Les Quatre filles du Dr March (1994)

réalisé par Gillian Armstrong

avec Winona Ryder, Susan Sarandon, Christian Bale, Gabriel Byrne, Trini Alvadaro, Kirsten Dunst, Claire Danes, Samantha Mathis, Eric Stoltz…

titre original : Little Women

Comédie dramatique américaine. 1h55. 1994.

sortie française : 3 mai 1995

Movie Challenge 2017 : Un film se déroulant avant le XXe siècle

Pendant la guerre de Sécession, dans le Massachusetts, Mme March et ses quatre filles, Jo, Beth, Amy et Meg tentent de se débrouiller, tandis que leur père combat au front. Jo se découvre alors une passion pour l’écriture et rédige des pièces de théâtre que jouent ses soeurs en plus de son idylle avec leur voisin Laurie. Quand elle a l’opportunité de devenir écrivain, Jo s’en va à New York où elle rencontre le professeur Baher.

Les Quatre filles du Dr March, roman culte de Louisa May Alcott, a connu plusieurs adaptations cinématographiques. George Cukor en avait réalisé une en 1933 avec Katharine Hepburn dans le rôle de Jo. Puis, ce fut au tour de Mervyn LeRoy de s’en occuper en 1949 avec, entre autres, June Allyson, Elizabeth Taylor et Janet Leigh. En 1994, c’est-à-dire bien longtemps après ces premières adaptations assez rapprochées dans le temps, le roman d’Alcott est de nouveau au coeur d’une nouvelle version cinématographique. L’Australienne Gillian Armstrong (Oscar et Lucinda, Charlotte Gray, Au-delà de l’illusion) est cette fois-ci derrière la caméra. Sans vouloir faire du féminisme à deux balles, il s’agit d’un choix assez pertinent de constater cette fois-ci une réalisatrice derrière la caméra. Comme le titre l’indique aussi bien en français qu’en version originale même s’il diffère (Little Women), les jeunes filles et femmes sont au coeur de cette oeuvre. Nous pouvons devenir la femme qu’on doit être sans homme à la maison, même rêver d’une vie (notamment avec un homme) sans ce modèle masculin. Je n’ai pas encore lu le roman (mais j’ai acheté le bouquin pour réparer cette erreur !), ni vu les précédentes adaptations. Mais cette version des années 90, mettant en scène un sacré brochette d’actrices (et encore, en dehors de Ryder, il ne s’agissait pas forcément des stars que l’on connaît désormais) m’a enchantée ! Certes, la mise en scène est assez classique (ce qui n’a rien d’une tare non plus) et ce film a globalement un côté tout mignon qui agacera certainement certains spectateurs (même s’il relate parfois des événements moins « mignons »). Mais justement, ce côté « bonbon » et innocent a quelque chose de séduisant : il l’est mais il ne tombe pas non plus dans des excès de guimauve écoeurante. Il ne faut pas oublier que le roman peut être trouvable dans le rayon jeunesse, ce qui peut probablement justifier sa dimension inoffensive. Effectivement, les enjeux peuvent sembler minimes, un peu « neuneu ». Mais pourtant, l’arrière-fond ne l’est pas. Le contexte est bien pris en compte par la réalisatrice avec ces jeunes filles livrées à elles-mêmes : le père March – qui n’est donc pas docteur mais en réalité pasteur – a dû laisser sa femme et ses filles pour partir sur le front). Chacune tente alors de garder un semblant de vie normale. Si l’oeuvre aborde quelques histoires d’amour, les différents rêves qui permettraient à ces filles, à la fois fortes, intelligentes, instruites et manuelles, de s’accomplir entièrement ne se limitent justement pas à des histoires de romance et d’homme.

Jo March, sorte d’alter-ego d’Alcott (le roman est semi-autobiographique sur de nombreux points), est évidemment le personnage le plus intéressant (même si les autres soeurs sont attachantes) et c’est là où on comprend que l’oeuvre est justement moins niaise et gentillette qu’elle en a l’air. Grâce à ce garçon manqué très intelligent (qui se positionne comme le personnage principal parmi les autres soeurs March), Les Quatre Filles du Dr March est alors une jolie oeuvre douce féministe. S’il y a bien des romances dans le film, elles ne contredisent justement pas le propos fort de l’oeuvre. Je ne peux pas juger le travail d’adaptation mais le scénario parvient donc à faire cohabiter une impression de légèreté constante autour de la vie de ces filles et un propos fort valorisant la femme en dehors du mariage et du couple. Le film a un peu vieilli dans le sens où on voit que c’est un film datant des années 90 mais la reconstitution de l’époque reste agréable même si elle n’est pas non plus dingue. On ne se souvient pas nécessairement de l’unique nomination aux Oscars de Winona Ryder pour ce rôle (battue cette année-là par Jessica Lange pour le très méconnu Blue Sky). Il est regrettable qu’on ne connaisse pas davantage son interprétation à l’heure actuelle. J’ai toujours bien aimé Winona Ryder qui, malheureusement, n’a pas eu la carrière qu’elle méritait. J’ai eu l’impression de redécouvrir cette actrice dans le rôle de Jo March (et je m’aperçois de plus en plus que Keira Knightley est une sorte de mini-Winona !). Son personnage est certainement déjà sur le papier très attachant et son interprétation renforce encore plus cette impression. Le reste de la distribution (la petite peste Kirsten Dunst, la timide Claire Danes, le charmant Christian Bale, la remarquable Susan Sarandon…) est également impeccable, chacun trouve sa place sans se faire bouffer par Ryder. Bref, cette nouvelle version du roman culte de Louisa May Alcott n’est certainement pas un chef-d’oeuvre ou quoi que ce soit mais l’ensemble est réellement plaisant tout en proposant un propos toujours actuel. 

Publicités

Obvious Child

réalisé par Gillian Robespierre

avec Jenny Slate, Jake Lacy, Gaby Hoffmann, Gabe Liedman, David Cross, Richard Kind, Polly Draper, Cindy Cheung…

Comédie romantique américaine. 1h23. 2014.

sortie française : 3 septembre 2014

Obvious Child

La vie de la jeune Donna Stern n’a rien de particulier : un petit ami, un job dans une librairie, sa bande de potes, des parents divorcés… Mais, chaque soir, sur une scène de Brooklyn où elle interprète son numéro de stand-up, ce quotidien banal devient une source inépuisable de sketches. Avec un humour ravageur et souvent cru, Donna y déballe sa vie intime, ne prend rien au sérieux, se moque de tout et surtout d’elle-même. Mais, coup sur coup, Donna perd son travail, se fait larguer par son petit ami, déprime, a une aventure alcoolisée d’un soir et… tombe enceinte.Dès lors, Donna va devoir assumer ses choix et grandir un peu, mais peut-être aussi rencontrer l’amour au moment où elle s’y attend le moins.

