Manchester by the Sea

réalisé par Kenneth Lonergan

avec Casey Affleck, Michelle Williams, Lucas Hedges, Kyle Chandler, Gretchen Mol, Matthew Broderick, Heather Burns…

Drame américain. 2h18. 2016.

sortie française : 14 décembre 2016

Movie Challenge 2017 : Un film ayant obtenu un Oscar

Après le décès soudain de son frère Joe, Lee est désigné comme le tuteur de son neveu Patrick. Il se retrouve confronté à un passé tragique qui l’a séparé de sa femme Randi et de la communauté où il est né et a grandi.

Manchester By the Sea : Photo Casey Affleck, Lucas Hedges

Le script de Manchester by the sea faisait partie de la liste noire 2014 des meilleurs scénarios n’ayant pas pu être concrétisés. Heureusement qu’il a pu voir le jour : il a permis à son réalisateur-scénariste Kenneth Lonergan (le scénariste de Mafia Blues et Gangs of New York qui signe ici son troisième long-métrage après Tu peux compter sur moi et Margaret) de remporter l’Oscar du meilleur scénario original. Il ne s’agit pas du seul prix remporté au cours de la soirée : Casey Affleck, qui n’est décidément plus désigné comme le frère de Ben (et tant mieux), a remporté l’Oscar du meilleur acteur. Manchester by the sea (qui s’écrit en réalité avec des tirets) désigne le lieu où vivait Joe Chandler (incarné par… Kyle Chandler… Lonergan a-t-il choisi cet acteur par hasard ?). Avant son décès, il avait demandé à son frère Lee, qui habite désormais à Boston pour jouer les hommes à tout faire, de devenir le tuteur de son adolescent de fils Patrick. Lee doit retourner dans cette ville qui représente ce passé qu’il veut fuir. Je ne vais évidemment pas révéler ce qui s’est passé pour qu’il quitte cette ville (et donc aussi sa famille) mais il est évidemment que n’importe quel être humain aurait du mal à s’en remettre. On aurait pu s’attendre à toute une série de clichés. Habituellement, on voit des personnages de ce type en quête de rédemption qui va chercher à se racheter, à se pardonner et à aller de l’avant. Si son ex-femme Randi fait tout pour aller de l’avant, Lee reste jusqu’au bout un homme brisé. Ce n’est même plus un homme : il est devenu un fantôme et ne peut pas évoluer. Beaucoup diront que ce film est juste ultra dépressif. C’est sûr qu’il ne faut pas découvrir ce film quand on se sent mal ! Mais je l’ai trouvé dans la manière de décrire les réactions et les états des personnages très juste, proche de ce qui pourrait nous arriver dans notre propre vie. Je ne connaissais pas Kenneth Lonergan avant de regarder ce film mais j’ai tout de suite senti qu’il était dramaturge à côté de ses activités de cinéaste (je ne me suis donc pas trompée) : on sent qu’il y a derrière ce film un auteur. Son Oscar du scénario est alors logique et mérité : le film a beaucoup de qualités mais il doit beaucoup à sa qualité d’écriture.

Manchester By the Sea : Photo Michelle Williams

Au bout d’une heure, je ne vais pas vous mentir, je me suis demandée si la longueur était justifiée. Evidemment, comme dans n’importe quel long film, on peut toujours se demander s’il n’y a pas des scènes en trop (peut-être qu’il y a un peu trop de scènes au début du long-métrage). Cela dit, je comprends le choix de cette longueur même si l’histoire reste très basique et simple à résumer (dans le sens où il n’y a de rebondissements) : Lonergan veut que le spectateur prenne le temps de cerner les différents personnages. Surtout, l’écriture est très riche dans le sens où elle réussit à prendre en compte différents paradoxes sans jamais s’éparpiller. Par exemple, il y a cette opposition entre le feu et l’eau qui n’a rien de simpliste alors qu’on aurait pu tomber dans des pièges assez grossiers : c’est comme si Lee était sans cesse encerclé par des éléments montrant qu’il n’a vraiment pas sa place à Manchester. Surtout, les personnages jouent sur deux tableaux alors que leur douleur est commune. Ainsi, Lee est un homme qui reste dans l’immobilité tandis que Randi et Patrick avancent malgré la perte et la souffrance. Randi a beau être très attachée à Lee, sa nouvelle famille est désormais sa priorité. Quant à Patrick, il reste un adolescent qui doit devenir un adulte et surtout qui vit (petite amie, potes pour faire la fête, groupe de musique, hockey sur glace : bref une vie bien remplie pour un ado). Ses relations sexuelles (qui n’aboutissent jamais – est-ce une représentation du temps qu’il doit encore vivre ?), ses relations compliquées avec sa mère biologique (une ex-junkie qui vit avec un bigot), ses projets professionnels (avec le bateau), Patrick a des tas de projets : peu importe s’ils aboutissent ou non (même si encore une fois l’échec de certains de ses projets ont une signification), il n’est justement pas comme Lee un fantôme, juste un futur adulte qui se bouge. Ce personnage est aussi celui qui apporte un peu de fraîcheur et de légèreté dans un décor assez austère. Bref, ce choix de situer les personnages sur des tableaux et temporalités opposés renforcent encore plus la position figée de Lee. C’est aussi selon moi un bon moyen d’éviter que cet immobilisme devienne un handicap pour le film.

