Girls

Créée par Lena Dunham et Jenni Konner

avec Lena Dunham, Allison Williams, Jemima Kirke, Zosia Mamet, Adam Driver, Andrew Rannells, Alex Karpovsky, Becky Ann Baker, Peter Scolari, Christopher Abbott, Ebon Moss-Bachrach, Corey Stoll, Riz Ahmed, Gaby Hoffmann, Rita Wilson, Patrick Wilson, Matthew Rhys, Jon Glaser, Jake Lacy, Jenny Slate, Amy Schumer, Shiri Appleby…

Comédie dramatique. 6 saisons. 2012-2017. 

L’entrée dans la vie active de quatre jeunes filles d’une vingtaine d’années, de leurs humiliations à leurs rares triomphes. Hannah, l’éternelle stagiaire, rêve de devenir écrivain ; Marnie, la jeune fille intelligente et rangée au premier abord ; Jessa qui vivote telle une hippie et sa cousine Shoshanna, une ambitieuse étudiante qui n’a pas sa langue dans sa poche.

Photo Jemima Kirke, Lena Dunham, Zosia Mamet

Je vous préviens, je ne vais pas hésiter à spoiler et même dès les premières lignes. J’avais déjà rédigé un billet sur la toute première saison de Girls, dans l’espoir de livrer une critique de chaque saison. J’ai abandonné l’idée pour deux raisons. Dans un premier temps, cette entreprise est évidemment trop longue et j’ai encore trop de critiques de séries à rédiger. Puis, surtout, cela ne serait pas forcément pertinent dans le cadre de Girls, série créée par Lena Dunham (décidément, elle multiplie les casquettes) et Jenni Konner et produite par le roi de la comédie américaine actuelle, Judd Apatow : qu’on aime ou pas cette série (ce qui est compréhensible), elle a au moins le mérite de présenter les six saisons avec une véritable cohérence. Pour certains éléments de l’intrigue (notamment concernant la grossesse d’Hannah à la saison 6), Lena Dunham a révélé qu’elle les avait en tête depuis les débuts de la série. En effet, beaucoup d’éléments qui peuvent sembler anodins reviennent et prennent leur importance dans les saisons suivantes. Ainsi, la série est pour moi si cohérente que je l’ai revue volontiers et à trois bonnes reprises. Et ce fut nécessaire de la revoir à chaque entier, comme si je remarquais de nouvelles choses. En effet, j’ai un drôle de rapport : j’aimais bien Girls à ses débuts mais sans plus. Je voyais aussi pas mal ses défauts et surtout j’avais tendance à avoir un mauvais jugement sur les quatre personnages principaux. Je suis cette série depuis pas mal d’années, j’ai grandi avec les personnages et j’ai moi-même « grandi » entre-temps. Finalement, à force de revoir la série, je commençais à comprendre son succès et surtout à l’apprécier à sa juste valeur (même si j’ai parfaitement conscience qu’on puisse rejeter en bloc la création de Dunham). Je pourrais certainement écrire un billet entier sur les personnages : oui, elles sont bourrées de défauts. Oui, on a même parfois envie de les secouer, de les gifler. Non, je ne suis pourtant « trash » ou quoi que ce soit (la série étant souvent associée à ce mot). Pourtant, Hannah, Marnie, Jessa et Shoshanna me représentent, tout comme elles représentent mes amies et même d’autres filles de ma génération. Comme le disait Hannah au tout début de la saison 1 (certes sans aucune modestie, mais ça c’est Hannah), elle est la voix de sa génération.

Photo Andrew Rannells, Lena Dunham

Girls m’agaçait au début pour son côté très cru, voire même vulgaire, et pour son scénario qui commençait à faire du surplace. En effet, dans une série, on a tendance à attendre une évolution des personnages. Or, pour attendre un réel déclic de la part des personnages, on doit attendre un certain nombre de temps. Et encore, je ne parle pas de tous les personnages : certains seront incapables de changer, ils resteront dans la destruction alors que la possibilité de vivre une vie meilleure et paisible n’était pas si lointaine. Pour le surplace, Hannah pense qu’elle va enfin réussir, juste après tout s’effondre pour elle, que ce soit par sa faute (quand elle retourne à la fac loin de chez elle) ou par un concours de circonstances. On a donc la sensation que ce personnage n’avance pas et du coup que le scénario non plus. Or, Dunham fait justement un choix judicieux en présentant des personnages qui se cassent la gueule, qui ne parviennent pas à réaliser leurs rêves, qui vont même devoir faire des compromis en attendant de pouvoir arriver à leurs buts. La seule qui semble sortir de ce schéma est l’ambitieuse et lucide Shoshanna. Au début étudiante, vierge et innocente, elle n’hésitera pas à dire plusieurs fois ses quatre vérités au reste de la bande (et à prendre la douloureuse – mais meilleure – décision finale à la fin de l’épisode 9 de la saison 6) et surtout à prendre son destin en main quitte à passer pour une connasse ingrate (alors qu’elle était certainement le personnage le plus pétillant de la série). La série s’appelle Girls mais Hannah reste le personnage pilier. On a envie de lui donner des claques, de la secouer face à son égoïsme, défaut qui disparaîtra à la naissance du petit Grover. Je n’ai jamais aimé les films ou les séries qui mettaient en avant la naissance d’un enfant pour sauver le ou les parent(s) parce que cela ne correspond pas du tout à mes convictions personnelles. Cela dit, ce choix reste tout de même intéressant par rapport à tout ce que Dunham a mis en place depuis les débuts de Girls : avec un enfant, Hannah sera obligée de devenir responsable et de s’occuper de quelqu’un d’autre que d’elle-même.

Photo Lena Dunham

J’avoue que cette grossesse finale m’a surprise de la part de Lena Dunham. Certaines féministes (certaines, car je refuse de mettre tout le monde dans le même sac – et je me sens moi-même féministe : chacun(e) sa définition) n’auraient pas nécessairement ressenti l’envie de transformer l’héroïne en jeune mère de famille. Certaines (je fais référence à des « articles » que j’ai hélas lus sur des sites revendiqués féministes) rejettent même la grossesse en bloc. On a beau insulter Dunham pour ses positions féministes (non, le féminisme n’a rien d’un gros mot), elle n’est pas tombée dans certaines idées qui pourraient sembler extrémistes. Beaucoup ont pointé du doigt le tout dernier épisode qui se concentre sur l’après-naissance du petit Grover. Hannah cohabite désormais avec sa mère (qui apprend à vivre seule – son mari ayant enfin accepté son homosexualité après l’avoir tant renié) et sa véritable meilleure amie Marnie, toujours là (sa présence dans la vie d’Hannah sera grosso modo sa seule victoire vu ses échecs amoureux et professionnels). Effectivement, l’épisode 9 de la saison 6 qui réunissait pour la dernière fois les quatre filles vedettes de la série aurait pu être une véritable fin. On devinera (ou supposera) les vies que mèneront Adam et Jessa (des artistes qui réussiront peut-être professionnellement mais qui ne connaîtront que la destruction), Shoshanna (désormais une bobo méprisante à la vie rangée), Elijah (on veut un spin-off sur ses aventures d’artiste !) ou encore Ray qui rencontre l’amour (et pour une fois, il n’y a pas de discours ou d’intrigue autour du fait que sa dulcinée est obèse) va enfin s’investir dans un projet professionnel qui devrait le sortir de l’ennui. Mais justement, la force de Girls est de ne pas tomber dans ce qui était attendu. L’histoire entre Adam et Hannah, certes belle mais trop sombre, est belle et bien terminée, l’amitié entre les quatre jeunes femmes ne peut pas tenir et n’a peut-être d’ailleurs jamais existé. Beaucoup de séries auraient décidé de satisfaire les fans avec un véritable happy end. Ici, il ne s’agit pas d’un bad end ou quelque chose de ce style. On nous présente juste la vie ordinaire avec ses bons et ses mauvais côtés, ses rêves réalisés ou non (ou peut-être en attente).

Photo Adam Driver, Alex Karpovsky

New York est également au coeur de Girls. Cette ville est souvent glamourisée ou valorisée. On a d’ailleurs dit que la série de Dunham était une sorte d’anti-Sex and the City (les deux séries ayant été diffusées sur HBO). Quatre filles à New York donc à part que dans Girls ce même New York ne fait pas rêver : il n’y a pratiquement pas de boulot (et quand il y en a, ils craignent), les appartements sont sombres et délabrés, les gens sont teubés. Hannah (et les autres au passage) semble être la pure New-Yorkaise de son époque : à l’aise dans les fêtes, elle-même un peu fêlée et prête à toutes les expériences, artiste un peu torturée sur les bords, Hannah va pourtant se rendre à l’évidence : New York ne lui a apporté que des merdes. Elle pourrait avoir une vie tranquille (elle se confronte d’ailleurs à cette possibilité, qu’elle rejettera, lors de sa rencontre avec un beau et riche médecin en la personne de Patrick Wilson) mais pas à New York. Girls, c’est pour moi une série extrêmement lucide et sombre (mais pas nécessairement pessimiste, juste réaliste) sur la vie des ces jeunes gens (je dis « gens » parce que contrairement à ce qu’annonce le titre, les mecs ne sont pas du tout délaissés dans l’histoire) qui sont encore entre deux phases, l’adolescence et le monde des adultes. Je trouve qu’il n’y a pas tant que ça de séries et/ou de films qui traduisent vraiment ce sentiment, et avec justesse, à cette période de cette existence (on a plutôt davantage à voir le fameux passage à l’âge adulte sur des teen movies par exemple). Dunham sait alors parler de jeunes gens pas toujours prêts à affronter le monde et au fil des saisons a su aussi aborder de sujets de société, notamment sur la culture du viol. Un des derniers épisodes, « American Bitch« , qui nous présente une sorte de match-interview entre Hannah et un auteur accusé de viol style Woody Allen/Roman Polanski était tout simplement d’une très grande pertinence (je vous conseille de découvrir l’épisode en question – c’est limite le seul épisode qu’on peut regarder sans connaître la série). Alors on pourra évidemment rejeter cette série à cause de sa dimension trash (qui me dérangeait mais selon moi les scènes ne sont pas si gratuites qu’on pourrait le croire) mais Dunham est une formidable auteure et observatrice de son temps, pleine d’audace. J’espère qu’elle continuera à nous proposer du contenu de qualités que ce soit à la télé ou ailleurs.

Photo Allison Williams, Lena Dunham

Faut pas lui dire / The Boyfriend

FAUT PAS LUI DIRE

réalisé par Solange Cicurel

avec Jenifer Bartoli, Camille Chamoux, Stéphanie Crayencour, Tania Garbaski, Brigitte Fossey, Arié Elmaleh, Fabrizio Rongione, Benjamin Bellecour, Laurent Capelluto, Stéphane Debac,  Charlie Dupont…

Comédie française, belge. 1h36. 2017.

sortie française : 4 janvier 2017

Laura, Eve, Anouch et Yaël sont quatre cousines, très différentes et très attachantes, qui ont un point commun : elles mentent, mais toujours par amour ! Quand les trois premières découvrent quelques semaines avant le mariage de leur petite cousine que son fiancé parfait la trompe, elles votent à l’unisson « Faut pas lui dire » !

Faut pas lui dire : Photo Camille Chamoux, Jenifer Bartoli, Tania Garbarski

Faut pas lui dire est le premier long-métrage de Solange Cicurel, ancienne avocate au Barreau de Bruxelles spécialisée dans le droit des étrangers. Elle avait signé auparavant un court-métrage intitulé Einstein était un Réfugié. Pour ce film, la réalisatrice s’est donc inspirée de son ancien métier pour son intrigue : en effet, le personnage incarné par la chanteuse Jenifer est une avocate redoutable spécialisée dans les divorces. Plus généralement le film tourne autour de mensonges et de secrets. La réalisatrice est donc partie du principe (en reprenant donc ses propos) qu’un mensonge n’était pas quelque chose de malfaisant à l’origine, qu’on mentait majoritairement pour protéger les gens qu’on aime. Bref, rien de bien révolutionnaire à l’horizon, certains ont même dit que ça ressemblait à Comme t’y es belle (toujours pas vu, ouais je suis encore à la ramasse). Effectivement, des films et des séries avec une bande de quatre femmes ayant des problèmes qu’avec les mecs (par contre, pas de soucis financiers : elles sont forcément avocates ou toubibs et on se demande même quand elles bossent par moments !), on en trouve à la pelle ! Bref, ça ne respire pas l’originalité, la mise en scène n’est pas dingue, le scénario non plus d’ailleurs (mais le travail n’est pas non plus mauvais), mais honnêtement en tant que petit divertissement ce film passe tout à fait : dans son genre, j’ai en tout cas vu bien pire et je ne me suis pas ennuyée, c’est déjà pas si mal. Je m’attendais à un résultat bien plus dégueulasse. L’ensemble reste plutôt bien rythmé, les personnages plutôt sympathiques et attachants. Le film a le mérite d’être nuancé avec les personnages en question : chacun fait ses erreurs et a ses torts, que ce soit les femmes ou les hommes. Evidemment, il n’y a pas de grandes surprises narratives mais la fin m’a tout de même plu. J’attendais évidemment au tournant la chanteuse Jenifer, ici dans un vrai premier rôle au cinéma (elle avait déjà fait son incursion mais dans des rôles plus secondaires) et qui est la réelle « star » de ce film (même s’il y a de bons acteurs et des confirmés dans la distribution). J’ai essayé d’être la plus honnête possible en ne prenant pas en compte mon avis sur la chanteuse (qui m’insupporte). En réalité, je suis partagée sur son interprétation : il y a des scènes où elle est étonnamment à l’aise (notamment dans une scène de procès plutôt drôle – même si je ne sais pas si la scène en question est crédible) et d’autres où elle est complètement à côté de la plaque. Cette irrégularité dans son jeu m’a parfois dérangée. En revanche, le reste du casting (franco-belge à l’image de la production) assure plutôt bien.

