces identités féminines. Chaque femme va se battre pour protéger son enfant, quitte à se mettre la communauté à dos, à fuir quelque chose, ou au contraire à affronter aussi des situations douloureuses. Ils ne sont pas simplement des objets faisant avancer le récit. Les différentes intrigues se rejoignant permettent aussi de livrer un discours pertinent sur le rôle de l’éducation et de l’environnement, ce sont ces derniers qui permettent à l’enfant de se construire : les liens du sang n’ont rien à voir avec les actes que les enfants peuvent commettre. Enfin, le point commun entre les personnages principaux concernent la sexualité, illustrant la plupart du temps des rapports de domination : que ce soit une infidélité, un viol, des relations sexuelles brutales, aussi bien douloureuses que purement jouissives, elle fait partie de la vie quotidienne d’une femme et surtout elle peut la transformer et avoir des conséquences irréversibles. Accompagnés par une mise en scène solide et une lumière froide, les décors parviennent à retranscrire le milieu social des personnages, mais aussi leur nature profonde littéralement, le mot « nature » pouvant être combiné à l’environnement géographique. Les personnages, nageant en eaux troubles, vivent à côté de l’océan, ce dernier pouvant être vu comme la représentation de la transparence (face à ce monde d’apparences), mot à prendre dans tous les sens du terme. Jamais caricatural, Big Little Lies est une fabuleuse série féministe. Visiblement, alors que Jean-Marc Vallée ne veut pas de saison 2, Reese Witherspoon et Nicole Kidman travailleraient déjà sur de nouvelles intrigues en collaboration avec Liane Moriarty : selon elles, ce projet devrait aboutir uniquement s’il en vaut la peine. Etant donné que j‘ai beaucoup aimé la conclusion de cette mini-série qui me semble parfaite, je suis un peu sceptique sur un éventuel retour mais je répondrai à l’appel si Madeline, Jane et Celeste reviennent sur le petit écran.

Photo Zoë Kravitz

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Intimité

réalisé par Patrice Chéreau

avec Mark Rylance, Kerry Fox, Timothy Spall, Marianne Faithfull…

titre original : Intimacy

Drame érotique. 2h. 2001.

sortie française : 28 mars 2001

Interdit aux moins de 12 ans

Movie Challenge 2017 : Un film tourné dans un lieu où je suis allée (Londres)

Jay et Claire se retrouvent, chaque mercredi, dans le sous-sol d’une petite maison londonienne pour y faire l’amour. Dans cette relation passionnée, toute idée de sentiment et d’attachement est bannie. Les deux amants ne savent rien de leur vie respective jusqu’au jour où Jay va vouloir en savoir plus sur sa maîtresse.

Intimité : Photo Kerry Fox, Mark Rylance

Double prix à la Berlinale 2001 (Ours d’or et Ours d’argent de la meilleure actrice) et prix du meilleur film européen, Intimité est l’adaptation du roman homonyme de Hanif Kureishi, auteur déjà courtisé par de grands cinéastes, notamment Stephen Frears (My Beautiful Laundrette et Samy and Rosie Get Laid). On attend parfois parler de ce film pour ses scènes de sexe non simulées. Je me pose toujours cette question qui me semble légitime : est-ce vraiment nécessaire de tout nous montrer à l’écran, notamment ce qui concerne tout ce qui touche de l’ordre de l’intime, de la sexualité, de l’érotisme voire même de la pornographie (je parle en général et pas nécessairement du film chroniqué) ? Sacré débat qui passionne et déchaîne toujours autant les spectateurs. Je ne sais pas si montrer de vrais actes sexuels était nécessaire dans le cadre d’Intimité dans le sens où cela n’aurait rien changé à la qualité même du film ni à son propos et même à son impact. Cela dit, même si on peut toujours discuter de la place de ces scènes de sexe non simulées, je suis certaine que la démarche de Chéreau n’a rien de putassière. Et finalement, contrairement à d’autres films « polémiques », le film de Chéreau est si fort sur de nombreux niveaux qu’on ne s’étend pas sur la question du besoin de tout montrer ou non à l’écran. Ces scènes de sexe ont du sens, cela est indéniable. Elles ne sont également jamais répétitives : au contraire, chaque nouvelle scène représente l’évolution de la relation entre Jay et Claire qui devient petit à petit autre chose que du sexe. Le long-métrage fonctionne alors sur un système d’inversion. Les personnages baisent avant d’apprendre à se connaître et même à s’aimer. Surtout, le film prend un nouveau souffle lorsque Jay n’est plus le personnage principal que le spectateur suit (pendant la première partie, on a appris à le connaître, lui et son histoire familiale). Vers le milieu du film, après une course-poursuite dans les rues londoniennes entre Jay et Claire, c’est cette dernière qui va devenir le personnage dont on (le spectateur et Jay) va s’intéresser. Les scènes d’intimité touchent et interpellent de plus en plus au fil du film : s’il ne s’agit a priori que de sexe, cette rencontre charnelle est le moyen pour Claire et Jay d’oublier leur quotidien morose, leurs problèmes familiaux et conjugaux, leurs échecs professionnels. Et dans un sens, cette douleur ressort aussi durant ces moments d’intimité. La douleur est aussi présente dans l’urgence du désir. On a souvent dit que c’est le désir qui crée la souffrance : cela n’a jamais été aussi vrai dans Intimité.

Intimité : Photo Mark Rylance

Le cercle est donc vicieux : le désir naît à cause de la souffrance et ce même désir crée aussi une autre souffrance. Jay a du désir pour Claire pour fuir ses problèmes, mais il va continuer à souffrir d’une autre manière en découvrant la vie de sa partenaire. Je ne parlerais pas d’opposition car cela serait certainement naïf. Mais il est en tout cas intéressant de relever une sorte de système binaire sur plusieurs niveaux : sur le « couple » Jay-Claire, sur l’inversion des personnages à suivre (je ne parlerais pas de point de vue car techniquement parlant, cela serait faux) comme si le film était divisé en deux parties, sur le rapport entre les sentiments et le sexe ou encore sur sur celui entre le silence et la parole (les scènes de sexe sont silencieuses alors que les personnages sont sans cesse confrontés au bruit que ce soit au bar ou au théâtre – Chéreau, Fox et Rylance sont en plus eux-mêmes issus du théâtre). Ce fonctionnement en question, qui aurait pu plomber le film, ne tombe jamais dans le didactisme ni dans la facilité : il a le mérite d’exposer l’étendue et la complexité des relations et des sentiments entre un homme et une femme. La mise en scène de Chéreau est intense, parfois même vertigineuse, en prenant en compte paradoxalement la solitude des personnages et leur rapprochement dans une grande ville sombre, accentuant encore plus leur isolement. L’histoire en elle-même est bien écrite, riche en réflexions et en niveaux de lecture. Est-ce un film sur une histoire d’amour à l’envers et non traditionnelle ? Une histoire de désir qui débouche sur quelque chose de plus profond sans forcément parler d’amour comme on pourrait l’entendre ? Finalement, alors que jusqu’à présent on est tentés de parler d’une forme d’amour naissante via une expérience du désir et de la passion, est-ce vraiment nécessaire de toujours mettre des mots sur une relation ? Cette relation en question, quelle que soit son issue, peut-elle permettre aux personnages de trouver, au moins individuellement, la lumière ? Enfin, Intimité est servi par des acteurs exceptionnels. La discrète Kerry Fox livre une sublime interprétation et mérite amplement son prix berlinois. Cela dit, son partenaire Mark Rylance est également remarquable et aurait pu lui aussi obtenir un prix. Surtout, les deux interprètes livrent des performances complémentaires. A noter dans les rôles secondaires une impeccable Marianne Faithfull et un touchant Timothy Spall en mari cocufié et humilié.

