A Ghost Story

réalisé par David Lowery

avec Casey Affleck, Rooney Mara, Liz Franke…

Drame, fantastique américain. 1h32. 2017.

sortie française : 20 décembre 2017

Apparaissant sous un drap blanc, le fantôme d’un homme rend visite à sa femme en deuil dans la maison de banlieue qu’ils partageaient encore récemment, pour y découvrir que dans ce nouvel état spectral, le temps n’a plus d’emprise sur lui. Condamné à ne plus être que simple spectateur de la vie qui fut la sienne, avec la femme qu’il aime, et qui toutes deux lui échappent inéluctablement, le fantôme se laisse entraîner dans un voyage à travers le temps et la mémoire, en proie aux ineffables questionnements de l’existence et à son incommensurabilité.

A Ghost Story : Photo Casey Affleck, Rooney Mara

Après Les Amants du Texas (Ain’t Them Bodies Saint, 2013), David Lowery réunit de nouveau Casey Affleck et Rooney Mara : A Ghost Story a suscité le buzz dès sa présentation dans les festivals (il est reparti avec plusieurs prix au festival du film américain de Deauville, dont le Prix du Jury). C’est certainement grâce à ce buzz en question qu’il a pu être distribué dans les salles françaises (il était probablement destiné à la VOD, ce qui aurait été fortement regrettable). Mais je me méfie toujours de la hype autour de certains films (certainement une manière de me protéger en cas de déception). J’ai lu des critiques radicalement opposées concernant ce film. Pour ma part, je ne choisis pas réellement mon camp, je suis juste mitigée : je reconnais au long-métrage de Lowery un certain nombre de qualités indéniables, je comprends aussi qu’on puisse en ressortir bouleversé. Mais je ne suis pas non plus totalement emballée, pas convaincue par tous les points : j’admets aussi que je suis sortie du film assez indifférente d’un point de vue purement émotionnel. Pour construire l’identité de son personnage principal, David Lowery reprend une image du fantôme très commune, autant énigmatique qu’enfantine : une entité portant un drap blanc. Difficile de juger l’interprétation de Casey Affleck (en ce moment dans de sales draps – pas pu m’empêcher de faire cette vanne) qui passe plus du 3/4 du film sous ce drap. Cela dit, l’utilisation de ce long tissu qui traîne (visiblement difficile pour les costumiers à le fabriquer, on ne l’aurait pas forcément imaginé) est remarquable dans le sens où il parvient à installer à lui-seul une atmosphère si particulière, entre la poésie, l’hypnose et le malaise. Sur le papier, difficile de s’attacher à cette entité, en sachant qu’on ne connait pas spécialement la vie de cet homme avant sa mort, en dehors de quelques moments durant sa vie de couple (sa femme est incarnée par Rooney Mara – je l’aime toujours mais elle minaude de plus en plus). Pourtant, rien que par ces yeux ronds noirs étrangement expressifs, c’est tout le contraire qui se produit. Ne pas connaître la vie de cet homme avant son décès accidentel est à double-tranchant. D’un côté, on peut très bien se contrefoutre du sort de cet esprit errant. Mais cela est aussi un moyen de rendre le propos plus universel, chacun étant voué à la mort. Revenons maintenant sur le format, le film étant filmé en 4/3 et avec un cadre vignette aux bords arrondis (comme certains filtres sur Instagram : oui, il s’agit d’un raccourci purement gratuit).

A Ghost Story : Photo Rooney Mara

Selon le réalisateur, ce format renforcerait pour le spectateur une impression de confinement et de claustrophobie. Mais paradoxalement, cette sensation serait également adoucie par les bouts non rectangulaires : la mort est alors un concept « glauque » que libérateur. Même si je n’ai pas pu m’empêcher au bout d’un moment de trouver ce choix de format un peu gratuit (dans le sens où j’avais l’impression que c’était aussi une manière pour le film de se détacher et de faire « parler » de lui), dans l’ensemble, il parvient tout de même à prendre sens par rapport au propos et au ressenti possible. Globalement, au-delà de ce choix, le film est remarquable esthétiquement, appuyé par une fantastique photographie et un fabuleux travail de lumière. Il est certain qu’il participe à ce sentiment constant de poésie, de mysticisme et de noirceur. Je pourrais dire tout ce que je veux concernant ce film, mais en 2017 c’est certainement, de ce point de vue-là, le plus beau long-métrage que j’ai vu. Le long-métrage, bénéficiant d’une mise en scène consistante, est accompagné par une remarquable bande-originale signée par Daniel Hart. Bref, il ne manque pas de qualités mais selon moi, un peu comme je l’expliquais déjà juste avant, elles peuvent être vues comme des défauts (et vice versa). Revenons par exemple sur les longueurs et les plans fixes qui semblent avoir divisé le public. A l’origine, je ne suis pas contre ces choix, loin de là. Ils restent notamment cohérents par rapport à l’ambiance générale installée dès le début. On a beaucoup critiqué la scène de la tarte que j’ai pourtant adoré : tout le monde s’est acharné sur cette scène en critiquant sa longueur. Mais pour ma part, le réalisateur a cerné toute la souffrance dans cet acte de boulimie (le tout avec le fantôme qui observe comme nous en silence et sans bouger) qui se déroule paradoxalement dans un laps de temps très court (bah oui parce que s’empiffrer d’une tarte au chocolat pour 6-8 personnes en cinq minutes, c’est très – très – court). En revanche, par exemple, la scène du monologue, qui explique en quelque sorte l’ensemble du film (mais pourquoi faire ça ? Ca casse tout le mystère et surtout tout le cheminement personnel du spectateur par rapport à la réflexion initiale autour de la mort et de la vie), est juste interminable ! Enfin, si je vois où Lowery veut en venir par rapport à la boucle temporelle (en essayant de créer un suspense alors qu’on peut deviner rapidement cet élément en étant observateur), je ne suis pas non plus totalement convaincue par la manière de l’introduire. Pour ses idées de mise en scène et ses choix esthétiques, pour son beau message qui parlera personnellement à chaque spectateur, pour son ambition, A Ghost Story mérite d’être vu. Il s’agit indéniablement d’une expérience à part même si je ne suis pas nécessairement convaincue par certains points et que je n’ai pas été totalement embarquée par toutes les propositions.

