Le Sens de la Fête

réalisé par Eric Toledano et Olivier Nakache

avec Jean-Pierre Bacri, Jean-Paul Rouve, Gilles Lellouche, Vincent Macaigne, Alban Ivanov, Eye Haidara, William Lebghil, Kevin Azaïs, Antoine Chappey, Benjamin Lavernhe, Suzanne Clément, Judith Chemla, Hélène Vincent, Gabriel Naccache, Sam Karmann…

Comédie française. 1h57. 2017.

sortie française : 4 octobre 2017

Max est traiteur depuis trente ans. Des fêtes il en a organisé des centaines, il est même un peu au bout du parcours. Aujourd’hui c’est un sublime mariage dans un château du 17ème siècle, un de plus, celui de Pierre et Héléna. Comme d’habitude, Max a tout coordonné : il a recruté sa brigade de serveurs, de cuisiniers, de plongeurs, il a conseillé un photographe, réservé l’orchestre, arrangé la décoration florale, bref tous les ingrédients sont réunis pour que cette fête soit réussie… Mais la loi des séries va venir bouleverser un planning sur le fil où chaque moment de bonheur et d’émotion risque de se transformer en désastre ou en chaos. Des préparatifs jusqu’à l’aube, nous allons vivre les coulisses de cette soirée à travers le regard de ceux qui travaillent et qui devront compter sur leur unique qualité commune : Le sens de la fête.

Le Sens de la fête : Photo Hélène Vincent, Kévin Azaïs

Le duo Eric Toledano-Olivier Nakache a fait beaucoup de bien dans le paysage de la comédie française. Certes, Samba (qui n’est pas une comédie) m’avait déçue et j’avais carrément détesté Je préfère qu’on reste amis. Cela dit, Intouchables est une bonne comédie même si son succès peut paraître démesuré. Surtout, j’ai toujours eu une folle affection pour Nos Jours Heureux et Tellement proches, deux films qui ont en commun le sens de la collectivité. Bonne nouvelle : Le Sens de la Fête entre dans cette même lignée. Certes, contrairement à beaucoup de personnes sur la blogosphère, je n’ai pas non plus eu le coup de coeur tant espéré. La première raison est son rapprochement avec un film que je déteste tant de tout mon coeur (je crois que la moitié de la planète est au courant) : Birdman. Certes, le film de Toledano et Nakache ne prétend pas reprendre l’exercice de style avec un (pseudo) unique plan-séquence. Mais pourtant, tout le long, on pense au film oscarisé, ce qui peut parfois faire sortir l’esprit de mon visionnaire. Comme dans le long-métrage d’Inarritu, il y a une sorte de caméra-fleuve au rythme similaire qui suit pratiquement sans cesse Max (Jean-Pierre Bacri), se confrontant à une multitude de personnages tous plus ou moins barrés. Pour couronner le tout, la bande-originale signée par Avishai Cohen nous fait penser à cette (putain de) batterie déjà présente dans Birdman. Je n’ai pas non plus apprécié la trame narrative autour de Suzanne Clément, un peu reléguée ici au plan de « potiche » alors qu’elle mérite tellement mieux ! Après, on peut effectivement voir où les réalisateurs veulent en venir dans le parallèle entre les catastrophes professionnelles et celles d’ordre personnel. Mais ça reste tout de même un point discutable selon moi. En dehors de ces quelques petits reproches, Le Sens de la fête est tout de même une très chouette comédie française, ce qui devient visiblement rare. Les réalisateurs nous prouvent qu’on est encore capable en France de faire un film populaire drôle sans tomber dans l’humour raciste, misogyne, homophobe et j’en passe. Le film réussit à parler à un large public sans forcément tomber dans un résultat trop consensuel. Surtout, s’il est merveilleux en terme d’humour, il sait aussi le mêler avec élégance et habileté à l’émotion. L’humour repose aussi bien sur des répliques cinglantes (dont seul Bacri a le secret pour les balancer) tout comme il fonctionne grâce à son rythme presque en cohérence avec la bande-originale. En réalité, c’est principalement la succession d’événements malheureux se déroulant sur une durée limité (à peine quelques heures) qui permet de faire ressortir différents ressorts comiques.