Intimité : Photo Kerry Fox, Mark Rylance

Girls

Créée par Lena Dunham et Jenni Konner

avec Lena Dunham, Allison Williams, Jemima Kirke, Zosia Mamet, Adam Driver, Andrew Rannells, Alex Karpovsky, Becky Ann Baker, Peter Scolari, Christopher Abbott, Ebon Moss-Bachrach, Corey Stoll, Riz Ahmed, Gaby Hoffmann, Rita Wilson, Patrick Wilson, Matthew Rhys, Jon Glaser, Jake Lacy, Jenny Slate, Amy Schumer, Shiri Appleby…

Comédie dramatique. 6 saisons. 2012-2017. 

L’entrée dans la vie active de quatre jeunes filles d’une vingtaine d’années, de leurs humiliations à leurs rares triomphes. Hannah, l’éternelle stagiaire, rêve de devenir écrivain ; Marnie, la jeune fille intelligente et rangée au premier abord ; Jessa qui vivote telle une hippie et sa cousine Shoshanna, une ambitieuse étudiante qui n’a pas sa langue dans sa poche.

Photo Jemima Kirke, Lena Dunham, Zosia Mamet

Je vous préviens, je ne vais pas hésiter à spoiler et même dès les premières lignes. J’avais déjà rédigé un billet sur la toute première saison de Girls, dans l’espoir de livrer une critique de chaque saison. J’ai abandonné l’idée pour deux raisons. Dans un premier temps, cette entreprise est évidemment trop longue et j’ai encore trop de critiques de séries à rédiger. Puis, surtout, cela ne serait pas forcément pertinent dans le cadre de Girls, série créée par Lena Dunham (décidément, elle multiplie les casquettes) et Jenni Konner et produite par le roi de la comédie américaine actuelle, Judd Apatow : qu’on aime ou pas cette série (ce qui est compréhensible), elle a au moins le mérite de présenter les six saisons avec une véritable cohérence. Pour certains éléments de l’intrigue (notamment concernant la grossesse d’Hannah à la saison 6), Lena Dunham a révélé qu’elle les avait en tête depuis les débuts de la série. En effet, beaucoup d’éléments qui peuvent sembler anodins reviennent et prennent leur importance dans les saisons suivantes. Ainsi, la série est pour moi si cohérente que je l’ai revue volontiers et à trois bonnes reprises. Et ce fut nécessaire de la revoir à chaque entier, comme si je remarquais de nouvelles choses. En effet, j’ai un drôle de rapport : j’aimais bien Girls à ses débuts mais sans plus. Je voyais aussi pas mal ses défauts et surtout j’avais tendance à avoir un mauvais jugement sur les quatre personnages principaux. Je suis cette série depuis pas mal d’années, j’ai grandi avec les personnages et j’ai moi-même « grandi » entre-temps. Finalement, à force de revoir la série, je commençais à comprendre son succès et surtout à l’apprécier à sa juste valeur (même si j’ai parfaitement conscience qu’on puisse rejeter en bloc la création de Dunham). Je pourrais certainement écrire un billet entier sur les personnages : oui, elles sont bourrées de défauts. Oui, on a même parfois envie de les secouer, de les gifler. Non, je ne suis pourtant « trash » ou quoi que ce soit (la série étant souvent associée à ce mot). Pourtant, Hannah, Marnie, Jessa et Shoshanna me représentent, tout comme elles représentent mes amies et même d’autres filles de ma génération. Comme le disait Hannah au tout début de la saison 1 (certes sans aucune modestie, mais ça c’est Hannah), elle est la voix de sa génération.

Photo Andrew Rannells, Lena Dunham

Girls m’agaçait au début pour son côté très cru, voire même vulgaire, et pour son scénario qui commençait à faire du surplace. En effet, dans une série, on a tendance à attendre une évolution des personnages. Or, pour attendre un réel déclic de la part des personnages, on doit attendre un certain nombre de temps. Et encore, je ne parle pas de tous les personnages : certains seront incapables de changer, ils resteront dans la destruction alors que la possibilité de vivre une vie meilleure et paisible n’était pas si lointaine. Pour le surplace, Hannah pense qu’elle va enfin réussir, juste après tout s’effondre pour elle, que ce soit par sa faute (quand elle retourne à la fac loin de chez elle) ou par un concours de circonstances. On a donc la sensation que ce personnage n’avance pas et du coup que le scénario non plus. Or, Dunham fait justement un choix judicieux en présentant des personnages qui se cassent la gueule, qui ne parviennent pas à réaliser leurs rêves, qui vont même devoir faire des compromis en attendant de pouvoir arriver à leurs buts. La seule qui semble sortir de ce schéma est l’ambitieuse et lucide Shoshanna. Au début étudiante, vierge et innocente, elle n’hésitera pas à dire plusieurs fois ses quatre vérités au reste de la bande (et à prendre la douloureuse – mais meilleure – décision finale à la fin de l’épisode 9 de la saison 6) et surtout à prendre son destin en main quitte à passer pour une connasse ingrate (alors qu’elle était certainement le personnage le plus pétillant de la série). La série s’appelle Girls mais Hannah reste le personnage pilier. On a envie de lui donner des claques, de la secouer face à son égoïsme, défaut qui disparaîtra à la naissance du petit Grover. Je n’ai jamais aimé les films ou les séries qui mettaient en avant la naissance d’un enfant pour sauver le ou les parent(s) parce que cela ne correspond pas du tout à mes convictions personnelles. Cela dit, ce choix reste tout de même intéressant par rapport à tout ce que Dunham a mis en place depuis les débuts de Girls : avec un enfant, Hannah sera obligée de devenir responsable et de s’occuper de quelqu’un d’autre que d’elle-même.

Photo Lena Dunham

J’avoue que cette grossesse finale m’a surprise de la part de Lena Dunham. Certaines féministes (certaines, car je refuse de mettre tout le monde dans le même sac – et je me sens moi-même féministe : chacun(e) sa définition) n’auraient pas nécessairement ressenti l’envie de transformer l’héroïne en jeune mère de famille. Certaines (je fais référence à des « articles » que j’ai hélas lus sur des sites revendiqués féministes) rejettent même la grossesse en bloc. On a beau insulter Dunham pour ses positions féministes (non, le féminisme n’a rien d’un gros mot), elle n’est pas tombée dans certaines idées qui pourraient sembler extrémistes. Beaucoup ont pointé du doigt le tout dernier épisode qui se concentre sur l’après-naissance du petit Grover. Hannah cohabite désormais avec sa mère (qui apprend à vivre seule – son mari ayant enfin accepté son homosexualité après l’avoir tant renié) et sa véritable meilleure amie Marnie, toujours là (sa présence dans la vie d’Hannah sera grosso modo sa seule victoire vu ses échecs amoureux et professionnels). Effectivement, l’épisode 9 de la saison 6 qui réunissait pour la dernière fois les quatre filles vedettes de la série aurait pu être une véritable fin. On devinera (ou supposera) les vies que mèneront Adam et Jessa (des artistes qui réussiront peut-être professionnellement mais qui ne connaîtront que la destruction), Shoshanna (désormais une bobo méprisante à la vie rangée), Elijah (on veut un spin-off sur ses aventures d’artiste !) ou encore Ray qui rencontre l’amour (et pour une fois, il n’y a pas de discours ou d’intrigue autour du fait que sa dulcinée est obèse) va enfin s’investir dans un projet professionnel qui devrait le sortir de l’ennui. Mais justement, la force de Girls est de ne pas tomber dans ce qui était attendu. L’histoire entre Adam et Hannah, certes belle mais trop sombre, est belle et bien terminée, l’amitié entre les quatre jeunes femmes ne peut pas tenir et n’a peut-être d’ailleurs jamais existé. Beaucoup de séries auraient décidé de satisfaire les fans avec un véritable happy end. Ici, il ne s’agit pas d’un bad end ou quelque chose de ce style. On nous présente juste la vie ordinaire avec ses bons et ses mauvais côtés, ses rêves réalisés ou non (ou peut-être en attente).

