Good Time

réalisé par Josh et Benny Safdie

avec Robert Pattinson, Benny Safdie, Jennifer Jason Leigh, Taliah Webster, Barkhad Abdi…

Thriller, policier américain. 1h40. 2017.

sortie française : 13 septembre 2017

interdit aux moins de 12 ans

Un braquage qui tourne mal… Connie réussit à s’enfuir mais son frère Nick est arrêté.
Alors que Connie tente de réunir la caution pour libérer son frère, une autre option s’offre à lui : le faire évader. Commence alors dans les bas-fonds de New York, une longue nuit sous adrénaline.

Good Time : Photo Robert Pattinson

Cela fait un petit moment que les frères Safdie ont réussi à se faire une place dans le cinéma indépendant américain. Jusqu’à présent, même s’ils ont leur petite réputation auprès d’une petite partie confidentielle de cinéphiles, leurs films avaient du mal à se faire connaître en France. La présentation de Good Time, présenté en compétition au festival de Cannes en mai dernier, a alors permis deux choses : tout d’abord, Cannes a permis aux réalisateurs de faire connaître leurs oeuvres à un plus large public. Puis, le talent de Robert Pattinson (dont la présence au casting – enfin une star dans un film des Safdie – a certainement aidé au film d’avoir une meilleure exposition) devient définitivement indéniable (après déjà cette année, dans un rôle secondaire, son interprétation brillante dans The Lost City of Z de James Gray). Avant de découvrir Good Time, ma (récente) expérience des frères Safdie se résumait à Lenny & The Kids qui m’a fortement déplu. Good Time est formellement très différent de celui-ci pour mon plus grand bonheur. Tout a l’air très simple dans ce film, aussi bien sa narration que sa mise en scène : pourtant justement, le long-métrage impressionne par cette apparente simplicité alors qu’en réalité on relève bien un travail bien plus recherché derrière. Tout a l’air d’aller de soi, tout est d’une grande fluidité : les éléments s’enchaînent avec logique tout en sachant surprendre ou faire réagir le spectateur quand il le faut, la caméra est proche des personnages tout en sachant prendre en compte ce New York pourri, misérable, et même malade, bien plus que la maladie de Nick. Ce sentiment correspond totalement à cette idée de temps qui s’écoule en peu de temps. Good Time a souvent été comparé à l’excellent After Hours de Martin Scorsese : tous deux se déroulent en quelques heures la nuit, les personnages ne se sortant jamais de leurs diverses péripéties, comme s’ils étaient dans une sorte de boucle, voire même une spirale infernale. Cela dit, la comparaison s’arrête-là : les Safdie ont su imposer leur ton rafraîchissant.

Good Time : Photo Robert Pattinson, Taliah Webster

L’hybridité (fonctionnant pratiquement tout le temps sur une dualité, qui rappelle aussi le duo fraternel) est présente sur différents niveaux : le ton est tragi-comique, le style vacille aussi entre le réalisme (le côté film fauché est perceptible) et une esthétique parfois flamboyante, fluorescente et électrique (les scènes dans le parc d’attraction qui prend étonnamment vie la nuit en est un exemple), le flamboyant traverse la nuit sombre, Connie passe même du brun au blond ou encore tout en étant moderne par son aspect expérimental, on ne peut s’empêcher à l’influence des polars des années 70. Ce chaos aurait pu donner un film hésitant, mais au contraire, ce qui frappe, c’est qu’on sent totalement où les réalisateurs amènent leur film finalement très structuré (la première et la dernière scène se répondent) même s’il n’en donne justement pas cette impression. Dire que le film est très rythmé pourrait passer pour un euphémisme : les espaces sont confinées, le montage est frénétique et on étouffe et on s’essouffle autant que les personnage (par contre, le rythme, lui, ne faiblit pas). J’avais peur que cette cadence me saoule mais finalement, même si on vit une véritable expérience d’une grande intensité, comme si on avait couru un marathon avec les personnages, le rythme (avec tout ce qui suit derrière, c’est-à-dire l’effet « trip ») n’est pas non plus usant ou insupportable : on prend du plaisir à être dans cette course remplie d’obstacles. Histoire intime et arrière-fond social se complètent également toujours avec pertinence. Il y a d’abord cette relation entre ces deux frères qui est très touchante jusqu’au générique final (avec la magnifique chanson The Pure and The Damned d’Iggy Pop) qui m’a bouleversée juste par quelques gestes et un regard (et je n’ai pas compris les gens qui quittaient la salle à ce moment-là). Connie aime son frère handicapé mental, c’est ce qui le rend profondément attachant. Mais par amour fraternel, le jeune homme, qui paiera son impatience, est capable de faire les pires conneries. Surtout, cet amour, aussi sincère soit-il, est toxique.

