Captain Fantastic

réalisé par Matt Ross

avec Viggo Mortensen, George Mackay, Samantha Isler, Annalise Basso, Nicholas Hamilton, Shree Crooks, Charlie Shotwell, Frank Langella, Ann Dowd, Kathryn Hahn, Steve Zahn, Missi Pyle, Trin Miller, Erin Moriarty…

Comédie dramatique américaine. 2h. 2016.

sortie française : 12 octobre 2016

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Dans les forêts reculées du nord-ouest des Etats-Unis, vivant isolé de la société, un père dévoué a consacré sa vie toute entière à faire de ses six jeunes enfants d’extraordinaires adultes.
Mais quand le destin frappe sa famille, ils doivent abandonner ce paradis qu’il avait créé pour eux. La découverte du monde extérieur va l’obliger à questionner ses méthodes d’éducation et remettre en cause tout ce qu’il leur a appris.

Captain Fantastic : Photo Annalise Basso, Charlie Shotwell, George Mackay, Nicholas Hamilton, Samantha Isler

Captain Fantastic est le film indépendant américain du moment (et même de l’année ?) à regarder qui semble plaire à un grand nombre de festivaliers. En effet, il a remporté, dans la section « Un Certain Regard », le prix de la mise en scène au dernier festival de Cannes ou encore les prix du jury et du public de la ville au festival de Deauville. Derrière la caméra on retrouve un certain Matt Ross qui signe ici son deuxième long-métrage (le premier étant 28 Hotel Rooms). Son nom ne vous dira peut-être rien, pourtant il s’agit à l’origine d’un acteur qu’on a pu déjà voir, notamment dans les séries American Horror Story (il jouait le rôle du docteur Montgomery) et Silicon Valley ou encore dans les films Aviator de Martin Scorsese et American Psycho de Mary Harron. Pour Captain Fantastic, il s’est parfois inspiré de son propre vécu, sa mère s’intéressant à d’autres modes éducatifs, notamment en vivant en communauté loin d’un environnement déjà influencé par la technologie. Le Captain Fantastic du titre, qui est incarné par Viggo Mortensen, c’est ce père de famille, récemment veuf (sa femme ayant des troubles mentaux s’est donnée la mort), qui élève ses six enfants loin du capitalisme, en habitant dans la forêt. Les enfants ne vont évidemment pas à l’école mais Ben Cash veille à ce qu’ils soient instruits. Bref, dit comme ça, même si on observe évidemment un mode de vie différent voire même marginal, sans dire qu’il s’agit du monde des Bisounours (les premières scènes permettent d’insérer les failles de ce mode de vie en question), au début on est émerveillé voire même admiratif de voir un type appliquant ses rêves voire même ses fantasmes, transmettre des valeurs saines à ses gosses bien élevés et mignons comme tout. Mais heureusement le film ne crie pas sur tous les toits pendant deux heures à quel point Ben est un père fantastique, contrairement à ce que le titre laisse présager. Certes, le réalisateur a envie de soutenir la vision idéaliste de Ben (et il ne s’en cache pas), ça se ressent. Mais le portrait de Ben est très ambigu, on ne peut pas s’empêcher de le remettre en question, lui-même (par le décès de sa femme et de tout ce qui va avec, c’est-à-dire en retournant pour quelques jours dans le monde capitaliste qu’il déteste tant) se remet en question.

Captain Fantastic : Photo Annalise Basso, Charlie Shotwell, George Mackay, Nicholas Hamilton, Samantha Isler

La rencontre entre les deux mondes crée évidemment des situations drôles comme on s’attend (et on n’est pas déçus !) mais est un très bon moyen de livrer des réflexions pertinentes sur les deux camps sur des questions très actuelles. En effet, même si on vit dans une société de consommation dans laquelle on a du mal à s’en défaire, il existe de plus en plus des petits groupes d’individus luttant chacun à leur manière contre ce système. Ces groupes utopistes peuvent-ils réellement exister sans tomber dans l’extrémisme (c’est-à-dire en ne faisant aucune concession sur quoique ce soit) ? Notre mode de vie capitaliste, qui fait en quelque sorte partie de la norme, n’est-il pas aussi en lui-même tombé dans une sorte d’extrémité (violence qui passe notamment par l’abrutissement aux jeux vidéos, manque d’intérêt pour la culture, surconsommation et dépendance de produits, obésité qui n’est que la conséquence de tout ça, et j’en passe ?) ? Ces deux mondes doivent-ils absolument être séparés (et donc ennemis, à l’image de la relation entre Ben et son beau-père) ou au contraire ne peuvent-ils cohabiter en trouvant un juste milieu ? Au-delà de poser des questions sur notre société, effrayante pour différentes raisons mais paradoxalement un minimum nécessaire si on veut conserver un certain lien social, Matt Ross a su interroger sur un autre sujet actuel : l’éducation. Lorsqu’on souhaite le meilleur pour ses enfants, ne réalise-t-on pas quelque part une sorte de fantasme « pervers » (je pense que la scène avec le bouquin Lolita de Nabokov à analyser n’est pas anodine) en pensant finalement avant à soi ? Il est d’ailleurs aussi intéressant, via certains enfants de la famille, que ce mode de vie ne peut pas correspondre à tout le monde. Ben n’a donc rien d’un père parfait, il est ambigu, il y a des choses qu’on peut pointer dans l’éducation de ses enfants, même à l’origine certaines de ses choses sont très saines : Ben s’adresse à ses enfants de la même manière, sans adapter son langage en fonction de leur âge (son langage cru et franc a parfois du bon mais trouve donc aussi ses limites), qu’ils donner du vin alors que certains sont vraiment trop jeunes pour en boire, les initie aux armes blanches (mais vraiment tous les gosses, comme la petite Hit-Girl dans Kick-Ass !).