Photo Adam Driver, Alex Karpovsky

New York est également au coeur de Girls. Cette ville est souvent glamourisée ou valorisée. On a d’ailleurs dit que la série de Dunham était une sorte d’anti-Sex and the City (les deux séries ayant été diffusées sur HBO). Quatre filles à New York donc à part que dans Girls ce même New York ne fait pas rêver : il n’y a pratiquement pas de boulot (et quand il y en a, ils craignent), les appartements sont sombres et délabrés, les gens sont teubés. Hannah (et les autres au passage) semble être la pure New-Yorkaise de son époque : à l’aise dans les fêtes, elle-même un peu fêlée et prête à toutes les expériences, artiste un peu torturée sur les bords, Hannah va pourtant se rendre à l’évidence : New York ne lui a apporté que des merdes. Elle pourrait avoir une vie tranquille (elle se confronte d’ailleurs à cette possibilité, qu’elle rejettera, lors de sa rencontre avec un beau et riche médecin en la personne de Patrick Wilson) mais pas à New York. Girls, c’est pour moi une série extrêmement lucide et sombre (mais pas nécessairement pessimiste, juste réaliste) sur la vie des ces jeunes gens (je dis « gens » parce que contrairement à ce qu’annonce le titre, les mecs ne sont pas du tout délaissés dans l’histoire) qui sont encore entre deux phases, l’adolescence et le monde des adultes. Je trouve qu’il n’y a pas tant que ça de séries et/ou de films qui traduisent vraiment ce sentiment, et avec justesse, à cette période de cette existence (on a plutôt davantage à voir le fameux passage à l’âge adulte sur des teen movies par exemple). Dunham sait alors parler de jeunes gens pas toujours prêts à affronter le monde et au fil des saisons a su aussi aborder de sujets de société, notamment sur la culture du viol. Un des derniers épisodes, « American Bitch« , qui nous présente une sorte de match-interview entre Hannah et un auteur accusé de viol style Woody Allen/Roman Polanski était tout simplement d’une très grande pertinence (je vous conseille de découvrir l’épisode en question – c’est limite le seul épisode qu’on peut regarder sans connaître la série). Alors on pourra évidemment rejeter cette série à cause de sa dimension trash (qui me dérangeait mais selon moi les scènes ne sont pas si gratuites qu’on pourrait le croire) mais Dunham est une formidable auteure et observatrice de son temps, pleine d’audace. J’espère qu’elle continuera à nous proposer du contenu de qualités que ce soit à la télé ou ailleurs.

Photo Allison Williams, Lena Dunham

Faut pas lui dire / The Boyfriend

FAUT PAS LUI DIRE

réalisé par Solange Cicurel

avec Jenifer Bartoli, Camille Chamoux, Stéphanie Crayencour, Tania Garbaski, Brigitte Fossey, Arié Elmaleh, Fabrizio Rongione, Benjamin Bellecour, Laurent Capelluto, Stéphane Debac,  Charlie Dupont…

Comédie française, belge. 1h36. 2017.

sortie française : 4 janvier 2017

Laura, Eve, Anouch et Yaël sont quatre cousines, très différentes et très attachantes, qui ont un point commun : elles mentent, mais toujours par amour ! Quand les trois premières découvrent quelques semaines avant le mariage de leur petite cousine que son fiancé parfait la trompe, elles votent à l’unisson « Faut pas lui dire » !

Faut pas lui dire : Photo Camille Chamoux, Jenifer Bartoli, Tania Garbarski

Faut pas lui dire est le premier long-métrage de Solange Cicurel, ancienne avocate au Barreau de Bruxelles spécialisée dans le droit des étrangers. Elle avait signé auparavant un court-métrage intitulé Einstein était un Réfugié. Pour ce film, la réalisatrice s’est donc inspirée de son ancien métier pour son intrigue : en effet, le personnage incarné par la chanteuse Jenifer est une avocate redoutable spécialisée dans les divorces. Plus généralement le film tourne autour de mensonges et de secrets. La réalisatrice est donc partie du principe (en reprenant donc ses propos) qu’un mensonge n’était pas quelque chose de malfaisant à l’origine, qu’on mentait majoritairement pour protéger les gens qu’on aime. Bref, rien de bien révolutionnaire à l’horizon, certains ont même dit que ça ressemblait à Comme t’y es belle (toujours pas vu, ouais je suis encore à la ramasse). Effectivement, des films et des séries avec une bande de quatre femmes ayant des problèmes qu’avec les mecs (par contre, pas de soucis financiers : elles sont forcément avocates ou toubibs et on se demande même quand elles bossent par moments !), on en trouve à la pelle ! Bref, ça ne respire pas l’originalité, la mise en scène n’est pas dingue, le scénario non plus d’ailleurs (mais le travail n’est pas non plus mauvais), mais honnêtement en tant que petit divertissement ce film passe tout à fait : dans son genre, j’ai en tout cas vu bien pire et je ne me suis pas ennuyée, c’est déjà pas si mal. Je m’attendais à un résultat bien plus dégueulasse. L’ensemble reste plutôt bien rythmé, les personnages plutôt sympathiques et attachants. Le film a le mérite d’être nuancé avec les personnages en question : chacun fait ses erreurs et a ses torts, que ce soit les femmes ou les hommes. Evidemment, il n’y a pas de grandes surprises narratives mais la fin m’a tout de même plu. J’attendais évidemment au tournant la chanteuse Jenifer, ici dans un vrai premier rôle au cinéma (elle avait déjà fait son incursion mais dans des rôles plus secondaires) et qui est la réelle « star » de ce film (même s’il y a de bons acteurs et des confirmés dans la distribution). J’ai essayé d’être la plus honnête possible en ne prenant pas en compte mon avis sur la chanteuse (qui m’insupporte). En réalité, je suis partagée sur son interprétation : il y a des scènes où elle est étonnamment à l’aise (notamment dans une scène de procès plutôt drôle – même si je ne sais pas si la scène en question est crédible) et d’autres où elle est complètement à côté de la plaque. Cette irrégularité dans son jeu m’a parfois dérangée. En revanche, le reste du casting (franco-belge à l’image de la production) assure plutôt bien.

Faut pas lui dire : Photo Camille Chamoux, Jenifer Bartoli, Stéphanie Crayencour, Tania Garbarski


THE BOYFRIEND – POURQUOI LUI ?

réalisé par John Hamburg

avec Bryan Cranston, James Franco, Megan Mullaly, Zoey Deutch, Keegan-Michael Key, Cedric The Entertainer, Griffin Gluck, Adam Devine, Andrew Rannells, Kaley Cuoco…

titre original : Why Him ?

sortie française : 25 janvier 2017

Un père de famille emmène sa famille visiter sa fille à Noël et se retrouve en compétition avec le petit-ami de celle-ci, un jeune devenu milliardaire grâce à internet.