A Ghost Story : Photo

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S.O.S. Fantômes (2016)

réalisé par Paul Feig

avec Kristen Wiig, Melissa McCarthy, Kate McKinnon, Leslie Jones, Chris Hemsworth, Charles Dance, Neil Casey, Michael K. Williams, Andy Garcia, Cecily Strong, Ed Begley Jr., Bill Murray, Dan Aykroyd, Sigourney Weaver, Ernie Hudson, Annie Potts, Ozzy Osbourne…

titre original : Ghostbusters

Comédie fantastique américaine. 2h. 2016.

sortie française : 10 août 2016

Movie Challenge 2017 : Une comédie

Erin et Abby écrivent ensemble un livre sur des phénomènes paranormaux. Mais l’ouvrage n’ayant aucun succès, elles tentent de reprendre une vie normale. Des années plus tard, les deux femmes renouent quand leur œuvre est sur le point d’être rééditée. Devenue une enseignante respectée, Erin ne veut plus en entendre parler. Pour annuler la publication, elle accepte d’aider sur Abby, qui travaille maintenant avec Jillian, sur une enquête paranormale. Là, elles sont confrontées à un fantôme. Elles décident alors de créer une agence de détectives spécialisée et tentent de développer des armes pour lutter contre l’invasion d’esprits qui se prépare… (résumé : Télérama)

S.O.S. Fantômes : Photo Kate McKinnon, Kristen Wiig, Leslie Jones (II), Melissa McCarthy

Je ne vais pas clamer haut et fort que je suis une fan absolue de Ghostbusters. Mais comme beaucoup de cinéphiles (et de spectateurs tout simplement), j’aime énormément le premier opus d’Ivan Reitman. J’ai découvert ce film culte enfant et j’aime le revoir dès qu’il est rediffusé à la télé. J’avoue que j’aime moins le deuxième opus (même si je le trouve tout de même très sympathique). S’attaquer à un reboot d’un film aussi culte (et débarquant des années après) était une tâche compliquée. J’étais moi-même très sceptique de voir ce projet (surtout quand on voit l’état actuel d’Hollywood sans inspiration qui ne fait que recycler de vieux films ou n’offre que des suites). J’avais aussi peur qu’on nous colle des femmes au casting pour parce qu’il fallait mettre des femmes (même si c’est une très bonne chose que Hollywood se réveille enfin), sans qu’il y ait derrière une démarche intéressante. Cela dit, les trop grandes remarques sexistes et même racistes à l’encontre du film (et de l’actrice Leslie Jones) avant même qu’il sorte dans les salles étaient vraiment violentes et rien que pour cette raison, j’avais finalement envie de soutenir ce projet même si encore une fois je n’étais pas rassurée. J’aime énormément Mes Meilleures Amies (Bridesmaids), j’apprécie Spy et Les Flingueuses qui m’ont également provoqué quelques fous rires et dans l’ensemble la nouvelle génération du Saturday Night Live (SNL pour les intimes) me séduit. Voir Paul Feig derrière la caméra réunissant Kristen Wiig, Melissa McCarthy, Kate McKinnon et Leslie Jones me réjouissait. Finalement, les critiques n’ont pas été désastreuses contrairement à ce qu’on attendait. Même des critiques sceptiques à l’origine (comme je l’étais) par le projet semblent avoir apprécié ce nouveau Ghostbusters. Bref, j’étais donc à la fois curieuse et un poil effrayée. Sans crier au chef-d’œuvre (il a ses imperfections), ce nouveau Ghostbusters m’a clairement plu et m’a agréablement surprise. Il n’a pas la prétention de faire oublier les films de Reitman, il assume ses clins d’œil, ses scènes parfois reprises des précédents volets et même ses sympathiques et rassurants caméos (Bill Murray, Dan Aykroyd, Annie Potts, Ernie Hudson, Sigourney Weaver et même le regretté Harold Ramis sous forme de statue !). Je n’ai pas eu la sensation qu’il cherchait à copier, juste de tenter de proposer une comédie différente par son ton (plus graveleux et potache) et les traits de son époque (la technologie – notamment Youtube – s’intègre dans le récit).

Bref, on respecte l’univers original tout en ajoutant sa touche personnelle et sa modernité. J’avais peur que le film soit trop nostalgique : il l’est certainement par moments mais il n’en abuse pas non plus. Je ne m’en suis jamais cachée : les comédies de Paul Feig me plaisent : cela fait du bien, dans le cadre de films à gros budget, de voir la femme valorisée. Pour moi, ce nouveau volet est bien une ode aux femmes fortes, solidaires, drôles, intelligentes, culottées  et indépendantes, le tout sans être un pamphlet qui aurait pu être pénible. Dans un film plus traditionnel, on aurait pu s’attendre à certains schémas du type l’une des héroïnes tombe amoureuse d’un beau gars fort et intelligent. Il n’y a pas d’histoire d’amour et le bonhomme séduisant présent est un pur idiot qui ne sait même pas ce qu’il fout là et porte des lunettes sans verre pour éviter de les salir : cette inversion des rôles (le secrétaire en question reprend le stéréotype habituel de la jeune potiche bêbête séduite par ses partenaires masculins) est donc assez pertinente. Esthétiquement, le film joue parfois avec le kitsch (comme pour rendre hommage à la saga très 80s) mais paradoxalement il est aussi bien foutu (en tout cas les effets spéciaux m’ont convaincue). Le petit reproche pourrais-je donc faire à ce Ghostbusters ? L’ensemble est divertissant mais j’ai parfois senti quelques baisses de rythme. Le casting est vraiment très bon, tirant véritablement le film vers le haut. Kristen Wiig s’en sort très bien dans le rôle de la scientifique coincée qui se retrouve dans des situations improbables. Et ses retrouvailles avec Melissa McCarthy, qui joue certes toujours grosso modo la même chose (mais je ne m’en lasse parce que la voir déblatérer autant de conneries à la seconde) mais qui est toujours aussi drôle, sont juste pour moi un pur bonheur. Leur complicité saute vraiment aux yeux ! Kate McKinnon (connue ces derniers temps pour ses imitations d’Hilary Clinton) est certainement une des très bonnes surprises de ce film, on peut même parler de révélation. Je ne pense pas être la seule à avoir eu un coup de cœur pour elle ! Leslie Jones complète bien ce quatuor assez équilibré même si elle est un peu plus en retrait et débarque plus tard dans l’histoire (je n’ai pas eu l’impression qu’il y en avait une qui tirait la couverture). Chris Hemsworth est également hilarant et irrésistible dans le rôle d’un bel abruti et j’espère que nous le verrons davantage dans un registre comique. Pour conclure, ce Ghostbusters au féminin est une bonne surprise qui ne mérite ni son lynchage ni son échec dans les salles obscures.

S.O.S. Fantômes : Photo Chris Hemsworth

Le mystère Enfield

Créée par Joshua St. Johnston

avec Timothy Spall, Matthew Macfadyen, Eleanor Worthington-Cox, Rosie Cavaliero, Juliet Stevenson…

titre original : The Enfield Haunting

Série dramatique, épouvante-horreur britannique. 1 saison. 2015.

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Eté 1977, Peggy Hodgson et ses trois enfants expérimentent des phénomènes très étranges dans leur nouvelle maison située à Einfield. Elle fait alors appel à Maurice Grosse, chercheur débutant dans le paranormal, pour qu’il mène l’enquête. Il est assisté par Guy Lyon Playfair, investigateur expérimenté qui aborde ce cas avec scepticisme.

