Le Sens de la Fête

réalisé par Eric Toledano et Olivier Nakache

avec Jean-Pierre Bacri, Jean-Paul Rouve, Gilles Lellouche, Vincent Macaigne, Alban Ivanov, Eye Haidara, William Lebghil, Kevin Azaïs, Antoine Chappey, Benjamin Lavernhe, Suzanne Clément, Judith Chemla, Hélène Vincent, Gabriel Naccache, Sam Karmann…

Comédie française. 1h57. 2017.

sortie française : 4 octobre 2017

Max est traiteur depuis trente ans. Des fêtes il en a organisé des centaines, il est même un peu au bout du parcours. Aujourd’hui c’est un sublime mariage dans un château du 17ème siècle, un de plus, celui de Pierre et Héléna. Comme d’habitude, Max a tout coordonné : il a recruté sa brigade de serveurs, de cuisiniers, de plongeurs, il a conseillé un photographe, réservé l’orchestre, arrangé la décoration florale, bref tous les ingrédients sont réunis pour que cette fête soit réussie… Mais la loi des séries va venir bouleverser un planning sur le fil où chaque moment de bonheur et d’émotion risque de se transformer en désastre ou en chaos. Des préparatifs jusqu’à l’aube, nous allons vivre les coulisses de cette soirée à travers le regard de ceux qui travaillent et qui devront compter sur leur unique qualité commune : Le sens de la fête.

Le Sens de la fête : Photo Hélène Vincent, Kévin Azaïs

Le duo Eric Toledano-Olivier Nakache a fait beaucoup de bien dans le paysage de la comédie française. Certes, Samba (qui n’est pas une comédie) m’avait déçue et j’avais carrément détesté Je préfère qu’on reste amis. Cela dit, Intouchables est une bonne comédie même si son succès peut paraître démesuré. Surtout, j’ai toujours eu une folle affection pour Nos Jours Heureux et Tellement proches, deux films qui ont en commun le sens de la collectivité. Bonne nouvelle : Le Sens de la Fête entre dans cette même lignée. Certes, contrairement à beaucoup de personnes sur la blogosphère, je n’ai pas non plus eu le coup de coeur tant espéré. La première raison est son rapprochement avec un film que je déteste tant de tout mon coeur (je crois que la moitié de la planète est au courant) : Birdman. Certes, le film de Toledano et Nakache ne prétend pas reprendre l’exercice de style avec un (pseudo) unique plan-séquence. Mais pourtant, tout le long, on pense au film oscarisé, ce qui peut parfois faire sortir l’esprit de mon visionnaire. Comme dans le long-métrage d’Inarritu, il y a une sorte de caméra-fleuve au rythme similaire qui suit pratiquement sans cesse Max (Jean-Pierre Bacri), se confrontant à une multitude de personnages tous plus ou moins barrés. Pour couronner le tout, la bande-originale signée par Avishai Cohen nous fait penser à cette (putain de) batterie déjà présente dans Birdman. Je n’ai pas non plus apprécié la trame narrative autour de Suzanne Clément, un peu reléguée ici au plan de « potiche » alors qu’elle mérite tellement mieux ! Après, on peut effectivement voir où les réalisateurs veulent en venir dans le parallèle entre les catastrophes professionnelles et celles d’ordre personnel. Mais ça reste tout de même un point discutable selon moi. En dehors de ces quelques petits reproches, Le Sens de la fête est tout de même une très chouette comédie française, ce qui devient visiblement rare. Les réalisateurs nous prouvent qu’on est encore capable en France de faire un film populaire drôle sans tomber dans l’humour raciste, misogyne, homophobe et j’en passe. Le film réussit à parler à un large public sans forcément tomber dans un résultat trop consensuel. Surtout, s’il est merveilleux en terme d’humour, il sait aussi le mêler avec élégance et habileté à l’émotion. L’humour repose aussi bien sur des répliques cinglantes (dont seul Bacri a le secret pour les balancer) tout comme il fonctionne grâce à son rythme presque en cohérence avec la bande-originale. En réalité, c’est principalement la succession d’événements malheureux se déroulant sur une durée limité (à peine quelques heures) qui permet de faire ressortir différents ressorts comiques.

