Au revoir là-haut

réalisé par Albert Dupontel

avec Nahuel Perez Biscayart, Albert Dupontel, Laurent Lafitte, Niels Arestrup, Emilie Dequenne, Mélanie Thierry, Héloïse Balster, Philippe Uchan, André Marcon, Michel Vuillermoz, Kyan Khojandi…

Comédie dramatique française. 1h57. 2017.

sortie française : 25 octobre 2017

Novembre 1919. Deux rescapés des tranchées, l’un dessinateur de génie, l’autre modeste comptable, décident de monter une arnaque aux monuments aux morts. Dans la France des années folles, l’entreprise va se révéler aussi dangereuse que spectaculaire..

Au revoir là-haut : Photo Albert Dupontel

Albert Dupontel doit remporter le César du meilleur réalisateur cette année. Avec cette adaptation du roman de Pierre Lemaître (lauréat du Goncourt en 2013 – jugé inadaptable selon certains lecteurs), on ne voit pas qui d’autre pourrait décrocher cette statuette qui serait tant méritée (et si cela ne se passe pas comme je le souhaite, je crierais évidemment au scandale). Le cinéma français n’est pas mort malgré un nombre nombre de films douteux : il y a toujours des oeuvres surprenantes, prouvant que des talents existent encore chez nous. Dupontel réussit un tour de force : il fait preuve d’une ambition (je parle ici d’une ambition avec une grande échelle – évidemment qu’on peut faire des films ambitieux avec un petit budget !) à laquelle on ne croyait plus en France depuis pas mal d’années. Non, il n’y a pas que Luc Besson et ses films internationaux qui montreraient éventuellement une possible audace dans le cinéma français. L’acteur-réalisateur (il s’est donné l’un des rôles principaux qu’il défend merveilleusement bien) relève le défi haut la main (avec l’aval de Pierre Lemaître qui a collaboré à l’écriture du scénario !). Il le dit lui-même : il avait la possibilité de pouvoir s’éclater avec les différents moyens mis à sa disposition (c’est la première fois de sa carrière qu’il est à la tête d’une superproduction). On aurait pu craindre de voir des effets totalement superficiels ou gratuits, mais même ceux qui pourraient l’être ne le deviennent pas. Ils s’intègrent bien dans l’univers baroque mis en place. Le roman est visiblement encore plus dense et riche en détails que le film. Mais le long-métrage reste tout de même d’une grande intensité et inventivité ! La mort est certainement un des points de départ de l’histoire : on démarre dans les tranchées, à la fin de la guerre alors que l’armistice approche. Mais ce groupe de soldats n’a toujours pas le temps de respirer, certains seront lâchement assassinés, d’autres voudront juste être morts alors que le coeur bat encore. C’est le cas de l’un des personnages principaux, Edouard Péricourt. Une des histoires parallèles (une escroquerie autour de soldats décédés) tourne donc aussi autour de la mort. Paradoxalement, il s’agit d’un film terriblement vivant ! Cette vie passe par la créativité, que ce soit dans la fabrication des masques qui redonne dans un sens une nouvelle vie à Edouard malgré son existence devenue fantomatique ou encore dans les différentes arnaques mises en place, notamment aidées par le dessin.

Au revoir là-haut : Photo Albert Dupontel

C’est pour cela que certains effets très esthétisés trouvent aisément sa place dans le récit : le parallèle entre la créativité débordante d’Albert Dupontel en tant qu’artiste-artisan-réalisateur et celle des personnages est saisissant. La création est peut-être une des clés pour tenter de sortir des ténèbres et choisir un meilleur destin. On passe alors aisément du film d’époque au film de guerre, en passant par une oeuvre beaucoup plus intime, tout en côtoyant le burlesque (notamment par des hommages au cinéma muet) voire même le grotesque. Avec la présence de masques (d’une beauté folle à chaque fois) pour ne citer que cet exemple, le cinéma se marie bien avec l’univers du théâtre et au-delà Dupontel a su capter l’essence de cette époque qui a envie de se reconstruire notamment par la fête (et il y a par ailleurs une excellente scène – une des seules apparitions d’Edouard à l’extérieur) mais qui reste profondément marquée par la guerre. Tout est d’une folle beauté : la précision des cadres, les mouvements fluides, la photographie soignée, la reconstitution de l’époque par des décors et costumes sublimes, la bande-originale de Christophe Julien (dont je remarque son talent pour la première fois de mon existence !) et surtout l’émotion en général, sans que cette dernière ne plombe le ton parfois enjoué (certaines scènes sont même très drôles !). Etre acteur et réalisateur reste un exercice difficile mais Albert Dupontel s’en sort merveilleusement bien. Cela dit, il ne faut pas non plus tourner autour du pot : si l’ensemble du casting est excellent (Niels Arestrup sévère et touchant à la fois, Laurent Lafitte excellent en ordure), Nahuel Perez Biscayart est certainement celui qui impressionne le plus. Certes, il ne s’agit pas du personnage qu’on voit le plus mais pourtant on a sans cesse l’impression qu’il est omniprésent. Tel un fantôme comme le suggèrent ses apparences et son nouvel mode de vie, il hante littéralement le film par sa figure de « monstre » attachant. Il ne prononce pratiquement pas de répliques dans le film (le peu se résume à des sortes de « grognements » qui doivent venir du fond de sa gorge) mais sa gestuelle et son regard si expressif savent bouleverser ou provoquer quelque chose à chaque scène. Au revoir là-haut est donc certainement une des plus belles surprises de l’année. Magnifique autant esthétiquement qu’émotionnellement (oui, j’ai encore versé quelques larmes), notamment par la manière de traiter ces vies et corps brisés et les difficiles relations entre un père et son fils, le long-métrage est un mélange sublime entre la poésie et l’horreur, la douleur intime et les dommages collectifs.

Au revoir là-haut : Photo Albert Dupontel

Publicités

Les Proies (1971 et 2017)

réalisé par Don Siegel

avec Clint Eastwood, Geraldine Page, Elizabeth Hartman…

titre original : The Beguiled

Drame américain. 1h40. 1971.

sortie française : 18 août 1971

Movie Challenge 2017 : Un remake ou film qui a été objet de remake

appréciation : 1/4


réalisé par Sofia Coppola

avec Colin Farrell, Nicole Kidman, Kirsten Dunst, Elle Fanning, Angourie Rice…

titre original : The Beguiled

Drame américain. 1h33. 2017.iso

sortie française : 23 août 2017

appréciation : 3/4


En pleine guerre de Sécession, dans le Sud profond, les pensionnaires d’un internat de jeunes filles recueillent un soldat blessé du camp adverse. Alors qu’elles lui offrent refuge et pansent ses plaies, l’atmosphère se charge de tensions sexuelles et de dangereuses rivalités éclatent. Jusqu’à ce que des événements inattendus ne fassent voler en éclats interdits et tabous.


Les Proies : Photo

Les Proies a beau avoir remporté le prix de la mise en scène au dernier festival de Cannes présidé par Pedro Almodovar, il ne semble pas avoir convaincu grand-monde, vu ce que j’ai pu lire à droite et à gauche aussi bien sur la blogosphère que dans la presse. En dehors de Virgin Suicides, j’ai toujours eu du mal avec les films de Sofia Coppola : je craignais une nouvelle déception (et les critiques mitigées n’étaient pas très encourageantes). Je ne suis donc pas allée le voir pour sa réalisatrice ni même spécialement pour son prix cannois : j’ai eu la chance de tomber à la bibliothèque sur le remarquable roman d’origine écrit par Thomas Cullinan en 1966. Petite précision : j’ai découvert la version de Siegel une semaine après celle de Coppola.  Je suis la première étonnée mais j’ai cette fois-ci envie de défendre le film de Coppola. Certes, il est imparfait, on ne peut pas s’empêcher d’avoir ce petit sentiment d’inabouti en sortant de la salle. Pourtant, il a fait son petit effet sur moi qui n’en attendais pas plus que ça. Une semaine après, j’ai découvert la version de Siegel : quelle déception. Déception encore plus surprenante puisque l’auteur du roman fait partie des scénaristes ! Voilà ce qui m’a d’abord frappée dans le film de Coppola : contrairement à la version de Siegel, elle a selon moi su retrouver l’essence du roman. Par exemple, je n’ai pas compris pourquoi Clint Eastwood était présenté directement comme le grand méchant de l’histoire : on comprend alors complètement les réactions des « proies ». Par conséquent, les personnages féminins, peu intéressantes chez Siegel (elles ont l’air toutes tartes), perdent complètement en ambiguïté : elles ont raison d’agir contre cet individu masculin qui a bousculé leur existence. On ne comprend pas non plus trop pourquoi certaines tombent sous son charme. J’aime et je respecte énormément Eastwood mais dans le film de Siegel, il ne joue pas particulièrement. Puis, même si j’ai conscience que c’est peut-être ma part féminine qui s’exprime, je ne le trouve pas particulièrement attirant : ce que je veux dire, c’est qu’il n’y a même pas ce critère en question qui explique pourquoi les femmes sont émoustillées par ce très grossier personnage qui ne mérite que de crever.

