Ghostland

réalisé par Pascal Laugier

avec Crystal Reed, Emilia Jones, Taylor Hickson, Anastasia Phillips, Mylène Farmer, Rob Archer, Kevin Power…

Film d’épouvante-horreur français, canadien. 1h31. 2018.

sortie française : 14 mars 2018

interdit aux moins de 16 ans

Suite au décès de sa tante, Pauline et ses deux filles héritent d’une maison. Mais dès la première nuit, des meurtriers pénètrent dans la demeure et Pauline doit se battre pour sauver ses filles. Un drame qui va traumatiser toute la famille mais surtout affecter différemment chacune des jeunes filles dont les personnalités vont diverger davantage à la suite de cette nuit cauchemardesque.
Tandis que Beth devient une auteur renommée spécialisée dans la littérature horrifique, Vera s’enlise dans une paranoïa destructrice. Seize ans plus tard, la famille est à nouveau réunie dans la maison que Vera et Pauline n’ont jamais quittée. Des évènements étranges vont alors commencer à se produire…

Ghostland : Photo Crystal Reed, Mylène Farmer

Attention : SPOILERS tout le long de mon billet

Le cinéma d’horreur, pourtant riche, regorge pourtant un peu trop souvent des films moyens voire même médiocres. Qu’on s’attarde sur Ghostland, le dernier long-métrage de Pascal Laugier (Martyrs) n’a alors rien d’étonnant et pas uniquement parce qu’on trouve notre Mylène nationale au casting (je suis certaine que ça peut expliquer son bon score au box-office français). Je ne pourrais pas dire ce je-ne-sais-quoi qui manquerait à Ghostland pour qu’il atteigne le statut de l’excellence. Mais il s’agit indéniablement d’une réussite, qui mérite ses trois récompenses au festival de Gérardmer (Grand Prix, Prix du Jury et Prix du Jury SyFy). Pascal Laugier aurait pu aisément se péter la gueule, c’est même ce que je me suis dit à plusieurs reprises pendant le film : comme par hasard, les deux méchants du film, qui ont une fascination étrange pour les poupées (et jamais expliquée), peuvent attaquer leurs victimes, la famille Keller, dans une maison décorée avec que des poupées. On peut se méfier des films qui utilisent certains procédés pour justifier certains événements dans le scénario. Toujours peur qu’ils cachent des lacunes de mise en scène ou de scénario. Ce n’est pas du tout le cas : au contraire, le film fonctionne grâce à eux. La double lecture est certainement le point fort de cette oeuvre plus exigeante qu’on pourrait le croire. Ainsi, une partie du film nous expose Beth tirée d’affaire après son terrible traumatisme vécu à l’adolescence avec sa soeur Vera et sa mère. Adulte, elle est enfin l’écrivaine de romans d’horreur reconnue qu’elle a toujours rêvé d’être, lui permettant également d’exorciser son passé par l’écriture. Puis, sous forme de « twist » (le fameux mot magique), le film nous rappelle alors la triste réalité : Beth n’est pas encore une adulte.  Le spectateur assisterait alors toujours à son drame. Pendant son calvaire, elle se plonge dans son futur fantasmé, notamment en discutant plus tard avec son auteur préféré Lovecraft. Rêver de sa vie à ce point pendant un tel drame en parallèle paraît un peu gros voire même peu crédible, il faut l’admettre. Mais il n’existe pas que cette lecture premier degré. Deuxième possibilité, qui rend Ghostland encore plus remarquable : se dire que le récit mélange le présent et ce futur possible, qui collerait alors lui-même avec le binôme fiction/réalité. En effet, Beth dit qu’elle aime écrire, ce qui peut sous-entendre que ses futurs écrits s’inspireront de son vécu, tout comme on peut admettre qu’elle a bel et bien réalisé ce fantasme présent dans sa projection la « protégeant » psychologiquement de ce qu’elle était en train de vivre dans la maison.