Le Sens de la fête : Photo Gilles Lellouche

Ainsi, les personnages, la plupart du temps assez attachants, ont certes tous des caractéristiques « stéréotypées », mais ils ne tombent non plus dans des excès ou même des clichés (dans le sens où les personnages restent crédibles) : le patron grincheux et sous pression, le photographe has-been pique-assiettes, le chanteur ringard qui massacre des chansons italiennes et veut faire tourner les serviettes, le prof de français (très à cheval sur le vocabulaire) dépressif serveur à ses heures perdues qui drague la mariée, le boulet de service qui comprend que dalle, l’employée énergique mais très grossière et grande-gueule, le marié imbuvable qui récite des discours interminables, la mariée toute douce mais soumise etc… Finalement, à l’intérieur de ce mariage sont représentées avec un mélange de tendresse et de satire différentes figures de notre société. L’humour repose aussi également sur des effets de répétition ou d’attente pour ne citer que ces exemples. En tout cas, tous ces différents effets comiques s’emboîtent malicieusement bien entre eux par une mécanique bien huilée au point d’en arriver à créer un climax fort en humour mais aussi en émotion. Oui, il y a bien une certaine émotion qui arrive parfois là on s’y attend le moins. Il touche aussi plus globalement pour le regard qu’il offre sur la collectivité (en n’oubliant jamais la place de l’individu dans le groupe) : si la bêtise de l’un d’entre eux peut avoir des conséquences sur les autres, ce sont aussi les erreurs de chacun qui permettent l’union, la solidarité et la force d’un groupe. La mise en scène est remarquable par sa fluidité parvenant à capter la pluralité des situations, le tout sur un fabuleux sens du tempo. Tous les acteurs, que ce soit les plus confirmés ou les moins connus (même si certains ont déjà une certaine reconnaissance), sont tous excellents. On a envie de dire que Jean-Pierre Bacri fait du Bacri : c’est pas faux mais il le fait tout de même toujours aussi bien, et peut-être même encore mieux que d’habitude (en fait, je ne vois pas qui d’autre aurait pu interpréter le rôle). Surtout, s’il est bien à la tête de cette grande troupe, il ne bouffe pas non plus les seconds rôles. Ce point était essentiel puisque le film parle justement de cohésion. Bacri n’est pas le seul à faire ce qu’il sait déjà faire (Lellouche, Rouve, Macaigne, Vincent… sont également concernés) mais on ne sent jamais de la lassitude ou une forme de paresse. Le Sens de la Fête est alors une formidable comédie parfois touchante, présentant parfois un regard désabusé sur notre société mais tout de même optimiste et surtout très humaine.

Le Sens de la fête : Photo Jean-Pierre Bacri

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Ego

réalisé par Lisa James Larsson

avec Martin WallströmMylaine HedreulSissela Kyle…

Comédie suédoise. 1h40. 2013.

sortie suédoise : 25 janvier 2013

Séance commune avec Lilylit

Le très superficiel Sebastian, dont sa vie ne tourne qu’autour de la fête, de l’argent et de filles très sexy, devient aveugle suite à un accident. Mia, une jeune fille tout à fait ordinaire, va être engagée pour aider Sebastian dans son nouveau quotidien. Va-t-elle faire ouvrir les yeux à Sebastian sur les vraies choses importantes de la vie ?

