Epouse-moi mon pote

réalisé par Tarek Boudali

avec Tarek Boudali, Philippe Lacheau, Charlotte Gabris, Andy Rowski, David Marsais, Julien Arruti, Baya Belal, Philippe Duquesne, Zinedine Soualem, Ramzy Bedia…

Comédie française. 1h32. 2017.

sortie française : 25 octobre 2017

Yassine, jeune étudiant marocain vient à Paris faire ses études d’architecture avec un visa étudiant. Suite à un événement malencontreux, il rate son examen, perd son visa et se retrouve en France en situation irrégulière. Pour y remédier, il se marie avec son meilleur ami. Alors qu’il pense que tout est réglé, un inspecteur tenace se met sur leur dos pour vérifier qu’il ne s’agit pas d’un mariage blanc…

Epouse-moi mon pote : Photo Philippe Lacheau, Tarek Boudali

La comédie française actuelle fait peur pour différentes raisons. Souvent pas drôle (toujours un comble pour une comédie) et remplie de lourdeurs, elle véhicule en plus des idées plus que douteuses. Faisons le bilan de notre année difficile pour la comédie française : l’apologie du viol dans Gangsterdam, le sexisme dans Si j’étais un homme ou encore le racisme (surtout envers les Roms) dans A bras ouverts. Le sujet et la bande-annonce de Epouse-moi mon pote faisait vraiment craindre le pire : on mixe alors des sujets délicats, c’est-à-dire l’immigration, le blanc blanc et l’homosexualité. Même si j’avais plutôt apprécié les comédies de l’équipe de Philippe Lacheau et Tarek Boudali (Babysitting 1 et 2, Alibi.com), vu les critiques parfois très négatives que j’ai vues à son égard, j’avais préféré zapper Epouse-moi mon pote. J’ai continué pendant ce temps à éplucher les différentes critiques qui dénonçaient l’homophobie du film, j’ai également suivi les échanges parfois plus que houleux entre ceux qui ont haï le film et ceux qui ont eu un avis plus nuancé. Finalement, ma mère (oui, ça devient presque un running gag) a eu la riche idée d’aller le voir et évidemment elle avait besoin de quelqu’un pour l’accompagner. Bref, je m’étais un peu spoiler le film mais ce n’était pas totalement inintéressant d’avoir en tête les différents avis sur ce film. Je ne suis pas là pour dire qui a tort ou raison, je vais pas m’amuser à citer les critiques que j’ai trouvées pertinentes et celles dont je ne partage pas l’avis. Si je comprends la démarche des critiques qui ont été choquées, je me range étonnamment du côté des critiques un peu plus nuancées. Je n’aime pas nécessairement cet argument habituellement, mais cette fois-ci le premier mot qui m’est vraiment venu à l’esprit est « maladroit ». Sans vouloir dédouaner à tout prix le réalisateur (je vais quand même revenir sur les choses qui ne vont pas), je pense sincèrement que la démarche ne se voulait pas offensante (bon après ça n’excuse pas tout non plus : je suis certaine qu’il y avait aussi de bonnes intentions dans les films nazes que j’ai cités plus haut). J’ai perçu le scénario de la manière suivante : les deux personnages sont effectivement des homophobes, des ignorants sur la vie des homosexuels (qui vivent normalement). Lisa, la copine de Fred, tente par moments de raisonner ses amis, de leur faire comprendre qu’être gay ne signifie pas de se déguiser en Village People (pour reprendre à peu près de tête la réplique).

Epouse-moi mon pote : Photo

Il aurait certainement fallu encore plus insister sur cette remise en question qui peut paraître encore un peu faible, les personnages pourraient prendre encore plus conscience de leur homophobie (même si le discours de Yassine dans la boîte commence à aller dans ce sens – mais il ne va pas totalement au bout de la problématique). Le problème également, et c’est certainement pour cela qu’il y autant de polémiques – la plupart compréhensibles – c’est l’image générale des homosexuels. En dehors du couple de lesbiennes (rembarrant également le personnage principal par sa bêtise homophobe) assimilé à une apparence « normale », et même du couple final qui se comporte comme un couple lambda, tous les autres personnages homosexuels sont forcément tous clichés ou exubérants, voire même tous « pervertis ». Ca casse forcément toute la critique autour des personnages principaux qui sont homophobes. Mais je reste persuadée qu’il y a par-ci par-là des indices qui vont dans ce sens. Cela dit, très honnêtement (et c’est loin d’être la première fois que cela m’arrive durant une séance – j’en profite pour le signaler), la salle était à mon avis plus homophobe que ce film (oui ça reste inquiétant). Cela dit, en terme de comédie, Epouse-moi mon pote reste étonnamment encourageante. En fait, j’ai retrouvé les mêmes sentiments que j’avais eus face aux Babysitting et Alibi.com. Certes, il y a des choses qui ne vont pas : comme on l’a dit, il y a beaucoup de clichés, d’exagérations, des situations improbables (on a du mal à imaginer l’inspecteur de l’immigration se foutre dans autant de situations gênantes – même si certaines d’entre elles m’ont fait marrer), c’est certain. Mais je reste toujours « étonnée » par la fraîcheur des films de l’équipe Lacheau / Boudali. Surtout, ce qui me frappe et ce qui peut expliquer aussi mon avis un peu plus nuancé, c’est de voir qu’il y a une mécanique qui fonctionne toujours aussi bien de leur part : les gags rebondissent bien par rapport à d’autres qu’on a vu précédemment, un élément qui peut paraître anodin va également servir plus tard dans le récit etc… Et oui, du coup, malgré de réels problèmes qui ne peuvent être mis de côté, le film a parfois réussi à me faire rire. De plus, sur le thème de l’immigration, je trouve qu’on ne s’en sort pas si mal que ça (je dis pas non plus que c’est super profond ou quoi que ce soit, hein, ne vous faites pas des films sur mes propos). Servi par une distribution très convaincante (petite mention spéciale à Charlotte Gabris), Epouse-moi mon pote souffre hélas de quelques maladresses impossibles à ignorer mais il ne s’agit pas pour moi de la grande catastrophe annoncée. 