Faut pas lui dire : Photo Camille Chamoux, Jenifer Bartoli, Stéphanie Crayencour, Tania Garbarski


THE BOYFRIEND – POURQUOI LUI ?

réalisé par John Hamburg

avec Bryan Cranston, James Franco, Megan Mullaly, Zoey Deutch, Keegan-Michael Key, Cedric The Entertainer, Griffin Gluck, Adam Devine, Andrew Rannells, Kaley Cuoco…

titre original : Why Him ?

sortie française : 25 janvier 2017

Un père de famille emmène sa famille visiter sa fille à Noël et se retrouve en compétition avec le petit-ami de celle-ci, un jeune devenu milliardaire grâce à internet.

The Boyfriend - Pourquoi lui ? : Photo James Franco, Zoey Deutch

The Boyfriend – Pourquoi lui ? (et oui, nous avons encore traduit un titre anglais par une sorte de titre anglais, quelle intelligence !) fait partie de cette vague de comédies américaines actuelles qui a du mal à se renouveler : des films à l’humour en dessous de la ceinture. La présence de la caricature de l’artiste arty et paradoxal James Franco devant la caméra (il m’agace mais je le trouve tout de même talentueux : ma contradiction m’achèvera un de ces quatre) ou encore voir au générique « sur une idée de Jonah Hill » ne me rassuraient pas des masses. On ne va pas se mentir : The Boyfriend est une comédie lourde. Les blagues sont assez potaches, ça tourne pas mal autour de la bite, du caca et tout ça (la scène d’ouverture donne la couleur !). Certaines m’ont fait rire, d’autres moins. Bref, j’ai connu bien pire et bien mieux : ça se laisse regarder même si ça ne casse pas des briques. Après si on n’est vraiment pas fan de cet humour assez grossier (ce que je peux comprendre, il y a des fois où ça peut déranger très fortement : là ça allait en l’occurence), on ne va pas se mentir : vous allez détester de A à Z. De toute façon, les scénaristes assument totalement cet humour vulgaire. Le duo formé par James Franco (parfait en gars très cool et paradoxalement d’un angélisme déconcertant) et Bryan Cranston (toujours très bien dans le rôle du père protecteur coincé) fonctionne très bien – on va dire que le film est principalement sauvé par la complicité et l’énergie de ces deux derniers. Megan Mullaly, qui faisait déjà des merveilles dans quelques épisodes de Parks & Recreation, est également très drôle dans le rôle classique de la mère coincée qui finit par se lâcher. En revanche, je suis un peu moins convaincue par la jeune Zoey Deutch, qui manque de charisme. Le scénario n’est évidemment pas fou mais l’ensemble se laisse regarder volontiers et c’est plutôt rythmé (le film durant deux bonnes heures, cela étant nécessaire). L’apparition de certains membres du groupe Kiss est également amusante. En tout cas, je ne me suis pas ennuyée et je n’en attendais pas plus : je savais où je mettais les pieds. Cela dit, juste une chose me « dérange » tout de même dans The Boyfriend (même s’il ne s’agit pas du seul film concerné par ce problème – mais là ça m’a fortement frappée) : ce film est une énorme glorification du capitalisme (ne croyez pas non plus que je suis en rouge à manifester pour le moindre truc mais voir que le pognon était roi à ce point m’a bien gênée) même s’il critique paradoxalement les hipsters et les nouveaux riches.

The Boyfriend - Pourquoi lui ? : Photo Bryan Cranston, Griffin Gluck, James Franco, Megan Mullally, Zoey Deutch

Mademoiselle (2016)

réalisé par Park Chan-Wook

avec Kim Min-Hee, Kim Tae-Ri, Ha Jung-Woo, Cho Jin-Woong…

titre original : Agassi

Drame, romance, thriller coréen. 2h30. 2016.

interdit aux moins de 12 ans

Movie Challenge 2017 : Un film LGBT

Corée. Années 30, pendant la colonisation japonaise. Une jeune femme (Sookee) est engagée comme servante d’une riche japonaise (Hideko), vivant recluse dans un immense manoir sous la coupe d’un oncle tyrannique. Mais Sookee a un secret. Avec l’aide d’un escroc se faisant passer pour un comte japonais, ils ont d’autres plans pour Hideko…

Mademoiselle : Photo Kim Tae-Ri

J’avais regretté d’avoir raté en salles le dernier long-métrage de Park Chan-Wook, Mademoiselle, présenté l’an dernier au festival de Cannes en compétition. Il s’agit d’un de mes réalisateurs préférés tout simplement. Il s’agit de l’adaptation du roman de Sarah Waters, Du bout des doigts (Fingersmith), publié en 2002. L’action du roman se situe dans l’Angleterre victorienne. Park Chan-Wook a transposé l’histoire dans la Corée des années 1930 pendant la colonisation japonaise. Mademoiselle est alors découpé très clairement en trois parties. Ces parties en question ont pour but de montrer à chaque fois un point de vue différent à partir de scènes qu’on a déjà vu (un procédé toujours intéressant même s’il n’a rien d’inédit). A noter qu’en terme de répartition de temps, les parties ne sont pas forcément très équilibrées (la dernière est plus courte et expéditive que les deux premières). Je ne crierais pas au chef-d’oeuvre comme j’ai pu le lire (pour moi Park Chan-Wook a fait mieux) mais il s’agit tout de même d’un très bon long-métrage qui mérite le coup d’oeil. La durée (2h30) me faisait peur et ne m’a pas aidée à devoir débloquer du temps pour aller le voir au cinéma. J’ai beau aimer Park Chan-Wook, j’avais trouvé son intéressant Thirst mais trop long (je le compare à celui-ci puisqu’il dure également 2h30). Evidemment, face à un film de 2h30, on se demande toujours si cette durée était toujours justifiée. Cela dit, contrairement à Thirst, je ne me suis pas ennuyée une seule seconde. Tout semble couler de source et l’enchaînement des différentes parties se fait naturellement. Il faut dire que la mise en scène de Park Chan-Wook est, comme toujours, virtuose. L’histoire, qui mêle érotisme, passion et escroquerie (la recette qui tue) en elle-même est plutôt captivante. On rentre rapidement dans le coeur de l’intrigue, on nous présente d’emblée les personnages et leur rôle (a priori). Le film séduit également par son esthétisme soigné, élégant et transpirant la sensualité, thème au coeur même de l’oeuvre. Les décors, les costumes et la photographie se complètent merveilleusement bien dans cette entreprise visuelle. En y réfléchissant, Park Chan-Wook a touché des genres différents. Pourtant, sur le papier (j’ai des préjugés, c’est bien connu), avant de me lancer, j’avais du mal à l’imaginer dans un film avec un contexte et décor historique. Mais il s’en sort à merveille dans ce registre. Cela dit, comme je vous le disais, il ne s’agit pas pour moi d’un coup de coeur. Je ne sais pas si cela vient du film ou si c’est parce que je connais justement trop la filmographie de Park Chan-Wook mais j’ai rencontré un certain problème (même si encore une fois cela ne m’a pas non plus gâché mon visionnage mais je suis « obligée » de prendre en compte ce point).

Mademoiselle : Photo Kim Min-Hee, Kim Tae-Ri

Le film m’a alors bien captivée sans aucun doute, en revanche il ne m’a pas non plus surprise alors qu’il est construit à partir de révélations, le but étant alors à l’origine de manipuler également les spectateurs, comme le sont les personnages. Je ne vais pas m’inventer une vie en prétendant avoir deviner tout le film mais j’avais effectivement compris le rôle de certaines scènes. Par exemple (pour ne citer que celui-ci), j’avais compris que les traces de sang sur le lit étaient issues d’une mise en scène et ne correspondaient pas à ce que le spectateur et Sookee peuvent s’imaginer. Mais au-delà de la remarque un peu simpliste de « ooohhh j’ai trouvé le comment du pourquoi, je suis trop forte, blablabla », les scènes s’enchaînent sans que je puisse avoir les réactions appropriées ou attendues. J’aurais voulu être sur le cul et avoir les yeux écarquillées à chaque révélation ou chaque nouveau point de vue. Le film est peut-être limite trop fluide et logique. Je tenais aussi à m’exprimer sur les scènes de sexe qui ont tout de même leur importance. Elles ont pour moi leur place dans le film puisque l’histoire tourne autour du désir, de la passion et de la naissance des sentiments entre deux personnages qui n’auraient rien à faire a priori ensemble (différences de sexe, pays, origine sociale et manipulations l’une envers l’autre). Cela dit, même si je comprends tout à fait la démarche du réalisateur de nous remontrer la scène d’un autre angle, comme il a pu le faire sur d’autres scène (le premier montre l’apprentissage de ce désir, le second plutôt l’explosion et la spontanéité des relations charnelles), je n’ai pas pu m’empêcher d’y voir une part de surenchère. Les scènes ne sont pas pourtant choquantes (nous ne sommes pas dans La Vie d’Adèle non plus), pas non plus vulgaires, on est dans quelque chose d’érotique et de sensuel. Mais comme dans Thirst (oui, on en revient toujours à lui), je me suis posée cette question concernant cette limite et généralement (en ne prenant pas systématiquement ce genre de scènes) Park Chan-Wook est un réalisateur qui tombe parfois dans certains excès. Et j’ai trouvé parfois qu’on n’en était pas si loin (mais après ça n’engage que moi) en étirant justement ces scènes en question – cela ne me semblait pas utile pour comprendre les réactions des personnages. Cela dit, ça reste pour moi un petit bémol qui ne m’a pas non plus gâché mon plaisir. Au-delà de ses nombreuses qualités, aussi bien narratives que techniques (même pour ces fameuses scènes de sexe), Mademoiselle bénéficie d’un excellent casting.

Mademoiselle : Photo Kim Min-Hee

Moonlight

réalisé par Barry Jenkins

avec Alex R. Hibbert, Ashton Sanders, Trevante Rhodes, Mahershala Ali, Naomie Harris, Janelle Monáe, Andre Holland, Jaden Piner, Jharrel Jerome…

Drame américain. 1h50. 2016.

sortie française : 1 février 2017

moonlight

Après avoir grandi dans un quartier difficile de Miami, Chiron, un jeune homme tente de trouver sa place dans le monde. Moonlight évoque son parcours, de l’enfance à l’âge adulte.