Obvious Child : Photo Jenny Slate

J’ai découvert l’existence de Obvious Child, qui semble être passé inaperçu durant sa sortie française, grâce au site Madmoizelle qui avait écrit une jolie critique sur le film et surtout un très bon article sur l’avortement au cinéma. C’est cet article en question qui m’a vraiment donnée envie de le découvrir mais hélas je n’avais pas eu le temps d’aller voir au cinéma lorsqu’il est sorti. Lorsque j’ai vu le dvd à ma médiathèque, je n’ai pas hésité à le prendre car mon envie était toujours là ! A l’origine, Obvious Child était un court-métrage (datant de 2009) déjà réalisé par Gillian Robespierre et avec Jenny Slate. Le film ayant suscité un vif débat après sa diffusion dans les festivals américains, Robespierre décide de le transformer en long (et il s’agira alors de son premier long-métrage). Effectivement, comme le souligne très justement l’article de Madmoizelle, en particulier dans le cinéma américain, l’avortement est un sujet parfois abordé mais on ne peut pas dire qu’il soit concrètement traité. Même dans des téléfilms que j’ai eu la « chance » de voir sur M6 (oui oui, on ne me juge pas), les jeunes filles finissent par avorter après être passées par trois mille interrogations. Là, il ne s’agit pas d’une ado, mais d’une trentenaire, et au lieu de voir les éternelles questions (« je garde le bébé ou non ? »), cette femme décide dès le début de ne pas garder l’enfant (et sera soutenue par son entourage) : on comprend alors dès le début le choix même de la réalisatrice. Il s’agit d’un film ouvertement féministe. Alors, évidemment qu’on pourrait s’interroger sur la contraception de la jeune femme (elle aurait pu faire ci ou ça pour éviter cette grossesse, etc…), bien sûr qu’il ne faut pas la négliger mais ce n’est clairement pas le propos, le film n’est pas un cours de SVT.

Obvious Child : Photo Jake Lacy

Le but est surtout de dire que chaque femme fait ce qu’elle veut de son corps. On a beau être en 2015, je pense que ce message doit toujours être passé. Mais le film ne se limite pas à ce message qui pourrait sembler un peu trop simple et naïf. Effectivement, Obvious Child n’est pas uniquement un film sur l’avortement, il s’agit aussi d’une comédie romantique (rappelons que l’histoire se déroule autour de la Saint-Valentin, au moins on en rajoute une couche). Ce n’est pas forcément habituel de voir une romance naître autour de l’avortement. Mais le « mélange » entre ces deux éléments fonctionne plutôt bien. Quelque part, la comédie romantique permet de renforcer le message sur l’avortement, c’est-à-dire qu’il faut arrêter de faire culpabiliser les femmes qui choisissent de ne pas garder l’enfant qu’elles portent et surtout qu’on peut se relever après avoir vécu un moment difficile, notamment quand on est bien entouré (que ce soit par le compagnon, pourtant « responsable » de la grossesse non-désirée, la famille, les amis et surtout, comme le montre très justement la fin, par d’autres femmes dans la même situation). Je reviens juste sur mon expression « moment difficile », là encore ce qui est intéressant, c’est de voir que ce n’est pas l’avortement en lui-même qui est difficile mais plutôt les démarches administratives qui font tout pour faire culpabiliser les femmes même lorsqu’elles sont sûres de leur choix. Rien que pour le traitement de l’avortement, je vous conseille vraiment ce film, assez juste et honnête. Après j’ai quand même trouvé le film assez moyen pour être honnête. Certes, l’écriture a vraiment des qualités remarquables car on sent encore une fois la démarche de la réalisatrice sincère, son regard sur ce sujet de société est vraiment pertinent. On sent également qu’elle s’est bien documentée, ce qui rend la situation du personnage plus crédible.

Obvious Child : Photo Jenny Slate

En revanche, je n’ai pas toujours adhéré à l’humour qui fait un peu du tort au film selon moi. C’est un humour assez « trash », dans la lignée de la série Girls, de Louis C. K., d’Amy Schumer, de Judd Apatow… Bref, un humour très porté sur la chose, assez vulgaire selon les points de vue. Je n’ai rien contre ce type d’humour mais disons que je ne pourrais pas affirmer de manière catégorique si je l’aime ou non : ça dépend pour moi de beaucoup de choses. Là, j’avoue ne pas avoir vraiment ri, en tout cas rarement. En fait, ce qui est gênant, c’est de trouver Donna pas drôle en tant qu’humoriste (là encore, rarement, à part la scène où elle improvise parce qu’elle est complètement bourrée sur scène). Disons que ça n’aide pas à aimer le personnage, tout comme le fait qu’elle balance des informations sur sa vie privée. J’imagine qu’il doit y avoir un sens à ces caractéristiques de ce personnage, mais cela ne sert pas toujours à aimer le personnage et c’est dommage, surtout par rapport à l’épreuve qu’elle traverse. C’est le talent de l’énergique Jenny Slate (que j’avais repérée dans un épisode de Girls dans la toute première saison) qui permet de s’attacher à Donna, pas réellement l’écriture, ici plus faible. Après, là où Robespierre s’en sort, c’est en établissant un parallèle assez judicieux entre le métier d’acteur et la condition de femme : chaque femme est l’actrice de sa vie, c’est-à-dire en faisant ses propres choix, notamment en ce qui concerne son corps et son avenir. Enfin, même si cela reste correct, je n’ai pas été impressionnée par la mise en scène, même s’il ne s’agit que d’un premier long-métrage. Dans l’ensemble, Obvious Child a ses défauts, ne fera pas rire tout le monde (j’en fais partie), il est même oubliable pour être honnête mais j’avais vraiment envie de parler de ce film, de le mettre en valeur (malgré ma note qui peut paraître sévère sur le papier), qui mérite quand même d’être vu rien que par le traitement de son sujet et pour son actrice principale qui m’a beaucoup plu et qui mériterait d’être davantage connue.

Obvious Child : Photo Jenny Slate

Girls (saison 1)

Créée par Lena Dunham

avec Lena Dunham, Allison Williams, Jemima Kirke, Zosia Mamet, Adam Driver, Alex Karpovsky, Christopher Abbott, Andrew Rannells, Becky Ann Baker, Peter Scolari, Kathryn Hahn, James LeGros, Chris O’Dowd…

Série comique américaine. 1ere saison. 2012.

girlssaison1

Cette première saison met en scène quatre jeunes filles d’une vingtaine d’années entrant dans la vie active et qui ont toutes leurs problèmes : Hannah Horvatz, éternelle stagiaire qui rêve de devenir écrivain et sort plus ou moins avec un garçon à la sexualité débridée, Marnie est une jeune fille sérieuse mais qui s’ennuie avec son petit ami, Jessa a fait le tour du monde et vit sa vie de « hippie » et Shoshanna est encore une étudiante fan de Sex and the City et toujours vierge.