Ghostland : Photo Emilia Jones

Autre possibilité à envisager : un mélange même entre le roman qu’elle a pu éventuellement écrire (et globalement la fiction) et la réalité. Si on peut aussi tout à fait admettre que Beth ne sera jamais écrivaine (et qui n’est pas à écarter), la citation fictive qu’elle aurait écrit sur Lovecraft (auteur phare du roman d’horreur, souvent vaguement associé aux questions autour de la folie et de la réalité), s’affichant au tout début du film, semble pourtant nous aiguiller sur la piste de la possibilité de cette réalisation. Par ailleurs, le film devait à l’origine s’intituler Incident in a Ghost Land… comme le titre de l’ouvrage de Beth dans son rêve/futur possible (?). Ces différents procédés s’entremêlant entre des frontières volontairement floues, pourraient aussi expliquer pourquoi certains éléments pourraient paraître grossiers au premier abord. Par exemple, les méchants sont ultra caricaturaux : une grosse bête de 2 mètres de haut qui ressemble plus à un ogre qu’à un humain et un travesti surnommé à un moment par l’une des deux gamines « la sorcière ». Dans un sens, ils sont déguisés comme ils font avec leurs victimes en les transformant en poupées humaines. Mais cette exagération de leur caractérisation peut aussi être reliée à la part fictive de l’histoire dans l’histoire : Ghostland peut aussi être vu comme un conte dans sa définition la plus extrême. Le conte fait peur, il est violent (le film est par ailleurs plus violent qu’effrayant) et aborde des thèmes très adultes dissimulés dans un univers qui a l’air « enfantin » (à l’origine, la maison de poupées peut être associée à l’enfance). Le viol est évidemment au coeur de cette oeuvre. Pourtant, et on peut remercier l’intelligence de Laugier sur ce point, il ne nous montre jamais rien. Même mieux, rien ne nous le dit explicitement. Pourtant, par touches, par son talent de mise en scène tout simplement, il parvient à parler de la pire des horreurs. Le travail de mise en scène est également habile avec l’utilisation des poupées tout le long du film. La poupée joue alors plusieurs rôles : elle provoque évidemment la peur et le malaise, tout comme elle est parfois étonnamment « drôle » dans une scène surchargée en tension, elle symbolise le viol et plus généralement la maltraitance envers les filles : la figure de la poupée est alors autant effrayante que protectrice. Bien interprété avec un casting majoritairement féminin (et même Mylène Farmer s’en sort plus que bien !), possédant une mise en scène habile et un scénario malin, Ghostland est un film qui saisit toutes les possibilités de l’horreur, aussi bien dans sa forme avec des jumpscares, certes parfois prévisibles mais tout de même efficaces par moments, que dans son fond, plus intime et encore plus dérangeante.

Ghostland : Photo

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A la poursuite de demain

réalisé par Brad Bird

avec George Clooney, Britt Robertson, Hugh Laurie, Raffey Cassidy, Tim McGraw, Kathryn Hahn, Keegan-Michael Key, Chris Bauer, Judy Greer, Thomas Robinson, Mathieu Lardier…

titre original : Tomorrowland

Film de science-fiction, aventure américain. 2h10. 2015.

sortie française : 20 mai 2015

À la poursuite de demain

Casey, une adolescente brillante et optimiste, douée d’une grande curiosité scientifique et Frank, un homme qui fut autrefois un jeune inventeur de génie avant de perdre ses illusions, s’embarquent pour une périlleuse mission. Leur but : découvrir les secrets d’un lieu mystérieux du nom de Tomorrowland, un endroit situé quelque part dans le temps et l’espace, qui ne semble exister que dans leur mémoire commune… Ce qu’ils y feront changera à jamais la face du monde… et leur propre destin !