Moonlight : Photo Alex R. Hibbert, Mahershala Ali

Moonlight, déjà lauréat du Golden Globe du meilleur drame, a gagné l’Oscar du meilleur film (dans la plus grande confusion… j’en rigole encore !) face à son grand concurrent, La La Land. Il a aussi remporté deux autres importantes récompenses, à savoir celles du meilleur acteur dans un second rôle (pour Mahershala Ali) et du meilleur scénario adapté. Il a aussi cartonné aux Independent Spirit Awards et a évidemment récompensé ailleurs. Le succès de ce petit film peut surprendre, Barry Jenkins étant un réalisateur inconnu aux yeux du public (et même auprès des cinéphiles) et surtout le sujet est tout de même assez lourd et même puissant, il a même quelque chose de nécessaire. En effet,  un grand nombre de drames apparaît dans le scénario (ça pourrait presque faire penser à Precious de Lee Daniels) : un gamin afro-américain qui découvre son homosexualité dans une communauté qui rejette cette identité s’isole de plus en plus face au harcèlement et au comportement désastreux et destructeur de sa mère qui se drogue, se prostitue et le maltraite. Moonlight est à l’origine une pièce du dramaturge Tarell Alvin McCraney, In Moonlight Black Boys Look Blue. Elle fait aussi écho aux vies de l’auteur de la pièce et du réalisateur de son adaptation (les deux ne se connaissant pas) : ils ont fréquenté la même école et le même collège à Liberty City (Miami) et leurs mères ont toutes les deux rencontré des problèmes avec la drogue (la mère de Jenkins a surmonté sa toxicomanie tout en restant séropositive pendant 24 ans, celle de McCraney est morte du Sida). Moonlight mérite-t-il alors toutes les louanges qu’il a reçues et surtout son Oscar du meilleur film ? Pour moi non. Certes, il ne s’agit pas d’un mauvais film, loin de là (je lui reconnais volontiers des qualités). Son Oscar du meilleur film me semble tout de même plus symbolique voire même politique (notamment une réaction à la polémique « Oscars So White » survenue l’an dernier qui reste malgré tout encore présente dans nos esprits) que cinématographique même si je suis certaine que beaucoup de gens trouveront ce prix mérité pour des raisons plus artistiques. Il faut dire que Moonlight a un petit quelque chose de révolutionnaire mine de rien : le casting est entièrement de couleur noire.

Moonlight : Photo Alex R. Hibbert

Moonlight est construit en trois parties clairement affichées et nommées : la première, « Little », suit Chiron enfant, lorsqu’il rencontre Juan, un dealer cubain qui deviendra pour lui la figure paternelle qui lui manque. Il ne comprend pas pourquoi on le traite de « tapette ». Dans la deuxième partie, « Chiron », le personnage principal devenu adolescent, se fait encore harceler par ses camarades de classe. Son homosexualité ne fait que se confirmer par un véritable contact physique. Enfin, la dernière partie, « Black », nous présente toujours ce fameux Chiron devenu adulte et méconnaissable, éloigné de sa ville d’origine. En mode gros dur, sa route recroise celle de son premier amant. J’appelle ça des parties, mais on pourrait les nommer des chapitres voire même des actes : si le film n’a pas l’air littéraire, il a pourtant une construction qui fait penser à cet art. Je savais, par par son prix aux Oscars, qu’il s’agissait d’une adaptation mais pas nécessairement d’une pièce. Pourtant, durant ma séance, j’ai fini par comprendre ce lien avec le théâtre et pas uniquement par cette forme assez visible : la manière d’aborder le personnage principal, le rythme de certaines répliques etc… Cela dit, je ne fais pas ici de reproches, mais plus un constat de mon ressenti. Il y a donc derrière un réel travail intéressant d’écriture (et je comprends davantage son Oscar de la meilleure adaptation même si je n’ai pas vu la pièce d’origine) même si paradoxalement ce sont aussi certainement des éléments liés à cette écriture qui m’ont gênée. Les dialogues m’ont semblé assez justes et les effets d’écho plutôt pertinents : ainsi, même lorsque l’histoire se déroule sur plus de dix ans, on ne perd pas non plus en route certaines informations qu’on a reçues et qu’on aurait pu oublier. Par exemple, même lorsqu’on ne voit plus à l’écran Juan, que ce soit dans la seconde ou troisième partie, on a l’impression qu’il est toujours présent au côté de Chiron. Mais je reste partagée sur l’utilisation des différentes ellipses. Certes, pour gagner du temps (pas évident de retracer la vie d’un personnage sur une quinzaine d’années voire peut-être plus), les ellipses étaient évidemment nécessaires. Il y a une idée de se concentrer sur l’essentiel.

Moonlight : Photo Naomie Harris

Cela dit, par ce choix, selon moi, Chiron est un personnage qui manque de développement, même un peu de consistance. De plus, j’étais frustrée de ne plus voir les personnages secondaires, même si encore une fois le scénario fait des efforts pour qu’on ne les oublie pas. Mais cet effet n’est hélas pas totalement réussi. J’ai également ressenti une autre frustration : le film n’étant pas hyper rythmé (ça ne m’a pas aidée à l’apprécier convenablement), à chaque fois que je commençais à entrer dans l’histoire, en la trouvant intéressante, on nous la brise justement par ces ellipses. Je suis d’ailleurs partagée sur la fin, j’ai l’impression que je n’ai pas la même interprétation que la plupart de mes copains blogueurs. La mise en scène est plutôt intéressante dans le sens où on sent que rien n’est laissé au hasard, il y a même des symboliques assez fortes (cette scène de baignade au début est très riche sur différents niveaux). Cela dit, à l’image de son sens esthétique (on passe parfois un peu trop brutalement à des scènes très réalistes à d’autres bien plus soignées et colorées ou encore il y a des effets de style un peu surperflus), elle reste pour moi parfois maladroite. Heureusement, le casting est très bon. Parmi les personnalités non connues par le grand public, le trio Alex R. Hibbert, Ashton Sanders et Trevante Rhodes est impeccable. Individuellement, chaque interprète est effectivement remarquable mais ce qui l’est encore plus c’est de constater la cohérence d’interprétation entre ces trois acteurs. Même si je reproche un certain manque de développement chez Chiron, en revanche on ressent pourtant bien à l’écran une certaine évolution qui fonctionne justement grâce à cette succession d’acteurs. Le changement d’acteurs ne choque jamais, on voit tout le temps à l’écran Chiron et non des trois acteurs qui interprètent un même rôle. Et cela est encore plus fort lorsqu’on sait que Hibbert, Sanders et Rhodes ne se sont pas rencontrés sur le tournage. Oscarisé, Mahershali Ali (qu’on voit hélas trop peu) est impeccable dans le rôle de ce personnage qui n’a rien d’un enfant de choeur et pourtant qui accompagne merveilleusement bien Chiron qui s’interroge sur son identité. J’étais heureuse de retrouver à l’écran dans les dernières Andre Holland, qu’on voit décidément de plus en plus. Enfin, parmi les rôles féminins, Naomie Harris (nommée aux Oscars) et Janelle Monáe sont également impeccables.

Moonlight : Photo Andre Holland, Trevante Rhodes

Kill Your Darlings

réalisé par John Krokidas

avec Daniel Radcliffe, Dane DeHaan, Michael C. Hall, Jack Huston, Ben Foster, David Cross, Jennifer Jason Leigh, Elizabeth Olsen, Kyra Sedgwick, Erin Darke…

Drame, biopic américain. 1h43. 2013.

sortie française : 28 mai 2016 (vod)

Movie Challenge 2016 : Un biopic historique

killyourdarlings

Allen Ginsberg, Jack Kerouac, William Burroughs… ils sont les plus grands écrivains américains du 20ème siècle. Kill your Darlings retrace l’histoire de leur rencontre et de leur révolte contre la société américaine. Au milieu d’une frénésie de fêtes, d’alcool et de passions interdites, tous ces jeunes gens enflammés perdent peu à peu leurs repères… jusqu’au meurtre.

Kill Your Darlings - Obsession meurtrière : Photo Dane DeHaan, Daniel Radcliffe

Comme vous le savez certainement, j’aime la littérature (enfin dans un sens assez large, je ne prétends pas être Bernard Pivot – mais j’ai quand même été cinq ans étudiante en lettres) mais je ne me suis jamais intéressée à toute cette bande d’auteurs et de poètes de la Beat Generation (allez savoir pourquoi). Avec l’adaptation du roman de Jack Kerouac Sur la route par Walter Salles, j’avais déjà commencé (très vaguement) à m’initier doucement à ce mouvement littéraire même si finalement j’ai de nouveau repoussé mon envie de nouvelles découvertes littéraires (le film en question ne m’ayant pas plu). Kill Your Darlings, qui est basé sur Et les hippopotames ont bouilli vifs dans leurs piscines (écrit par Jack Kerouac et William Burroughs, publié qu’en 2012) pouvait être pour moi ce déclic que j’attendais tant. Je ne dois également m’en cacher : je l’ai aussi regardé pour Daniel Radcliffe (non ne faites pas genre que vous êtes surprise : si tu suis ce blog, tu es forcément au courant de mon crush pour lui). Ce long-métrage se présente comme une sorte de mix entre le biopic (même si pour le Movie Challenge, j’ai un peu arrondi la chose en le classant vaguement dans biopic historique) et le drame voire même le thriller. Je n’ai jamais rien eu contre les mélanges de genre, loin de là, mais j’ai senti le jeune et inexpérimenté réalisateur John Krokidas (il signe ici son premier long-métrage) trop hésitant entre les deux genres en question. Et pas qu’entre les genres d’ailleurs. Il est hésitant sur trop de choses, dans la manière d’aborder ses différents thèmes et même les personnages. Finalement Kill Your Darlings est un film très inintéressant qui ne nous aidera à nous intéresser à la Beat Generation (et à ses auteurs fondateurs) ni certainement aux fans de ce mouvement en question. Je me suis vraiment foutue royalement de ce qui pouvait bien se passer à l’écran. J’ai trouvé le film atrocement long, interminable ! L’intrigue met une plombe à se mettre en place. C’est méchant de dire ça mais je ne suis pas étonnée que ce film ait mis une plombe à sortir en vod en France (vous savez pourtant que ces nouveaux systèmes d’exploitation me gonflent profondément). Le pire, c’est quand le film tente vaguement de montrer la tension homosexuelle entre les différents personnages : ça tombe complètement à plat. Pareil d’ailleurs dès qu’on insère un peu des histoires de drogues dans le scénario : ça paraît trop superficiel. De plus, les relations entre les personnages sont soi-disant ambiguës, j’ai juste envie de dire : mouais.

Kill Your Darlings - Obsession meurtrière : Photo

Surtout, et c’est déjà ce que j’avais ressenti dans l’adaptation de Sur la route, c’est que ça manque de littérature alors qu’on parle bien d’auteurs hyper connus. Quand je dis ça, je ne m’attendais pas forcément à voir quelque chose de sirupeux. Ce que je veux dire, c’est qu’on finit par oublier qu’on parle ici d’auteurs engagés, qui ont changé une partie de la littérature. John Krokidas passe trop vite sur l’importance même de ces gens. Surtout quand on sait que ce fait finalement très anecdotique sur l’éditeur Lucien Carr (et l’assassinat qu’il a commis) a eu une influence importante pour les auteurs présents dans le film. Au-delà d’un mauvais traitement de sujet (pourtant à l’origine certainement intéressant), la mise en scène est assez décevante. Pas honteuse non plus (j’ai certainement vu pire) mais elle manque vraiment de consistance et surtout de personnalité. Cela dit, je dois admettre qu’il y a plutôt une sympathique reconstitution des années 40. Heureusement aussi, le casting reste tout de même assez bon (surtout face à un résultat assez mauvais) et tente vaguement de remonter le niveau. Daniel Radcliffe s’en sort plutôt bien dans le rôle d’Allen Ginsberg même si je l’ai trouvé parfois mal à l’aise (après c’est aussi le rôle qui veut donner cette impression de jeune garçon paumé). Pour être honnête, j’ai été plus impressionnée par ses partenaires, en particulier Dane DeHaan (décidément en ce moment on le voit partout) qui semble davantage être habité par son personnage. Il parvient bien à rendre son personnage en même temps attachant et fourbe. Michael C. Hall (la star des séries Dexter et Six Feet Under) livre également une remarquable interprétation vu les circonstances. Même si son personnage ne sont pas particulièrement bien écrit (un peu comme tous les personnages d’ailleurs), j’ai tout de même trouvé Jack Huston également bon en Jack Kerouac, en tout cas on sent que cet acteur a un vrai potentiel depuis un bon moment et qu’il vaut bien mieux que ce film médiocre. On voit peu Ben Foster (ici en William Burroughs) mais il assure une belle et énigmatique présence, on sent bien en peu de scènes le côté torturé du personnage. Enfin, Jennifer Jason Leigh et David Cross sont également bons (comme souvent) même si leurs rôles restent assez secondaires.

Kill Your Darlings - Obsession meurtrière : Photo

Amies malgré lui / Imperium

Amies malgré lui

réalisé par Susanna Fogel

avec Leighton Meester, Gillian Jacobs, Adam Brody, Gabourey Sidibe, Abby Elliott, Greer Grammer, Julie White, Kate McKinnon…

titre original : Life Partners

Comédie américaine. 1h37. 2014.