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On connait tous l’affaire Enfield (notamment avec des célèbres photographiques relatant les événements – notamment celle de la gamine balancée de son lit / en train de se jeter de son lit ?) au point qu’elle a été cette année l’objet d’un long-métrage, je parle évidemment de Conjuring 2 : Le Cas Enfield par James Wan. Avant la sortie du film américain très romancé (les Warren ont bien rendu visite à la famille touchée, les Hodgson, mais ne sont restés qu’un jour tout comme ce ne sont pas eux qui ont résolu le problème), la mini-série britannique Le Mystère Enfield (The Enfield Haunting) s’était déjà intéressée à cette histoire. Composée de trois épisodes durant chacun 45 minutes, cet objet télévisuel s’appuie sur l’ouvrage de Guy Lyon Playfair, This House is Haunted (1980) qui serait basé sur ce qu’il aurait vu dans cette maison en question. Guy Lyon Playfair est ici l’un des personnages principaux de la série et est interprété par Matthew Macfadyen (je tenais à dire que cette coupe seventies lui va parfaitement bien !). Pour la petite précision, alors qu’il a longuement participé à l’enquête autour de cette affaire, le personnage de Playfair n’apparait pas dans Conjuring 2. En revanche, dans ce film en question, on retrouvait déjà (dans un rôle secondaire) Maurice Grosse interprété par Simon McBurney. Le personnage, incarné ici par Timothy Spall, prend alors dans cette mini-série beaucoup plus de place en étant désormais (avec Playfair). Pour les amateurs d’horreur ou de sensations fortes, vous risquez d’être déçus. Cela ne signifie pas qu’il n’y a pas des scènes effrayantes. Les épisodes mettent mal à l’aise, on assiste à des événements surnaturels qui ne peuvent évidemment pas nous rassurer (avec tout ce qu’on connaît déjà : voix flippantes, objets et personnes en lévitation etc…). Mais rapidement on comprend qu’on n’est pas concrètement face à une série d’horreur (même si je l’ai regardée le jour d’Halloween vu que je ne savais pas trop regarder et que le replay d’Arte ne dure pas non plus une éternité). Il faut dire les choses : c’est avant tout une mini-série dramatique qui reprend la célèbre histoire pour s’intéresser à des problèmes plus intimistes.

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En effet, si nous assistons (avec Maurice Grosse et Guy Playfair) bien à des événements surnaturels, la série préfère se pencher davantage sur l’une des théories autour de cette affaire : la supercherie. Le film de James Wan mettait déjà en scène certains experts (notamment Anita Gregory – interprétée par Franka Potente) qui remettaient en question l’histoire de la famille – principalement pour des raisons financières. Certes, on ne nous affirme pas totalement ce qui s’est passé (seuls les Hodgson connaissent la vérité). Est-ce que tout est faux ? Est-ce qu’il y a, malgré des mensonges avérés, une part de vérité  (la vraie Janet affirme qu’il n’y aurait que 2% de mensonges parmi tout ce qu’elle a dit – et qu’elle n’avait menti que pour faire intervenir des spécialistes qui ne se seraient pas intéressés aux réels événements) ? En tout cas, cette mini-série prend un parti intéressant : montrer la connexion entre Maurice Grosse et la petite Janet Hodgson. Maurice Grosse n’est alors un personnage qui sert à enquêter, on s’intéresse réellement à lui avec ses problèmes personnels et donc ses blessures. Le parapsychologue de la Society for Psychical Research a vécu un drame (compliquant les relations avec son épouse) en perdant sa fille d’un accident de la route. La fille en question se prénommait… Janet. Grosse a-t-il alors accepté de s’investir autant dans cette enquête car il pensait retrouver en quelque sorte sa fille chez les Hodgson ? Quant à Janet, n’est-elle pas perturbée voire même traumatisée par le divorce de ses parents ? Est-ce qu’elle aurait pu inventer ces poltergeists chez elle par manque d’attention et affectif ? Finalement, au fond, ce n’est pas si important de savoir s’il s’agit d’un mensonge ou non – même si la présence de Grosse et Playfair reste intéressante dans cette quête de vérité : même s’ils sont prudents (surtout Playfair) voient-ils ce qu’ils ont envie de voir (cela dit la question de la vue et de la croyance était à mon avis davantage poussée chez Wan) ? La métaphore autour des fantômes (deuil, départ d’un être qu’on aime) reste alors pour moi plutôt réussie et intéressante et c’est selon moi pour cette raison qu’il faut découvrir cette mini-série

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Vu ma description et la démarche des scénaristes, ne vous attendez à voir de l’action à tout bout de champ ! Cela dit, je ne me suis pas ennuyée un seul instant. Il faut dire que le format est selon moi bien trouvé dans le sens où ce n’est ni trop court ni trop long. Les trois épisodes en question, qui s’enchaînent plutôt bien, ont été réalisés par Kristoffer Nyholm, qui avait signé une des saisons de la série danoise réputée The Killing (que j’aimerais bien découvrir) et je dois dire qu’il a fait du bon boulot. La mise en scène est plutôt soignée et réfléchie. Encore une fois, certaines scènes sont assez flippantes et les effets sont bien faits (même si pour les deux cas il n’y a rien de révolutionnaire mais ça ne m’a pas non plus chiffonnée). Evidemment, encore une fois, il ne faut pas chercher de comparer avec Conjuring 2. Il n’y a pas les mêmes moyens mis (il ne faut pas oublier qu’on est face à un produit télévisuel – pas tous ont le même budget qu’un Game of Thrones) et de toute façon, encore une fois, la série ne cherche pas à nous époustoufler visuellement. Cela dit, on notera tout de même un soin accordé à la reconstitution des années 1970, que ce soit au niveau des décors, des costumes et même plus généralement l’ambiance, sans que cela m’ait paru trop exagéré. Niveau écriture, dans l’ensemble, je suis assez satisfaite. Enfin, Le Mystère Enfield est également servi par un très bon casting. Timothy Spall est fabuleux voire même bouleversant dans le rôle de Maurice Grosse. Même si elle reste en retrait, l’interprétation de Juliet Stevenson est également très touchante. J’ai également bien aimé l’interprétation de Matthew Macfadyen même si on aurait pu exploiter davantage son rôle. La jeune Eleanor Worthington-Cox (qu’on a pu voir dans Maléfique de Robert Stromberg) est également géniale dans le rôle de cette gamine ambiguë, difficile à cerner. Son interprétation est cohérente avec l’ambiguïté même du scénario autour de la véracité ou non de l’affaire. Pour conclure, sans crier au chef-d’oeuvre, il s’agit d’une très bonne mini-série que je vous conseille (et donc pas besoin d’être fan) prouvant de nouveau la qualité des programmes de fiction britanniques.