Le Sens de la fête : Photo Gilles Lellouche

Ainsi, les personnages, la plupart du temps assez attachants, ont certes tous des caractéristiques « stéréotypées », mais ils ne tombent non plus dans des excès ou même des clichés (dans le sens où les personnages restent crédibles) : le patron grincheux et sous pression, le photographe has-been pique-assiettes, le chanteur ringard qui massacre des chansons italiennes et veut faire tourner les serviettes, le prof de français (très à cheval sur le vocabulaire) dépressif serveur à ses heures perdues qui drague la mariée, le boulet de service qui comprend que dalle, l’employée énergique mais très grossière et grande-gueule, le marié imbuvable qui récite des discours interminables, la mariée toute douce mais soumise etc… Finalement, à l’intérieur de ce mariage sont représentées avec un mélange de tendresse et de satire différentes figures de notre société. L’humour repose aussi également sur des effets de répétition ou d’attente pour ne citer que ces exemples. En tout cas, tous ces différents effets comiques s’emboîtent malicieusement bien entre eux par une mécanique bien huilée au point d’en arriver à créer un climax fort en humour mais aussi en émotion. Oui, il y a bien une certaine émotion qui arrive parfois là on s’y attend le moins. Il touche aussi plus globalement pour le regard qu’il offre sur la collectivité (en n’oubliant jamais la place de l’individu dans le groupe) : si la bêtise de l’un d’entre eux peut avoir des conséquences sur les autres, ce sont aussi les erreurs de chacun qui permettent l’union, la solidarité et la force d’un groupe. La mise en scène est remarquable par sa fluidité parvenant à capter la pluralité des situations, le tout sur un fabuleux sens du tempo. Tous les acteurs, que ce soit les plus confirmés ou les moins connus (même si certains ont déjà une certaine reconnaissance), sont tous excellents. On a envie de dire que Jean-Pierre Bacri fait du Bacri : c’est pas faux mais il le fait tout de même toujours aussi bien, et peut-être même encore mieux que d’habitude (en fait, je ne vois pas qui d’autre aurait pu interpréter le rôle). Surtout, s’il est bien à la tête de cette grande troupe, il ne bouffe pas non plus les seconds rôles. Ce point était essentiel puisque le film parle justement de cohésion. Bacri n’est pas le seul à faire ce qu’il sait déjà faire (Lellouche, Rouve, Macaigne, Vincent… sont également concernés) mais on ne sent jamais de la lassitude ou une forme de paresse. Le Sens de la Fête est alors une formidable comédie parfois touchante, présentant parfois un regard désabusé sur notre société mais tout de même optimiste et surtout très humaine.

Le Sens de la fête : Photo Jean-Pierre Bacri

Publicités

Sky

réalisé par Fabienne Berthaud

avec Diane Kruger, Norman Reedus, Gilles Lellouche, Lena Dunham, Q’Orianka Kilcher, Joshua Jackson…

Drame français, allemand. 1h43. 2015.

sortie française : 6 avril 2016

534099.jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxx

En vacances avec son mari dans l’Ouest américain, Romy décide de mettre fin à cette relation toxique et de reprendre sa vie en main. De Las Vegas aux plaines du Nevada, la route sera jalonnée de rencontres improbables, intenses et toutes porteuses d’un nouvel espoir…