Captain Fantastic : Photo Annalise Basso, Shree Crooks, Viggo Mortensen

Captain Fantastic présente un monde utopique présenté sous différentes formes (notamment d’un point de vue esthétique, visant quelque chose de lumineux et printanier, comme si on avait atterri dans un autre univers), il a envie de défendre des personnes ayant des convictions et tentant de les appliquer dans son quotidien (et d’ailleurs on ne se pose jamais la question si c’est crédible ou non : on croit nous-mêmes en ce mode de vie qui présente évidemment ses limites). Même s’il s’agit d’une belle ode à la différence et à l’ouverture d’esprit, le discours lui-même ne va pas uniquement dans un sens, il n’a rien de sectaire ou d’illuminé. Je dirais en fait qu’il reste à la fois utopiste et sensé. Finalement, il est à l’image des interrogations dont nous avons parlé plus haut : tout est une question de juste milieu. L’ensemble est donc à la fois lumineux, pertinent, bien rythmé, souvent drôle mais aussi très émouvant. Viggo Mortensen trouve l’un des meilleurs rôles de sa carrière. Il est absolument fantastique dans le rôle de ce père anti-capitaliste parvenant à s’interroger sur son mode de vie. Il sent qu’il a bien saisi les enjeux et la complexité de son personnage. Les six acteurs incarnant les enfants Cash sont également excellents. On croit totalement à cette fratrie et on voit pratiquement une ressemblance (sur tous les points) avec Ben. Surtout ils possèdent tous une personnalité, ce n’est pas uniquement un groupe de gosses comme on peut parfois le voir dans les films. Enfin, les seconds rôles (Frank Langella, Katherine Hahn, Steve Zahn, Missi Pyle) sont également très bons. Ils ont beau représenter le point de vue adverse voire même ennemi de celui de Ben et sa famille, je trouve qu’ils réussissent tous à ne pas tomber dans la caricature dans le sens où on comprend aussi pourquoi ils valent défendre leur norme. Captain Fantastic est donc plus qu’un excellent feel-good movie. Sans être moralisateur, parvenant à maîtriser ses nombreux paradoxes montrant ainsi sa complexité, il s’agit d’un film d’une grande humanité, qui donne envie de se remettre en question et de retrouver un lien, sans dérangement, avec la nature et l’aventure.

Captain Fantastic : Photo Shree Crooks, Viggo Mortensen

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Noé

réalisé par Darren Aronofsky

avec Russell Crowe, Jennifer Connelly, Emma Watson, Ray Winstone, Logan Lerman, Douglas Booth, Anthony Hopkins, Nick Nolte, Kevin Durand, Frank Langella, Marton Csokas…

titre original : Noah

Film fantastique, aventure américain. 2h18. 2014.

sortie française : 9 avril 2014

Noé

Russell Crowe est Noé, un homme promis à un destin exceptionnel alors qu’un déluge apocalyptique va détruire le monde. La fin du monde… n’est que le commencement.