The Boyfriend - Pourquoi lui ? : Photo James Franco, Zoey Deutch

The Boyfriend – Pourquoi lui ? (et oui, nous avons encore traduit un titre anglais par une sorte de titre anglais, quelle intelligence !) fait partie de cette vague de comédies américaines actuelles qui a du mal à se renouveler : des films à l’humour en dessous de la ceinture. La présence de la caricature de l’artiste arty et paradoxal James Franco devant la caméra (il m’agace mais je le trouve tout de même talentueux : ma contradiction m’achèvera un de ces quatre) ou encore voir au générique « sur une idée de Jonah Hill » ne me rassuraient pas des masses. On ne va pas se mentir : The Boyfriend est une comédie lourde. Les blagues sont assez potaches, ça tourne pas mal autour de la bite, du caca et tout ça (la scène d’ouverture donne la couleur !). Certaines m’ont fait rire, d’autres moins. Bref, j’ai connu bien pire et bien mieux : ça se laisse regarder même si ça ne casse pas des briques. Après si on n’est vraiment pas fan de cet humour assez grossier (ce que je peux comprendre, il y a des fois où ça peut déranger très fortement : là ça allait en l’occurence), on ne va pas se mentir : vous allez détester de A à Z. De toute façon, les scénaristes assument totalement cet humour vulgaire. Le duo formé par James Franco (parfait en gars très cool et paradoxalement d’un angélisme déconcertant) et Bryan Cranston (toujours très bien dans le rôle du père protecteur coincé) fonctionne très bien – on va dire que le film est principalement sauvé par la complicité et l’énergie de ces deux derniers. Megan Mullaly, qui faisait déjà des merveilles dans quelques épisodes de Parks & Recreation, est également très drôle dans le rôle classique de la mère coincée qui finit par se lâcher. En revanche, je suis un peu moins convaincue par la jeune Zoey Deutch, qui manque de charisme. Le scénario n’est évidemment pas fou mais l’ensemble se laisse regarder volontiers et c’est plutôt rythmé (le film durant deux bonnes heures, cela étant nécessaire). L’apparition de certains membres du groupe Kiss est également amusante. En tout cas, je ne me suis pas ennuyée et je n’en attendais pas plus : je savais où je mettais les pieds. Cela dit, juste une chose me « dérange » tout de même dans The Boyfriend (même s’il ne s’agit pas du seul film concerné par ce problème – mais là ça m’a fortement frappée) : ce film est une énorme glorification du capitalisme (ne croyez pas non plus que je suis en rouge à manifester pour le moindre truc mais voir que le pognon était roi à ce point m’a bien gênée) même s’il critique paradoxalement les hipsters et les nouveaux riches.

The Boyfriend - Pourquoi lui ? : Photo Bryan Cranston, Griffin Gluck, James Franco, Megan Mullally, Zoey Deutch

Avanti !

réalisé par Billy Wilder

avec Jack Lemmon, Juliet Mills, Clive Revill…

Comédie américaine. 2h18. 1972.

sortie française : 23 septembre 1973

Movie Challenge 2016 : Un film avec un acteur que j’adore

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La partie de golf de Wendell Armbruster Jr., P.D.G. de 37 sociétés, est brutalement interrompue par la mort de son père survenue en Italie. Wendell saute dans l’avion et apprend que l’auteur de ses jours fréquentait une certaine Mrs Piggott alors qu’il était censé suivre une cure de bains de boue. De plus, il affronte Pamela, romantique et donc digne fille de Mrs Piggot qu’il se met illico à détester et qu’il surnomme « grosses fesses ». Mais très vite, d’autres rapports s’installent entre eux…

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Jusqu’à présent, de ce que j’ai pu voir, j’ai toujours aimé le cinéma de Billy Wilder, une vraie référence pour moi en tant que cinéphile. Et j’aime aussi énormément Jack Lemmon, un de mes acteurs préférés (et pour moi, malgré le succès qu’il a eu, j’ai toujours l’impression qu’on l’oublie un peu lorsqu’on veut évoquer les plus grands acteurs du cinéma). Vous imaginez bien que j’ai souvent aimé (on peut même dire adoré) les différentes collaborations entre Jack Lemmon et Billy Wilder : Certains l’aiment chaud, Irma La Douce ou encore La Garçonnière. J’étais donc enthousiaste à l’idée de découvrir Avanti, qui marque la neuvième collaboration entre Wilder et son scénariste attitré, I.A.L. Diamond. Les deux compères adaptent la pièce homonyme de Samuel A. Taylor (qui avait collaboré sur le scénario de Sueurs Froides / Vertigo d’Alfred Hitchcock). Sabrina était déjà une adaptation d’une oeuvre de cet auteur (Sabrina Fair). Pour la petite anecdote, dans une interview pour Positif, Billy Wilder avait dit les propos suivants concernant le personnage principal de Avanti : « C’est au commencement le héros de La Garçonnière s’il ne s’était pas révolté ». En tout cas, Avanti a rencontré un certain succès à sa sortie : il a permis à Jack Lemmon de remporter le Golden Globe du meilleur acteur dans une comédie (dans toute sa carrière, il en a remporté six !). Le film avait également décroché d’autres nominations aux Golden Globes (dans les catégories meilleurs film dans une comédie, actrice, acteur dans un second rôle, réalisateur et scénario). J’avais vraiment envie d’aimer ce film comme j’ai aimé les autres longs-métrages de Billy Wilder. Comme je l’ai dit, je n’ai pas vu tous les films de Wilder mais de ce que j’ai pu voir, il me semble que ce Avanti est un film mineur de sa carrière. Hélas, j’ai été assez déçue par ce film même s’il n’est pas non plus déplaisant à regarder (on peut même dire qu’il est assez sympathique). Je l’ai même regardé deux fois pour voir si je n’étais pas passée à côté de quelque chose la première fois. Hélas, je crois que je n’accroche pas plus que ça à l’histoire. Pourtant, sur le papier elle n’a rien de repoussante : il s’agit d’une comédie romantique assez classique, comme j’ai pu le voir des tonnes de fois. Mais je ne parviens pas totalement à y adhérer même si elle reste charmante. En plus, le film a du fond et les personnages ont tout pour plaire. De plus, les paysages italiens sont splendides et jouent un rôle important dans le déroulement de l’histoire avec toute l’atmosphère qui va avec, les accents, les chansons, le soleil, la mer, bref cet exotisme est assez agréable, il faut bien le reconnaître.