Les Proies : Photo Addison Riecke, Angourie Rice, Elle Fanning, Emma Howard, Kirsten Dunst

Or, le personnage incarné par Colin Farrell est vraiment plus proche de celui du roman : certes, on se doute bien qu’il n’est pas totalement net mais il ne fait rien de méchant dans les premiers temps. Il est même très charismatique : on comprend plus pourquoi il chamboule cet internat de filles, pourquoi même ces dernières veulent coucher avec lui. On a reproché à Coppola de ne pas suffisamment développer ses personnages : certes, en tant que nouvelle adaptation, cela aurait pu être intéressant. Mais je trouve cela difficile de blâmer totalement Coppola : les deux adaptations sont toutes les deux courtes, ne dépassant pas les 1h40. Toutes les deux ont choisi de ne pas développer les longs dialogues du roman ni particulièrement le passé des personnages. Cela dit, à côté du film de Siegel, qui m’a semblé encore plus creux concernant le non-développement des personnages, les personnages de Coppola m’ont davantage intriguée (et les actrices sont toutes impeccables), peut-être justement par leur froideur comme si elles sortaient d’un tableau, comme si elles vivaient dans un faux paradis qui n’est pas aussi angélique. Comme je l’expliquais un peu plus haut, dans sa version, Colin Farrell est plus mystérieux : cela accentue davantage la complexité des personnages féminins qui intériorisent, comme dans leur roman, leurs pensées et leurs tares. Ont-elles raison de se méfier ? Sont-elles folles parce qu’elles vivent depuis trop longtemps sans hommes ? La frustration chez Coppola est, par sa froideur, plus effrayante dans un sens tandis que chez Siegel, on frôle l’hystérie caricaturale. De plus, selon moi, si l’adaptation de Coppola fonctionne mieux que celle de Siegel, c’est parce que la réalisatrice a plus ou moins repris le point de vue du roman (encore une fois, on ne comprend pas trop comment l’auteur a pu travailler avec Siegel vu le résultat). Dans le roman, le récit avance par les différents points de vue féminins. A chaque chapitre, on découvre ce qui se cache sous les apparences de ces femmes dont on ne se méfiera pas : elles sont jalouses des unes des autres, sont frustrées, ont des rêves etc…

Les Proies : Photo

Dans le récit de Coppola, l’exposition des points de vue n’est pas aussi nette que dans le roman mais en tout cas c’est toujours la femme qui est au coeur de l’intrigue, qui la débute et qui la termine. Si je n’ai pas apprécié le film de Siegel, qui doit certainement être replacé dans le contexte de l’époque (cette sexualité très présente était certainement dérangeante dans les années 1970), je peux admettre tout de même certains points intéressants. Tout d’abord, Siegel a conservé le personnage de l’esclave noire, témoin des déchirements et de la folie de ces femmes à cet inconnu. Il est certain aussi qu’il possède une mise en scène réfléchie et intéressante (les choix de ce côté-là sont radicalement différents de la proposition de la réalisatrice – la mise en scène de Coppola est pour moi plus audacieuse). L’esthétique de Coppola (jouant plus sur des tons clairs) m’a plus séduite mais il y a bien un travail de ce côté-là dans la version de Siegel, qui joue plus justement sur les ombres, le seul moyen d’ailleurs qui fait parfois ressortir le côté inquiétant (hélas pour moi pas suffisamment présent) des personnages féminins. Je ne sais pas pourquoi mais après avoir effectué ce travail comparatif entre ces trois oeuvres, je n’ai pas pu m’empêcher au cas de True Grit où la version la plus récente (celle des Coen) était une nouvelle adaptation plus proche (et plus pertinente) du roman de Charles Portis que le premier film (par Henry Hathaway). On aime bien faire des raccourcis notamment en clamant que la version de Coppola est un remake (on l’a même dit avant même que le film sorte !) alors que pour moi il s’agit très nettement d’une nouvelle adaptation. Comme quoi, il ne faut pas toujours avoir peur des nouvelles adaptations, même des remakes si ça fait plaisir à certains, un nouveau regard est parfois nécessaire ou / et peut (pour être plus positive avec Siegel) même entrer en complémentarité avec les autres oeuvres de ce même réseau.

Les Proies : Photo Nicole Kidman

 

Dunkerque

réalisé par Christopher Nolan

avec Fionn Whitehead, Mark Rylance, Tom Hardy, Cillian Murphy, Kenneth Branagh, Harry Styles, Barry Keoghan, Aneurin Barnard, Jack Lowden, James d’Arcy…

titre original : Dunkirk

Guerre, historique, drame britannique, américain, français. 1h47. 2017.

sortie française : 19 juillet 2017

Au début de la Seconde Guerre Mondiale, en mai 1940, environ 400 000 soldats britanniques, canadiens, français et belges se retrouvent encerclés par les troupes allemandes dans la poche de Dunkerque. L’opération Dynamo est mise en place pour évacuer le Corps expéditionnaire britannique vers l’Angleterre.

L’histoire s’intéresse aux destins croisés des soldats, pilotes, marins et civils anglais durant l’opération Dynamo. Alors que le CEB est évacué par le port et les plages de Dunkerque, trois soldats, Tommy, Gibson et Alex, arrivent à embarquer sous les bombardements, avec un peu d’ingéniosité et de chance. Mais un autre périple les attend : la traversée du détroit du Pas de Calais. De l’autre côté de la Manche, Mr. Dawson, un propriétaire de bateau de plaisance, prépare avec son fils cadet, Peter, et un jeune garçon, George, la réquisition de son embarcation par la Royal Navy. Enfin, dans les cieux, trois pilotes britanniques, dont Collins et Farrier, sont en route pour Dunkerque, avec pour mission couvrir l’évacuation contre les chasseurs et bombardiers allemands, tout en surveillant leurs réserves de carburant. (source : Wikipedia)

Dunkerque : Photo Fionn Whitehead

Christopher Nolan (dont ses films peuvent autant m’énerver que me fasciner) est décidément un véritable touche-à-tout ne manquant pas d’ambition. Après le thriller, la science-fiction et le film de super-héros, le réalisateur britannique s’attaque au film de guerre, sur un épisode assez méconnu : celui de l’opération Dynamo. Nolan retrace à sa façon ses quelques jours (neuf même si le film ne nous le précise pas) insoutenables qui auraient pu tourner à la pure catastrophe. Bourré de références cinématographiques et littéraires (Kafka, Conrad) selon son réalisateur, et surtout principalement inspiré par Le Salaire de la Peur d’Henri-Georges Clouzot, Dunkerque n’est en tout cas pas le film de guerre le plus sanglant possible. L’image, très appuyée par une dominance de couleurs froides, a l’air plutôt propre par rapport à ce qu’on attend du genre. Si je comprends le reproche en question, cela n’empêche Dunkerque d’être violent à sa façon et d’être sans cesse sous tension via un rythme soutenu et une durée concise. Surtout, je ne pense pas que cela soit incompatible avec le projet global du film et les obsessions de Nolan présentes depuis le début de sa carrière. Certains ont certainement été déçus parce qu’ils s’attendaient à revoir certains codes du genre. Or, Nolan le dit clairement : s’il nous montre un épisode de guerre, son film n’est pas un pur film de guerre. Nolan a préféré se réapproprier ce genre pour l’amener vers autre chose et son univers. Le temps et l’espace sont deux motifs chers au réalisateur qu’il a su exploiter dans son nouveau long-métrage. Les deux seront alors étroitement liés dans la construction même d’une narration décousue. Ainsi, elle est divisée sur trois chronologies elles-mêmes nettement identifiées par des termes : « Une semaine », « Un jour » et « Une heure ». Et ces trois chronologies correspondent respectivement à des espaces identifiables (en tout cas au départ) : la terre, la mer et l’air. Et on peut même décliner ce trio avec les notions temporelles suivantes : le passé, le présent et le futur. Il ne s’agit pas à proprement parler de flashback ou de flashforward. En réalité, il s’agit plutôt d’une superposition de trois chronologies qui finissent par se rejoindre pour n’en former qu’une seule. Cette construction fonctionne comme une horloge (les « Tic tac » en fond sonore iraient dans ce sens) qui rappelle à quel point le temps est compté dans des situations d’urgence : la vie et la mort sont certainement les connecteurs essentiels du temps et de l’espace : relier Dunkerque à la science-fiction n’aurait rien d’irrationnel.

Dunkerque : Photo Fionn Whitehead

Tout ce procédé aurait pu être gratuit et superficiel, juste pour exposer du savoir-faire dans un exercice de style, il n’en est rien : au contraire, ce montage parfaitement maîtrisé prend sans cesse son sens au fur et à mesure des scènes. On pourra toujours dire que cette forme cache un scénario simple. Il est certain qu’il l’est et Nolan n’a jamais menti sur le minimalisme de son récit. Peut-être que cela n’excuse pas certains trous historiques mais ce choix reste tout de même cohérent par rapport à la proposition d’origine du réalisateur, tenté de tourner sans scénario pour mieux se concentrer sur le ressenti. Un choix risqué, qui aurait pu faire couler tout son film mais qui est finalement payant. Peut-être justement que son film ne s’effondre pas parce que ses trois unités de temps entremêlées construisent cette narration assez basique sur le papier. Au-delà de son efficacité, Nolan propose alors une oeuvre cohérente sur des hommes qui font une course contre la montre pour leur survie et celle des autres. Ces hommes en question (incarnés par une distribution charismatique de qualité, que ce soit par les plus reconnus ou les méconnus), que ce soit des soldats ou de simples civils, sont des silhouettes, des gens qui n’ont pratiquement pas de nom (ou quand ils en ont, on ne les retient pas – ils sont d’une simplicité), tous des sortes de soldats inconnus. Il est certain que ce manque de profondeur des personnages peut titiller voire même déranger. Pourtant, toujours grâce à l’intensité de l’expérience, le spectateur en immersion se sentira proche des personnages dans le sens où il aura le sentiment de l’accompagner dans sa douleur, ses doutes et ses peurs. Le vrai personnage principal de Dunkerque est la musique de Hans Zimmer. Elle est omniprésente mais n’est étonnamment pas si envahissante que ça (surtout quand on connait le travail de Zimmer par le passé), exprimant à elle-seule les sentiments et pensées des personnages, très peu bavards et dont on ne sait pas grand-chose sur eux. Dans l’ensemble, même si on pourra éventuellement discuter de certains points qui pourraient être problématiques mais qui contribuent paradoxalement à la force, Dunkerque réussit à ne pas être une simple démonstration technique et esthétique. En 1h47 (ce qui est reste relativement court non seulement pour un gros film actuel, mais aussi pour un film de guerre et surtout pour un Nolan), le réalisateur de The Dark Knight et Memento propose une oeuvre expérimentale et même physique forte en émotion qui mérite d’être vue et surtout vécue.

