The Greatest Showman

réalisé par Michael Gracey

avec Hugh Jackman, Zac Efron, Michelle Williams, Rebecca Ferguson, Zendaya…

Comédie musicale américaine. 1h44. 2017.

sortie française : 24 janvier 2018

The Greatest Showman célèbre la naissance du show-business et l’émerveillement que l’on éprouve lorsque les rêves deviennent réalité. Inspirée par l’ambition et l’imagination de P.T Barnum, voici l’histoire d’un visionnaire parti de rien qui a créé un spectacle devenu un phénomène planétaire.

The Greatest Showman : Photo Hugh Jackman

The Greatest Showman, inspiré de la véritable histoire de P.T. Barnum, avait tout pour me plaire un minimum avec ses scènes musicales et son ode à la différence en mettant en scène de ce qu’on appelait des « freaks » (un peu comme dans Freak Show, la fabuleuse quatrième saison de America Horror Story). En seulement cinq minutes de film, j’ai compris que j’allais rencontrer un énorme souci avec cette comédie musicale pseudo biopic. Rien que la musique. Certes, en l’écoutant en dehors du film, comme j’écouterais n’importe quelle chanson de pop sur mon Spotify, oui certaines sont sympathiques. J’admets même écouter volontiers A Million Dreams et Never Enough, les deux titres se retrouvent par ailleurs dans les deux plus belles scènes du film (autant esthétiquement qu’émotionnellement). Et surtout, deux chansons qui entrent pour moi plus dans ce que j’imagine d’une comédie musicale ! Mais alors, entendre ces chansons très popisées et même pour certaines trop trafiquées (alors qu’il n’y en avait aucun besoin, surtout avec de telles voix !) est très désagréable, à la limite d’un anachronisme de mauvais goût (je crois que je me suis même entendue dire « oh non ils recommencent à chanter ! »). Ne jamais prendre en compte le genre cinématographique pour les chansons reste pour moi problématique. Mais il n’y a évidemment pas que la musique – se transformant rapidement en bouillie indigeste – qui m’a dérangée même si cela reste un problème majeur dans le cadre d’une comédie musicale. L’histoire d’origine est sur le papier passionnante mais les scénaristes sont parvenus à la rendre insipide, principalement à cause de deux raisons. La première est, comme l’indique bien son titre (un indice du carnage à venir donc), sa concentration absolue sur le personnage de Barnum. Qu’il soit effectivement le personnage principal est légitime, mais il bouffe rapidement tous les autres personnages qui ont du mal à exister, dont les fameuses « curiosités », sorte de groupe sans nom ni identité (en dehors de Lettie Lutz, incarnée par la star de Broadway Keala Settle). Un comble pour un film qui prétend être une ode à la tolérance et la différence ! Même l’histoire d’amour entre Philip Carlyle (Zac Efron) et la trapéziste Anne Wheeler (Zendaya) n’est pas intéressante par rapport à ce soi-disant message. Certes, le film évoque aussi la manière dont étaient traités les Afro-américains, pointés du doigt pour leur différence de couleurs de peau, comme les « curiosités » étaient moquées pour leurs différences physiques. Cela dit, il n’y a rien de bien fou à nous présenter l’histoire d’amour entre deux personnages qui n’ont finalement aucun « souci » physique (je veux dire, Zendaya ne souffre pas de difformités physiques).

