Ça (2017)

réalisé par Andy Muschietti

avec Bill Skarsgård, Jaeden Lieberher, Finn Wolfhard, Jack Dylan Grazer, Sophia Lillis, Jeremy Ray Taylor, Wyatt Olef, Chosen Jacobs, Nicholas Hamilton, Stephen Bogaert…

titre original : It

Epouvante-horreur américain. 2h15. 2017.

sortie française : 20 septembre 2017

À Derry, dans le Maine, sept gamins ayant du mal à s’intégrer se sont regroupés au sein du « Club des Ratés ». Rejetés par leurs camarades, ils sont les cibles favorites des gros durs de l’école. Ils ont aussi en commun d’avoir éprouvé leur plus grande terreur face à un terrible prédateur métamorphe qu’ils appellent « Ça »…
Car depuis toujours, Derry est en proie à une créature qui émerge des égouts tous les 27 ans pour se nourrir des terreurs de ses victimes de choix : les enfants. Bien décidés à rester soudés, les Ratés tentent de surmonter leurs peurs pour enrayer un nouveau cycle meurtrier. Un cycle qui a commencé un jour de pluie lorsqu’un petit garçon poursuivant son bateau en papier s’est retrouvé face-à-face avec le Clown Grippe-Sou…

Ça : Photo Chosen Jacobs, Finn Wolfhard, Jaeden Lieberher, Jeremy Ray Taylor, Sophia Lillis

Le long roman de Stephen King Ça, publié en 1986, avait déjà connu une première adaptation pour la télévision en 1990 réalisée par Tommy Lee Wallace et avec l’excellent Tim Curry dans le rôle du clown terrifiant Grippe-Sou (Pennywise). Le téléfilm était intéressant (même si je trouve sa seconde partie bien en dessous de la première) mais il a sacrément vieilli. Cela fait depuis quelques années qu’on parle d’une nouvelle adaptation (j’insiste sur le terme – non, ce n’est pas un remake comme je l’ai parfois lu à tort et à travers) pour le grand écran. Cary Fukunaga (crédité au générique) devait réaliser cette nouvelle version avec Will Poulter dans le rôle du clown maléfique. Fukunaga quitte le projet suite à des désaccords artistiques avec les producteurs de New Line, Poulter suit le chemin du réalisateur en guise de soutien. Les frères Duffer étaient également très intéressés par le projet, même avant l’intervention de Fukunaga. Il est finalement amusant de voir un des acteurs de Stranger Things au casting (le jeune Finn Wolfhard). Bref, c’est finalement le réalisateur argentin Andrés Muschietti (qui avait signé le plutôt bon Mamá) qui passe derrière la caméra. On relèvera alors deux choses. La première est le changement d’époque. Le roman (ainsi que le téléfilm) se déroule sur deux époques : les années 50 (pour la partie sur l’enfance) et les années 80 (pour la partie « adultes »). Cette fois-ci, l’enfance des personnages se situe dans les années 1980. Au-delà d’une volonté de rendre cette version plus contemporaine (les sujets évoqués sont intemporels), Ça semble s’inscrire dans ce boum nostalgique pour les années 80 (re-coucou Stranger Things). On aurait pu craindre une nostalgie pénible et redondante, Muschietti a le mérite de ne pas abuser de ce nouveau contexte en le rendant pas cool à tout prix. Le deuxième changement notable est d’isoler justement les deux parties. En effet, le téléfilm reprenait la structure du roman, c’est-à-dire d’avancer dans le récit en alternant les différentes époques. S’il devrait y avoir ces échanges dans le chapitre 2, ce premier volet se concentre uniquement sur le récit durant l’enfance des personnages. Seule une réplique prononcée par Bev, où elle explique avoir eu une vision d’elle et de ses amis adultes, évoquerait discrètement cette fameuse alternance temporelle.

Ça : Photo Bill Skarsgård

Stephen King, décidément au centre de toutes les attentions (les adaptations de ses oeuvres sont très nombreuses et cela n’est pas prêt de changer en 2018 !), a approuvé (voire aimé) cette nouvelle adaptation de Ça. Je n’ai pas encore lu le roman d’origine (je l’attaque très bientôt les amis !), je ne peux donc juger que sur ce que j’ai vu. Ce long-métrage m’a en tout cas beaucoup séduite. Certes, il ne s’agit pas forcément du film le plus effrayant que j’ai pu voir – même si certaines scènes ont tout de même su me donner quelques petits frissons. Il reprend lui-même des codes très utilisés (et parfois faciles) dans le cinéma d’horreur actuel. Cela dit, il a deux mérites qui lui permettent de se détacher de ce cinéma d’horreur contemporain. Le premier est celui d’instaurer tout le long de l’oeuvre une atmosphère dangereuse. Le second est concerne sa manière de parler de la peur, pas uniquement de ce monstre mais aussi celles de notre enfance qui s’apparentent finalement à différents traumatismes bien plus profonds : inceste, disparition tragique des parents ou d’un frère, harcèlement scolaire, mère qui couvre dangereusement son enfant, racisme… Des sujets difficiles mais jamais traités avec lourdeur. Rien que le nom de l’oeuvre est significatif sur le fond de cette histoire (on peut même établir des rapprochements avec The Thing et It Follows), ce « ça » pour désigne le Mal. En psychologie, le « ça » répond aux pulsions de l’humain. Et ces pulsions hantent la ville de Derry, pratiquement un personnage à part. Certes, la métaphore est peut-être parfois un peu très appuyée mais elle fonctionne tout de même avec efficacité surtout pour un film de cette production (n’oublions pas que c’est une grande production – ce qui explique le départ d’origine de Cary Fukunaga). Par rapport aux thèmes évoqués et même par rapports à certains décors, on peut rapprocher cette oeuvre à une nouvelle de Stephen King, Le Corps (paru dans le recueil de nouvelles Différentes saisons), adapté au cinéma sous le titre Stand by me. Ce premier chapitre n’est alors pas à proprement parler un film d’horreur comme on aurait pu l’attendre, c’est un film sur l’horreur banale. Muschietti nous offre une chronique sur l’enfance à la fois dure, tendre et émouvante.

