L’Homme qui tua Don Quichotte

réalisé par Terry Gilliam

avec Adam Driver, Jonathan Pryce, Joana Ribeiro, Olga Kurylenko, Stellan Skarsgard, Sergi Lopez, Rossy de Palma…

titre original : The Man Who Killed Don Quixote

Comédie dramatique, aventure britannique, espagnol, français, belge, portugais. 2h12. 2018.

sortie française : 19 mai 2018

Toby, un jeune réalisateur de pub cynique et désabusé, se retrouve pris au piège des folles illusions d’un vieux cordonnier espagnol convaincu d’être Don Quichotte. Embarqué dans une folle aventure de plus en plus surréaliste, Toby se retrouve confronté aux conséquences tragiques d’un film qu’il a réalisé au temps de sa jeunesse idéaliste: ce film d’étudiant adapté de Cervantès a changé pour toujours les rêves et les espoirs de tout un petit village espagnol. Toby saura-t-il se racheter et retrouver un peu d’humanité? Don Quichotte survivra-t-il à sa folie? Ou l’amour triomphera-t-il de tout?

L'Homme qui tua Don Quichotte : Photo

On croyait Terry Gilliam éternellement maudit avec cette adaptation folle du chef-d’oeuvre de Cervantes : après avoir multiplié les galères pendant (pratiquement) une trentaine d’années, le film tant attendu est enfin sorti dans les salles après être passé par la case Cannes (en film de clôture). Lost in La Mancha (de Keith Fulton et Louis Pepe) retraçait même le tournage chaotique d’une des premières versions du film avec Johnny Depp, Jean Rochefort (cité à la fin du long-métrage, avec John Hurt, dans les dédicaces-hommages) et Vanessa Paradis. Même une fois installée dans la salle, le générique démarrant, j’ai du mal à réaliser complètement que j’allais ENFIN découvrir ce film officiellement abouti pour de bon. L’Homme qui tua Don Quichotte a beau avoir des défauts, être imparfait – pour retraduire le propos, il est parfois bordélique (déjà présent dans d’autres longs-métrages de Gilliam) – il s’agit pourtant d’une jolie réussite. Et je ne dis pas cela à cause de la difficulté à mettre en place ce projet (parce que cela n’excuse pas tout : la preuve, je n’avais pas apprécié L’Imaginarium du Dr Parnasssus en connaissant pourtant les circonstances difficiles pour finir le tournage suite au décès soudain de Heath Ledger). Adapter une grande adaptation littéraire, voire même un mythe littéraire même (la précision est importante) n’était pas simple. Et Terry Gilliam en a totalement conscience : c’est certainement pour cette raison qu’il ne cherche pas à produire un résultat qui se veut fidèle. En réalité, par cette relecture contemporaine, l’ex-Monty Python a surtout préféré se concentrer sur l’essence même de ce mythe. La relecture ne se contente alors pas de transposer du texte à l’écran, elle englobe aussi les enjeux mêmes qu’a pu procurer ce texte dans son histoire littéraire et son influence dans la perception et la réception littéraire (et artistique en général). Terry Gilliam propose alors une adaptation qui devrait enchanter les lecteurs du roman mais il s’adresse aussi à des spectateurs qui ne connaissent pas spécialement l’oeuvre de Cervantes (voire même pas du tout). Gilliam ne se veut pas élitiste, il ne veut pas non plus exclure une partie du public : l’art, ses différents enjeux et sa traversée dans le temps ne permettent de toute façon pas de rejeter le spectateur. Au contraire, par sa grandiloquence, notamment esthétique, le réalisateur est en réalité d’une grande générosité, rendant son oeuvre autant drôle que touchante : même si le spectateur ne saura pas toujours où il pose ses pieds, il est vivement invité dans ce voyage de mise en abyme et d’interrogations sur le renouvellement artistique.

L'Homme qui tua Don Quichotte : Photo Adam Driver, Jonathan Pryce

Parler de soi et de sa carrière n’a rien de nouveau et n’est pas toujours signe d’oeuvre de qualité – Steven Spielberg en est selon moi la preuve avec Ready Player One. Mais la démarche de Gilliam semble honnête et surtout cette mise en abyme avec sa carrière et ces précédents Don Quichotte avortés nourrissent ce nouveau et défini Don Quichotte. Il ne s’agit pas d’une simple introspection, Gilliam porte définitivement les concepts de théories littéraires et j’en profite pour encourager vivement les étudiants et chercheurs en littérature comparée à découvrir ce film qui est tout simplement fait pour vous (j’ai envie de dire « nous » mais ça fait un moment que je ne suis plus attachée à ce domaine). Ainsi, en plus de s’ajouter au traitement malin de la mise en abyme, à partir de cet aboutissement d’adaptation, on peut s’interroger sur la notion de palimpseste (réécrire sur quelque chose pas totalement d’effacé). Puis, Gilliam joue avec la notion du flou : le spectateur doit parfois reconstituer le temps du récit, entre le passé et le présent, entre la lecture de Cervantès, celle de Toby et indéniablement celle de Gilliam. Alors que le film se situe nettement dans le présent des spectateurs, sans jamais relâcher cette temporalité d’origine, il donne de plus en plus l’illusion de se situer dans un autre temps. Enfin, le réalisateur évoque peut-être le point le plus important, qui confirme non seulement la connexion entre les arts, mais qui définit peut-être même n’importe quel objet artistique :  chaque oeuvre est un éternel recommencement, puisant nécessairement dans ce qui a été avant. Rien qu’à partir de là, avec une réelle intelligence et n’en oubliant jamais qu’il s’agit avant tout d’une oeuvre portant d’un langage cinématographique (car parler autant de concepts littéraires pour nourrir l’oeuvre aurait pu, par conséquent, transformer ce Don Quichotte en une oeuvre trop littéraire, ce qui n’est pas le cas), Gilliam se sert des différents concepts littéraires et plus globalement artistiques pour aborder le thème de la folie dans l’art. Est-ce ce renouvellement nécessaire qui rend l’artiste fou ? Chaque artiste est-il connecté à ses personnages, ce qui explique leur folie réciproque ? La folie est-elle nécessaire pour créer une oeuvre personnelle ne correspond pas aux attentes des grands majors ? Malgré ce sentiment de brouillon, qui pourtant finalement aussi partie des enjeux du film, L’homme qui tua Don Quichotte est une oeuvre intemporelle et universelle sur la figure de l’artiste face à la folie artistique, accentuant autant le duo formé par Adam Driver (qui, décidément, sait très bien choisir ses films et ses réalisateurs) et Jonathan Pryce (qui avait déjà tourné sous la direction de Gilliam avec Brazil) est fantastique.

L'Homme qui tua Don Quichotte : Photo Adam Driver, Jonathan Pryce

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Phantom Thread

réalisé par Paul Thomas Anderson

avec Daniel Day-Lewis, Vicky Krieps, Lesley Manville, Camilla Rutherford, Brian Gleeson…

Drame américain. 2h11. 2017.

sortie française : 14 février 2018

Dans le Londres des années 50, juste après la guerre, le couturier de renom Reynolds Woodcock et sa soeur Cyril règnent sur le monde de la mode anglaise. Ils habillent aussi bien les familles royales que les stars de cinéma, les riches héritières ou le gratin de la haute société avec le style inimitable de la maison Woodcock. Les femmes vont et viennent dans la vie de ce célibataire aussi célèbre qu’endurci, lui servant à la fois de muses et de compagnes jusqu’au jour où la jeune et très déterminée Alma ne les supplante toutes pour y prendre une place centrale. Mais cet amour va bouleverser une routine jusque-là ordonnée et organisée au millimètre près.

Phantom Thread : Photo Vicky Krieps

Réalisateur de plusieurs bijoux (There will be blood, Magnolia), Paul Thomas Anderson signe son grand retour (je m’étais un peu embrouillée avec lui sur The Master) tout comme il signe celui du gigantesque Daniel Day-Lewis. L’acteur triplement oscarisé a déclaré qu’il s’agirait de son dernier film. On ne sait pas si sa retraite sera réellement définitive (il l’avait déjà prise il y a quelques années avant de reprendre le boulot et de choper d’autres Oscars) mais finir éventuellement sur cette sublime touche est certainement le rêve de nombreux acteurs. Premier film du cinéaste américain à l’étranger, Phantom Thread est a priori un film très classique, que ce soit sur le plan narratif ou sur esthétique. En effet, dans un décor luxueux et millimétré, le tout avec des costumes et décors à tomber par terre, il raconte une histoire d’amour entre un grand couturier et sa muse. Pourtant, et c’est certainement ce qui rend ce grand film aussi puissant, c’est qu’il n’est justement pas aussi classique qu’il en a l’air. On y verrait presque une mise en abyme avec ce monde d’apparences : là c’est la même chose, ne vous fiez pas à ses apparences de simple film classique (même si tout le film semble couler de source). Le long-métrage aurait pu se contenter d’exposer de banales différences entre ces deux individus (âge, classe sociale, attitudes…), c’est en tout cas ce qu’on croit voir au début avant de découvrir finalement une Alma révélant la folie qui se cache en elle. Reynolds et Alma sont des personnages bien plus complexes, autant fascinants que dérangeants par leur attitude ou leur répondant. Paul Thomas Anderson nous présente une histoire d’amour toxique : cela est autant perturbant qu’émouvant. L’amour que Reynolds porte pour son art (qui passe donc par l’amour qu’il a pour sa muse, effaçant la notion de bien-aimée) est aussi fou que celui qu’a Alma pour Reynolds, sous syndrome de Münchhausen. Se faire du mal est ce qui permet à chacun de s’attirer, de se prouver leur amour et leur attachement alors que tout les oppose. Phantom Thread joue sans cesse avec ces oppositions qui s’attirent pour ne former plus qu’un ensemble torturé, entremêlé et sublime à la fois. Le lien entre l’artifice et le naturel est certainement au coeur de ce long-métrage, guidant alors la relation entre les personnages. Le monde artificiel et ultra millimétré de Reynolds (couture, politesse, langage pointu, habitude en général – les scènes de petit-déjeuner sont à la limite du délirant) va se confronter puis se mêler à l’univers d’Alma (presque un synonyme à elle-seule de désordre, telle une gamine qui finit par bouder). Relevée par une excellente photographie (par PTA himself !), les choix esthétiques d’une grande précision et jamais hasardeux se confrontent également entre la froideur d’un monde luxueux et figé (proche du papier glacé dans un magazine) et une certaine chaleur qui prend forme durant les scènes de maladie.