Photo Jemima Kirke, Lena Dunham, Zosia Mamet

Cela faisait un moment que je souhaitais parler de cette série mais je ne savais pas trop comment m’y prendre alors j’ai décidé de l’évoquer de temps en temps sur ce blog, en allant tout simplement de saison en saison. J’ai aussi revu cette série très récemment histoire d’avoir un nouveau regard et je dois avouer que cela a été bénéfique. En effet, même si j’avais déjà beaucoup aimé cette première saison (sinon je n’aurais pas forcément voulu regarder le reste), certaines qualités m’ont vraiment sauté aux yeux en la redécouvrant. Je ne sais pas si Lena Dunham, créatrice, mais aussi scénariste et même réalisatrice d’un grand nombre d’épisodes, avait déjà en tête le scénario pour les saisons à venir mais quand on voit tout ce qui se passe jusqu’à présent (saison 4), je trouve qu’elle a vraiment bien su rebondir et utiliser à bon escient tous les éléments mis en place dès cette première saison. La série en général n’est peut-être pas parfaite, elle ne plaira pas non plus à tout le monde, notamment pour son côté très cru (il faut dire qu’elle est produite par Judd Apatow, cela ne peut pas être un hasard), parfois Lena Dunham peut énerver pour son côté très donneuse de leçons (un peu comme son personnage Hannah d’ailleurs) mais je dois reconnaître qu’elle a un parcours admirable pour son jeune âge. Je ne vais pas trop critiquer son travail de showrunner ici car je n’ai pas trop de critiques négatives en ce qui concerne cette première saison en particulier, les critiques viendront vraiment plus tard au fil des autres saisons. Ce qui est sûr, c’est que la jeune actrice/réalisatrice/productrice, qui avait d’ailleurs décroché le Golden Globe de la meilleure actrice dans une série comique après la diffusion de cette première saison, est une jeune femme qui sait observer et les retranscrire. Sur le papier, le résumé de Girls pourrait limite inquiéter dans le sens où on ne verrait pas forcément en quoi cette série pourrait être novatrice et surtout, avec un tel titre, on aurait pu s’attendre à un énième Sex and the City. Mais justement, Girls est l’anti-Sex and the City ! Les héroïnes en question sont jeunes, paumées, ont du mal à trouver du travail, vivent des appartements miteux et ont parfois des relations sexuelles trèèès étranges !

Photo Adam Driver, Lena Dunham

Il n’est pas toujours facile d’aimer les personnages de Girls car elles ont quand même leurs défauts qui sont d’ailleurs mis de plus en plus en avant au fil des saisons. Mais quelque part, et encore une fois, en donnant une seconde chance (si on peut dire ça comme ça) à cette première saison qui m’avait déjà convaincue, j’aime aussi les personnages parce que justement elles ne sont pas parfaites et quelque part, en ce qui me concerne, je me reconnais en elles ou alors je reconnais des personnes de mon entourage. J’avoue ne pas me reconnaître en Marnie (une fille assez coincée, voire même frustrée et déjà coincée dans sa routine), c’est peut-être même le personnage que j’aime le moins, mais au fil de mes expériences, j’avoue connaître beaucoup de Marnie autour de moi, des personnages qui m’agacent ou alors je ne comprends pas forcément leur manière de vivre (même si je n’ai évidemment pas de leçons à donner). Quelque part, Marnie est un personnage réussi, assez réaliste de ce qui se passe chez pas mal de jeunes de la vingtaine (je pense par exemple à beaucoup qui sont « en couple » depuis longtemps mais à 20/22 ans sont déjà épuisés par cette longue relation). Finalement, même si encore une fois il ne s’agit pas de mon personnage préféré, j’ai appris avec le temps à apprécier ce personnage. On va quand même parler d’Hannah car même si la série s’appelle Girls, ce personnage est tout de même le point de départ de l’histoire en étant vraiment mis en avant. Il faut quand même le dire : Hannah est très énervante notamment à cause de son égocentrisme (notamment quand Marnie apprend tout ce qu’il y a dans le journal intime d’Hannah, Hannah lui demande si dans un autre contexte elle aurait aimé son écriture) voire même limite irresponsable (comme sa blague douteuse sur la pédophilie face à son futur boss qui n’est évidemment plus son futur boss). Ceci dit, j’ai fini par aimer Hannah parce que je me reconnais un peu en elle : ses complexes physiques, son manque de confiance en elle (même si elle le traduit par une sorte d’excès de confiance, ce qui est tout le contraire de mon caractère), son goût pour l’écriture et ses angoisses. J’aime aussi beaucoup Jessa même si là encore ce n’est pas forcément évident d’apprécier ce personnage et qu’il faut quelque part un petit temps d’adaptation. Jessa, la cousine anglaise de Shoshanna, est une baba hippie cool qui a beaucoup voyagé, elle est assez délurée, un peu détachée de ce qui se passe dans la société, elle est assez spontanée, vive mais peu aussi paraître vulgaire. A priori, je n’ai rien à voir cette fille, et au début, à cause de son apparence, je n’ai pas non plus tout de suite accroché au personnage. Mais là encore, c’est le temps qui m’a permis de m’attacher à cette jeune fille qui a finalement un coeur énorme et cache une grande sensibilité. Je dois avouer que je me reconnais un peu en elle justement parce que j’ai un côté un peu grande gueule comme elle (et comme Hannah aussi), limite révolutionnaire (ahaha la scène dans le jardin d’enfant est énorme) mais après c’est aussi une manière pour ne pas montrer toutes mes émotions. Mais je dois avouer que je me sens très proche de Shoshanna, notamment parce qu’elle est speed, parle très vite (et je vous assure que j’ai un certain débit et que cela me demande beaucoup de boulot pour parler à un rythme modéré), qu’elle est coquette (au niveau de la garde-robes, là encore, on se ressemble, j’adore le « on »), elle dit vraiment ce qu’elle pense (certes, Hannah et Jessa sont aussi franches mais pas autant que Shoshanna, non, elles ne peuvent pas rivaliser), raconte n’importe quoi quand elle est sous l’emprise d’alcool et de drogues ce qui lui arrive rarement et est concentrée sur ses études.