The Greatest Showman : Photo Zendaya

En rejetant pratiquement tous les personnages secondaires, le scénario passe donc aussi à côté des différents enjeux possibles qui auraient pu rendre le film intéressant. Par exemple, il n’exploite pas suffisamment la relation ambiguë entre Barnum et la chanteuse suédoise Jenny Lind (incarnée par Rebecca Ferguson – même si c’est Loren Allred, une ancienne candidate de The Voice qui interprète sa chanson phare) ou même le portrait général de Barnum (son acte avec les « freaks » était-il généreux ou juste très intéressé ? Pas sûre que ce type méritait un portrait aussi élogieux). Les personnages n’étant pas intéressants (pour ne dire inexistants pour certains), les acteurs ont du mal à rendre leurs interprétations consistantes. Cela est d’autant plus frustrant de voir ce casting habitué aux comédies musicales noyé dans ce pur chaos. Enfin, autre véritable souci : le spectateur n’a aucune notion temporelle. Certes, le film ne prétend pas être un biopic parfait et historique. Mais là, on a l’impression que l’histoire se déroule en deux mois (et encore je suis gentille). Par exemple, les personnages ne semblent étrangement jamais vieillir (surtout les gamines du couple Barnum) ou encore on passe d’un événement à un autre très rapidement. En fait, dès qu’il y a un obstacle dans l’histoire de Barnum (qui touche aussi bien sa vie professionnelle que privée), il est évidemment résolu en deux trois mouvements. La fin est par ailleurs particulièrement bâclée et expédiée. Cette approximation temporelle est encore un moyen pour combler les sérieuses lacunes du scénario. Bref, tout est kitsch et on ne sait même plus si ce mauvais goût est volontaire ou non. Michael Gracey (réalisateur d’une célèbre pub plutôt fun pour Ice Tea avec déjà Hugh Jackman – et j’ai envie de dire que ça se voit qu’il vient de la pub) n’est pas un Baz Luhrmann malgré tous les efforts qu’il fait pour rendre son oeuvre grandiloquente. Oui, il y a des couleurs, du mouvement, une envie de grandeur, mais la mise en scène manque cruellement de virtuosité et l’ensemble est honnêtement très moche visuellement : on finit donc avec cette bouillie indigeste sur tous les points (narration, son, esthétisme), plus proche d’un épisode de Glee à la sauce MTV/Eurovision que de ce qui se fait éventuellement à Broadway. Ce ratage est d’autant plus regrettable dans le sens où on sent qu’il s’agit étrangement d’un film sans prétention (malgré les moyens employés, notamment pour fabriquer les animaux du cirque afin d’éviter de les exploiter ou de les maltraiter !). 

The Greatest Showman : Photo Hugh Jackman, Zac Efron

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Coco (2017)

réalisé par Lee Unkrich et Adrian Molina

voix originales d’Anthony Gonzalez, Benjamin Bratt, Gael Garcia Bernal…

voix françaises d’Andrea Santamaria, Ary Abittan, François-Xavier Demaison…

Animation, aventure, fantastique américain. 1h45. 2017.

sortie française : 29 novembre 2017

coco

Depuis déjà plusieurs générations, la musique est bannie dans la famille de Miguel. Un vrai déchirement pour le jeune garçon dont le rêve ultime est de devenir un musicien aussi accompli que son idole, Ernesto de la Cruz.
Bien décidé à prouver son talent, Miguel, par un étrange concours de circonstances, se retrouve propulsé dans un endroit aussi étonnant que coloré : le Pays des Morts. Là, il se lie d’amitié avec Hector, un gentil garçon mais un peu filou sur les bords. Ensemble, ils vont accomplir un voyage extraordinaire qui leur révèlera la véritable histoire qui se cache derrière celle de la famille de Miguel…

Coco : Photo

Les grands studios d’animation commencent à prendre conscience depuis quelques années des différents changements de mentalité qui s’opèrent. Disney avait déjà fait quelques grands pas avec La Princesse et la Grenouille et Vaiana avec respectivement une héroïne afro-américaine et une autre polynésienne. Pixar entre dans cette même démarche en situant l’intrigue au Mexique pendant la Fête des Morts. Sorti en pleine ère Trump, le succès d’un film américain grand public privilégiant la culture mexicaine fait forcément sourire voire même plaisir. Avant de découvrir Coco (ils sont allés chercher loin ce titre, j’avoue être un peu déçue par ce choix), les deux derniers Pixar que j’avais étaient certes plutôt bons mais tout de même j’en garde encore un goût amer. Le Monde de Dory reste en-dessous du Monde de Nemo. Et je m’étais déjà longuement exprimée sur Vice Versa que je trouve toujours autant surestimé. J’aime les films de ce studio, Coco me faisait de l’oeil mais j’avais tout de même peur d’être encore déçue. Je le dis d’entrée : de mon point de vue (sans jouer les chieuses de service), Coco n’est pas pour moi un chef-d’oeuvre même si je sais que beaucoup le classent déjà dans cette catégorie. En revanche, je m’accorde à dire qu’il s’agit d’un très bon film qui mérite l’accueil qui lui a été réservé. Ce Coco me semble plus intéressant, sur de nombreux points, que les précédents longs-métrages de Pixar que j’ai cités. Pixar a toujours fait des merveilles sur l’esthétique, on connaît tous la qualité de leur travail. Mais là, le résultat est réellement époustouflant. Peut-être même une des plus belles réussites des studios concernant ce point. Basculant sans cesse entre des tons sombres et des couleurs vives, l’univers présenté, notamment le Pays des Morts, nous en met plein la vue. Ces couleurs entrent en cohérence avec l’un des propos du film : la Mort n’est pas nécessairement synonyme de tristesse puisqu’elle fait partie de la vie. Il n’y a que les couleurs flamboyantes qui ont su m’emballer. Les reliefs, la lumière ou encore les mouvements fluides de caméra permettent aussi de valoriser des décors fabuleux débordant d’une créativité folle. Comment ne pas être gaga devant le Monde des Morts et la passerelle entre les deux mondes ? Comment ne pas être époustouflé par la transformation corporelle de Miguel en guise de compte à rebours ? Chaque détail est pensé et bien exécuté à l’écran. Au-delà d’un travail visuel étonnant, l’histoire en elle-même est plaisante même si elle n’est pas non plus très surprenante.