Epouse-moi mon pote : Photo Charlotte Gabris, Philippe Lacheau

Publicités

A bras ouverts

réalisé par Philippe de Chauveron

avec Christian Clavier, Ary Abittan, Elsa Zylberstein, Cyril Lecomte, Nanou Garcia…

Comédie française. 1h32. 2016.

sortie française : 5 avril 2017

Figure de la scène littéraire et médiatique française, Jean-Etienne Fougerole est un intellectuel humaniste marié à une riche héritière déconnectée des réalités. Alors que Fougerole fait la promotion dans un débat télévisé de son nouveau roman « A bras ouverts », invitant les plus aisés à accueillir chez eux les personnes dans le besoin, son opposant le met au défi d’appliquer ce qu’il préconise dans son ouvrage. Coincé et piqué au vif, Fougerole prend au mot son adversaire et accepte le challenge pour ne pas perdre la face. Mais dès le soir-même, on sonne à la porte de sa somptueuse maison de Marnes-la-coquette… Les convictions des Fougerole vont être mises à rude épreuve !

À bras ouverts : Photo Ary Abittan

Je ne comptais pas aller regarder A bras ouverts, encore moins au cinéma, surtout après avoir lu et vu de nombreuses critiques plus que négatives à son égard, notamment celle de InThePanda. Ma mère (pas facho et que j’aime beaucoup au passage) s’en est mêlée : elle est gentille mais elle aime beaucoup (trop) toutes ces comédies franchouillardes que je rejette tant. Et elle a un don particulier pour me laisser convaincre de l’accompagner. Malheureusement, comme prévu, les mauvaises critiques avaient vu juste. Le point de départ était pourtant « intéressant » dans le cadre d’une comédie, même s’il n’est pas non plus bien révolutionnaire : pousser des gens soi-disant ouverts d’esprit face à leur réel état d’esprit. Les dix premières minutes passent à peu près : nous sommes face à une caricature (certes pas très fine mais ça passe) d’une sorte de BHL qui parle beaucoup (surtout pour bien se faire voir et booster les ventes de son livre), on peut même dire qu’il est une sorte de donneur de leçons mais qui n’applique pas ses propres théories jusqu’au jour où il est pris au piège par un opposant politique (là ici une sorte de caricature du FN). Dans le même genre, autant privilégier l’excellent Devine qui vient dîner… de Stanley Kramer ou même plus récemment le plutôt sympathique Le Grand Partage d’Alexandra Leclerc qui ont le mérite de montrer une vraie confrontation des personnages face à la banalisation de leur pensée raciste et surtout une remise en question. C’est le principal problème de A bras ouverts (qui devait s’intituler à l’origine Sivouplééé… oui on sentait déjà le coup foireux venir) : en dehors du fils (même si cela reste minime), on ne remet pratiquement jamais en question le couple Fougerole. Ils sont racistes et finalement tout leur donne raison ! Après tout, Babik est un personnage qui n’est jamais attachant. Sa caricature est très ratée dans le sens où son humanité reste assez minime et n’efface pas les défauts qui l’entourent : il est méchant, violent, misogyne, sale et parle comme un demeuré (et non comme un étranger) et encore je n’ai pas tout dit. Sa famille est également complètement barge (dans le mauvais sens du terme), notamment avec le type atteint mentalement et qui fout sa merde littéralement avec son cochon. La seule fois où Babik se montre à peu près humain est lorsqu’il empêche Erwan (qui intègre le groupe des Roms après avoir été expulsé de chez lui) de séduire et de coucher avec la femme de Jean-Etienne. Mais tu sens que c’est un peu ici un vague prétexte pour se justifier : « non on se moque pas des Roms, la preuve, le vrai méchant de l’histoire, c’est un Français ». Le mal reste fait. Je ne suis pas du genre à voir du racisme partout mais là j’ai vraiment ressenti une sorte de malaise tout le long du film.