004621-jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxx

L’amitié entre Sasha et Paige est remise en question lorsque Paige se met en couple avec Tim…

Amies malgré lui : Photo

Amies malgré lui n’a pas connu de sortie cinéma (vu que c’est désormais la nouvelle tendance). Un sujet bateau sur le papier, des acteurs finalement peu connus en dehors de quelques jeunes amateurs de séries télé (Newport Beach et Community ici) et un titre (que ce soit en version originale ou française) qui n’attire pas des masses non plus : voilà ce qui peut vaguement expliquer cette sortie en e-cinema. Etait-ce réellement justifié, au-delà du problème financier ? Si on part du principe qu’une sortie en e-cinema est moins noble qu’une sortie au cinéma (je ne partage pas cet avis, je reprends plus une certaine idée générale que les spectateurs lambda pourraient avoir), non ce n’était pas justifié de ne pas le diffuser dans le cinéma. Certes, Amies malgré lui n’a rien de révolutionnaire (et ne prétend pas l’être) mais n’est pas en-dessous de nombreux films sortant chaque année au cinéma dans ce même genre. La « particularité » de ce film concerne son traitement concernant l’homosexualité. En effet, cela fait du bien de voir un film (même s’il n’est pas le seul – heureusement, les mentalités changent petit à petit au fil du temps) qui met en scène des lesbiennes sans être militant (contrairement à ce qui était indiqué dans certains synopsis) ou inclure cette homosexualité comme moteur du récit (même si je n’ai évidemment rien contre ce type de films non plus) : Sasha, qui est lesbienne, est mis au même niveau que sa meilleure amie Paige, hétérosexuelle. Amies malgré lui parle donc avant tout d’une amitié mise à l’épreuve. On pourrait croire (et c’est d’ailleurs ce que croit Sasha) c’est la nouvelle situation amoureuse de Paige, qui s’engage sérieusement avec quelqu’un, qui bousille petit à petit l’amitié entre les deux jeunes femmes. Mais le film montre finalement autre chose, avec une certaine efficacité : c’est notre propre construction identitaire, elle-même remise en question, qui peut fragiliser nos relations même avec les êtres les plus chers. Le scénario n’est pas fou en terme de rebondissements, la mise en scène manque certainement de consistance (même si je n’ai pas trouvé le résultat lamentable de ce côté-là) mais l’histoire m’a plutôt plu et les sujets sont assez bien traités. Il s’agit donc d’un petit film sympathique, certes facilement oubliable, mais pas mal fait dans son genre, que ce soit dans la défense de son sujet ou plus généralement en terme de « divertissement ». Enfin, le film est servi par un bon casting, on ressent notamment bien la complicité entre Leighton Meester et Gillian Jacobs. Pour la petite anecdote (ou le petit rappel, tout dépend le point de vue), Leighton Meester est l’épouse d’Adam Brody.

Amies malgré lui : Photo Gillian Jacobs, Leighton Meester


Imperium 

réalisé par Daniel Ragussis

avec Daniel Radcliffe, Toni Collette, Tracy Letts, Sam Trammell…

Drame, thriller américain. 1h50. 2016.

sortie (e-cinema) : 1 novembre 2016

515957-jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxx

Un agent du FBI infiltre un groupe de suprématistes pour empêcher un attentat.

Imperium : Photo Daniel Radcliffe, Devin Druid, Pawel Szajda

Comme vous savez, je suis de près (quand je le peux) la carrière de Daniel Radcliffe. Je l’assume totalement : j’ai vu Imperium, directement sorti en e-cinema, uniquement pour l’acteur britannique. Là encore, on voit les désastres de l’évolution du cinéma : ce film mériterait-il de sortir en e-cinema, sans passer par la case salle de cinéma ? S’il n’a rien d’extraordinaire – comme beaucoup de films en e-cinema ou sortis directement en dvd – là encore, il ne méritait pas un tel sort. Certes, le schéma de Imperium est assez classique : un agent du FBI se fait passer pour un suprématiste pour empêcher un attentat de la part de ce groupe extrémiste. Il n’y a pas d’évolution du personnage principal : il se contente de devoir réussir sa mission. On a du mal à le connaître si ce n’est – et c’est certainement le point fort de ce petit film – qu’il arrive à comprendre la démarche de ces suprématistes (sans pour autant les excuser). Le scénario manque certainement de profondeur, la mise en scène n’est pas folle (même si le travail reste honnête) mais le tout a le mérite de bien traiter son sujet. Il ne s’agit pas simplement de parler de dire bêtement « regardez comme il y a de méchants néonazis / racistes dans notre monde » Le but de ce film est plutôt de dénoncer le réel danger de ce type de mouvement (le discours pouvant certainement être élargi en fonction du groupe extrémiste). On s’aperçoit alors que ceux qui ont l’air le plus dangereux ne sont pas nécessairement ceux qui le sont le plus. Il faut davantage se méfier des gens qui ont l’air de se fondre dans ce qu’on attend habituellement dans la société et qui se servent justement de leur statut social et de leur intelligence pour manipuler des esprits plus faibles et faire passer des messages plus que douteux. C’est pour cela que l’agent du FBI parvient à cerner ce type de personnalité : pourquoi ces extrémistes ne se servent-ils pas de leur intelligence pour une cause bien meilleure ? Le film prend alors en compte que pour le point de vue de ces extrémistes, il s’agit d’une cause pouvant permettre de rendre le monde « meilleur ». Encore une fois, je trouve que ça fait forcément réfléchir à certains événements qui se déroulent depuis un certain temps. Dans le rôle principal, Daniel Radcliffe s’en sort très bien. S’il n’y a pas de réelle évolution dans son personnage, il parvient tout de même à montrer plusieurs traits de sa personnalité (par une sorte de mise en abyme, le personnage devant jouer la comédie pour atteindre son objectif). Les seconds rôles, comme Toni Collette en agent du FBI pugnace ou encore Sam Trammell assez angoissant, sont également très bons.

Imperium : Photo

Tom à la ferme

réalisé par Xavier Dolan

avec Xavier Dolan, Pierre-Yves Cardinal, Lise Roy, Evelyne Brochu, Manuel Tadros…

Thriller canadien, français. 1h42. 2012.

sortie française : 16 avril 2016

Chronique synchro avec celle de Lilylit

tom

Un jeune publicitaire voyage jusqu’au fin fond de la campagne pour des funérailles et constate que personne n’y connaît son nom ni la nature de sa relation avec le défunt. Lorsque le frère aîné de celui-ci lui impose un jeu de rôles malsain visant à protéger sa mère et l’honneur de leur famille, une relation toxique s’amorce bientôt pour ne s’arrêter que lorsque la vérité éclatera enfin, quelles qu’en soient les conséquences.

Tom à la ferme : Photo Xavier Dolan

Quoiqu’il arrive, même lorsque je n’aime pas ses oeuvres, Xavier Dolan est un réalisateur qui ne me laisse pas indifférente. Alors qu’il n’avait écrit jusqu’à présent des scénarios originaux, Tom à la ferme marque la première expérience de Xavier Dolan en tant qu’adaptateur. Il s’attaque donc ici à l’adaptation de la pièce éponyme du dramaturge québécois Michel Marc Bouchard (décidément, Dolan aime bien le théâtre, je pense ici à la la sortie de son dernier film, Juste avant la fin du monde). Le long-métrage nous présente donc le fameux Tom du titre allant à la ferme (jusque là tout va bien…) se rendant à la campagne (lui qui est citadin) à l’enterrement de son amant. Le frère du décédé s’en mêle en le menaçant de ne pas dévoiler sa relation pour ne pas froisser la mère (l’homosexualité étant tabou dans ce milieu et le défunt ayant menti à sa famille sur sa sexualité). Le film présente donc une sorte de jeu de domination entre Tom et le fameux frère (qui se prénomme donc Francis), qui serait en réalité un homosexuel refoulé. J’ai lu une interview intéressante de Xavier Dolan où il développait certaines théories sur la sexualité et l’environnement. Il disait notamment que si lui, qui se sent à 100 % homosexuel, était entièrement entouré de femmes hétérosexuelles et que l’environnement favorisait de réels rapprochements et interrogations entre lui et les autres femmes en question, sans dire qu’il « deviendrait » hétérosexuel et sans parler de « pulsions », il pourrait éprouver une forme de désir envers une femme. La question du refoulement sexuel par rapport à l’environnement est donc intéressant sur le papier. En effet, pourquoi Francis, ce gars assez rustre (pour ne pas dire homophobe), est attiré par Tom ? Est-ce son environnement ? Est-il en réalité un homosexuel qui refuse de se l’avouer à cause du regard des autres (dont celui de sa mère) ? Ou encore pense-t-il retrouver une connexion avec son frère décédé en établissant lui-même une sorte de relation avec Tom ? Hélas, Tom à la ferme ne parvient pas pour moi à mettre en avant ces nombreuses interrogations qui ont pu nous traverser l’esprit. Le film aborde des thèmes intéressants, voire même profonds mais ils ne sont jamais réellement exploités. En fait, cette frustration que j’ai pu ressentir est pour moi clairement lié au scénario qui n’est pas réellement développé. Pour résumer, une fois la scène des funérailles passée, l’histoire ne décolle pas. On en reste un peu au synopsis d’origine.

Tom à la ferme : Photo Xavier Dolan

On pourra alors toujours trouver une réponse à ce « problème » : Dolan aurait alors voulu explorer les relations de domination entre les personnages ainsi que leur psychologie : cela serait alors cette partie psychologique, développant davantage les thèmes, notamment autour de la violence (« Tom à la ferme est un film sur la violence qu’entraîne l’intolérance » selon Dolan himself) qui devraient nourrir le scénario. Mais je trouve que cela ne fonctionne pas car les thèmes ne m’ont pas paru bien traités : pour moi, ils apparaissent juste en surface. La tension se traduit par la musique de Gabriel Yared, assez envahissante (mais pourtant pas mauvaise, loin de là, juste pas bien utilisée) et quelques références hitchcockiennes notamment la mère flippante à la Psychose, la possible relation « nécrophile » par la figure de Tom (qui « remplacerait » l’amant décédé) à la Vertigo ou encore (et même surtout) la course-poursuite dans les champs façon La Mort aux trousses. Mais Dolan n’est pas Hitchcock. Pour l’instant, j’ai envie de dire : le thriller, c’est pas le fort du réalisateur québécois. Il tente effectivement de faire monter la tension, de saisir l’esprit des personnages. Comme souvent, il y a des idées de mise en scène, une envie de créer (et cela est très noble de sa part) et encore une fois, vu tout ce que j’ai dit avant, il y a une envie de créer du débat, de faire réfléchir. Mais je trouve le résultat peu convaincant, comme si j’étais face à un film bourré de potentiel mais encore pas suffisamment abouti, encore au stade de réflexion. Je n’ai finalement ressenti que de l’ennui (le film n’est franchement pas rythmé), la fin arrive un peu trop brusquement en plus. Décidément je préfère quand Dolan signe des films certes longs mais passionnants et aboutis plutôt que des films plus courts mais plus pénibles à regarder et surtout inabouti. Côté casting, je suis également partagée même s’il y a du positif. Lise Roy et Evelyne Brochu, qui interprétaient déjà respectivement Agathe et Sara dans la pièce d’origine, sont remarquables. On retiendra évidemment la très bonne performance du saisissant Pierre-Yves Cardinal. En revanche, je reste plus réservée sur l’interprétation de Xavier Dolan. Selon moi, jusqu’à présent (il tenait le premier rôle dans ses précédents longs-métrages, J’ai tué ma mère et Les amours imaginaires), il est bien meilleur réalisateur qu’acteur. Je ne dis pas qu’il joue comme une patate mais son interprétation ne m’a pas totalement convaincue. Pour ne rien arranger, il porte cette horrible couleur blé (ou perruque, je ne parviens pas à reconnaître l’illusion capillaire en question), probablement un clin d’oeil assez lourdingue avec le champ de blé, une des scènes les plus « marquantes » de ce film.

Tom à la ferme : Photo Lise Roy, Pierre-Yves Cardinal, Xavier Dolan

J’ai tué ma mère

réalisé par Xavier Dolan

avec Xavier Dolan, Anne Dorval, Suzanne Clément, Niels Schneider, Manuel Tadros…

Drame canadien. 1h40. 2009.

sortie française : 15 juillet 2009

Movie Challenge 2016 : Un film tourné par un réalisateur de moins de 30 ans

19129627-jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxx

Hubert Minel n’aime pas sa mère. Du haut de ses 17 ans, il la jauge avec mépris, ne voit que ses pulls ringards, sa décoration kitsch et les miettes de pain qui se logent à la commissure de ses lèvres quand elle mange bruyamment. Au-delà de ces irritantes surfaces, il y a aussi la manipulation et la culpabilisation, mécanismes chers à sa génitrice. Confus par cette relation amour-haine qui l’obsède de plus en plus, Hubert vague dans les arcanes d’une adolescence à la fois marginale et typique -découvertes artistiques, expériences illicites, ouverture à l’amitié, sexe et ostracisme- rongé par la hargne qu’il éprouve à l’égard d’une femme qu’il aimait pourtant jadis.