Phantom Thread : Photo Daniel Day-Lewis, Vicky Krieps

La place de la nourriture est également importante et évidente dans ce long-métrage : cela surprend au premier abord d’en voir autant, au point de jouer un rôle narratif essentiel, dans un film qui dont le personnage principal possède une vision très particulière sur la beauté et la perfection des corps. Reynolds refuse de manger de la nourriture grasse, il ne faut d’ailleurs pas le déranger au petit-déjeuner, le bonhomme en sera alors fortement irrité tout le long de la journée. Pourtant, sa rencontre avec Alma se déroule dans le restaurant dans lequel elle travaille : il commande un nombre improbable de plats, comme s’il avait littéralement faim d’elle (la nourriture serait presque synonyme de scènes de sexe, complètement absentes). Les aliments vont aussi jouer un rôle central dans la névrose d’Alma, cette dernière servant du produit le plus naturel pour blesser et récupérer à la fois Reynolds. Par ailleurs, cette omniprésence de nourriture, le tout mêlée à certaines scènes à l’esthétique chaude, m’a rappelée des natures mortes. On peut évidemment tomber dans la surinterprétation mais ce rapprochement me semble pertinent sur plusieurs points. La nature morte est l’art par excellence du figement, or ce figement en question apparaît dans les scènes où Reynolds est dans son élément, où il maîtrise justement cet immobilisme (donc, pas dans les scènes aux tons chauds). Encore une fois, les éléments qui pourraient être contradictoires s’attirent, à l’image de ce couple toujours tiraillé entre des univers différents, entre la vie et la mort, mais justement ce tiraillement les rapproche et signe leur amour. Nous nous sommes beaucoup concentrés sur le couple Alma-Reynolds alors qu’une autre relation n’est pourtant pas à négliger : celle entre Reynolds et sa soeur Cyril. Cyril est aussi un personnage sans cesse partagée entre plusieurs caractéristiques : elle est très protectrice avec son frère (elle joue même le rôle de la mère disparue), il y a donc ce mélange de proximité, de froideur, d’agressivité qui peut ressortir. Si elle ne se laisse globalement pas faire (elle tient cette maison de haute couture d’une main de fer), elle cède pourtant aux exigences parfois pénibles de son frère, le laisse dans son confort et sa routine, accepte même de se faire dominer dans un sens (ce qui peut sembler paradoxal avec le caractère qu’elle a). Or, Alma fait ce que Cyril ne peut pas et ne veut pas faire. Bref, il y a toujours l’idée de passer d’un état à un autre, notamment de la position de dominant à dominé (et vice versa), parce que l’amour dans ses états est de toute façon paradoxe et implique aussi un rapport de force. C’est peut-être ça ce fil invisible qui relie sans cesse les personnages, qu’on peut rapprocher de l’histoire des mots cachés dans les ourlets des vêtements. Au passage, les personnages féminins principaux sont très bien écrits (enfin, le personnage principal masculin l’est aussi, hein), refusant d’être de simples potiches, alors que l’univers de la mode est plutôt contraire à cette idée (en tout cas dans nos esprits). 

Phantom Thread : Photo Daniel Day-Lewis, Vicky Krieps

Jonny Greenwood, guitariste de mon groupe chéri Radiohead (PTA a par ailleurs signé quelques clips pour le groupe) et depuis quelques années compositeur fétiche du réalisateur, signe certainement sa plus belle bande-originale : tellement puissante, virtuose, qui remplace pratiquement les répliques (déjà pas nombreuses) mais n’est pas non plus envahissante. Sa nomination aux Oscars est tellement méritée (enfin, il n’y a pas que ça qui mérite d’être nommé – je suis tellement contente de voir le film dans les nominations des grandes cérémonies en général). Pour la petite anecdote, l’idée de ce film serait née à partir d’une remarque que Greenwood aurait faite à PTA sur son accoutrement. Enfin, le trio principal est tout simplement impeccable. Daniel Day-Lewis est la seule réelle star de la distribution et encore une fois, sa réputation de grand acteur est totalement justifiée. J’ai toujours énormément aimé cet acteur et il parvient encore à m’épater : il s’agit de l’une de ses meilleures interprétations de sa très belle carrière. Je sais qu’il n’aura pas l’Oscar du meilleur acteur (coucou Gary Oldman) mais cela ne me dérangerait pas qu’il en remporte un nouveau. Toute la promo et même un certain nombre de critiques a complimenté (à juste titre) le travail de Day-Lewis. Pourtant, il me semble nécessaire de dire autant de bien concernant les interprétations de Vicky Krieps (comme beaucoup de spectateurs, je ne la connaissais pas alors qu’elle a déjà une filmographie assez intéressante !) et de Lesley Manville. Le naturel de la charismatique Krieps (autant physiquement – cela fait tellement de bien de voir une actrice sans artifices – que dans son interprétation) tout comme la précision de son jeu sautent aux yeux. Surtout, cela n’est pas si évident de tenir tête face à ce monstre de Day-Lewis et pourtant elle y arrive haut la main. Lesley Manville, actrice souvent vue dans les films de Mike Leigh, est également un très bon second rôle : la force de son interprétation lui permet de ne pas s’effacer face au couple monstrueux. Phantom Thread est donc un excellent et même déjà un très grand film, d’une époustouflante richesse sur tous les points sans jamais tomber dans la prétention. Aux inspirations hitcockiennes, parfois même drôle par sa noirceur et sa tension, il présente autant le portrait d’un artiste (est-il un double même du cinéaste ?) qu’une histoire d’amour aussi belle que névrosée. Sa virtuosité et son extrême précision n’empêchent pas de faire naître une émotion jamais forcée. Magnifique et fascinant.

Phantom Thread : Photo Daniel Day-Lewis, Vicky Krieps

Marley et moi / Watchmen

Marley & Moi
réalisé par David Frankel
avec Owen Wilson, Jennifer Aniston, Eric Dane, Alan Arkin, Haley Bennett, Clarke Peters…
titre original : Marley & Me
Comédie américaine. 1h40. 2008.
sortie française : 4 mars 2009
Movie Challenge 2017 : Un film que j’aime bien secrètement
Jenny et John viennent tout juste de se marier sous la neige du Michigan et décident de partir s’installer sous le soleil de Floride. Alors que l’envie d’avoir un premier enfant se profile chez Jenny, John espère retarder l’échéance en lui offrant un adorable chiot sur les conseils avisés de son collègue Sébastien, un séducteur profitant pleinement de son célibat. C’est ainsi que Marley, un jeune labrador, prend place au sein du couple. En grandissant, l’animal se révèle aussi craquant que dévastateur et la maison devient un véritable terrain de jeu, où plus rien ne peut échapper à sa voracité. Mais l’envie de fonder une famille ressurgit, et Jenny attend désormais son premier enfant. Au rythme des années et des catastrophes qu’il provoque, Marley sera le témoin d’une famille qui se construit et s’agrandit, devant faire face à des choix de carrière, des périodes de doute et des changements de vie. Pour Jenny et John, même si Marley est le pire chien du monde, cette tornade d’énergie leur témoignera une affection et une fidélité sans limite, pour leur enseigner la plus grande leçon de leur vie.
Marley & moi : Photo David Frankel, Jennifer Aniston, Owen Wilson
Marley & Moi, réalisé par David Frankel (Le Diable s’habille en Prada), est tiré de l’ouvrage autobiographique du journaliste John Grogan, Marley & Me: Life and Love with the World’s Worst Dog (2005). Je m’attendais, comme beaucoup, à regarder une comédie toute mignonne avec un joli toutou qui ferait quelques conneries (et vous savez peut-être que j’ai du mal en général avec les films qui mettent en vedette des animaux). Certes, il s’agit a priori d’un film familial, grand public, c’est un fait (et ce n’est pas forcément une tare). Mais finalement, on n’est pas tant que ça dans le film tout choupi si attendu. Si Marley & moi est pour moi un agréable divertissement, assez bien foutu dans son genre, il surprend surtout pour son émotion que j’ai trouvée vraie (même si le film a évidemment pour but de nous faire verser quelques larmes, on ne va pas se mentir non plus). Je n’ai jamais eu de chiens (en revanche des chats j’en ai toujours eu) mais l’histoire m’a réellement émue (vous avez l’habitude, j’ai évidemment chialé) : je me suis identifiée au personnage principal avec sa relation avec Marley. Certes, je ne vais pas vous dire qu’il s’agit d’un chef-d’oeuvre, ce n’est évidemment pas le cas, on ne retient pas non plus le travail de mise en scène, je ne sais même pas si on peut s’il s’agit vraiment d’un bon film (d’un point de vue strictement cinématographique – bon après rien ne m’a choquée, j’imagine que le travail de ce côté reste correct par rapport à ce qu’on attend de ce type de production). Mais Marley & Moi m’a clairement plu même si j’ai conscience de ses limites purement cinématographiques. Le film reprend le schéma autobiographique du bouquin, l’histoire étant racontée par John. La voix-off est toujours un outil « risqué » dans le sens où elle a tendance à alourdir le récit. Je ne dis pas qu’elle est d’une grande subtilité mais elle n’est pas non plus envahissante. Surtout, je trouve qu’on peut malgré tout (je dis ça parce que Wilson et Aniston sont des stars hollywoodiens, beaux, blonds, sportifs, avec des dents Colgate – bref le contraire du commun des mortels) s’identifier aux personnages principaux, comprendre l’attachement au chien et au rôle que ce dernier joue dans la vie d’une famille face au temps qui passe. Marley et moi séduit alors dans sa représentation d’une vie de famille (et ou plutôt dans sa construction) avec ses bons et ses mauvais moments (les ellipses me semblent bien choisies et fluides). Après, j’admets aussi que ce film fait certainement partie désormais de mes plaisirs coupables (c’était le but de cette catégorie du Movie Challenge).
 