À bras ouverts : Photo Christian Clavier, Elsa Zylberstein

Il y avait déjà eu un débat sur la réelle démarche du réalisateur dans son précédent long-métrage (que j’avais plutôt apprécié, je ne m’en cache pas), Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu ? (avec déjà Clavier et Abittan). Mais j’avais plus l’impression qu’on riait du racisme et des clichés et surtout le film avait le « mérite » de faire évoluer les personnages. Là il n’y a pas d’évolution possible : les personnages sont juste tous cons jusqu’au bout ! Peut-être que le film n’arrive pas à fonctionner parce qu’il ne « tape » pas suffisamment sur différentes images de la société (contrairement toujours à Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu ?). En clair, il se fout de la gueule de l’hypocrisie des bobos et des Roms qui protègent leur famille (et maintenant les Fougerole en font partie) de manière douteuse. Il y a une petite pique envers le personnage FN qui est homosexuel. Je ne crois pas qu’il faut voir ici une remarque du style « l’homophobie c’est la lose » (contrairement à ce que dit InThePanda, c’est mon seul petit point de désaccord)  : j’imagine plus une envie de souligner une certaine hypocrisie d’un politique qui rejette certainement dans la sphère médiatique une communauté. Mais je comprends là aussi le reproche de certains détracteurs : ce point en question est de nouveau mené très maladroitement. La fin est également assez douteuse, comme si être proche d’un Rom était une malédiction. Au-delà d’une morale assez douteuse, A bras ouverts n’est tout simplement pas drôle (ce qui est problématique dans le cadre d’une comédie). La plupart des vannes tombe à plat et montre à quel point la comédie française ne se porte vraiment pas (même si ce n’est pas un scoop – et je n’ai pas encore vu Gangsterdam !). Quant aux interprétations, elles sont assez navrantes. Christian Clavier fait du Christian Clavier j’ai envie de dire mais en pire. Quand on le voit réagir avec le fameux cochon, on ne peut pas s’empêcher de penser à son personnage dans Les Bronzés font du ski ! T’as l’impression d’avoir pris un coup de vieux d’un coup sans avoir rien demandé ! Elsa Zylberstein (j’ai déjà du mal avec elle en temps normal) en fait – vraiment – des caisses dans le rôle de cette artiste contemporaine naze mal baisée (cette partie du scénario sur les moeurs des Fougerole m’a également bien gonflée au passage). Quant à Ary Abittan, il m’a juste… gênée. Il y a des fois où c’est le Abittan show (je pense notamment aux scènes où il chante du Fugain et compagnie) ! En même temps, sans vouloir les excuser (faut pas déconner non plus), leurs personnages sont si mal écrits que je ne vois pas comment un acteur aurait pu être bon dans ce fiasco.

À bras ouverts : Photo Ary Abittan

Hippocrate

réalisé par Thomas Lilti

avec Vincent Lacoste, Reda Kateb, Jacques Gamblin, Marianne Denicourt, Félix Moati, Carole Franck, Philippe Rebbot…

Comédie dramatique française. 1h42. 2014.

sortie française : 3 septembre 2014

Movie Challenge 2017 : Un film engagé

Benjamin va devenir un grand médecin, il en est certain. Mais pour son premier stage d’interne dans le service de son père, rien ne se passe comme prévu. La pratique se révèle plus rude que la théorie. La responsabilité est écrasante, son père est aux abonnés absents et son co-interne, Abdel, est un médecin étranger plus expérimenté que lui. Benjamin va se confronter brutalement à ses limites, à ses peurs, celles de ses patients, des familles, des médecins, et du personnel. Son initiation commence.

Hippocrate : Photo Jacques Gamblin, Marianne Denicourt, Reda Kateb

Présenté au festival de Cannes 2014 dans le cadre de la Semaine Internationale de la Critique, Hippocrate est un film qui semble marquer une frontière entre le film social et « autobiographique ». En effet, avant de se lancer dans le cinéma, le réalisateur Thomas Lilti était médecin et fils de médecin comme Benjamin, le personnage principal de ce long-métrage (Benjamin étant aussi au passage le second prénom du réalisateur). Lilti a aussi tenu à tourner dans l’ancien hôpital dans lequel il travaillait. La médecine est un sujet qui obsède encore le réalisateur (son dernier film étant Médecin de campagne). Par ailleurs, certaines vraies infirmières apparaissent au casting pour accentuer encore plus la crédibilité du récit. Mais on ne peut pas limiter Hippocrate à cet aspect très réaliste, à ce vécu qu’on ressent sans cesse, même si cette dimension est effectivement à prendre en compte par rapport à ce que le réalisateur a voulu pointer du doigt. Justement, ce long-métrage se présenterait avant tout comme un cri d’alarme : nous savons tous que les hôpitaux français se portent mal (nous n’avons pas attendu Hippocrate pour savoir ça). Comme dans beaucoup de milieux, on préfère privilégier le profit à la qualité et surtout à l’humanité. J’ai toujours été très sensible aux films engagés, appartenant au cinéma social, dénonçant les travers d’un pays ou d’un système. Je suis sensible au propos même de Hippocrate. J’adhère au propos mais pas nécessairement à la proposition « artistique » : ce n’est pas parce qu’on signe un film social, très réaliste, parfois proche du documentaire, qu’on doit négliger certains points. Déjà, pour être honnête, je me suis énormément ennuyée (en dehors de la fin, là au moins elle a su susciter un minimum mon intérêt). Cela paraît vraiment regrettable de ressentir ce type de désagrément alors que le film tend justement à nous montrer le rythme infernal du personnel. Je ne suis pas entrée dans le récit alors que paradoxalement on débute directement à l’hôpital en suivant Benjamin, ce jeune interne. Le spectateur est alors dans la même situation que Benjamin : on découvre en même temps que lui le réel fonctionnement d’un hôpital et ses petits secrets (notamment dans les moments de détente). Je comprends la démarche du réalisateur lorsqu’il nous montre différents moments : dans la vie d’un hôpital, il se passe forcément des événements sans lien les uns avec les autres. Mais je trouve que le film manque tout de même de fil rouge. Il arrive assez tard dans le film, ce qui rend le tout encore plus décousu, comme si les débats lancés (notamment sur l’euthanasie) sortaient de nulle part.