Photo Lena Dunham

La série a beau s’appeler Girls et mettre des personnages féminins en avant, Dunham n’a pourtant pas délaissé les hommes qui ont chacun un rôle important. Le personnage le plus charismatique reste Adam, le mec bizarre d’Hannah, un gars assez pessimiste et asocial qui passe au début pour un détraqué sexuel mais après on apprend vraiment à l’apprécier, à comprendre d’où vient son côté sombre et on s’aperçoit là encore qu’il a un bon fond. Il est aussi drôle car il ne sait pas se comporter correctement (du genre il débarque comme un fou avec un paquet de shampoings dans la douche alors qu’Hannah y est déjà puis après pisse dedans alors que sa copine y est toujours !).J’aime également beaucoup Ray, le meilleur pote de Charlie, qui n’hésite également à dire ce qu’il pense et balance des phrases très cassantes. Charlie est un personnage un peu trop lisse et gentil mais ce n’est pas forcément un reproche dans le sens où ce sont justement ses qualités qui vont lasser sa petite amie Marnie. Enfin, comme beaucoup de fans, j’aime énormément Elijah. Alors certes, on reprend un peu le cliché du meilleur ami gay mais j’adore vraiment sa personnalité et j’étais vraiment heureuse de voir à quel point il prenait de la place au fil des saisons. Ce gars est à lui tout seul une tornade ! Girls est aussi connu pour son côté trash, que ce soit à travers des répliques très salaces et surtout des scènes assez crues. Je dois avouer que la première fois que j’ai regardé cette série, les scènes de sexe et tout ça m’ont gênée. Pas tellement à cause du contenu mais parce que j’avais l’impression que c’était vraiment gratuit, du genre une pseudo revendication pour se détacher des autres séries. Certes, je pense qu’il y a quand même toujours maintenant une part de provocation, qui se confirme d’ailleurs au fil des saisons. Cependant, en revoyant cette première saison, les scènes en question ne m’ont plus autant gênée car je pense avoir compris où Dunham a voulu en venir.
Photo Allison Williams
En fait, je dois même dire que maintenant ces scènes de sexe en question sont pour moi très drôles. Je pense notamment à celle avec Jessa qui couche avec son ex – qui est en couple – alors que Shoshanna est encore dans l’appartement, la scène de masturbation d’Adam (pendant ce temps, Hannah en profite pour lui prendre des sous) ou encore à la scène de sexe avec les parents d’Hannah sous la douche qui se finit évidemment par un accident ! Et puis, je dois avouer que ça fait du bien de voir des filles normales avoir des relations sexuelles. De plus, même si c’est cru, même s’il y a quelque chose de gratuit, les scènes ont le mérite de ne pas sur-érotiser les actrices, on cherche plutôt la normalité même dans les actes sexuels les moins banals. Surtout, pour moi, les scènes de sexe assez représentatives d’une certaine sexualité entre jeunes adultes : soit les jeunes semblent assez libérés (cela passe aussi par le porno et les sextos) soit ils connaissent déjà la frustration (alors que, selon les points de vue, on pourra tout simplement dire qu’il s’agit de relations sexuelles « normales »), soit encore on aborde la question de la virginité tardive. C’est aussi une jeunesse en même temps préoccupée par la contraception et qui peut aussi avoir un comportement irresponsable malgré cette peur MST notamment. La série a aussi le mérite de mettre en avant à plusieurs reprises la masturbation féminine, vraiment trop peu représentée ou évoquée à la télé ou au cinéma. Mais heureusement, la série ne se limite pas non plus qu’à la question du sexe chez les jeunes adultes. La drogue, notamment dans les soirées, fait partie des sujets abordés (même s’il sera renforcé davantage dans les saisons suivantes, avec Jessa), le harcèlement sexuel au travail (avec les collègues d’Hannah qui traitent Adam de pervers mais acceptent volontiers de se laisser toucher par leur boss sans broncher) ou encore le fait de flirter avec son boss.
Photo Jemima Kirke, Lena Dunham, Zosia Mamet
Mais c’est surtout le discours sur l’angoisse de l’avenir qui m’a vraiment parlé. Cette question est évidemment abordée notamment à travers la confrontation entre Hannah et ses parents, qui n’ont pas la même vision des choses, que ce soit à propos du travail ou des relations amoureuses. Comment être rassurée par son avenir quand on voit que les études ne servent finalement à rien et qu’on est toujours l’éternelle stagiaire évidemment pas payée et qu’on est obligée de squatter dans des appartements pourris ? Cependant, même si la série pointe assez justement ces angoisses et que ça fait aussi du bien de voir… la réalité tout simplement, Dunham n’est pas tendre avec sa génération. Elle montre clairement que c’est une génération qui a envie d’être adulte, qui est confrontée à des problèmes d’adultes et en même temps refuse aussi de grandir même si cette génération en question n’appartient plus à la tranche adolescente. Je ne sais pas si, comme Hannah, Dunham est « la voix de [sa] génération » mais en tout cas elle a vraiment compris pas mal de choses sur la sienne et donc aussi la mienne. La série ne pourra peut-être pas plaire à tout le monde mais elle a le mérite d’être courte : il n’y a que dix épisodes par saison et chaque épisode dure environ 25 minutes. Du coup, cela permet aux scénaristes de ne pas non plus s’étendre sur des éléments insignifiants, la série gagne en rythme et en efficacité tout simplement. On sent aussi qu’il y a un grand soin accordé à la réalisation et à l’esthétique qui n’est pourtant pas la première chose qui saute aux yeux. Il n’y a pas de chichis mais on voit bien que les réalisateurs (Dunham en fait partie) ont voulu retranscrire un New York à la fois jeune, moderne et en même temps il y a quelque chose de volontairement crade et triste. Enfin, la série possède un excellent casting, la plupart sont tout simplement amis dans la vraie vie et se connaissent depuis longtemps et cela se ressent : on sent au moins une complicité entre les personnages. Pour conclure, cette première saison, qui ne plaira peut-être pas tout le monde, est pour moi bonne, même meilleure que je ne le pensais. Elle possède de vraies qualités d’écriture, a des personnages en béton auxquels on s’attache finalement avec le temps, en mettant vraiment en avant leurs qualités et leurs failles, et donne envie de regarder la saison 2 (j’en parlerai sur mon blog mais pas tout de suite, histoire que le blog ne se transforme pas en sorte de fan-club de Girls).
 Photo Allison Williams, Jemima Kirke, Lena Dunham

Loin de la foule déchaînée (2015)

réalisé par Thomas Vinterberg

avec Carey Mulligan, Matthias Schoenaerts, Michael Sheen, Tom Sturridge, Juno Temple, Jessica Barden…

titre original : Far from the Madding Crowd

Drame, romance, historique britannique, américain. 2h. 2015.

sortie française : 3 juin 2015

Loin de la foule déchaînée

Dans la campagne anglaise de l’époque victorienne, une jeune héritière, Bathsheba Everdeene doit diriger la ferme léguée par son oncle. Femme belle et libre, elle veut s’assumer seule et sans mari, ce qui n’est pas au goût de tous à commencer par ses ouvriers. Bathsheba ne se mariera qu’une fois amoureuse. Qu’à cela ne tienne, elle se fait courtiser par trois hommes, le berger Gabriel Oake, le riche voisin Mr Boldwood et le Sergent Troy.