Coco : Photo

Comme la plupart des Pixar, Coco parvient à toucher tous les publics. Surtout, parler de la mort aux enfants n’est pas une tâche facile. Certes, la manière de distribuer ce message reste relativement « simple » mais elle est tout de même très efficace. C’est sans chichi et ça va droit au coeur. Coco est alors indéniablement un magnifique spectacle bien rythmé assez poignant. Le résultat est bouleversant mais jamais macabre. Je ne dirais pas que j’ai pleuré comme une madeleine pendant des heures (en même temps, niveau émotion, difficile de faire concurrence à Là-Haut et Toy Story 3 !). Mais j’ai tout de même versé quelques larmes à la fin du long-métrage. Le film parvient à nous toucher en plein coeur pas uniquement par son thème principal, c’est-à-dire la mort  (cette présentation de ce concept reste joyeux et dédramatisé) mais plutôt par un autre thème (lié à celui de la mort) à déceler : celui du souvenir. Ce thème était déjà présent dans Vice Versa : si je trouve ce dernier effectivement surestimé, il gagne tout de même des points concernant sa vision juste sur le rôle des souvenirs. En effet, un souvenir qui touche est souvent composé par plusieurs émotions qui se côtoient et se mélangent. Coco reprend alors un message entrant la même veine. Le souvenir est en fait ce qui nous rend vivant. Le souvenir de nos proches morts est aussi ce qui les rend encore vivants dans nos coeurs. L’oubli est justement ce qui les enterre définitivement. Le long-métrage ne se contente alors pas de dédramatiser la mort, il célèbre aussi avec autant de joie que d’émotion la mémoire familiale tout comme il encourage à chacun de vivre sa passion telle qu’on le souhaite même si nos proches nous en dissuadent pour des raisons qui sont valables à leurs yeux (l’envie de protéger la famille, d’éviter éventuellement de refaire les mêmes erreurs faites par le passé, bref la question de la transmission familiale est toujours bien traitée). En revanche, je suis un peu déçue par la bande-originale. Peut-être que la VF ne m’a pas aidée à apprécier les différentes chansons (même si, côté dialogues, j’en suis tout à fait satisfaite !), fortement marquées par une musicalité hispanique. Mais aucune ne m’a vraiment marquée (en dehors de Remember me / Ne m’oublie pas même si personnellement je ne suis pas une grande fan de cette chanson) ce qui est tout de même regrettable dans un film mettant en scène un musicien (c’est peut-être même ce détail en question qui ne me pousse pas à adorer absolument ce film même s’il m’a beaucoup emballée). Magique, créatif, émouvant, Coco prouve bien que Pixar n’a pas perdu la main en proposant une oeuvre d’une grande richesse où les prouesses techniques et esthétiques servent un propos universel.

Coco : Photo

Les Quatre filles du Dr March (1994)

réalisé par Gillian Armstrong

avec Winona Ryder, Susan Sarandon, Christian Bale, Gabriel Byrne, Trini Alvadaro, Kirsten Dunst, Claire Danes, Samantha Mathis, Eric Stoltz…

titre original : Little Women

Comédie dramatique américaine. 1h55. 1994.

sortie française : 3 mai 1995

Movie Challenge 2017 : Un film se déroulant avant le XXe siècle

Pendant la guerre de Sécession, dans le Massachusetts, Mme March et ses quatre filles, Jo, Beth, Amy et Meg tentent de se débrouiller, tandis que leur père combat au front. Jo se découvre alors une passion pour l’écriture et rédige des pièces de théâtre que jouent ses soeurs en plus de son idylle avec leur voisin Laurie. Quand elle a l’opportunité de devenir écrivain, Jo s’en va à New York où elle rencontre le professeur Baher.