Dunkerque : Photo Tom Hardy

La Déchirure

réalisé par Roland Joffé

avec Sam Waterston, Haing S. Ngor, John Malkovich, Julian Sands, Craig T. Nelson…

Drame, historique, guerre britannique, américain. 2h20. 1984.

titre original : The Killing Fields

sortie française : 13 février 1985

Movie Challenge 2016 : Un film de guerre

killing

Journaliste au » New York Times », Sidney Schanberg est un des rares reporters à rester au Cambodge après la prise de Phnom Penh par les Khmers rouges. L’intervention de son assistant Dith Pran lui sauve la vie. Pran arrêté, Schanberg regagne les Etats-Unis alors que la répression s’abat sur le Cambodge.

killingfields

La Déchirure, premier long-métrage du réalisateur franco-britannique Roland Joffé (Palme d’or pour son autre chef-d’oeuvre Mission) fait partie de ces films dont j’en entends toujours parler mais finalement je ne savais même pas de quoi ça parlait. Surtout, on s’aperçoit très vite qu’en France on en parle parfois mais pas tant que ça. C’est presque un parcours du combattant pour obtenir certaines informations concernant ce long-métrage. Le film avait pourtant remporté un certain succès à sa sortie. Il a même remporté plusieurs grandes récompenses : trois Oscars (dont celui du meilleur acteur dans un second rôle pour Haing S. Ngor qui avait aussi gagné le Golden Globe) ou le BAFTA du meilleur film. Egalement classé dans le top 100 des meilleurs films britanniques par le British Film Institute, il avait même été nommé dans la catégorie « meilleur film étranger » aux Césars ! C’est donc étonnant de voir ce film tomber dans l’oubli alors qu’il s’agit pour moi d’un chef-d’oeuvre (non, je n’ai pas peur des mots). La Déchirure est inspiré de la véritable histoire de Sydney Schanberg (décédé en juillet dernier), lauréat du Prix Pulitzer en 1976. Le film est par ailleurs une « adaptation » de l’article de Schanberg publié dans le New York Times, « The Death and Life of Dith Pran : A Story of Cambodia ». Schanberg a couvert avec Dith Pran (décédé en 2008 d’un cancer du pancréas) le conflit cambodgien. Le film retrace alors l’amitié entre les deux journalistes durant cette guerre et surtout le périple du fameux Dith Pran après avoir pu s’échapper du camp (notamment durant la seconde partie). Le titre original, The Killing Fields, fait alors référence au camp d’exécution sommaire de Choeung Ek où furent tués des milliers de Cambodgiens par les Khmers rouges durant le régime du Kampuchéa démocratique. La Déchirure est un film bouleversant sur les désastres de la guerre mais aussi une ode à l’amitié dans la plus grande difficulté dans un contexte absolument terrifiant. Au passage, je pense qu’il s’agit aussi d’une ode au bon journalisme, à toutes ces personnalités qui prennent des risques pour nous informer. Je pense qu’il faut aussi remettre ce film dans son contexte (ce qui rend le film encore plus déchirant, pour reprendre en partie le titre français) : il a été réalisé seulement quelques années après le récit relaté par Schanberg, les blessures de cette guerre n’étant pas encore été cicatrisées. Le film, jamais tire-larmes, se laisse alors volontiers suivre malgré le lourd contexte historique et la durée (assez longue).

malkovich

Surtout, Roland Joffé a réussit à retranscrire l’horreur et la violence de la guerre tout en gardant paradoxalement un aspect assez soft dans le bon sens du terme (je veux dire : son film n’est pas par exemple aussi violent visuellement qu’un Tu ne tueras point de Mel Gibson pour ne citer que cet exemple-là mais il n’est pas lisse non plus, loin de là). La fin, sur les retrouvailles entre Schanberg et Pran sur la chanson Imagine de John Lennon, est tout simplement très émouvante (j’avoue tout : oui, j’ai – encore – pleuré). Enfin les acteurs sont tout simplement excellents. Techniquement, La Déchirure est également très réussi. Pour la petite info, il a également reçu deux autres Oscars : meilleurs photographie et montage. Deux prix qui me semblent totalement justifiés vu la manière dont ils sont employés dans ce long-métrage. Plus généralement, la mise en scène est très bonne, soignée mais sans faire trop non plus (tout me semble très équilibré dans ce film). La musique de Mike Oldfield est également très belle et en même temps par moments angoissante. Elle retranscrit très bien l’ambiance générale du film, entre beauté absolue et enfer inimaginable. Enfin, parlons des interprétations qui sont également toute à la hauteur. Cela m’a fait plaisir de revoir Sam Waterston (dans ma tête, ça sera toujours le charmant bel homme aux cheveux gris et aux sourcils épais de la série New York, Police Judiciaire, j’ai bien conscience qu’il n’a pourtant pas fait que ça dans sa carrière), très justement nommé aux Oscars pour sa très belle performance. Son partenaire Haing S. Ngor, Oscarisé pour son interprétation (il est bon de le rappeler car visiblement on l’oublie souvent alors que son prix est amplement mérité – surtout qu’il est actuellement le seul acteur asiatique à avoir remporté un Oscar) est également fabuleux (et l’est d’autant plus quand on sait qu’il n’était pas un acteur professionnel). Il faut dire que le rôle devait vraiment parler à l’acteur (pour ceux qui l’auraient oublié ou ne le savaient pas, suite à une agression, il fut tué en 1996 à l’âge de 55 ans par un membre de gang de rue à Los Angeles) : comme son personnage, il était également journaliste. On sent réellement son implication et sa sincérité dans sa prestation. A l’image du film, il n’en fait jamais trop, il est même assez sobre et pourtant il rend justice à son personnage. Au passage, dans un rôle plus secondaire, John Malkovich est également remarquable (il s’agissait seulement de son deuxième long-métrage !).

dechirure

Tu ne tueras point

réalisé par Mel Gibson

avec Andrew Garfield, Vince Vaughn, Teresa Palmer, Sam Worthington, Hugo Weaving, Rachel Griffiths, Luke Bracey, Richard Roxburgh…

titre original : Hacksaw Ridge

Film de guerre, drame, biopic américain, australien. 2h11. 2016.

sortie française : 9 novembre 2016

melgibson 507759-jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxx

Quand la Seconde Guerre mondiale a éclaté, Desmond, un jeune américain, s’est retrouvé confronté à un dilemme : comme n’importe lequel de ses compatriotes, il voulait servir son pays, mais la violence était incompatible avec ses croyances et ses principes moraux. Il s’opposait ne serait-ce qu’à tenir une arme et refusait d’autant plus de tuer.

Il s’engagea tout de même dans l’infanterie comme médecin. Son refus d’infléchir ses convictions lui valut d’être rudement mené par ses camarades et sa hiérarchie, mais c’est armé de sa seule foi qu’il est entré dans l’enfer de la guerre pour en devenir l’un des plus grands héros. Lors de la bataille d’Okinawa sur l’imprenable falaise de Maeda, il a réussi à sauver des dizaines de vies seul sous le feu de l’ennemi, ramenant en sûreté, du champ de bataille, un à un les soldats blessés.

Tu ne tueras point : Photo Andrew Garfield

On ne va pas juger l’homme qui a pu défrayer la chronique par le passé (en espérant tout de même qu’il ait changé) mais uniquement l’artiste, extrêmement talentueux, que ce soit devant ou derrière la caméra. Dix ans après le très bon Apocalypto, Mel Gibson revient en force avec Tu ne tueras point, présenté récemment à la Mostra de Venise. Le film est tiré d’une formidable histoire vraie, celle de Desmond Doss, très fervent adventiste du septième jour, refusant de toucher une arme sur le front. Il fut le premier objecteur de conscience à avoir reçu la Médaille d’or après avoir sauvé 75 hommes seul lors de la bataille d’Okinawa. Un sacré exploit de la part de la « Brindille » de sauver autant de gens sans armes, en suivant ses convictions, surtout que les infirmiers étaient des cibles encore plus privilégiées. Le film rend hommage à cet homme de conviction qui est toujours resté modeste et n’a jamais souhaité se mettre en avant, même après tant de bravoure au combat. Pour la petite anecdote, Desmond Doss a refusé de voir son histoire transposée en film pendant des années, de peur que ça mette en l’air toutes ses valeurs. Il n’a accepté que cette proposition quelques mois avant sa mort en 2006 à l’âge de 87 ans. L’histoire en elle-même est formidable mais nous savons bien que parfois cela ne suffit pas à créer de bons films. Mais Mel Gibson et un des scénaristes de la série The Pacific Robert Schenkkan (également lauréat du Pulitzer pour sa pièce Kentucky Cycle et du Tony Award pour la pièce All The Way) ont su retranscrire ce récit pour en tirer quelque chose de brillant, que ce soit en terme d’émotion et de réflexion. Tu ne tueras point (en VO Hacksaw Ridge, qui représente dans le film la falaise où se déroule le combat) est pour moi déjà un grand film parvenant parfaitement à mêler histoire individuelle et histoire collective. La division du long-métrage en deux parties distinctes est assez pertinente de ce point de vue en question (même si au fond on pourra aussi compter une 3e partie : celle du combat contre l’administration). La première partie présente une certaine (fausse) candeur (même si on comprend d’emblée les moments de souffrance dans la vie de Desmond lui permettant de choisir de ne pas combattre avec une arme), la seconde est à la fois héroïque et insoutenable par la violence des images.