Ça : Photo Bill Skarsgård

Pour un film assez ouvert au public, on s’étonnera alors de la violence, certes suggérée (enfin pas tant que ça par moments, la scène d’intro avec le petit Georgie et son bras arraché n’est pas si suggérée que ça), mais tout de même présente. Si la fin s’étire peut-être un poil en longueur et qu’il y a parfois un peu trop de jump-scares et d’effets horrifiques pour plaire à un certain public actuel (même si dans le lot certains fonctionnent), la mise en scène de Muschietti reste solide. A noter aussi une belle photographie de Chung Chung-hoon, connu pour sa collaboration avec Park Chan-wook : cette influence japonaise est peut-être, avec du recul, à l’origine de cette atmosphère prenante. Une scène plutôt réussie semble même sorti de Ring de Hideo Nakata. L’interprétation de Pennywise par l’immense (et trop sous-estimé) Tim Curry était monumentale (même si on le voit finalement peu). Difficile de passer après une telle performance. Pourtant, Bill Skarsgård (fils de Stellan et frère d’Alexander) s’en sort plus que bien. Ce n’est pas évident de passer après Curry et le jeune acteur suédois ne cherche pas à l’imiter. Il montre une autre facette exploitable de ce personnage qui apparaît certainement plus que dans le téléfilm. Certes, peut-être qu’on prend le risque de supprimer la partie énigmatique du monstre qui hante les enfants jusqu’à l’âge adulte (le personnage de Curry semblait plus vicieux mais encore une fois les approches de l’un et de l’autre sont différentes). A voir également en version originale pour l’excellent travail vocal de l’acteur. Tous les jeunes acteurs sont également remarquables incarnant des personnages très attachants et charismatiques. Jaeden Lieberher (vu dans l’excellent Midnight Special) et la jeune Sophia Lillis (sorte de sosie version jeune de Jessica Chastain et / ou Amy Adams) sont particulièrement charismatiques, Finn Wolfhard est très drôle en petit clown de service (oh le clin d’oeil de merde) ou encore Jack Dylan Grazer est adorable dans le rôle du petit Eddie (c’était déjà mon personnage coup de coeur dans le téléfilm). On peut peut-être regretter qu’ils n’aient pas le même temps de présence à l’écran. Espérons que le casting adultes soit à la hauteur…

Ça : Photo Chosen Jacobs, Finn Wolfhard, Jack Dylan Grazer, Jaeden Lieberher, Jeremy Ray Taylor

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Miss Peregrine et les enfants particuliers

réalisé par Tim Burton

avec Eva Green, Asa Butterfield, Ella Purnell, Samuel L. Jackson, Terence Stamp, Rupert Everett, Judi Dench, Allison Janney, Chris O’Dowd, Kim Dickens, Finlay MacMillan…

titre original : Miss Peregrine’s Home For Peculiar Children

Film fantastique américain, britannique, belge. 2h07. 2016.

sortie française : 5 octobre 2016

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À la mort de son grand-père, Jacob découvre les indices et l’existence d’un monde mystérieux qui le mène dans un lieu magique : la Maison de Miss Peregrine pour Enfants Particuliers. Mais le mystère et le danger s’amplifient quand il apprend à connaître les résidents, leurs étranges pouvoirs …  et leurs puissants ennemis. Finalement, Jacob découvre que seule sa propre « particularité » peut sauver ses nouveaux amis.

Miss Peregrine et les enfants particuliers : Photo Asa Butterfield, Ella Purnell, Eva Green, Lauren McCrostie, Pixie Davies

En dehors de quelques exceptions (qui ne sont cependant pas des chefs-d’oeuvre, je pense notamment, en ce qui me concerne, à Sweeney Todd), ça fait depuis pratiquement une quinzaine d’années que Tim Burton n’a plus d’inspiration, qu’il se recycle (et pourtant il a été longtemps un de mes réalisateurs préférés). Mais chez moi, malgré les déceptions que j’ai pu avoir ces dernières années, un Tim Burton suscite encore un intérêt chez moi, c’est toujours un événement. J’attends (faussement) naïvement son prochain vrai bijou. Cette fois-ci il adapte best-seller de l’auteur américain Ransom Riggs. Je me suis procurée le bouquin il y a déjà deux mois mais je vois l’adaptation de Burton, je n’ai pour l’instant pas envie de le lire même si j’ai peut-être tort ! Quand on n’a pas lu le bouquin qui sert de matériau, il est toujours difficile de savoir si le problème d’un film vient du texte d’origine ou du travail d’adaptation même si à ce stade-là je me dis que ça doit probablement venir des deux, d’où maintenant ma méfiance envers le roman (en réalité une trilogie). Cela me fait de la peine au fond de ne pas avoir accroché car je dois reconnaître qu’on reconnait par moments la patte de Tim Burton même si encore une fois je trouve qu’il recycle beaucoup d’idées. On sait par exemple son intérêt pour la photographie, en particulier pour les clichés étranges et même effrayants. Ca se ressent à l’écran et ça crée – heureusement – un joli moment cinématographique. Par ailleurs, on retrouve ces photographies dans l’ouvrage de Riggs. Je pense aussi à cette scène folle (une des meilleures du film même si les figurants ont l’air de faire leur jogging !) au parc d’attraction avec les squelettes qui débarquent et un caméo sympathique de Tim Burton himself ! Enfin, dans les thèmes abordés, on retrouve de nouveau des thèmes qui lui sont chers : la différence, le monde de l’enfance (et le passage vers l’âge adulte), le monstre ou encore la mort. Oui, les thèmes sont effectivement riches mais hélas on ne fait que les survoler. C’est forcément frustrant de passer à côté d’une éventuelle profondeur.