Sky : Photo Diane Kruger, Lena Dunham, Norman Reedus

Sky est le troisième long-métrage de Fabienne Berthaud, après Frankie et Pieds nus sur les limaces dans lesquels elle dirigeait déjà la plus française des actrices allemandes du moment, Diane Kruger. Sky a aussi su attirer la curiosité de certains spectateurs qui regardent un peu trop le petit écran (j’en fais partie) : en effet, nous trouvons dans le rôle principal masculin Norman Reedus alias Daryl Dixon de The Walking Dead, et dans un rôle plus secondaire on notera la présence de Lena Dunham (la créatrice et la Hannah de Girls). Sky raconte alors l’histoire d’une franco-allemande qui part en vacances avec son mari aux Etats-Unis admirer les magnifiques paysages et surtout espère sauver son mariage qui bat sérieusement de l’aile (le mari n’étant pas la personne la plus intelligente du monde et le couple a traversé beaucoup d’épreuves, madame ayant eu plusieurs fausses couches). Face aux tensions, Romy (donc notre héroïne) décide de continuer son voyage seule en quête de liberté. Elle va alors rencontrer à Las Vegas Diego, un ranger qui aime bien s’envoyer des prostituées et ne tient pas à s’attacher. Génial, les deux loulous veulent juste passer du bon temps ensemble et ne refusent l’amour. Romy va continuer son périple en allant à la rencontre d’une Amérique pauvre. A partir de ce récit, Fabienne Berthaud a su poser des questions intéressantes en les mêlant à des paradoxes : qu’est-ce que la liberté ? La liberté, est-ce réellement synonyme de solitude ? Peut-on être libre tout en gardant des désirs très terre-à-terre et communs à beaucoup de mortels (être amoureux, fonder une famille) ? Je sais que certains spectateurs prendront ces interrogations plus comme des contradictions que des paradoxes (même si la frontière entre ces deux termes restent floues). Les interrogations en elles-mêmes me paraissent pourtant pertinentes parce que l’être humain est paradoxal et doit affronter ces interrogations. Le film est construit aussi sur d’autres paradoxes : il y a d’un côté l’Européenne Romy qui semble vivre son rêve américain en étant dépaysée et en voyant certains désirs se concrétiser. De l’autre, les figures typiques américaines (notamment des Indiens) vivent dans une réalité effrayante, c’est-à-dire dans la pauvreté, en vivant dans des mobile home avec parfois une ribambelle d’enfants à élever et nourrir, et malades, en étant des victimes de guerre et plus généralement de la politique américaine.

Sky : Photo Diane Kruger

Hélas, si le propos derrière est intéressant à défendre, j’ai tout de même trouvé à ce Sky quelques défauts. En effet, si je trouve les espaces américains bien mis en avant – même si dans un exercice similaire, Guillaume Nicloux s’en sortait largement mieux avec son Valley of Love – en revanche, Fabienne Berthaud maîtrise moins les notions de temps et ça gâche vraiment toutes les bonnes choses qu’elle a mis en place, qui passent notamment par la mise en scène et le scénario. C’est dommage car du coup on ne croit pas totalement à l’histoire de cette femme qui refait sa vie ailleurs. On a l’impression que tout a l’air trop facile pour Romy, que ce soit pour l’amour, les rencontres en général, le travail (alors qu’elle est censée être une touriste et qu’il y a très peu d’offres d’emploi !) etc… Je comprends encore une fois la signification, j’aurais juste aimé plus de crédibilité. J’ai même trouvé que ça manquait même un peu de subtilité par moments. Je pense par exemple à cette opposition un poil lourde entre Billie qui, elle, a des gosses alors qu’elle vit dans la pauvreté tandis que Romy vient probablement d’un bon milieu social, a l’air responsable mais n’arrive pas à avoir d’enfants. Sky bénéficie heureusement d’un très bon casting. Diane Kruger (même si je n’ai rien contre elle à la base, loin de là) m’a agréablement surprise. Je l’ai trouvée très l’aise dans ce rôle assez complexe et réussit à montrer une gamme d’émotions tout en restant juste. Son partenaire Norman Reedus s’en sort également bien. Certes, on ne peut pas s’empêcher de faire le lien avec Daryl dans The Walking Dead (dans le genre « j’ai des cheveux improbables et je suis peu causant ») mais il parvient tout de même à sortir de ce qu’on connait déjà en livrant une interprétation sensible. Lena Dunham apparaît peu mais elle est très différente de ce qu’elle fait dans Girls et ça fait du bien ! Je sens vraiment qu’elle a un énorme potentiel et j’espère qu’elle va vraiment l’exploiter. J’étais aussi contente de retrouver la Pocahontas de Malick, Q’Orianka Kilcher et l’apparition de Joshua Jackson (le compagnon de Kruger depuis des années maintenant) m’a évidemment fait sourire. Je suis par contre plus réservée sur Gilles Lellouche qu’on ne voit que dix minutes pourtant. Il ne joue pas mal mais je trouve qu’il partage de plus en plus les mimiques de son ami Dujardin, c’est très perturbant !