Certains le savent peut-être mais je préfère rappeler le contexte, c’est-à-dire comment j’ai réussi à regarder une comédie suédoise que personne ne connaît et même pas référencée sur Allocine : ma formidable copinaute Lily et moi sommes de grandes fans de la série Mr Robot. Et nous nous sommes tapées depuis quelques mois (en fait un an) un énorme délire sur le suédois Tyrell Welick incarné par le très charmant Martin Wallström (Rami, je t’aime quand même toujours autant). Et Lily a réussi à me dégoter ce film quasi inconnu pour nous deux. En France, les films suédois sortent très occasionnellement et en plus de ça (j’ai bien dit en général, la récente Palme d’or The Square est une comédie – mais cette dernière est très particulière) ces films en question ne sont pas forcément les plus drôles et légers du monde. Même s’il est très différent (je ne veux pas vous vendre n’importe quoi non plus), je n’ai pas pu m’empêcher de penser à La La Land : certes, Ego n’est pas une comédie musicale mais tout tourne autour de la musique et du rêve. En effet, au début du long-métrage, les personnages se croisent (sans se voir – verbe qui aura sans cesse son importance) dans une boîte de nuit. Puis, Mia, qui va devenir l’aide ménagère de Sebastian (puis son amie) suite à sa récente cécité, va encourager le jeune homme à se lancer pour de bon dans la chanson en participant à une émission de télé-crochet (une sorte de La Suède a un incroyable talent). Par ailleurs, les personnages principaux se prénomment  également Mia et Sebastian : une simple coïncidence ? Je serais vraiment curieuse de connaître la réponse de Damien Chazelle. Bref, Ego n’a certainement rien d’une comédie romantique révolutionnaire mais au moins elle est réussie dans son genre. Je m’attendais à un film beaucoup plus lisse. S’il reprend bien certains codes habituels à la comédie romantique, il a pourtant de la personnalité. On peut reconnaître que le concept aurait pu aller plus loin en nous présentant une Mia encore plus lointaine des critères de beauté actuelle : certes, elle n’a rien d’une bombasse vulgaire blonde platine aux gros seins qui a deux pois chiches en guise de cerveau. Mais elle est loin d’avoir un physique compliqué pour la société ! Le schéma n’est donc parfois pas loin du teen-movie/comédie romantique (en y repensant – car pendant mon visionnage, honnêtement, je ne me suis pas plus posée la question) où la fille rejetée par le beau est soi-disant très repoussante… en gros la fille en question est juste une fille normale qui porte des salopettes et des lunettes.

 

Cela dit, voir une fille normale (et authentique) dans le scénario n’est pas forcément ici un inconvénient (même si on aurait pu imaginer une autre piste de scénario avec une fille « laide ») : Sebastian est une personnalité qui n’apprécie pas les choses simples, les gens simples tout simplement. Il n’y avait finalement pas besoin de pousser son cas jusqu’à « l’extrême » : surtout, tout le monde peut être une Mia. L’évolution de la cécité de Sebastian aurait pu être un barrage dans le scénario (là par contre, sur le papier, ça fait « film Hollywoodien sans prise de risque »), reconnaissons-le. Mais la réalisatrice et scénariste Lisa James Larsson a tout de même réussi à détourner ce point qui aurait pu être noir en un point qui devient finalement assez logique par rapport à la prise de conscience du personnage masculin. Certes, il n’y a pas besoin d’avoir un bac+12 pour voir où le film veut en venir avec la cécité qui touche Sebastian : c’est en devenant aveugle qu’il va ouvrir les yeux sur sa vie finalement vide, qu’il va oser se lancer dans des projets plus profonds, se livrer. Ego a beau reprendre certains codes qu’on connait de la comédie romantique, il a pourtant bien plus de charme que le trois-quarts des films (hollywoodiens) de cette trempe. Le film est naturellement drôle sans chercher à tout prix faire de la vanne, il est aussi touchant sans qu’on force trop le trait sur les émotions. De plus, tout aurait pu être cliché mais à l’écran, les personnages sont crédibles tout comme leurs réactions. Enfin, la musique (qui permet également d’exploiter d’autres sens – finalement essentiels dans les relations) est très fraîche sans prendre non plus trop le dessus (je n’ai jamais eu la sensation d’assister à la playlist idéale de la réalisatrice). Martin Wallström et Mylaine Hedreul forment un très joli couple à l’écran, l’alchimie entre eux est palpable. Wallström a décidément un véritable potentiel dans des registres différents et je trouve cela formidable qu’il soit de plus en plus connu. En revanche, je trouve cela regrettable que Mylaine Hedreul n’ait pas rencontré le même succès que son partenaire car cette fille lumineuse a vraiment tout pour elle.

Sisters

réalisé par Jason Moore

avec Amy Poehler, Tina Fey, Maya Rudolph, Ike Barinholtz, James Brolin, Dianne Wiest, John Cena, John Leguizamo, Greta Lee, Madison Davenport, Kate McKinnon…

Comédie américaine. 2h. 2015.

sortie française : 11 mai 2016

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Deux sœurs sont de retour chez leurs parents pour débarrasser leur ancienne chambre d’enfant avant que la maison familiale ne soit vendue. Dans l’espoir de revivre pour une nuit leurs années de gloire passées, elles organisent une soirée « de jeunes » avec leurs anciens camarades de lycée qui tourne rapidement en fiesta délirante et salutaire pour cette bande d’adolescents attardés.