Tu ne tueras point : Photo Andrew Garfield, Teresa Palmer

La construction du scénario est intéressante pour plusieurs raisons. La première raison est celle de donner de la consistance au personnage de Desmond Doss. Il n’y a pas d’ambiguïté chez ce personnage dans le sens où il est jusqu’au bout courageux, ayant le mérite de suivre ses convictions même durant la barbarie la plus inimaginable. Cela aurait pu être superficiel de se concentrer sur l’extrême bonté de cet homme mais le scénario, en procédant par étapes (certains éléments, parfois anodins, serviront plus tard au récit), montre bien qu’on ne peut pas avoir une telle foi du genre au lendemain, qu’il y a de nombreux facteurs qui construisent l’identité d’un individu. La seconde raison est celle de montrer l’horreur inattendue de la guerre, créant une sorte de contraste avec la vision utopique (mais possible) de Desmond. Dès la première partie, notamment à travers le père du héros, un alcoolique violent traumatisé par la Première Guerre Mondiale, on connait clairement les dangers de la guerre et des risques que va prendre Desmond. Lui-même sait à quel point il prend des risques, il n’est pas non plus inconscient (même si certains pensent le contraire, d’où la partie où il doit confronter sa pensée avec celle de l’administration militaire). On a beau savoir à quel point la guerre est atroce, elle dépasse pourtant tout ce dont on pouvait imaginer. Les images sont vraiment horribles, il n’y a aucun mot asses fort pour décrire la barbarie qu’a su retranscrire Mel Gibson. Le réalisateur n’a jamais fait de concession en ce qui concerne la violence et il le prouve de nouveau. On aurait pu craindre le trash pour le trash ou encore le voyeurisme, mais ce n’est pas le cas. C’est juste une envie d’être le plus réaliste possible, de ne pas édulcorer les faits. Les séquences en question sont monumentales, entre cette violence insupportable et les actes de bravoure de Doss qui ne baissent jamais les bras. Je ne suis pas forcément friande de films de guerre. Lorsque je les apprécie, je suis évidemment souvent sonnée par la violence et les scènes spectaculaires mais c’est vraiment la première fois que je suis émue devant un film de ce genre. A partir de l’attaque à Hacksaw Ridge, croyez-moi, j’ai pleuré jusqu’à la fin (les larmes à la fin de la séance se transformant en fontaine).

Tu ne tueras point : Photo Hugo Weaving

Tu ne tueras point n’est pas qu’une réussite émotionnelle, mais aussi esthétique. Le résultat est juste époustouflant dans sa reconstitution de la guerre, notamment en ce qui concerne les décors, les costumes ou le soin accordé à la photographie par exemple. Certaines séquences sont d’une incroyable virtuosité, nous permettant d’être en immersion dans l’action. En fait, je n’ai pas eu la sensation d’avoir regardé un film mais de l’avoir vécu. J’ai également beaucoup aimé la bande-originale (qui aurait dû être composée par le regretté James Horner) signée par Rupert Gregson-Williams. Certains reprocheront quelques symboles christiques mais ils trouvent selon moi bien leur place dans le récit, ce choix m’a paru cohérent. Quant à la fin, avec les images d’archive, je reconnais que ça pourrait sembler de trop mais le film en lui-même est tellement bon qu’on ne s’attarde pas non plus sur ce point d’autant plus compréhensible si on est admiratif du véritable parcours de Desmond Doss (comment ne pas l’être ?). Dans le rôle principal, Andrew Garfield livre une sublime interprétation. Il a su trouver le ton juste pour interpréter ce personnage candide et attachant sans tomber dans la caricature. Le reste du casting (beaucoup d’australiens dans le lot, comme Gisbon) est également très bon : dans les seconds rôles, on remarquera en particulier Rachel Griffiths en mère amante et malmenée et Hugo Weaving méconnaissable en père alcoolique et violent (mais paradoxalement n’est pas juste une brute méchante, son personnage est également bien creusé de ce côté-là). Vince Vaughn, plutôt habitué aux comédies, s’en sort bien en sergent au langage fleuri (son personnage m’a fait penser au sergent du même type dans Full Metal Jacket de Stanley Kubrick). Cela faisait un moment qu’on n’avait plus réellement vu Sam Worthington ce qui est assez regrettable, le bonhomme en question s’en sort finalement bien tout comme Teresa Palmer qui a également le mérite de ne pas passer pour une potiche. Je ne sais pas du tout comment les choses vont se passer, si Hollywood (je parle précisément des Oscars – même s’il n’y a pas que ça dans la vie et heureusement) va enfin pardonner à Gibson et admettre à quel point le travail qu’il a fourni est merveilleux, signant pour son retour un grand film (n’ayons pas peur des mots).

Tu ne tueras point : Photo Andrew Garfield

Green Room

réalisé par Jeremy Saulnier

avec Anton Yelchin, Imogen Poots, Patrick Stewart, Alia Shawkat, Joe Cole, Callum Turner, Mark Webber, Macon Blair…

Thriller américain. 1h36. 2015.

sortie française : 27 avril 2016

interdit aux moins de 12 ans avec avertissement

310812.jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxx

Au terme d’une tournée désastreuse, le groupe de punk rock The Ain’t Rights accepte au pied levé de donner un dernier concert au fin fond de l’Oregon… pour finalement se retrouver à la merci d’un gang de skinheads particulièrement violents. Alors qu’ils retournent en backstage après leur set, les membres du groupe tombent sur un cadavre encore chaud et deviennent alors la cible du patron du club et de ses sbires, plus que jamais déterminés à éliminer tout témoin gênant…

Green Room : Photo Alia Shawkat, Anton Yelchin

J’avais failli aller voir Blue Ruin, le deuxième long-métrage de Jeremy Saulnier au cinéma mais ça ne s’est pas fait, à mon grand regret. J’ai donc foncé pour découvrir son troisième long-métrage (son premier étant Murder Party) qui a bénéficié de bonnes critiques mais qui ne va certainement pas rencontrer de succès au box-office, ce qui est regrettable. J’espère qu’il trouvera encore plus de spectateurs avec le temps. Qu’est-ce que la « Green Room » du titre ? Il peut y avoir plusieurs sens. En dehors du film, il s’agit d’un des salons de réception de la Maison-Blanche. Pour la petite info (je précise encore une fois : merci papi wiki), qui peut prendre du sens dans la compréhension générale de l’oeuvre (en tout cas en ce qui concerne mon interprétation) c’est dans cette pièce que le président James Madison y signa la première déclaration de guerre des Etats-Unis. Dans le monde de la musique, et c’est qui semble mis en avant dans un premier temps dans le long-métrage, la « green room » désigne les coulisses. Effectivement, il s’agit même du point de départ de l’intrigue. Je pense qu’une autre interprétation reste envisageable : la forêt, qui entoure le local dans lequel se déroule l’action, est également très présente. C’est un moyen pour renforcer le huis-clos, comme si aucune issue n’était possible même en cas de sortie de la véritable « green room » mais c’est aussi une manière de relier toutes les informations que nous avons dite autour du lieu politique qui existe ayant le même nom que le titre de ce long-métrage. La nature, c’est le lien qu’on peut établir avec la soif de survie et surtout la violence qui déferle à partir d’un premier événement. Green Room semble avoir été vendu comme une sorte de film d’horreur (je ne l’invente pas, je ne fais que répéter les commentaires que j’ai entendus dans la salle de la part de jeunes spectateurs finalement peu intéressés et qui ont commenté tout le long). Il s’agit pour moi d’un survival qui joue avec les codes du film de guerre. Le film assume totalement ce choix avec le parallèle avec l’histoire du paintball racontée par Pat et la transformation des personnages encore en vie qui deviennent des sortes de soldats (que ce soit par le look mais aussi dans la mentalité). Dit comme ça, ça peut sembler assez lourd mais à l’écran, ce parallèle avec la guerre fonctionne et ne gâche pas du tout tout ce qui a été mis en place. De plus, c’était d’autant plus intéressant si on met le thème de la guerre et plus généralement de la violence avec le milieu néo-nazi : ces personnes qui appartiennent à ce groupe ne sont simplement des gens violents.