J'ai tué ma mère : photo Anne Dorval, Xavier Dolan

J’ai tué ma mère, projeté à la Quinzaine des Réalisateurs au festival de Cannes en 2009, est le premier long-métrage du réalisateur québécois Xavier Dolan qu’on ne présente plus. Il écrit le scénario (parfois autobiographique) alors qu’il n’a que seize ans et le réalise à dix-neuf ans ! Certains spectateurs / critiques sont admiratifs, d’autres jaloux ou tout simplement agacés (il faut dire que le bonhomme a une certaine assurance / n’est pas modeste – au choix). Une chose est certaine : en général, Xavier Dolan ne laisse pas indifférent. J’ai adoré certains de ses films (Mommy, Laurence Anyways), j’en ai détesté certains (Les Amours Imaginaires). Mais étonnamment, je situe J’ai tué ma mère dans aucune de ces catégories situées à l’extrémité l’une de l’autre. Par rapport à ce que j’ai vu dans Les Amours Imaginaires ou même par rapport au personnage public et parfois ses déclarations « choc », je n’ai pas trouvé qu’il frimait contrairement à ce que je m’attendais. Bien sûr, il y a un peu de maniérisme par moments, une envie de démontrer ce qu’il sait faire, il y a des scènes mettant en avant l’esthétique qui fonctionnent (je pense notamment à la scène de sexe faisant référence au travail de Pollock ou à la dernière assez automnale), d’autres moins (le face-à-face caméra en noir et blanc… même si les scènes en elles-mêmes trouvent leur utilité). Mais dans l’ensemble, quand on connaît les autres films de Xavier Dolan, on pourra presque (pas trop non plus) le trouver sobre. Ca étonne pour plusieurs raisons. Tout d’abord parce que finalement sans certains artifices Dolan est capable de faire des choses intéressantes (même si encore une fois j’aime aussi ses films très esthétiques). Mais en même temps, peut-être influencée justement par cette sobriété, j’ai trouvé ce film fragile, pas assez abouti pour me convaincre. Après j’ai conscience qu’il s’agit justement de son premier film. Et il fait aussi des choses formidables pour un débutant ! Mais ce n’est pas le chef-d’oeuvre annoncé par certains, pas pour moi (pour moi j’aime des films imparfaits). On sent de l’ambition dans la mise en scène, une envie de proposer des choses artistiquement. Mais j’ai trouvé l’histoire en elle-même bancale. Oui ça parle de la relation compliquée entre une mère et un fils. Oui ça peut faire partie de la vie de certains individus. Mais en dehors de la dernière partie du film, l’histoire manque selon moi d’enjeux. L’ensemble n’est pourtant pas déplaisant à découvrir, je ne me suis pas ennuyée. Mais ça reste un enchaînement de disputes, de crise et de scènes montrant l’ado rebelle.

J'ai tué ma mère : photo Xavier Dolan

Malgré une part de narcissisme (encore une fois pas si énorme contrairement à ce que je m’attendais), ce film à consonance autobiographique reste sincère. Xavier Dolan manque de maturité en tant que réalisateur (enfin maintenant il a « grandi »). Cela dit, en tant que jeune homme, malgré son jeune âge, même si certains passages peuvent paraître un peu superficiels ou un peu faciles (j’ai même envie de dire un peu « adolescents » dans un sens), on sent qu’il comprend des choses adulte, qu’il a déjà un recul sur un sujet aussi fort et compliqué que les liens familiaux, en l’occurrence ici entre une mère et un fils. Certes, il y a parfois des répliques un peu faciles (on revient toujours à ces fameuses scènes face caméra en noir et blanc) mais son regard sur les relations entre haine et amour débordant m’a tout de même semblé très pertinent. On sent que ce n’est pas quelque chose balancé comme ça, on sent tout simplement le vécu mais aussi un recul assez étonnant. Pourtant, ce thème en question a été traitée et re-traitée de nombreuses fois, que ce soit au cinéma, en littérature ou dans d’autres domaines. Il est d’ailleurs intéressant de voir qu’au fond (même s’il y a quelques petits indices donnés mais c’est pas non plus réellement expliqué) il n’y a pas de vraie cause dans cette sorte de rupture entre cette mère et son fils, il y a plus une idée d’un tout (notamment l’adolescence) qui conduit à cet éloignement. En tout cas, Xavier Dolan apporte bien sa pierre à l’édifice. En parlant de Dolan, comme vous pouvez le voir (et même le savoir vu que ça fait partie de sa réputation), il n’est pas uniquement le réalisateur de ce long-métrage. Il fait un peu tout (la parodie du Palmashow était à peine exagérée) comme on le sent. Il tient logiquement le premier rôle. Dans Les Amours Imaginaires, je l’avais trouvé vraiment mauvais. Ici, il s’en sort mieux. Certes (est-ce que je dois rappeler les fameuses scènes qui m’ont dérangée ?), je ne trouve pas que ce soit un grand acteur, son interprétation n’est pas parfaite mais il s’en sort tout de même pas si mal. En tout cas, je l’ai senti plus à l’aise, plus sincère tout simplement parce qu’il y a une part de lui dans son personnage. Anne Dorval est vraiment excellente dans le rôle de la mère. Sa performance aurait pu être limitée à une sorte d’hystérie mais heureusement ce n’est pas le cas. Il y a quelque chose dans son interprétation qui est criant de vérité. Enfin, même si on ne la voit pas tant que ça (et pourtant on a l’impression qu’elle est tout le temps présente), j’ai également beaucoup apprécié l’interprétation de Suzanne Clément, également actrice fétiche de Dolan.

J'ai tué ma mère : photo Xavier Dolan

C.R.A.Z.Y.

réalisé par Jean-Marc Vallée

avec Michel Côté, Marc-André Grondin, Danielle Proulx, Pierre-Luc Brillant…

Drame canadien. 2h09. 2005.

sortie française : 3 mai 2006

Movie Challenge 2016 : un film ayant lieu dans un endroit que j’ai toujours rêvé de visiter 

crazy

Un portrait de famille qui dépeint la vie souvent extraordinaire de gens ordinaires à la poursuite de leur bonheur.
De 1960 à 1980, entouré de ses quatre frères, de Pink Floyd, des Rolling Stones et de David Bowie, entre les promenades en moto pour impressionner les filles, les pétards fumés en cachette, les petites et grandes disputes et, surtout, un père qu’il cherche désespérément à
retrouver, Zac nous raconte son histoire…
25 décembre 1960 : Zachary Beaulieu vient au monde entre une mère aimante et un père un peu bourru mais fier de ses garçons.
C’est le début de C.R.A.Z.Y., le récit de la vie d’un petit garçon puis d’un
jeune homme pas comme les autres, qui va jusqu’à renier sa nature profonde pour attirer l’attention de son père.

C.R.A.Z.Y. : Photo Marc-André Grondin

Jusqu’à présent, les films américains de Jean-Marc Vallée m’avaient fortement déçus. Je n’ai pas compris le succès de Dallas Buyers Club malgré le talent de Matthew McConaughey et Jared Leto et Wild était pour une énorme daube. Mais je tenais à donner au réalisateur canadien une dernière chance en découvrant un film plus local, probablement plus authentique, loin des attentes hollywoodiennes. Surtout, C.R.A.Z.Y. a permis au réalisateur de poursuivre sa carrière aux Etats-Unis. Ce film (à regarder avec des sous-titres, l’accent étant parfois incompréhensible pour nous) a rencontré un véritable succès au Québec (et plus généralement dans le monde) en accueillant dans les salles un million d’entrées sur pratiquement 7,5 millions d’habitants ! Il a aussi reçu une flopée de récompenses dont 13 Jutras (l’équivalent québécois des César) pour 14 nominations et 10 Génies (les prix concernant l’ensemble du cinéma canadien). En tout cas j’ai toujours entendu du bien de ce film, j’en attendais beaucoup. Heureusement, je n’ai pas été déçue et j’aimerais bien que ce monsieur Vallée retourne à ce genre de film plutôt qu’à des machins insipides juste réalisés pour être dans la course aux Oscars. Je ne crie pas non plus au chef-d’oeuvre (il y a selon moi quelques clichés qui auraient pu être évités) mais c’est tout de même un film qui fait plaisir à voir, qui reste bien fait dans son genre, avec de l’honnêteté et qui parvient à toucher. C.R.A.Z.Y. fait référence à la chanson homonyme de Patsy Cline – le père de la famille Beaulieu étant un grand amateur de chansons françaises. Ce titre représente aussi les initiales des cinq enfants (que des mecs) de la famille : Christian, Raymond, Antoine, Zachary et Yvan. Le long-métrage suit surtout l’un d’entre eux, Zach, qui vit mal son homosexualité au sein d’une famille très catholique dans les années 60-70 (époque par ailleurs très reconstituée avec de nombreux détails), époque également de la libération des moeurs qui passe notamment avec l’évolution de la musique dans l’histoire. Quand je parle de famille, je parle donc du père, totalement homophobe et intolérant, toujours coincé avec ses chansons d’Aznavour tandis que ses garçons écoutent du Bowie. Zach est prêt à renier sa véritable identité pour se faire aimer de ce père qui aime certainement ses enfants mais qui préfère privilégier ses convictions (certainement liées à l’époque et son éducation) qu’au bonheur de ses gosses. Cela montrera d’ailleurs les limites de cette éducation qui n’épargnera pas l’un des enfants Beaulieu par les ravages de la drogue.

C.R.A.Z.Y. : Photo Marc-André Grondin, Pierre-Luc Brillant

Si nous avons parlé du rôle du père, celui de la mère est également très important. Figure davantage plus doux et tolérant – même si elle ne parvient pas à raisonner son époux (vu les différents contextes, cela peut être compréhensible), la mère Beaulieu a une relation particulière avec le petit Zach : pour elle, cet enfant est encore plus unique que les autres. Il aurait un don (lié à sa naissance un soir de Noël ?) et surtout serait connecté à sa mère. Il y a notamment cette jolie scène (certes, pas d’une grande subtilité mais je l’ai tout de même bien aimée) dans laquelle Zach est dans le désert israélien en train de crever de déshydratation et parallèlement sa mère, toujours au Québec, qui se sent très mal, se lève et va dans la salle de bains boire et se rafraîchir : Zach aurait alors été sauvé par sa mère par distance. Peu importe s’il s’agit d’une coïncidence, on comprend bien le message. Si elle peut paraître peu subtile sur le papier (en lisant des commentaires à droite et à gauche, j’ai l’impression qu’elle a divisé pas mal de spectateurs), cette scène reste pourtant très émouvante à l’image de l’ensemble du film. Cela dit, il n’y a rien de larmoyant principalement à cause du ton adopté. En effet, on trouve une sorte de légèreté, mêlée littéralement à quelque chose de plus fou, à travers les choix musicaux qui ne sont pas simplement là pour faire joli (hélas, c’est souvent le cas dans de nombreux films) mais bien pour illustrer l’époque paradoxale dans laquelle vit Zach, entre révolution sexuelle prônant la liberté d’être ce qu’on est au fond de soi et éducation stricte religieuse qui a pour but de formater l’individu. Les choix musicaux illustrent aussi le changement vestimentaire et plus généralement physique de Zach (ainsi que certains de ses frères). Ce point est intéressant puisqu’il va de pair avec la quête d’identité sexuelle du personnage principal. La mise en scène est donc intéressante, au moins avec de la personnalité contrairement aux films américains de Vallée, le scénario est également très inspiré et assez bien construit (ce n’est pas révolutionnaire mais ça reste bien fait), l’ensemble est bien rythmé, on suit en tout cas volontiers l’histoire racontée avec beaucoup de sincérité. Enfin, C.R.A.Z.Y. est porté par d’excellents interprètes, notamment les bouleversants Marc-André Grondin (très naturel) et Michel Côté (étonnamment attachant – il ne rend jamais son personnage salopard malgré son intolérance pourtant inexcusable) qui se détachent légèrement même si le reste de la distribution n’a pas à rougir.