Sisters : Photo Amy Poehler, Tina Fey

Tina Fey est la créatrice (et actrice aussi) des séries phares 30 Rock et Unbreakable Kimmy SchmidtAmy Poehler elle est à la tête de Parks and Recreation. Toutes les deux sont capables de faire des merveilles, que ce soit au sein du Saturday Night Live ou à la présentation de la cérémonie des Golden Globes. Il était déjà arrivé de voir Fey et Poehler au sein d’un même film mais jamais elles n’avaient formé de duo ensemble au cinéma dans les rôles principaux. Je comprends donc leur envie de se réunir et il faut avouer que ça avait de la gueule sur le papier. Puis, après avoir vu Sisters, on se dit que c’était la pire des idées. Je me demande pourquoi elles se sont foutues dans un tel merdier qui détruit toute leur bonne réputation et tout le travail qu’elles ont fourni jusqu’à présent. Pire, elles font même partie de la liste des producteurs ! Derrière la caméra, on retrouve Jason Moore, qui avait signé le sympathique mais surestimé Pitch Perfect et au scénario Paula Pell, qu’on a déjà vue dans des petits rôles notamment dans les deux séries des stars de ce film. Comment est-on arrivé à une vraie cata ? Beaucoup d’erreurs se sont accumulées jusqu’à ce qu’on ait droit à un machin (j’ose même pas nommer ça un film) indigeste. Je précise que je suis pourtant tolérante avec des comédies qui ne volent pas toujours haut, le principal étant que je me marre. Le problème ici est qu’il s’agit d’une comédie qui ne fait pas rire. Bref, pourquoi justement ce film n’est-il pas drôle ? Dès les premières minutes (et hélas ça se poursuit jusqu’aux dernières), des clichés gros comme des camions. Je veux bien accepter des clichés, qui peuvent même devenir un moteur dans les comédies mais là il y en a tellement que très rapidement on n’a même pas envie de croire à l’histoire qu’on nous propose. En clair, encore une éternelle opposition entre deux frangines (ooh surprise) de quarante balais frustrées : une est une infirmière divorcée coincée mais comme on dit chez moi, elle est brave, la seconde est une mère célibataire superficielle pas foutue de garder un emploi. Bref, leur vie est un bordel et décident d’en ajouter davantage suite à, diable, terrible annonce : leurs parents ont décidé de vendre la maison qui ont marqué leur enfance. « Tiens, si on décidait de foutre le bordel en organisant une fête comme des ados attardés alors qu’on a 40 piges et que c’est un peu pathétique de faire ça ? ».

Sisters : Photo Amy Poehler, Tina Fey

Je sais qu’il y a beaucoup de films déjà faits autour de ce sujet, c’est-à-dire des adultes qui ont une vie chiante qui décident de redevenir le temps d’un instant de redevenir des ados (nostalgiiiiieeeee qui me gave déjà bien à l’origine) et en général ce n’est pas très fin. Mais il y a eu quelques réussites. Là non seulement on est dans une situation qui nous paraît d’emblée bidon mais les éléments grossiers s’accumulent dans tous les sens du terme. On n’est pas simplement dans la bonne vieille histoire d’une nostalgie « oooh je veux revivre ma jeunesse ». Non, là ça se transforme en Projet X ! Et ça devient carrément LOURDINGUE (et en plus, qu’est-ce que le film est looong) ! Il n’y a que des vannes autant pourries (et vulgaires) les unes que les autres sur le sexe et la drogue, une accumulation improbable de problèmes (je veux bien croire que les films ne représentent pas la réalité mais là ça finit par piquer les yeux), le scénario n’ayant en fait strictement rien à raconter. Mais face à tout ça, on a droit à une fin hyper moralisatrice qui dégueule bien comme il le faut. C’est d’autant plus décevant quand on avait l’impression que Tina Fey et Amy Poehler qui, certes ne sont pas responsables directement de ce carnage complètement creux mais qui l’ont bien cautionné, auraient pu se foutre facilement de la gueule de ce genre de production. Les deux copines ne sont d’ailleurs pas au mieux de leur forme. Poehler fait le job. Quant à Fey, si au début elle passe à peu près dans cette caricature de dinde, elle devient vite insupportable en montrant certaines limites. Les rôles secondaires ne s’en sortent d’ailleurs pas mieux. Le pire, au fond, c’est que ça me fait de la peine de ne pas avoir aimer grand-chose dans ce « film » creux, sans intérêt, pas foutu de développer ses thèmes (notamment autour de la fameuse relation entre les soeurs !) parce que j’ai malgré tout toujours beaucoup d’affection pour Tina Fey et Amy Poehler qui sont capables d’être talentueuses et de participer à de bien meilleurs projets.