Manchester By the Sea : Photo Casey Affleck

Comme je le disais plus haut, l’histoire en elle-même est plutôt « simple ». Alors pourquoi prendre le temps en l’étalant sur 2h20 ? Le passé a une place considérable dans la vie du personnage principal : il était alors logique de montrer certains éléments de cette existence sous forme de flashback. Ce procédé peut avoir ses limites ou casser le rythme du récit. Or, notamment grâce à un montage très réussi, les transitions entre le passé et le présent sont d’une grande fluidité. Tout en montrant les faits (là encore une sorte de paradoxe), on a vraiment l’impression d’entrer dans l’esprit de Lee : les flashback apparaissent toujours à des moments précis du présent, ils ne sont pas balancés n’importe comment juste pour contenter le spectateur en manque d’informations. Casey Affleck est excellent dans le rôle de Lee et son Oscar n’est selon moi pas volé. J’ai toujours aimé cet acteur (c’est mal de comparer mais j’ai toujours trouvé qu’il jouait mieux que son frère, c’est dit) qu’on a un peu trop souvent caricaturé comme l’acteur dépressif du cinéma indépendant qui mérite enfin cette reconnaissance de la profession. Son interprétation aurait pu être très caricaturale mais ce n’est pas du tout le cas. Certes, son personnage est dépressif. Il ne cause pas non plus beaucoup. Cela dit, dans des détails, il apporte de l’émotion et de la vérité à ce personnage sans jamais en faire des caisses. Certes, il s’agit aussi d’un film indépendant. Michelle Williams et Lucas Hedges accompagnent merveilleusement bien leur partenaire (et tous les deux ont mérité leur nomination aux Oscars). Williams apparaît finalement peu mais elle est bouleversante à chacune de ses apparitions. Quant à Hedges (vu dans Moonrise Kingdom et The Grand Budapest Hotel de Wes Anderson), il est épatant ! Manchester by the Sea est donc un bouleversant film qui a le mérite de ne pas tomber dans le pathos et surtout qui ne correspond nécessairement à ce qu’on aurait pu attendre suite au synopsis. Il ne correspond justement ni aux standards du cinéma indépendant américain de ces dernières années ni même à ce que Hollywood aime habituellement.

Manchester By the Sea : Photo Casey Affleck, Lucas Hedges

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Girls Only

réalisé par Lynn Shelton

avec Keira Knightley, Chloe Grace Moretz, Sam Rockwell, Mark Webber, Ellie Kemper, Jeff Garlin, Gretchen Mol, Daniel Zovatto, Kaitlyn Dever…

Titre original : Laggies

Comédie américaine. 1h40. 2014.

sortie française : 13 mai 2015

Girls Only

A l’aube de ses 30 ans, on ne peut pas dire que Megan soit fixée sur son avenir. Avec son groupe d’amies déjà bien installées dans la vie, le décalage se creuse de jour en jour. Et ce n’est pas le comportement des hommes qui va l’apaiser ! Au point qu’elle se réfugie chez Annika, une nouvelle amie… de 16 ans. Fuyant avec joie ses responsabilités, elle préfère partager le quotidien insouciant de l’adolescente et ses copines. Jusqu’à croiser le père d’Annika au petit-déjeuner…