Marley & moi : Photo David Frankel, Eric Dane, Owen Wilson

Watchmen – Les Gardiens 
réalisé par Zach Snyder
avec Jackie Earle Haley, Patrick Wilson, Malin Akerman, Billy Crudup, Matthew Goode, Jeffrey Dean Morgan, Carla Cugino, Stephen McHattie…
titre original : Watchmen
Action, science-fiction, drame américain. 2h42. 2009.
sortie française : 4 mars 2009
interdit aux moins de 12 ans
Movie Challenge 2017 : Un film recommandé par quelqu’un (Borat)
Aventure à la fois complexe et mystérieuse sur plusieurs niveaux, « Watchmen – Les Gardiens » – se passe dans une Amérique alternative de 1985 où les super-héros font partie du quotidien et où l’Horloge de l’Apocalypse -symbole de la tension entre les Etats-Unis et l’Union Soviétique- indique en permanence minuit moins cinq. Lorsque l’un de ses anciens collègues est assassiné, Rorschach, un justicier masqué un peu à plat mais non moins déterminé, va découvrir un complot qui menace de tuer et de discréditer tous les super-héros du passé et du présent. Alors qu’il reprend contact avec son ancienne légion de justiciers -un groupe hétéroclite de super-héros retraités, seul l’un d’entre-eux possède de véritables pouvoirs- Rorschach entrevoit un complot inquiétant et de grande envergure lié à leur passé commun et qui aura des conséquences catastrophiques pour le futur. Leur mission est de protéger l’humanité… Mais qui veille sur ces gardiens ?
Watchmen - Les Gardiens : Photo Carla Gugino, Jeffrey Dean Morgan
Watchmen est l’adaptation du comic éponyme d’Alan Moore (qui rejette le film comme toutes les adaptations de ses oeuvres) et Dave Gibbons (en revanche, il s’est associé au projet). J’ai une drôle d’histoire avec Zack Snyder (et encore, je dis ça sans avoir vu son Batman vs Superman) : 300 fait partie de mes plaisirs coupables, j’aime également énormément L’Armée des Morts (et j’adore au passage la version originale de Romero), en revanche je rejette en bloc Sucker Punch. Et comme vous le savez certainement (ou pas), j’ai généralement du mal avec les films de super-héros. J’ai longtemps redouté ce fameux Watchmen, visiblement autant adoré que détesté. Sans dire que j’ai adoré, j’ai été agréablement surprise par ce long-métrage, certes assez long mais selon moi réellement divertissant et pertinent. Le long-métrage nous présente alors une Amérique alternative des années 1980 (à peine le miroir de ce qu’on connaît déjà) sous l’égérie des super-héros. Mon seul véritablement hic vient du traitement des femmes (problème que j’avais déjà relevé dans d’autres films de Snyder) : j’ai clairement trouvé le film misogyne (on pourra toujours me répondre qu’il y a les mêmes problèmes dans le comic : et bah j’ai envie de dire que je ne trouve pas ça cool non plus). Les personnages féminins ont toutes un mauvais rôle : soit elles sont hyper sexualisées et inutiles dans l’intrigue soit elles ont un mauvais rôle par rapport aux autres personnages. Pour ne rien arranger, Malin Akerman et Carla Cugino jouent très mal (comme souvent). C’est dommage car le reste du casting est pour moi très bon, surtout Jackie Earle Haley, épatant et charismatique dans le rôle de Rorschach. Les personnages sont justement pour moi un des points forts de ce film, ils sont étonnamment complexes par rapport à ce qu’on pourrait attendre habituellement de ce genre de production (le cas le plus flagrant concerne Le Comédien incarné par l’étonnant Jeffrey Dean Morgan). La narration a pu déstabiliser certains spectateurs, certains diront même que le film est trop lent et qu’il ne se passe rien. Pour ma part, si au début j’étais sceptique par cette narration a priori décousue, j’ai rapidement adhéré à ce choix qui permet d’appréhender la psychologie et les histoires personnelles de tous les personnages. Je suis également tombée sous le charme de la proposition graphique et esthétique même si j’admets que certains effets (ex : les ralentis) sont parfois superficiels. Les dialogues sont également soignés, l’histoire en elle-même trouve un ton juste entre violence, tragédie et humour. Enfin, la BO, très agréable, s’adapte bien aux différentes scènes.
Watchmen - Les Gardiens : Photo Jackie Earle Haley

Folles de Joie

réalisé par Paolo Virzi

avec Valeria Bruni Tedeschi, Micaela Ramazzotti, Sergio Albelli, Marisa Borini…

titre original : La Pazza Gioia

Comédie dramatique italienne, française. 1h51. 2016.

sortie française : 8 juin 2016 (sortie dvd : 2 novembre 2016).

Vu dans le cadre de Dvdtrafic : Le film est présent sur le site de Cinetrafic qui vous présente différentes listes dont : films 2016. Un grand merci également à Bac Films (voici son site et sa page facebook).

entre copines
les sorties ciné de 2017

folles

Beatrice est une mythomane bavarde au comportement excessif. Donatella est une jeune femme tatouée, fragile et introvertie. Ces deux patientes de la Villa Biondi, une institution thérapeutique pour femmes sujettes à des troubles mentaux, se lient d’amitié. Une après-midi, elles décident de s’enfuir bien décidées à trouver un peu de bonheur dans cet asile de fous à ciel ouvert qu’est le monde des gens « sains».

Folles de Joie : Photo Valeria Bruni Tedeschi

Je ne suis pas très fan de La Prima Cosa Bella (très primé en Italie), en revanche par le même réalisateur, j’avais eu un véritable coup de coeur pour Les Opportunistes (Il Capitale Umano). J’étais donc curieuse de découvrir Folles de joie, présenté à la Quinzaine des Réalisateurs au dernier festival de Cannes. Paolo Virzi réunit deux actrices qu’il avait déjà dirigées (et toutes les deux récompensées par un Donatello grâce à lui) : Valeria Bruni Tedeschi et Micaela Ramazzotti (cette dernière étant également l’épouse de Virzi). L’histoire est assez basique (apparemment, l’histoire serait assez similaire à celle de Une journée de fous de Howard Zieff avec Michael Keaton (si des gens l’ont vu, à me confirmer l’information ou non) : Paolo Virzi met en scène deux femmes enfermées dans une institution psychiatrique qui finissent par s’y échapper. Le duo formé par Bruni Tedeschi et Ramazzotti est intéressant pour plusieurs raisons. La première concerne le ton général du film, une comédie dramatique (chacune semble incarner un genre en particulier), la seconde est un moyen de voir différents points de vue sur la folie. Beatrice (Valeria Bruni Tedeschi) est une femme exubérante et qui parle beaucoup et fort (et qui s’invente aussi une vie). L’actrice dit s’être inspirée de Blanche DuBois, le personnage culte de la pièce de Tennesse Williams, Un Tramway nommé Désir. Il y a bien une part de tragique dans ce film et les personnages. Pourtant, Beatrice a quelque chose qui ressemble plus à des actrices de la comédie italienne. Malgré toutes les épreuves qu’elle endure (la psychiatrie, c’est quand même pas de la tarte !), elle a quelque chose de solaire. En clair, c’est elle qui nous fait rire, c’est presque une incarnation même de la folie en tant qu’objet comique. Donatella (Micaela Ramazzotti) est tout le contraire de Beatrice. Elle est sombre avec sa couleur de cheveux noire, (loin de la blondeur de Beatrice), ses tatouages, sa maigreur (la silhouette de sa collègue est plus généreuse), son histoire (sans spoiler) est également beaucoup plus glauque ! Donatella est alors plutôt une représentation plus tragique de la folie. On a donc déjà vu mille fois (que ce soit qu’avec des femmes, des hommes ou mix) des duos de personnages très différents et qui finissent par devenir amis. C’est clairement ce qui se passe dans ce film (là par contre, cela n’a rien d’un scoop, on pouvait s’en douter avant même de regarder le film). Pas évident de re-exploiter ce thème en question (ce n’est d’ailleurs pas un reproche – il n’y a pas non plus des millions de thèmes) mais Paolo Virzi s’en sort plus que bien.

Folles de Joie : Photo Micaela Ramazzotti, Valeria Bruni Tedeschi

Les deux femmes sont donc opposées mais parviennent aussi à être complémentaires : il s’agit d’un schéma classique qui a le mérite de fonctionner, d’avoir du charme et de mêler réellement différentes émotions. Folles de joie doit donc beaucoup à ses personnages, bien dessinés et à ses actrices, toutes les deux formidables et investies. J’avais peur qu’elles en fassent des caisses. Certes, les deux actrices (enfin surtout Valeria Tedeschi Bruni) sont très expressives mais elles n’ont rien de pantins qui s’animent dans tous les ses comme on aurait pu le craindre, elles donnent simplement vie à des personnages peu ordinaires. Mais heureusement, le long-métrage ne repose pas que sur ces deux femmes très attachantes et fragiles. En mettant en scène deux femmes atteintes de troubles mentaux, Paolo Virzi parvient à retranscrire une sorte de tourbillon intérieur qui ne veut qu’être extériorisé, en signant un film assez bien rythmé sur différents niveaux. La mise en scène a quelque chose de classique (mais elle reste bien dans son genre) mais elle permet aux spectateurs de souffler un peu face à tant d’agitations. Le scénario m’a semblé assez inspiré et crédible, permettant aux personnages d’évoluer à travers leur cavale. Le choix de la photographie est également intéressant, soulignant autant des scènes lumineuses que sombres, encore une fois toujours à l’image du mental des deux personnages féminins. A travers ce (vague) mélange assez réussi de Thelma & Louise de Ridley Scott et Vol au-dessus d’un nid de coucou de Milos Forman (même si Folles de joie n’atteint évidemment pas le niveau de ces deux films en question), Paolo Virzi filme deux femmes, certes malades, qui ont soif de liberté. Pourquoi les a-t-on privées de ce pouvoir de liberté ? La société n’est-elle pas parfois responsable des maux, en particulier celles des femmes, davantage victimes de certains faits ? Le film est aussi une ode au bonheur : le bonheur (l’amitié peut contribuer au bonheur), c’est aussi un formidable accès à la liberté. La liberté, ce n’est pas uniquement une question de ne pas pouvoir sortir d’un lieu ou de pouvoir bénéficier de droits : c’est aussi pouvoir trouver une paix intérieure et accepter certaines choses qui nous dépassent. Mêlant merveilleusement bien drame, comédie et road-movie, traitant plutôt bien son sujet et présentant des personnages attachants très bien interprétés, Folles de joie est une des bonnes surprises cannoises venue tout droit d’Italie qui décidément nous livre toujours chaque année quelques pépites.