Green Room : Photo Patrick Stewart

Ce qui est intéressant, c’est de voir l’organisation qui existe au coeur de ce groupe, comme s’il s’agissait finalement d’un camp militaire qui respecterait une hiérarchie. C’est justement ce point-là qui est effrayant, encore plus que la violence qui règne tout le long du film et qui ne fait qu’accroître au fil des scènes. Ceux qui attaquent nos braves punks ne semblent même plus penser par eux-mêmes, ils ne font qu’obéir à des ordres comme des chiens (ces animaux ayant une place importante dans le film). En parlant justement de frayeur, le film est effectivement sans cesse sous tension. Le film n’est pas « gore » contrairement à ce que j’ai pu entendre. Il y a de la violence physique mais c’est plus l’atmosphère sans cesse sous tension que j’ai retenue et qui m’a réellement effrayée. Personnellement, je n’étais pas à l’aise en regardant le film. J’avais toujours l’impression qu’un truc allait partait en brioche en un clin d’oeil. Pour continuer, le casting assure, incarnant tous des personnages crédibles. Anton Yelchin, dont je suis de près sa carrière, s’en sort très bien dans le rôle du guitariste réservé mais qui sait s’exprimer et utiliser son esprit. Alia Shawkat, en bassiste forte, est surprenante. Certes, ça fait un peu cliché de voir encore une bassiste, et non un bassiste dans un groupe de punk en l’occurrence. Mais son interprétation parvient à dépasser l’image qu’on a tous (et je précise d’ailleurs que personne ne tombe dans la caricature). Il est d’ailleurs intéressant de savoir que le rôle qu’elle interprète aurait dû à l’origine être tenu par un acteur (visiblement connu selon les propos du réalisateur). Je trouve que ça ajoute un truc en plus, une force dans son personnage. Ca change des potiches qu’on voit un peu trop souvent au cinéma. Callum Turner et Max Webber, qui incarnent respectivement le chanteur et le batteur du groupe, sont également très convaincants. En tout cas, les quatre interprètes sont tous bons et surtout parviennent à jouer ensemble : du coup, leur groupe semble soudé, on croirait même à leur existence. Imogen Poots livre également une bonne interprétation. Là encore on a droit à un personnage féminin qui a des couilles et qui possède une personnalité intéressante, dans le sens où elle se remet en question par rapport au groupe auquel elle appartient à l’origine. Patrick Stewart dans le rôle du chef des skinheads est également épatant, en étant à la fois charismatique et effrayant. Enfin, on notera également la présence énigmatique de Macon Blair (le personnage principal de Blue Ruin).

Green Room : Photo Alia Shawkat, Anton Yelchin, Callum Turner, Imogen Poots, Joe Cole

Green Room est donc pour moi un film furieux à voir qui mérite bien ses louanges. Certes, il n’est pas a priori parfait. Le début peut sembler un peu long à se mettre en place, surtout qu’on n’en apprend pas plus que ça sur les personnages. L’intrigue en elle-même autour de la « green room » n’intervient également pas rapidement si on regarde bien et peut-être que cela pourra frustrer certains spectateurs. Mais le film m’a tellement intriguée et happée tout le long qu’avec le recul je mets de côté ces petites choses qui pourraient déranger. C’est le genre de film auquel je pense même des jours après l’avoir vu et en général, pour moi c’est très bon signe. Le scénario est simple, il reste néanmoins d’une grande efficacité, à l’image d’ailleurs de la mise en scène et permet de comprendre où Jeremy Saulnier a voulu en venir. Et l’analyse que nous pouvons faire de ce film est pour moi une pure merveilleuse malgré les possibles imperfections visibles. J’aime justement qu’il y ait une apparente simplicité a priori et de voir à quel point il y a plus de profondeur et d’intelligence pour aborder son sujet mais sans intellectualiser à tout prix. Surtout, même si ça ne pète pas nécessairement dans tous les sens, il y a une véritable énergie qui ressort dans ce film. Il faut dire que le scénario étant bâti autour d’un groupe de punk aide beaucoup à insuffler cette dynamique mais je ne pense pas qu’il y ait que cet élément en question. La présence de la musique n’est pas superficielle, tout comme la violence n’est jamais gratuite dans le film. Non seulement il s’agit d’un moyen pour mieux faire ressortir des sentiments primitifs chez les personnages mais je crois qu’il permet au propos déjà mis en place d’avoir encore plus de consistance, notamment autour du rôle des apparences. Surtout, on sent l’amour qu’a Jeremy Saulnier pour le punk, lui-même ayant fait partie d’un groupe (justement, physiquement, il n’a rien d’un punk). La sincérité ne fait pas toujours de bons films, nous sommes bien d’accord, mais pourtant, ce film en déborde tellement au point que ça a fini par me toucher (le terme peut paraître très étrange en parlant de ce film, j’en ai conscience), surtout de la part d’un jeune réalisateur qui fait preuve d’une maturité plaisante à constater.

Green Room : Photo Imogen Poots

Dheepan

réalisé par Jacques Audiard

avec Antonythasan Jesuthasan, Kalieaswari Srinivasan, Claudine Vinasithamby, Vincent Rottiers, Marc Zinga, Franck Falise, Tarik Lamli…

Drame français. 1h54. 2014.

sortie française : 26 août 2015

Dheepan

Fuyant la guerre civile au Sri Lanka, un ancien soldat, une jeune femme et une petite fille se font passer pour une famille. Réfugiés en France dans une cité sensible, se connaissant à peine, ils tentent de se construire un foyer.

Dheepan : Photo Antonythasan Jesuthasan, Claudine Vinasithamby

Je n’ai pas eu la possibilité de regarder toute la filmographie du réalisateur tant acclamé par la critique et les cinéphiles Jacques Audiard, loin de là. Avant d’aller voir Dheepan, je n’avais vu que De rouille et d’os, qui m’avait beaucoup plu mais je ne crierais pas non plus au chef-d’oeuvre ainsi qu’Un Prophète que j’ai toujours trouvé très surestimé (booouh qu’on me frappe !). Bref, je n’étais pas plus enthousiaste que ça à l’idée de voir le dernier film d’Audiard. Mais, comme toutes les années, j’étais tout de même curieuse de découvrir cette fameuse Palme d’or : le jury présidé par les frères Coen a-t-il fait le bon choix ? Il est toujours difficile de juger un palmarès sans avoir vu tous les jours mais ce qui est certain en ce qui me concerne, c’est que la réponse à ma question est certainement non. Honnêtement, je me demande même ce qu’il fiche tout court dans ce palmarès cannois. Attention, je ne dis pas que ce film est nécessairement mauvais, peut-être que certains seront sensibles à l’histoire. Personnellement, j’ai eu l’impression d’être passée à côté de ce long-métrage pour moi oubliable qui a quand même le mérite d’être tourné en grande partie en langue tamoul (cela nous permet d’être immergé dans le quotidien de cette « famille » sri-lankaise débarquant en France en attendant de pouvoir s’installer en Angleterre). Je n’ai rien contre des histoires pas toujours originales (je veux dire, au bout d’un moment il n’existe pas non plus trois mille sujet), le principal est de voir tout simplement un bon film. Mais là rien que le sujet m’a barbé, c’est peut-être méchant, gratuit et pas justifié ce que je vais dire, mais il n’y a vraiment rien d’inédit (et pas uniquement les sujets, même la manière dont ils sont traités n’a rien de très innovant), que ce soit à propos de l’immigration ou des banlieues. J’ai presque envie de dire : c’est très cliché. Je ne dis pas qu’il n’y a pas de problèmes chez les immigrés ou dans les banlieues, mais on n’a pas attendu Audiard pour le savoir. Au-delà de nous montrer des scènes vues mille fois, je ne vois surtout pas trop où Audiard a voulu nous dire, notamment sur les banlieues.

Dheepan : Photo Antonythasan Jesuthasan

La métaphore sur la banlieue qui devient une zone de guerre, avec le parallèle avec la guerre que fuit Dheepan et sa pseudo famille, est franchement lourde. Par ailleurs, les scènes oniriques avec l’éléphant dans la jungle (probablement une métaphore de Ganesh), montrant à la fois le déracinement du personnage principal et  le symbole de la sagesse de Dheepan (ce qui peut paraître dingue quand on voit la fin du film, d’une improbable niaiserie), ne sont pas non plus d’une grande subtilité. Bref, je reviens donc sur les banlieues. Certes, nous savons tous qu’il y a des problèmes dans certains quartier blablabla. Mais qu’a-t-il voulu montrer Audiard ? Qu’on doit définitivement faire la guerre à toutes les racailles ? Que c’est lamentable de voir ces jeunes rien foutre et tout casser alors qu’il y a des pauvres migrants qui veulent s’adapter à la société occidentale ? Que la cité est aussi une zone de guerre en Occident, voire même une jungle ? Que la terre d’accueil est à peine mieux que la terre quittée avec douleur ? J’exagère peut-être un peu à travers ces interrogation mais j’avoue avoir trouvé les intentions de ce film assez floues finalement, sans mauvaise foi, à travers ces scènes en banlieue (surtout en ce qui concerne la deuxième partie du long-métrage), je ne comprends pas vraiment le discours d’Audiard. J’espère juste ne pas voir un message trop douteux. Après, heureusement, il y a tout de même quelques points positifs, même si je ne pense pas qu’ils justifient une Palme d’or. En effet, même s’il n’y a absolument rien de révolutionnaire, je trouve tout de même qu’Audiard a bien su capter l’expérience de l’exil, notamment dans la toute première partie du film. Ainsi, il filme avec une certaine perspicacité la découverte de l’étranger, les observations étranges voire même cocasses de la part de la « famille » sri-lankaise en France, tout simplement le choc des cultures. Il y a quelque chose dans ce regard de l’exil à la fois naïf et dur. On retrouve bien l’esprit des Lettres Persanes de Montesquieu, roman épistolaire qui aurait été une véritable source d’inspiration pour l’élaboration du scénario. En ce qui concerne la mise en scène, Audiard a su par son énergie créer une atmosphère étouffante, mais peut-être qu’elle l’est un peu trop au point de nuire à une possible émotion.