Girls Only : Photo Keira Knightley

Après Humpday et Ma meilleure amie, sa soeur et moi, Lynn Shelton, qui commence à se faire un nom au sein du cinéma américain indépendant, réalise Laggies. Oui, j’insiste sur le titre original car ce titre « français » (en gros, traduire par de l’anglais, mouahahaha) est vraiment dégueulasse. On ne peut pas autant duper le spectateur, ou plutôt la spectatrice. Non, Laggies n’est pas un film destiné aux gamines de 12 ans pendant une soirée pyjama en train de se gaver de bonbecs. Trouver une traduction convenable de « laggies » est très difficile, mais en cherchant sur le net, j’ai tout de même compris ce qu’il signifie. En gros, il y a l’idée de « retard », de « traîner ». Cela correspond effectivement à la vie de Megan, le personnage principal. En effet, à presque 30 piges, Megan est un peu à la ramasse par rapport au reste de son entourage : elle n’a pas vraiment de travail fixe, elle a certes un petit ami mais n’a aucune envie de se marier avec lui et ses abominables amies sont toutes mariées et mères de famille. Bref, elle fuit et se met à traîner avec des ados qu’elle a croisés par hasard. Bref, à partir de là, on voit bien où veut en venir Lynn Shelton. La réalisatrice traite de l’éternel difficile passage à l’âge adulte. Elle veut aussi montrer que les gens sont parfois coincés dans leur propre vie à cause des diktats de la société alors que pour trouver leur voie (personnelle et professionnelle), il faut qu’ils écoutent leurs propres désirs et aspirations. C’est un film qui semble également interroger sur la maturité et la responsabilité : quand la jeunesse se termine-t-elle ? Peut-on être responsable tout en restant insouciant ? Enfin, chaque individu semble traverser une période floue pour pouvoir reprendre sa vie en main. Certes, rien de bien nouveau dans ces thèmes mais on pouvait tout de même espérer une nouvelle manière de les traiter. Je ne m’attendais pas spécialement au film du siècle mais j’espérais tout de même voir un film sympathique qui pouvait parler un minimum aux spectateurs (oui, même les mecs peuvent être concernés – malgré ce titre français crétin).

Girls Only : Photo Keira Knightley

Certes, Laggies se laisse tout de même regarder, en tout cas, personnellement, je ne me suis pas ennuyée. Cependant, cela ne signifie pas que le film est bon. Le film aurait pu être intéressant en revisitant en quelque sorte le teen-movie chez un personnage adulte ou encore il aurait pu s’amuser du décalage entre Megan la trentenaire et Annika l’adolescente. Hélas, Lynn Shelton passe à côté du potentiel de son film. Hélas, les thèmes pas nouveaux restent alors… des thèmes pas nouveaux. Le film est à l’image des « amies » de Megan : superficiel. Les thèmes intéressants ne sont que survolés, la question du travail est même au bout d’un moment totalement délaissée de côté. Il n’y a vraiment aucune originalité, on a l’impression d’avoir vu ce film des milliers de fois et la mise en scène est trop plate. Les facilités de scénario sont vraiment regrettables, on n’a vraiment aucune surprise. Pire, les clichés véhiculés sont déplorables. Certes, ce que souligne sur le papier Shelton est juste : effectivement, la société dicte bien le comportement des individus. On sait très bien que certains construisent une vie de famille, se marient etc… juste pour entrer dans un moule et non pour écouter leurs propres envies. On sait bien aussi que ces personnes en question n’hésitent pas à critiquer celles qui ne font pas comme elles. Mais là, Shelton nous présente tous les trentenaires comme des coincés, des gens autoritaires, totalement égocentriques. Les amies de Megan sont des sortes de clones des personnages de Desperate Housewives. Il n’y a absolument aucune nuance chez ces personnages alors qu’on peut être trentenaire, avoir une vie rangée et tout de même rire un minimum, non ? Là, non, les ados sont forcément tous cool et sympas (et font même du skateboard !) et les adultes sont tous vilains ! Comment le film peut-il être crédible avec ce ramassis de bêtises ? De plus, à part être sympathique, on reste vraiment indifférent au sort des personnages. On ne rit pas vraiment, on n’est pas non plus ému. Le spectateur se fiche royalement du sort de chacun. Face à tant de clichés, de superficialité et de vide, les acteurs font ce qu’ils peuvent. Keira Knightley reste sympathique même si elle sourit parfois bêtement, Chloe Grace Moretz est également crédible en ado cool même si ça serait chouette qu’elle arrête de jouer les ados attardées, je pense qu’elle vaut mieux que ça. Sam Rockwell est pour moi celui qui s’en sort le mieux mais son personnage est totalement sous-exploité. En revanche, les seconds rôles comme Ellie Kemper ou Mark Webber sont franchement catastrophiques.

Girls Only : Photo Keira Knightley