Les Quatre filles du Dr March, roman culte de Louisa May Alcott, a connu plusieurs adaptations cinématographiques. George Cukor en avait réalisé une en 1933 avec Katharine Hepburn dans le rôle de Jo. Puis, ce fut au tour de Mervyn LeRoy de s’en occuper en 1949 avec, entre autres, June Allyson, Elizabeth Taylor et Janet Leigh. En 1994, c’est-à-dire bien longtemps après ces premières adaptations assez rapprochées dans le temps, le roman d’Alcott est de nouveau au coeur d’une nouvelle version cinématographique. L’Australienne Gillian Armstrong (Oscar et Lucinda, Charlotte Gray, Au-delà de l’illusion) est cette fois-ci derrière la caméra. Sans vouloir faire du féminisme à deux balles, il s’agit d’un choix assez pertinent de constater cette fois-ci une réalisatrice derrière la caméra. Comme le titre l’indique aussi bien en français qu’en version originale même s’il diffère (Little Women), les jeunes filles et femmes sont au coeur de cette oeuvre. Nous pouvons devenir la femme qu’on doit être sans homme à la maison, même rêver d’une vie (notamment avec un homme) sans ce modèle masculin. Je n’ai pas encore lu le roman (mais j’ai acheté le bouquin pour réparer cette erreur !), ni vu les précédentes adaptations. Mais cette version des années 90, mettant en scène un sacré brochette d’actrices (et encore, en dehors de Ryder, il ne s’agissait pas forcément des stars que l’on connaît désormais) m’a enchantée ! Certes, la mise en scène est assez classique (ce qui n’a rien d’une tare non plus) et ce film a globalement un côté tout mignon qui agacera certainement certains spectateurs (même s’il relate parfois des événements moins « mignons »). Mais justement, ce côté « bonbon » et innocent a quelque chose de séduisant : il l’est mais il ne tombe pas non plus dans des excès de guimauve écoeurante. Il ne faut pas oublier que le roman peut être trouvable dans le rayon jeunesse, ce qui peut probablement justifier sa dimension inoffensive. Effectivement, les enjeux peuvent sembler minimes, un peu « neuneu ». Mais pourtant, l’arrière-fond ne l’est pas. Le contexte est bien pris en compte par la réalisatrice avec ces jeunes filles livrées à elles-mêmes : le père March – qui n’est donc pas docteur mais en réalité pasteur – a dû laisser sa femme et ses filles pour partir sur le front). Chacune tente alors de garder un semblant de vie normale. Si l’oeuvre aborde quelques histoires d’amour, les différents rêves qui permettraient à ces filles, à la fois fortes, intelligentes, instruites et manuelles, de s’accomplir entièrement ne se limitent justement pas à des histoires de romance et d’homme.

Jo March, sorte d’alter-ego d’Alcott (le roman est semi-autobiographique sur de nombreux points), est évidemment le personnage le plus intéressant (même si les autres soeurs sont attachantes) et c’est là où on comprend que l’oeuvre est justement moins niaise et gentillette qu’elle en a l’air. Grâce à ce garçon manqué très intelligent (qui se positionne comme le personnage principal parmi les autres soeurs March), Les Quatre Filles du Dr March est alors une jolie oeuvre douce féministe. S’il y a bien des romances dans le film, elles ne contredisent justement pas le propos fort de l’oeuvre. Je ne peux pas juger le travail d’adaptation mais le scénario parvient donc à faire cohabiter une impression de légèreté constante autour de la vie de ces filles et un propos fort valorisant la femme en dehors du mariage et du couple. Le film a un peu vieilli dans le sens où on voit que c’est un film datant des années 90 mais la reconstitution de l’époque reste agréable même si elle n’est pas non plus dingue. On ne se souvient pas nécessairement de l’unique nomination aux Oscars de Winona Ryder pour ce rôle (battue cette année-là par Jessica Lange pour le très méconnu Blue Sky). Il est regrettable qu’on ne connaisse pas davantage son interprétation à l’heure actuelle. J’ai toujours bien aimé Winona Ryder qui, malheureusement, n’a pas eu la carrière qu’elle méritait. J’ai eu l’impression de redécouvrir cette actrice dans le rôle de Jo March (et je m’aperçois de plus en plus que Keira Knightley est une sorte de mini-Winona !). Son personnage est certainement déjà sur le papier très attachant et son interprétation renforce encore plus cette impression. Le reste de la distribution (la petite peste Kirsten Dunst, la timide Claire Danes, le charmant Christian Bale, la remarquable Susan Sarandon…) est également impeccable, chacun trouve sa place sans se faire bouffer par Ryder. Bref, cette nouvelle version du roman culte de Louisa May Alcott n’est certainement pas un chef-d’oeuvre ou quoi que ce soit mais l’ensemble est réellement plaisant tout en proposant un propos toujours actuel. 