Hippocrate : Photo Vincent Lacoste

Même la toute fin semble bâclée, comme si les dernières minutes  du film n’avaient servi à rien. De plus, si j’applaudis le côté « réaliste », certaines scènes (notamment à la fin) m’ont paru très exagérées. J’ai même cherché des avis de médecin et d’internes : si beaucoup s’accordent sur la retranscription réaliste de leur profession, pas mal d’entre eux (même ceux qui ont apprécié le film) ont également trouvé cette fin pas toujours très crédible. Bref, le scénario m’a paru confus, ne laissant pas réellement les personnages exister à l’écran. Seul le personnage d’Abdel est intéressant et se détache du lot. Il faut aussi souligner au passage l’excellente interprétation de Reda Kateb qui avait remporté le César du meilleur acteur dans un second rôle. Je suis un peu plus sceptique concernant Vincent Lacoste. J’aime bien ce jeune acteur qui fait du bien au cinéma français, il ne joue pas si mal dans Hippocrate (même si sa nomination aux César me parait excessive). Mais je ne l’ai pas trouvé très à l’aise. J’aime bien son air à la ramasse mais là je ne sais pas s’il correspond réellement au personnage qu’il incarne (personnellement, malgré tout le bien que je pense de lui, je n’aimerais pas me faire soigner par Lacoste !). En plus, il fait vraiment jeune : son physique ne l’aide pas à s’approprier de son personnage me semble-t-il. Je ne parle même pas des seconds rôles vraiment invisibles, notamment celui tenu par Jacques Gamblin, qui incarne le père du héros. Or, dans le scénario, il y a, me semble-t-il, une piste concernant le lien entre père et fils dans le milieu professionnel et même une esquisse sur les magouilles que cette relation peut entraîner dans le monde du travail, en l’occurrence ici dans la médecine. De plus, si le travail concernant ce point n’a rien de honteux (surtout dans le cadre d’un film qui se veut réaliste), la mise en scène ne m’a pas non plus réellement totalement convaincue (j’avais parfois l’impression de regarder un téléfilm) même si on peut de nouveau reconnaître qu’elle capte bien l’urgence permanente dans un hôpital. Bref, l’ensemble est donc certainement assez réaliste, le message certainement fort et important mais il ne se passe rien. Je ne parle pas ici que de scénario qui m’a semblé assez vide, je parle de ressenti global. J’entends la colère du réalisateur mais je ne l’ai pas nécessairement ressentie. Et plus généralement, je n’ai pas ressenti d’autres types d’émotions. Encore une fois, je ne pense pas que son statut pseudo documentaire doit tout excuser. Il y a d’autres films qui s’inscrivent grosso modo dans la même veine et qui ont su provoquer chez moi beaucoup plus d’émotions et de réactions que celui-ci.

Hippocrate : Photo Reda Kateb

Brooklyn

réalisé par John Crowley

avec Saoirse Ronan, Domhnall Gleeson, Emory Cohen, Jim Broadbent, Julie Walters, Jessica Paré, Brid Brennan, Fiona Glascott, Nora-Jane Noone, Jenn Murray, Eva Birthistle, Eileen O’Higgins…

Drame, romance irlandais, britannique, canadien. 1h53. 2015.

sortie française : 9 mars 2016

109121.jpg-r_1280_720-f_jpg-q_x-xxyxx

Dans les années 50, attirée par la promesse d’un avenir meilleur, la jeune Eilis Lacey quitte son Irlande natale et sa famille pour tenter sa chance de l’autre côté de l’Atlantique. À New York, sa rencontre avec un jeune homme lui fait vite oublier le mal du pays… Mais lorsque son passé vient troubler son nouveau bonheur, Eilis se retrouve écartelée entre deux pays… et entre deux hommes.

Brooklyn : Photo Saoirse Ronan

Brooklyn est une adaptation du roman à succès de Colm Tóibín, réalisée par John Crowley (Intermission, Boy A) et scénarisée par l’écrivain Nick Hornby (qui a déjà une expérience dans ce domaine, en étant le scénariste du plutôt bon Une Education de Lone Scherfig et du désastreux Wild de Jean-Marc Vallée). La présence de Hornby au scénario, le casting et l’histoire (comme vous l’avez compris, j’aime beaucoup l’histoire de l’Irlande, notamment celle liée à l’immigration) m’ont fortement attirée. Je n’ai pas du tout été déçue par ce film, bien au contraire. Je suis persuadée que certains ne vont pas aimer ce film, ou en tout cas lui trouver des défauts alors que j’estime que ces éléments en question sont des qualités. Ainsi, ce qui m’a frappée est sa simplicité, notamment l’histoire en elle-même ou encore la mise en scène. Ayant beaucoup étudié en cours l’exil (le terme étant très large) dans la littérature et le cinéma, j’avais une certaine attente de ce film par rapport à ce thème en question. J’ai aimé qu’on traite de ce sujet efficacement mais sans non plus l’intellectualiser à tout prix (même si le prénom de l’héroïne n’a rien de hasardeux non plus). Les métaphores sont visibles (il y a un parallèle entre l’homme aimé et le lieu dans lequel Eilis aimerait être, le prénom même de l’héroïne est assez explicite) mais ils n’alourdissent pas non plus le récit. Il y a vraiment un bon équilibre trouvé entre la réflexion autour de l’exil et l’histoire plus personnelle de l’héroïne. On voit alors toutes les étapes de cet exil, qu’on connait pourtant tous : la difficulté de quitter sa famille quand on est encore chez soi, le voyage (en bateau avec le mal de mer et tout le reste qui va avec), la difficulté de s’intégrer dans ce nouveau pays puis de trouver finalement ses marques (notamment à travers les relations sociales), sans compter qu’il va aussi y avoir d’autres questions légitimes lorsque Eilis retourne en Irlande suite à un tragique événement : où est vraiment son chez-elle ? A-t-elle même un chez-elle ? Les étapes de ce parcours auraient pu m’ennuyer. Je reconnais encore une fois que c’est assez bateau quand on y pense (en tout cas je comprends de nouveau le reproche des détracteurs), au fond, l’histoire est assez mince. Finalement, le but est presque de montrer le « quotidien » d’une immigrée.

