Obvious Child

réalisé par Gillian Robespierre

avec Jenny Slate, Jake Lacy, Gaby Hoffmann, Gabe Liedman, David Cross, Richard Kind, Polly Draper, Cindy Cheung…

Comédie romantique américaine. 1h23. 2014.

sortie française : 3 septembre 2014

Obvious Child

La vie de la jeune Donna Stern n’a rien de particulier : un petit ami, un job dans une librairie, sa bande de potes, des parents divorcés… Mais, chaque soir, sur une scène de Brooklyn où elle interprète son numéro de stand-up, ce quotidien banal devient une source inépuisable de sketches. Avec un humour ravageur et souvent cru, Donna y déballe sa vie intime, ne prend rien au sérieux, se moque de tout et surtout d’elle-même. Mais, coup sur coup, Donna perd son travail, se fait larguer par son petit ami, déprime, a une aventure alcoolisée d’un soir et… tombe enceinte.Dès lors, Donna va devoir assumer ses choix et grandir un peu, mais peut-être aussi rencontrer l’amour au moment où elle s’y attend le moins.

Obvious Child : Photo Jenny Slate

J’ai découvert l’existence de Obvious Child, qui semble être passé inaperçu durant sa sortie française, grâce au site Madmoizelle qui avait écrit une jolie critique sur le film et surtout un très bon article sur l’avortement au cinéma. C’est cet article en question qui m’a vraiment donnée envie de le découvrir mais hélas je n’avais pas eu le temps d’aller voir au cinéma lorsqu’il est sorti. Lorsque j’ai vu le dvd à ma médiathèque, je n’ai pas hésité à le prendre car mon envie était toujours là ! A l’origine, Obvious Child était un court-métrage (datant de 2009) déjà réalisé par Gillian Robespierre et avec Jenny Slate. Le film ayant suscité un vif débat après sa diffusion dans les festivals américains, Robespierre décide de le transformer en long (et il s’agira alors de son premier long-métrage). Effectivement, comme le souligne très justement l’article de Madmoizelle, en particulier dans le cinéma américain, l’avortement est un sujet parfois abordé mais on ne peut pas dire qu’il soit concrètement traité. Même dans des téléfilms que j’ai eu la « chance » de voir sur M6 (oui oui, on ne me juge pas), les jeunes filles finissent par avorter après être passées par trois mille interrogations. Là, il ne s’agit pas d’une ado, mais d’une trentenaire, et au lieu de voir les éternelles questions (« je garde le bébé ou non ? »), cette femme décide dès le début de ne pas garder l’enfant (et sera soutenue par son entourage) : on comprend alors dès le début le choix même de la réalisatrice. Il s’agit d’un film ouvertement féministe. Alors, évidemment qu’on pourrait s’interroger sur la contraception de la jeune femme (elle aurait pu faire ci ou ça pour éviter cette grossesse, etc…), bien sûr qu’il ne faut pas la négliger mais ce n’est clairement pas le propos, le film n’est pas un cours de SVT.

Obvious Child : Photo Jake Lacy

Le but est surtout de dire que chaque femme fait ce qu’elle veut de son corps. On a beau être en 2015, je pense que ce message doit toujours être passé. Mais le film ne se limite pas à ce message qui pourrait sembler un peu trop simple et naïf. Effectivement, Obvious Child n’est pas uniquement un film sur l’avortement, il s’agit aussi d’une comédie romantique (rappelons que l’histoire se déroule autour de la Saint-Valentin, au moins on en rajoute une couche). Ce n’est pas forcément habituel de voir une romance naître autour de l’avortement. Mais le « mélange » entre ces deux éléments fonctionne plutôt bien. Quelque part, la comédie romantique permet de renforcer le message sur l’avortement, c’est-à-dire qu’il faut arrêter de faire culpabiliser les femmes qui choisissent de ne pas garder l’enfant qu’elles portent et surtout qu’on peut se relever après avoir vécu un moment difficile, notamment quand on est bien entouré (que ce soit par le compagnon, pourtant « responsable » de la grossesse non-désirée, la famille, les amis et surtout, comme le montre très justement la fin, par d’autres femmes dans la même situation). Je reviens juste sur mon expression « moment difficile », là encore ce qui est intéressant, c’est de voir que ce n’est pas l’avortement en lui-même qui est difficile mais plutôt les démarches administratives qui font tout pour faire culpabiliser les femmes même lorsqu’elles sont sûres de leur choix. Rien que pour le traitement de l’avortement, je vous conseille vraiment ce film, assez juste et honnête. Après j’ai quand même trouvé le film assez moyen pour être honnête. Certes, l’écriture a vraiment des qualités remarquables car on sent encore une fois la démarche de la réalisatrice sincère, son regard sur ce sujet de société est vraiment pertinent. On sent également qu’elle s’est bien documentée, ce qui rend la situation du personnage plus crédible.

Obvious Child : Photo Jenny Slate

En revanche, je n’ai pas toujours adhéré à l’humour qui fait un peu du tort au film selon moi. C’est un humour assez « trash », dans la lignée de la série Girls, de Louis C. K., d’Amy Schumer, de Judd Apatow… Bref, un humour très porté sur la chose, assez vulgaire selon les points de vue. Je n’ai rien contre ce type d’humour mais disons que je ne pourrais pas affirmer de manière catégorique si je l’aime ou non : ça dépend pour moi de beaucoup de choses. Là, j’avoue ne pas avoir vraiment ri, en tout cas rarement. En fait, ce qui est gênant, c’est de trouver Donna pas drôle en tant qu’humoriste (là encore, rarement, à part la scène où elle improvise parce qu’elle est complètement bourrée sur scène). Disons que ça n’aide pas à aimer le personnage, tout comme le fait qu’elle balance des informations sur sa vie privée. J’imagine qu’il doit y avoir un sens à ces caractéristiques de ce personnage, mais cela ne sert pas toujours à aimer le personnage et c’est dommage, surtout par rapport à l’épreuve qu’elle traverse. C’est le talent de l’énergique Jenny Slate (que j’avais repérée dans un épisode de Girls dans la toute première saison) qui permet de s’attacher à Donna, pas réellement l’écriture, ici plus faible. Après, là où Robespierre s’en sort, c’est en établissant un parallèle assez judicieux entre le métier d’acteur et la condition de femme : chaque femme est l’actrice de sa vie, c’est-à-dire en faisant ses propres choix, notamment en ce qui concerne son corps et son avenir. Enfin, même si cela reste correct, je n’ai pas été impressionnée par la mise en scène, même s’il ne s’agit que d’un premier long-métrage. Dans l’ensemble, Obvious Child a ses défauts, ne fera pas rire tout le monde (j’en fais partie), il est même oubliable pour être honnête mais j’avais vraiment envie de parler de ce film, de le mettre en valeur (malgré ma note qui peut paraître sévère sur le papier), qui mérite quand même d’être vu rien que par le traitement de son sujet et pour son actrice principale qui m’a beaucoup plu et qui mériterait d’être davantage connue.

Obvious Child : Photo Jenny Slate

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