Sisters : Photo Amy Poehler, Tina Fey

La Grande Bellezza

réalisé par Paolo Sorrentino

avec Toni Servillo, Carlo Verdone, Sabrina Ferilli, Iaia Forte, Isabella Ferrari, Vernon Dobtcheff, Giorgio Pasotti, Luca Marinelli, Galatea Ranzi…

Comédie dramatique italienne, française. 2h20. 2013.

sortie française : 22 mai 2013

La Grande Bellezza

Rome dans la splendeur de l’été. Les touristes se pressent sur le Janicule : un Japonais s’effondre foudroyé par tant de beauté. Jep Gambardella – un bel homme au charme irrésistible malgré les premiers signes de la vieillesse – jouit des mondanités de la ville. Il est de toutes les soirées et de toutes les fêtes, son esprit fait merveille et sa compagnie recherchée. Journaliste à succès, séducteur impénitent, il a écrit dans sa jeunesse un roman qui lui a valu un prix littéraire et une réputation d’écrivain frustré : il cache son désarroi derrière une attitude cynique et désabusée qui l’amène à poser sur le monde un regard d’une amère lucidité. Sur la terrasse de son appartement romain qui domine le Colisée, il donne des fêtes où se met à nu « l’appareil humain » – c’est le titre de son roman – et se joue la comédie du néant. Revenu de tout, Jep rêve parfois de se remettre à écrire, traversé par les souvenirs d’un amour de jeunesse auquel il se raccroche, mais y parviendra-t-il ? Surmontera-t-il son profond dégoût de lui-même et des autres dans une ville dont l’aveuglante beauté a quelque chose de paralysant…

La Grande Bellezza : Photo Toni Servillo

Le réalisateur napolitain Paolo Sorrentino (actuellement en compétition à Cannes pour Youth – La Giovinezza) présente son sixième long-métrage, La Grande Bellezza, au festival de Cannes en 2013. Comme l’a dit très justement une critique de Première, soit on adore ce film, soit on le déteste. Ceci dit, ce film possède pour moi tellement de qualités que j’avoue ne pas comprendre son absence au palmarès (tout ça pour remettre la Palme d’or à l’interminable La vie d’Adèle… oui, toi lecteur qui commence à me connaître, je suis désolée, je te saoûle parce que je te parle trop de Kechiche). Je pense tout particulièrement à l’énième absence de Toni Servillo au palmarès alors que cela fait des années qu’il mérite de le remporter et là il s’agissait de l’occasion idéale pour lui en remettre un. Je précise que je comprends pourtant qu’on puisse détester ce film (ce qui peut sembler paradoxal). Depuis, j’ai une dent contre le président du jury de l’époque, Steven Spielberg, ainsi qu’à son jury (raaaahhhh). Heureusement, d’autres académies ont remarqué les qualités louables de ce film que je considère déjà comme un chef-d’oeuvre et dont je ne me lasse pas de revoir. Ainsi, il a reçu l’Oscar et le Golden Globe du meilleur film étranger, ainsi que plusieurs Donatello (les équivalents des César en Italie) dont meilleurs réalisateur et acteur (le Donatello du meilleur film a été remis au très bon Les Opportunistes) ou encore plusieurs European Film Awards. Pourtant, cela pourrait paraître étrange que j’aime autant ce film. Sur le papier, il n’y aurait pas d’histoire : le spectateur suit une partie de l’existence de Jep Gambardella face à la vieillesse et à la mort. Pourtant, au fond, dire qu’il n’existe aucune histoire serait faux : il s’agit de l’histoire de Jep. Nuance.