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Conjuring 2 : Le cas Enfield

réalisé par James Wan

avec Patrick Wilson, Vera Farmiga, Frances O’Connor, Madison Wolfe, Franka Potente, Simon McBurney, Maria Doyle Kennedy…

Film d’épouvante-horreur américain. 2h13. 2016.

titre original : The Conjuring 2 : The Enfield Poltergeist

sortie française : 29 juin 2016

interdit aux moins de 12 ans

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Une nouvelle histoire vraie issue des dossiers d’Ed et Lorraine Warren : l’une de leurs enquêtes les plus traumatisantes.
Lorraine et Ed Warren se rendent dans le nord de Londres pour venir en aide à une mère qui élève seule ses quatre enfants dans une maison hantée par des esprits maléfiques. Il s’agira d’une de leurs enquêtes paranormales les plus terrifiantes…

Conjuring 2 : Le cas Enfield : Photo Madison Wolfe

J’avais déjà beaucoup aimé Conjuring : Les Dossiers Warren par la même équipe (James Wan à la réalisation, le couple Patrick Wilson-Vera Farmiga devant la caméra), c’est pour cette raison que j’ai voulu aller découvrir cette suite très rapidement, même si j’avais peur qu’elle ne soit pas à la hauteur du premier opus (et je précise que je n’ai pas encore vu entre-temps le – visiblement – désastreux spin-off Annabelle de John R. Leonetti). En dehors de la horde d’ados déchaînés dans la salle qui ont foutu un incroyable bordel (donc j’en profite : allez vous faire foutre !), j’ai étonnamment aimé cette suite qui elle aussi s’inspirerait bien d’une histoire vraie (ce qui bien mis en avant – même si les ados dans la salle ont mis une plombe à capter l’info – donc en plus ils ne savent pas lire, passons). En effet, entre 1977 et 1979, la famille Harper (qui vit donc à Enfield en Angleterre), aurait été harcelée et menacée par un fantôme. Ce fait divers avait déjà été au coeur d’un téléfilm en 2015, The Enfield Haunting, avec Timothy Spall. On aurait pu croire que le changement de lieu (le premier film se déroulait entièrement aux Etats-Unis, cette suite une bonne partie en Angleterre) était superficiel. En réalité, il ne fait que confirmer la volonté de proposer un film différent (ce qui est déjà bien en soi – même s’il s’agit d’un film commercial) tout en gardant certaines structures déjà présentes dans le premier. Il y a un bon compromis trouvé pour faire une bonne transition entre les deux films sans donner une impression de répétition. Je dirais d’ailleurs que cette suite ne devrait pas perturber ceux qui n’auraient pas eu l’occasion de découvrir le premier opus. En fait, il reprend bien la structure du premier film dans le sens où durant une première partie, on nous présente parallèlement le travail des Warren et la famille en détresse attaquée par les fantômes, puis dans la seconde partie, il y a une rencontre entre la famille et les Warren (jusqu’à la solution finale). Mais pourtant on a clairement pas l’impression de voir la même chose. Peut-être parce qu’on passe de la campagne éloignée du monde (dans le premier opus) à un environnement plus urbain. Ces deux films font tous les deux peur (en tout cas en ce qui me concerne) mais grâce à l’environnement, je dirais que cette peur en question s’exprime différemment. C’est plus ça qu’il faut retenir que le changement de pays. En tout cas, l’ambiance très années 70s (dans les costumes, décors ou même choix musicaux) fonctionne toujours autant. Ca permet de rendre hommage au cinéma d’horreur de cette époque mais en n’essayant pas à tout prix de faire du copier-coller.

Conjuring 2 : Le Cas Enfield : Photo Vera Farmiga

Certes, on retrouve pas mal de jumpscares mais je trouve qu’ils sont très efficaces, c’est déjà pas si mal (surtout quand on voit l’état du cinéma d’horreur actuellement). Au-delà de la peur que j’ai ressentie, je trouve qu’on trouve mine de rien une certaine inventivité qui fait plaisir à constater, surtout de la part d’un film de studio. Certaines scènes sont vraiment intenses grâce à des idées bien exécutées. Evidemment, toutes les scènes avec la vieille madame démon sont flippantes (notamment celle avec le tableau, très bien faite). Il y a aussi cette scène dans laquelle le couple Warren et autres intervenants se retournent pour pouvoir faire parler le démon dans la petite fille : on voit, dans le flou et en arrière-plan, le changement de personnage. C’est ça qui est effrayant : on ne voit pas clairement ce qui se passe et en même temps le peu qu’on voit permet au spectateur d’aller puiser dans une certaine imaginaire et surtout de s’attendre à ce qu’il ne veut pas voir. Justement cette question sur la perception est très bien traitée dans le film, notamment autour de ce qu’on voit et ce qu’on croit (voir). A noter la présence de détails, notamment en ce qui concerne une des « révélations » permettant de résoudre l’intrigue. On sent toujours l’investissement et la patte personnelle de James Wan. La mise en scène est toujours aussi soignée et précise. Il y a aussi un grand soin accordé aux décors et aux costumes, qui contribuent aussi à l’atmosphère angoissante très présente. L’ensemble est également très prenant. La preuve : avant d’aller au cinéma, je n’avais pas pris le soin de regarder la durée. J’ai été surprise d’apprendre en sortant de la salle qu’il durait 2h13. Je n’ai pas senti de longueurs. Certes, pourtant, le film prend le temps d’exposer l’histoire mais je ne me suis pas ennuyée car le montage, très équilibré pour présenter les deux parties, est très efficace, et surtout encore une fois, il y a une ambiance présente du début jusqu’à la fin. Le casting est également à la hauteur. Comme dans le premier opus, Patrick Wilson et Vera Farmiga sont très bons. Encore une fois le couple qu’ils forment fonctionne et reste attachant. Tous les seconds rôles sont également très bons, notamment en tête Madison Wolfe, bluffante en gamine possédée à la limite de la schizophrénie par moments. Elle m’a parfois rappelée à l’époque la petite Regan (Linda Blair) dans L’Exorciste sans toutefois chercher à l’imiter.

Conjuring 2 : Le Cas Enfield : Photo Benjamin Haigh, Lauren Esposito, Maria Doyle Kennedy, Patrick Mcauley

American Horror Story : Hotel

Créée par Ryan Murphy et Brad Falchuk

Avec Lady Gaga, Kathy Bates, Evan Peters, Sarah Paulson, Denis O’Hare, Wes Bentley, Matt Bomer, Cheyenne Jackson, Chloë Sevigny, Angela Bassett, Mare Winningham, Finn Wittrock, Max Greenfield, John Carroll Lynch, Lili Rabe, Gabourey Sidibe, Anthony Ruivivar, Richard T. Jones, Naomi Campbell, Darren Criss, Mädchen Amick, Alexandra Daddario, Christine Estabrook…

Anthologie horrifique américaine. 5e saison. 2015-2016.