À la poursuite de demain : Photo Britt Robertson

A la poursuite de demain s’inspire de la section futuriste « Tomorrowland », commune aux parcs Disneyland dans le monde. Brad Bird, surtout habitué aux films d’animation (Les Indestructibles en 2004, Ratatouille en 2007), réalise ici son deuxième film de fiction (après Mission Impossible : Protocole Fantôme en 2011). Je n’attendais pas spécialement ce film mais je dois avouer que j’aimais l’idée de découvrir un film « original », c’est-à-dire qu’il ne s’agissait pas d’un remake, d’une suite ou d’un préquel. Surtout, je suis allée le voir dans le but de me divertir. Hélas, A la poursuite de demain n’est pas pour moi l’un des grands divertissements de l’année annoncé depuis des mois. Je n’ai pas forcément détesté le film, il y a des choses très louables dans ce film et on sent derrière l’implication et la sincérité de Brad Bird, qui a préféré ne pas réaliser le prochain Star Wars pour se consacrer à ce film. Mais beaucoup de choses m’ont tout de même dérangée, on va dire que j’ai trouvé le film moyen et très oubliable. Tout d’abord, je me suis tout de même beaucoup ennuyée, surtout dans la première partie du film. J’avais l’impression que le film ne démarrait jamais, le scénario aurait dû, à mon avis, recentrer certaines choses, au lieu de faire du blabla inutile (notamment le fait qu’on voit au début George Clooney et Britt Robertson présenter leur histoire, puis après il n’y a aucun retour dans cette narration mise en place). Le parallèle entre les deux personnages n’est pas très réussi, on a presque l’impression de voir deux films en un tellement que les histoires des deux personnages ont du mal à coller ensemble. Je dois avouer que j’étais à deux doigts de m’endormir au bout d’un moment (et hélas, les nombreux placements de produit ne permettent pas de nous tenir éveiller). La personne qui m’a accompagnée s’est d’ailleurs endormie tout comme d’autres personnes dans la salle, ce qui ne m’a pas du tout étonnée. J’ai d’ailleurs essayé de me mettre à la place des mômes dans la salle. On sait très bien que leur temps de concentration est assez faible, je pense que le film a dû leur paraître très long (et à mon avis pas toujours compréhensible en plus alors que les enfants font tout de même partie du public visé – malgré une lecture adulte).

À la poursuite de demain : Photo Britt Robertson

C’est dommage car la seconde partie du film est plus active et plus réussie, heureusement elle relève pour moi un peu le niveau. En effet, je dois avouer que les scènes d’action en jettent vraiment, elles sont bien calibrées, les effets spéciaux sont bluffants, les décors sont époustouflants, il y a également une dose d’humour juste comme il en faut. Ceci dit, si je peux me permettre, malgré les moyens déployer qui permettent aux spectateurs de retourner en enfance, d’être émerveillés par les images projetées (et je fais partie de ces spectateurs en question), j’ai tout de même trouvé le film un peu désuet (je parle ici dans le mauvais sens du terme). Attention, j’aime les films qui sont « vintage » ou qui rendent hommage à certaines périodes etc… Mais là, pour caricaturer mon idée, il y a un moment où j’ai l’impression que le film était arrivé un peu après la bataille, c’est assez étrange comme sensation, ça tue presque l’originalité du film. Heureusement, pour dissimuler ce sentiment, j’ai pu me rattraper sur le « message » qui est finalement à contre-courant de ce que les films « futuristes » nous proposent actuellement. Brad Bird nous présente avec honnêteté ce que nous faisons à la planète mais le pessimisme ne sauvera pas la Terre. En revanche, sans prétendre apporter de solutions concrètes, l’optimisme, l’imagination et la solidarité nous aideront à reprendre notre planète en main. Cela dit, Brad Bird confond parfois optimisme et niaiserie. La fin en est un parfait exemple : et vas-y la musique très lourdingue de Michael Giacchino (déjà que sa musique m’avait saoulée dans Jupiter Ascending) à fond les ballons en nous présentant des gens des quatre coins de la planète avec des phrases vraiment au ras des pâquerettes ! Malgré un spectacle qui ne m’a pas totalement satisfaite, le casting m’a tout de même plutôt emballé. Le duo entre George Clooney et Britt Robertson (sosie officiel de Jennifer Lawrence ?) fonctionne très bien et même si on ne le voit pas beaucoup, j’ai beaucoup apprécié voir Hugh Laurie dans le rôle du méchant. Cependant, à mon avis, la vraie bonne surprise de ce film est la jeune Raffey Cassidy, qui joue son rôle avec plus de nuances et apporte un peu d’émotion.