Grave

réalisé par Julia Ducournau

avec Garance Marillier, Ella Rumpf, Rabat Naït Oufella, Joana Preiss, Laurent Lucas, Marion Vernoux, Bouli Lanners, Jean-Louis Sbille…

Epouvante-horreur, drame français, belge. 1h38. 2016.

sortie française : 15 mars 2017

interdit aux moins de 16 ans

Dans la famille de Justine tout le monde est vétérinaire et végétarien. À 16 ans, elle est une adolescente surdouée sur le point d’intégrer l’école véto où sa sœur ainée est également élève. Mais, à peine installés, le bizutage commence pour les premières années. On force Justine à manger de la viande crue. C’est la première fois de sa vie. Les conséquences ne se font pas attendre. Justine découvre sa vraie nature.

Grave : Photo

Difficile de passer à côté du phénomène Grave, grand vainqueur à Gérardmer cette année et présenté l’année précédente à la Semaine de la Critique à Cannes (pour ne citer que ces festivals). Il s’agit du premier long-métrage de l’ex-étudiante de la FEMIS, Julia Ducournau : elle avait co-signé Mange, un téléfilm pour Canal + en 2012 et un court-métrage intitulé Junior (et on retrouve dans le casting une certaine Garance Marillier). Grave, co-produit par Julie Gayet, a vite fait le buzz pour ses scènes cannibalistes. On a lu à plusieurs reprises (que ce soit dans la presse ou même sur les réseaux sociaux) que des spectateurs avaient gerbé à cause de certaines scènes visiblement insupportables. C’est pour cette raison que je n’ai pas tenu à découvrir ce film en salles, de peur que mon petit coeur, mon foie, mon estomac et mon cerveau (oui, tout ça) ne supportent pas ce choc (rappelez-vous que j’ai vu Salo de Pasolini en deux fois, le tout avec ma poubelle à côté parce que je sentais que j’allais physiquement dégueuler). Cela dit, entre temps, plusieurs blogueurs m’ont prévenue, je cite, qu’en fait il n’était pas si gore mais la fin était tout de même épicée. J’ai également bien retenu toutes les informations que j’ai lues (sans me spoiler) : le film ne serait pas à proprement parler gore malgré sa réputation. La réalisatrice dit elle-même qu’il s’agit plus d’un drame, parfois comique, mélangé au body horror. J’accepte tout à fait ce postulat et effectivement c’est ce qu’on constate très rapidement. Mais cela ne m’a pas empêchée d’être fortement déçue. En fait, j’ai l’impression d’avoir été confrontée à ma séance de It Follows (également un film de genre d’auteur absolument adoré pour tout le monde alors qu’il a pour moi un certain nombre de défauts / éléments problématiques) en terme de déception (ici encore plus élevée). Mon problème n’est pas nécessairement lié au manque de gore même si je reviendrai tout de même sur ce point. La mise en scène en elle-même n’est pas ce qui m’a gênée, je n’ai pas de reproche à lui faire, c’est peut-être même l’un des seuls points positifs que je relève. C’est globalement l’écriture qui m’a réellement chiffonnée. Cette oeuvre a été vantée pour son intelligence, sa psychologie et que sais-je. Justement, j’ai trouvé l’écriture terriblement pauvre, pas du tout fine et parfois même incohérente et tombant sans cesse dans la sur-référence.