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A Los Angeles, la Comtesse Elizabeth dirige l’hôtel Cortez, un lieu dans lequel se déroulent des événements étranges. Rob Lowe, qui enquête sur une série de meurtres, atterrit à l’hôtel, rempli de personnages ambigus et de secrets terrifiants…

Photo Lady Gaga

La cinquième saison de la série d’anthologie American Horror Story s’intitule Hotel. Elle a été marquée par le départ (espérons provisoire !) de Jessica Lange et remplacée par la chanteuse Lady Gaga (qu’on voit décidément partout : aux Golden Globes en touchant Leonardo DiCaprio, au Superbowl avec sa reprise de l’hymne national américain, en David Bowie aux Grammy et bientôt aux Oscars : depuis le bide de son dernier album très étrange, pour ne pas dire inécoutable, on ne la jamais autant vue !). Certes, cette dernière est déjà apparue dans quelques films mais n’avait jamais tenu un tel rôle ! Nous reviendrons sur sa performance plus tard. En tout cas, comme pour les précédentes saisons, nous pouvons suivre sans souci les épisodes de Hotel même s’il y a plusieurs connexions avec les précédentes saisons (la première Murder House et la troisième Coven) à travers des flashbacks ou en faisant intervenir (ou plutôt revenir) certains personnages comme par exemple le docteur Charles Montgomery (Matt Ross), l’agent immobilier Marcy (Christine Estabrook) et la médium Billie Dean Howard (Sarah Paulson) de la première saison ou encore Queenie (Gabourey Sidibe) de la troisième saison. Si j’ai depuis rattrapé mon retard et ai enfin vu la première saison, au moment où j’ai vu Hotel, je n’avais pas encore regardé Murder House. Pourtant, je vous confirme qu’on peut suivre Hotel sans connaître ce qui s’est passé dans les précédentes saisons (même si ça doit être un petit plus quand on connait déjà certains personnages). Parlons alors de Hotel : je dois avouer que j’étais au début un peu sceptique. Pourtant, les épisodes dès le début sont plaisants et rythmés, en terme de divertissement je n’ai pas été déçue de ce côté-là. Cette saison est bourrée de références que ce soit à la première saison (l’hôtel semble avoir les mêmes fonctions que la maison de l’horreur) ou plus généralement à de grandes oeuvres littéraires et/ou cinématographiques. La référence la plus évidente est celle de Shining (notamment dans l’esthétique même de l’hôtel ou le parallèle entre Jack Torrance et John Lowe) ou encore à Gatsby le Magnifique. Cela dit, on n’a pas non plus l’impression de voir un copier-coller de ce qu’on a déjà vu. Cette saison trouve vite ses marques et plus généralement sa personnalité.

Photo Evan Peters

Pourtant je me suis demandée au début où ça voulait en venir. Je ne comprenais pas la direction prise par le scénario (il faut dire qu’il y a pas mal d’intrigues et de personnages en parallèle) ni le propos derrière. Je n’ai pas non plus tout de suite compris l’intérêt de certains personnages pour être honnête, notamment celui de Sally (Sarah Paulson). Après, de tête, vers la mi-saison, le scénario prend en quelque sorte une tournure qui relance le récit et qui a balayé tous les doutes que j’avais. Certes, je reste persuadée que certains rôles secondaires, notamment Will Drake (Cheyenne Jackson), Donovan (Matt Domer) ou encore Alex (Chloë Sevigny), ne sont pas totalement exploités. Cela dit, les scénaristes ont pour moi le don de rendre cette série toujours aussi addictive et inventive (déjà rien que l’épisode avec tous les tueurs à Halloween est juste… wow !). Pourtant, sur le papier, on a vu des tonnes de fois des histoires avec des vampires, des fantômes et des tueurs mais j’ai pourtant pris un réel plaisir à redécouvrir ici ces variations sur ces thèmes et personnages. Ce que j’avais peur au début de cette saison, c’est le lot conséquent d’intrigues et de personnages en peu d’épisodes (on en compte douze). Or, finalement, toutes les histoires se rejoignent de manière cohérente au bout d’un moment. De plus, la mise en scène est toujours aussi soignée, les décors très réussis, mêlant à la fois le glamour et le glauque, à l’image des personnages. En ayant conscience que cette saison a ses quelques défauts, et paradoxalement, même si certains personnages auraient mérité un meilleur traitement, pourtant l’écriture des personnages est un atout selon moi. Les scénaristes n’ont pas eu peur d’exploiter leur folie, leurs côtés les plus sombres mais aussi paradoxalement leur humanité. Je trouve que leur complexité ressort véritablement dans la deuxième partie de la saison, en particulier dans l’épisode final, pour moi une grande réussite émotionnelle permettant de boucler tout ce qui a été mis en place. Les personnages un peu trop délaissés finissent même par trouver leur place. De ce que j’ai vu (j’ai donc vu trois saisons sur cinq de la série, en sachant que j’ai aussi vu sans le vouloir le final de Coven), je trouve qu’il s’agit du final le plus réussi d’une saison de American Horror Story.

Photo Sarah Paulson

On attendait forcément au tournant Lady Gaga et même si Jessica Lange nous manque, la chanteuse, qui a remporté un Golden Globe pour son interprétation, s’en sort remarquablement bien (même si, pour être honnête, son prix me semble un peu exagéré, mais après il n’a pour moi rien de honteux). Certes, on pourra toujours dire que le rôle était vraiment fait pour elle ou même qu’elle fait du Lady Gaga dans un sens. Mais elle n’interprète pourtant pas un rôle un si facile que ça et ne se contente pas de jouer la femme glamour qui défile avec de somptueux et extravagants costumes. Après, peut-être que son interprétation est aidée par l’écriture même de son personnage. Ce que je peux dire, c’est qu’elle n’est pas la plus épatante du casting. Comme beaucoup d’internautes, j’ai été bluffée par la performance de Denis O’Hare alias l’attachante Liz Taylor. On aurait pu vite tomber dans la caricature mais au fil des épisodes, ce personnage prend de plus en plus d’épaisseur et au final on est content de le revoir à chaque épisode. C’est finalement un personnage positif (ce qui fait du bien vu la noirceur des personnages, que ce soit dans cette saison ou même les autres) qui va apporter une véritable émotion à cette série très sombre. Dans l’ensemble, le reste du casting est à la hauteur. Sarah Paulson incarne certes un personnage difficile à cerner au début de cette saison pourtant son interprétation est de nouveau très juste et elle aussi évite une caricature qui était pourtant possible. Là encore, même si son personnage aurait pu être plus développé, j’ai bien aimé l’interprétation de Chloë Sevigny. Je connais finalement mal cette actrice mais je ne l’aurais pas imaginée dans un rôle plus posé. On ne peut évidemment pas passer à côté de Evan Peters, loin de ses rôles d’ado (certes perturbé mais un ado ou jeune homme). Il incarne ici l’inquiétant serial killer James Patrick March. Il y a quelque chose de plus adulte dans ce rôle. Je sais que certains spectateurs ont eu du mal à voir l’acteur avec le costume d’époque, cette voix assez forcée, mais je trouve que son interprétation reste crédible. Angela Bassett joue encore les femmes fatales mais encore une fois, elle fait des merveilles. J’ai également pris beaucoup de plaisir à revoir Finn Wittrock (alias Dandy de Freak Show) dans un double-rôle (un mannequin écervelé et un acteur de l’époque) ainsi que Mare Winningham fantastique en maniaque du ménage : officiellement, ils font partie des rôles récurrents et non principaux. Pourtant, je pense qu’ils méritaient bien d’apparaître dans le générique d’ouverture avec tous leurs autres camarades ! Enfin, même s’il ne s’agit que d’un petit rôle, Lili Rabe en Aileen Wuornos est fantastique !