C.R.A.Z.Y. : photo Jean-Marc Vallée, Michel Côté

Man on High Heels

réalisé par Jin Jang

avec Cha Seung-won, Oh Jung-se, Esom…

titre original : Hai-hil

Film policier coréen. 2h. 2015.

sortie française : 20 juillet 2016

interdit aux moins de 12 ans

highheels

Ju-wook est un policier endurci bardé de cicatrices prêt à tout pour arrêter les criminels qu’il pourchasse, en particulier Heo-gon, un mafieux notoire et cruel. Sa jeune collègue, traque, elle, un violeur en série et tombe peu à peu amoureuse de Ju-wook. Mais elle ignore que celui-ci ne nourrit qu’un seul désir : devenir une femme…

Man on High Heels : Photo

Vous le savez, je suis une fan de cinéma coréen (décidément, toujours aussi en forme), j’étais « obligée » de découvrir ce fameux Man on High Heels, qui a su séduire le jury du Festival du Film Policier de Beaune cette année en repartant avec deux récompenses. Le réalisateur Jin Jang (dont je ne connaissais pas son travail jusqu’à présent – visiblement c’est le premier film de sa carrière à être distribué en France) s’attaque donc à un sujet tabou, encore plus en Corée : la transsexualité. En effet, le pitch est à la fois alléchant et intéressant, inhabituel pour des personnages d’action qui ont pour l’habitude d’avoir de gros bras et d’assumer leur hétérosexualité en s’affichant notamment avec de belles nanas : le personnage principal (Yoon Ju-wook) est un flic qui est baraqué, viril en apparence, il se bat comme un Dieu (ça paraît improbable mais justement c’est ça qui est génial), bref, comme le disent son entourage ou ses adversaires, il a tout d’un « vrai » mec selon les critères attendus par une certaine partie de la société. Qui aurait pu croire que son grand secret serait celui de devenir… une femme ? Le pitch n’est pas juste intéressant sur le papier, après tout, il est également « gros » et on aurait pu tomber dans quelque chose de gênant ou en tout cas de mal maîtrisé (je connais tellement de films qui présentent un synopsis alléchant mais qui ne parviennent pas à être bien mis en scène). Il a alors le mérite de fonctionner pour de bon sur grand écran car justement il assume ce côté « gros » en n’hésitant pas à se moquer du machisme souvent présent dans les polars et films d’action notamment à travers de quelques « exagérations » (je vous rassure, ça reste bien fait, rien de cartoonesque non plus) mises en avant par le scénario ou plus généralement par certains choix esthétiques (du genre le combat sous la pluie au ralenti). La séance d’ouverture est juste complètement folle, drôle (comme souvent dans le cinéma coréen, même quand les films sont noirs et sérieux) et qui bouge : notre personnage principal réussit à combattre à lui tout seul à mains nues un mafieux et sa bande. Dans un flashback, ce mafieux raconte aux autres sa rencontre avec ce flic exceptionnel, dans un sauna où ce dernier se place devant lui à poil (le sexe bien près de son visage) et le frappe violemment ! La scène d’après (pour ne citer que cet exemple) est également très drôle (encore une fois typique du cinéma coréen) avec le chef qui blâme Ju-wook parce qu’il a réussi à botter le cul des méchants ! Au passage, toutes les scènes d’action sont incroyables et scotchantes, parfaitement chorégraphiées et encore une fois avec ce grain de folie indescriptible.

Man on High Heels : Photo

Mais ce film n’est pas uniquement un formidable concentré d’action ou un thriller sombre et violent, parfois teinté d’un humour surprenant, parfois entre la parodie et le second degré (au passage, le mélange des genres fonctionne à merveille, sans qu’on n’ait loin l’impression de voir quelque chose de foutraque) – décidément, le cinéma coréen réussit souvent ces mélanges de genres. Encore une fois, malgré ces éléments qui fonctionnent dans le film, le rendant à part (surtout quand on voit le manque d’originalité des films sortis au cinéma cet été) on n’est pas du tout dans un grand bordel créatif, loin de là (même si dit comme ça, ça surprend). Man on High Heels est surtout un film tragique et émouvant sur un homme obligé de développer une double personnalité, en dépit de pouvoir faire apparaître à tous sa véritable identité. Les pourris peuvent s’afficher dans la société avec beaucoup moins de problèmes, en faisant ce qu’ils leur chantent tandis que les transsexuels, des personnes sincères dans leur démarche, sont rejetées de la société voire même par leur propre entourage. Les scènes de flashback manquent parfois un peu de subtilité (c’est pour moi son petit point faible mais cela n’empêche pas le film d’être vraiment bon) mais restent tout de même très touchantes et surtout cela permet de mieux cerner le personnage principal. Cha Seung-won (visiblement un acteur chouchou du réalisateur) est épatant dans le rôle de ce policier complexe. Il parvient vraiment à montrer les deux facettes de sa personnalité, c’est-à-dire sa part masculine, volontairement plus visible et sa part féminine, qui apparaît de manière plus subtile. Il y a presque un mélange improbable et paradoxal dans son interprétation qui contribue grandement la réussite de ce long-métrage : il y a une forme de dualité qu’on retrouve chez ce personnage mais on ne peut pas dire qu’il y ait non plus une totale opposition : disons qu’il s’agit véritablement d’un tout dans sa personnalité et son identité, même s’il y a une part qui veut se manifester plus qu’une autre. La masculinité et la féminité qui habitent ce personnages, opposées et complémentaires à la fois, montrent bien toute la complexité de ce personnage, blessé autant psychologiquement que physiquement (les nombreuses cicatrices sur son corps peuvent aussi symboliser sa détresse). Avec The Strangers, je vous conseille donc cette nouvelle pépite atypique coréenne, qui passe très rapidement malgré sa durée et qui, surtout, provoque diverses émotions.

Man on High Heels : Photo

Viva

réalisé par Paddy Breathnach

avec Hector Medina Valdés, Jorge Perugorria, Luis Alberto Garcia, Mark O’Halloran…

Drame irlandais, cubain. 1h40. 2015.

sortie française : 6 juillet 2016

593696.jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxx

A Cuba, un jeune homme qui coiffe les perruques d’artistes travestis, rêve de chanter dans leur cabaret. Mais son père, qui sort de prison, a d’autres rêves pour lui…

Viva : Photo

Ca fait depuis quelques mois que j’attendais la sortie de Viva (co-produit par l’acteur Benicio Del Toro et scénarisé par Mark O’Halloran, qui apparaît également dans un rôle secondaire), qui avait été sélectionné pour concourir à l’Oscar du meilleur film en langue étrangère pour représenter cette année (il avait terminé dans la shortlist des 15 mais n’est pas parvenu à être dans les cinq derniers – mais ça faisait depuis un long moment que l’Irlande n’était pas allé aussi loin dans la compétition en ce qui concerne cette catégorie). Je ne me suis jamais cachée (notamment dans mon article sur les films à regarder à l’occasion de Saint-Patrick) : j’aime suivre les talents irlandais. Je ne connaissais pas du tout le travail du dublinois Paddy Breathnach jusqu’à présent (le réalisateur de Shrooms ou encore de Blow Dry) mais je n’ai pas été déçue. L’histoire ne se passe pas du tout dans le pays d’origine du réalisateur mais à Cuba, dans la misère. Le personnage principal Jesùs n’a jamais de thunes. Son travail de coiffeur (en gros il coiffe des petites vieilles ainsi que des perruques dans le club dans lequel il deviendra plus tard Viva) ne lui rapporte pas beaucoup d’argent et est parfois contraint de se prostituer tout comme un de ses amis, qui espère aller en Espagne. Sa meilleure amie Cecilia couche avec un boxeur dans l’espoir de pouvoir aller vivre aux Etats-Unis (dans un sens, c’est une autre forme de prostitution). Quant à son père, Angel, ancien boxeur au passé très violent, il sort de prison. Paddy Breathnach parvient à mettre en scène deux choses pourtant différentes : d’un côté, filmer la banalité de beaucoup de jeunes cubains (qui mangent simplement une glace dans la rue… avant de repartir avec un client), de l’autre, magnifier les travestis du spectacle qui se donnent à fond et avec sincérité. Le réalisateur n’émet également aucun jugement face aux choix et comportements des personnages, notamment en ce qui concerne le père de Jesùs. Il n’y a également pas de pathos ou de misérabilisme. Pourtant, c’est un film réellement émouvant. Certes, rien de nouveau à l’horizon en ce qui concerne les thèmes abordés mais pourtant on se laisse prendre par ce film qui n’ennuie pas. On pourra être frustré de voir peu de scènes de spectacle, cela dit, chaque scène musicale est réussie et a du sens dans le scénario et surtout en ce qui concerne l’évolution de Jesùs. On le voit d’abord hésitant puis il apprend à s’affirmer et enfin à être ce qu’il a toujours voulu être. La scène où Jesùs revient bourré dans le club après s’être encore prostitué et chante tout son désespoir avec Mama est très forte. La dernière scène est également très forte et clôt parfaitement le long-métrage.

Viva : Photo

Les fameuses scènes musicales sont donc tournées en playback et pour le public étranger, il n’y a pas de sous-titres. C’est un choix volontaire de la part du réalisateur qui voulait faire passer de l’émotion sans avoir besoin qu’on comprenne nécessairement les paroles. Effectivement ce choix fonctionne complètement. Il y a aussi quelque chose qui semble a priori simple dans la mise en scène (par le fait de filmer le quotidien de cubains) mais pourtant on sent que Paddy Breathnach sait ce qu’il fait et où il mène son film. Le scénario tient également debout, chaque étape semble logique et la fin est très belle même si dans la réalité je doute que les personnages évoluent aussi rapidement. Mais ça passe tout de même, ne faisons pas non plus de trop de chichis. Le film séduit alors pour son ode à la différence, à l’acceptation de soi et des autres, l’encouragement à trouver sa véritable identité Viva bénéficie d’un casting formidable. On sent surtout beaucoup de sincérité. Certes, ça ne fait pas tout (sinon beaucoup de films seraient bons) mais là ça donne une réelle dynamique et surtout une véritable émotion sans surenchère (au passage, le film n’est pas vulgaire). Dans le rôle de Viva / Jesùs, le jeune Hector Medina Valdés est bluffant. Il parvient à incarner avec beaucoup de justesse et de naturel ce jeune garçon doux, même innocent, confronté à la dureté de la vie et qui va affirmer son identité et tout simplement choisir sa vie telle qu’il l’entend. Dans le rôle du père alcoolique et macho qui tente de se rapprocher maladroitement de son fils, Jorge Perugorria (une star cubaine que vous avez pu voir dans Fraises et Chocolat de Tomás Gutiérrez Alea et Juan Carlos Tabío et Che de Steven Soderbergh) est également impeccable. Son rôle n’est pas non plus facile mais, certainement aidé par une écriture fine, son interprétation a une certaine subtilité, malgré le côté brutal affiché d’emblée. Il parvient à exprimer une véritable gamme d’émotions. Enfin, j’ai énormément Luis Alberto Garcia, vraiment attachant dans le rôle de Mama, qui dirige le Club et qui fait aussi en quelque sorte partie de la famille de Jesùs. Je ne peux alors que vous conseiller ce film qui passe malheureusement inaperçu dans les salles françaises, comme beaucoup d’autres films tous les étés.

Viva : Photo

Unbreakable Kimmy Schmidt (saison 2)

Créée par Robert Carlock et Tina Fey

avec Ellie Kemper, Tituss Burgess, Carol Kane, Jane Krakowski, Sara Chase, Lauren Adams, Dylan Gelula, Sol Miranda, Lisa Kudrow, Tina Fey, Jon Hamm, David Cross, Anna Camp, Ice-T, Jeff Goldblum, Joshua Jackson, Zosia Mamet…

Série comique américaine.  2e saison. 2016. 

unbreakable-kimmy-schmidt-saison-2-nouveau-teaser-et-affiche-affiche

Kidnappée lorsqu’elle était adolescente, Kimmy a passé 15 ans au sein d’une secte, entourée de quatre autres filles de son âge, en pensant qu’elle était l’une des seules survivantes de l’Apocalypse. Le jour où elle est enfin libérée, c’est un tout nouveau monde qui s’ouvre à elle, rempli d’infinis possibilités. Devant ses yeux innocents et éblouis, New York lui semble gigantesque et c’est là qu’elle est bien décidée à refaire sa vie, même si elle n’a aucune idée de ce qu’elle veut en faire…

Photo Ellie Kemper, Jane Krakowski, Tituss Burgess

J’avais relevé quelques défauts mais j’avais été très satisfaite par la première saison de Unbreakable Kimmy, créée par Tina Fey et Robert Carlock (à l’origine de la très bonne série 30 Rock). J’avais donc envie de connaître la suite des aventures de la Kimmy du titre (et aussi de ses amis), de voir si elle était capable de se reconstruire pour de bon après le procès du Révérend (interprété par Jon Hamm) qui l’avait retenue dans un bunker pendant quinze ans. Avant de commencer à découvrir cette saison 2, je n’avais pas spécialement envie d’écrire un billet de peur de me répéter. Mais en fait, je chronique cette saison en question car elle est différente de la première et par conséquent le ressenti est également différent. On pourra dire ce qu’on veut : on pourra être content de voir du changement, de ne pas rester sur des acquis, d’avoir envie de faire évoluer les personnages. Ainsi, la première saison était très portée sur l’avenir. Or, cette deuxième saison tourne autour du passé. Kimmy a beau être un personnage optimiste, ses blessures sont bien réelles. Elle ne peut plus fuir éternellement ce qui s’est passé et elle a besoin de revenir sur son enfance et son enlèvement pour pouvoir grandir pour de bon et ne plus être la grande enfant qu’elle est actuellement. Par conséquent, autre changement lié à la question du temps : cette saison est certes toujours drôle mais elle est bien plus profonde que la précédente. On savait bien qu’il y avait déjà une part de psychologie mise en place dans la première saison mais on sentait bien que Tina Fey et Robert Carlock avaient préféré privilégier l’humour très cartoonesque et l’optimisme. Attention, ces deux éléments sont toujours présents dans cette nouvelle saison mais il me semble que ce n’était pas la priorité des créateurs et des scénaristes. La psychologie est si mise en avant qu’elle est concrètement intégrée dans le scénario : en effet, Kimmy rencontre une psy complètement barge, alcoolique et schizophrène, incarnée par Tina Fey justement (excellente au passage – plus marquante que dans la première saison dans un autre rôle – même si on a parfois l’impression qu’elle fait un peu trop son show – on sent que ne plus être l’héroïne d’une série doit lui manquer). Cela va lui permettre de mieux comprendre certains éléments. Parmi ces scènes de compréhension nécessaires à sa reconstruction, on notera l’épisode très réussi dans lequel elle voit des parties de sa vie façon dessin animé de Disney avec sa mère (interprétée par Lisa Kudrow, très bien au passage dans l’épisode final) et le Révérend.