Good Time : Photo Robert Pattinson

Cette odyssée nocturne permet également de dresser un portrait peu reluisant de ce New York qui ne fait pas rêver avec ces dealers, ces drogués, ces paumés. Les réalisateurs ne jugent pas les personnages et ne cherchent pas non plus qu’on s’apitoie sur leur sort : ils n’excusent pas leurs actes mais ils les filment avec une certaine tendresse qui étonne face à ce flot de violence et d’énergie en permanence. Cette expérience, une sorte de trip dans un train-fantôme qui irait à fond la caisse, parvenant à ne pas se limiter à un simple exercice de style, réussit à prendre forme également par la bande-originale de Oneohtrix Point Never, récompensé par le prix du meilleur compositeur au Cannes Soundtrack. Le casting est également impeccable, que ce soit les professionnels ou les acteurs « débutants » (terme des réalisateurs qui détestent qu’on les appelle les « non professionnels »). On notera par ailleurs, pour la petite anecdote, que certains acteurs « débutants » se sont tout simplement de leur véritable profession (par exemple, l’avocat et le psychiatre). Robert Pattinson, qui choisit de mieux en mieux ses rôles et ses films est épatant dans le rôle de ce braqueur loser. Le co-réalisateur Benny Safdie, qui interprète Nick, ne démérite pas non plus face à un tel partenaire. Certains diront qu’il est un peu caricatural (il faut dire que, rien qu’au niveau du look, il n’est pas allé de main morte) mais j’y ai cru à fond en son personnage. Je ne sais pas si c’est son regard, qui a l’air vide mais paradoxalement exprime beaucoup de choses, qui m’a touchée mais son personnage, qu’on voit pourtant peu, et son interprétation, ne m’ont pas laissée indifférente. Good Time est donc pour moi un des meilleurs films de l’année, un film percutant et puissant sur l’urgence temporelle et sociale qui peut être aussi belle que destructrice.

Good Time : Photo

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Avant toi / Un homme à la hauteur

Avant toi

réalisé par Thea Sharrock

avec Emilia Clarke, Sam Claflin, Janet McTeer, Charles Dance, Matthew Lewis, Brendan Coyle, Jenna Coleman, Vanessa Kirby, Joanna Lumley…

titre original : Me Before You

Comédie dramatique, romance britannique, américain. 1h50. 2016.

sortie française : 22 juin 2016

avantoi

Une charmante petite ville de l’Angleterre rurale. Si elle est originale et artiste dans l’âme, Louisa « Lou » Clark, 26 ans, n’a aucune ambition particulière. Elle se contente d’enchaîner les boulots pour permettre à ses proches de joindre les deux bouts.
Jeune et riche banquier, Will Traynor était un garçon plein d’audace et d’optimisme jusqu’à ce qu’il se retrouve paralysé, suite à un accident survenu deux ans plus tôt. Devenu cynique, il a renoncé à tout et n’est plus que l’ombre de lui-même.
Autant dire que ces deux-là auraient pu ne jamais se rencontrer. Mais lorsque Lou accepte de travailler comme aide-soignante auprès de Will, elle est bien décidée à lui redonner goût à la vie. Et peu à peu, les deux jeunes gens s’éprennent passionnément l’un de l’autre. La force de leur amour pourra-t-elle survivre à leur destin qui semble inexorable ?