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Après tout, le film met en avant les différences culturelles pour pouvoir livrer une critique sociale assez fine (comme souvent chez Wilder) : les Américains sont vus comme des gens coincés et tiraillés par leurs différentes obligations (familiales et professionnelles) ne s’évadant jamais d’un triste quotidien tandis qu’en Italie (et plus généralement en Europe – Pamela étant britannique) les gens prennent le temps de vivre. Par ailleurs, toujours en Italie (en tout cas dans la vision proposée par Wilder), l’adultère n’est pas nécessairement quelque chose de condamnable, il prend même une dimension romantique, une sorte d’alternative et d’évasion à une vie pesante. Mais il me semble aussi que le jeu des stéréotypes italiens est assez lourd, le vaudeville en lui-même trop appuyé, certains gags tombent parfois à plat (même si, heureusement, certaines scènes restent tout de même plutôt drôles). Surtout j’ai trouvé Avanti affreusement long. Pratiquement 2h20 ! On les sent bien ! Le film ne manque pourtant pas de rythme si on regarde bien (sur le papier, je ne trouve pas qu’il y ait de temps mort) : les différents éléments narratifs s’enchaînent, les gags et quiproquos aussi. Mais c’est juste qu’il s’attarde trop inutilement sur certains éléments (certes sur certains gags qui auraient pu être plus drôles avec un effet de rapidité mais plus généralement sur la relation entre Wendell et Pamela alors qu’on sait d’avance comment l’histoire va plus ou moins se terminer) alors qu’on aurait enlevé facilement une bonne trentaine de minutes ! Ce sentiment d’étirement est assez désagréable. J’imagine que la durée peut être justifiée : en Italie, on doit prendre littéralement le temps de vivre. Sauf que ça ne fait pas nécessairement du bien aux spectateurs et que ça finit par desservir le film. Ca casse vraiment toutes les bonnes choses qui ont été mises en place et plus généralement le ton frais et léger. Heureusement, les personnages sont également plutôt sympas et attachants. Jack Lemmon est excellent (comme toujours) dans le rôle de Wendell Armbruster jr. (le nom a quelque chose d’assez « agressif » à l’image du personnage durant la première partie du film), un riche PDG toujours pressé et coincé parfois un peu aigri, qui va finir par s’ouvrir, se relâcher et goûter au bonheur. Juliet Mills (une découverte en ce qui me concerne) est également une très bonne surprise dans le rôle de Pamela Piggott (le nom me semble assez ironique par rapport à ses « problèmes » physiques), une femme « ronde » (je dirais plus avec des formes), tantôt coincée par son corps et les différents régimes qu’elle poursuit, tantôt libérée (je pense à la scène où elle se déshabille et se baigne finalement sans complexes dans la mer).

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Tendres passions

réalisé par James L. Brooks

avec Shirley MacLaine, Debra Winger, Jack Nicholson, Jeff Daniels, John Lithgow, Danny DeVito…

titre original : Terms of Endearment

Comédie dramatique américaine. 2h07. 1983.

sortie française : 4 avril 1984

Movie Challenge 2016 : film ayant remporté un Oscar

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Aurora a élevé seule sa fille Emma, excluant tout homme de sa vie. Pourtant, Emma quitte à la première occasion cette mère abusive. Seule, Aurora rencontre alors Garret, qui est un ancien cosmonaute désormais alcoolique… Des liens entre ces deux personnes prennent forme.

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Tendres Passions a marqué les Oscars en 1984 en étant cette année-là le film le plus nommé et surtout le plus récompensé : meilleur film, meilleur réalisateur, meilleure adaptation, meilleure actrice (Shirley MacLaine) et meilleur acteur dans un second rôle (Jack Nicholson). Beaucoup de critiques / spectateurs trouvent ces récompenses en question très disproportionnées, surtout face à de gros concurrents comme par exemple Fanny et Alexandre d’Ingmar Bergman. Enfin, c’est surtout les critiques françaises de l’époque qui n’ont pas été tendres (ahah je m’amuse à faire des jeux de mots) avec le premier long-métrage de James L. Brooks en tant que réalisateur (et qui est depuis le producteur des Simpsons). En France, on a visiblement commencé à réévaluer ce film grâce à la sortie du pourtant pas très bon Comment savoir (mais si, un film sans intérêt avec Reese Witherspoon, Paul Rudd, Jack Nicholson et Owen Wilson !). En revanche, les critiques américaines étaient d’emblée emballées par ce long-métrage, adapté du roman éponyme de Larry McMurtry (pour la petite info, la suite, Etoile du soir, toujours adapté d’un texte de McMurtry, a vu le jour en 1996, avec toujours MacLaine mais s’est vraiment fait massacrer par tout le monde) . En regardant le film (en précisant que je ne connaissais pas du tout cette sorte de « guéguerre » entre les critiques US et françaises au moment de sa sortie), j’avoue au début avoir été sceptique. Il n’y a pas de réelle intrigue dans le sens où on suit l’existence de deux femmes (une mère et sa fille) sur plusieurs années. Seule la fin semble marquer une sorte de rupture dans la construction attendue d’un point de vue narratif. Il faut aussi avouer que ça peut effectivement faire très soap-opera. La mise en scène ne m’a d’ailleurs pas impressionnée, c’est peut-être d’ailleurs le vrai défaut de ce long-métrage. Pourtant, sans crier au chef-d’oeuvre, il se passe quelque chose avec ce film. Même s’il a pu être excessif, je comprends dans un sens son succès. Petit à petit, au fil des scènes, je me suis laissée embarquer par ces deux histoires construites en parallèle. Bien sûr ce n’est pas d’une grande subtilité comme vous l’aurez deviné. On a donc d’un côté la mère Aurora, une veuve qui profite de la vie avec Garret, de l’autre sa fille n’a par contre pas la vie qui fait rêver. Une opposition a priori simple mais qui fonctionne réellement à l’écran. Je n’ai pas senti ce jonglage ni les ellipses au fil du temps sans réelle indication sur l’époque, on a l’impression que la vie de ces deux femmes passe assez naturellement à l’écran.

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Tendres passions n’est donc pas un film impressionnant d’un point de vue « technique », il a certainement ses défauts, il peut même faire fuir. Pourtant il est bien mieux qu’il en a l’air. La réputation de James L. Brooks sur ses qualités de scénariste qui comprend bien l’humain est selon moi totalement justifiée. Selon moi, les personnages sont bien plus profonds et véridiques qu’ils en ont l’air, qu’ils dépassaient justement le simple stade de personnages de soap. En tout cas, je suis passée à différents stades émotionnels. Je ne dirai pas que j’ai ri comme devant une pure comédie mais oui le film est tout de même drôle, parfois grinçant (rien que la première scène !) et sa légèreté de ton fait du bien. J’en suis également ressortie très émue. Certains diront que c’est de l’émotion Kleenex (sans vouloir révéler la fin). Peut-être. Cela dit, j’ai été étonnamment sensible, je dois même avouer que j’avais même les larmes aux yeux. Je reste persuadée qu’il faut aller au-delà de certains messages qui peuvent paraître simplistes. A mon avis, il faut aussi remettre ce film dans le contexte de son époque. Les femmes n’étaient pas aussi « libres » que maintenant, elles étaient encore conditionnées par leur mode de vie au foyer, leur famille etc… Il y a une volonté de montrer la possible autre vie qu’une femme des années 60 à 80 pouvait avoir, qu’il n’y avait pas que sa vie de mère ou d’épouse qui comptait, qu’elle pouvait exister en tant que femme. C’est ce que nous montre le personnage d’Aurora : elle apprend, à un âge tardif, à vivre vraiment. Sa fille semble en revanche reproduire une sorte de schéma que les femmes de cette époque (et je suis même certaine qu’il y en a encore beaucoup dans ce cas actuellement), comme si elle n’avait pas compris la leçon, qu’elle retiendra certainement au pire instant de sa vie. Enfin, le casting est vraiment bon, on sent les interprètes investis, rendant vraiment justice aux personnages déjà bien écrits à la base. Shirley MacLaine est – comme souvent – formidable dans le rôle de cette femme au caractère bien trempé, son Oscar ne m’a pas semblé volé tout comme celui de Jack Nicholson, également toujours génial. Debra Winger (que je connais assez mal) m’a également agréablement surprise et elle aussi aurait mérité la fameuse statuette hollywoodienne (rassurons-nous, elle avait tout de même été nommée). Parmi les seconds rôles, Jeff Daniels s’en sort très bien en époux au comportement discutable (pourtant, étonnamment on ne le déteste pas !), John Lithgow (lui aussi dans la liste des nommés pour son rôle) est très touchant et Danny DeVito fait également quelques apparitions bien sympathiques !