Photo Ellie Kemper, Jeff Goldblum

Cette saison 2 se veut donc plus profonde et sur ce point, je trouve qu’elle est assez réussie et pas uniquement en ce qui concerne Kimmy, ce qui crée encore plus de cohérence dans le propos. En effet, tous les personnages sont concernés par leur passé pour pouvoir mieux avancer. Ainsi, Titus affronte son passé « d’hétéro » mal sans sa peau et assumer enfin ses responsabilités en se mettant en ménage avec quelqu’un. Jacqueline, divorcée et qui n’a plus un sou, assume de plus en plus ses origines indiennes. Quant à Lillian, elle se bat pour préserver son quartier  face aux hipsters et plus généralement face aux changements. J’ai aimé cette saison intelligente et touchante, cela dit, comme la saison précédente, elle a ses défauts. Ce sont des défauts différents de la première saison. Je ne sais pas si c’est parce que je me suis habituée ou non mais je trouve qu’il y a peut-être moins de « grimaces » et d’humour forcé dans cette seconde saison. De ce point de vue là, il y a eu des progrès. En revanche, le véritable problème de cette saison est son rythme. Certes, je ne dirais pas que je me suis emmerdée, loin de là, sinon je ne me serais pas gênée de lui foutre une sale note. Ca reste amusant et divertissant. Mais j’ai tout de même senti au milieu de la saison un véritable coup de mou. Mine de rien, cette saison est un peu plus longue que la précédente. En effet, la première saison comportait dix petits épisodes qui duraient chacun une petite vingtaine de minutes. Or, cette deuxième saison est composée de treize épisodes qui durent désormais trente minutes. Ca parait peu dit comme ça et pourtant on sent une énorme différence ! Certes, ces quelques ajouts sont dans la continuité de ce qui a été mis en place autour de la psychologie des personnages. Effectivement, on voit davantage les rôles secondaires dans cette saison tout en gardant bien en tête que le personnage central reste Kimmy. Cela dit, les longueurs se ressentent, on sent que ça s’étire inutilement finalement. Supprimer certains épisodes aurait été judicieux finalement. Surtout, si on sent qu’il y a une volonté de penser au sort de tous les personnages, je n’ai pas trouvé qu’ils étaient tous mis sur le même niveau. En effet, on voit toujours autant Titus (et ses formidables péripéties), le personnage de Lillian a également été très bien développé (et tant mieux car elle n’était pas suffisamment présente dans la première saison) mais celui de Jacqueline m’a semblé plus délaissée alors que son évolution est hyper intéressante. Ca m’a beaucoup frustrée !

Photo

Heureusement, cette saison sait où elle va malgré quelques égarements et trouve une bonne fin : elle clôt bien la saison tout en offrant une véritable ouverture (par une véritable révélation sur Kimmy). Par conséquent, cela donne envie de découvrir la saison 3 (déjà commandée par Netflix). Surtout cette saison regorge tout de même d’un grand nombre de moments très drôles. Certes, difficile de nous faire oublier le désormais mythique « Peeno noir » mais certaines scènes valent tout de même le détour. Je pense notamment à l’intervention hilarante de Jeff Goldblum en présentateur d’un show hyper malsain profitant de la misère humaine, au coming-out du copain de Titus à sa famille qui va frustrer notre drama queen préférée, la venue des hipsters (avec Zosia Mamet de Girls), l’épisode hommage et délirant au Menthos ou à l’apparition étrange de Ice-T. Enfin, même si on la voit moins durant cette saison, Jacqueline nous offre un grand nombre de scènes très drôles, encore plus que dans la précédente saison. Elle est hilarante avec sa famille indienne, en tentant de retrouver ses véritables origines alors qu’elle a l’air encore très New-Yorkaise (et qu’elle raconte en plus n’importe quoi dans une langue ou encore lorsqu’elle tente de sauver les apparences en voulant prouver à tout le monde qu’elle a encore de l’argent. Jane Krakowski est toujours aussi excellente dans le rôle de cette femme vénale qui devient plus humaine au cours de cette saison. Elle reste attachée à l’argent, aux apparences dans la société mais elle commence à s’en détacher et à s’intéresser enfin aux sentiments qu’elle peut éprouver pour les autres. Le chemin reste évidemment long pour qu’elle change totalement mais il est en tout cas formidable de voir une interprétation qui  reste toujours dans cette optique caricaturale, à l’image du reste de la série (il s’agit plus d’une remarque qu’une critique) tout en commençant à donner plus de « nuances » à son personnage. Evidemment, parlons d’Ellie Kemper, qui incarne notre Kimmy préférée. Elle aussi est formidable dans le rôle-titre et comme Krakowski, tout en continuant à jouer sur la carte du cartoon, elle parvient aussi à donner plus d’émotion et de profondeur à son personnage grâce à une écriture qui va dans ce sens. Evidemment, quel bonheur de revoir Tituss Burgess dans le rôle de Titus ! Il est toujours aussi excellent ! Il faudrait regarder cette série rien que pour ce gars ! Enfin, à l’image de son personnage Lillian qui est davantage développé dans cette saison, Carol Kane m’a encore plus fait rire que dans la première saison. Bref, pour conclure, une nouvelle bonne saison qui a le mérite de corriger quelques erreurs de la précédente, même s’il y en a d’autres qui entrent en jeu, qui restent malgré tout divertissante (malgré un coup de mou) et toujours aussi ouverte à la réflexion.

Photo Ellie Kemper

Une journée particulière

réalisé par Ettore Scola

avec Sophia Loren, Marcello Mastroianni, John Vernon, Françoise Berd…

titre original : Una Giornata Particolare

Drame italien. 1h45. 1977.

sortie française : 7 septembre 1977

Movie Challenge 2016 : Un film LGBT

 

affiche

A Rome le 6 mai 1938. Alors que tous les habitants de l’immeuble assistent au défilé du Duce Mussolini et d’Hitler, une mère de famille nombreuse et un homosexuel se rencontrent.

journee

Au risque de choquer certains d’entre vous, je n’avais pas encore eu l’occasion de regarder des films d’Ettore Scola (j’en avais pourtant très envie). Suite à son décès en janvier dernier, Arte (chaîne que je vénère tant chaque jour) a décidé de programmer certains de ses longs-métrages, dont Une journée particulière. Ce film avait été présenté au festival de Cannes en compétition et avait remporté le César du meilleur film étranger. Marcello Mastroianni avait été nommé aux Oscars et aux Golden Globes pour son interprétation. L’histoire se situe le 8 mai 1938, c’est-à-dire le jour durant lequel Hitler (invité par Mussolini) a défilé dans les rangs des jeunesses mussoliniennes. Toute l’Italie est alors invitée à y assister. Cela dit, deux personnages ne vont pas y aller : d’un côté, Antonietta (incarnée par une excellente Sophia Loren, incarnant d’habite des femmes fatales), une mère au foyer à la tête d’une famille nombreuse et mariée à un macho qui ne se préoccupe pas d’elle, ce dernier pense que le rôle de la femme doit être à la maison et de s’occuper de sa famille. De l’autre, Gabriele (interprété par un magnifique Marcello Mastroianni, lui aussi dans un rôle à contre-emploi) est un présentateur radio homosexuel, consigné par la police dans son appartement. La caméra ne va alors jamais lâcher ces deux personnages qui apprennent à se connaître, dans un sens même à s’aimer et surtout à s’exprimer librement. Deux personnages, peu de lieux (pour ne pas dire pratiquement au même endroit), un récit qui se déroule (comme l’indique le titre ahahah) en une journée : on pense forcément aux codes du théâtre. Ce film a d’ailleurs été adapté à plusieurs reprises sur scène, ce qui n’est pas un hasard. Cela dit, Une Journée Particulière dépasse ce schéma. Certes, il a un aspect assez simple, ce qui n’a rien d’un reproche, au contraire, c’est même assez plaisant, mais je n’ai jamais eu l’impression d’assister à une pièce (beaucoup de films tombant parfois dans ce piège).

journeee

La mise en scène est précise tout en restant très fluide à l’image de certains mouvements de caméra, je pense notamment à un joli plan-séquence suivi après d’une succession de petits plans qui donnent l’impression d’assister à un nouveau plan-séquence. Le scénario est habilement bien écrit dans le sens où il parvient à mêler habilement Histoire (le film étant en plus introduit par des images d’archive pour situer encore plus le contexte) et histoires individuelles et intimes, en dressant des portraits saisissants. Ainsi, cette rencontre va faire réaliser à Antonietta à quel point en réalité elle ne partage pas du tout l’opinion du foyer sur le Duce. Antonietta et Gabriele sont deux personnages qui a priori sont différents, surtout à cause de leur mode de vie, pourtant les deux se retrouvent dans une situation : leur vie les emprisonne. Le côté presque « huis clos » confirme la triste situation dans laquelle ils se trouvent sans pouvoir en échapper. Leur relation est intéressante : comme je le disais, quelque part, ils s’aiment, mais il ne s’agit évidemment pas d’un amour traditionnel comme l’entendent habituellement les spectateurs. Et je ne dis pas ça qu’à cause de l’homosexualité de Gabriele. En effet, à travers toutes les discussions (qui ne fatiguent jamais le spectateur), qui montrent déjà un désir de liberté, Antonietta et Gabriele se livrent à un étrange jeu de séduction. Certes, encore une fois, je ne remets pas la part humaine et sentimentale présente mais cette séduction en question apparaît ici comme un moyen de chercher une liberté que les personnages ne sont pas encore parvenus à acquérir. Finalement, même si ce film possède effectivement une part importante historique, il reste un film très universel, dont les thèmes peuvent parler à tout le monde et finalement le propos n’a pas vieilli. Une journée particulière est un film sobre mais pourtant aux qualités nombreuses et remarquables et surtout à la fois puissant et émouvant, porté par deux acteurs époustouflants.

journeeee

Ave, César !

réalisé par Joel et Ethan Coen

avec Josh Brolin, George Clooney, Alden Ehrenreich, Ralph Fiennes, Scarlett Johansson, Channing Tatum, Tilda Swinton, Jonah Hill, Frances McDormand, Christophe Lambert, Heather Goldenhersh, Veronica Osorio, Max Baker, Ian McBlack, David Krumholtz, Alison Pill, Alex Karpovsky…

titre original : Hail, Caesar !