Avant toi : Photo Emilia Clarke

Avant toi est l’adaptation du roman à succès du même nom, écrit par Jojo Moyes, ici scénariste. La sortie du film (je ne crois pas que le livre ait soulevé un quelconque problème) a suscité une petite polémique de la part de certaines associations défendant la cause des handicapés : Will Traynor, le personnage très lourdement handicapé suite à un accident, souhaite mourir. Certains y auraient donc vu un message négatif à l’égard des handicapés, qui ne pourraient donc pas vivre à cause de leur maladie. Je comprends tout à fait la colère de ces handicapés qui se battent tous les jours pour avancer et faire des choses certainement inimaginables pour nous qui n’avons pas de problèmes physiques. Cela dit, sans vouloir défendre bêtement ce film, ce point ne m’a pas plus traversé que l’esprit en le regardant. J’y ai plus vu un moyen de parler de l’euthanasie (dans le film, le garçon en question n’est pas un simple handicapé, on voit clairement sa souffrance et les médecins précisent aussi que sa santé est en jeu). Certes, je dis pas que le film est d’une immense profondeur mais il veut déjà ouvrir un certain débat, donner un message positif (oui, oui !) sur un sujet assez lourd avec un ton plutôt léger. On ne va pas se mentir, on est dans la même veine qu’une autre adaptation de roman à succès, Nos étoiles contraires de Josh Boone. Cela dit, même s’il est tire-larmes (non, je n’ai pas pleuré, non je ne suis pas un monstre), Avant toi m’a tout de même davantage parlé – peut-être parce que l’héroïne a grosso modo mon âge, que je m’habille aussi bizarrement qu’elle et que je me suis aussi posée les même questions. Il n’y a pas un travail fou côté mise en scène mais pour ce qu’on demande et ce qu’on attend, ça passe à peu près. Le scénario est évidemment assez prévisible mais l’histoire m’a tout de même plutôt plu, on ne s’ennuie pas malgré tout. Les personnages sont assez attachants et plutôt bien incarnés, en plus par deux stars de saga. La première, Emilia Clarke, interprète la pétillante Lou. Ca fait du bien de la voir dans un rôle plus frais que celui qu’elle tient dans Game of Thrones. Cela dit, la madame a un sérieux problème avec ses sourcils qui bougent dans tous les sens ! Son partenaire de Hunger Games, Sam Claflin, s’en sort également très mieux en évitant notamment de tomber dans la surenchère. Les seconds rôles (on retrouvera notamment un certain Matthew Lewis – coucou Neville Londubat !) complètement plutôt bien la distribution. La question qu’on peut désormais se poser est la suivante : la suite, Après toi, verra-t-elle le jour ? Sans dire que je me battrais pour aller le voir, je ne suis pas du tout contre cette idée.

Avant toi : Photo Emilia Clarke, Sam Claflin


Un homme à la hauteur

réalisé par Laurent Tirard

avec Jean Dujardin, Virginie Efira, Cédric Kahn, César Domboy, Stéphanie Papanian, François-Dominique Blin, Manöelle Gaillard, Bruno Gomila, Eric Berger…

Comédie romantique française. 1h40. 2016.

sortie française : 4 mai 2016

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Diane est une belle femme. Une très belle femme. Brillante avocate, elle a de l’humour et une forte personnalité. Et comme elle vient de mettre un terme à un mariage qui ne la rendait pas heureuse, la voilà enfin libre de rencontrer l’homme de sa vie. Le hasard n’existant pas, Diane reçoit le coup de fil d’un certain Alexandre, qui a retrouvé le portable qu’elle avait égaré. Très vite, quelque chose se passe lors de cette conversation téléphonique. Alexandre est courtois, drôle, visiblement cultivé… Diane est sous le charme. Un rendez-vous est rapidement fixé. Mais la rencontre ne se passe pas du tout comme prévu…

Un homme à la hauteur : Photo Jean Dujardin, Virginie Efira

Laurent Tirard aime décidément les petits ! Réalisateur du Petit Nicolas et de sa suite, il s’attaque au remake du film argentin Corazón de León réalisé par Marcos Carnevale en 2014, avec Guillermo Fracella (vu dans El Clan de Pablo Trapero et Dans ses yeux de Juan José Campanella). Ce long-métrage n’est jamais sorti en France mais je serais curieuse de voir ce qu’il vaut ! Jean Dujardin reprend alors le rôle tenu par Fracella. Oui, il joue bien le rôle d’un homme de petite taille. Pour créer cette illusion, plusieurs techniques ont été déployées, c’est-à-dire qu’on se retrouve face à un mélange numérique et « artisanal ». Je suis vraiment partagée sur le résultat. Sur certaines scènes, j’étais vraiment impressionnée par le résultat. En revanche, sur d’autres, j’étais trop focalisée sur le trucage. On pourra toujours débattre sur la question suivante : aurait-on pu mettre à la place un véritable petit acteur au lieu de procéder à tout ce trucage ? Nous savons bien que d’un point de vue strictement commercial, c’est compliqué ! L’histoire en elle-même est sympathique même si elle n’échappe pas au schéma éternel et pas toujours folichon de la comédie romantique (on n’échappe également pas à quelques moments de niaiserie durant la seconde partie). De plus, il faut avouer qu’on se pose quelques questions par rapport au statut social d’Alexandre. Alexandre a beau être quelqu’un de très charmant (dans tous les sens du terme), on peut comprendre que Diane soit séduite par cet homme. Cela dit, Alexandre réussit à séduire sa dulcinée en réalisant des actions qui coûtent de l’argent et qui ne sont pas donc à la portée de tous. Diane aurait-elle pu être séduite par un homme de cette même taille et les autres critères physiques qui vont avec (parce qu’Alexandre a quand même des atouts « malgré » sa petite taille : plutôt belle gueule, pas gros ni gringalet : c’est d’ailleurs presque le souci des effets spéciaux dans le sens où on voit qu’il s’agit d’un corps ne souffrant pas de problème de taille) mais qui n’aurait pas eu le même compte en banque ? Je ne sais pas. Du coup, je ne sais pas si ce choix est volontaire – et pourrait donc avoir une signification par rapport à ce que voulait dire le réalisateur – ou s’il s’agit d’une réelle maladresse. En tout cas, le couple formé par Jean Dujardin et Virginie Efira (cette dernière étant désormais une habituée des comédies romantiques) fait des étincelles. Pour conclure, Un homme à la hauteur est une sympathie comédie romantique certes pas révolutionnaire, notamment dans son traitement sur la différence et le regard des autres, mais qui fonctionne plutôt bien.