Dheepan : Photo Kalieaswari Srinivasan, Vincent Rottiers

Néanmoins, je reconnais que le réalisateur a quand même du talent, j’apprécie sa mise en scène dynamique, qui oscille plutôt bien entre la fiction (même si, encore une fois, je ne suis pas cliente des passages oniriques, mais le reste par contre rien à dire) et le style « documentaire », c’est-à-dire s’approchant au plus près de la réalité, comme si on suivait vraiment de près les personnages (sans écoeurer ou perdre le spectateur). La manière de traiter du thème de la famille me semble également intéressante. Encore une fois, Audiard joue avec malice avec la fiction, c’est-à-dire ici cette fausse famille créée dans le but de pouvoir immigrer. Ainsi, chaque membre de la « famille » a ses caractéristiques, ses différences, son histoire, son passé. Chacun va devoir apprendre à se connaître, à cohabiter et finalement à s’aimer. Dans un sens, la famille est aussi un bon moyen de continuer à explorer le thème de l’exil, celui de l’autre, mais cette fois-ci dans un même groupe. Les personnages sont d’ailleurs intéressants car malgré le « gentil » discours sur les bons migrants, ils ne sont pas manichéens, on ne les aime pas forcément tout de suite mais finalement comme au sein de cette « famille », on apprend à les connaître et à les aimer. C’est d’ailleurs dommage d’intituler le film Dheepan alors que les autres membres de la famille, notamment « l’épouse », jouent tout de même un rôle important. Il faut dire que le trio d’acteurs sri-lankais Antonythasan Jesuthasan (un acteur amateur), Kalieaswari Srinivasan et Claudine Vinasithamby (oui, pour les noms, j’ai bêtement fait un copier-coller), sont tous impeccables et criants de vérité. Notons également enfin la bonne interprétation de Vincent Rottiers, qui évite à ma grande surprise la caricature.

Dheepan : Photo Antonythasan Jesuthasan

Kamikaze, le dernier assaut

réalisé par Takashi Yamazaki

avec Junichi Okada, Haruma Miura, Mao Inoue, Shôta Sometani, Takahiro Miura…

titre original : Eien no zero

Drame, guerre japonais. 2h17. 2013.

sortie française (dvd) : 24 août 2015

Vu dans le cadre de Dvdtrafic : Un grand merci à Cinetrafic et à Condor.

Liste des films de guerre en 2015 et en prison.

Kamikaze, le dernier assaut

Depuis l’attaque de Pearl Harbor, la guerre fait rage dans le Pacifique entre l’armée japonaise et les troupes américaines. Face à l’avancée inexorable des forces alliées, le jeune pilote Kyuzo Miyabe est contraint de rejoindre les unités d’attaque spéciales: les Kamikazes.
Leur mission : détruire la flotte ennemie, quel qu’en soit le prix. A bord de leurs redoutables Zéros, l’heure est venue de livrer l’ultime assaut…

Kamikaze, le dernier assaut : Photo

La rentrée approchant à grands pas, l’opération de Dvdtrafic « spéciale été » est en train de conclure, il est temps que je vous présente le dernier film de ce cycle. Je suis toujours aussi heureuse de participer à toutes ces découvertes cinématographiques, toutes enrichissantes à leur façon. Je vous parle aujourd’hui de Kamikaze. Quand j’ai vu le titre du film avec l’affiche, j’ai un peu tiré la gueule, je l’avoue (malgré la gentillesse du distributeur). Mais bon, je devais jouer le jeu un peu à contre-coeur. Ca a pris du temps mais j’ai réussi à regarder ce film. Dans l’ensemble, ce n’était pas aussi « merdique » que je l’imaginais mais je préfère préciser une chose afin que ce film ne s’en prenne pas trop la gueule gratuitement : je fais un blocage rien qu’à cause du sujet (même si je ne suis pas « anti » film de guerre, j’en aime même certains). Je précise alors d’emblée que ce film n’est peut-être pas forcément mauvais (même si je vais revenir sur les points qui m’ont gênée) mais je suis sûre que certains spectateurs, moins réfractaires à ce genre de films, apprécieront ce film plus que moi. Disons que je trouve qu’il y a du bon et du moins bon. Le film est en fait présenté sous forme de flashbacks, c’est-à-dire qu’on va suivre le parcours d’un jeune homme avec sa soeur à comprendre l’histoire de son grand-père. On va donc voir plein de vieux – dont beaucoup sont sur le point de claquer – raconter l’histoire afin de remettre en place le puzzle.

Kamikaze, le dernier assaut : Photo

Le vieux qui parle en se souvenant des choses, ça fait quand même cliché et franchement je craignais le pire. Je dois avouer que ce procédé très récurrent au cinéma est quand même assez lourdingue. Au-delà de la pseudo émotion suscitée, il faut avouer que le film est parfois un peu trop explicatif. Ceci dit, je ne connais pas forcément comment ce sujet si délicat – les kamikazes – est réellement perçu au Japon. Dans le film, on sent d’ailleurs que ça reste un sujet très tabou, notamment à travers les différentes réactions des personnages (quel que soit leur âge). On sent alors malgré tout une envie de la part du réalisateur de vouloir parler d’un sujet encore « frais » au Japon. Certes, le procédé est alors parfois un peu trop démonstratif mais on sent derrière de bonnes intentions et une envie de faire un film en quelque sorte ludique. Le long-métrage semble alors s’interroger sur l’identité même de kamikaze et son devoir patriotique à travers une opposition certes basique mais à peu près efficace entre la vie et la mort (ou plutôt, pour rester en vie, il faut éviter de mourir, t’as pigé cette phrase très claire dans ma tête mais qui n’a aucun sens en réalité ?). Pour résumer, il s’agit pour moi d’un film correct, sauvé par ses bonnes intentions et des scènes d’action et de bataille tout de même assez réussies. Sans dire que je suis fan de ce film parfois trop long et trop larmoyant, Kamikaze possède quelques scènes assez touchantes et ne méritait pas forcément de sortir directement en dvd en France. Après, étant donné que j’avais un peu peur de découvrir ce film, parce que ça m’arrive d’être une feignasse, j’ai vu le film en version française et finalement j’aurais dû privilégier la version originale : le doublage ne m’a pas peut-être pas toujours aidée à apprécier réellement ce film (d’ailleurs, les films asiatiques bénéficient souvent de mauvais doublages).

Kamikaze, le dernier assaut : Photo

American Sniper

réalisé par Clint Eastwood

avec Bradley Cooper, Sienna Miller, Luke Grimes, Jake McDorman, Jonathan Groff…

Biopic, guerre, drame américain. 2h12. 2015.

sortie française : 18 février 2015

American Sniper

Tireur d’élite des Navy SEAL, Chris Kyle est envoyé en Irak dans un seul but : protéger ses camarades. Sa précision chirurgicale sauve d’innombrables vies humaines sur le champ de bataille et, tandis que les récits de ses exploits se multiplient, il décroche le surnom de « La Légende ». Cependant, sa réputation se propage au-delà des lignes ennemies, si bien que sa tête est mise à prix et qu’il devient une cible privilégiée des insurgés. Malgré le danger, et l’angoisse dans laquelle vit sa famille, Chris participe à quatre batailles décisives parmi les plus terribles de la guerre en Irak, s’imposant ainsi comme l’incarnation vivante de la devise des SEAL : « Pas de quartier ! » Mais en rentrant au pays, Chris prend conscience qu’il ne parvient pas à retrouver une vie normale.

American Sniper : Photo Bradley Cooper

Clint Eastwood a beau vieillir, il ne prend décidément jamais sa retraite pour notre plus grand bonheur ! Quelques mois après le discret Jersey Boys, papi Clint revient en force avec American Sniper, l’adaptation de l’autobiographie de Chris Kyle intitulée American Sniper: The Autobiography of the Most Lethal Sniper in U.S. Military History (en VF American Sniper, l’autobiographie du sniper le plus redoutable de l’histoire militaire américaine). Le long-métrage, nommé à six reprises aux Oscars (il repartira avec une statuette – meilleur montage sonore), a cassé la baraque, devenant ainsi le plus grand succès cinéma de l’année 2014 aux Etats-Unis (devant Hunger Games : La Révolte la plus chiante de l’histoire du cinéma, héhéhé). Chris Kyle, sous-officier de la marine américaine, revendique avoir abattu 255 personnes durant la guerre d’Irak. Le Pentagone a officiellement confirmé 160 tirs : ces chiffres font de Kyle le tireur d’élite ayant tué le plus de personnes dans toute l’histoire militaire des Etats-Unis. Après son retour de la guerre, après avoir un centre de formation pour apprentis tireurs d’élite au Texas, il finira par être assassiné le 2 février 2013 (avec Chad Littlefield) par Eddie Ray Routh, un ex-marine souffrant de trouble de stress post-traumatique. Dernièrement, le tueur de Kyle a été condamné à une peine de prison à perpétuité, sans possibilité de libération conditionnelle. Le personnage est polémique : a-t-il réellement tué tous ces gens par devoir patriotique ? Est-il un héros ou un guerrier meurtrier ? En tout cas, dans son autobiographie, il confesse ne regrette aucun de ses actes. Pire : son seul regret est de ne pas avoir pu tuer plus de gens.