Miss Peregrine et les enfants particuliers : Photo Asa Butterfield, Eva Green

Au-delà de la non-exploitation des thèmes, ce qui m’a à la fois frustrée et foutue en boule, l’histoire ne m’a pas plus emballée que ça (d’où aussi mon appréhension pour découvrir le bouquin). Il faut dire qu’on met une plombe pour entrer dans l’histoire. La première partie ? On se dit tout le long « ah ce gosse, il aimait son grand-père ! Il est braaaave ». Puis une fois qu’on a vraiment découvert Miss Peregrine, les gosses, la maison, le voyage dans le temps et tout le reste qui va avec, sans aucune raison, il y a absolument tout qui s’enchaîne… Mais limite trop ! Je n’ai rien contre le fantastique, loin de là, mais on a vraiment l’impression de passer d’un monde à l’autre (du réel actuel sans magie et sombre à un autre très coloré dans un autre temps avec les bizarreries et autres choses merveilleuses) sans réelle transition. Limite on passe du coq à l’âne ! Surtout dans la deuxième partie, tout s’accélère au point qu’on ne comprend pas toujours tout ce qui se passe (ou alors je passe pour une demeurée… ce que je peux accepter !) ! On voit plein de monstres débouler à droite et à gauche, ça m’a fatiguée ! J’ai trouvé ça faussement compliqué cette histoire de boucle dans le temps, pas forcément très bien expliquée non plus. Surtout, je n’ai pas spécialement compris l’intérêt des particularités des enfants. Oui, on a compris le message autour de la différence voire même autour des victimes de la guerre, du nazisme notamment. Mais je ne trouve pas les pouvoirs de chacun très bien exploités. On a un peu l’impression que certains ont des pouvoirs parce que c’est cool mais au fond, en dehors d’une seule scène, on ne comprend pas trop leur utilité ni l’intérêt, même en ce qui concerne le héros. Pour certains (je pense notamment à Enoch ce chieur ou encore les jumeaux), on met une plombe à connaître leurs pouvoirs. La particularité des enfants m’a semblé du coup assez superficielle. On notera aussi au passage quelques incohérences notamment une liée aux chaussures de plomb d’Emma (un objet assez unique qu’on ne trouve pas comme ça dans un supermarché), celle qui peut s’envoler comme un ballon. Du genre, Burton prend le temps de nous montrer qu’elle ne les a plus, qu’elle les abandonne, que Jake la transporte juste après avec une corde vu qu’elle n’a plus de chaussures. Là on se dit « chouette, il a fait attention ». Et deux scènes plus tard, BIM ! Tu ne sais pas d’où elle les sort mais la meuf a soudainement retrouvé ses pompes !

Miss Peregrine et les enfants particuliers : Photo

J’ai envie de dire du bien d’Eva Green (que j’aime de plus en plus alors qu’il y a quelques années j’avais du mal avec elle). Oui, elle joue bien, elle correspond bien à l’univers de Burton (sa deuxième incursion après le pas très bon Dark Shadows). Son interprétation est bonne, l’actrice est très charismatique, j’aime son côté sombre et sorti d’un autre temps, je n’ai pas de reproche à lui faire, le job est plus que bien fait. Je ne sais pas du tout comment apparaît son personnage dans le roman, je comprends aussi l’envie de mettre en avant les enfants particuliers. Mais on la voit tellement trop peu ! On a presque envie d’inscrire en premier dans le générique « Un oiseau » ! Le reste du casting ne m’a pas tellement impressionnée pour ne pas dire déçue. Pourtant, j’aime beaucoup certains acteurs. Par exemple, en méchant avec des yeux blancs et des dents de monstre sorti d’un dessin pour gosse, Samuel L. Jackson cabotine énormément ! J’ai également beaucoup de sympathie depuis un moment pour le jeune Asa Butterfield, on sait depuis un moment qu’il a du potentiel et pourrait avoir une carrière intéressante s’il ne fait pas trop de conneries. Mais là sans dire qu’il joue comme un pied, il ne m’a pas totalement convaincue, mais je pense que le personnage en lui-même n’est finalement pas très intéressant (en dehors de « c’est choupi, il aime son papi ! »). Le reste du casting n’est pas forcément mauvais mais je dirais que c’est sans plus, les acteurs passent, ils sont à peu près contents d’être dans le nouveau Tim Burton parce que, quand même, c’est Tim Burton, ils font donc le job. Seul Terence Stamp sort finalement un peu du lot. Pour sauver tout ça, en dehors de quelques thèmes intéressants mais qui auraient pu être mieux traités, de quelques scènes tout de même amusantes et pas trop mal foutues, je dois tout de même reconnaître un travail esthétique. Rien que visuellement on parvient à faire une distinction entre les deux mondes. Encore une fois on va aussi revenir au lien avec la photographie : il y a des scènes où on voit effectivement bien ce rapport et en général ces aspects sont plutôt bien mis en valeur (même s’il n’y en a pas des masses non plus).

Miss Peregrine et les enfants particuliers : Photo Eva Green

The Door (2016)

réalisé par Johannes Roberts

avec Sarah Wayne Callies, Jeremy Sisto, Suchitra Pillai-Malik…

titre original : The Other Side of the Door

Film d’horreur, épouvante-horreur britannique, indien. 1h36. 2015.

sortie française : 1 juin 2016

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Une famille américaine mène une paisible existence en Inde jusqu’à ce qu’un accident tragique prenne la vie de leur jeune fils. La mère, inconsolable, apprend qu’un rituel antique peut lui permettre de lui faire un dernier adieu. Elle voyage alors jusqu’à un ancien temple, où se trouve une porte qui sépare le monde des vivants et celui des morts. Mais quand elle désobéit à l’avertissement sacré de ne jamais ouvrir cette porte, elle bouleverse alors l’équilibre entre les deux mondes.