À la poursuite de demain : Photo George Clooney, Raffey Cassidy

The Voices

réalisé par Marjane Satrapi

avec Ryan Reynolds, Gemma Artenton, Anna Kendrick, Jacki Weaver, Ella Smith, Gulliver McGrath, Valerie Koch…

Comédie, thriller américain, allemand. 1h50. 2014.

sortie française : 11 mars 2015

interdit aux moins de 12 ans

The Voices

Jerry vit à Milton, petite ville américaine bien tranquille où il travaille dans une usine de baignoires. Célibataire, il n’est pas solitaire pour autant dans la mesure où il s’entend très bien avec son chat, M. Moustache, et son chien, Bosco. Jerry voit régulièrement sa psy, aussi charmante que compréhensive, à qui il révèle un jour qu’il apprécie de plus en plus Fiona – la délicieuse Anglaise qui travaille à la comptabilité de l’usine. Bref, tout se passe bien dans sa vie plutôt ordinaire – du moins tant qu’il n’oublie pas de prendre ses médicaments…

The Voices : Photo Gemma Arterton, Ryan Reynolds

The Voices, prix du jury et prix du public au dernier festival de Gérardmer, est le quatrième long-métrage de Marjane Satrapi. J’avais beaucoup aimé l’adaptation de sa propre bande-dessinée Persepolis mais je ne savais pas vraiment si on devait la considérer comme une cinéaste ou comme une dessinatrice qui avait réussi à réaliser un bon film basé sur un matériau qu’elle connaissait forcément par coeur. Je n’ai pas vu ses deux réalisations suivantes (Poulet aux prunes et La bande des Jotas) de peur d’être déçue par l’après-Persepolis. Cependant, le synopsis et la bande-annonce de The Voices étaient tout de même foutrement alléchants (pourtant, je ne suis pas une grande fan des films avec des « animaux qui parlent »). Et finalement, Marjane Satrapi s’en tire vraiment derrière la caméra, elle n’est plus simplement la dessinatrice devenue réalisatrice mais bien une réalisatrice tout court. Si The Voices n’évoque jamais ouvertement le nom de la maladie dont est atteint Jerry, le personnage principal, on comprend qu’il s’agit de schizophrénie. Ce n’était pas forcément évidemment de faire quelque chose de neuf avec un sujet qui ne l’est pas car il est souvent traité au cinéma, surtout ces derniers temps. On sent que Satrapi s’est énormément documentée sur ce problème psychiatrique et cela se ressent dans sa mise en scène, très inventive. J’ai notamment aimé le lien que fait la réalisatrice entre l’appartement et l’esprit de Jerry. Je ne suis pas une experte en psychologie, mais je soupçonne même Satrapi d’avoir lu beaucoup de Freud (qui faisait, me semble-t-il, un lien entre la personne et la maison »). Quand Jerry est seul et ne prend pas ses médicaments, son appartement est un lieu propre, soigné et lumineux. Cependant, lorsqu’il n’avale pas ses pilules ou quand un personnage extérieur s’y rend, l’endroit est sombre, sale et terne. Du coup, The Voices n’est pas juste un bon petit film délirant sur le moment, mais un long-métrage profond, même parfois touchant, mais qui parvient à faire rire sur ce sujet aussi sérieux.

The Voices : Photo Ryan Reynolds

Marjane Satrapi revisite plutôt intelligemment les codes de l’horreur en les mêlant à la comédie. Je m’attendais à un film plus hilarant mais j’ai tout de même beaucoup ri alors que l’histoire est tout de même horrible. Même si je m’en doutais avant de le voir, le film n’est pas non plus gore ou réellement choquant d’un point de vue esthétique (même s’il ne faut pas non plus montrer ce film à un public trop jeune). Satrapi trouve selon moi le bon équilibre entre les deux genres alors que le film aurait pu se situer le cul entre deux chaises. En réalité, ces deux genres sont naturellement complémentaires. Par exemple, le rose dominant, qui donne à ce film des allures pop, permet de contraster habilement avec l’horrible réalité. Ce choix de vouloir revisiter à la fois l’horreur et la comédie est cohérent car le film s’intéresse très fortement à la dualité de Jerry. Ainsi, son chien Bosco représente le bien présent en lui tandis que le chat, Mr. Whiskers (en V.F. Monsieur Moustache), symbolise sa part sombre. Présenté comme ça, le film peut sembler très manichéen, cependant, Satrapi ne tombe pas dans ce piège puisque les deux premiers meurtres sont tout de même liés à une forme de hasard. La réalisatrice montre bien que le passage à l’acte et plus globalement la folie sont des choses bien plus complexes et que ce sont les circonstances qui amènent aussi un individu (certes malade ici mais je pense que le propos peut être plus universel) à céder à ses pulsions, ne parvenant plus à distinguer le bien du mal. Dans l’ensemble, The Voices est une jolie réussite, qui a le mérite d’être audacieuse, divertissante et plutôt rythmée, tout en proposant une véritable réflexion derrière. Le film possède un grand nombre de qualités mais la véritable bonne surprise reste Ryan Reynolds. Jusqu’à présent, je le trouvais fade, voire même mauvais, mais là il est excellent, il est pour une fois très expressif. Il réussit à rendre son personnage très attachant et il fait aussi un formidable travail de doublage de voix (surtout pour le chat avec un impressionnant accent écossais). Gemma Artenton, Anna Kendrick et Jacki Weaver sont également excellentes. Enfin, quelle bonne idée de terminer ce film sur Sing A Happy Song (avec la petite chorégraphie bien sympa).