Folles de Joie : Photo Micaela Ramazzotti, Valeria Bruni Tedeschi

 

Harvie Krumpet

réalisé par Adam Elliot

avec les voix de Geoffrey Rush, John Flaus, Julie Forsyth et Kamahl

Film d’animation, comédie dramatique australien. 24 mn. 2003.

Movie Challenge 2016 : un court-métrage

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Le récit de la vie triste et étrange de Harvie Krumpet, qui décide de quitter son existence misérable en Europe et de tenter sa chance à travers le monde.

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 Adam Elliot est peut-être un nom qui ne vous est totalement inconnu. Il a remporté un certain succès en 2009 avec l’excellent film d’animation Mary & Max. Avant ce long-métrage, il était passé par la case « court-métrage » notamment avec Harvie Krumpet qui avait remporté l’Oscar du meilleur court-métrage. Comme pour Mary & Max (et les autres films par Elliot), ce film a été crée à partir de pâte à modeler. Ce genre de technique m’épate toujours autant et le résultat est effectivement à la hauteur. Esthétiquement, le travail est donc indiscutable. Il n’y a d’ailleurs pas que l’animation autour de la pâte à modeler qui est remarquable. Le travail autour des couleurs et de la luminosité n’est pas à négliger, que ce soit esthétiquement ou autour de ses différentes significations au fil de l’histoire. Je trouve aussi le choix d’établir son animation avec de la pâte à modeler cohérent par rapport aux personnages et à l’ambiance même du film : ça rend étrangement les personnages humains et paradoxalement en même temps à part, uniques. Pour moi, surtout avec le travail de photographie, ça fait ressortir chez les personnages à la fois de la poésie et une forme de mélancolie. On remarque un autre type de cohérence dans la filmographie d’Adam Elliot : comme dans Mary & Max, Adam Elliot met en scène un personnage malade (en l’occurrence ici le Harvie Krumpet) souffrant d’une maladie neurologie, le syndrome de Gilles de la Tourrette. Pour couronner le tout, frappé par la foudre, il va perdre une de ses testicules ! Il ne s’agit pas du seul personnage à être différent, sa propre fille adoptive n’ayant pas de mains suite aux effets de la thalidomide. Même sans la maladie, il est un être différent, en étant un immigré (Harvie Krumpet – le nom du titre n’étant jamais anodin – étant son nom australien, à l’origine il se nomme Harvek Milos Krumpetzki). Tous ces choix ne sont certainement pas un hasard, le réalisateur australien souffrant de tremblements physiologiques, une maladie héréditaire (source ici). La différence (quelle que soit sa nature) est évidemment au coeur de cette oeuvre et elle est très bien traitée. Le message est simple et clair mais d’une grande efficacité : même si on ne fait partie de la norme, on doit continuer à profiter de la vie. Mieux : notre différence peut devenir une force. C’est très bateau dit comme ça mais pourtant c’est la vérité et j’ai envie de dire que ça fait du bien. La différence ne réside donc pas uniquement par rapport à ce qu’on est physiquement ou psychologiquement mais aussi par rapport aux choix qu’on décide de faire pour vivre sa vie.

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En clair, en croisant la statue du poète Horace, Harvie Krumpet décide de mettre en application la fameuse locution « Carpe Diem » dans son existence (notamment par le choix « marginal » du naturisme). Non seulement on n’est pas obligés de subir certains désagréments de la vie mais en plus on est libre de choisir sa propre différence. Notre normalité, voire même parfois les malheurs qui nous touchent, transforment notre vision de notre existence et surtout font de nous des êtres uniques. « Normalement » (en tout cas il s’agit de ma normalité), quand on le peut évidemment, il faut privilégier la version originale. Mais ici, c’est encore plus vrai ! La voix de l’excellent acteur australien Geoffrey Rush (qui « incarne » ici le narrateur) correspond complètement à l’univers instauré par Adam Elliot. A priori, elle a quelque chose de neutre, comme si le spectateur était en train de regarder une sorte de biopic. Pourtant, par petites touches, elle incarne à seule la complexité de notre monde, à la fois absurde, tragique par le comportement parfois incompréhensif de l’homme, drôle pour tous les petits moments que nous pouvons vivre et constater autour de nous. Il est le conteur mais par sa voix, on parvient à mieux cerner le comportement de Harvie ainsi que ses émotions. A travers ces beaux messages, Adam Elliot nous livre un petit bijou vacillant avec justesse entre la tragédie et la comédie. Tragique parce que même si on retient quelque chose de positif, la vie menée par Harvie reste difficile et que ses souffrances face aux événements (deuil à plusieurs reprises, éloignement avec ses proches, donc solitude, tentative de suicide etc…) sont réelles et si proches de ce qu’on pourraient / peuvent connaître les spectateurs. Drôle, pas uniquement à cause du message positif qu’on peut en tirer. Adam Elliot reprend merveilleusement bien les codes de l’humour absurde voire même du burlesque, notamment avec les fameux jeux de mots (notamment en VO les « fakts » qui ont l’air très anodins, parfois délirants, en tout cas ils font souvent rire ou sourire). Enfin, le format court de ce film est évidemment un avantage (il faut vraiment le faire pour s’emmerder devant un court-métrage même si c’est – hélas – possible) on a l’impression qu’Adam Elliot a su trouver la durée idéale pour raconter son histoire. Je vous conseille en tout cas de découvrir Harvie Krumpet (que vous trouverez assez facilement sur Internet, notamment sur Youtube), une vraie bonne surprise drôle, émouvante, intelligente et vraiment bien foutue.

hor

Shining

réalisé par Stanley Kubrick

avec Jack Nicholson, Shelley Duvall, Danny Lloyd…

Film d’épouvante-horreur américain, britannique. 2h (version originale) / 2h26 (version intégrale). 1980.

sortie française : 16 octobre 1980

interdit aux moins de 12 ans

Shining

Jack Torrance, gardien d’un hôtel fermé l’hiver, sa femme et son fils Danny s’apprêtent à vivre de longs mois de solitude. Danny, qui possède un don de médium, le « Shining », est effrayé à l’idée d’habiter ce lieu, théâtre marqué par de terribles évènements passés…

shining

Shining, adaptation (assez éloignée) du roman (également culte) de Stephen King (le téléfilm serait plus proche du livre), est un film qui m’a marquée pour plusieurs raisons. Tout d’abord parce qu’il s’agit de ma première « rencontre » (oui, j’utilise de beaux termes, là on va sortir les mouchoirs pour chialer un bon coup) avec l’univers de Stanley Kubrick. Même si Kubrick a fait des films très différents (ce qui fait de lui le génie qu’on connaît), Shining fait pour moi partie de ces films qui m’ont poussée à devenir cinéphile et à connaître davantage la filmographie de Kubrick. Puis, j’ai découvert Shining finalement assez jeune, il me semble que je l’ai vu quand j’étais en 6e ou en 5e. J’avais déjà vu quelques films d’horreur avant d’entrer au collège (de tête, les Scream) mais là j’ai vraiment eu l’impression d’avoir passé un cap. Beaucoup savent que je ne prends pas l’habitude de revoir les films, plus par flemme qu’autre chose mais Shining fait partie de ces rares films que je peux revoir sans problème (je l’ai même revu au cinéma il y a maintenant quelques années), avec cette même excitation. Mieux, j’ai beau connaître l’histoire par coeur, j’ai toujours l’impression de découvrir des petits détails etc… Shining possède évidemment des éléments surnaturels (dont le fameux « shining » du titre, le pouvoir télépathique) mais c’est surtout la folie de l’homme (celle de Jack Torrance) qui est effrayante. Shining serait presque plus davantage un thriller psychologique qu’un film d’épouvante-horreur. Il est alors intéressant de voir comment Kubrick a exploité le thème de la folie. L’hôtel Overlook, avec ses couloirs à rallonge, qui devient presque un personnage à part entière, forme en lui-même une sorte de labyrinthe, motif qui apparaît physiquement, que ce soit à l’extérieur ou à l’intérieur (avec la maquette que regarde Jack). Les lieux sont en eux-mêmes oppressants grâce à la mise en scène virtuose de mister Kubrick et à des décors à la fois magnifiques, envoûtants mais aussi dérangeants. Le labyrinthe est aussi une sorte de métaphore (même si le film est bien plus complexe que ça) de ce qui peut passer dans la tête de Jack Torrance. Ainsi, l’esprit de Jack est de plus en plus torturé au fil des scènes, quitte qu’on ne sache plus distinguer ce qui existe ou non. Kubrick joue également merveilleusement avec les notions de temps et d’espace, ce qui a tendance à augmenter l’horreur et l’angoisse au fur et à mesure.