Sky : Photo Diane Kruger, Norman Reedus

Vice Versa

réalisé par Pete Docter et Ronaldo Del Carmen

avec les voix originales de Amy Poehler, Phyllis Smith, Bill Hader, Mindy Kaling, Lewis Black, Kaitlyn Dias, Diane Lane, Kyle MacLachlan, Richard Kind, Sherry Lynn, Frank Oz…

avec les voix françaises de Charlotte Le Bon, Marilou Berry, Pierre Niney, Gilles Lellouche, Mélanie Laurent, Clara Poincaré, Didier Gustin…

titre original : Inside Out

Film d’animation américain. 1h34. 2015.

sortie française : 17 juin 2015

Vice Versa

Au Quartier Général, le centre de contrôle situé dans la tête de la petite Riley, 11 ans, cinq Émotions sont au travail. À leur tête, Joie, débordante d’optimisme et de bonne humeur, veille à ce que Riley soit heureuse. Peur se charge de la sécurité,  Colère s’assure que la justice règne, et Dégoût empêche Riley de se faire empoisonner la vie – au sens propre comme au figuré. Quant à Tristesse, elle n’est pas très sûre de son rôle. Les autres non plus, d’ailleurs… Lorsque la famille de Riley emménage dans une grande ville, avec tout ce que cela peut avoir d’effrayant, les Émotions ont fort à faire pour guider la jeune fille durant cette difficile transition. Mais quand Joie et Tristesse se perdent accidentellement dans les recoins les plus éloignés de l’esprit de Riley, emportant avec elles certains souvenirs essentiels, Peur, Colère et Dégoût sont bien obligés de prendre le relais. Joie et Tristesse vont devoir s’aventurer dans des endroits très inhabituels comme la Mémoire à long terme, le Pays de l’Imagination, la Pensée Abstraite, ou la Production des Rêves, pour tenter de retrouver le chemin du Quartier Général afin que Riley puisse passer ce cap et avancer dans la vie…

Vice Versa : Photo

Chaque nouveau Pixar est pour moi un véritable événement : depuis de nombreuses années, le studio a prouvé à quel point il pouvait être créatif et réunir un public très large. C’est pour cela que j’étais très curieuse de découvrir leur dernier film, Vice Versa, présenté au festival de Cannes en mai dernier. Il faut dire que le sujet, très original, avait de quoi m’attirer : que se passe-t-il à l’intérieur de notre cerveau ? Ainsi, les personnages principaux sont des émotions, ce qui est très différent de ce qu’on nous propose d’habitude. J’étais également impatiente de découvrir le court-métrage Lava (de James Ford Murphy), projeté avant Vice Versa (une tradition chez Pixar). D’habitude, j’aime beaucoup les courts-métrages de Pixar mais sans en faire une critique détaillée (je veux surtout parler de Vice Versa), j’ai été très déçue par Lava et j’aurais limite préféré ne pas le voir. Personnellement, j’ai trouvé ce court film très saoulant, niais voire même ridicule. Déjà ma séance a mal commencé, cela ne m’a pas aidée à apprécier pleinement Vice Versa. Dans l’ensemble j’ai bien aimé ce très attendu long-métrage, toujours aussi ambitieux et original. Il y a quelques longueurs vers la fin, mais dans l’ensemble le film est plutôt bien rythmé. En ce qui concerne le travail d’animation, j’ai évidemment été convaincue. La représentation même des émotions a quelque chose de très ludique, à l’image du propos du film. La « reproduction » du monde qui serait à l’intérieur de notre cerveau (et qui ressemble à un énorme parc d’attraction) m’a également pas mal séduite, je trouve qu’on voit bien comment notre système cérébral est paradoxalement « bordélique », avec des idées qui se bousculent sans cesse, et en même temps un lieu cohérent, dans lequel ces idées parviennent aussi à être classées. J’ai également aimé les quelques séquences consacrées aux émotions des autres personnages, elles sont vraiment hilarantes ! Le vrai « plus » de ce Vice Versa est pour moi le personnage de Tristesse. Grâce à elle, le film n’est pas manichéen, les émotions peuvent au contraire se compléter, et cela montre tout simplement la complexité de l’humain. Il n’y a pas forcément une hiérarchie dans les émotions, chacune a sa place au sein de l’individu. C’est aussi cette complémentarité entre les émotions qui fait naître chez l’individu ses plus beaux souvenirs. De plus, contrairement à son nom, Tristesse est vraiment un personnage drôle ! Les personnages sont d’ailleurs très attachants (même si je trouve Peur, Dégoût et Colère un peu trop délaissés) alors que cela pourrait paraître déconcertant d’avoir de l’empathie pour des idées abstraites.