American Sniper : Photo Bradley Cooper, Sienna Miller

Malgré son succès, American Sniper a été marqué par des polémiques autour des pensées et actes autour de ce personnage qui ne serait pas aussi héroïque. Pour ceux qui n’auraient pas du tout suivi la controverse autour de ce film, les détracteurs lui reprochent de faire l’apologie du meurtre et de véhiculer des idéaux racistes. Effectivement, contrairement à Démineurs (que je n’aime pas, je le précise), les Irakiens ne sont pas réellement vus comme les gentils de l’histoire (même si certaines répliques venant de personnages secondaires tentent de faire comprendre qu’eux-mêmes sont des victimes de guerre, mais elles restent minimes. Cependant, je ne pense pas que cela montre une quelconque idéologie de la part de Clint Eastwood. Au pire, cela peut montrer le point de vue de Kyle : il s’agit alors de la position d’un personnage et non du réalisateur et cela ne va pas forcément dire qu’Eastwood l’approuve. Cela ne peut que renforcer la complexité même du personnage. De plus, il faut tout de même savoir que la famille de Kyle a pas mal rôdé autour du tournage et souhaitait que sa mémoire soit respectée. Cela peut alors expliquer pourquoi Eastwood ne dresse pas un portrait davantage plus sombre de Kyle et qu’il reste plutôt bienveillant. Cela expliquerait également pourquoi j’ai pu trouver ce film patriotique, surtout en ce qui concerne la fin (cependant, rien de scandaleux, il n’y a pas de propagande, je pense que ça transcrit un sentiment très américain, difficile à cerner pour nous qui sommes européens). Je ne comprends absolument pas cette polémique, qui me semble injustifiée. Cependant, il est tout de même regrettable de voir un Eastwood qui semble se censurer. Il n’ose même pas reprendre la phrase écrite de Kyle sur le fait qu’il aurait aimé tuer encore plus de gens, et préfère plutôt la détournée d’une autre manière, en la mettant sur le compte du devoir patriotique. 

American Sniper : Photo Sienna Miller

Malgré cela, Clint Eastwood arrive tout de même à dresser le portrait complexe d’un soldat. Parti par devoir patriotique, découvrant toutes les horreurs possibles (de ce côté-là, le film n’est pas du tout light), Chris Kyle prend rapidement goût à la guerre qui lui procure une adrénaline pratiquement indispensable, au point d’être un étranger au sein de sa propre famille lorsqu’il retourne chez lui au Texas : en réalité, sa véritable famille est l’armée. Le sujet n’est pas évidemment pas nouveau mais il reste bien exploité et de nouveau captivant. Au fond, peu importe si on trouvera ce film patriotique ou non (je crois qu’on touche ici à une question très personnelle, qui ne dépendra que des convictions personnelles des spectateurs), American Sniper réussit à parler de patriotisme. Au-delà des questions soulevées, à la fois justes et pertinentes, sur le patriotisme, la nécessité ou non de la guerre et du devoir (la guerre est-elle un mal nécessaire ?), le retour des soldats chez eux ou encore du problème des armes à feu aux Etats-Unis, la film séduit par sa mise en scène remarquable, réaliste, énergique et coup de poing. Eastwood s’est d’ailleurs très bien renseigné sur les scènes de batailles, en engageant notamment sur le tournage Kevin Lacz (qui interprète son propre rôle !), qui a connu Chris Kyle en Irak. Bradley Cooper (également l’un des producteurs du film) livre une interprétation remarquable (et avec un chouette accent texan) : sa nomination aux Oscars me semble parfaitement justifiée. Sa partenaire Sienna Miller, qui incarne encore une fois cette année « la femme de » (rappelez-vous dans le déjà oubliable Foxcatcher), s’en tire également bien dans ce rôle secondaire sans passer pour une potiche.

American Sniper : Photo Bradley Cooper

Apocalypse Now

réalisé par Francis Ford Coppola

avec Martin Sheen, Marlon Brando, Robert Duvall, Laurence Fishburne, Dennis Hopper, Frederic Forrest, Sam Bottoms, Albert Hall, Harrison Ford, Scott Glenn…

Film de guerre américain. 2h21 / 3h14 (Redux). 1979.

sortie française : 26 septembre 1979

Apocalypse Now

Cloîtré dans une chambre d’hôtel de Saïgon, le jeune capitaine Willard, mal rasé et imbibé d’alcool, est sorti de sa prostration par une convocation de l’état-major américain. Le général Corman lui confie une mission qui doit rester secrète : éliminer le colonel Kurtz, un militaire aux méthodes quelque peu expéditives et qui sévit au-delà de la frontière cambodgienne.

Apocalypse Now : Photo

Apocalypse Now, Palme d’or au festival de Cannes en 1979, (ex-aequo avec Le Tambour) a longtemps fait partie de ces chefs-d’oeuvre que je n’avais pas encore vu (ce qui est assez honteux quand on est cinéphile). Je n’ai pas vu toute la filmo de Francis Ford Coppola mais dans l’ensemble j’aime beaucoup ce réalisateur. Cependant j’ai longtemps bloqué sur Apocalypse Now (connu également pour son tournage chaotique). Je n’ai rien contre les films de guerre, pourtant ce n’est pas le genre de films qui m’attire spécialement, il faut un peu me forcer pour que je puisse m’y intéresser. La longueur reste aussi pour moi un obstacle : j’ai du mal à regarder des films en plusieurs fois et regarder un long film demande aussi une certaine forme d’énergie. Puis, entre-temps, j’ai lu le court roman qui a inspiré ce film, pour rappel Au coeur des ténèbres de Joseph Conrad. Je pensais qu’il me pousserait à découvrir son adaptation cinématographique, mais au contraire j’ai encore moins envie de le voir. Je ne déteste pas le livre mais j’ai du mal à entrer dans l’histoire. Pourtant je n’ai rien contre Conrad (je vous conseille au passage les méconnues nouvelles Amy Foster et Un avant-poste du progrès). Bref, finalement, un de ces jours, sans raison particulière, je me suis dit « Bordel, Tina, ça serait bien que tu regardes Apocalypse Now« . Bref, et juste après j’ai relu le livre de Conrad, puis je l’ai encore relu (en même temps, là je suis un peu obligée pour le boulot) et je me dis « hum il est bien quand même ». Bref, voici un long paragraphe proche de 36 15 ma life pour vous dire à quel point j’ai été conne bête d’être passée à côté d’un tel monument du cinéma et à quel point je fais des efforts pour être à la hauteur (non, je ne vous chanterai pas la chanson de la comédie musicale Le Roi Soleil). Je précise que j’ai vu directement la version Redux : bah ouais, comme j’ai mis une plombe à regarder ce film, j’ai mis le paquet (en fait, j’ai juste piqué le dvd qu’avait mon père, je ne me suis pas trop embêtée). Je me suis tout de même renseignée sur les différences entre les deux versions.

brando

Je ne vais pas vous mentir : cette version Redux est quand même un peu longue et il faudrait un de ces jours que je regarde la première version (histoire de ne pas mourir bête). Mais bon, je ne vais pas non plus me plaindre puisque je ne me suis pas du tout ennuyée, je faisais simplement un constat. Au contraire, Apocalypse Now m’a même scotchée. Le résultat est exceptionnel : la mise en scène est absolument époustouflante, les décors grandioses, la photographie sublime, les choix musicaux fantastiques . Toute cette démesure est cohérente pour dénoncer une guerre absurde et pour montrer la noirceur de l’être humain. Puis, le travail d’adaptation est vraiment judicieux. En effet, le film est très éloigné du bouquin : l’histoire est beaucoup plus développée dans le film (il n’y a qu’à voir la longueur) ou encore le contexte historique et géographique est différent. Pourtant Coppola a pour moi parfaitement compris l’esprit du texte de Conrad. Grâce à une atmosphère envoûtante, voire même onirique, le réalisateur a su retranscrire ce voyage intérieur de plus en plus infernal et cauchemardesque, mis en parallèle avec la remontée fluviale au coeur de la jungle. Coppola ne nous propose pas un grand nombre de scènes de bataille (en tout cas, pas autant que je l’imaginais), ce qui peut surprendre dans un film de guerre. Pourtant, c’est en se concentrant sur la psychologie des personnages que le réalisateur réussit à dénoncer les désastres de la guerre du Vietnam ainsi que la folie et la barbarie humaine. Enfin, le film est servi par un casting brillant. Tout d’abord, j’ai énormément aimé Martin Sheen. Son interprétation peut paraître sobre et pourtant Sheen parvient à montrer la complexité même de son personnage, assez difficile à cerner et qui est constamment dans un monologue intérieur. On se souvient évidemment tous de l’hallucinante performance du monstrueux Marlon Brando, qui n’apparaît pourtant qu’à la fin du film et qui est pourtant inoubliable. Robert Duvall en colonel fou fan de surf et de napalm ou encore Dennis Hopper en photo-journaliste frappé sont également excellents.