Un homme à la hauteur : Photo Jean Dujardin, Virginie Efira

La Famille Bélier

réalisé par Eric Lartigau

avec Louane Emera, Karin Viard, François Damiens, Eric Elmosnino, Luca Gelberg, Roxane Duran, Ilian Bergala, Stephan Wojtowicz, Jérôme Kircher…

Comédie française, belge. 1h46. 2014.

sortie française : 17 décembre 2014

La Famille Bélier

Dans la famille Bélier, tout le monde est sourd sauf Paula, 16 ans. Elle est une interprète indispensable à
ses parents au quotidien, notamment pour l’exploitation de la ferme familiale. Un jour, poussée par son professeur de musique qui lui a découvert un don pour le chant, elle décide de préparer le concours de Radio France. Un choix de vie qui signifierait pour elle l’éloignement de sa famille et un passage inévitable à l’âge adulte.

La Famille Bélier : Photo François Damiens, Karin Viard, Louane Emera, Luca Gelberg

Les médias nous ont bassinés avec La Famille Bélier, bien avant sa sortie officielle au point de voir la gueule de Louane à peu près partout tous les jours. Cette surmédiatisation a été payante puisque le film a réuni dans les salles françaises plus de sept millions de spectateurs. Nommé en tout dans six catégories aux César, il a permis à Louane Emera, révélée dans This is the Voice The Voice (et elle m’agaçait énormément, mais passons), de remporter le César du meilleur espoir féminin. Cependant, je dois avouer que j’ai tendance à me méfier de ces films trop aimés par la presse et cette surmédiatisation m’a plus fait fuir qu’autre chose. Et en plus, j’ai un mal fou avec les chansons de Michel Sardou (j’exaspère pratiquement toutes les semaines mon entourage depuis très longtemps en disant que je n’aime pas ce type, je vais essayer de ne pas être relou durant cette chronique). Mais tout le monde sait ici que je suis plutôt curieuse (même si j’ai mes limites, parce que, faut pas trop déconner non plus), je me suis alors rattrapée quelques mois après sa sortie ciné. Au début, je dois avouer que j’étais sceptique. J’avais peur de voir un téléfilm tout mignon et déjà vu. Certes, on ne va pas se mentir : la mise en scène, pourtant correcte pour ce type de film, n’a rien d’exceptionnel. Quant à l’histoire, elle est assez basique sur le papier : une jeune fille découvre un talent pour la chanson et va devoir voler de ses propres ailes. Bref, le passage de l’adolescence à l’âge adulte n’a rien d’inédit. Cependant, je décide tout de même de laisser sa chance à ce film. Au début, quelques défauts me sautent aux yeux : par exemple, je trouve que Karin Viard et François Damiens gigotent un peu trop dans tous les sens ou encore le portrait des agriculteurs n’est pas toujours très flatteur (à côté, les agriculteurs de L’amour est dans le pré paraissent élégants, sans vouloir les offenser). Mais je réussis à laisser de côté ces quelques problème car le film est pour moi d’emblée drôle et frais. Je dois même vous dire qu’au fur et à mesure de mon visionnage, je tombe de plus en plus sous le charme de cette comédie plus mélancolique qu’elle en a l’air.