Vice Versa : Photo

Je n’ai pas vu le film en VO mais j’ai beaucoup aimé la VF, le doublage français donne vraiment de la vie à ces drôles de personnages. Je reconnais que la voix de Charlotte Le Bon est parfois un peu saoulante mais je ne critique pas totalement ce choix car je trouve qu’elle correspond bien au personnage. Sinon j’ai vraiment aimé les autres doublages, surtout celui de Marilou Berry (Tristesse). Voilà, j’ai bien aimé mais je nuance justement. Bien aimé, pas adoré, contrairement à mes confrères blogueurs et à la presse. Le film est certes assez touchant, notamment à travers cette métaphore de la fin de l’enfance (via le personnage de Bing Bong) ou encore les difficultés que l’enfant voire même l’adolescent s’apprête à passer. Mais je dois vous avouer que je n’ai pas été bouleversée, contrairement à d’autres Pixar (comme Là-Haut ou Toy Story 3, là j’avais versé toutes les larmes de mon corps !) ou par exemple comme le dernier Disney Les Nouveaux Héros, je m’attendais à quelque chose de plus renversant. Puis, d’habitude, ce que j’aime dans les films de Pixar, c’est la double-lecture, c’est d’ailleurs pour cette raison que ce studio est autant populaire puisque leurs oeuvres s’adressent en général autant aux adultes qu’aux enfants. Or, j’avoue que je ne savais pas trop où me situer. Je ne peux évidemment pas retourner dans le passé, on ne pourra jamais connaître mon avis en tant qu’enfant mais j’ai tout de même trouvé le film pas toujours accessible pour des enfants. Peut-être que je dis ça parce que j’étais une gamine un peu simplette et que je captais rien. Cependant, en tant que jeune adulte (un poil ado attardée, mais passons), je ne me suis pas non plus totalement retrouvée. En fait, malgré ce que je viens de dire, j’ai trouvé les théories sur le fonctionnement du cerveau parfois très simplistes. Evidemment, en ce qui concerne certains points, comme je l’ai expliqué tout à l’heure, le film est évidemment bien foutu, ludique, simplifié. Ceci dit, d’autres points m’ont rendu sceptique. J’ai conscience qu’il ne s’agit pas d’une thèse en psychologie et je ne suis d’ailleurs pas psychologue (je n’ai pas la prétention de l’être), même si ce domaine m’intéresse.