The Voices : Photo Ryan Reynolds

Hercule

réalisé par Brett Ratner

avec Dwayne Johnson, Rufus Sewell, Ian McShane, Ingrid Bolso Berdal, John Hurt, Peter Mullan, Joseph Fiennes, Rebecca Ferguson, Reece Ritchie, Aksel Hennie, Joe Anderson…

titre original : Hercules

Film d’action, péplum américain. 1h38. 2014.

sortie française : 27 août 2014

Hercule

Mi-homme mi-légende, Hercule prend la tête d’un groupe de mercenaires pour mettre un terme à la sanglante guerre civile qui sévit au royaume de Thrace et replacer le roi légitime sur le trône. Âme tourmentée depuis la naissance, Hercule a la force d’un dieu mais ressent aussi les peines et les souffrances d’un mortel.
Sa puissance légendaire sera mise à l’épreuve par des forces obscures.

Hercule : Photo Dwayne Johnson

Avec cette énième version d’Hercule, Hollywood nous prouve bien que l’imagination n’est pas son fort. Brett Ratner, le réalisateur des Rush Hour, de X-Men : l’Affrontement final ou encore de Dragon Rouge, adapte le roman graphique Hercules : The Thracian Wars, écrit par Steve Moore et dessiné par Admira Wijaya. Il ne faut pas s’attendre à revoir les Douze travaux ou même quelque chose qui a à voir avec la mythologie. Au contraire, le long-métrage démystifie la légende. Pour vous faire un petit résumé, il n’y a pas de créatures ni aucun autre élément fantastique : le film privilégie la théorie de l’imagination. Ainsi, on a crée le mythe pour faire peur en cas de guerre, les Centaures perçus très loin ne sont en fait que des hommes sur des chevaux ou encore le Cerbère, que voit Hercule, n’est dû qu’aux drogues et au traumatisme. Je comprends totalement la réaction des spectateurs qui voulaient sûrement revoir l’histoire qu’ils connaissaient déjà. Ce film ne m’inspirait pas (rien que l’affiche me faisait fuir) et ne faisait absolument pas partie de mon programme mais mes amies – comme vous l’avez compris, pas des cinéphiles – ont décidé de me faire subir ça. Je m’attendais à bien plus dégueulasse (on va dire que c’est à peu près divertissant) mais on ne peut pas non plus dire que le film est bon, ou même, sans être trop exigeante, juste correct.

Hercule : Photo Aksel Hennie

Je reconnais qu’il y a quelques scènes de bataille réussies, plutôt de bons effets spéciaux et des décors bien foutus. Je ne suis pas une grande fan d’Hercule, donc le fait de changer l’histoire ne me dérangeait pas forcément. Cependant, la bonne idée est principalement gâchée par un scénario paresseux et prévisible à trois mille kilomètres. Hercule a également du mal à se détacher des autres productions hollywoodiennes, c’est du vu et revu. En gros, on ne voit que de l’action et trois femmes à poil juste pour faire plaisir aux messieurs dans la salle (j’en suis témoin : certains ont gloussé). En effet, voir Irina Shayk (si, elle aussi a décidé de polluer le cinéma) à poil ne sert strictement à rien et Ingrid Bolso Berdal n’est également pas trop habillée (même si elle n’est pas nue non plus mais cela va encore en exciter quelques uns). Décidément, Hollywood est toujours aussi misogyne. Enfin, à part Ian McShane, qui m’a fait sourire (en gros, il est persuadé de mourir, sauf que non), la distribution n’est pas terrible, surtout Dwayne Johnson. Certes, le bonhomme a le physique idéal pour incarner Hercule. Cependant, Johnson n’est pas un bon acteur. Je dirais même plus : ce n’est pas vraiment un acteur. Il ne dégage absolument rien, il garde la même monoexpression tout le long. Je pense qu’une chauve-souris morte est plus expressive que lui. Je me suis également demandée ce que foutaient Peter Mullan et John Hurt qui sont plus à plaindre à qu’autre chose.