Grave : Photo

Par exemple, l’héroïne se prénomme Justine en référence au personnage de Sade (déjà on y va avec de gros sabots – et c’est ça tout le long du film) nous est présentée comme une jeune fille intelligente (on comprend même qu’elle serait probablement surdouée) qui aurait même son petit caractère. Première question que je me suis automatiquement posée : pourquoi ne refuse-t-elle pas toutes les actions liées au bizutage (parce qu’elle ne résiste pas vraiment) ? On va me répondre : parce que justement, c’est à cause du bizutage qui fout la pression. Justement, le bizutage. La réalisatrice prétend que son film n’est pas sur le bizutage. Je veux bien la croire. Sauf que ce bizutage en question prend une place bien trop importante dans le film par rapport à ce que la réalisatrice a voulu raconter. Surtout, je n’ai pas cru une seule seconde à l’environnement. Pour le bizutage dans les grandes écoles, je suis parfaitement au courant de ce qui se passe, de la violence et de l’humiliation autour. Les visages ont beau être anonymes (le film ne se concentre que véritablement sur les trois personnages principaux), on ne croit pas que ces jeunes-là puissent être l’élite de la France (et j’ai même envie de dire que ça concerne aussi justement Justine, sa soeur et son coloc’ sans être méchante). Surtout, on retrouve tous les clichés possibles et insupportables (et je ne trouve pas que Ducournau en joue particulièrement bien) sur les films de campus. Il est aussi étrange de ne pas utiliser la prépa vétérinaire suffisamment à fond pour le scénario. Certes, Justine est une jeune végétarienne qui défend les animaux avec conviction. On ne peut que penser à cette scène où la jeune fille défend avec pertinence les animaux victimes de zoophilie en établissant une comparaison avec les victimes (humaines) de viol. Cela dit, cela me parait aberrant que face à sa faim grandissante Justine ne tente même pas de s’attaquer à un des animaux présents dans la prépa ou dans les alentours. Le traitement de la relation entre les soeurs m’a également semblé problématique. Je n’ai jamais eu l’impression d’être face à des soeurs tellement elles sont distantes ce qui est bizarre vu le secret familial qu’elles partagent. Les réactions d’Alexia ne m’ont pas paru crédibles : pourquoi ne l’empêche-t-elle de lutter contre le cannibalisme (et même l’incite) ? Pour se sentir moins seule (au passage, un sentiment pas réellement exploité que ce soit de son côté ou celui de Justine) ? Mouais.

Grave : Photo Garance Marillier

J’avoue que je n’ai en tout cas globalement pas cru aux réactions des personnages qui évoluent aussi vite qu’ils changent de chemises. Julia Ducournau a en tout cas insisté de nombreuses fois sur la profondeur de son film (à l’entendre, on a l’impression qu’elle a réinventé à elle seule le cinéma, elle est insupportable), sur les thèmes mis en avant, que son film ne parle finalement pas de cannibalisme etc. Donc on relève les principaux thèmes traités : le passage de l’adolescence à l’âge adulte, la découverte de la sexualité (avec un parallèle lourdingue avec l’animalité et la faim) et de son corps littéralement en mutation, l’héritage familial… Mais tous ces sujets en question sont pour moi traités sans aucune finesse et surtout superficiellement. Il parait aussi qu’il y avait un twist (on en revient donc au fameux drame autour du drame familial avec une mère étonnamment très peu présente). Il doit y en avoir un vu la scène finale (en mode : toi, spectateur, là, tu dois être sur le cul). Twist que j’ai deviné trèèèèès tôt. Revenons enfin au cannibalisme, qui est un prétexte pour évoquer d’autres sujets. Je n’ai pas de souci avec ça mais il y a un moment, il aurait tout de même fallu voir un minimum de scènes en rapport avec ce mal. De plus, à force de naviguer entre plusieurs genres sans réellement les exploiter (mais plutôt en les survolant), je n’ai finalement rien ressenti et encore moins une quelconque petite tension ou un sentiment de malaise. Au bout d’un moment, le fait que ce ne soit pas un pur film d’horreur n’excuse pas tout. Je n’ai pas pu m’empêcher de penser au surprenant We are what we are de Jim Mickle qui a de réelles similitudes avec Grave : un drame autour de deux soeurs cannibales à cause d’un héritage familial. Sur le principe donc, rien de gore (le film ne l’est pas et n’a qu’une petite interdiction qu’aux moins de 12 ans) mais pourtant le film tient bien ses promesses : une tension qui monte jusqu’au point final réellement cannibale, logique vu le mal qui ronge les protagonistes. Il manque ça à Grave : quand le meurtre inimaginable et final à cause des pulsions des personnages arrive pour de bon, on nous épargne tellement tout au nom du « drame » (comme si cela était incompatible alors que cela n’est pas nécessairement le cas) que finalement ça laisse indifférent alors que ça aurait dû envoyer du pâté ou cela aurait dû provoquer un électrochoc.