Photo Denis O'Hare

Vers l’autre rive

réalisé par Kiyoshi Kurosawa

avec Eri Fukatsu, Tadanobu Asano, Yû Aoi…

titre original : Kishibe no tabi

Drame, romance japonais, français. 2h07. 2015.

sortie française : 30 septembre 2015

Vers l'autre rive

Au cœur du Japon, Yusuke convie sa compagne Mizuki à un périple à travers les villages et les rizières. A la rencontre de ceux qu’il a croisés sur sa route depuis ces trois dernières années, depuis ce moment où il s’est noyé en mer, depuis ce jour où il est mort. Pourquoi être revenu ?

Vers l'autre rive : Photo Eri Fukatsu, Tadanobu Asano

Je n’ai pas vu tous les films de Kiyoshi Kurosawa, loin de là. Mais ce que j’ai pu voir, j’aime beaucoup son travail. Son dernier film, Vers l’autre rive, qui a remporté le Prix de la Mise en Scène au dernier festival de Cannes (dans la section « Un Certain Regard ») a enthousiasmé la presse ainsi que les spectateurs (d’après ce que je lis sur Allocine ou sur les blogs en général). C’est en toute logique et en toute confiance que je suis allée voir ce film, adapté du roman de Kazumi Yumoto. Je ne voulais pas dire du mal de Kiyoshi Kurosawa car encore une fois, je le respecte énormément. Evidemment qu’on retrouve ici son talent de mise en scène, on ne peut pas dire qu’on est face au premier tâcheron venu. Ainsi, on sent le réalisateur toujours aussi préoccupé par les espaces, par la présence du fantôme, comment intégrer cette figure fantastique dans notre monde réel. On peut également constater un joli travail technique et esthétique. La photographie est par exemple très soignée, il y a aussi un joli jeu de lumière, certains plans sont remarquables etc. Cet ensemble contribue à l’exploitation des thèmes abordés par Kurosawa. On ne peut pas résumer ce film à une simple histoire de fantômes (et par conséquent à une histoire de deuil), le réalisateur traite en parallèle d’un autre sujet : celui de la mort du couple dans tous les sens du terme, que ce soit du temps des vivants (malgré un amour évident, Yusuke et Mizuki ont rencontré des problèmes au sein de leur couple) ou à la confrontation à la mort (le couple peut-il littéralement mourir face au deuil ?). Enfin, le fantastique se mêle aussi à une sorte de road movie revisité qui souligne la métaphore du voyage de l’âme qui erre jusqu’à un autre monde, un au-delà ainsi que le voyage des vivants à faire leur deuil définitivement. Là, j’ai l’air de dire que le film est trop génial et tout ça. Non, je clarifie les choses : je ne suis pas totalement de mauvaise foi. Le film a certainement ses qualités. Je ne vais pas crier sur tous les toits qu’il s’agit d’une daube. Je suis certaine que des spectateurs ont pu être sensible à l’atmosphère, proche des films de Naomi Kawase (ce qui n’est pas bon signe en ce qui me concerne vu que je n’aime pas ce qu’elle fait). Mais voilà, il se trouve que malgré des qualités évidentes, des choses réellement intéressantes, je n’ai pas du tout aimé Vers l’autre rive.

Vers l'autre rive : Photo Eri Fukatsu

Il faut quand même le dire : je me suis fait chier comme un rat mort. Oui, bon, c’est pas trop poli de dire ça mais face à mon ennui total, c’est vraiment l’expression qui correspond le mieux à mon état durant la séance. Pourtant, même si on n’est pas dans un film d’action, je n’ai pas trouvé le rythme si lent que ça, c’est juste que j’ai trouvé la manière de raconter cette histoire soporifique. Le pire, c’est que je trouvais que le film partait pas si mal que ça : certes, en tant que jeune française qui ne connait pas forcément en détail toute la culture japonaise, c’est clair que j’ai trouvé cette histoire de revenant très chelou (pourtant je ne suis pas à mon premier film japonais avec des fantômes et tout ça) mais le film commence directement, en nous expliquant rapidement la situation. Mais, finalement, après les dix premières minutes, je n’accroche pas du tout à l’histoire, à l’univers soi-disant « flottant » (je ne sais pas si ce que je viens de dire a le moindre sens), je commence à m’emmerder. En fait, il faut le dire : je ne suis tout simplement pas entrée dans le film ! Par conséquent, à cause de l’ennui (je dois même vous avouer que j’ai dormi les dix dernières minutes, je voyais mes paupières cligner comme un papillon en train de crever sur une lampe allumée, et puis bing, j’ai dormi, je me suis réveillée et paf générique de fin !), je n’ai pas du tout été émue par cette histoire de deuil et d’amour. Pour ne rien arranger, si j’ai plutôt accroché au jeu de Tadanobu Asano, en revanche j’ai trouvé Eri Fukatsu assez mauvaise. Enfin, je n’ai pas aimé l’utilisation de la musique composée par Yoshihide Otomo et Naoko Eto. En dehors du film, cette musique est pourtant jolie, agréable à écouter. Mais alors durant le long-métrage, cette partition est limite catastrophique. En fait, soit on a droit à une musique super lourdingue et envahissante façon soap opera, soit j’ai eu l’impression que certaines scènes, très silencieuses, auraient pu bénéficier d’une musique (et pourtant j’aime bien les scènes dans lesquelles il n’y a pas de musique). Bref, je sais que ça peut paraître paradoxal ou bizarre mais la musique m’a vraiment perturbée !

Vers l'autre rive : Photo

Poltergeist (2015)

réalisé par Gil Kenan

avec Sam Rockwell, Rosemarie DeWitt, Jared Harris, Jane Adams, Saxon Sharbino, Kyle Catlett, Kennedi Clements, Susan Heywards…

Film d’épouvante-horreur, fantastique américain. 1h34. 2015.

sortie française : 24 juin 2015

Poltergeist

Lorsque les Bowen emménagent dans leur nouvelle maison, ils sont rapidement confrontés à des phénomènes étranges. Une présence hante les lieux. Une nuit, leur plus jeune fille, Maddie, disparaît. Pour avoir une chance de la revoir, tous vont devoir mener un combat acharné contre un terrifiant poltergeist…