The Door : Photo Sofia Rosinsky

Vous avez l’habitude : j’ai très envie de raconter ma vie pour me justifier. Lâchons-nous puisqu’il n’y a pas grand-chose à dire sur ce film – au moins c’est dit. Comment ça se fait que j’ai pu aller voir ce film au cinéma alors que je suis carrément à la bourre ? Premièrement, parce que je n’ai pas pu voir le film que je devais voir grâce aux places que j’ai gagnées – je me suis aperçue au dernier moment qu’elles n’étaient pas valables le week-end (je reviendrai sur ce terrible épisode très bientôt soit ici soit sur Twitter, promis juré). Les autres films que je comptais voir avaient – vraiment – des horaires de merde. Voilà que la personne qui m’accompagne (en l’occurrence, ma propre soeur) me dit « tiens, The Door, c’est visiblement un film « d’horreur », ça te tente ? ». Je voyais vaguement l’affiche, je connaissais à peine le synopsis (j’avais vaguement compris qu’il y avait une histoire de môme mort qui décide de faire chier tout le monde en tant que fantôme ou entité diabolique, quelque chose comme ça) et comme je suis bon public, je me suis dit « pourquoi pas ? ». Mais pour tout vous avouer, je ne serais jamais allée voir ce film volontairement. La promo est juste une cata. Je suis même étonnée que ce film ait réussi à trouver une sortie en salles – quand on sait qu’il y a de plus en plus de longs-métrages qui sortent directement en vod / dvd, on se pose des questions. Franchement, rien que ce titre « français » (vous savez donc qu’en France, nous avons le « don » de traduire un titre anglais par un autre anglais, because, you know, we speak English very very well of course – le tout dit avec un atroce accent) n’a rien de vendeur. Il doit y avoir trois cents films qui doivent probablement s’appeler The Door. Et surtout, ils devaient être désespérés pour mettre sur l’affiche « avec Sarah Wayne Callies (The Walking Dead). Non mais sérieusement ?? C’est le genre d’accroche qu’on met typiquement sur des direct-to-dvd ça ! Rien qu’avec ça, on sent que les gars qui bossent donc pour vendre ce film (visiblement ils ont mal fait leur boulot) n’y croient pas du tout. Et en général, c’est pas bon signe. Voilà qu’en faisant la file, je sens pas totalement le truc mais bon je reste optimiste et en plus ma place est gratuite ce jour-là (et ouais, c’est ça quand on parie en ligne sur les pronostics de Cannes sur la page Facebook de son cinéma !) alors j’e sais que je ne vais pas trop avoir les boules même s’il s’agit d’une grosse daube. Verdict : Sans dire qu’il s’agit du pire navet du siècle, c’était effectivement pas terrible !

The Door : Photo Sarah Wayne Callies

On connait tous la recette qui finit par nous épuiser : une malédiction, une mère qui chiale, des jumpscares. Encore, si le problème venait uniquement de son manque d’originalité, ça passerait s’il s’agissait d’un bon divertissement. Hélas, ce n’est pas vraiment le cas ici. Je ne dirais pourtant pas que je me suis ennuyée (c’est peut-être pour cette raison que je ne lui accorde une petite étoile), c’est-à-dire qu’à la fin de la séance je ne ressemblais pas à un rat mort. Mais en dehors de quelques scènes potables (notamment celle où on découvre comment le petit Oliver s’est tué), il ne s’agit pas d’un film très rythmé ni très effrayant. De plus, The Door se veut original en présentant son intrigue en Inde. Cela aurait pu permettre de rendre ce film plus intéressant, moins banal mais finalement, une fois qu’on a dépassé le stade du voyage dans le temple pour suivre un rituel indien et l’intervention d’un certain groupe d’indiens ayant des pratiques particulières, le réalisateur ne tire pas grand-chose de l’environnement dans lequel il situe l’action. L’exotisme finit par devenir superficiel. Il y a un moment où on se dit même que l’histoire aurait pu se dérouler dans n’importe quel autre pays. C’est dommage car à plusieurs reprises, on sent tout de même le potentiel qu’aurait pu avoir l’Inde sur l’intrigue. Pour ne rien arranger, on a donc dans le premier rôle Sarah Wayne Callies. Cette actrice est déjà en soi mauvaise. Pas plus que d’autres mais elle l’est. Et surtout, elle a une tête insupportable. Je ne veux pas m’attaquer à son physique, non. Je veux dire plus à ce qu’elle exprime à l’écran. A chaque fois que je la vois, que ce soit dans un film ou une série, c’est comme s’il y avait écrit sur son front « je suis une emmerdeuse de première ». En clair, cela signifie que dès qu’elle est dans un film, un blem’ va arriver. C’est physique, je n’y peux rien. De l’autre côté, on a Jeremy Sisto, un acteur que j’apprécie en général. Dans ce film, son interprétation n’est pas si mal que ça (par rapport à tout ce que j’ai exposé avant). Le problème est qu’on ne croit pas une seule seconde au couple (et par conséquent à la famille) qu’il forme avec la désespérante Sarah Wayne Callies. Heureusement, les seconds rôles, comme Suchitra Pillai-Malik par exemple, restent bons.

The Door : Photo Jeremy Sisto, Sarah Wayne Callies, Sofia Rosinsky

Vers l’autre rive

réalisé par Kiyoshi Kurosawa

avec Eri Fukatsu, Tadanobu Asano, Yû Aoi…

titre original : Kishibe no tabi

Drame, romance japonais, français. 2h07. 2015.

sortie française : 30 septembre 2015

Vers l'autre rive

Au cœur du Japon, Yusuke convie sa compagne Mizuki à un périple à travers les villages et les rizières. A la rencontre de ceux qu’il a croisés sur sa route depuis ces trois dernières années, depuis ce moment où il s’est noyé en mer, depuis ce jour où il est mort. Pourquoi être revenu ?