Brooklyn : Photo Domhnall Gleeson, Saoirse Ronan

Mais j’ai justement aimé le fait de suivre le quotidien de cette jeune femme. L’évolution de son personnage m’a paru très naturelle, ce qui n’est pas toujours évident à montrer dans les films. Cela passe par beaucoup de détails, que ce soit dans son attitude ou encore les costumes. Comme vous l’avez compris, j’ai totalement adhéré à l’écriture, d’une grande finesse, mais le film peut aussi compter sur une mise en scène d’une grande efficacité tout en gardant elle aussi de la finesse ainsi que de l’élégance. Le long-métrage possède également d’autres atouts : de jolies photographies et lumières mettent bien en avant chaque endroit, ce qui accentue davantage les interrogations de l’héroïne sur sa place dans le monde. Les décors et costumes sont à la fois élégants, lumineux et sobres à la fois : au-delà d’aider à la contextualisation de l’époque, à travers ces éléments, on voit l’évolution et les sentiments des personnages. Mais encore une fois, il n’y a pas de fausse note : c’est beau esthétiquement mais il n’y en a jamais trop non plus. La musique signée par Michael Brook est également agréable sans qu’elle envahisse les scènes. Parlons maintenant des interprétations. Je suis la carrière de Saoirse Ronan depuis longtemps (depuis Reviens-moi de Joe Wright qui l’a révélée) et comme souvent, elle m’épate. Elle mérite sa nomination aux Oscars pour son excellente interprétation (même si encore une fois, je suis ravie que ce soit Brie Larson qui l’ait remporté pour Room). Elle ne cherche jamais à être à tout prix dans la performance, ça fait de nouveau du bien d’observer une interprétation très subtile, très sensible et finalement très crédible. On a beau de ne pas avoir connu ce genre de situation mais j’ai totalement cru à ses réactions et à ses sentiments. Le reste du casting est également impeccable. Emory Cohen et Domhnall Gleeson (eux aussi font leur petit bout de chemin) sont également très bons en interprétant des personnages opposés, on comprend pourquoi Eilis tombe sous le charme de ces deux hommes. D’autres seconds rôles sont également très bons. Je pense notamment à la toujours dynamique Julie Walters qui apporte de bons moments comiques ou encore à l’excellent Jim Broadbent. J’étais également de retrouver d’autres actrices irlandaises dont on n’entend plus trop en France comme par exemple Jenn Murray (la terrifiante jeune fille dans Dorothy d’Agnès Merlet), Eva Birthistle (l’héroïne de Just a Kiss de Ken Loach) ou encore Nora-Jane Noone (Bernadette dans The Magdalene Sisters) qui sont également toutes impeccables. Pour conclure, j’ai adoré Brooklyn. Si je savais que je pouvais aimer à cause de son sujet autour de l’immigration, en revanche, je ne savais pas du tout si j’allais accrocher aux histoires d’amour. Grâce à sa sensibilité qui m’a frappée, je suis ressortie de la salle totalement bouleversée par tant de justesse au point d’avoir souvent les yeux humides.

Brooklyn : Photo Emory Cohen, Saoirse Ronan

Dheepan

réalisé par Jacques Audiard

avec Antonythasan Jesuthasan, Kalieaswari Srinivasan, Claudine Vinasithamby, Vincent Rottiers, Marc Zinga, Franck Falise, Tarik Lamli…

Drame français. 1h54. 2014.

sortie française : 26 août 2015

Dheepan

Fuyant la guerre civile au Sri Lanka, un ancien soldat, une jeune femme et une petite fille se font passer pour une famille. Réfugiés en France dans une cité sensible, se connaissant à peine, ils tentent de se construire un foyer.