La Famille Bélier : Photo François Damiens, Karin Viard

Il faut dire que le scénario, écrit par Victoria Bedos et Stanislas Carré de Malberg, reste tout de même assez réussi et efface la banalité de la mise en scène. Comme on dit, c’est simple mais efficace. Et simple n’est pas synonyme d’idiot. Ainsi, la situation paradoxale dans laquelle se situe la jeune Paula (être chanteuse dans une famille de sourds!) fonctionne malgré sa simplicité, il s’agit en tout cas d’une bonne base scénaristique et dans l’ensemble les scénaristes l’exploitent plutôt bien. Je trouve que les scénaristes ont su mettre en avant cet handicap avec humour (la gestuelle des parents et le contraste avec ce que dit Paula font partie de ces procédés comiques) mais sans se moquer. Surtout j’ai apprécié qu’on ne victimise pas les sourds (cela pourrait notamment expliquer le comportement parfois exagéré ou grossier des parents Bélier). Surtout au fil du film, le scénario fait de plus en plus de place à une certaine sensibilité bienvenue, et contrairement à certains gags, elle est loin d’être lourde. Par exemple, l’évolution de Paula reste subtile dans le sens où la découverte de son talent n’est pas brutale (contrairement à un grand nombre de films dans la même veine). Surtout, le film s’éloigne de plus en plus de la comédie pour faire place à une réelle émotion. Même la mise en scène, pourtant assez banale jusqu’à présent, s’améliore dans la seconde partie du long-métrage. La scène avec les parents qui assistent au concert de l’école est par exemple simple mais finalement assez ingénieuse : ils n’entendent pas leur fille chanter mais en observant la réaction du public autour d’eux dans le silence, ils savent que leur fille a du talent dans la chanson. Et, quitte à me faire passer pour une dépressive, j’ai pleuré comme une madeleine de cette scène en question jusqu’à l’avant-dernière scène, dans laquelle Paula reprend Je vole de Michel Sardou. Dans The Voice, j’avais vraiment du mal avec les prestations (assez niaises) de Louane. Puis, même si ses chansons restent pas mal en tête (oui, quand je suis seule dans ma voiture et que je mets RTL2, ça m’arrive de chanter super fort Avenir, je l’assume), je ne trouve pas son album très bon (oui, je l’ai écouté, merci Spotify !).

La Famille Bélier : Photo Ilian Bergala, Louane Emera

Or, dans le film, ses performances musicales ne m’ont pas déçue. Non seulement sa voix me parait plus pure mais surtout on sent qu’elle comprend vraiment ce qu’elle chante, il est merveilleux de voir comment les chansons de ce cher Michel Sardou intègrent le scénario. De plus, même si son jeu n’est pas impeccable (mais heureusement j’ai vite oublié ses quelques maladresses), Louane s’en sort franchement bien. Certes, je peux comprendre les détracteurs de son César, même s’il ne me semble pas honteux : la jeune fille n’a peut-être pas nécessairement envie de devenir actrice et rien ne dit qu’elle fera carrière dans le cinéma. De plus, il parait qu’il y avait en face de sérieuses concurrentes (notamment celles de Respire), des actrices déjà plus professionnelles malgré leur jeunesse. Ce que je veux dire, c’est que je ne peux pas dire à l’heure actuelle si Louane Emera méritait son César. Mais cela n’empêche pas que son interprétation m’a tout de même énormément touchée malgré quelques imperfections. On sent la jeune fille investie dans ce rôle et sa fraîcheur et sa sensibilité la rendent touchante. Depuis, j’ai beaucoup de sympathie et d’estime pour elle. Le reste du casting est également à la hauteur. Certes, comme je le disais au début, Karin Viard et François Damiens exagèrent beaucoup leurs mouvements (même si ça m’a quand même fait rire, heureusement pas tous les sourds s’agitent ainsi !). Cependant, sans faire de grimaces, ils restent expressifs et parviennent également à rendre leurs personnages émouvants. Les seconds rôles sont également très bons. Eric Elmosnino (décidément, les films musicaux, c’est son truc) est vraiment excellent dans le rôle de ce prof de musique raté et blasé féru de chansons françaises. Luca Gelberg (réellement sourd) est également bon même si son personnage aurait pu être plus développé. Pour conclure, La Famille Bélier a certes clairement ses défauts (la romance avec son bellâtre est effectivement un peu trop mignonne), mais je comprends mieux son succès (ce film m’a conquise, pourtant je suis compliquée) malgré un matraquage médiatique agaçant. Il s’agit selon moi d’un bon feel good movie, mieux écrit qu’il en a l’air malgré quelques facilités, souvent drôle et surtout très émouvant.