Poltergeist : Photo Kennedi Clements

Je vous ai parlé il y a déjà deux mois de Poltergeist, le film culte de Tobe Hooper (et si vous avez lu ma critique, vous savez évidemment à quel point j’ai adoré ce long-métrage). Mais comme promis, voici ma critique de son remake, réalisé cette fois-ci par un certain Gil Kenan. Encore une fois, remettons les contextes dans son contexte : lorsque je suis allée voir le film de Kenan durant la Fête du Cinéma l’été dernier, je n’avais pas encore regardé la version originale. Je pense que cela a pu être un avantage pour moi car au moins je n’ai vraiment pas pu le comparer avec le chef-d’oeuvre de Hooper. Du coup j’avais moins d’attente que les vrais fans du film original. Ceci dit, même après avoir découvert le film de Hooper, je n’ai finalement pas vraiment changé sur ce remake. Disons les choses : ce remake est totalement inutile. Il fait partie de la loooongue lignée de remakes juste là parce qu’on se casse pas trop la tête à Hollywood depuis un certain temps. Il faut vraiment privilégier la version originale sans aucun doute ! Après, je ne vais pas jouer les hypocrites : je savais parfaitement ce que j’allais voir, c’est-à-dire probablement un film assez moyen voire même mauvais selon les points de vue. Personnellement, en tant que jeune spectatrice qui n’aime pas toujours se prendre la tête, ce remake ne m’a pas déplu. Je ne dis pas qu’il est spécialement bon, juste qu’il pourra satisfaire un certain public pas trop exigeant. Bon, il ne fait pas vraiment peur non plus (à part la scène avec la perceuse, parce que… boudi j’ai toujours peur qu’on s’attaque aux yeux des personnages, il n’y a rien à faire, je fais un blocage sur ça) mais au moins cela m’a encouragée à regarder le film de Hooper pour bon. Si on aime bien les Insidious et autres films dans cette même veine (précisons qu’Insidious est quand même trèèès inspiré du long-métrage de Tobe Hooper), ce remake passe pas si mal que ça. Nous sommes d’accord : il n’est pas vraiment effrayant mais en terme de divertissement, il m’a satisfait. Le film est assez court, ça va droit au but, on s’attache rapidement à cette petite famille américaine (même si je préfère évidemment les personnages de la première version).

Poltergeist : Photo Jane Adams, Kyle Catlett, Nicholas Braun, Rosemarie DeWitt, Sam Rockwell

Même si ce n’est pas une idée révolutionnaire, on sent que les scénaristes ont tout de même voulu placer l’histoire qu’on connait déjà dans un autre contexte : la crise économique. Disons que ça permet de garder les grandes lignes de l’histoire de base tout en donnant un nouveau relief. C’est pas grand-chose, c’est pas LE truc de ouf du siècle mais ça fonctionne à peu près. En revanche, et cela m’a VRAIMENT frappée lorsque j’ai découvert le film de Hooper, je regrette de voir les personnages féminins complètement zappés ! Quand on sait qu’il y avait un aspect féministe dans la première version, constater cette régression en 2015 fait quand même un peu mal au coeur. Après, même si là non plus il n’y a rien d’extraordinaire, j’ai trouvé la mise en scène à peu près correcte pour ce type de production, les effets spéciaux, la photographie, les décors passent aussi plutôt bien. En revanche, l’histoire met quand même pas de temps à démarrer alors que le film est quand même assez court. Quand on voit que le film de Hooper durait deux heures et qu’il commençait directement sans perdre de temps, on se dit qu’il y a quand même un petit souci dans le scénario, même si, en regardant cette nouvelle version, le scénario ne choque pas non plus totalement. Encore une fois, c’est vraiment le mot qui me vient à l’esprit en regardant le film de Kenan : moyen. Enfin, le casting s’en sort pas non plus trop mal. J’adore Sam Rockwell à la base, je l’aime même dans des films de merde, donc bon on va dire que j’ai réussi à m’accrocher grâce à lui. Même si elle sert à rien, j’aime également toujours autant Rosemarie DeWitt, une actrice encore trop méconnue. La petite Kennedi Clements s’en sort également pas mal, ce n’est pas évident, surtout à son jeune âge, de reprendre un rôle aussi emblématique. J’étais contente de retrouver le petit Kyle Catlett (de la série The Following, et aussi héros de T.S. Spivet de Jean-Pierre Jeunet), son interprétation est tout à fait correcte. Même s’il m’a un peu trop rappelé son rôle dans Les Ames Silencieuses, j’ai bien aimé Jared Harris en chasseur d’esprits. En revanche, les seconds rôles m’ont paru trop effacés. Enfin, je précise que je n’ai pas vu le film en 3D, je ne pense pas qu’elle était utile mais j’ai l’impression que certaines scènes devaient quand même fonctionner un minimum (même si, encore une fois, je ne pense avoir raté grand-chose).

Poltergeist : Photo Jared Harris

Poltergeist (1982)

réalisé par Tobe Hooper

avec Craig T. Nelson, JoBeth Williams, Heather O’Rourke, Dominique Dunne, Oliver Robins, Beatrice Straight, Zelda Rubinstein, James Karen…

Film d’épouvante-horreur, fantastique américain. 1h55. 1982.

sortie française : 20 octobre 1982

Poltergeist

L’heureuse famille Freeling mène une vie tranquille et prospère dans la petite ville de Cuesta Verde. Cependant, leur maison devient le théâtre d’étranges phénomènes quand des objets commencent à se déplacer et que le sol se met à trembler. Une nuit, la petite Carol Anne disparaît et se met à communiquer avec ses parents à travers la télévision. Les Freeling font alors appel à un parapsychologue.

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Je suis allée voir le remake de Poltergeist, réalisé par Gil Kenan (je vous le chroniquerai probablement après la fin des vacances !) il y a pratiquement un mois sans avoir vu l’original avant. Ne pas avoir regardé le film de Tobe Hopper a été un avantage pour moi : finalement, sans crier au génie et en ayant conscience de ses défauts, j’ai à peu près apprécié ce remake (on ne me tape pas). Mieux : cela m’a donné envie de regarder enfin la première version. Cette saga (je précise que je n’ai pas encore vu les deux suites, est-ce que cela en vaut la peine ?), dont le premier épisode a été écrit et produit par Steven Spielberg, n’est pas que connu pour ses qualités. Certains parlent de malédiction, d’autres (dont moi) évoqueraient davantage une tragique coïncidence : après le tournage du premier Poltergeist, Dominique Dunne (soeur de Griffin Dunne, qui incarne la fille aînée des Freeling) a été assassinée à 22 ans par son petit ami. En 1988, Heather O’Rourke (Carol-Ann, la petite dernière de la famille) meurt à l’âge de douze ans durant le tournage de Poltergeist III des suites d’un choc septique causé par une sténose intestinale et était atteinte de la maladie de Crohn. Entre temps, en 1985, Julian Beck qui incarne Henry Kane dans Poltergeist II meurt des suites de son cancer à l’estomac. Les tournages ont également été mouvementés, l’équipe du film constate que certaines choses étranges ont lieu. Suite à ce constat, Will Sampson, qui incarne le chaman Taylor toujours dans le deuxième volet, décide de pratiquer un exorcisme durant le tournage. Mais ce dernier meurt brutalement des suites d’une défaillance rénale après une greffe du coeur et du poumon. Mais ne résumons pas Poltergeist à toutes ces tragédies. J’ai énormément aimé ce premier volet, je regrette même de ne pas l’avoir vu bien avant ! Je vais être honnête : je ne me suis pas pissée dessus en regardant ce film. Ceci dit, quelques scènes m’ont quand même fait sursauter et il y a mine de rien une ambiance assez pesante, voire même troublante. Il faut dire que la musique de Jerry Goldsmith est angoissante. Bref, on s’inquiète rapidement pour les personnages. Rien que le fait de voir cette môme un peu trop proche de la télé a quelque chose de flippant (surtout quand elle ajoute la célèbre réplique « They’re here »).