Dheepan : Photo Antonythasan Jesuthasan, Claudine Vinasithamby

Je n’ai pas eu la possibilité de regarder toute la filmographie du réalisateur tant acclamé par la critique et les cinéphiles Jacques Audiard, loin de là. Avant d’aller voir Dheepan, je n’avais vu que De rouille et d’os, qui m’avait beaucoup plu mais je ne crierais pas non plus au chef-d’oeuvre ainsi qu’Un Prophète que j’ai toujours trouvé très surestimé (booouh qu’on me frappe !). Bref, je n’étais pas plus enthousiaste que ça à l’idée de voir le dernier film d’Audiard. Mais, comme toutes les années, j’étais tout de même curieuse de découvrir cette fameuse Palme d’or : le jury présidé par les frères Coen a-t-il fait le bon choix ? Il est toujours difficile de juger un palmarès sans avoir vu tous les jours mais ce qui est certain en ce qui me concerne, c’est que la réponse à ma question est certainement non. Honnêtement, je me demande même ce qu’il fiche tout court dans ce palmarès cannois. Attention, je ne dis pas que ce film est nécessairement mauvais, peut-être que certains seront sensibles à l’histoire. Personnellement, j’ai eu l’impression d’être passée à côté de ce long-métrage pour moi oubliable qui a quand même le mérite d’être tourné en grande partie en langue tamoul (cela nous permet d’être immergé dans le quotidien de cette « famille » sri-lankaise débarquant en France en attendant de pouvoir s’installer en Angleterre). Je n’ai rien contre des histoires pas toujours originales (je veux dire, au bout d’un moment il n’existe pas non plus trois mille sujet), le principal est de voir tout simplement un bon film. Mais là rien que le sujet m’a barbé, c’est peut-être méchant, gratuit et pas justifié ce que je vais dire, mais il n’y a vraiment rien d’inédit (et pas uniquement les sujets, même la manière dont ils sont traités n’a rien de très innovant), que ce soit à propos de l’immigration ou des banlieues. J’ai presque envie de dire : c’est très cliché. Je ne dis pas qu’il n’y a pas de problèmes chez les immigrés ou dans les banlieues, mais on n’a pas attendu Audiard pour le savoir. Au-delà de nous montrer des scènes vues mille fois, je ne vois surtout pas trop où Audiard a voulu nous dire, notamment sur les banlieues.

Dheepan : Photo Antonythasan Jesuthasan

La métaphore sur la banlieue qui devient une zone de guerre, avec le parallèle avec la guerre que fuit Dheepan et sa pseudo famille, est franchement lourde. Par ailleurs, les scènes oniriques avec l’éléphant dans la jungle (probablement une métaphore de Ganesh), montrant à la fois le déracinement du personnage principal et  le symbole de la sagesse de Dheepan (ce qui peut paraître dingue quand on voit la fin du film, d’une improbable niaiserie), ne sont pas non plus d’une grande subtilité. Bref, je reviens donc sur les banlieues. Certes, nous savons tous qu’il y a des problèmes dans certains quartier blablabla. Mais qu’a-t-il voulu montrer Audiard ? Qu’on doit définitivement faire la guerre à toutes les racailles ? Que c’est lamentable de voir ces jeunes rien foutre et tout casser alors qu’il y a des pauvres migrants qui veulent s’adapter à la société occidentale ? Que la cité est aussi une zone de guerre en Occident, voire même une jungle ? Que la terre d’accueil est à peine mieux que la terre quittée avec douleur ? J’exagère peut-être un peu à travers ces interrogation mais j’avoue avoir trouvé les intentions de ce film assez floues finalement, sans mauvaise foi, à travers ces scènes en banlieue (surtout en ce qui concerne la deuxième partie du long-métrage), je ne comprends pas vraiment le discours d’Audiard. J’espère juste ne pas voir un message trop douteux. Après, heureusement, il y a tout de même quelques points positifs, même si je ne pense pas qu’ils justifient une Palme d’or. En effet, même s’il n’y a absolument rien de révolutionnaire, je trouve tout de même qu’Audiard a bien su capter l’expérience de l’exil, notamment dans la toute première partie du film. Ainsi, il filme avec une certaine perspicacité la découverte de l’étranger, les observations étranges voire même cocasses de la part de la « famille » sri-lankaise en France, tout simplement le choc des cultures. Il y a quelque chose dans ce regard de l’exil à la fois naïf et dur. On retrouve bien l’esprit des Lettres Persanes de Montesquieu, roman épistolaire qui aurait été une véritable source d’inspiration pour l’élaboration du scénario. En ce qui concerne la mise en scène, Audiard a su par son énergie créer une atmosphère étouffante, mais peut-être qu’elle l’est un peu trop au point de nuire à une possible émotion.

Dheepan : Photo Kalieaswari Srinivasan, Vincent Rottiers

Néanmoins, je reconnais que le réalisateur a quand même du talent, j’apprécie sa mise en scène dynamique, qui oscille plutôt bien entre la fiction (même si, encore une fois, je ne suis pas cliente des passages oniriques, mais le reste par contre rien à dire) et le style « documentaire », c’est-à-dire s’approchant au plus près de la réalité, comme si on suivait vraiment de près les personnages (sans écoeurer ou perdre le spectateur). La manière de traiter du thème de la famille me semble également intéressante. Encore une fois, Audiard joue avec malice avec la fiction, c’est-à-dire ici cette fausse famille créée dans le but de pouvoir immigrer. Ainsi, chaque membre de la « famille » a ses caractéristiques, ses différences, son histoire, son passé. Chacun va devoir apprendre à se connaître, à cohabiter et finalement à s’aimer. Dans un sens, la famille est aussi un bon moyen de continuer à explorer le thème de l’exil, celui de l’autre, mais cette fois-ci dans un même groupe. Les personnages sont d’ailleurs intéressants car malgré le « gentil » discours sur les bons migrants, ils ne sont pas manichéens, on ne les aime pas forcément tout de suite mais finalement comme au sein de cette « famille », on apprend à les connaître et à les aimer. C’est d’ailleurs dommage d’intituler le film Dheepan alors que les autres membres de la famille, notamment « l’épouse », jouent tout de même un rôle important. Il faut dire que le trio d’acteurs sri-lankais Antonythasan Jesuthasan (un acteur amateur), Kalieaswari Srinivasan et Claudine Vinasithamby (oui, pour les noms, j’ai bêtement fait un copier-coller), sont tous impeccables et criants de vérité. Notons également enfin la bonne interprétation de Vincent Rottiers, qui évite à ma grande surprise la caricature.