Grave : Photo

Je pense même à The Neon Demon de Nicolas Winding Refn (l’exemple me paraît pertinent : le film, très esthétique comme celui de Ducournau, reprend le thème du cannibalisme) qui sur le principe n’est pas un proprement parler un film gore, loin de là. Mais là encore (même s’il a été très discuté), son final sait chambouler, le cannibalisme est bel et bien utilisé, il ne s’agit pas d’une fausse promesse. Revenons justement à l’esthétique (puisque j’établissais une comparaison avec l’esthétique très prononcée de Refn) : certes, on ne va pas se mentir, le film est très soigné de ce côté-là, l’équipe a très bien bossé, c’est indéniable. Je n’aime pas saloper le travail bien fait. Cela dit, je n’ai pas toujours trouvé ces choix en question toujours très pertinents ni d’une réelle profondeur dans le sens où j’avais vraiment l’impression de voir une sorte de caricature du film arty bobo (avec en plus des choix musicaux qui ne m’ont pas aidée à faire abstraction) : pour moi, on était plus proche de la prétention et de la complaisance que dans une quelconque démarche artistique qui devait accompagner une signification. Côté interprétation, je n’ai pas non plus été tant bluffée que ça par rapport à toutes les louanges que j’ai pu entendre. La jeune Garance Marilier et Rabat Naït Oufella ont certes une certaine fraîcheur qui permet de s’intéresser un peu à eux mais je n’ai pas trouvé qu’ils jouaient si bien que ça, j’ai retrouvé tous ces tics clichés d’acteurs de films d’auteur à la française. Quant à Ella Rumpf, j’ai vraiment trouvé qu’elle surjouait tout le long. tPour finir tout de même sur une touche un peu plus joyeuse (et pour éviter qu’un fan du film m’assassine à coup de batte de base-ball), parmi les petits points positifs que je relève (je ne suis pas totalement un monstre), la mise en scène est ambitieuse, le soin apporté à la photographie est également remarquable et enfin on ne peut qu’admirer le travail des maquilleurs sur quelques scènes.

Grave : Photo Garance Marillier

It Comes At Night

réalisé par Trey Edward Shults

avec Joel Edgerton, Carmen Ejogo, Christopher Abbott, Riley Keough, Kelvin Harisson Jr., Griffin Robert Faulkner, David Pendleton…

Film d’épouvante-horreur, thriller américain. 1h37. 2016.

sortie française : 21 juin 2017

interdit aux moins de 12 ans

Alors que le monde est en proie à une menace terrifiante, un homme vit reclus dans sa propriété totalement isolée avec sa femme et son fils. Quand une famille aux abois cherche refuge dans sa propre maison, le fragile équilibre qu’il a mis en place est soudain bouleversé.

It Comes At Night : Photo Christopher Abbott, Joel Edgerton, Kelvin Harrison Jr., Riley Keough