Loin de la foule déchaînée : Photo Carey Mulligan, Tom Sturridge

J’aurais pu écrire ma critique de ce film il y a déjà pas mal de semaines maintenant mais je tenais à découvrir rapidement le roman du même nom de Thomas Hardy, publié en 1874. C’était tout d’abord l’occasion ou jamais de connaître l’univers de cet auteur dont j’en entends tant parler et puis je trouve que c’est toujours bien de comparer le roman et son adaptation pour mieux comprendre comment ont travaillé le réalisateur Thomas Vinterberg et le scénariste David Nicholls. Ce n’est pas la première fois que ce roman est adapté, que ce soit pour la télévision ou le cinéma, pour être plus précis, il s’agit de sa sixième adaptation. On pourra notamment citer le film de John Schlesinger sorti en 1967 avec Julie Christie dans le rôle principal. Ce nombre d’adaptations pourra étonner sur le papier mais on peut comprendre la fascination des scénaristes pour ce fabuleux roman de Hardy. Ce roman a beau avoir été au cours du XIXe siècle, il semble toujours d’actualité notamment à travers le féminisme avant-gardiste de l’héroïne Bathsheeba Everdeene dont le nom a par ailleurs inspiré le personnage principal de la saga Hunger Games, Katniss Everdeen. Je n’ai pas vu les autres adaptations en question mais j’ai beaucoup aimé ce long-métrage. J’avais pourtant peur de le voir car je ne suis pas forcément fan des films classiques avec des costumes et tout ça. Mais Vinterberg a beaucoup de mérite : son adaptation est certes classique mais pourtant il a su apporter un véritable souffle et tout en restant fidèle au texte de Thomas Hardy il apporte beaucoup de modernité à l’histoire sans que ce soit anachronique. Il a su couper certains passages un peu trop longs dans le roman – en tout cas qui auraient de trop dans cette nouvelle adaptation qui se veut plus fraîche – pour que l’histoire soit encore plus dynamique.

Loin de la foule déchaînée : Photo Matthias Schoenaerts

Justement, en raccourcissant certains passages, Vinterberg prenait le risque de débouler son histoire, en se contentant de reprendre uniquement les faits et ne pas mettre d’émotion. Or, je trouve que l’émotion est également présente. Je ne dis pas que j’ai pleuré ou quoi que ce soit, mais j’ai réellement vécu ce film que j’ai trouvé très intense car les personnages sont présentés avec beaucoup de complexités. Je ne veux paraître niaise (never) mais j’étais limite émoustillée par l’histoire de Bathsheeba, cette femme forte, qui semble savoir ce qu’elle veut, qui est indépendante, et pourtant va avoir ses moments de faiblesse, va être confrontée à ses propres désirs et se remettre en question. Mais ce qui provoque également cette émotion (en tout cas en ce qui me concerne), c’est la manière d’avoir mis en avant le berger Oak, de voir qu’il est toujours présent quoiqu’il arrive. L’idée était certes déjà plus ou moins présente dans le roman mais j’ai l’impression que Vinterberg a davantage insisté sur ce point, ce qui n’est pas du tout déplaisant, loin de là, au contraire, cela contribue encore plus au charme de ce long-métrage. La mise en scène est pour moi réussie, classique mais vivante. Le film séduit également par ses beaux décors et costumes, sa jolie lumière ou encore par sa splendide photographie. Enfin, j’ai beaucoup aimé le casting, à commencer par la lumineuse Carey Mulligan, parfaite dans le rôle de Bathsheeba. Les seconds rôles sont également tous très bons : Matthias Schoenaerts (Gabriel Oak), qu’on voit décidément partout depuis plusieurs mois, est également la très bonne surprise de ce film, Michael Sheen (Mr Boldwood) fait ici pour moi son « grand » retour au cinéma, Tom Sturridge (Troy) s’en sort également très bien et Juno Temple confirme de plus en plus son potentiel même si on la voit peu.

Loin de la foule déchaînée : Photo Carey Mulligan, Michael Sheen

Mad Max : Fury Road

réalisé par George Miller

avec Tom Hardy, Charlize Theron, Nicholas Hoult, Hugh Keays-Byrne, Zoe Kravitz, Rosie Huntington-Whiteley, Riley Keough, Nathan Jones, Josh Helman, Megan Gale, Angus Sampson, Abbey Lee, Courtney Eaton, Coco Jack Gillies, Gillian Jones…

Film de science-fiction, action australien, américain. 2h. 2015.

sortie française : 14 mai 2015

Mad Max: Fury Road

Hanté par un lourd passé, Mad Max estime que le meilleur moyen de survivre est de rester seul. Cependant, il se retrouve embarqué par une bande qui parcourt la Désolation à bord d’un véhicule militaire piloté par l’Imperator Furiosa. Ils fuient la Citadelle où sévit le terrible Immortan Joe qui s’est fait voler un objet irremplaçable. Enragé, ce Seigneur de guerre envoie ses hommes pour traquer les rebelles impitoyablement…

Mad Max: Fury Road : Photo Hugh Keays-Byrne

Voulant rester un minimum dans l’actualité, je livre déjà ma critique du dernier Mad Max mais je précise d’emblée que vous découvrirez mes impressions sur Mad Max 2 et 3 sur ce blog au cours de ces deux mois d’été. Il est difficile de classer concrètement ce Mad Max : Fury Road, présenté en hors compétition au dernier festival de Cannes. Est-ce une suite ? Un remake ? Un reboot ? Miller préfère dire qu’il revisite la saga culte qu’il a créée. En tout cas, peu importe le nom, un nouveau film des années après peut toujours effrayer. Or, ce quatrième volet est selon moi le meilleur de la saga ! Il m’a vraiment enthousiasmée et est pour l’instant le meilleur blockbuster de l’année. Je précise que je l’ai vu en 3D, ce gadget n’était pas vraiment utile – comme pratiquement souvent – mais le film n’était pas désagréable à regarder avec ces lunettes et je n’ai pas eu trop mal à la tête en sortant bizarrement avec que ça pète dans tous les sens. En tout cas, il s’agit tout d’abord d’un excellent divertissement. Personnellement, alors que j’avais déjà regardé pour être à jour tous les autres Mad Max, j’avais quand même peur que toute cette vitesse, annoncée notamment dans la bande-annonce (je n’ai pas pu y échapper), me fatigue rapidement. Or, Miller arrive à filmer des scènes d’action bluffantes et violentes d’une grande richesse visuelle et vraiment rythmées : entre vitesse, virtuosité et fureur, ces scènes d’action en question, qui ne semblent jamais s’arrêter pour notre plus grand bonheur, ont en plus le mérite de ne perdre son spectateur en route, au contraire, l’action est toujours très lisible. On ne pourra pas non plus échapper à l’esthétique du film. Franchement, c’est d’une beauté inouïe ! Entre des décors écrasants, des costumes et le maquillage soignés, la musique explosive ou encore la lumineuse photographie, on en prend plein les yeux !