Dheepan : Photo Antonythasan Jesuthasan

Jupiter : Le destin de l’Univers

réalisé par Andy et Lana Wachowski

avec Mila Kunis, Channing Tatum, Sean Bean, Eddie Redmayne, Douglas Booth, Tuppence Middleton, Gugu Mbatha-Raw, Doona Bae, Tim Pigott-Smith, James d’Arcy, Terry Gilliam, Maria Doyle Kennedy…

titre original : Jupiter Ascending

Film de science-fiction, aventure américain. 2h07. 2015.

sortie française : 4 février 2015

Jupiter : Le destin de l'Univers

Née sous un ciel étoilé, Jupiter Jones est promise à un destin hors du commun. Devenue adulte, elle a la tête dans les étoiles, mais enchaîne les coups durs et n’a d’autre perspective que de gagner sa vie en nettoyant des toilettes. Ce n’est que lorsque Caine, ancien chasseur militaire génétiquement modifié, débarque sur Terre pour retrouver sa trace que Jupiter commence à entrevoir le destin qui l’attend depuis toujours : grâce à son empreinte génétique, elle doit bénéficier d’un héritage extraordinaire qui pourrait bien bouleverser l’équilibre du cosmos…

Jupiter : Le destin de l'Univers : Photo Mila Kunis

J’avoue ne pas avoir vu tous les films des Wachowski mais même si je n’ai pas forcément aimé ce que j’ai pu voir jusqu’à présent, j’ai toujours respecté leur travail. J’avais bien aimé le premier Matrix, par contre je n’avais pas compris grand-chose aux deux autres volets de la trilogie. Puis, j’avais été agréablement surprise par Cloud Atlas, une oeuvre complexe mais paradoxalement accessible, longue mais captivante. C’est suite à ce bon souvenir que j’ai voulu aller voir Jupiter : Le destin de l’univers. J’avais même envie de voir ou de revoir (tout dépend du cas) toute leur filmographie. Hélas, je reporte ce projet à plus tard. Je ne m’attendais pas nécessairement à un chef-d’oeuvre mais je souhaitais au moins regarder un film à peu près divertissant et qui tient la route. On en en est très loin. Je vais vous le dire d’entrée, au moins ça sera fait : ce n’est pas un bon divertissement. Aïe aïe aïe. Beaucoup disent que le film est trop court. J’espère qu’ils plaisantent. Honnêtement j’avais hâte que ce machin se termine. Je me suis demandée comment ils avaient pu écrire une crétinerie pareille. J’ai eu l’impression de revoir un vieil épisode de Charmed, avec les mêmes dialogues pourris et des méchants bien nazes. L’histoire est franchement débile mais les Wachowski réussissent paradoxalement à rendre cette ânerie compliquée. Dans l’histoire, je n’ai toujours pas compris pourquoi Jupiter est si particulière que ça. Le film a également des difficultés à creuser les thèmes présents. De plus, on comprend qu’il y a un rapport avec l’immigration et la famille, pourtant les réalisateurs ne se servent pas vraiment des origines russes de l’héroïne ni de la mort du père de Jones. On a juste droit à une série de clichés sur les russes et le décès du paternel juste là à nous émouvoir très très très rapidement. Pour ne rien arranger (ce qui peut expliquer l’impression de revoir les aventures des soeurs Halliwell sur grand écran), on nous sert une histoire d’amour pourrie et dégoulinante. Mais en plus d’être complètement niaise, cette romance est ratée puisqu’il n’y a aucune alchimie entre Mila Cunni Kunis et Shining Channing Tatum.

Jupiter : Le destin de l'Univers : Photo Channing Tatum, Mila Kunis, Sean Bean

Jupiter Ascending est également le fourre-tout des pires clichés du cinéma américain comme des dialogues interminables alors le méchant a le temps de buter 140 fois la personne en face d’elle, la cérémonie de mariage qui s’interrompt pile poil quand il le faut ou encore une psychologie de comptoir (les méchants nous font tout un foin avec leur mère). Entre-temps, on ne sait pas trop pourquoi, les Wachowski nous livre une interminable scène qui se déroule au sein de l’administration galaxique. J’ai juste envie de dire : pourquoi ??? Les Wachowski auraient-ils des problèmes avec l’administration ? Bordel, tout le monde en a, ce n’est pas pour ça qu’on fait chier tout le monde ! En plus, la scène n’est franchement pas drôle (d’ailleurs, tous les gags tombent à plat). Je ne vous parle de la fin, assez naze dans son genre : Jupiter est très heureuse de récurer des chiottes déjà propres et de se lever à quatre heures du mat’ pour faire du café à sa maman et tous les autres membres de sa famille. Oui, il a fallu se taper plus de deux heures de film interminables pour nous dire que la famille, c’est chouette, et qu’il faut se contenter de ce qu’on a. Wooow. Hélas, face à tant de bêtises scénaristiques, on ne peut même pas se raccrocher au spectacle. J’ai trouvé le résultat indigeste car il y en a trop : trop tape à l’oeil, trop d’effets spéciaux, trop de créatures abominables avec des oreilles laides, trop d’action (j’ai vu le film en 2D et c’est parfois à même lisible, je n’ose même pas imaginer le résultat en 3D), trop de musique envahissante, trop de costumes kitsch (non ce n’est même plus beau au bout d’un moment). Je crois que je suis même devenue épileptique. Enfin, le casting est lamentable. Mila Kunis, probablement présente pour son physique (il faut bien faire plaisir aux messieurs surtout avant cette foutue St-Valentin à la con) est totalement inintéressante. Il faut dire qu’elle n’est pas aidée par le scénario vraiment creux qui ne la valorise absolument pas alors que c’est elle la Jupiter du titre. Elle n’en fout pas une, j’ai rarement vu une héroïne passive. D’habitude, je n’ai rien contre Channing Tatum et Sean Bean mais là ils sont existants. Mais les deux pires sont certainement Eddie Redmayne et Douglas Booth, vraiment ridicules. A chaque fois que Redmayne apparaissait à l’écran, j’avais envie d’exploser de rire. Il y a de quoi : le gars tente de parler comme dans une pièce de Shakespeare (enfin très vaguement – en gros il a la voix perchée) mais avec le nez bouché. Quant à Booth (remember, un des mômes insupportables dans Noé), je me demande vraiment ce qu’on lui trouve, il a autant de talent qu’une endive…