Noé : Photo Russell Crowe

Ce dernier long-métrage de Darren Aronofsky a suscité la polémique auprès de plusieurs communautés religieuses (les catholiques, les protestants et les musulmans) car il est éloigné du texte originel. En réalité, il s’agit d’une version très personnelle du réalisateur. En effet, il adapte le comic-book dont il est le co-auteur avec Ari Handel. Pas rassurée par la bande-annonce, je redoutais un peu le résultat (tout en sachant que je ne suis pas tout le temps fan des films d’Aronofsky. Les premières minutes du film m’ont fait craindre le pire. Franchement, quand j’ai constaté que Noé et sa famille étaient devenus des vegans, j’ai failli éclater de rire sur le moment. Je précise que je n’ai absolument rien contre les vegans, j’ai même des amis qui le sont, mais pour moi la relecture de la Bible version écolo m’a parue un peu grotesque. Après, finalement, ce n’est que mon point de vue, mais je me suis aperçue qu’il fallait pratiquement prendre ce film au second voire troisième degré. Pour moi, c’est un film catastrophe plutôt divertissant, avec quelques scènes bien foutues,  correctement bien réalisé même s’il y a quelques longueurs. Maintenant, même si j’accepte la démarche d’Aronofsky de livrer sa propre vision (au moins, on ne pourra pas l’accuser de faire une propagande religieuse), il y a quand même des éléments scénaristiques que je ne comprends pas vraiment. Pour éviter tous malentendus, je précise que je ne suis pas à fond sur la Bible, sur la religion, je ne suis pas une Christine Boutin en puissance et Aronofsky ne brûlera pas en Enfer à cause de ce film. Je prends simplement la Bible comme un outil littéraire, j’en parle comme si on adaptait n’importe quel autre texte.

Noé : Photo Emma Watson

Comme on l’a dit, que Noé soit vegan est une chose. Mais j’ai du mal à comprendre pourquoi dans cette nouvelle version les enfants de Noé ont du mal à trouver des femmes. En effet, dans les grandes lignes de la Bible, on trouve sur l’Arche Noé, sa femme, ses trois enfants et également leurs épouses. Or, durant un bon moment, les enfants de Noé nous cassent les pieds parce qu’ils n’ont pas de femmes ou ne peuvent pas procréer. Changer des éléments du texte n’est en soi pas un problème, encore une fois je respecte le fait qu’Aronofsky ait une vision personnelle de cet épisode biblique et il faut en plus captiver le grand public. Sur papier, ce choix pouvait être audacieux, mais en réalité, sur grand écran, cela ne fonctionne pas réellement car les problèmes sexuels des gosses de Noé finissent sérieusement par agacer. Par exemple, il y a ce passage assez pathétique avec l’un des fils de Noé, interprété par Logan Lerman, dans lequel il rencontre une femme et au bout de cinq minutes, il la ramène et veut convaincre son père de la prendre dans l’Arche, en disant « c’est ma feeeeeemmmmmme » (et deux secondes après la pauvre fille se fait écrabouiller par la foule : oui, ça m’a fait rire !). Je n’ai pas non plus adhéré au gros délire autour des Veilleurs, sorte de monstres en pierre, qui m’ont rappelé des Transformers (peut-être que j’ai pensé à ça car j’avais vu la bande-annonce du nouveau Transformers avant la projection du film). De plus, sur le principe, ce film est assez personnel, mais sur grand écran, je ne trouve pas qu’on ressent suffisamment cet aspect. Le film est correct, sympa en tant que divertissement mais personnellement j’ai eu du mal à aller au-delà car pour moi, à cause de certains effets visuels, le film devient impersonnel et fade.

Noé : Photo Russell Crowe

En regardant le film, on pense évidemment au Seigneur des Anneaux. Le réalisateur n’a jamais caché cette référence. Encore une fois, je suis pour qu’on utilise des références car cela pour servir à créer son propre univers, même s’il s’agit de cinéma, tout est intertextualité. Cependant, il me semble qu’Aronofsky s’est peut-être un peu trop appuyé sur cette référence. Du coup, son « Noé » ressemble à un sous-Seigneur des Anneaux, mais il a du mal à trouver réellement sa propre personnalité. Le casting est également assez inégal. Dans l’ensemble, Russell Crowe et Ray Winstone sont plutôt convaincants en brutes, même s’ils commencent à s’auto-caricaturer. On a aussi Jennifer Connelly et Anthony Hopkins qui sont crédibles respectivement en femme et grand-père de Noé. Par contre, j’ai réellement eu du mal avec les acteurs qui interprètent les gosses de Noé. Emma Watson est pénible, elle ne fait que chialer et semble fixer la caméra comme si elle nous disait « Hermione, c’est fini, je sais jouer l’émotioooon », sauf qu’on le sait depuis un moment maintenant. J’ai trouvé Dooglas Booth assez insipide, juste là à montrer qu’il avait les cheveux propres et qu’il pouvait poser à moitié à poil dans un magazine. Quant à Logan Lerman, décidément, à part son interprétation dans Le Monde de Charlie, je ne l’aime pas. Je ne sais pas si ça vient de lui ou de ses rôles, (il ne joue que des emmerdeurs de première) mais il a le don de m’agacer profondément : quand je le vois, j’ai envie de le gifler. Pour conclure, je m’attendais à largement pire. Je n’ai pas aimé tous les choix artistiques adoptés par Darren Aronofsky mais Noé réussit tout de même à être un honnête divertissement.

Noé : Photo Jennifer Connelly, Russell Crowe