La Grande Bellezza : Photo Toni Servillo

Malgré ce « rien » en apparence, qui met en avant le vide existentiel du personnage principal, il y a derrière un véritable travail d’écriture, nous trouvons notamment une progression dans ce « rien » narratif, ou encore les différentes interventions des personnages permettent à l’histoire d’avancer. En général, j’ai horreur des films qui mettent en scène l’ennui des personnages car justement souvent je m’emmerde avec eux. Or, ce long-métrage ne m’ennuie pas, au contraire, je suis emportée par cette odyssée au coeur de la ville éternelle. Cela m’a émue de me retrouver pratiquement à l’intérieur de la conscience de Jep, qui vagabonde dans Rome entre le présent et le passé. Sorrentino a su filmer tous les paradoxes même d’une existence, voire même d’une société (en l’occurrence la société romaine), oscillant ainsi entre la mort et la vie, le profane et le sacré, l’ancien et le moderne, la beauté et la superficialité / le grotesque. Le mélange des différentes émotions que le spectateur peut ressentir est alors cohérent par rapport à la complexité et dans un sens la misère intérieure de l’homme seul face à la métropole. Qu’est-ce que la grande beauté évoquée dans le titre ? La beauté de Rome, qui parvient à garder ses traces historiques dans une époque moderne et superficielle, au point de tuer un touriste japonais ? S’agit-il d’un titre ironique, soulignant ainsi une beauté disparue à cause du renoncement des personnages ? S’agit-il plutôt de la beauté intérieure, plus importante que la superficialité ? Ou encore, la grande beauté ne désignerait-elle pas la quête du bonheur ? Cette beauté en question apparaît évidemment aussi à travers l’art et les nombreuses références cinématographiques et littéraires qui construisent ce film. On pensera évidemment à La Dolce Vita de Fellini mais aussi à Huysmans (la référence ultime sur la décadence), Proust (dans le voyage du souvenir), Céline (dont un extrait de Voyage au bout de la nuit est cité au début du film) ou encore Flaubert (sur le néant).

La Grande Bellezza : Photo Luciano Virgilio, Toni Servillo

Cependant, il ne s’agit pas de références pour faire des références. Ces références servent à montrer l’importance même de cette recherche de l’art absolu qui parvient à rester éternel, comme Rome, contrairement à l’homme, confronté à la mort, que ce soit la sienne ou celle des autres. Le mélange de tous ces arts ensemble (cinéma, littérature, photographie, peinture, architecture, musique) est explosif mais sans jamais s’éparpiller, comme si chaque art apportait un nouveau regard sur l’histoire, mais apportait aussi des réponses même au cinéma ou se complétant sans cesse. Surtout, Paolo Sorrentino ne se laisse pas écraser par ses connaissances qui trouvent ici une véritable utilité, il a clairement son propre univers, chaque scène est précise, chaque plan a son utilité, son détail, sa richesse, on sait où le réalisateur mène son film. La mise en scène de Sorrentino pourra évidemment agacer et être accusée de superficialité. Pour ma part, je l’ai trouvée virtuose, parvenant à retranscrire le tourbillon existentiel du personnage principal. De plus, son style parfois « tapageur » sert réellement le propos du film. Non seulement, il réussit à montrer la décadence de la société romaine à son paroxysme mais surtout il surcharge volontairement la réalité pour pouvoir en retirer l’essentiel. De plus, Sorrentino a beau filmer des riches avec parfois une certaine tendresse (je fais ici une référence à une réplique explosive de Jep), grâce notamment au cynisme désabusé du personnage principal, le réalisateur n’est pas, selon moi, hautain avec ses spectateurs. La musique va également de pair avec cette mise en scène, confirmant cette avalanche de sentiments parfois contradictoires au sein d’un même individu. Enfin, qu’on aime ou qu’on déteste ce film (et encore une fois, je comprends qu’on puisse en avoir horreur), impossible de passer à côté l’époustouflante interprétation de Toni Servillo, pour moi l’un (voire même le) des meilleurs acteurs de sa génération.