La Famille Bélier : Photo Eric Elmosnino

La Belle Endormie

réalisé par Marco Bellocchio

avec Toni Servillo, Isabelle Huppert, Alba Rohrwacher, Michele Riondino, Maya Sansa, Piergiorgio Bellocchio jr…

titre original : La Bella Addormentata

Drame italien, français. 1h50. 2012.

sortie française : 10 avril 2013

La Belle endormie

Le 23 novembre 2008, l’Italie se déchire autour du sort d’Eluana Englaro, une jeune femme plongée dans le coma depuis 17 ans. La justice italienne vient d’autoriser Beppino Englaro, son père, à interrompre l’alimentation artificielle maintenant sa fille en vie. Dans ce tourbillon politique et médiatique les sensibilités s’enflamment, les croyances et les idéologies s’affrontent. Maria, une militante du Mouvement pour la Vie, manifeste devant la clinique dans laquelle est hospitalisée Eluana, alors qu’à Rome, son père sénateur hésite à voter le projet de loi s’opposant à cette décision de justice. Ailleurs, une célèbre actrice croit inlassablement au réveil de sa fille, plongée elle aussi depuis des années dans un coma irréversible. Enfin, Rossa veut mettre fin à ses jours mais un jeune médecin plein d’espoir va s’y opposer de toutes ses forces.

La Belle endormie : photo Maya Sansa, Piergiorgio Bellocchio jr

Pour construire le scénario de La Belle Endormie, Marco Bellocchio est parti d’un événement qui a secoué l’Italie : la jeune Eluana Englaro fut victime en 1992 d’un accident de voiture qui la laissa dans un coma végétatif. Affirmant qu’elle aurait préféré être débranchée si elle tombait dans un coma, son père Beppino Englaro entreprend à partir de 1999 des démarches pour que son système d’alimentation artificielle soit enfin débranché. Après des années de débats et de manifestations dans tout le pays, le gouvernement italien autorisa finalement l’arrêt de son traitement. Cependant, le réalisateur du Vincere ne parle pas directement de l’histoire des Englaro. Le débat autour de cette mort assistée est bien sûr omniprésente, mais La Belle Endormie est plutôt un film choral, c’est-à-dire les personnages tournent et évoluent autour de ce sujet mais ne sont pas nécessairement impliqués dans la vie des Englaro. En réalité, on peut même dire que l’histoire d’Eluana va servir de fil conducteur entre les différentes histoires et les personnages. Malheureusement, comme dans beaucoup de films dans lesquels se mêlent et se croisent des personnages, le propos se perd un peu dans cette réalisation un peu trop longue et chaque personnage semble avoir du temps à exister. On ne sait pas vraiment pourquoi ils agissent ainsi, ce qu’ils pensent vraiment, on a du mal à avoir de la sympathie ou à les comprendre. Les personnages se trouvent dans des situations dramatiques, profondément difficiles, pourtant l’émotion n’est pas vraiment au rendez-vous. Du coup, on a un petit goût d’inachevé. Mais surtout, en multipliant les personnages, Marco Bellocchio veut montrer les différents points de vue possibles sur cette affaire, et plus généralement sur l’euthanasie, le suicide et plus généralement sur la mort.

La Belle endormie : Photo Toni Servillo

C’est encore une fois intéressant, mais j’ai eu le sentiment que le réalisateur ne voulait pas trop se mouiller alors qu’au bout d’un moment, je n’ai pas réellement eu l’impression qu’il était neutre sur ce sujet. Paradoxalement, l’avis du réalisateur sur l’euthanasie semble apparaître, mais en s’éparpillant, et en réalisant parfois du coup un film brouillon, Bellocchio dit à la fois tout et pas assez. Finalement, qu’a voulu-t-il nous dire s’il ne veut pas totalement défendre son point de vue alors que ce dernier m’a pourtant paru présent ? Il y a aussi des éléments dans l’histoire qui me paraissent un peu naïfs, même si ce n’est pas totalement inintéressant : je pense par exemple à l’histoire du médecin qui veut absolument que la jeune Rossa reste en vie alors qu’elle ne souhaite que mourir. Sur le papier, l’histoire est intéressante car elle est en opposition avec l’histoire d’Eluana (et les autres qui sont similaires) : on imagine bien que cette jeune fille (ainsi que la femme du sénateur et la fille de la grande actrice) voulait rester en vie avant d’être plongés dans un terrible coma. En terminant le long-métrage sur l’histoire de Rossa, Marco Bellocchio essaie de donner une vision optimiste. J’ai pas mal donné d’éléments qui me semblent problématiques, on a l’impression que je n’ai aimé La Belle Endormie, mais pourtant, ce n’est pas le cas : j’ai quand même apprécié le film dans son ensemble et je ne suis pas trop ennuyée. Même s’il n’est pas toujours bien traité, le sujet en lui-même reste suffisamment intéressant car justement, cette histoire n’est pas seulement celle d’Eluana mais aussi celle de nombreuses familles. Que faire quand un membre de sa famille est plongé dans un coma ? Faut-il abréger ses souffrances ou avoir encore de l’espoir ? Malgré un scénario brouillon, Bellocchio parvient à montrer les différents points de vue possible sur l’euthanasie et le rapport qu’ont les gens à la vie et à la mort en mêlant à la fois les histoires intimes, affaires politiques et affaires religieuses. Le film a le mérite d’ouvrir à la réflexion et au débat. Même si le sujet est traité maladroitement, la mise en scène reste convaincante. Enfin, j’ai trouvé le casting très bon.