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Café Society

réalisé par Woody Allen

avec Jesse Eisenberg, Kristen Stewart, Steve Carell, Blake Lively, Parker Posey, Corey Stoll, Ken Stott, Anna Camp, Jeannie Berlin, Stephen Kunken, Paul Schneider…

Comédie dramatique américaine. 1h36. 2016.

sortie française : 11 mai 2016

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New York, dans les années 30. Coincé entre des parents conflictuels, un frère gangster et la bijouterie familiale, Bobby Dorfman a le sentiment d’étouffer ! Il décide donc de tenter sa chance à Hollywood où son oncle Phil, puissant agent de stars, accepte de l’engager comme coursier. À Hollywood, Bobby ne tarde pas à tomber amoureux. Malheureusement, la belle n’est pas libre et il doit se contenter de son amitié.
Jusqu’au jour où elle débarque chez lui pour lui annoncer que son petit ami vient de rompre. Soudain, l’horizon s’éclaire pour Bobby et l’amour semble à portée de main…

Café Society : Photo Jesse Eisenberg, Kristen Stewart

Tout d’abord, je souhaitais remercier Baz’art et Mars Distribution qui m’ont permis de remporter des places gratuites pour voir le dernier Woody Allen, Café Society, présenté en ouverture (hors compétition) au dernier Festival de Cannes. Les précédents films de Woody Allen, L’Homme Irrationnel, Magic in the Moonlight et Blue Jasmine m’avaient beaucoup plu, j’espérais voir ce Café Society dans la même lignée. Hélas, malgré les espoirs que j’avais à son égard face aux bonnes critiques que j’avais lues et entendues, ce nouveau Woody Allen m’a déçue. Ce qui m’avait plu dans ses précédents longs-métrages, c’est ce mélange entre une réflexion profonde et une histoire plaisante et rafraîchissante. Or, ce Café Society tente de nouveau d’allier ces deux éléments mais sans réellement parvenir à atteindre pleinement son but. Je ne me suis pas retrouvée comme un rat mort dans la salle, il y a des films qui m’ont bien plus désintéressée que celui-ci. Mais je n’ai clairement pas pris de plaisir devant. Le film a beau durer 1h30 (comme souvent chez Allen), j’avais hâte qu’il se termine. Pourquoi ? Parce qu’il présente une histoire d’amour impossible terriblement banale et pas plus intéressante en ce qui me concerne. C’est pour moi un peu trop anecdotique, ça manque de puissance. Pourtant, on retrouve les ingrédients typiques à la bonne recette habituelle de Woody Allen. Mais ça manque de charme, en tout cas il n’apparaît que superficiellement dans l’environnement et la reconstitution de l’époque (j’admets de très beaux décors et un excellent travail en ce qui concerne la photographie). Je ne dis pas que l’histoire ne permet éventuellement pas à une réflexion. On retrouve notamment l’éternelle question autour du choix que nous devons faire entre la passion et la raison. Il y a aussi une réflexion pourtant intéressante sur le papier autour de l’élévation sociale qui peut aussi jouer un rôle dans les décisions prises par les personnages. Mais ces réflexions ne sont pas parvenues à m’intéresser davantage au film en tant que narration à part entière. Quand on voit le niveau de réflexion des précédents films d’Allen, à côté, sans vouloir déconsidérer ce qu’il a voulu exprimer dans Café Society et en ayant conscience qu’on ne peut pas nécessairement comparer tous ses films même si la tentation est évidemment forte, je n’ai pas pu m’empêcher d’être déçue, d’attendre quelque chose de plus intense. Il y a du potentiel mais ce n’est pas pour moi plus creusé que ça. Ca m’a paru trop anecdotique pour que je puisse vraiment ressentir quelque chose de fort et intéressant.

Café Society : Photo Blake Lively, Jesse Eisenberg

Café Society manque pour de moi de punch et de fraîcheur, j’ai fini par me désintéresser de l’histoire principale (le triangle amoureux) car elle tourne en rond. Pour tout vous dire, j’ai même préféré l’histoire secondaire autour de la famille de Bobby (entre un frangin gangster qui bute absolument tout le monde, une mère juive dans tous ses clichés, un beau-frère intello etc…) qui au moins a le mérite d’offrir quelque chose de plus pimpant (avec, comme souvent chez Allen, quelques répliques bien senties) et surtout j’avais enfin l’impression que ça racontait quelque chose de plus croustillant ! Maintenant, passons au casting. Jesse Eisenberg s’en sort plutôt bien en sorte de double de Woody Allen (ce choix paraissait même évident). Il a le charisme, toujours un incroyable débit de paroles, son interprétation reste juste en suivant l’évolution de son personnage. Parmi les seconds rôles, j’ai également bien aimé l’interprétation du charismatique Steve Carell (de plus en plus à l’aise dans des rôles dramatiques), qui lui aussi est un grand bavard qui manie bien la parole (point évidemment très important dans un Woody Allen, ça fait toujours son petit effet). Il réussit très bien à montrer les deux facettes de son personnages, c’est-à-dire qu’il est sensible et torturé en privé, ne sachant pas quoi choisir entre la raison et la passion, mais confiant et autoritaire en public. Corey Stoll (qu’on voit décidément de plus en plus, que ce soit dans des films ou séries) dans le rôle du frangin gangster est également une des bonnes surprises de ce casting. En revanche, je reste un peu plus sceptique en ce qui concerne les actrices dont on a tant entendu parler. Je n’ai pas trouvé Kristen Stewart mauvaise dans le sens où elle parvient aussi, grâce à son interprétation, de montrer comment son personnage évolue. Cela dit, je trouve cette actrice, que ce soit physiquement ou aussi dans son interprétation, très anachronique. Déjà que les décors, bien qu’ils sont pourtant très beaux, et même certains costumes, ne me font pas toujours penser aux années 1930 à certains moments, (ce n’est que mon ressenti), on va dire que sa présence ne m’a pas particulièrement aidée à contrebalancer cette idée que j’avais déjà en tête. Enfin, en ce qui concerne Blake Lively, on sent son potentiel mais hélas son personnage est trop secondaire pour qu’on s’y intéresse plus que ça et je trouve cela dommage.

Café Society : Photo Jesse Eisenberg, Kristen Stewart

The Room

réalisé par Tommy Wiseau

avec Tommy Wiseau, Juliette Danielle, Greg Sestero…

Drame américain. 1h40. 2003.

The Room

Johnny est fou amoureux de Lisa mais elle le trompe avec Mark, le meilleur ami de Johnny.

Room

Avant de commencer ma chronique, je tenais à remercier Borat pour m’avoir fait découvrir cette perle involontairement hilarante du début jusqu’à la fin ! Je vous conseille également de lire l’excellente critique de Nanarland et de regarder la critique vidéo (avec les sous-titres français pour vous aider) de Doug Walker du Nostalgia Critic (première partie ici et deuxième partie ). Ma chronique ne prétend pas rivaliser avec celles que je viens de citer mais elle a tout d’abord pour but de confirmer ce que tout le monde pense de ce film, puis peut inciter les gens qui ne connaissent pas ce film de le découvrir. Oui, je conseille de regarder un film clairement mauvais parce qu’on ne peut imaginer à quel point c’est possible de se rater à ce point. Déjà quand on regarde l’affiche, avec la gueule fatiguée en gros plan du mystérieux Tommy Wiseau (mais on sent que le gars se trouve beau), on se pose sérieusement des questions sur le contenu du film. Qui est alors ce fameux Wiseau ? Personne ne sait vraiment qui il est. On ne connait pas vraiment son âge, ni d’où il vient (mais son accent est effroyable), ni comment il a pu obtenir un budget de 6 millions de dollars (ce qui est énorme pour un petit film d’auteur avec que des acteurs inconnus !). Ce qui est sûr, c’est que le gars s’aime à mort malgré son look très particulier (je vais en rester là car je risque d’être blessante et je n’aime pas m’attaquer au physique des gens). Et il croit en son « talent » : il est ainsi l’acteur principal, le réalisateur, le producteur et le scénariste de ce film, rien que ça ! Et évidemment, il s’est attribué le beau rôle : celui de Johnny, un gars trop beau (enfin, pas selon mes goûts, mais encore une fois Wiseau a très confiance en lui : tant de narcissisme est magnifique à voir), qui sort avec cette pétasse de Lisa (bah je crois que c’est le message du film, non ?), qui le trompe avec son meilleur ami Mark (à lui, pas elle, hein). Mais pourquoi le trompe-t-elle alors qu’il est parfait, irréprochable, qu’il l’aime, lui offre des fleurs, la baise comme un dieu (oui, parce que Wiseau aime montrer son cul, il en est fier !) etc… ?