Shining : Photo Lisa Burns, Louise Burns, Stanley Kubrick

Les images, parfois furtives, peuvent être traumatisantes tout comme certains points de l’histoire qui restent mystérieux : je pense notamment à celles avec les jumelles (inspirées de photographies de Diane Arbus), avec le torrent de sang, avec la machine à écrire (« All work and no play makes Jack a dull boy » écrit je ne sais pas combien de fois) ou à la chambre 237. Stephen King était très en colère contre l’adaptation de Stanley Kubrick pas uniquement à cause de ses infidélités à son roman mais parce qu’il s’agit pour lui d’un texte très personnel, voire même autobiographique selon ses dires. Il voulait montrer comment un bon père de famille peut devenir monstrueux sous les effets de l’alcool. Certes, dans le film, l’alcoolisme de Jack n’est plus présent. Ceci dit, le film continue d’exploiter cette idée du père de famille qui échoue dans sa vie personnelle (il s’agit d’un écrivain en panne d’inspiration) et cela aurait des conséquences sur son mental puis au sein de la cellule familiale. Shining est en tout cas un film fascinant en étant à la fois accessible et complexe. Malgré ses deux bonnes heures (et plus selon les versions), le film n’ennuie jamais, on est immergé avec les personnages dans cet étrange hôtel qui révèle leurs démons intérieurs, il y a une ambiance incroyablement effrayante (la musique aide aussi pas mal à cette terreur qui s’installe petit à petit), des motifs marquants même si on ne comprend pas toujours leurs réelles significations (en tout cas, pas toujours tout de suite – mais c’est aussi pour ça que Shining est un film génial à analyser, j’ai lu des textes vraiment intéressants, des ressentis différents et cela montre à quel point ce film est d’une incroyable richesse). Jack Nicholson est monstrueusement époustouflant dans le rôle de Jack Torrance. Je crois qu’il n’y a pas suffisamment de mots pour qualifier l’exploit de sa bluffante performance. J’aime beaucoup également Shelley Duvall, injustement nommée aux Razzie Awards. Elle est si vulnérable, paniquée (il faut que Kubrick y avait mis du sien durant le tournage !), on a peur pour elle et en même temps, avec ses maigres moyens, elle réussit à débrouiller, à être forte pour son enfant, à être maternelle (contrairement à son mari) et enfin Danny Lloyd (qui n’a pas eu de carrière au cinéma mais qui devenu professeur de biologie !) est excellent malgré son très jeune âge au moment du tournage.

Shining : Photo Danny Lloyd, Jack Nicholson, Stanley Kubrick

Love and Mercy

réalisé par Bill Pohlad

avec John Cusack, Paul Dano, Elizabeth Banks, Paul Giamatti, Jake Abel, Graham Rogers, Brett Davern, Dee Wallace, Kenny Wormald, Joanna Going, Diana Maria Riva, Jonathan Slavin, Bill Camp…

Biopic, drame américain. 2h. 2014.

sortie française : 1 juillet 2015

Love & Mercy, la véritable histoire de Brian Wilson des Beach Boys

Derrière les mélodies irrésistibles des Beach Boys, il y a Brian Wilson, qu’une enfance compliquée a rendu schizophrène. Paul Dano ressuscite son génie musical, John Cusack ses années noires, et l’histoire d’amour qui le sauvera.

Love & Mercy, la véritable histoire de Brian Wilson des Beach Boys : Photo Brett Davern, Graham Rogers, Jake Abel, Kenny Wormald, Paul Dano

Sous-intitulé très lourdement par La véritable histoire de Brian Wilson des Beach Boys, Love & Mercy (le titre fait référence à la chanson de Wilson qu’on entend à la fin du long-métrage) retrace deux périodes de la vie du leader du célèbre groupe rock californien : la première, avec Paul Dano qui interprète Brian Wilson jeune, se déroule dans les années 1960. Le musicien, qui dévoile de plus en plus au grand jour ses problèmes mentaux, est de plus en plus créatif et ambitieux… au plus grand désarroi de sa famille et membre du groupe. La seconde partie se situe dans les années 1980. Incarné par John Cusack, Brian Wilson a pris de l’âge, bouffi et bouffé par ses problèmes mentaux au point d’être tout le temps surveillé par le docteur Eugene Landy. Isolé de tous, toujours aussi secoué par la mort de l’un de ses frères, il rencontre la charmante Melinda Ledbetter, qui vend des voitures. En réalité, pour être plus précis, l’histoire n’est pas montée de manière chronologique et traditionnelle, elle alterne ces deux temps, ce qui permet de ne pas s’attarder inutilement sur la vie de Brian Wilson et d’aller plutôt à l’essentiel. Love & Mercy est certainement un film imparfait et pourtant, j’ai vraiment beaucoup aimé ce film, réellement émouvant, voire même poignant, captivant et qui, au-delà de ses qualités, a le mérite d’être un biopic différent et ambitieux à sa manière, ce qui fait du bien à l’heure d’un Hollywood peu inspiré (et puis grâce à ce film, je redécouvre les Beach Boys et Brian Wilson en solo). Le montage est plutôt réussi, il trouve rapidement son rythme et je trouve qu’on s’habitue bien aux changements d’époque malgré des différences visuelles évidentes. Le déroulement du récit est assez fluide et au-delà de vouloir éviter un biopic trop lisse (ce que le réalisateur arrive à faire selon moi), je trouve que ce montage permet de montrer l’esprit malade et torturé de Brian Wilson en quête de paix et de rédemption. J’ai lu dans beaucoup de critiques de blogueurs que beaucoup avaient été plus sensibles à la partie avec John Cusack. C’est vrai que cette période-là m’a vraiment énormément émue, j’avoue que j’ai même versé quelques larmes à la fin du film. Cette partie-là aurait pu être traitée avec beaucoup de pathos mais on trouve au contraire beaucoup de subtilité et de délicatesse, il n’y a rien de larmoyant ou quelque chose de lourdingue.

Love & Mercy, la véritable histoire de Brian Wilson des Beach Boys : Photo Paul Dano

Ceci dit, je défends beaucoup la partie avec Paul Dano qui m’a également plu. Au-delà du soin esthétique accordé pour reconstituer les années 1960 juste comme il le faut avec notamment un joli jeu de lumière et une remarquable photographie, j’ai vraiment eu l’impression que Pohlad ainsi que les scénaristes avaient vraiment saisi la personnalité de Wilson. Mais ce qui m’a vraiment plu, c’est la manière de mettre en scène le génie de ce poète incompris si attachant. Certes, les autres membres des Beach Boys auraient pu être mis encore plus en avant mais quelque part, le réalisateur aurait pu faire un hors sujet. De plus, je trouve que cela permet d’aller de nouveau à l’essentiel pour dresser le portrait complexe de Brian Wilson, jamais idéalisé même s’il reste très attachant. Même la description de la famille Wilson est finalement suffisante pour comprendre tous les enjeux : d’un côté, ils n’ont pas su comprendre Brian, le pilier du groupe, si créatif et qui avait des ambitions, de l’autre, comment réagir face à la maladie mentale qui se développe de jour en jour ? Ici, disons que les Beach Boys servent surtout de regard extérieur sur la situation. Le film aurait pu s’attarder encore plus sur la relation de Brian avec son père violent mais encore une fois cela ne m’a pas gênée de ne pas traîner ce point en longueur, finalement les informations données sont pour moi suffisantes et encore une fois cela aurait devenir lourd. Enfin, Love & Mercy bénéficie d’un excellent casting. Déjà, individuellement, j’ai énormément aimé les interprétations de John Cusack et Paul Dano, tous les deux très touchants et justes comme il le faut, sans en faire des caisses. A priori, ils ne ressemblent pas vraiment au vrai Brian Wilson mais je trouve qu’ils ont réussi à prendre ses tics, sa manière de s’exprimer… sans faire bêtement de l’imitation. Mais surtout, ce qui m’a bluffée, c’est la ressemblance (je ne parle pas forcément du physique mais dans leur jeu) entre John Cusack et Paul Dano, on a vraiment l’impression de voir une seule personne au bout d’un moment. Cette complémentarité est vraiment magnifique à voir ! J’ai également beaucoup aimé l’interprétation de la lumineuse Elizabeth Banks. J’ai toujours apprécié cette actrice mais je ne trouve pas qu’elle était suffisamment valorisée, elle trouve ici enfin un vrai bon rôle. Enfin, Paul Giamatti est également excellent (comme souvent quand il joue des personnages totalement odieux) dans le rôle du docteur Landy.

Love & Mercy, la véritable histoire de Brian Wilson des Beach Boys : Photo Elizabeth Banks, John Cusack

The Voices

réalisé par Marjane Satrapi

avec Ryan Reynolds, Gemma Artenton, Anna Kendrick, Jacki Weaver, Ella Smith, Gulliver McGrath, Valerie Koch…

Comédie, thriller américain, allemand. 1h50. 2014.

sortie française : 11 mars 2015

interdit aux moins de 12 ans

The Voices

Jerry vit à Milton, petite ville américaine bien tranquille où il travaille dans une usine de baignoires. Célibataire, il n’est pas solitaire pour autant dans la mesure où il s’entend très bien avec son chat, M. Moustache, et son chien, Bosco. Jerry voit régulièrement sa psy, aussi charmante que compréhensive, à qui il révèle un jour qu’il apprécie de plus en plus Fiona – la délicieuse Anglaise qui travaille à la comptabilité de l’usine. Bref, tout se passe bien dans sa vie plutôt ordinaire – du moins tant qu’il n’oublie pas de prendre ses médicaments…

The Voices : Photo Gemma Arterton, Ryan Reynolds

The Voices, prix du jury et prix du public au dernier festival de Gérardmer, est le quatrième long-métrage de Marjane Satrapi. J’avais beaucoup aimé l’adaptation de sa propre bande-dessinée Persepolis mais je ne savais pas vraiment si on devait la considérer comme une cinéaste ou comme une dessinatrice qui avait réussi à réaliser un bon film basé sur un matériau qu’elle connaissait forcément par coeur. Je n’ai pas vu ses deux réalisations suivantes (Poulet aux prunes et La bande des Jotas) de peur d’être déçue par l’après-Persepolis. Cependant, le synopsis et la bande-annonce de The Voices étaient tout de même foutrement alléchants (pourtant, je ne suis pas une grande fan des films avec des « animaux qui parlent »). Et finalement, Marjane Satrapi s’en tire vraiment derrière la caméra, elle n’est plus simplement la dessinatrice devenue réalisatrice mais bien une réalisatrice tout court. Si The Voices n’évoque jamais ouvertement le nom de la maladie dont est atteint Jerry, le personnage principal, on comprend qu’il s’agit de schizophrénie. Ce n’était pas forcément évidemment de faire quelque chose de neuf avec un sujet qui ne l’est pas car il est souvent traité au cinéma, surtout ces derniers temps. On sent que Satrapi s’est énormément documentée sur ce problème psychiatrique et cela se ressent dans sa mise en scène, très inventive. J’ai notamment aimé le lien que fait la réalisatrice entre l’appartement et l’esprit de Jerry. Je ne suis pas une experte en psychologie, mais je soupçonne même Satrapi d’avoir lu beaucoup de Freud (qui faisait, me semble-t-il, un lien entre la personne et la maison »). Quand Jerry est seul et ne prend pas ses médicaments, son appartement est un lieu propre, soigné et lumineux. Cependant, lorsqu’il n’avale pas ses pilules ou quand un personnage extérieur s’y rend, l’endroit est sombre, sale et terne. Du coup, The Voices n’est pas juste un bon petit film délirant sur le moment, mais un long-métrage profond, même parfois touchant, mais qui parvient à faire rire sur ce sujet aussi sérieux.