La Grande Bellezza : Photo Toni Servillo

Babysitting

réalisé par Philippe Lacheau et Nicolas Benamou

avec Philippe Lacheau, Alice David, Gérard Jugnot, Clotilde Courau, Enzo Tomasini, Vincent Desagnat, Tarek Boudali, Grégoire Ludig, Julien Arruti, David Marsais, Philippe Duquesne, Charlotte Gabris…

Comédie française. 1h25. 2013.

sortie française : 16 avril 2014

Babysitting

Faute de baby-sitter pour le week-end, Marc Schaudel confie son fils Remy à Franck, son employé, « un type sérieux » selon lui. Sauf que Franck a 30 ans ce soir et que Rémy est un sale gosse capricieux. Au petit matin, Marc et sa femme Claire sont réveillés par un appel de la police. Rémy et Franck ont disparu ! Au milieu de leur maison saccagée, la police a retrouvé une caméra. Marc et Claire découvrent hallucinés les images tournées pendant la soirée.

Babysitting : Photo Alice David, Philippe Lacheau, Tarek Boudali, Vincent Desagnat

Babysitting est l’un des succès surprises français de 2014. Le film, qui a remporté le prix spécial du jury et le prix du public au festival de l’Alpe d’Huez, a réuni plus de deux millions de spectateurs dans les salles françaises. Décidément cette année, les comédies françaises  (par exemple, Situation amoureuse : c’est compliqué ou Les Gazelles) se sont inspirées des films américains. Babysitting reprend les ingrédients à l’origine des derniers succès américains qui séduisent un jeune public : le found-footage et la beuverie. Le film n’a rien d’original puisqu’il s’agit d’un croisement entre Very Bad Trip (que s’est-il passé après une fête trop alcoolisée ?) et Projet X (une fiesta qui part – vraiment – dans tous les sens, filmée en caméra amateur), même si Philippe Lacheau (réalisateur et interprète principal) s’en défend. Cependant, même s’il n’est pas inoubliable, Babysitting est une sympathique comédie divertissante. Si l’ensemble reste moyen et qu’une certaine presse l’a légèrement surestimé, le film n’a rien de honteux par rapport aux habituelles comédies françaises proposées récemment. Le film est principalement bien rythmé grâce à des alternances entre le présent et le passé : d’un côté, on voit ce qui s’est passé la veille, c’est-à-dire l’anniversaire de Franck qui dégénère, de l’autre, on a droit à la réaction des parents de Rémy, accompagnés de la police, qui découvrent avec stupeur les images de la vidéo, tentant de trouver des réponses à leurs questions (pourquoi la maison est saccagé et où est passé leur fils).

Babysitting : Photo Enzo Tomasini, Philippe Lacheau

L’humour est un peu trop destiné à un jeune public (t’as dépassé 30 ans, t’es mort)et est parfois lourd, voire un peu vulgaire. Par exemple, la scène avec la strip-teaseuse par exemple ne m’a pas fait rire malgré le buzz qu’elle a pu susciter. Cependant le film propose quelques bons moments de rigolade. Par exemple, les scènes qui font références à Mario Kart et Là-Haut m’ont bien fait marrer. Les dernières minutes du film sombrent dans la niaiserie : d’un côté on a droit aux amourettes de Franck et Sonia, de l’autre, malgré son insolence (ce gamin a besoin d’une bonne paire de claques), Rémy n’est juste qu’un gosse qui veut avoir un papa plus présent et qu’avec cette bande de dégénérés, il a passé le meilleur anniversaire de sa vie. Je n’adhère pas totalement à ce choix et en même temps je le comprends. Il est vrai que le film s’assagit un peu trop, mais au moins on a l’impression que le film n’est pas bêtement et gratuitement trash. Contrairement aux films français du même style sortis cette année, cités au début de ce billet, ce côté sage fonctionne malgré tout. Dans l’ensemble, à part Gérard Jugnot qui en fait des caisses, ce qui a tendance à énerver, le casting est plutôt convaincant, tout particulièrement Philippe Lacheau, plutôt attachant dans ce rôle du gars dépassé par les événements.

Babysitting : Photo David Marsais, Grégoire Ludig