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A l’origine, il ne s’agit que d’une banale histoire d’adultère. Sauf que… certaines choses étranges (qui ont participé à la réputation de ce nanar) apparaissent au fil du film. Ainsi, certains personnages, dont on ne connaît pas vraiment leur identité, débarquent comme ça, sans aucune raison, chez Johnny et Lisa (ou plutôt « Hi Johnny », répété au moins 300 fois). Par exemple, on a aucune idée de l’identité de ce fameux Denny, ce voisin trèèèès bizarre (vraiment, le gars est effrayant avec son sourire de psychopathe) qui s’incruste vraiment chez Lisa et Johnny jusqu’au… pieu. Autre exemple : on passe d’une conversation à l’autre sans raison. Par exemple, la mère de Lisa évoque son cancer du sein, mais bon Lisa s’en fout royalement (elle n’a pas l’air trop touchée) et visiblement Wiseau aussi puisque cette information est totalement inutile ! Ou encore dans une autre scène, Johnny parle de ses problèmes au travail (au passage, on ne sait pas trop où il bosse, mais bon là encore une fois, on s’en cogne !) et puis tout d’un coup, sans aucune raison, il demande tout naturellement à Mark : « How is your sex life ? ». WHAAAT ? En parlant de sexe, il est alors intéressant de se pencher sur les scènes « érotiques » du film, nombreuses et inutiles (parce que là, c’est la cerise sur le gâteau). On a l’impression de revoir les téléfilms érotiques qui passaient sur M6 le dimanche soir, vous voyez le genre ? Le film date de 2003 mais il était déjà dépassé, les scènes en question sont d’une rare ringardise ! En plus, elles sont assez longues (en gros Wiseau met une plombe à filmer les « préliminaires », que c’est intéressant) et très répétitives (parfois on se demande si Wiseau n’a pas remis volontairement la même scène – histoire qu’on admire à plusieurs reprises son cul – je vous le confirme, il aime ses fesses). Elles sont également toutes mal filmées, du genre quand Mark et Lisa font l’amour dans les escaliers, la caméra filme surtout… la rampe des escaliers (c’est très… intéressant ?), ou encore Wiseau nous ressort tous les pires clichés possibles : musique épouvantablement niaise, le décor idyllique avec le voile blanc sur le lit etc… Evidemment, les relations entre Mark (l’amant au physique de mannequin) et Lisa ne se résument qu’à leurs nuits au lit, mais évidemment, le scénario étant très creux, on ne saura jamais rien de leur véritable relation (je pense qu’il n’y a rien à comprendre).

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Je me suis également marrée face à certains enchaînements, du genre après une scène de jambes en l’air entre Lisa et Johnny (donc jusque là tout va bien entre eux), Lisa va se plaindre auprès de sa mère « oooh Johnny is so boriiiing » (et cette relou de mère qui ne fait que répéter comme un perroquet « mais Johnny est bien blablabla », putain ta fille te dit qu’elle ne l’aime plus, écoute-la bordel !). Ce film, qui se prend beaucoup au sérieux (non, Wiseau, personne ne te croit quand tu parles de « comédie noire »), part vraiment dans des délires incroyables où le non-talent triomphe. Evidemment, face à un tel désastre « artistique » (mettons des guillemets un peu partout), les acteurs ne peuvent que jouer comme des cochons. Mais la palme revient de nouveau à Wiseau. Non seulement il a un accent improbable mais en plus il grogne sans aucune raison et on a l’impression que chaque mot est mal prononcé, a une mauvaise intonation, rien n’est naturel (ça a lui demandé des efforts pour manquer à ce point de spontanéité ?). Et attention, les gestes grotesques accompagnent les répliques de choc (la plus culte reste « YOU ARE TEARING ME APART, LISA » avec les cheveux et les bras qui se balancent fortement pour montrer son désarroi). En parlant de répliques, on remarquera également que certaines sont d’une rare évidence (« Mais il est mort ? », s’interroge Lisa en voyant le cadavre de son mec inanimé avec une balle dans la tête et ses vêtements baignant le sang, tout va bien – cette scène de mort est d’ailleurs incroyablement mal filmée avec les ralentis pourris et tout ça) ou encore que d’autres n’ont pas l’air… dans le bon ordre. Si, si ! Du coup, ça donne des scènes vraiment chelou ! Mais j’ai envie de dire, tout est bizarre dans ce film, on parle de beaucoup de sujets sans trop comprendre pourquoi, comme de football ou de drogue. Greg Sestero, qui « joue » Mark, a co-écrit (avec Tom Bissell) suite au « succès » de ce film (oui dans un sens, il a au moins le mérite d’avoir une réputation chez les amateurs de nanars !) The Disaster Artist (qui a remporté de sérieuses récompenses littéraires). D’après ce que j’ai lu, la société de production de Seth Rogen a acquis les droits du livre et on parle des frères Franco pour interpréter Wiseau et Sestero. En septembre dernier, on a appris que les scénaristes Scott Neustadter et Michael H. Weber devaient faire partie de l’aventure. Affaire à suivre…

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Love Actually

réalisé par Richard Curtis

avec Hugh Grant, Liam Neeson, Colin Firth, Laura Linney, Emma Thompson, Alan Rickman, Bill Nighy, Keira Knightley, Martine McCutcheon, Chiwetel Ejiofor, Rowan Atkinson, Andrew Lincoln, Billy Bob Thornton, Heike Makatsch, Rodrigo Santoro, Martin Freeman, Joanna Page, Kris Marshall, Lucia Moniz, Thomas Brodie-Sangster…

Comédie romantique britannique. 2h10. 2003.

sortie française : 3 décembre 2003

Love Actually

L’amour est partout, imprévisible, inexplicable, insurmontable. Il frappe quand il veut et souvent, ça fait pas mal de dégâts…
Pour le nouveau Premier Ministre britannique, il va prendre la jolie forme d’une jeune collaboratrice.
Pour l’écrivain au coeur brisé parti se réfugier dans le sud de la France, il surgira d’un lac.
Il s’éloigne de cette femme qui, installée dans une vie de couple ronronnante, suspecte soudain son mari de songer à une autre.
Il se cache derrière les faux-semblants de ce meilleur ami qui aurait bien voulu être autre chose que le témoin du mariage de celle qu’il aime.
Pour ce veuf et son beau-fils, pour cette jeune femme qui adore son collègue, l’amour est l’enjeu, le but, mais également la source d’innombrables complications.
En cette veille de Noël à Londres, ces vies et ces amours vont se croiser, se frôler et se confronter…