Apocalypse Now : Photo Dennis Hopper, Francis Ford Coppola

’71

réalisé par Yann Demange

avec Jack O’Connell, Paul Anderson, Richard Dormer, Sean Harris, Martin McCann, Charlie Murphy, Barry Keoghan, Sam Reid, David Wilnot, Corey McKinley…

Drame, thriller, guerre britannique. 1h40. 2013.

sortie française : 5 novembre 2014

interdit aux moins de 12 ans

'71

Belfast, 1971.
Tandis que le conflit dégénère en guerre civile, Gary, jeune recrue anglaise, est envoyé sur le front.
La ville est dans une situation confuse, divisée entre protestants et catholiques.
Lors d’une patrouille dans un quartier en résistance, son unité est prise en embuscade. Gary se retrouve seul, pris au piège en territoire ennemi.
Il va devoir se battre jusqu’au bout pour essayer de revenir sain et sauf à sa base.

'71 : Photo Jack O'Connell (II)

On aurait pu penser que le cinéma avait déjà trop exploité le sujet du conflit nord-irlandais, mais ’71 prouve qu’il y a encore des choses à dire et à faire. Yann Demange, réalisateur français expatrié en Grande-Bretagne, signe un premier long-métrage brillant. Certes, en regardant le film, on pourra penser aux excellents Bloody Sunday de Paul Greengrass, Omagh de Pete Travis ou même Au nom du père de Jim Sheridan. Cependant, ces quelques inspirations ne sont pas gênantes car le film possède sa propre personnalité et a largement les épaules pour devenir une référence sur le sujet. Le point de vue que Demange utilise permet également à ’71 de ne pas tomber dans la redite. Surtout, la mise en scène est parfaite, parvenant à installer une véritable tension, pratiquement présente du début jusqu’à la fin du film. Certaines scènes sont particulièrement éprouvantes. Malgré une violence omniprésente, le film n’est jamais écoeurant. On doit également constater à quel point Demange possède un incroyable sens du rythme et du mouvement. De plus, la caméra est sans cesse en mouvement afin que le spectateur se trouve au plus près de l’action, il se passe également beaucoup de choses à l’écran au sein d’une même scène (je pense notamment à la scène de l’émeute, très marquante), pourtant on voit et comprend tout ce qui se passe à l’écran. Ces éléments permettent au spectateur de ne pas s’ennuyer, de plus on remarquera également que le film n’est pas trop long, préférant aller à l’essentiel.

'71 : Photo Jack O'Connell (II)

’71 est plus qu’un film sur une période historique et un conflit : le thriller et le drame se combinent logiquement. Il réussit à dépasser le point historique précis, sa dimension universelle s’imposant naturellement. La caméra suit Gary Hook, un jeune et banal soldat (mais jamais insipide, au contraire) qui va se retrouver au coeur d’un conflit qui le dépasse et surtout au centre d’une véritable chasse à l’homme bien malgré lui. Non seulement Gary est devenue une bête, mais en plus, personne n’est à l’abri, même les enfants ne sont pas épargnés de ce terrible conflit. Alors que Gary se retrouve dans ce conflit absurde, il sera parfois étonnamment aidé, prouvant qu’une part d’humanité existe encore durant cette nuit. L’humanité de Gary touche également : il n’est qu’un homme victime des événements. Certains veulent le voir mourir, pourtant Gary lutte sans cesse pour vivre. La bande-son est également très bonne. Elle est importante car elle permet d’accentuer la tension déjà omniprésente, mais elle n’est pas non plus envahissante. De plus, elle est intéressante puisqu’elle joue beaucoup sur des sons de rue ou liés à la violence de la guerre. Enfin, les acteurs, la plupart inconnus du grand public, sont également tous très bons, notamment en tête Jack O’Connell (vu cette année dans Les Poings contre les murs), qui possède une véritable présence et qui parvient à rendre son personnage très attachant.

'71 : Photo

How I live now – Maintenant c’est ma vie

réalisé par Kevin MacDonald

avec Saoirse Ronan, George Mackay, Tom Holland, Harley Bird, Anna Chancellor…

titre original : How I live now

Drame, science-fiction, action britannique. 1h46. 2013.

sortie française : 12 mars 2014

How I Live Now (Maintenant c'est ma vie)

Daisy, une adolescente new-yorkaise, passe pour la première fois ses vacances chez ses cousins dans la campagne anglaise. Rires, jeux, premiers émois… Une parenthèse enchantée qui va brutalement se refermer quand éclate sur cette lande de rêve la Troisième Guerre Mondiale…

How I Live Now (Maintenant c'est ma vie) : Photo Saoirse Ronan

Kevin MacDonald, principalement connu pour avoir réalisé Le Dernier Roi d’Ecosse, qui avait permis à Forest Whitaker de décrocher l’Oscar du meilleur acteur, adapte le roman de Meg Rosoff, paru en 2004. Hélas, le retour du réalisateur est très décevant. Je me suis même demandée comment il a pu réaliser une daube pareille. Je ne le pensais pas aussi crétin. Tout d’abord, les éléments qui concernent la Troisième Guerre Mondiale ne sont pas très bien utilisés. On comprend qu’il s’agit d’une guerre autour du nucléaire. Mais le sujet reste assez vague, on ne comprend pas tous les enjeux, on ne connaît pas l’ennemi. Puis, il faut avouer qu’il ne se passe quand même pas grand-chose. On a également l’impression que cette guerre dure quinze jours (en gros, elle se termine quand Daisy et la petite chieuse reviennent à la maison – il ne s’est pas passé beaucoup de temps apparemment). On voit d’abord des jeunes s’amuser dans la campagne (limite ça ressemble à une publicité), puis une fois la guerre qui éclate (action qui met un temps fou à arriver, c’est la première fois que j’ai hâte de voir une guerre sur grand écran !), en gros, on voit deux filles marcher, se plaindre (« j’ai soif », « j’ai mal aux piiiiieds », et il manque plus que « j’ai envie de pisser » et t’as la totale !), qu’est-ce que c’est passionnant tout ça ! Pour voir ça, honnêtement, je préfère encore regarder Pékin Express.

How I Live Now (Maintenant c'est ma vie) : Photo George Mackay, Saoirse Ronan

Ensuite, les personnages m’ont beaucoup agacée, tout particulièrement « Daisy-Elizabeth ». Je ne critique pas l’interprétation de la jeune actrice irlandaise Saoirse Ronan, elle fait le job comme on dit. Mais son personnage est juste insupportable et très caricatural, du style, « je suis une ado rebelle parce que je suis blonde platine, j’écoute du rock et j’ai des piercings d’abord et je parle avec mépris parce que je t’emmerde » ou encore « ne m’appelle pas Elizabeth, mon p’tit nom à moi c’est Daisy ». J’exagère à peine. Cette description s’applique d’abord pour la première partie du film. On croit qu’on a vu le pire. Mais Daisy va tomber amoureuse. Et pas de n’importe qui, puisqu’il s’agit de son propre cousin ! Les relations sont très saines visiblement. Et dans le film, cette relation incestueuse ne semble jamais remise en question. Voyons, c’est normal de coucher avec son cousin et d’envisager même un avenir avec lui. Qu’il n’y ait pas de suite à ce film, je ne veux pas voir à quoi ressembleront leurs enfants, s’il vous plaît. C’est quand même paradoxal que Daisy, qui semble rebelle et moderne, se comporte comme une femme du Moyen-Age. Bref, je disais que Daisy tombait amoureuse de son cousin, mais du genre en mode relou. « Oh Eddiiiiiiie, où es-tu ? », « Oh Eddiiiiiie je reviendrai pour toi » et bla bla bla. A force, tu finis par haïr ce prénom – et même pire, les gens qui s’appellent Eddie (ou Edouard). Notre jeune héroïne s’adoucit et devient carrément niaise. En fait, au bout d’un moment, l’enjeu du film est : « Mais où est Eddie ? ». En gros, s’il est vivant, même si les autres crèvent comme des rats, c’est pas grave, puisqu’Eddie est vivant et qu’il fera probablement des gamins à sa cousine.

How I Live Now (Maintenant c'est ma vie) : Photo Saoirse Ronan

Tout le long du film, ce personnage entend des voix (très énervantes) dans sa tête. « Pourquoi ??? ». On croit qu’on va avoir une réponse quand le fameux cousin lui dit une réplique du style : « Ne te préocuppe pas de ces voix dans ta tête qui te dictent des règles ». Mais, non, pas de réponse non plus. Qui est alors Daisy ? Une ex-anorexique (probablement) ? Une ex-suicidaire ? Une folle ? Un peu des trois à la fois ? Autre chose ? La cerise sur le gâteau est probablement la fin. Ce qui est « drôle », c’est que les répliques de Daisy semblent vouloir montrer l’intérêt du film. En gros, elle dit un truc complètement niais du genre « J’ai réfléchi, j’ai changé grâce à l’amouuuuuuuur, je resterai à la campagne avec mon chéri alors que je ne ressemble à rien avec ce look de citadine, maintenant c’est ma vie ». L’avantage, c’est que ça explique un peu le titre stupide du film, qui ne présageait déjà rien de bon. Mais en fait, quand le film s’est terminé et pendant que la salle pleine à craquer se vidait – on était trois- je me suis dit : « mais tout ça pour ça ? ». Sérieusement, il fallait vraiment une Troisième guerre mondiale (qui implique donc des morts ! tragédie !) pour nous dire ça ? C’est pas du foutage de gueule ? Ce que je retiens de ce film : en gros, on s’en cogne de cette foutue guerre et du nucléaire, c’est juste une histoire d’amour adolescente mais attention, c’est pas comme dans les Twilight, Harry Potter ou Hunger Games. Non, là c’est entre cousins. ON S’EN FOUT !

How I Live Now (Maintenant c'est ma vie) : Photo Harley Bird