Mad Max: Fury Road : Photo Charlize Theron

Au fil de la saga, les Mad Max appartiennent de plus en plus au genre post-apocalyptique et dans cet épisode, Miller ne le fait que le confirmer. En présentant un univers aussi époustouflant, le réalisateur est également parvenu à montrer à la fois la destruction, la monstruosité ou encore le désespoir. Face à ce chaos jouissif, Miller a également su ajouter à la fois de l’humour et de l’émotion, l’ensemble paraît du coup très bien dosé. Mais on ne peut résumer ce dernier volet de Mad Max à de l’action et de beaux décors. L’histoire racontée est également très riche. Le scénario semble simple, voire même trop simple quand on lit certaines critiques. Je peux comprendre cette impression étant donné qu’on en prend plein la vue non-stop pendant deux bonnes heures. Mais il serait injuste de dire qu’il n’y a pas de scénario. Au contraire, je pense que sa qualité, en tant que grand divertissement, est justement de livrer une histoire en apparence simple, accessible, mais qui comporte en réalité des enjeux plus profonds. Comme dans les précédents épisodes, Miller raconte avec une véritable efficacité les conséquences de la bêtise et de la folie humaine. Mieux, il va encore plus au bout de toutes les idées qu’il avait mises en place auparavant. Le scénario (et pas que) met également énormément en avant l’action des femmes, on peut même carrément parler d’oeuvre féministe. Quand on voit à quel point Hollywood est sexiste, je dois avouer que de voir un film féministe fait vraiment du bien et surtout Miller, qui a beau être un homme, livre ce type de discours avec beaucoup de pertinence. Je pense que le scénario est bien plus remarquable qu’il en a l’air et que le film en lui-même ne fonctionnerait pas totalement sans cette écriture plus riche qu’elle en a l’air.

Mad Max: Fury Road : Photo Tom Hardy

Mad Max : Fury Road fonctionne également grâce à des personnages forts, tous très bien interprétés. Tom Hardy s’en sort vraiment bien dans le rôle de Max. On ne pourra évidemment pas oublier Mel Gibson, qui était franchement formidable dans ce rôle mais Hardy ne se fait pas écraser par les performances de son prédécesseur, il parvient à redonner vie à ce personnage mythique, notamment par son charisme. On retiendra surtout sa partenaire féminine, Charlize Theron, qui trouve ici l’un de ses meilleurs rôles. Je crois qu’on est déjà tous fan de Furiosa, un personnage qui restera dans les annales ! Tellement qu’elle écrase parfois un peu trop Hardy. Il faut dire que Max a toujours été un héros, ou plutôt un anti-héros, en retrait, là c’est peut-être un petit plus visible. Mais ce n’est pas non plus dramatique et réjouissons-nous de voir un personnage féminin avec autant de couilles dans un tel blockbuster. Les seconds rôles sont également très bons. Comme beaucoup, j’étais contente de revoir l’impressionnant Hugh Keays-Byrne, alias Toecutter dans le premier volet. Il incarne cette fois-ci un autre méchant (ce qui est possible vu qu’il est méconnaissable avec son maquillage sacrément bien foutu, disons les choses), le (également) déjà culte Immortal Joe. Parmi les seconds rôles, j’ai également bien aimé l’interprétation de Nicholas Hoult, dont le personnage est attachant et rempli de nuances. Enfin, je trouve que la bande de filles qui accompagne Furiosa (Rosie Huntington-Whiteley, Zoe Kravitz, Riley Keough…) assez convaincante. J’avais au début peur que ce soit vite un défilé de mode mais finalement on les sent toutes investies et défendent toutes bien leurs personnages. Encore une fois, c’est bien de voir de jolis rôles féminins. Comme quoi, les belles actrices ne sont pas juste des potiches. George Miller a dit qu’il avait voulu réinventer le mythe qu’il a crée et il a totalement réussi son pari, dans un sens, on pourrait même aller plus loin en parlant d’invention. Je trouve cela formidable un papi de plus de 70 ans réaliser un film aussi audacieux et contemporain. Cela fait du bien de voir un grand blockbuster, réellement divertissant, accessible et profond à la fois, écrasant vraiment les gros films d’action bien fades à côté de cette magnifique proposition de cinéma.

Mad Max: Fury Road : Photo Nicholas Hoult, Riley Keough

Top of the Lake (saison 1)

Créée par Jane Campion et Gerard Lee

avec Elisabeth Moss, Peter Mullan, David Wenham, Thomas M. Wright, Holly Hunter, Jacqueline Joe, Robyn Nevin, Lucy Lawless…

Série dramatique néo-zélandaise,australienne, américaine, britannique. 2013. 

Tui, une jeune fille âgée de 12 ans et enceinte de 5 mois, disparaît après avoir été retrouvée dans les eaux gelées d’un lac du coin. Chargée de l’enquête, la détective Robin Griffin se heurte très rapidement à Matt Mitcham, le père de la jeune disparue qui se trouve être aussi un baron de la drogue mais aussi à G.J., une gourou agissant dans un camp pour femmes. Très délicate, l’affaire finit par avoir des incidences personnelles sur Robin Griffin, testant sans cesse ses limites et ses émotions…