Vice Versa : Photo

En fait, ce qui m’a principalement gênée, c’est qu’on a quand même l’impression que les émotions remplacent la raison et que Riley est comme un pantin uniquement guidée par ses émotions. J’imagine qu’il y a une part de métaphore mais quand je lis les critiques qui louent le travail de recherche de Pixar et que ce même studio se vante dans ses interviews « ouiii, on a lu des tas de bouquins sur le fonctionnement du cerveau », j’avoue que je suis restée un peu bête en regardant le film, et je ne dis pas ça pour chipoter. De plus, même si métaphoriquement elles sont quand même très réussies, les scènes autour des souvenirs restent un peu trop approximatives en ce qui concerne le rôle du souvenir et je ne pense pas qu’il faut être un spécialiste dans ce domaine. De plus, même si je n’ai rien contre elle en particulier, qu’on arrive à être touché par ce personnage, je n’ai pas trouvé Riley très attachant et pas uniquement parce qu’elle est en train de devenir une adolescente. Je trouve qu’elle se fait trop manger par les personnages des émotions et qu’elle a du mal à trouver sa place au coeur du scénario. Or, par exemple, un personnage secondaire comme Boo dans Monstres et Cie arrivait quand même à être extrêmement attachant. En parlant de Riley, quelques petits reproches également. Certes, je comprends que le scénario a voulu travailler sur la transition entre deux périodes de l’individu, plus généralement ce qu’on appelle de manière très bateau le passage à l’âge adulte (même si Riley est très loin d’en être une). Or, j’ai quand même eu l’impression que Pixar n’a pas voulu trop prendre de risques (alors qu’il en prend un énorme rien qu’à travers son sujet) en ne prenant pas comme personnage une adolescente mais plutôt en réalité une pré-adolescente, ce qui n’est quand même pas exactement la même chose. Du coup, malgré la violence démontrée à travers les nombreux changements que Riley doit subir, il y a malgré tout quelque chose de lisse, ce qui peut de nouveau étonner de la part de Pixar. Surtout, même si je peux de nouveau comprendre la démarche (c’est-à-dire marquer le changement brutal au sein de la vie de Riley), même s’il y a quelques moments de tristesse (comme nous le montre la fin, lorsqu’on comprend la combinaison indispensable entre les différentes émotions), l’enfance de Riley paraît quand même très lisse ! Pour conclure, j’ai parfaitement conscience que ma critique pourra paraître très sévère. Je dis juste que l’ensemble reste plaisant, frais, ludique, original, drôle, touchant et tout ce qu’on veut, Pixar propose effectivement un bon film, en tout cas j’ai quand même bien aimé mais qui est pour moi loin d’être parfait et surtout pas aussi émouvant que je l’espérais (car je pense que j’aurais pu faire oublier certains points si le film m’avait davantage émue, j’en suis persuadée).

Vice Versa : Photo

La French

réalisé par Cédric Jimenez

avec Jean Dujardin, Gilles Lellouche, Céline Sallette, Mélanie Doutey, Benoit Magimel, Guillaume Gouix, Bruno Todeschini, Cyril Lecomte, Bernard Blancan, Féodor Atkine, Pauline Burlet…

Drame français. 2h15. 2013.

sortie française : 3 décembre 2014

La French

Marseille. 1975. Pierre Michel, jeune magistrat venu de Metz avec femme et enfants, est nommé juge du grand banditisme. Il décide de s’attaquer à la French Connection, organisation mafieuse qui exporte l’héroïne dans le monde entier. N’écoutant aucune mise en garde, le juge Michel part seul en croisade contre Gaëtan Zampa, figure emblématique du milieu et parrain intouchable. Mais il va rapidement comprendre que, pour obtenir des résultats, il doit changer ses méthodes.