Comédie américaine, britannique. 1h40. 2016.

sortie française : 17 février 2016

562676

La folle journée d’Eddie Mannix va nous entraîner dans les coulisses d’un grand studio Hollywoodien. Une époque où la machine à rêves turbinait sans relâche pour régaler indifféremment ses spectateurs de péplums, de comédies musicales, d’adaptations de pièces de théâtre raffinées, de westerns ou encore de ballets nautiques en tous genres. Eddie Mannix est fixer chez Capitole, un des plus célèbres Studios de cinéma américain de l’époque. Il y est chargé de régler tous les problèmes inhérents à chacun de leurs films. Un travail qui ne connaît ni les horaires, ni la routine. En une seule journée il va devoir gérer aussi bien les susceptibilités des différentes communautés religieuses, pour pouvoir valider leur adaptation de la Bible en Technicolor, que celles du très précieux réalisateur vedette Laurence Laurentz qui n’apprécie que modérément qu’on lui ait attribué le jeune espoir du western comme tête d’affiche de son prochain drame psychologique.Il règle à la chaîne le pétrin dans lequel les artistes du studio ont l’art et la manière de se précipiter tous seuls. En plus de sortir une starlette des griffes de la police, ou de sauver la réputation et la carrière de DeeAnna Moran la reine du ballet nautique, Eddie Mannix va devoir élucider les agissements louches du virtuose de claquettes, Burt Gurney. Cerise sur le gâteau, il a maille à partir avec un obscur groupuscule d’activistes politique qui, en plein tournage de la fameuse superproduction biblique AVE CÉSAR lui réclame une rançon pour l’enlèvement de la plus grosse star du Studio, Baird Whitlok. Le tout en essayant de juguler les ardeurs journalistiques des deux jumelles et chroniqueuses ennemies, Thora et Thessaly Thacker. La journée promet d’être mouvementée.

Ave, César! : Photo George Clooney, Josh Brolin

Je suis une immense fan des frères Coen au point d’avoir vu toute leur filmographie. Certes, ils n’ont pas signé que des chefs-d’oeuvre mais j’arrive même à apprécier les quelques films moyens ou mineurs de leur carrière. J’avais donc très envie de découvrir leur dernière comédie, présentée en ouverture au dernier festival de Berlin (en hors compétition), qui présente un sacré casting dans lequel nous retrouvons beaucoup d’habitués de leur univers : Josh Brolin (No Country for Old Men, True Grit), George Clooney (O’Brother, Intolérable CruautéBurn After Reading), Scarlett Johansson (The Barber), Frances McDormand (Sang pour Sang, Fargo, Burn After Reading, The Barber etc… il s’agit de sa 8e collaboration avec les frangins) et Tilda Swinton (Burn After Reading). Selon les deux réalisateurs, Ave, César ! marque le dernier film de « la Trilogie des Idiots » après l’excellent O’Brother et le sympathique Burn After Reading. Hélas, je n’ai pas du tout aimé leur dernier long-métrage. Il s’agit pour moi d’une énorme déception : c’est réellement la première fois que je trouve un de leurs films mauvais. C’est encore une fois la preuve qu’un film bourré de stars n’est pas toujours un gage de qualité. Je me suis énormément ennuyée et je n’ai pas ri tant que ça. Certes, les scènes de tournage sont sympas. Le tournage du film avec le personnage de George Clooney qui incarne César peut effectivement les péplums de l’époque, la séquence musicale avec Channing Tatum en marin est fantastique et la scène avec Scarlett Johansson en sirène est également bien foutue esthétiquement. La scène de tournage avec Alden Ehrenreich en acteur de western ne sachant pas aligner trois mots sous la direction du so british Ralph Fiennes est vraiment excellente, certainement la seule qui m’a vraiment fait rire (avec ce qui suit derrière). Hélas, ce n’est pas parce que ces scènes-là sont réussies que le reste l’est. Il manque pour moi une véritable cohérence entre les scènes de tournage et celles en dehors du studio, mais surtout il n’y a pas de cohérence entre les différentes intrigues mises en place, c’est-à-dire entre la réunion des différentes autorités religieuses pour réaliser un film adapté de la Bible en Technicolor, le kidnapping de Baird Whitlock par des communistes, le secret de grossesse d’une star célibataire et le changement de registre d’un acteur de western. On a du coup l’impression d’assister à une alternance de sketchs pas du tout aboutis. Par conséquent, on connait mal les personnages et on n’a pas envie de s’intéresser à eux (et à leurs histoires).

Ave, César! : Photo Alden Ehrenreich, Ralph Fiennes

Que ce soit les personnages, les différentes histoires à l’intérieur de la grande, les nombreuses références historiques (notamment le maccarthysme qui a condamné de nombreux artistes) et plus généralement les thèmes abordés (les conditions de travail des artistes, l’éternelle opposition entre l’art et le marketing), tout est survolé alors que ça méritait un meilleur traitement. C’est dommage car d’un point de vue esthétique, le film est plutôt réussi avec notamment des beaux costumes, d’imposants décors et une photographie soignée, le tout permettant vraiment aux spectateurs de retrouver une certaine image que nous avons en tête des films hollywoodiens des années 1950 sans qu’on tombe dans quelque chose de trop kitsch. En revanche, même si les scènes de tournage ont pour but de nous refaire vivre un instant le cinéma de cette époque, je ne savais pas trop comment réagir. Je ne savais pas s’il s’agissait d’un hommage, d’une caricature, d’une parodie ou des trois à la fois (ou même une autre option). Du coup, je pense que ça m’a bloquée pour apprécier totalement ces scènes mais même plus généralement le film. Je pense que c’est aussi pour cette raison que je n’ai ni retrouvé l’humour grinçant des Coen que j’aime tant ni leur noirceur. Enfin, étant donné que les stars ne font que passer, les interprétations ne sont pas non plus totalement satisfaites. Alden Ehrenreich (certainement la moins « star » du casting) est celui qui s’en sort à mon avis le mieux et qui a un rôle un peu plus consistant que les autres. Après, même s’ils ne m’ont pas non plus bluffés, George Clooney, Ralph Fiennes, Tilda Swinton et même Channing Tatum sont plutôt convaincants même s’ils ne sont pas non plus surprenants. En revanche, même si je n’ai strictement rien contre eux, je me suis vraiment demandée ce que faisaient dans ce film Frances McDormand et Jonah Hill. Déjà qu’on ne voit pas beaucoup en général les autres personnages, mais alors eux, c’est limite une blague. Je n’ai rien contre les apparitions de copains de réalisateurs ou même juste des apparitions sympas (comme celle de Christophe Lambert notamment) mais eux n’apportent vraiment rien et on se demande vraiment ce qu’ils foutent sur l’affiche (que ce soit leurs noms ou la gueule de Hill). En revanche, je trouve Scarlett Johansson toujours aussi mauvaise même si on la voit peu (heureusement, parce que là, ça aurait été le pompon). Pourtant, son personnage était sur le papier intéressant (pour le cinéma, elle est glamour alors qu’en dehors du tournage elle parle comme un camionneur) mais je trouve son interprétation vraiment fausse. Quant à Josh Brolin, il est certes plutôt bon, comme souvent, mais pour moi il n’a pas suffisamment les épaules pour porter totalement ce film en tant que personnage principal qui relie tous les autres.

Ave, César! : Photo Scarlett Johansson

Carol

réalisé par Todd Haynes

avec Cate Blanchett, Rooney Mara, Kyle Chandler, Sarah Paulson, Jake Lacy, Carrie Brownstein, Cory Michael Smith, John Magaro…

Drame, romance américain, britannique. 1h58. 2015.

sortie française : 13 janvier 2016

Movie Challenge 2016 : un film sorti cette année au cinéma

008997

Dans le New York des années 1950, Therese, jeune employée d’un grand magasin de Manhattan, fait la connaissance d’une cliente distinguée, Carol, femme séduisante, prisonnière d’un mariage peu heureux. À l’étincelle de la première rencontre succède rapidement un sentiment plus profond. Les deux femmes se retrouvent bientôt prises au piège entre les conventions et leur attirance mutuelle.

Carol : Photo Cate Blanchett

Carol est tiré du roman de Patricia Highsmith (publié en 1952), ce qui pourra « surprendre » étant donné que cette auteure est surtout connue pour ses romans policiers. Pourtant, à l’époque, l’homosexualité avait quelque chose de criminel. Certes, Carol n’appartient pas du tout au genre policier mais c’est pourtant peut-être ce côté tragique de l’homosexualité dans les années 1950 qui a poussé Highsmith à écrire ce texte qui n’est peut-être pas si à part du reste de son travail. Todd Haynes (qui est ouvertement gay)  a déjà prouvé qu’il aimait traiter de l’homosexualité et je dirais même de l’ambiguïté sexuelle. Les années 1950 semblent également être une période qui fascine le réalisateur. Carol entre à ce moment-là très logiquement dans la filmographie de Haynes mais sans avoir l’impression qu’il se répète. J’avais pourtant peur d’avoir une impression de déjà vu, pas uniquement en connaissant le travail du réalisateur mais aussi à cause de son sujet en lui-même qui a souvent été traité au cinéma (et même ailleurs). Mais finalement, une fois le film lancé, on finit par oublier ce qu’on a déjà vu, ce qu’on connait déjà. Personnellement, même si je ne crierais pas non plus au chef-d’oeuvre, je me suis laissée porter par cette romance entre ces deux belles femmes qui n’ont rien à voir l’une avec l’autre (âge, classe sociale, physique, rapport même avec l’identité sexuelle). J’ai totalement cru à cette histoire d’amour ! Il faut dire qu’il y a une belle complicité, voire même une véritable alchimie entre Cate Blanchett et Rooney Mara. Au passage, j’avoue ne pas comprendre pourquoi Mara a remporté le prix sans Blanchett alors que les deux actrices se situent au même niveau (que ce soit en ce qui concerne la qualité des interprétations ou l’importance des rôles) tout comme c’est ridicule de voir Mara nommée aux Oscars dans la catégorie « meilleure actrice dans un second rôle » alors qu’elle méritait d’être dans la catégorie principale avec sa partenaire. Pourtant, beaucoup ont trouvé justement ce film très froid. Je peux comprendre cette réflexion étant donné que l’esthétique du film contribue à cette froideur qui permet de décrire comment était la société américaine figée dans les années 1950. Mais grâce à sa mise en scène élégante, son montage efficace, ses cadres précis, il me semble que justement la caméra parvient à capturer tous ces petits instants magiques présents au début d’une relation amoureuse en train de prendre forme et c’est selon moi ces éléments-là qui rendent le film touchant (même si je dirais qu’il n’est pas aussi bouleversant que je l’espérais mais c’est déjà pas si mal).

Carol : Photo Rooney Mara

Il est d’ailleurs intéressant de voir le rôle de la photographie, l’autre passion de Therese. Elle représente pour moi le lien passionnel avec Carol et surtout est le symbole de ces petits moments qui apparaissent à la naissance d’une relation amoureuse. La froideur, qui passe à une esthétique flamboyante et classique à la fois, est pour moi un bon moyen de montrer une réelle passion tout en restant secrète par rapport aux codes de la société qui condamne l’homosexualité. Pour ma part, la retenue est quelque chose qui m’a vraiment plu (notamment en ce qui concerne la scène de sexe). Par conséquent, j’ai trouvé que les scènes plus « relâchées » avaient plus de poids, comme si les personnages s’autorisaient enfin à être eux-mêmes. Je pense notamment au bouleversant et puissant plaidoyer de Carol durant l’audience qui doit déterminer son sort sur son divorce. De plus, j’ai trouvé les différents points de vue sur l’identité sexuelle, qui passent à travers les trois principaux personnages féminins, très intéressantes sans qu’ils paraissent plombants : Carol, malgré son apparente assurance, semble ne pas avoir pris totalement conscience de son identité sexuelle, Abby (l’amie et ancienne amante de Carol) est au contraire une lesbienne qui s’affirme et enfin Therese ne semble pas être associée à une préférence sexuelle ou être catégorisée dans une case, elle aime avant tout. Au-delà de ces interrogations sur le rapport que peut avoir un individu sur sa sexualité, je crois qu’il s’agit avant tout d’un très beau film sur la liberté de vivre sa vie comme on l’entend. Et pour pouvoir à un tel but, il faut pouvoir prendre ses propres responsabilités. Il est alors intéressant de voir qu’un autre travail sur le point de vue a été très bien accompli. En effet, il peut paraître étrange de voir ce film intitulé Carol alors que Therese est aussi le personnage principal. Pourtant, ce choix est assez cohérent dans le sens où Carol (et plus généralement l’amour) apparaît comme un cadeau de Noël : le film se déroule par ailleurs durant cette fête et en anglais on pourra penser à « Christmas Carol » (le chant de Noël). Carol est le personnage qui permet de déclencher tous les événements présents dans le film et plus généralement cette sorte de tourbillon de sentiments. Pourtant, plus le film avance, plus Therese va s’affirmer et ça sera elle qui finira par jouer un rôle important dans la relation qu’elle a avec Carol. Quelque part, sans dire qu’elle n’existe que par sa partenaire (puisqu’elle est capable de prendre seule des décisions), c’est grâce à Carol que Therese va pouvoir devenir elle-même. Au-delà d’une esthétique magnifique, de l’émotion et d’excellentes interprétations, Carol mérite alors le coup d’oeil parce qu’il va plus loin que son sujet autour de l’homosexualité en bénéficiant d’une écriture intelligente.

Carol : Photo Cate Blanchett