Photo David Wenham, Elisabeth Moss

Steven Spielberg, Martin Scorsese, David Fincher… Depuis quelques années, les grands noms du cinéma s’essaient aux séries télévisées. La réalisatrice néo-zélandaise Jane Campion, unique femme à avoir remporté la Palme d’or (pour La leçon de piano), a rejoint cette liste qui s’agrandit petit à petit pour co-créer sa propre série, avec un certain Gerard Lee (scénariste de Sweetie, premier long-métrage de Campion). La presse et même les spectateurs semblent avoir adoré cette série. Sans être une fan absolue de Campion (j’ai bien aimé Un ange à ma table mais je n’ai pas trop aimé La leçon de piano, ni Holy Smoke), j’étais tout de même curieuse de voir ce que cela pouvait donner, surtout que cette saison est courte (six épisodes sur Arte, sept sur Sundance Channel), ce qui est un avantage pour découvrir en peu de temps une série. Hélas, pour moi Top of the Lake est une très mauvaise série, et finalement c’est peut-être une des pires que j’ai pu voir. Je ne comprends pas absolument pas cet enthousiasme général, j’ai l’impression de ne pas avoir regardé la même chose. Je ne vise personne, bien sûr que vous avez le droit d’aimer Top of the Lake, mais j’ai quand même ce sentiment de voir cette série encensée uniquement parce que c’est Jane Campion qui en est à l’origine. Mon jugement peut paraître sévère mais j’estime que le but premier d’une série est de donner envie aux spectateurs de regarder chaque épisode. Or, Campion se plante en beauté en passant à côté de cet objectif indispensable. J’ai même failli arrêter de regarder cette saison afin la fin. En réalité, ce n’est pas Top of the Lake mais plutôt Au top de l’ennui.

Photo Elisabeth Moss, Jacqueline Joe

Les paysages sont évidemment magnifiques mais si je veux voir de belles images, je regarde National Geographic. C’est déjà difficile pour un film de tenir entièrement sur du contemplatif mais pour une série, cela me semble carrément impossible. Il y a un moment où il faut un scénario. Une série comme Twin Peaks (je cite celle-là car on sent l’influence de Lynch) joue beaucoup sur l’atmosphère et les lieux mais Lynch nous une histoire très complexe et on a envie d’en savoir plus à la fin de chaque épisode. J’hésite alors entre deux options: soit les images sont juste là pour dissimuler une histoire qui n’a strictement rien à dire, soit Campion et Lee sont tellement obsédés par leurs foutues belles images (oui, c’est joli la Nouvelle-Zélande) et une soi-disant ambiance bizarroïde (car j’ai envie de dire quelle ambiance ? Baiser dans une forêt – qu’est-ce que c’est prévisible – j’appelle pas ça de l’ambiance) qu’ils laissent totalement de côté le scénario à mon plus grand regret. Et oui, de beaux paysages, des personnages tordus et consanguins et trois scènes de cul à la noix ne font pas forcément une bonne série. En réalité, je ne comprends même pas l’intérêt des six/sept épisodes. Un film aurait largement suffi ! Sérieusement, était-ce vraiment nécessaire d’avoir tous ces épisodes pour nous dire que c’est mal de violer, surtout des enfants ? L’histoire aurait pu être intéressante (surtout que j’apprécie les histoires individuelles qui se mélangent à une histoire collective) mais elle devient rapidement une perte de temps et on le comprend dès le premier épisode. Or, le peu de scénario présent (visiblement quelques lignes paresseuses) est raté. Les quelques rebondissements ne fonctionnent pas car ils sont prévisibles à trois mille kilomètres (mais on est censé être sur le cul, mon oeil…). De plus, je comprends bien que la série ne tourne pas autour de Tui, cette enfant disparue, mais le scénario la délaisse tellement au profit de l’histoire personnelle de Robin qu’on finit par se foutre royalement de son sort ! Campion tente de se justifier en disant qu’il s’agit d’une série féministe. Elle a une vision du monde très limitée voire même douteuse. En gros, les femmes sont toutes complètement fêlées et dépressives (elles te dégoûtent à elles seules du féminisme), sous prétexte qu’elles sont fragiles (à cause de la vie, des hommes et tout ça) et les hommes ne sont évidemment que des brutes, des violeurs, des pédophiles, des lâches et j’en passe.

Photo Peter Mullan

A l’image de la vision de Campion sur les hommes et les femmes (elle devrait sérieusement réécouter le discours d’Emma Watson pour la campagne HeForShe – ça, c’est du féminisme), ce maigre scénario continue à accumuler des éléments très lourdingues. A force de vouloir créer une communauté étrange et inquiétante, Campion et Lee nous fatiguent sérieusement. Je n’ai rien contre des personnages tordus mais il y en a tellement au bout d’un moment qu’on ne croit même plus à l’univers qu’on nous propose. Surtout, ils n’ont aucune nuance. De plus, les dialogues sont également très mal écrits. J’ai l’impression de voir certains de mes amis sur Facebook qui lâchent des pseudos phrases philosophiques à deux heures du matin ! Enfin, je n’ai même pas pu me raccrocher au casting. Peter Mullan est pour moi au-dessus mais il m’a tout de même déçu. Pourtant, je précise que j’adoooooore ce gars mais je ne l’ai pas trouvé ici très inspiré. Il faut qu’il n’est pas servi par son personnage caricatural. Le reste de la distribution est par contre réellement décevante, à commencer par Elisabeth Moss (Robin Griffin), qui est autant expressive qu’une huître. Je veux bien croire qu’elle joue les jeunes femmes brisées et que son personnage intériorise ses sentiments mais elle ne transmet aucune émotion, même quand elle raconte les pires horreurs vécues durant son adolescence. De plus, je n’ai pas cru une seule seconde qu’elle puisse jouer le rôle d’une flic, Moss manque de charisme et de présence pour jouer un tel rôle (par contre, pour jouer les ados attardées, elle serait parfaite). Je n’ai pas non été plus convaincue que ça par les interprétations de David Wenham (trop plat alors que son rôle est très ambigu) et de Thomas M. Wright (j’avais envie de le frapper à chacune de ses apparitions). Mais la pire reste pour moi Holly Hunter. Pourtant, j’aime bien cette actrice mais là elle est lamentable. Dire qu’elle est caricaturale en gourou (sorte de clone de Jane Campion) serait un euphémisme. Comme vous l’aurez compris, je ne compte pas regarder la saison 2 (annoncée il y a quelques jours).

Photo Jacqueline Joe

The Homesman

réalisé par Tommy Lee Jones

avec Tommy Lee Jones, Hilary Swank, Grace Gummer, Miranda Otto, Sonja Richter, John Lithgow, William Fichtner, David Dencik, Tim Blake Nelson, James Spader, Meryl Streep, Evan Jones, Hailee Steinfeld…

Drame, western américain. 2h02. 2014.

sortie française : 18 mai 2014

The Homesman

En 1854, trois femmes ayant perdu la raison sont confiées à Mary Bee Cuddy, une pionnière forte et indépendante originaire du Nebraska.
Sur sa route vers l’Iowa, où ces femmes pourront trouver refuge, elle croise le chemin de George Briggs, un rustre vagabond qu’elle sauve d’une mort imminente.  Ils décident de s’associer afin de faire face, ensemble, à la rudesse et aux dangers qui sévissent dans les vastes étendues de la Frontière.