La French : Photo Jean Dujardin

Après Aux yeux de tous, Cédric Jimenez signe son deuxième long-métrage, La French. French Connection de William Friedkin en 1971 racontait le point de vue américain sur ces immenses réseaux de trafic d’héroïne. Jimenez, qui a grandi à Marseille et dont le père tenait un restaurant à côté du bar du frangin de Gaétan Zampa, a préféré montrer ce qui se passait en France. Malgré un très bon montage, j’ai trouvé qu’il y avait une légère baisse de rythme au milieu du film (à peu près quand Michel lâche quelque temps l’affaire). Cependant, La French est un bon polar assez divertissant, possédant un scénario plutôt solide et une mise en scène efficace. Le film parvient à nous tenir en haleine alors qu’on connaissait déjà l’histoire dont la fin est tragique. Jimenez réussit tout d’abord à rendre un honorable hommage au juge Michel (même si sa famille est mécontente du résultat, le scénario prend apparemment quelques libertés en ce qui concerne sa vie privée), figure de la lutte contre le banditisme marseillais. Puis, la dénonciation d’une police et même d’un gouvernement corrompus est également redoutable. La reconstitution du Marseille des années 1970 est remarquable, la ville parvient à devenir un personnage à part. De plus, contrairement à de nombreux films ou séries, Jimenez a pensé à intégrer des interprètes marseillais (honnêtement, je n’en pouvais plus des parisiens qui jouent des marseillais, et parfois en essayant de prendre l’accent comme des pieds – d’où ma remarque qui peut paraître idiote au premier abord), ce qui fait que le contexte historique est davantage réaliste. Le duel entre le juge Pierre Michel et Gaétan « Tany » Zampa, truand marseillais d’origine napolitaine est également très plaisant à voir. Certes, Jimenez nous propose un combat entre le bien et le mal assez classique mais le film n’est pas non plus manichéen, les personnages étant nuancés (chacun a sa part d’ombre et de lumière).

La French : Photo Gilles Lellouche

De plus, Jean Dujardin et Gilles Lellouche sont excellents dans les rôles principaux. Dujardin confirme qu’il est toujours aussi bon dans des rôles plus dramatiques, j’aime le voir dans ce registre. Le second m’a également surprise. Je n’ai rien contre Lellouche à l’origine mais ses performances ne m’avaient jamais éblouie. Or, il est vraiment épatant dans le rôle de ce bandit qui garde malgré tout une certaine classe physiquement. Même si on le voit peu, j’ai également bien aimé Guillaume Gouix en gentil flic. En revanche, d’autres membres de la distribution sont décevants, en tout cas, leurs personnages ont du mal à trouver leur place. Je m’attendais à voir un Magimel plus explosif vu le surnom de son personnage (« Le Fou »), finalement ce n’est pas vraiment le cas, je suis restée sur ma faim. Les deux principales actrices sont également très mauvaises et leurs personnages totalement délaissées. Pour Mélanie Doutey, qui incarne la femme de Zampa, je ne suis pas étonnée car elle a toujours joué comme un pied. Certes, elle a des vêtements sympas et une chouette coupe de cheveux avec même une coloration très flashy mais elle passe vraiment pour une potiche. Enfin, j’ai également trouvé Céline Sallette très mauvaise. Il parait que c’est la nouvelle coqueluche du cinéma français. Je ne l’ai pas vue suffisamment jouer mais quand on la voit dans ce film, j’ai du mal à comprendre cet enthousiasme. Premièrement, son personnage est inintéressant, juste là à rouler des patins à son mari ou même à montrer son soutif (j’ai l’air de chipoter mais cette scène-là ne sert à rien, mais vraiment à rien – et en plus il n’y a rien à voir). Puis soit elle tire la tronche quoiqu’il arrive soit elle hurle comme un veau pour montrer sa détresse en gesticulant comme une imbécile (au lieu de provoquer de l’émotion, j’avais envie d’éclater de rire, j’ai cru voir une parodie).

La French : Photo Céline Sallette

Les Infidèles

réalisé par Jean Dujardin, Gilles Lellouche, Emmanuelle Bercot, Fred Cavayé, Michel Hazanavicius, Eric Lartigau, Alexandre Courtès

avec Jean Dujardin, Gilles Lellouche, Alexandra Lamy, Géraldine Nakache, Guillaume Canet, Sandrine Kiberlain, Manu Payet, Isabelle Nanty, Clara Ponsot, Mathilda May…

Comédie française. 1h50. 2012.

sortie française : 29 février 2012

Les Infidèles

L’infidélité masculine et ses nombreuses variations, vue par sept réalisateurs : Le Prologue (Fred Cavayé), Bernard (Alexandre Courtès), La Bonne Conscience (Michel Hazanavicius), Lolita (Eric Lartigau), Thibault (A. Courtès), La Question (Emmanuelle Bercot), Simon (A. Courtès), Les Infidèles Anonymes (A. Courtès) et Las Vegas (Jean Dujardin et Gilles Lellouche).