La Belle endormie : Photo Isabelle Huppert

Une merveilleuse histoire du temps

réalisé par James Marsh

avec Eddie Redmayne, Felicity Jones, David Thewlis, Charlie Cox, Emily Watson, Harry Lloyd, Simon McBurney…

titre original : The Theory of Everything

Biopic, drame britannique. 2h03. 2014.

sortie française : 21 janvier 2015

Une merveilleuse histoire du temps

1963, en Angleterre, Stephen, brillant étudiant en Cosmologie à l’Université de Cambridge, entend bien donner une réponse simple et efficace au mystère de la création de l’univers. De nouveaux horizons s’ouvrent quand il tombe amoureux d’une étudiante en art, Jane Wilde. Mais le jeune homme, alors dans la fleur de l’âge, se heurte à un diagnostic implacable : une dystrophie neuromusculaire plus connue sous le nom de maladie de Charcot va s’attaquer à ses membres, sa motricité, et son élocution, et finira par le tuer en l’espace de deux ans.
Grâce à l’amour indéfectible, le courage et la résolution de Jane, qu’il épouse contre toute attente, ils entament tous les deux un nouveau combat afin de repousser l’inéluctable. Jane l’encourage à terminer son doctorat, et alors qu’ils commencent une vie de famille, Stephen, doctorat en poche va s’attaquer aux recherches sur ce qu’il a de plus précieux : le temps.
Alors que son corps se dégrade, son cerveau fait reculer les frontières les plus éloignées de la physique. Ensemble, ils vont révolutionner le monde de la médecine et de la science, pour aller au-delà de ce qu’ils auraient pu imaginer : le vingt et unième siècle.

Une merveilleuse histoire du temps : Photo Eddie Redmayne, Felicity Jones

Je ne m’intéresse pas spécifiquement à la science (ai-je besoin de rappeler ma note en svt/physique au bac ?), cependant, comme beaucoup de gens, j’ai toujours eu de l’admiration envers Stephen Hawking. Au-delà de son combat contre la maladie et le handicap, il a su vulgariser son travail qui ne parle pas forcément à tous à l’origine. Il est même devenu quelque part une icône de la culture geek. Que Hollywood fasse un film sur lui est alors logique. En 2004, Benedict Cumberbatch interprétait Hawking dans un téléfilm de la BBC (j’ai acheté le dvd d’ailleurs samedi dernier, je verrais bien ce que ça peut donner). Ce biopic, cette fois-ci purement cinématographique, est une adaptation de l’ouvrage de l’épouse du scientifique, Jane Hawking, intitulé Travelling to Infinity: My Life with Stephen. J’étais à la fois curieuse de découvrir un film sur ce personnage emblématique et en même temps je dois avouer que je redoutais le résultat. En effet, je ne suis pas spécialement une fan des biopics et traiter le handicap n’est jamais évident, on peut très vite tomber dans le tire-larmes. La présence de James Marsh derrière la caméra ne me réjouissait également car son précédent long-métrage, Shadow Dancer (avec Clive Owen, Andrea Riseborough et Gillian Anderson), n’était pas mauvais mais était selon moi décevant, notamment au niveau de la mise en scène. Puis, l’affiche française ne m’inspirait pas vraiment (alors que les affiches internationales sont bien plus jolies). De plus, malgré de bonnes notes sur Imdb et Allocine, j’avais tout de même lu des critiques peu sympathiques envers ce film. J’avais besoin d’en avoir le coeur net et de voir si ce cher Eddie Redmayne mérite son Oscar. Une merveilleuse histoire du temps est finalement une agréable bonne surprise. Je m’attendais à un film très larmoyant, mais en réalité je l’ai trouvé très émouvant mais sans jamais avoir eu l’impression qu’on nous tendait un couteau sous la gorge pour qu’on chiale. Il est même subtil et pudique.