The Voices : Photo Ryan Reynolds

Marjane Satrapi revisite plutôt intelligemment les codes de l’horreur en les mêlant à la comédie. Je m’attendais à un film plus hilarant mais j’ai tout de même beaucoup ri alors que l’histoire est tout de même horrible. Même si je m’en doutais avant de le voir, le film n’est pas non plus gore ou réellement choquant d’un point de vue esthétique (même s’il ne faut pas non plus montrer ce film à un public trop jeune). Satrapi trouve selon moi le bon équilibre entre les deux genres alors que le film aurait pu se situer le cul entre deux chaises. En réalité, ces deux genres sont naturellement complémentaires. Par exemple, le rose dominant, qui donne à ce film des allures pop, permet de contraster habilement avec l’horrible réalité. Ce choix de vouloir revisiter à la fois l’horreur et la comédie est cohérent car le film s’intéresse très fortement à la dualité de Jerry. Ainsi, son chien Bosco représente le bien présent en lui tandis que le chat, Mr. Whiskers (en V.F. Monsieur Moustache), symbolise sa part sombre. Présenté comme ça, le film peut sembler très manichéen, cependant, Satrapi ne tombe pas dans ce piège puisque les deux premiers meurtres sont tout de même liés à une forme de hasard. La réalisatrice montre bien que le passage à l’acte et plus globalement la folie sont des choses bien plus complexes et que ce sont les circonstances qui amènent aussi un individu (certes malade ici mais je pense que le propos peut être plus universel) à céder à ses pulsions, ne parvenant plus à distinguer le bien du mal. Dans l’ensemble, The Voices est une jolie réussite, qui a le mérite d’être audacieuse, divertissante et plutôt rythmée, tout en proposant une véritable réflexion derrière. Le film possède un grand nombre de qualités mais la véritable bonne surprise reste Ryan Reynolds. Jusqu’à présent, je le trouvais fade, voire même mauvais, mais là il est excellent, il est pour une fois très expressif. Il réussit à rendre son personnage très attachant et il fait aussi un formidable travail de doublage de voix (surtout pour le chat avec un impressionnant accent écossais). Gemma Artenton, Anna Kendrick et Jacki Weaver sont également excellentes. Enfin, quelle bonne idée de terminer ce film sur Sing A Happy Song (avec la petite chorégraphie bien sympa).

The Voices : Photo Ryan Reynolds

Hungry Hearts

réalisé par Saverio Costanzo

avec Adam Driver, Alba Rohrwacher, Robert Maxwell, Jake Weber…

Drame italien. 1h53. 2014.

sortie française : 25 février 2015

Hungry Hearts

Jude est Américain, Mina Italienne. Ils se rencontrent à New York, tombent fous amoureux et se marient. Lorsque Mina tombe enceinte, une nouvelle vie s’offre à eux. Mais l’arrivée du bébé bouleverse leur relation. Mina, persuadée que son enfant est unique, le protège de façon obsessionnelle du monde extérieur. Jude, par amour, respecte sa position jusqu’à ce qu’il comprenne que Mina commence à perdre contact avec la réalité.

Hungry Hearts : Photo Alba Rohrwacher

Hungry Hearts, le quatrième long-métrage de Saverio Costanzo (réalisateur de La Solitude des nombres premiers, pas encore vu mais cela ne devrait pas tarder) fait partie de mes coups de coeur de ce début d’année. Je suis ressortie de la séance totalement secouée et bouleversée, j’en avais même les larmes aux yeux. Par contre, je déconseille ce film aux femmes enceintes ou à celles qui comptent fonder une famille. Hungry Hearts est tiré du roman de Marco Franzoso, Il Bambino Indaco (jamais sorti en France d’après ce que j’ai compris). Dans le livre, l’histoire se déroule en Italie mais Costanzo a préféré situer son récit à New York : « Dans mon esprit, il fallait que les personnages évoluent dans une mégalopole violente où ils puissent se perdre et ressentir la solitude, afin que le spectateur comprenne mieux le désarroi de cette mère. Or aucune ville italienne ne correspond à cette définition ». Visiblement, le réalisateur a bien fait d’avoir opté pour cette solution. Le film débute comme une comédie romantique (Jude et Mina se rencontrent dans les toilettes bloquées d’un restaurant asiatique est très drôle), pourtant la suite ne va pas être aussi joyeuse. L’amour entre ces deux personnages sera pourtant toujours fort mais le couple se détériore dès la grossesse de Mina, cette dernière étant persuadée de porter en elle un enfant indigo après avoir consulté une voyante. Mais évidemment, la folie de Mina va surtout se révéler au grand jour après son accouchement à travers son alimentation ainsi que celle de son fils. Ainsi, étant devenue elle-même vegan (oui, je sens que ce film ne va pas faire plaisir à tout le monde), elle donne ce type de nourriture à son bébé. L’enfant en question ne peut pas grandir et Mina maigrit à vue d’oeil et est de plus en plus épuisée. A cause de l’étrange comportement de Mina, la petite famille est de plus en plus isolée. Jude s’inquiète pour son enfant mais au début refuse de voir que ses problèmes de croissance et de santé à venir sont liés au comportement alimentaire de Mina. Et lorsqu’il finit par ouvrir les yeux sur la situation, le film prend alors un autre tournant. Chacun va alors vouloir à nourrir l’enfant à sa manière tout en surveillant le comportement de l’autre, ce qui donnera lieu parfois à des scènes cocasses (par exemple, Jude qui va se réfugier dans une église pour nourrir son fils).

Hungry Hearts : Photo Adam Driver, Alba Rohrwacher

A ce moment-là, Hungry Hearts prend des allures de film d’épouvante. On pensera évidemment à l’excellent Rosemary’s Baby de Roman Polanski à part que les rôles sont ici inversés. Cette fois-ci, c’est bien la mère qui devient inquiète. Le fait qu’elle soit étrangère renforce encore plus (sans jeux de mots) l’étrangeté même de ce personnage. Pourtant, cela serait injuste de la qualifier comme la méchante de l’histoire car elle ne se rend même pas compte du mal qu’elle fait à son propre enfant. En effet, si le spectateur se penchera plus naturellement de son côté, Jude a pourtant sa part de responsabilité, comme le montre notamment la scène de reproduction (pour la qualifier grossièrement). Cependant, même si Mina nous fait flipper et qu’on a sans cesse peur pour son enfant, Hungry Hearts n’est pourtant pas un film manichéen. Quelque part, on a l’impression que ce drame pourrait arriver à n’importe qui. C’est alors ce mélange particulier mais habile entre plusieurs genres qui donnent une puissance folle au long-métrage. Mais il s’agit surtout d’un magnifique film d’amour dans lequel chacun va à la fois aimer et redouter son partenaire. Au-delà d’une réflexion intelligente et de l’émotion, Hungry Hearts bénéficie d’une très bonne mise en scène. Soignée et précise, elle parvient à montrer la détérioration et l’isolement de ce jeune couple face à une ville immense et intemporelle qui semble les écraser. J’ai également aimé le scénario, bien construit, qui alterne les points de vue, du coup cela donne encore plus de rythme au film ainsi que plus de consistance aux personnages. Saverio Costanzo a également travaillé sur tous les moindres détails, que ce soit au niveau de la mise en scène ou du scénario : le début pas si anodin (l’indigestion de Jude annonce les problèmes alimentaires de Mina), la photo de mariage accrochée sur la porte du frigo (le mariage se détruit littéralement encore une fois à cause de la nourriture), le rêve qui annonce le drame final etc… Même si je sais que cela a pu perturber certains spectateurs, pour ma part, j’ai aimé le montage saccadé, renforçant davantage l’atmosphère menaçante. De plus, j’ai adoré la bande-originale de Nicola Piovani (pour ceux qui ne se rappellent pas, il avait été oscarisé pour son travail pour La vie est belle de Roberto Benigni) et j’espère qu’elle sera un jour disponible. Enfin, le film est servi par les magnifiques interprétations d’Adam Driver (l’acteur talentueux de Girls dont la carrière risque de décoller à la sortie du prochain Star Wars) et Alba Rohrwacher (dans la vie, compagne de Costanzo et soeur d’Alice Rohrwacher, la réalisatrice du récent Les Merveilles) qui n’ont pas volé leur Coupe Volpi à la Mostra de Venise.

Hungry Hearts : Photo Adam Driver

Apocalypse Now

réalisé par Francis Ford Coppola

avec Martin Sheen, Marlon Brando, Robert Duvall, Laurence Fishburne, Dennis Hopper, Frederic Forrest, Sam Bottoms, Albert Hall, Harrison Ford, Scott Glenn…

Film de guerre américain. 2h21 / 3h14 (Redux). 1979.

sortie française : 26 septembre 1979

Apocalypse Now

Cloîtré dans une chambre d’hôtel de Saïgon, le jeune capitaine Willard, mal rasé et imbibé d’alcool, est sorti de sa prostration par une convocation de l’état-major américain. Le général Corman lui confie une mission qui doit rester secrète : éliminer le colonel Kurtz, un militaire aux méthodes quelque peu expéditives et qui sévit au-delà de la frontière cambodgienne.