Les Infidèles : Photo Alexandra Lamy, Alexandre Courtès, Emmanuelle Bercot, Eric Lartigau, Fred Cavayé

Les Infidèles est un film qui réunit plusieurs réalisateurs : Jean Dujardin, Gilles Lellouche, Alexandre Courtès, Fred Cavayé, Eric Lartigau, Emmanuelle Bercot et Michel Hazanavicius. Jan Kounen a également signé un court-métrage (avec Mélanie Doutey et Gilles Lellouche, rappelons-le à l’époque encore ensemble à la ville), mais ne parvenant pas à trouver sa place parmi les autres sketches, on ne peut le voir que dans les bonus du DVD. Les infidèles a également crée la polémique avant la sortie du film à cause de deux affiches qui montrent les deux acteurs principaux, Jean Dujardin et Gilles Lellouche, pendant un acte sexuel. Malgré le buzz et un casting à peu près bon, ce film à sketches est pour moi un véritable ratage, malgré deux bons court-métrages dans le lot. Il y a tout d’abord celui d’Emmanuelle Bercot (La Question), la seule réalisatrice parmi cette bande de machos qui refusent de se l’avouer. Elle tente de proposer une véritable réflexion autour de l’infidélité. J’ai trouvé le court très émouvant, surtout lorsqu’on voit que le couple qui se déchire est interprété par Jean Dujardin et Alexandra Lamy, encore officiellement ensemble durant le tournage. Puis, il y a celui des Infidèles Anonymes d’Alexandre Courtès, le seul sketch qui m’a réellement fait rire, avec une excellente Sandrine Kiberlain. Le reste m’a vraiment indignée, à cause de la basse qualité des sketches et surtout par une vulgarité excessive.

Les Infidèles : Photo Alexandre Courtès, Emmanuelle Bercot, Eric Lartigau, Fred Cavayé, Gilles Lellouche

Pour résumer mon avis sur chaque court avant de passer à un avis sur l’ensemble du film : Le Prologue est très vulgaire, tout ce que je ne voulais pas voir y est, La Bonne Conscience m’a fait bâiller, Lolita est inintéressant et énervant du style « oh pauvre Gilles Lellouche qui est vieux et qui est triste parce que sa petite jeune se fiche bien de lui alors que lui ne se gêne pas pour tromper sa femme (et puis, pour en rajouter une couche, on se demande bien ce que trouve Lellouche à sa jeune copine, on a envie de lui donner deux claques !) et Las Vegas est non seulement vulgaire, mais je dirais même à la limite de l’homophobie. Quant aux autres courts d’Alexandre Courtès, à part Thibault qui fait sourire, les deux autres m’ont encore une fois affligée : Bernard atteint encore une fois un sommet dans la vulgarité (oui, je répète le mot « vulgarité » un bon paquet de fois dans cette critique) et Simon est tellement glauque qu’il m’a mise mal à l’aise. Je sais que certains vont se mettre à hurler en lisant ma critique en me traitant de sale féministe ou de Christine Boutin en puissance qui voit de la vulgarité et qui savait à quoi s’attendre. Certes, infidélité et sexe sont liés, on est bien d’accord. Mais pour dénoncer le comportement lâche de cette bande de goujats qui se cherchent des excuses, est-on obligé de voir des scènes où l’image de la femme est dégradante parce que celle-ci est sans cesse rabaissée, soi-disant pour faire rire ou pour dénoncer un truc bidon ? Ce n’est même plus du potache à ce stade-là. Enfin, au bout d’un moment, je n’avais plus l’impression de regarder un film sur l’infidélité (qui est quand même le titre du film), mais un film sur juste une bande d’obsédés sexuels.

Les Infidèles : Photo Alexandre Courtès, Emmanuelle Bercot, Eric Lartigau, Fred Cavayé, Gilles Lellouche