Vers l'autre rive : Photo Eri Fukatsu, Tadanobu Asano

Je n’ai pas vu tous les films de Kiyoshi Kurosawa, loin de là. Mais ce que j’ai pu voir, j’aime beaucoup son travail. Son dernier film, Vers l’autre rive, qui a remporté le Prix de la Mise en Scène au dernier festival de Cannes (dans la section « Un Certain Regard ») a enthousiasmé la presse ainsi que les spectateurs (d’après ce que je lis sur Allocine ou sur les blogs en général). C’est en toute logique et en toute confiance que je suis allée voir ce film, adapté du roman de Kazumi Yumoto. Je ne voulais pas dire du mal de Kiyoshi Kurosawa car encore une fois, je le respecte énormément. Evidemment qu’on retrouve ici son talent de mise en scène, on ne peut pas dire qu’on est face au premier tâcheron venu. Ainsi, on sent le réalisateur toujours aussi préoccupé par les espaces, par la présence du fantôme, comment intégrer cette figure fantastique dans notre monde réel. On peut également constater un joli travail technique et esthétique. La photographie est par exemple très soignée, il y a aussi un joli jeu de lumière, certains plans sont remarquables etc. Cet ensemble contribue à l’exploitation des thèmes abordés par Kurosawa. On ne peut pas résumer ce film à une simple histoire de fantômes (et par conséquent à une histoire de deuil), le réalisateur traite en parallèle d’un autre sujet : celui de la mort du couple dans tous les sens du terme, que ce soit du temps des vivants (malgré un amour évident, Yusuke et Mizuki ont rencontré des problèmes au sein de leur couple) ou à la confrontation à la mort (le couple peut-il littéralement mourir face au deuil ?). Enfin, le fantastique se mêle aussi à une sorte de road movie revisité qui souligne la métaphore du voyage de l’âme qui erre jusqu’à un autre monde, un au-delà ainsi que le voyage des vivants à faire leur deuil définitivement. Là, j’ai l’air de dire que le film est trop génial et tout ça. Non, je clarifie les choses : je ne suis pas totalement de mauvaise foi. Le film a certainement ses qualités. Je ne vais pas crier sur tous les toits qu’il s’agit d’une daube. Je suis certaine que des spectateurs ont pu être sensible à l’atmosphère, proche des films de Naomi Kawase (ce qui n’est pas bon signe en ce qui me concerne vu que je n’aime pas ce qu’elle fait). Mais voilà, il se trouve que malgré des qualités évidentes, des choses réellement intéressantes, je n’ai pas du tout aimé Vers l’autre rive.

Vers l'autre rive : Photo Eri Fukatsu

Il faut quand même le dire : je me suis fait chier comme un rat mort. Oui, bon, c’est pas trop poli de dire ça mais face à mon ennui total, c’est vraiment l’expression qui correspond le mieux à mon état durant la séance. Pourtant, même si on n’est pas dans un film d’action, je n’ai pas trouvé le rythme si lent que ça, c’est juste que j’ai trouvé la manière de raconter cette histoire soporifique. Le pire, c’est que je trouvais que le film partait pas si mal que ça : certes, en tant que jeune française qui ne connait pas forcément en détail toute la culture japonaise, c’est clair que j’ai trouvé cette histoire de revenant très chelou (pourtant je ne suis pas à mon premier film japonais avec des fantômes et tout ça) mais le film commence directement, en nous expliquant rapidement la situation. Mais, finalement, après les dix premières minutes, je n’accroche pas du tout à l’histoire, à l’univers soi-disant « flottant » (je ne sais pas si ce que je viens de dire a le moindre sens), je commence à m’emmerder. En fait, il faut le dire : je ne suis tout simplement pas entrée dans le film ! Par conséquent, à cause de l’ennui (je dois même vous avouer que j’ai dormi les dix dernières minutes, je voyais mes paupières cligner comme un papillon en train de crever sur une lampe allumée, et puis bing, j’ai dormi, je me suis réveillée et paf générique de fin !), je n’ai pas du tout été émue par cette histoire de deuil et d’amour. Pour ne rien arranger, si j’ai plutôt accroché au jeu de Tadanobu Asano, en revanche j’ai trouvé Eri Fukatsu assez mauvaise. Enfin, je n’ai pas aimé l’utilisation de la musique composée par Yoshihide Otomo et Naoko Eto. En dehors du film, cette musique est pourtant jolie, agréable à écouter. Mais alors durant le long-métrage, cette partition est limite catastrophique. En fait, soit on a droit à une musique super lourdingue et envahissante façon soap opera, soit j’ai eu l’impression que certaines scènes, très silencieuses, auraient pu bénéficier d’une musique (et pourtant j’aime bien les scènes dans lesquelles il n’y a pas de musique). Bref, je sais que ça peut paraître paradoxal ou bizarre mais la musique m’a vraiment perturbée !

Vers l'autre rive : Photo

Poltergeist (2015)

réalisé par Gil Kenan

avec Sam Rockwell, Rosemarie DeWitt, Jared Harris, Jane Adams, Saxon Sharbino, Kyle Catlett, Kennedi Clements, Susan Heywards…

Film d’épouvante-horreur, fantastique américain. 1h34. 2015.

sortie française : 24 juin 2015

Poltergeist

Lorsque les Bowen emménagent dans leur nouvelle maison, ils sont rapidement confrontés à des phénomènes étranges. Une présence hante les lieux. Une nuit, leur plus jeune fille, Maddie, disparaît. Pour avoir une chance de la revoir, tous vont devoir mener un combat acharné contre un terrifiant poltergeist…

Poltergeist : Photo Kennedi Clements

Je vous ai parlé il y a déjà deux mois de Poltergeist, le film culte de Tobe Hooper (et si vous avez lu ma critique, vous savez évidemment à quel point j’ai adoré ce long-métrage). Mais comme promis, voici ma critique de son remake, réalisé cette fois-ci par un certain Gil Kenan. Encore une fois, remettons les contextes dans son contexte : lorsque je suis allée voir le film de Kenan durant la Fête du Cinéma l’été dernier, je n’avais pas encore regardé la version originale. Je pense que cela a pu être un avantage pour moi car au moins je n’ai vraiment pas pu le comparer avec le chef-d’oeuvre de Hooper. Du coup j’avais moins d’attente que les vrais fans du film original. Ceci dit, même après avoir découvert le film de Hooper, je n’ai finalement pas vraiment changé sur ce remake. Disons les choses : ce remake est totalement inutile. Il fait partie de la loooongue lignée de remakes juste là parce qu’on se casse pas trop la tête à Hollywood depuis un certain temps. Il faut vraiment privilégier la version originale sans aucun doute ! Après, je ne vais pas jouer les hypocrites : je savais parfaitement ce que j’allais voir, c’est-à-dire probablement un film assez moyen voire même mauvais selon les points de vue. Personnellement, en tant que jeune spectatrice qui n’aime pas toujours se prendre la tête, ce remake ne m’a pas déplu. Je ne dis pas qu’il est spécialement bon, juste qu’il pourra satisfaire un certain public pas trop exigeant. Bon, il ne fait pas vraiment peur non plus (à part la scène avec la perceuse, parce que… boudi j’ai toujours peur qu’on s’attaque aux yeux des personnages, il n’y a rien à faire, je fais un blocage sur ça) mais au moins cela m’a encouragée à regarder le film de Hooper pour bon. Si on aime bien les Insidious et autres films dans cette même veine (précisons qu’Insidious est quand même trèèès inspiré du long-métrage de Tobe Hooper), ce remake passe pas si mal que ça. Nous sommes d’accord : il n’est pas vraiment effrayant mais en terme de divertissement, il m’a satisfait. Le film est assez court, ça va droit au but, on s’attache rapidement à cette petite famille américaine (même si je préfère évidemment les personnages de la première version).