Love Actually : Photo Hugh Grant, Martine McCutcheon

Je sais que Noël est déjà passé mais nous sommes encore en période de fêtes, parler de Love Actually, comédie romantique qui se déroule la veille de Noël, me semble encore d’actualité (non il n’y a pas là de jeu de mots pourri avec le titre du film). En toute honnêteté, j’aime regarder ce film à n’importe quelle période de l’année, mais c’est vraiment l’idéal de le revoir à quelques jours de Noël. A l’origine, j’aime énormément le travail de Richard Curtis, co-créateur de la série culte Mr. Bean, scénariste des excellents Quatre mariages et un enterrement et Notting Hill et réalisateur du très bon Good Morning England. J’ai une affection particulière pour Love Actually, je crois même que je l’aime de plus en plus. Le film n’est certainement pas parfait mais pourtant il possède un véritable charme et présente un lot de personnage attachants, on pourra s’identifier à certains d’entre eux. Le film-choral n’est pourtant pas forcément un genre auquel j’adhère mais je trouve l’écriture très bonne, évitant les cafouillages et parvenant à faire passer les 2h10 à la vitesse grand V. Certes, certains personnages sont davantage mis en avant par rapport à d’autres. Cependant, cela ne me gêne pas de voir certaines parties plus ou moins survolées car je ne pense pas qu’elles méritaient d’être plus développées (comme celle de Jack et Judy ou encore celle de Colin). De plus, même si certains personnages restent un peu en retrait par rapport à d’autres, ils arrivent tout de même à trouver leur place et à marquer les esprits. De plus, les histoires sont selon moi plutôt bien reliées entre elles, notamment par un épilogue final se situant dans un aéroport. Love Actually est aujourd’hui une référence dans la comédie romantique. Il est vrai qu’il s’agit d’une des meilleures dans ce genre mais on ne peut pas limiter ce film à des romances guimauves. Pour moi, Curtis a réussi à filmer l’amour sous toutes ses formes, grâce à neuf histoires très plaisantes, mêlant habilement humour et émotion et interprétées par un casting cinq étoiles.

Love Actually : Photo Colin Firth

Il y a tout d’abord l’histoire de David, le Premier Ministre, qui tombe amoureux de sa secrétaire qui a des formes (non, elle n’est pas grosse contrairement à ce que disent d’elle les autres personnages). L’histoire est basique, voire même un peu cliché (une rencontre entre une secrétaire et son boss – et c’est pas n’importe qui le boss en question) mais Curtis arrive à sortir de ce pétrin en nous présentant un Premier Ministre assez délirant (Hugh Grant qui danse sur Jump (from my love) des Pointer Sisters est énooorme) et une secrétaire qui débite un lot de gros mots assez impressionnant en peu de temps. Puis, il y a l’histoire de Daniel, incarné par Liam Neesonn qui vient de perdre son épouse (hélas, comme l’a vécu plus tard l’acteur dans la réalité) mais qui va aider son beau-fils à draguer une certaine Joanna, une camarade américaine qui est dans la même classe que lui. L’histoire aurait pu être très lourde en nous présentant un veuf éploré mais elle ne l’est pas car le film ne s’attarde pas sur ce deuil (et heureusement car je crois que cela aurait crée un trop gros déséquilibre par rapport au ton du film). L’histoire devient même légère car le personnage de Neeson rebondit à travers le jeune Sam qui veut tout faire pour séduire sa Joanna (ahaha le gars qui se met à jouer de la batterie – c’est cliché mais c’est toujours efficace). Cette partie réussit à présenter habilement à la fois la perte d’un amour et un amour de jeunesse. L’amour traverse également les frontières grâce à l’histoire entre un écrivain (Colin Firth) et une charmante portugaise, qui tombent amoureux sans parler la langue de l’autre. L’histoire est touchante car les deux personnages pensent et expriment parfois la même chose malgré une communication bloquée.

Love Actually : Photo Bill Nighy

Les relations amoureuses sont hélas parfois compliquées. L’amour est ainsi remis en question chez Harry (Rickman), qui va plus ou moins tromper son épouse Karen (Emma Thompson) avec une de ses employées qui a le feu au cul. Si je ne cautionne pas ce que fait Harry, qui a tout de même un comportement de connard, le personnage n’est pas non plus totalement antipathique. La scène dans laquelle Karen découvre le pot-aux-roses est très émouvante, évitant de nouveau de tomber dans du larmoyant. Au contraire, la scène est même très pudique et finalement plus réaliste. L’histoire avec Andrew Lincoln (c’était avant qu’il bute des zombies), fou amoureux de l’épouse de son meilleur ami, interprétée par Keira Knightley (il y a de quoi – elle est vraiment belle dans le film), est également très émouvante (oui, la scène avec ses pancartes a tendance à me faire fondre en larmes), préférant sacrifier une possible histoire d’amour pour ne pas trahir son meilleur ami. L’amitié est également traité au coeur de la partie mettant en scène Billy Mack, incarné par un Bill Nighy vraiment en forme. Cette rockstar qui raconte à peu près n’importe quoi dans les médias (« heyyyy les jeunes, n’achetez pas de drogue car quand on devient rockstar, elle est gratuiiiite ») et fait aussi n’importe quoi (depuis, je ne vois plus le groupe Blue de la même manière) retrouve le succès avec une chanson de Noël plutôt merdique (un dérivé de Love is all around, utilisée dans Quatre mariages et un enterrement). Pour fêter cela, il préfère passer sa soirée de Noël avec son manager Joe en se saoulant la gueule et en regardant des films porno (oui, c’est très classe tout ça) qui le supporte depuis des années au lieu d’être en compagnie d’Elton John.

Love Actually : Photo Liam Neeson, Thomas Brodie-Sangster

L’amour fraternel n’est également pas oublié : en effet, Sarah (Laura Linney, très touchante), réussit à passer une soirée avec son collègue de travail Karl dont elle est follement amoureuse (précisons que tout le monde sait qu’elle le kiffe depuis pratiquement deux ans) mais va finalement privilégier sa relation avec son frère (probablement autiste) qui l’appelle toutes les cinq minutes. Curtis exploite aussi l’amour sous un point de vue plus sexuel. Il y a tout d’abord la rencontre entre Jack et Judy (Martin Freeman et Joanna Page) deux doublures de scènes intimes. D’un côté, cette partie est drôle car on voit les deux personnages en train de parler comme s’il s’agissait d’une conversation parfaitement banale, à part qu’ils miment des positions sexuelles. De l’autre, malgré le rapprochement physique, en dehors du tournage, Jack et Judy sont assez pudiques et timides. La romance qui naît doucement entre les deux est étonnamment touchante. Enfin, la dernière histoire, un peu plus en retrait, est celle de Colin (Kris Marshall), qui en a marre des Anglaises (il les juge trop coincées) et compte séduire les Américaines (évidemment pas n’importe lesquelles, genre des bombasses sortant de FHM) avec son accent british. Même s’il ne s’agit pas à proprement parler d’amour comme on pourrait le concevoir, Colin trouve son bonheur en réalisant ses fantasmes. Le fait d’avoir relier ces histoires au thème de Noël est également judicieux, cela crée une cohérence nécessaire entre les personnages et je crois aussi que cela permet d’accentuer encore plus la magie entre les histoires d’amour. Le film est également servi par une très bonne bande-originale, qui correspond au sujet du film Pour conclure, Love Actually n’est certainement pas un chef-d’oeuvre et pourtant c’est un film qui fait un bien fou, il est pratiquement devenu un film de chevet en ce qui me concerne.

Love Actually : Photo Andrew Lincoln