Hercule : Photo Irina Shayk

Le vent se lève (2014)

réalisé par Hayao Miyazaki

avec les voix V.O. de Hideaki Anno, Miori Takimoto, Hidetoshi Nishijima…

titre original : Kaze Tachinu

Film d’animation japonais. 2h06. 2013.

sortie française : 22 janvier 2014

Le Vent se lève

Inspiré par le fameux concepteur d’avions Giovanni Caproni, Jiro rêve de voler et de dessiner de magnifiques avions. Mais sa mauvaise vue l’empêche de devenir pilote, et il se fait engager dans le département aéronautique d’une importante entreprise d’ingénierie en 1927. Son génie l’impose rapidement comme l’un des plus grands ingénieurs du monde.
Le Vent se lève raconte une grande partie de sa vie et dépeint les événements historiques clés qui ont profondément influencé le cours de son existence, dont le séisme de Kanto en 1923, la Grande Dépression, l’épidémie de tuberculose et l’entrée en guerre du Japon. Jiro connaîtra l’amour avec Nahoko et l’amitié avec son collègue Honjo. Inventeur extraordinaire, il fera entrer l’aviation dans une ère nouvelle.

Le Vent se lève : Photo

Le Vent se lève, qui a été récemment nommé aux Oscars dans la catégorie « meilleur film d’animation », est l’ultime film de Hayao Miyazaki, le roi de l’animation, qui décide de prendre enfin sa retraite. Pour signer ses adieux, le réalisateur finit sa carrière en beauté. Cependant, comme d’ailleurs certains de ses autres films, Le vent se lève n’est pas destiné à un jeune public, qui ne pourra pas saisir ses réels enjeux. Le titre français est inspiré d’un vers du poème « Le cimetière marin » de Paul Valéry, que prononcent les deux personnages principaux lors de leur première rencontre : « Le vent se lève !… Il faut tenter de vivre ! ». Pour son intrigue amoureuse, Miyazaki s’est inspiré du roman du même nom en français, écrit par Tatsuo Hori. A travers un des seuls éléments fictifs de l’histoire, Miyazaki rend aussi hommage à sa mère. Comme Nahoko, sa mère a souffert de tuberculose. Contrairement à ses autres films, Miyazaki s’éloigne du fantastique, s’attachant ainsi à réaliser un film plus réaliste et à aborder plusieurs points historiques. Tout d’abord, le film évoque le tremblement de terre de Kanto qui a eu lieu en 1923. Puis, le récit passe par la préparation de la Seconde Guerre Mondiale. Enfin, le personnage principal, Jiro, est inspiré de l’ingénieur en aéronautique Jiro Horikoshi, et également de Hori, qu’on a déjà évoqué.

Le Vent se lève : Photo

Cependant, Miyazaki a tout de même ajouté des scènes oniriques, rendant son film très poétique. Miyazaki semble alors créer un mélange explosif, entre la douceur et la violence, tout en restant cohérent et en signant un film parfaitement équilibré. D’un côté, l’histoire d’amour est vraiment émouvante et sans être niaise. Le couple est vraiment touchant car il est attachant. De l’autre, le constat sur l’humanité est particulièrement est effrayante, sombrant au fil du temps. Même si le film reste accessible pour les fans (adultes, je le reprécise) du maître, il est tout de même complexe et aborde le thème de l’aviation (j’aime beaucoup Miyazaki mais avant de voir ce film, j’avoue que ce point m’effrayait un peu car j’avais peur que ça ne m’intéresse pas) pourtant il reste plutôt accessible. Ce thème est notamment à travers les rencontres imaginaires entre Jiro et Giovanni Caproni, deux personnes qui aiment les avions, aussitôt détruits à la guerre. Pour conclure, Miyazaki réalise un film vraiment brillant, d’une grande beauté, qu’elle soit émotionnelle ou visuelle (je ne vais pas passer des heures à commenter les dessins, qui sont toujours aussi magnifiques), réaliste et poétique à la fois. N’ayons pas peur des mots : il a de nouveau signé un chef-d’oeuvre. En sortant par la grande porte, Miyazaki prouve qu’il restera à jamais un maître inégalable et qui manquera au cinéma.