Poltergeist : Photo Jane Adams, Kyle Catlett, Nicholas Braun, Rosemarie DeWitt, Sam Rockwell

Même si ce n’est pas une idée révolutionnaire, on sent que les scénaristes ont tout de même voulu placer l’histoire qu’on connait déjà dans un autre contexte : la crise économique. Disons que ça permet de garder les grandes lignes de l’histoire de base tout en donnant un nouveau relief. C’est pas grand-chose, c’est pas LE truc de ouf du siècle mais ça fonctionne à peu près. En revanche, et cela m’a VRAIMENT frappée lorsque j’ai découvert le film de Hooper, je regrette de voir les personnages féminins complètement zappés ! Quand on sait qu’il y avait un aspect féministe dans la première version, constater cette régression en 2015 fait quand même un peu mal au coeur. Après, même si là non plus il n’y a rien d’extraordinaire, j’ai trouvé la mise en scène à peu près correcte pour ce type de production, les effets spéciaux, la photographie, les décors passent aussi plutôt bien. En revanche, l’histoire met quand même pas de temps à démarrer alors que le film est quand même assez court. Quand on voit que le film de Hooper durait deux heures et qu’il commençait directement sans perdre de temps, on se dit qu’il y a quand même un petit souci dans le scénario, même si, en regardant cette nouvelle version, le scénario ne choque pas non plus totalement. Encore une fois, c’est vraiment le mot qui me vient à l’esprit en regardant le film de Kenan : moyen. Enfin, le casting s’en sort pas non plus trop mal. J’adore Sam Rockwell à la base, je l’aime même dans des films de merde, donc bon on va dire que j’ai réussi à m’accrocher grâce à lui. Même si elle sert à rien, j’aime également toujours autant Rosemarie DeWitt, une actrice encore trop méconnue. La petite Kennedi Clements s’en sort également pas mal, ce n’est pas évident, surtout à son jeune âge, de reprendre un rôle aussi emblématique. J’étais contente de retrouver le petit Kyle Catlett (de la série The Following, et aussi héros de T.S. Spivet de Jean-Pierre Jeunet), son interprétation est tout à fait correcte. Même s’il m’a un peu trop rappelé son rôle dans Les Ames Silencieuses, j’ai bien aimé Jared Harris en chasseur d’esprits. En revanche, les seconds rôles m’ont paru trop effacés. Enfin, je précise que je n’ai pas vu le film en 3D, je ne pense pas qu’elle était utile mais j’ai l’impression que certaines scènes devaient quand même fonctionner un minimum (même si, encore une fois, je ne pense avoir raté grand-chose).

Poltergeist : Photo Jared Harris

It follows

réalisé par David Robert Mitchell

avec Maika Monroe, Keir Gilchrist, Daniel Zovatto, Jake Weary, Olivia Luccardi, Lili Sepe…

Film d’épouvante-horreur américain. 1h40. 2014.

sortie française : 4 février 2015

Interdit aux moins de 12 ans

It Follows

Après une expérience sexuelle apparemment anodine, Jay se retrouve confrontée à d’étranges visions et  l’inextricable impression que quelqu’un, ou quelque chose, la suit. Abasourdis, Jay et ses amis doivent trouver une échappatoire à la menace qui semble les rattraper…

It Follows : Photo Maika Monroe

It follows, le second long-métrage de David Robert Mitchell, présenté à la Semaine Internationale de la Critique au dernier festival de Cannes, et récompensé à Gérardmer et Deauville, a conquis la presse. Il n’y a qu’à voir tous les compliments qui bouffent l’affiche du film. Cet enthousiasme m’a évidemment encouragé à aller voir ce film. Hélas, cet emballement est vraiment exagéré. Je ne dirais pas avoir trouvé It follows mauvais mais il comporte pour moi un grand nombre de défauts. J’ai essayé de ne pas trop en révéler mais il y a quand même quelques spoilers. Tout d’abord, j’ai envie de frapper quelqu’un bondir quand je lis qu’il s’agit d’un film terrifiant. Certes, on retrouve une ambiance, on sent qu’il se passe quelque chose, j’ai envie de dire qu’on sent cette présence. Mais ça s’arrête là. Je suis une fille très peureuse (je suis capable de gueuler comme Naomi Watts dans The Ring pour un truc minime) mais là je dois avouer que ma séance s’est très bien déroulée et j’ai également très dormi la nuit après cette séance sans avoir de pied de biche sous le lit. Je n’aime pas forcément m’attaquer aux critiques des uns et des autres, chacun a le droit d’avoir son avis, son propre ressenti mais excusez-moi, quand je lis qu’il s’agit d’un film trèèèèès flippant, sans vouloir être méprisante ou méchante, je me demande si les personnes qui affirment cela ont réellement vu des films d’horreur ou effrayants auparavant. Je crois que ce problème est principalement lié au montage. Commencer le film par la fin n’était pas nécessairement une bonne nuit : certes, j’imagine que le réalisateur a dû penser que cette scène créerait un sentiment de peur chez le spectateur. Le problème selon moi, c’est que cette scène ne donne absolument pas envie de regarder la suite, elle tue complètement le suspense ! De plus, on a dès le début aucun doute sur cette présence : elle existe. Cela est dommage de ne pas jouer davantage avec la paranoïa et l’imagination.