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Certaines scènes sont même devenues cultes, notamment celles avec le clown et l’arbre qui s’animent ou encore celle dans la piscine avec les squelettes. Du coup, cela compense avec des effets spéciaux, certainement très réussis à l’époque, mais qui peuvent paraître aujourd’hui « kitsch » (mais qui ont toujours un véritable charme). Ce qui frappe, c’est de voir comment Tobe Hooper revisite les codes de la maison hantée, notamment en s’accaparant habilement des différents coins de la demeure des Freeling. De plus, on retrouve un univers spielbergien très plaisant, dont on retrouve des thèmes chers au réalisateur d’E.T., notamment tout ce qui concerne les peurs enfantines. Le film dure pratiquement deux heures mais il passe très vite et cela grâce à un très bon scénario. Le film ne perd pas de temps, il commence rapidement et ne traîne pas en longueur. L’histoire en elle-même peut sembler assez simple mais les thèmes sont traités intelligemment et avec profondeur. Il y a tout d’abord clairement une dénonciation du mode de vie américain matérialiste et consumériste des années Reagan, qui passe notamment par cet emprisonnement dans la télé. Puis, j’ai trouvé ce film très féministe (finalement, le remake s’éloigne totalement de cette idée… ce qui est très étrange). En effet, on remarque ce sont les femmes qui sont au coeur de l’action : la petite Carol Anne victime de ces esprits malfaisants, la mère qui va tout faire pour sauver sa fille (alors que le père peut sembler plus passif), la parapsychologue le Dr Lesh ainsi que la médium Tangina Barrons. J’ai beaucoup aimé comment le film a traité le thème de la famille, de la relation entre les parents et leurs enfants (parce que n’oubliez pas… « DON’T TOUCH MY BABIES ! ») ainsi que le thème de la maternité. J’ai notamment beaucoup aimé cette représentation métaphorique de l’accouchement lorsque Diane récupère sa fille. Par ailleurs, j’ai trouvé le lien palpable entre la vie et la mort très réussi. Ca peut paraître niais dit comme ça mais le film traite ce thème sans lourdeur. Enfin, les acteurs sont également tous bons et leurs personnages sont très attachants.

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Les âmes silencieuses

réalisé par John Pogue

avec Jared Harris, Sam Claflin, Olivia Cooke, Erin Richards, Rory Fleck-Byrne…

titre : The Quiet Ones

Film d’épouvante-horreur britannique, américain. 1h42. 2014.

sortie (dvd) : 26 mars 2015

Vu dans le cadre de Dvdtrafic : un grand merci à Cinetrafic et Metropolitan Filmexport.

Sur Cinetrafic : les films sortis récemment et d’autres du même genre

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Inspirée de faits réels, l’histoire d’un professeur qui utilise des méthodes peu conventionnelles en se servant de ses meilleurs élèves pour tenter une expérience des plus risquées sur une jeune patiente dérangée.

Les âmes silencieuses : Photo Jared Harris, Olivia Cooke

La Dame en Noir de James Watkins (qui m’avait bien plu – oui certains ne comprennent pas pourquoi je l’aime bien) avait permis à la Hammer, le célèbre studio britannique, de se remettre sur les rails. Je n’étais alors pas contre de découvrir un de leurs derniers films, Les âmes silencieuses, réalisé par un certain John Pogue, réalisateur de En Quarantaine 2 et scénariste de U.S. Marshals, The Skulls, Rollerball ou encore Le vaisseau de l’angoisse. Sur le papier, ce n’est quand même pas trop rassurant (surtout quand tu vois la note de Rollerball sur Imdb, tu t’étrangles !). Le long-métrage a été présenté au dernier festival de Gérardmer en hors compétition et sorti en France directement en dvd. Je précise que sans l’opération de Cinétrafic, je n’aurais pas eu l’idée de regarder ce film. Vu le nombre de films d’horreur daubesques qui sortent régulièrement dans les salles obscures, je trouve quand même le sort réservé à ce film relativement sévère : après tout, il n’est pas plus mauvais que d’autres appartenant au même genre. Etant donné que je n’attendais rien de ce long-métrage, on ne peut pas parler ici de déception mais j’ai tout de même trouvé Les âmes silencieuses pas très bon. Tout d’abord, le film met vraiment trop de temps à se mettre en place, c’est trop mou et même trop bavard. J’ai failli décrocher à plusieurs reprises. Heureusement, la seconde partie est plus intéressante, active et rythmée : on a au moins envie d’aller jusqu’à la fin. Puis, Les âmes silencieuses n’est pas très effrayant, ce qui est un peu bête pour un film dans le genre épouvante-horreur. Hélas, ce n’est pas une porte qui claque, quelques cris, le son qui augmente d’un coup et une morsure étrange qui feront peur aux spectateurs. Ensuite, le film n’est pas du tout original.

Les âmes silencieuses : Photo Erin Richards, Jared Harris, Rory Fleck-Byrne

En réalité, on a cette horrible impression de déjà vu : on se retrouve devant une énième histoire de possession de la part d’un esprit malfaisant, dans laquelle l’action est parfois filmée par une caméra-témoin (dans certaines situations, ce procédé semble faux). Par conséquent, nous ne sommes pas vraiment surpris par le déroulement du scénario, qui aurait pourtant pu être intéressant mais qui manque cruellement de saveur et de consistance. Evidemment, l’avertissement « tiré de faits réels », censé être la garantie de frayeurs, est devenu maintenant un classique dans les films d’horreur, même si c’est le type d’informations à prendre avec des pincettes. L’histoire se déroule dans les années 1970. La reconstitution de l’époque n’est pas déplorable mais nous ne retrouvons pas ce charme qui était présent par exemple dans le réussi Conjuring de James Wan. Il faut dire que la mise en scène n’est vraiment pas à la hauteur. John Pogue ne parvient pas à retranscrire une atmosphère angoissante et venue d’un autre temps et filme les pièces de cette maison, lieu important puisque nous sommes parfois presque dans un huis-clos, trop banalement. Heureusement, le casting n’est pourtant pas mauvais et parvient à relever un peu le niveau. Jared Harris (je viens d’apprendre qu’il est le fils de Richard Harris – ouais je sors de ma grotte), vu dans la série Mad Men et Moriarty dans Sherlock Holmes 2 de Guy Ritchie est très convaincant dans le rôle de ce professeur à la fois charismatique et malsain. Sam Claflin, qui m’avait laissée indifférente dans les Hunger Games (même s’il n’était pas non plus mauvais), s’en tire plutôt bien et pour une fois j’ai senti qu’il avait un certain potentiel. Enfin, ça m’a fait plaisir de revoir Olivia Cooke (Emma de la série Bates Motel), qui est certainement une actrice à suivre.

Les âmes silencieuses : Photo Sam Claflin