Apocalypse Now : Photo

Apocalypse Now, Palme d’or au festival de Cannes en 1979, (ex-aequo avec Le Tambour) a longtemps fait partie de ces chefs-d’oeuvre que je n’avais pas encore vu (ce qui est assez honteux quand on est cinéphile). Je n’ai pas vu toute la filmo de Francis Ford Coppola mais dans l’ensemble j’aime beaucoup ce réalisateur. Cependant j’ai longtemps bloqué sur Apocalypse Now (connu également pour son tournage chaotique). Je n’ai rien contre les films de guerre, pourtant ce n’est pas le genre de films qui m’attire spécialement, il faut un peu me forcer pour que je puisse m’y intéresser. La longueur reste aussi pour moi un obstacle : j’ai du mal à regarder des films en plusieurs fois et regarder un long film demande aussi une certaine forme d’énergie. Puis, entre-temps, j’ai lu le court roman qui a inspiré ce film, pour rappel Au coeur des ténèbres de Joseph Conrad. Je pensais qu’il me pousserait à découvrir son adaptation cinématographique, mais au contraire j’ai encore moins envie de le voir. Je ne déteste pas le livre mais j’ai du mal à entrer dans l’histoire. Pourtant je n’ai rien contre Conrad (je vous conseille au passage les méconnues nouvelles Amy Foster et Un avant-poste du progrès). Bref, finalement, un de ces jours, sans raison particulière, je me suis dit « Bordel, Tina, ça serait bien que tu regardes Apocalypse Now« . Bref, et juste après j’ai relu le livre de Conrad, puis je l’ai encore relu (en même temps, là je suis un peu obligée pour le boulot) et je me dis « hum il est bien quand même ». Bref, voici un long paragraphe proche de 36 15 ma life pour vous dire à quel point j’ai été conne bête d’être passée à côté d’un tel monument du cinéma et à quel point je fais des efforts pour être à la hauteur (non, je ne vous chanterai pas la chanson de la comédie musicale Le Roi Soleil). Je précise que j’ai vu directement la version Redux : bah ouais, comme j’ai mis une plombe à regarder ce film, j’ai mis le paquet (en fait, j’ai juste piqué le dvd qu’avait mon père, je ne me suis pas trop embêtée). Je me suis tout de même renseignée sur les différences entre les deux versions.

brando

Je ne vais pas vous mentir : cette version Redux est quand même un peu longue et il faudrait un de ces jours que je regarde la première version (histoire de ne pas mourir bête). Mais bon, je ne vais pas non plus me plaindre puisque je ne me suis pas du tout ennuyée, je faisais simplement un constat. Au contraire, Apocalypse Now m’a même scotchée. Le résultat est exceptionnel : la mise en scène est absolument époustouflante, les décors grandioses, la photographie sublime, les choix musicaux fantastiques . Toute cette démesure est cohérente pour dénoncer une guerre absurde et pour montrer la noirceur de l’être humain. Puis, le travail d’adaptation est vraiment judicieux. En effet, le film est très éloigné du bouquin : l’histoire est beaucoup plus développée dans le film (il n’y a qu’à voir la longueur) ou encore le contexte historique et géographique est différent. Pourtant Coppola a pour moi parfaitement compris l’esprit du texte de Conrad. Grâce à une atmosphère envoûtante, voire même onirique, le réalisateur a su retranscrire ce voyage intérieur de plus en plus infernal et cauchemardesque, mis en parallèle avec la remontée fluviale au coeur de la jungle. Coppola ne nous propose pas un grand nombre de scènes de bataille (en tout cas, pas autant que je l’imaginais), ce qui peut surprendre dans un film de guerre. Pourtant, c’est en se concentrant sur la psychologie des personnages que le réalisateur réussit à dénoncer les désastres de la guerre du Vietnam ainsi que la folie et la barbarie humaine. Enfin, le film est servi par un casting brillant. Tout d’abord, j’ai énormément aimé Martin Sheen. Son interprétation peut paraître sobre et pourtant Sheen parvient à montrer la complexité même de son personnage, assez difficile à cerner et qui est constamment dans un monologue intérieur. On se souvient évidemment tous de l’hallucinante performance du monstrueux Marlon Brando, qui n’apparaît pourtant qu’à la fin du film et qui est pourtant inoubliable. Robert Duvall en colonel fou fan de surf et de napalm ou encore Dennis Hopper en photo-journaliste frappé sont également excellents.

Apocalypse Now : Photo Dennis Hopper, Francis Ford Coppola

Un été à Osage County

réalisé par John Wells

avec Meryl Streep, Julia Roberts, Ewan McGregor, Chris Cooper, Julianne Nicholson, Benedict Cumberbatch, Abigail Breslin, Sam Shepard, Juliette Lewis, Margo Martindale, Dermot Mulroney, Misty Upham…

titre original : August : Osage County

Drame américain. 2h. 2013.

sortie française : 26 février 2014

Un été à Osage County

En famille, on se soutient. En famille, on se déchire… Suite à la disparition de leur père, les trois filles Weston se retrouvent après plusieurs années de séparation, dans leur maison familiale. C’est là qu’elles sont à nouveau réunies avec la mère paranoïaque et lunatique qui les a élevées. A cette occasion, des secrets et des rancœurs trop longtemps gardés vont brusquement refaire surface…

Un été à Osage County : Photo Meryl Streep

Un été à Osage Country est adapté de la pièce August : Osage County de Tracy Letts (qui a d’ailleurs signé le scénario), qui a remporté plusieurs Tony Awards dont celui de la meilleure pièce ainsi que le prix Pulitzer. Ce film a permis à Meryl Streep et Julia Roberts de décrocher une nomination aux Oscars. Je n’ai pas vu la pièce et honnêtement vu la qualité du film, je n’ai aucune envie de la découvrir. Il n’y a que les beaux paysages, la photographie et un peu Julia Roberts qui sont des éléments positifs, le reste est à balancer ! On assiste à une véritable catastrophe. Qu’est-ce que s’ennuie dans ce sous-Festen en Amérique (je précise que je ne suis pas une grande fan du film de Thomas Vinterberg) ! La réalisation de John Wells (The Company Men) est mauvaise, pour ne pas dire inexistante et l’histoire en elle-même n’est pas très intéressante. Honnêtement, au bout d’un moment, on finit par se foutre des problèmes familiaux tordus des personnages tous très antipathiques. On ne croit pas non plus une seule seconde à ces personnages trop hystériques, cyniques et méchants : les traits sont trop forcés et superficiels.

Un été à Osage County : Photo Julianne Nicholson, Margo Martindale, Meryl Streep

Le scénario a trop mis le paquet : la mère (Streep) est une cancéreuse et toxico qui hurle tout le long, une des filles (Roberts) est trompée par son mari, la fille de Roberts (Breslin) est une ado autant rebelle qu’un Tokio Hotel parce qu’elle est végétarienne, elle fume de la marijuana et elle répond mal à sa maman, une autre fille (Nicholson) est amoureuse de son cousin, la troisième fille (Lewis) est une bimbo qui sort avec un pédophile (Mulroney). Il faut dire que le film est long et surtout trop bavard (le gros piège des pièces adaptées au cinéma – mais bon cela n’excuse pas tout). Au final, on a droit à tout ce bordel pour un propos bien pauvre. En résumé, attention aux secrets de famille car il y a des gens pas normaux, la méchanceté se transmet par les liens familiaux et quand les gens sont méchants, on ne peut rien y faire, même si on partage le même sang. Les acteurs gueulent et bougent dans tous les sens pour pas grand-chose, du style « regardez, là, grande scène puissante » ou « attention, émotion », mais au final les scènes ne produisent aucun effet : pas d’effets chocs, ni d’émotion, mais que de l’agacement d’entendre autant de cris et de voir autant de pathos. Enfin, même le casting de rêve sur le papier est décevant : à part Julia Roberts (mais elle ne relève pas suffisamment à elle seule le niveau du film : en même temps, il y a beaucoup de boulot), les acteurs ne sont pas convaincants. Ils sont en dessous de leurs capacités habituelles. Même Meryl Streep est mauvaise. Elle en fait des caisses ! Je l’aime beaucoup mais sa nomination aux Oscars est incompréhensible.

Un été à Osage County : Photo Benedict Cumberbatch, Chris Cooper

The Homesman

réalisé par Tommy Lee Jones

avec Tommy Lee Jones, Hilary Swank, Grace Gummer, Miranda Otto, Sonja Richter, John Lithgow, William Fichtner, David Dencik, Tim Blake Nelson, James Spader, Meryl Streep, Evan Jones, Hailee Steinfeld…

Drame, western américain. 2h02. 2014.

sortie française : 18 mai 2014

The Homesman

En 1854, trois femmes ayant perdu la raison sont confiées à Mary Bee Cuddy, une pionnière forte et indépendante originaire du Nebraska.
Sur sa route vers l’Iowa, où ces femmes pourront trouver refuge, elle croise le chemin de George Briggs, un rustre vagabond qu’elle sauve d’une mort imminente.  Ils décident de s’associer afin de faire face, ensemble, à la rudesse et aux dangers qui sévissent dans les vastes étendues de la Frontière.

The Homesman : Photo Grace Gummer, Tim Blake Nelson, Tommy Lee Jones

Après Trois enterrements, l’acteur Tommy Lee Jones réalise son second long-métrage, The Homesman, tiré du roman Le Charlot des Damnés de Glendon Swarthout. Il a présenté son film au festival de Cannes en compétition, mais contrairement à son précédent film (qui lui avait permis de décrocher le prix d’interprétation masculine ainsi que le prix du scénario pour Guillermo Arriaga), celui-ci est reparti les mains vides. J’avais largement préféré Trois enterrements et je comprends que The Homesman n’ait rien remporté à Cannes. Le film a clairement des défauts. En premier, le film a quelques longueurs. Puis, Tommy Lee Jones ne met pas toujours en valeur ses personnages féminins, je pense surtout aux trois folles du film. En effet, au début on connait l’histoire de ces trois femmes qui ont perdu la raison, et une fois que le voyage commence, finalement pas grand chose ne se passe. On a l’impression même que le réalisateur ne sait pas comment filmer ces personnages-là comme des femmes et finit finalement par les délaisser. On ne comprend pas non plus comment Mary Bee Cuddy, qui vient de New York, a pu se retrouver dans un coin perdu à l’Ouest. La fin n’est pas non plus totalement satisfaisante, comme si Tommy Lee Jones ne savait pas comment terminer son film alors qu’il avait la possibilité de lui donner une magnifique fin et surtout le spectateur peut être perdu, ne voyant pas toujours cela veut en venir.