Jupiter : Le destin de l'Univers : Photo Eddie Redmayne

Samba

réalisé par Eric Toledano et Olivier Nakache

avec Omar Sy, Charlotte Gainsbourg, Tahar Rahim, Izia Higelin, Issaka Sawadogo, Hélène Vincent, Christiane Millet, Liya Kedebe…

Comédie dramatique française. 2h. 2014.

sortie française : 15 octobre 2014

Samba

Samba, sénégalais en France depuis 10 ans, collectionne les petits boulots ; Alice est une cadre supérieure épuisée par un burn out. Lui essaye par tous les moyens d’obtenir ses papiers, alors qu’elle tente de se reconstruire par le bénévolat dans une association. Chacun cherche à sortir de son impasse jusqu’au jour où leurs destins se croisent… Entre humour et émotion, leur histoire se fraye un autre chemin vers le bonheur. Et si la vie avait plus d’imagination qu’eux ?

Samba : Photo Omar Sy, Tahar Rahim

Après le gigantesque succès d’Intouchables, le nouveau film du duo formé par Eric Toledano et Olivier Nakache, Samba (adapté du roman de Delphine Coulin, Samba pour la France), était très attendu. Ce film marque également la cinquième collaboration entre ces deux réalisateurs et Omar Sy. C’est en partie pour cela que j’ai décidé d’aller le voir en avant-première il y a quelques jours en présence de l’équipe du film. Cette soirée était très sympa, à l’image des réalisateurs et des acteurs présents (Omar Sy, Tahar Rahim et Izia Higelin), hélas, je dois avouer que Samba ne m’a pas emballée plus que ça, même s’il reste valable. On a toujours connu les longs-métrages de Toledano et Nakache dans un registre comique (avant Intouchables, il y avait aussi les très bons Nos jours heureux et Tellement proches). Le genre de Samba n’est pas autant déterminé que les autres films du duo. En effet, il s’agit à la fois d’un drame social (qui pourrait rappeler – très vaguement – du Ken Loach et Philippe Lioret) et d’une comédie romantique, avec un peu de comédie tout court. Je n’ai rien contre le mélange de genres (je ne suis pas forcément pour mettre des films dans des cases) mais à condition que ce soit maîtrisé, or ici je n’ai pas été convaincue par cet aspect. Je comprends que Toledano et Nakache n’aient pas voulu faire une pure comédie, contrairement à leurs précédents films, car le sujet ne s’y prêtait pas forcément mais j’ai l’impression qu’ils se sont un peu trop éparpillés dans des registres qu’ils connaissaient moins bien.

Samba : Photo Omar Sy

Samba est certes un film touchant (on ne peut pas être totalement insensible aux aventures de ce sans-papiers), mais contrairement à certaines critiques (ou des gens dans la salle qui étaient en larmes), il ne m’a pas non plus bouleversée. La romance entre Samba (Omar Sy) et Alice (Charlotte Gainsbourg) est bien mignonne mais encore une fois, elle ne m’a pas touchée plus que ça. Je trouve que le film s’y attarde un peu trop ainsi que sur le burn-out d’Alice. Cela est pour moi dommage car le sujet de base – la vie d’un sans-papiers – est pour moi bien plus intéressant que ces deux éléments. Pour ne rien arranger, j’ai trouvé le film un peu trop long et les scènes ne s’enchaînent pas forcément de manière fluide. J’ai trouvé cela dommage car il a tout de même ses qualités. En effet, le film m’a paru réaliste (les conditions de vie difficiles d’un sans-papiers, les scènes avec l’association etc…), la fin plutôt bonne (je m’attendais à autre chose) et les interrogations (notamment sur l’identité) assez pertinentes. De plus, on retrouve tout de même l’humour des deux réalisateurs, ce qui fait du bien face à un sujet grave. Enfin, le casting – très césarisé – est très bon. Omar Sy est lumineux et son accent est un véritable atout puisqu’on croit encore plus en son personnage. Charlotte Gainsbourg, même si ces derniers temps elle joue un peu toujours la même chose (les dépressives qui ne savent pas ce qu’est une brosse à cheveux), est très convaincante. Izia Higelin est également très crédible en jeune gaucho qui défend avec tout son coeur les sans-papiers. Mais c’est surtout Tahar Rahim, qu’on voit pourtant peu, qui m’a vraiment surprise dans ce rôle plus léger.

Samba : Photo Charlotte Gainsbourg, Omar Sy