Une merveilleuse histoire du temps : Photo Eddie Redmayne

Ceux qui s’intéressent aux sciences seront évidemment déçus. Nous ne sommes pas dans Interstellar ou dans la série Numbers, cependant ce film ne prétend pas surfer sur cette même vague. De plus, même s’il présente un personnage connu, le résumer à un simple biopic serait un peu réducteur. Il est important de rappeler qu’il ne s’agit d’ailleurs pas à proprement parler d’un portrait de Stephen Hawking mais en réalité de sa relation avec sa femme Jane Wilde. Il y a des moments où on pense à cette expression : « derrière chaque grand homme se cache une femme ». Le long-métrage a été vendu comme une grande romance un peu mielleuse. Pourtant, même si l’amour est évidemment au coeur de ce film, il n’est pas non plus présenté comme quelque chose de tout rose et de mignon. Contrairement à ce qu’on pourrait attendre d’un « biopic », les personnages ne sont pas idéalisés. Stephen Hawking est certes présenté comme un génie, c’est clairement un personnage attachant, qui a de l’humour même dans les circonstances les plus difficiles mais il s’est quand même barré avec son infirmière et on peut même dire qu’il a délaissé son épouse pour son amour pour la science. Quant à Jane, elle est clairement attirée par un homme d’église et il y a des moments où on a l’impression de voir un ménage à trois. De plus, l’amour est dès le début présenté comme un combat difficile à gagner sur le long terme à cause du handicap, plutôt bien exploité dans le film (on voit bien l’évolution de la maladie) même si ce n’est pas la première fois qu’on voit ce thème au cinéma. Ainsi, malgré une relation qui va se détériorer, grâce à la force de l’amour, Stephen Hawking, réussit à devenir le grand scientifique qu’il espérait être. Au-delà de l’amour dégagé tout au long du film, il s’agit aussi d’un film sur la quête du bonheur. Ce bonheur, malgré les réels moments de désespoir, a pu exister puisque les personnages ne combattent pas uniquement la maladie mais aussi le temps. Cette question du temps n’a jamais été oubliée par la mise en scène. En apparence, elle est classique (dans le bon sens du terme – et oui, à l’origine, ce n’est pas une insulte) et pourtant James Marsh a réussi à ne pas la rendre plate. Au contraire, discrètement mais efficacement, il joue sans cesse sur des mouvements circulaires, liés avec le thème du temps. Finalement, pour une production de ce genre, Marsh s’en sort bien mieux qu’avec un petit film indé ! J’ai également énormément aimé la bande-originale (que j’écoute sans cesse en ce moment) composée par le musicien islandais Jóhann Jóhannsson, qui a remporté un Golden Globe mérité pour son travail.

Une merveilleuse histoire du temps : Photo Felicity Jones

Enfin, Une merveilleuse histoire du temps est porté par un très beau couple d’acteurs. Jusqu’à présent, Eddie Redmayne était un acteur que je ne trouvais pas forcément mauvais mais il me laissait indifférente. Puis, récemment, quand j’ai vu sa pitoyable prestation dans Jupiter Ascending (vous savez, le film des Wachowski que je déteste tant), je me suis sérieusement inquiétée : je me suis dit (comme beaucoup de gens, j’imagine), « oooh ça y est, on lui file un Oscar parce qu’il joue Hawking, un handicapé » etc… Sur le papier, effectivement, Redmayne avait tout pour être le favori. Mais après avoir vu le film, je comprends parfaitement qu’il ait remporté l’Oscar, cette récompense est selon moi amplement méritée. Sans mauvais jeux de mots, je l’ai trouvé merveilleux. Il ne se contente pas simplement de jouer un homme qui perd peu à peu le contrôle de son corps. Contrairement à beaucoup d’acteurs qui interprètent des personnages connus (en ce qui me concerne, Cotillard dans La Môme), je ne me suis jamais dit que Redmayne était en train d’interpréter Stephen Hawking. C’était pour moi une évidence : j’ai vu Hawking devant moi pendant deux heures. De plus, au-delà d’un incroyable travail corporel et vocal, Redmayne a un regard terriblement expressif. On perçoit chez lui tant de malice et d’humanité, et c’est ce qui rend ce personnage si attachant et cette interprétation si émouvante. Je n’aurais jamais cru que je serais si émue par un regard. Sa partenaire Felicity Jones n’a pas été récompensée par les Oscars et honnêtement cela m’a paru injuste. Certes, je n’ai pas encore vu la performance de Julianne Moore (je suis à la fois heureuse de voir la belle rouquine enfin reconnue mais j’avoue, je redoute Still Alice et jusqu’à présent je soutenais Rosamund Pike pour le prix tant convoité. Mais après vu ce film, c’est Jones qui méritait de repartir avec la statuette. Son rôle est sur le papier moins impressionnant que celui tenu par Redmayne, pourtant il n’est pas non plus facile. Elle réussit ici à montrer une très large palette d’émotions sans jamais en faire des caisses. Maintenant je compte vraiment suivre de près la carrière de ces deux acteurs…

Une merveilleuse histoire du temps : Photo Eddie Redmayne