The Homesman : Photo Grace Gummer, Tim Blake Nelson, Tommy Lee Jones

Après Trois enterrements, l’acteur Tommy Lee Jones réalise son second long-métrage, The Homesman, tiré du roman Le Charlot des Damnés de Glendon Swarthout. Il a présenté son film au festival de Cannes en compétition, mais contrairement à son précédent film (qui lui avait permis de décrocher le prix d’interprétation masculine ainsi que le prix du scénario pour Guillermo Arriaga), celui-ci est reparti les mains vides. J’avais largement préféré Trois enterrements et je comprends que The Homesman n’ait rien remporté à Cannes. Le film a clairement des défauts. En premier, le film a quelques longueurs. Puis, Tommy Lee Jones ne met pas toujours en valeur ses personnages féminins, je pense surtout aux trois folles du film. En effet, au début on connait l’histoire de ces trois femmes qui ont perdu la raison, et une fois que le voyage commence, finalement pas grand chose ne se passe. On a l’impression même que le réalisateur ne sait pas comment filmer ces personnages-là comme des femmes et finit finalement par les délaisser. On ne comprend pas non plus comment Mary Bee Cuddy, qui vient de New York, a pu se retrouver dans un coin perdu à l’Ouest. La fin n’est pas non plus totalement satisfaisante, comme si Tommy Lee Jones ne savait pas comment terminer son film alors qu’il avait la possibilité de lui donner une magnifique fin et surtout le spectateur peut être perdu, ne voyant pas toujours cela veut en venir.

The Homesman : Photo

Cependant, malgré ses maladresses, The Homesman n’est pourtant pas un ratage, loin de là. Même si le côté féministe m’a paru bancal par moments, Tommy Lee Jones parvient cependant à peindre une époque dans laquelle la femme ne trouve pas sa place. Mais surtout, au-delà de l’aspect féministe, en mêlant sensibilité et dureté, il réussit à toucher en mettant en scène des personnages, homme (George Briggs) et femmes (les trois femmes ainsi que Mary Bee Cuddy), qui n’arrivent pas à trouver leur place dans ce monde et qui se détruisent. La question de l’espace est également bien exploitée, que ce soit à travers le voyage qui va de l’ouest à l’est (le trajet a un réel sens) ou la manière de filmer les magnifiques paysages. Le duo formé par Tommy Lee Jones-Hilary Swank est tout simplement fantastique. D’un côté, le réalisateur s’est donné un rôle à la fois drôle (il dit les choses « cash »), émouvant (il va se retrouver très attaché aux quatre femmes) et dur. De l’autre, Swank, qui semble retrouver enfin un rôle à la hauteur de son immense talent, incarne parfaitement cette femme qui semble forte de l’extérieur mais qui est en réalité fragile (elle souffre de la solitude), mystérieuse, et finalement qui est en train de sombrer dans la folie (ce qui est compliqué, vu sa mission envers les trois autres femmes). La manière d’avoir traité les personnages des folles m’a semblé maladroite, cependant, les trois actrices qui les interprètent (Grace Gummer, Mirando Otto, Sonja Richter) sont toutes convaincantes et surtout elles ont beaucoup de présence.

The Homesman : Photo Hilary Swank

Les sorcières de Zugarramurdi

réalisé par Alex de la Iglesia

avec Hugo Silva, Mario Casas, Carmen Maura, Carolina Bang…

titre original : Las Brujas de Zugarramurdi

Film fantastique, comédie espagnol. 1h52. 2013.

sortie française : 8 janvier 2014

Les Sorcières de Zugarramurdi

En plein jour, un groupe d’hommes braque un magasin d’or de la Puerta del Sol à Madrid. José, père divorcé en plein conflit avec son ex-femme, Tony, son complice, sex-symbol malgré lui, Manuel, chauffeur de taxi embarqué contre son gré dans l’aventure, et Sergio, le fils de José, partent en cavale. Objectif : atteindre la France en échappant à la police… Mais arrivé près de la frontière française, dans le village millénaire de Zugarramurdi, le groupe va faire la rencontre d’une famille de sorcières, bien décidées à user de leurs pouvoirs maléfiques pour se venger des hommes…

 Les Sorcières de Zugarramurdi : Photo

Comme d’habitude, Alex de la Iglesia signe un film bien barré. Il est clair que pas tout le monde adhère à son univers parce qu’il y a des choix parfois excessifs. Le film n’est pas parfait, il est presque parfois trop délirant (c’est même parfois un poil épuisant) et a quelques longueurs mais dans l’ensemble, j’ai quand même bien aimé Les Sorcières de Zugarramurdi. Au passage, ce village, situé au nord de l’Espagne, existe réellement et est réputé pour y avoir abrité des sorcières. J’ai trouvé le film très drôle, notamment le début vraiment réussi, avec les braqueurs déguisés en soldat et en Jésus qui ont embarqué le gamin de l’un d’entre eux. Il y a aussi quelques scènes bien déjantées avec les fameuses sorcières du titre, notamment une espèce de punk, une vieille bique qui oublie de prendre ses médocs ou encore une autre qui marche au plafond ! Le film sort quand même du lot mais il n’est pas seulement barré. Le fond est assez fort, même s’il ne plaira pas à certains (je dirais même certaines) qui comprendraient mal le propos. Alex de la Iglesia réalise un film féministe et en même temps, il critique tout de même les féministes les plus extrémistes. Mais le réalisateur ne s’attaque pas seulement à cette catégorie de femmes. Les hommes en prennent également pour leur grade, surtout les machistes, qui sont eux aussi des extrémistes. Le réalisateur dénonce également les désastreuses conséquences des divorces, notamment à cause des pensions alimentaires, de la garde des enfants ou encore tout ce qui concerne leur éducation. Les actes des personnages principaux masculins sont condamnables mais, on peut aussi comprendre leur désespoir, ce qui les rend tout de même attachants. Finalement, le propos est assez équilibré pour chaque sexe. Mais au-delà des critiques sur le comportement des uns et des autres et du délire fantastique, le réalisateur dresse aussi un portrait de l’actuelle Espagne. Le scénario s’égare par moments mais il tient quand même plutôt la route et contient quelques trouvailles et la mise en scène est inspirée. Tous les interprètes sont également excellents. En bref, Les Sorcières de Zugarramurdi (pétard, c’est chiant à écrire ce nom !) est un bon divertissement, sombre, explosif et intelligent à la fois.

Les Sorcières de Zugarramurdi : Photo Carmen Maura