It Follows : Photo Maika Monroe

La fin est également bancale : certes, j’imagine que Mitchell a peut-être voulu montrer que même les sentiments ne peuvent plus exister puisque l’acte sexuel a des conséquences dramatiques. Or, j’ai eu surtout l’impression que le réalisateur n’avait aucune idée de la manière de terminer son film ! En évoquant cette fin, on comprend d’ailleurs rapidement que cette présence qui suit Jay et d’autres victimes est une métaphore des conséquences du sexe. On capte très vite qu’il s’agit probablement d’une représentation des MST. Mais quelque chose m’a frappée : aucun personnage n’évoque une seule fois la question de la contraception. Certes, certains jeunes sont irresponsables mais normalement la plupart des ados se posent cette question avant ou après un rapport sexuel. Surtout, ne pas en parler est contraignant pour un film qui a pour thème principal le sexe. Il est également clair que cette présence apparaît suite à des relations sexuelles hors mariage. Or, je ne comprends pas la position du réalisateur : condamne-t-il ces jeunes en question (les scènes de sexe sont très froides d’ailleurs, même en dehors de la présence surnaturelle) ou cette Amérique puritaine qui fait culpabiliser les ados ? Puis, vu comme cette chose a l’air si terrifiante, pourquoi tous les mecs veulent absolument coucher avec Jay alors qu’ils savent qu’ils vont avoir à leur tour le même problème ? Honnêtement, je n’aurais aucune envie de coucher avec elle ! De plus, sans crier au sexisme, j’ai trouvé cela gênant, voire même ridicule de voir les personnages féminins constamment dénudées. Certes, les trois filles ne sont pas du tout vulgaires et chacun s’habille comme il veut dans la vie mais là on voit clairement que le film se déroule en automne, les gens n’ont pas l’air de crever de chaud et on voit ces pauvres meufs pratiquement sans rien alors que les mecs sont plutôt couverts et ont l’air de se les geler !

It Follows : Photo Maika Monroe

Je note également une incohérence, du moins quelque chose qui n’est absolument pas net dans le scénario. Normalement, pour se débarrasser de cette malédiction, on doit coucher avec quelqu’un. Rappelez-vous de la scène avec Hugh qui parle avec Jay et ses amis. Il dit de rester prudent évidemment (là on sent Mitchell en tant que scénariste un peu confus dans ses idées, comme s’il voulait ici justifier des possibles problèmes scénaristiques) et leur demande s’il voit une fille marcher : les autres le lui confirment. Cela veut bien dire que pour l’instant il ne voit plus cette présence puisqu’il a refilé cette chose à Jay. Or, Jay continue à voir cette chose alors qu’elle l’a refilée à Greg. Je vais peut-être m’attaquer à des détails mais pourquoi cette chose n’apparaît-elle jamais lorsque les personnages se retrouvent (souvent) à l’hôpital ? Ce choix est-il volontaire ? Après tout, sur le principe, rien n’empêche cette présence de venir à cet endroit. D’ailleurs, cette présence est vraiment à la ramasse. Je pense à la scène d’accident de voiture (Jay prend vite sa voiture pour fuir cette chose qui la suit). On voit bien qu’il y a peu de distance entre la plage et le lieu de l’accident. La chose a largement le temps de venir s’attaquer à Jay. En parlant de la scène de la plage, la présence prend l’apparence d’une des amies de Jay :  cette scène avait de quoi être intéressante. Or, on ne s’interroge pas sur l’état des véritables personnages qui ont servi de modèle physique à la présence. Je sais que j’ai l’air de m’attaquer parfois à des détails, mais je ne les relève pas pour faire ma chieuse, ce sont des points que j’ai immédiatement remarqué durant ma séance et qui font que It follows n’est pas le grand film annoncé, loin de là. En ce qui me concerne, il s’agit même d’une grosse déception.

It Follows : Photo Maika Monroe

Le film est bourré de bonnes idées, cela aurait pu déboucher sur une véritable réflexion autour de la sexualité adolescente mais Mitchell ne sait pas du tout quoi en faire. Pire, son film devient limite douteux selon notre perception. Cependant, malgré ce grand déballage, encore une fois je n’ai pas trouvé le film si mauvais. Malgré ses énormes maladresses,  It follows a tout de même plus d’ambition que les productions hollywoodiennes du même genre. Le film est plutôt lent pourtant je ne me suis pas ennuyée car il possède une ambiance qui nous absorbe du début jusqu’à la fin Il ne s’agit pas d’une honte absolue (il reste quand même mieux que certaines daubes dans la même catégorie) mais je tenais à pointer des éléments qu’on ne pouvait pas laisser passer. Certes, je n’ai pas trouvé la réalisation de Mitchell si exceptionnelle que ça mais il y a tout de même du travail, surtout de la part d’un jeune réalisateur. On sent évidemment qu’il tente de trouver ses marques (le film croule sous les références) et il reprend parfois un peu trop de vieilles techniques pour tenter de nous effrayer mais certaines scènes fonctionnent bien (la scène de la piscine à la fin est vraiment réussie) et le réalisateur propose un univers intéressant. Le scénario a beau être inabouti, on voit bien que Mitchell s’est attaché à des détails techniques ou esthétiques. Même si Mitchell a du mal à l’accorder avec son propos, il a su filmer l’environnement dans lequel se trouvent les personnages.  Le film est également sauvé par sa musique, signée par Disasterpeace. Certes, ce n’est pas forcément ce que j’ai entendu de plus original (elle rappelle énormément la musique de John Carpenter) mais elle fonctionne parfaitement dans le film et c’est réellement elle qui crée une certaine tension. Enfin, It follows est servi par un bon casting.