The Homesman : Photo

Cependant, malgré ses maladresses, The Homesman n’est pourtant pas un ratage, loin de là. Même si le côté féministe m’a paru bancal par moments, Tommy Lee Jones parvient cependant à peindre une époque dans laquelle la femme ne trouve pas sa place. Mais surtout, au-delà de l’aspect féministe, en mêlant sensibilité et dureté, il réussit à toucher en mettant en scène des personnages, homme (George Briggs) et femmes (les trois femmes ainsi que Mary Bee Cuddy), qui n’arrivent pas à trouver leur place dans ce monde et qui se détruisent. La question de l’espace est également bien exploitée, que ce soit à travers le voyage qui va de l’ouest à l’est (le trajet a un réel sens) ou la manière de filmer les magnifiques paysages. Le duo formé par Tommy Lee Jones-Hilary Swank est tout simplement fantastique. D’un côté, le réalisateur s’est donné un rôle à la fois drôle (il dit les choses « cash »), émouvant (il va se retrouver très attaché aux quatre femmes) et dur. De l’autre, Swank, qui semble retrouver enfin un rôle à la hauteur de son immense talent, incarne parfaitement cette femme qui semble forte de l’extérieur mais qui est en réalité fragile (elle souffre de la solitude), mystérieuse, et finalement qui est en train de sombrer dans la folie (ce qui est compliqué, vu sa mission envers les trois autres femmes). La manière d’avoir traité les personnages des folles m’a semblé maladroite, cependant, les trois actrices qui les interprètent (Grace Gummer, Mirando Otto, Sonja Richter) sont toutes convaincantes et surtout elles ont beaucoup de présence.

The Homesman : Photo Hilary Swank

Maps to the stars

réalisé par David Cronenberg

avec Julianne Moore, Mia Wasikowska, Evan Bird, Olivia Williams, Sarah Gadon, John Cusack, Robert Pattinson, Carrie Fisher…

Drame canadien, américain, français, allemand. 1h50. 2014.

sortie française : 21 mai 2014

interdit aux moins de 12 ans

Maps To The Stars

A Hollywood, la ville des rêves, se télescopent les étoiles : Benjie, 13 ans et déjà star; son père, Sanford Weiss, auteur à succès et coach des célébrités; sa cliente, la belle Havana Segrand, qu’il aide  à se réaliser en tant que femme et actrice.
La capitale du Cinéma promet aussi le bonheur sur pellicule et papier glacé à ceux qui tentent de rejoindre les étoiles: Agatha, une jeune fille devenue, à peine débarquée, l’assistante d’Havana et le séduisant chauffeur de limousine avec lequel elle se lie, Jerome Fontana, qui aspire à la célébrité.
Mais alors, pourquoi dit-on qu’Hollywood est la ville des vices et des névroses, des incestes et des jalousies ? La ville des rêves fait revivre les fantômes et promet surtout le déchainement des pulsions et l’odeur du sang.

Maps To The Stars : Photo Julianne Moore

Le réalisateur David Cronerberg et son scénariste Bruce Wagner connaissent bien Hollywood. A travers Maps to the stars, les deux artistes critiquent ce monde sombre et cruel. Ils ne montrent pas seulement les déviances des êtres humains dans un monde particulier. En effet, à travers les liens unissant les personnages et en mettant en scène des fantômes intérieurs, Hollywood apparaît clairement comme un monde qui engendre des monstres et je dirais même comme un hôpital psychiatrique glamour en apparence. Inceste, sexe, drogue, folie, sang, jalousie, hypocrisie, idées morbides, schizophrénie… le regard sur Hollywood peut paraître excessif, même si je suis certaine qu’il y a beaucoup de tarés qui y vivent malgré les belles apparences. La critique n’est également pas toujours subtile, elle est peut-être un peu trop appuyée. Selon moi, Maps to the stars possède également quelques petits problèmes de rythme et on voit plutôt (trop) rapidement les liens qui unissent certains personnages, la surprise n’étant pas toujours au rendez-vous. Cependant, le film reste tout de même efficace et même jouissif. Les situations et les personnages ont beau être extrêmes, pourtant on y croit.

Maps To The Stars : Photo Mia Wasikowska

Le casting est impeccable. Julianne Moore, qui a remporté le prix d’interprétation féminine au festival de Cannes, excelle dans ce rôle de star névrosée qui tente de jouer le rôle qu’avait tenu sa propre mère dans un remake. Ce qui est intéressant, c’est que son personnage est ambigu : est-elle une victime ou une folle qui se fait littéralement des films histoire de devenir plus populaire ? Mais elle n’est pas la seule à être plus que convaincante. Mia Wasikowka est décidément toujours autant crédible dans les rôles de folle, son personnage rappelant celui qu’elle incarnait dans Stoker, même si on n’a pas l’impression de revoir non plus une copie. Le jeune Evan Bird est également très étonnant dans ce rôle d’enfant star diva, déjà détrôné par un gamin plus jeune. Après avoir tourné Cosmoplis, Robert Pattinson tourne de nouveau sous la direction de Cronenberg et décidément il s’en sort toujours aussi, même si on le voit peu. Il a aussi le mérite d’interpréter le seul personnage normal du film, apparemment inspiré des expériences de Bruce Wagner. On retrouve aussi les excellents John Cusack, en auteur et coach de stars, et Olivia Williams, en mère et surtout agent de son fils, ou encore l’énigmatique Sarah Gadon, elle aussi vue dans Cosmopolis. On apprécie également la présence de Carrie Fisher, fille de Debbie Reynolds et d’Eddie Fisher, qui a sombré dans l’alcool et la drogue. Cette apparition est amusante car Havana Segrand (Julianne Moore) pourrait être son double et surtout elle est comme un gage d’authenticité de ce Hollywood peu glorieux.

Maps To The Stars : Photo Evan Bird

Viva la libertà !

réalisé par Roberto Ando

avec Toni Servillo, Valerio Mastandrea, Valeria Bruni Tedeschi, Michela Cescon, Renato Scarpa, Eric Nguyen, Judith Davis, Andrea Renzi…

Comédie italienne. 1h34. 2013.

sortie française : 5 février 2014

Viva La Libertà

Enrico Oliveri, secrétaire général du parti de l’opposition est inquiet : les sondages le donnent perdant. Un soir, il disparaît brusquement laissant une note laconique. C’est la panique au sein du parti, tout le monde s’interroge pour essayer de comprendre les raisons de sa fuite pendant que son conseiller Andrea Bottini et sa femme Anna se creusent la tête pour trouver une solution. C’est Anna qui évoque en premier le nom du frère jumeau du secrétaire général, Giovanni Ernani, un philosophe de génie, atteint de dépression bipolaire. Andrea décide de le rencontrer et élabore un plan dangereux…

Viva La Libertà : Photo Toni Servillo

Roberto Ando adapte son propre roman, Le Trône Vide. En voyant le sujet, on ne peut s’empêcher à l’excellent film Habemus Papam, réalisé par son compatriote Nanni Moretti: en effet, un homme qui a de hautes responsabilités prend la fuite. Comment réagir face à cette situation ? Dans le film de Moretti, on faisait vaguement croire que le Pape se cachait derrière les rideaux de sa fenêtre. Ici, Ando utilise merveilleusement la vieille stratégie du jumeau. Heureusement que la comparaison s’arrête là, même si on peut conclure que le cinéma italien propose toujours des films à la hauteur. Le scénario est en tout cas un des points forts de ce film. Malgré quelques flottements, notamment dans la partie qui se déroule en France, la mise en scène est dans l’ensemble plutôt bonne, proposant parfois quelques idées astucieuses. Il faut tout de même remercier ce cher Toni Servillo, toujours aussi classe et probablement un des meilleurs acteurs de notre époque. Sans sa performance, je ne suis pas sûre que le film aurait pu autant bien fonctionner. Au bout d’un moment, j’avais vraiment l’impression de voir presque deux acteurs différents qui se ressembleraient physiquement. D’un côté, il arrive totalement à incarner la froideur d’Enrico et de l’autre le jovial Giovanni. Servillo est à l’aise dans le rôle du politicien, rappelant son rôle dans Il Divo de Paolo Sorrentino, dans lequel il était un épatant Giulio Andreotti. Il est également très à l’aise dans le rôle de ce professeur de philosophie fou, qui finit par nous séduire par ses mots, permettant ainsi au film d’aborder des thèmes sérieux sur un ton léger.

Viva La Libertà : Photo Toni Servillo, Valerio Mastandrea

La fin est particulièrement intelligente : elle a un côté mystérieux et même schizophrène. On ne sait pas si on a en face Enrico ou Giovanni mais finalement c’est comme si les deux étaient enfin réunis pour ne former qu’une seule personne. Tout le casting est d’ailleurs très convaincant, notamment Valerio Mastandrea, qui a remporté le Donatello du meilleur acteur dans un second rôle. Au-delà de l’exercice théâtral parfaitement maîtrisé, le propos du film est particulièrement saisissant : la politique et le cinéma sont deux « arts » plus proches qu’ils en ont l’air grâce à l’emploi des mots. Les discours de Giovanni, totalement improvisés, séduisent grâce à leur spontanéité mais leur poids et le rythme. Les mots ont finalement une responsabilité dans l’engagement politique, redonnant ainsi de l’espoir à ceux qui n’en ont plus. Ils montrent aussi l’assurance, la confiance et même le pouvoir, de ceux qui les prononcent, c’est-à-dire les politiciens, qui deviennent des acteurs face au public citoyen. Enfin, le réalisateur s’interroge également sur la réelle définition de la folie : en effet, Giovanni est-il vraiment le plus fou des deux frères ? En fuyant ses responsabilités politiques, qui pourrait avoir des conséquences sur le destin de son pays, Enrico est aussi en quelque sorte un fou.

 Viva La Libertà : Photo Saskia Vester, Toni Servillo