Le Vent se lève : Photo

La vie rêvée de Walter Mitty

réalisé par Ben Stiller

avec Ben Stiller, Kristen Wiig, Shirley McLaine, Adam Scott, Sean Penn, Kathryn Hahn, Patton Oswalt, Olafur Darri Olafsson…

titre original : The Secret Life of Walter

Comédie dramatique américaine. 1h54. 2013.

sortie française : 1 janvier 2014

La Vie rêvée de Walter Mitty

Walter Mitty est un homme ordinaire, enfermé dans son quotidien, qui n’ose s’évader qu’à travers des rêves à la fois drôles et extravagants. Mais confronté à une difficulté dans sa vie professionnelle, Walter doit trouver le courage de passer à l’action dans le monde réel. Il embarque alors dans un périple incroyable, pour vivre une aventure bien plus riche que tout ce qu’il aurait pu imaginer jusqu’ici. Et qui devrait changer sa vie à jamais.

La Vie rêvée de Walter Mitty : Photo Ben Stiller

 

Pour son cinquième long-métrage, l’acteur-réalisateur-humoriste Ben Stiller réalise une nouvelle adaptation de la nouvelle de James Thurber, parue dans le « New Yorker » en 1941. Le texte avait déjà donné un film, sorti en 1947, réalisé par Norman Z. McLeod. Le rôle-titre était à l’époque joué par Danny Kaye. Dans cette nouvelle version, c’est Stiller lui-même qui interprète le personnage principal. Le film est la très bonne surprise de ce début d’année 2014. Il est à la fois drôle, touchant, poétique et sincère et ne tombe pas dans le piège de la niaiserie, qui aurait pu être présente, notamment à cause de la romance entre Walter et une de ses collègues de travail. On n’est pas forcément habitué de voir Stiller dans un registre plus « assagi », plus mature, mais ce changement lui va bien et apporte beaucoup au métrage. J’aime beaucoup Stiller mais je dois reconnaître que son humour n’est pas toujours fin d’habitude. Or, son film est drôle, mais également touchant, mais sans être lourd, il a su trouver un bon équilibre. Dans son fond, le film n’est pas révolutionnaire (en gros, quelqu’un en a marre de son train-train et décide de partir à l’aventure) et pourtant il réussit à réchauffer le coeur durant presque deux heures.

La Vie rêvée de Walter Mitty : Photo Ben Stiller, Sean Penn

Les rêves de Walter sont franchement drôles. Ces scènes proposent quelques parodies particulièrement délirantes, qui m’ont fait penser à celles qu’on trouve dans Tonnerre sous les tropiques, le précédent long-métrage de Ben Stiller : la scène qui parodie les films de super-héros est excellente ou encore celle qui s’attaque à Benjamin Button est hilarante ! Ces déconnexions rendent également le personnage attachant. En effet, qui n’a jamais voulu dire ses quatre vérités à son boss ? Ou encore qui n’a jamais voulu impressionner quelqu’un ? J’ai également aimé les scènes où on voit le personnage principal s’aventurer. Non seulement on a droit à des paysages magnifiques, mais aussi on voit petit à petit l’évolution de Walter, qui est de moins en moins coincé et moins gauche et qui s’affirme de plus en plus. Ben Stiller est excellent dans le rôle principal tout comme le reste de la distribution. Kristen Wiig est convaincante dans le rôle de Cheryl, la femme dont Walter est amoureux. Elle apporte de la fraîcheur sans gâcher l’histoire (puisqu’il y a un peu de romance) ni éclipser le personnage principal. J’ai également aimé Adam Scott, qui incarne le patron pourri de Walter Mitty, Shirley McLaine qui est toujours autant dynamique et plaisante à voir, Kathryn Hahn, ici la soeur de Stiller, une actrice ratée excentrique ou encore Sean Penn (même si on le voit peu) que j’adore avec son air « cool », qui adore la nature et les animaux et qui arrive en même temps à être mystérieux.

La Vie rêvée de Walter Mitty : Photo Ben Stiller, Kristen Wiig