It Follows : Photo Maika Monroe

Horns

réalisé par Alexandre Aja

avec Daniel Radcliffe, Max Minghella, Joe Anderson, Juno Temple, David Morse, James Remar, Kathleen Quinlan, Kelli Garner, Heather Graham…

Film fantastique américain. 2h. 2013.

sortie française : 1 octobre 2014

interdit aux moins de 12 ans

Horns

Soupçonné d’avoir assassiné sa fiancée, rejeté par tous ceux qu’il connaît, Ignatius a sombré dans le désespoir. Un matin, il se réveille avec une paire de cornes sur la tête. Celles-ci lui donnent un étrange pouvoir, celui de faire avouer leurs plus noirs secrets aux gens qu’il croise. Ignatius se lance alors à la recherche du véritable meurtrier…

Horns : Photo Daniel Radcliffe

Le réalisateur français Alexandre Aja, exilé depuis plusieurs années aux Etats-Unis, adapte le second roman de Joe Hill (le fils de Stephen King) Horns (Cornes en V.F.). Le film a clairement ses défauts, notamment à cause de son scénario un peu trop prévisible : on devine très rapidement l’identité du tueur ou encore la véritable raison de la dispute entre Ignatius et Merry au restaurant. Cependant, dans l’ensemble, Horns est une jolie petite réussite. La mise en scène d’Aja m’a énormément plu car je l’ai trouvée efficace, imaginative et dynamique. J’ai trouvé le mélange des genres (thriller, fantastique, romance, comédie noire) assez réussi et cela permet d’avoir un résultat assez détonant. Le film est très divertissant, délirant et même terriblement fun, avec des scènes décalées voire même très drôles ou encore quelques répliques bien envoyées (entre la mère qui dit ses quatre vérités – assez dures – à son propre fils ou le docteur qui couche avec l’infirmière pendant une opération !). Le film est parfois assez cru mais je ne l’ai jamais trouvé vulgaire et surtout cet aspect sexuel permet de renforcer cette présence diabolique. J’ai particulièrement aimé le soin qu’Aja accordait aux images religieuses et des oppositions entre le bien et le mal (les cornes évidemment, mais aussi la croix, les serpents etc…) semblent parfois un peu trop appuyées.

Horns : Photo Daniel Radcliffe

Le réalisateur a également su montrer la dualité que possède Ignatius, cet ange déchu, partagé entre le bien et le mal. Il n’y a pas qu’Ig qui est confronté au mal mais tous les autres habitants de la ville (adultère, drogue, vanité, mensonges, médias malsains et trop curieux etc…). Les apparences sont trompeuses et là on se rapprocherait même ici de l’univers de la série de David Lynch Twin Peaks. Puis, une bonne partie est construite à partir de flashbacks, qui sont selon moi bien incrustés (un exercice à mon avis pas toujours évident). Horns séduit également par ses beaux effets spéciaux, des décors soignés (sombres et féériques à la fois) ainsi qu’une jolie photographie. On peut également relever une soundtrack rock sympa (même si j’ai une dent comme le Personal Jesus de Marilyn Manson) avec notamment du David Bowie ou encore les Pixies. Enfin, dans l’ensemble, à part peut-être Max Minghella que j’ai trouvé en dessous et manquant un peu de charisme par rapport à l’importance de son personnage, le casting est bon, avec en tête un excellent Daniel Radcliffe, qui a décidément réussi son après-Harry Potter, ou encore Juno Temple, qui parvient à la fois à donner à son personnage de la sensualité, de l’innocence, de la fraîcheur et de la fragilité.

Horns : Photo Juno Temple

Les sorcières de Zugarramurdi

réalisé par Alex de la Iglesia

avec Hugo Silva, Mario Casas, Carmen Maura, Carolina Bang…

titre original : Las Brujas de Zugarramurdi

Film fantastique, comédie espagnol. 1h52. 2013.

sortie française : 8 janvier 2014

Les Sorcières de Zugarramurdi

En plein jour, un groupe d’hommes braque un magasin d’or de la Puerta del Sol à Madrid. José, père divorcé en plein conflit avec son ex-femme, Tony, son complice, sex-symbol malgré lui, Manuel, chauffeur de taxi embarqué contre son gré dans l’aventure, et Sergio, le fils de José, partent en cavale. Objectif : atteindre la France en échappant à la police… Mais arrivé près de la frontière française, dans le village millénaire de Zugarramurdi, le groupe va faire la rencontre d’une famille de sorcières, bien décidées à user de leurs pouvoirs maléfiques pour se venger des hommes…

 Les Sorcières de Zugarramurdi : Photo

Comme d’habitude, Alex de la Iglesia signe un film bien barré. Il est clair que pas tout le monde adhère à son univers parce qu’il y a des choix parfois excessifs. Le film n’est pas parfait, il est presque parfois trop délirant (c’est même parfois un poil épuisant) et a quelques longueurs mais dans l’ensemble, j’ai quand même bien aimé Les Sorcières de Zugarramurdi. Au passage, ce village, situé au nord de l’Espagne, existe réellement et est réputé pour y avoir abrité des sorcières. J’ai trouvé le film très drôle, notamment le début vraiment réussi, avec les braqueurs déguisés en soldat et en Jésus qui ont embarqué le gamin de l’un d’entre eux. Il y a aussi quelques scènes bien déjantées avec les fameuses sorcières du titre, notamment une espèce de punk, une vieille bique qui oublie de prendre ses médocs ou encore une autre qui marche au plafond ! Le film sort quand même du lot mais il n’est pas seulement barré. Le fond est assez fort, même s’il ne plaira pas à certains (je dirais même certaines) qui comprendraient mal le propos. Alex de la Iglesia réalise un film féministe et en même temps, il critique tout de même les féministes les plus extrémistes. Mais le réalisateur ne s’attaque pas seulement à cette catégorie de femmes. Les hommes en prennent également pour leur grade, surtout les machistes, qui sont eux aussi des extrémistes. Le réalisateur dénonce également les désastreuses conséquences des divorces, notamment à cause des pensions alimentaires, de la garde des enfants ou encore tout ce qui concerne leur éducation. Les actes des personnages principaux masculins sont condamnables mais, on peut aussi comprendre leur désespoir, ce qui les rend tout de même attachants. Finalement, le propos est assez équilibré pour chaque sexe. Mais au-delà des critiques sur le comportement des uns et des autres et du délire fantastique, le réalisateur dresse aussi un portrait de l’actuelle Espagne. Le scénario s’égare par moments mais il tient quand même plutôt la route et contient quelques trouvailles et la mise en scène est inspirée. Tous les interprètes sont également excellents. En bref, Les Sorcières de Zugarramurdi (pétard, c’est chiant à écrire ce nom !) est un bon divertissement, sombre, explosif et intelligent à la fois.

Les Sorcières de Zugarramurdi : Photo Carmen Maura