J’avais lu quelques bonnes critiques sur It Comes At Night de Trey Edward Shults (il ne s’agit que de son second long-métrage après le très méconnu Krisha) mais je ne comptais pas spécialement aller le voir au cinéma. Mais vu le peu de films intéressants en ce moment et vu la chaleur (oui, je fais tout pour trouver de la fraîcheur – ou plutôt une clim), je suis allée le voir sans réellement savoir de quoi il s’agissait (je voyais vite fait de quoi ça parlait mais je ne m’y étais pas réellement intéressée, je n’avais même pas regardé la bande-annonce). It Comes At Night plante rapidement le décor : l’Amérique (en tout cas je me suis arrêtée à ce pays) doit affronter un virus mortel. A force de voir un certain nombre de films apocalyptiques et sur les zombies (les personnages ne se transforment pas en zombies, mais les symptômes ne sont pas si différents) ou autres, on finit par être lassé. Or, celui-ci ne s’étend pas spécialement sur ce possible côté science-fiction / anticipation qui aurait pu entrer en jeu (on ne sait pas d’où cette contamination sort, le comment du pourquoi). Il s’agit avant tout d’un moyen pour installer l’intrigue et surtout le huis clos. En effet, le décor se limite à une maison et quelques espaces dans la forêt. Dans cet espace limité en question se déroule la rencontre puis la cohabitation entre deux familles. Le véritable genre de ce long-métrage serait l’horreur. Effectivement, il reprend certains codes de genre, notamment le huis-clos ou encore la contamination (les personnages portent des gants et un masque selon les situations). Certains diront que le film ne fait pas assez peur, qu’il n’a rien d’horrifique. Pour ma part, la tension est omniprésente, on se sent réellement étouffé dans cette maison gérée par la famille de Paul. La peur n’est pas réellement liée à la maladie (même si elle reste présente et a des conséquences sur les réactions des personnages) mais par les personnages. On ne sait rien sur eux, juste rapidement leurs prénoms, éventuellement les professions exercées avant (Paul était prof d’histoire – on ne l’aurait pas forcément soupçonné, comme si cette épreuve révélait le personnage; Will était ouvrier) et certains événements personnels traversés (ex : la scène d’introduction avec le beau-père de Paul). La peur est alors celle des autres. Doit-on se méfier des autres pour protéger ceux qu’on aime ? It Comes At Night mêle alors les scènes du quotidien, entre méfiance et espoir (les deux familles étant capables de vivre ensemble, chacune apportant son savoir à l’autre pour mieux lutter contre la menace invisible, et celles des cauchemars, plus précisément ceux de Travis, le fils ado de Paul et Sarah. Le point de vue adopté est par ailleurs intéressant : on suit une grande partie du récit par le regard de l’adolescent, tiraillé par ses parents.

It Comes At Night : Photo

Sa mère veut le protéger pour qu’il garde encore son innocence tandis que son père veut l’endurcir, le transformer en « homme ». Ce tiraillement se développe au contact de la famille qui s’installe chez lui. Peut-on s’attacher à des gens qui risquent de nous faire du mal malgré eux ? Comment espérer un futur quand il n’y a plus rien ? Comment combler ses frustrations (notamment sexuelles) ? Comment oublier ce qui est inoubliable ? On ne sait alors rien des personnages : ils sont finalement comme nous, de différents milieux. Cela pourrait être un handicap pour certains spectateurs mais pour ma part, ce choix est plutôt audacieux. Je ne dirais pas qu’on s’identifie nécessairement aux personnages, ni qu’on s’y attache (et je ne crois pas que le réalisateur recherchait cet effet), en revanche on peut se projeter dans les actions des personnages, même dans les plus condamnables. Il n’y a pas de gentils ou de méchants, juste des gens qui pensent à eux. Les actes ne sont pas excusés mais pourtant le spectateur est confronté à sa propre situation : comment aurait-on agi à leur place ? Jusqu’où peut-on se protéger ? Paul, Will et les autres sont alors des gens ordinaires obligés de se confronter à une situation qui les dépasse. It Comes At Night n’est alors pas un film d’horreur traditionnel (est-ce vraiment un film d’horreur ? A-t-il été mal vendu ?) : on ne trouve pas spécialement de jump-scares ni des litres de sang (malgré une violence bien présente), et les monstres sont des êtres humains comme vous et moi qui pensent agir pour le bien. La complexité des actes et des pensées des personnages et la paranoïa générale s’ajoutent au mystère volontaire autour de certains faits dans la narration. Il y a un désir d’aller à l’essentiel. Le réalisateur justifie ce choix logiquement : si les personnages ne savent pas ce qui s’est réellement passé, le spectateur n’est pas obligé de le savoir. A l’image des réactions des personnages, d’une humanité sombre, le spectateur est mis au même niveau que les personnages. A noter aussi un effet de boucle qui crée une véritable cohérence dans le récit et une idée aussi d’éternel recommencement : ce que vivent ces deux familles doit exister ailleurs. Chaque famille est obligée de remettre en question ses valeurs. Ces familles banales dont on ne saura pas grand-chose et aussi humaines qu’elles le sont ne sont que le reflet d’une société égoïste. Trey Edward Shults est en tout cas pour moi un jeune réalisateur prometteur, à l’aise dans le travail de mise en scène, d’une belle précision, à l’image de l’histoire qui ne fait pas de chichis : on voit droit au but.

It Comes At Night : Photo

Je ne me suis pas ennuyée durant le film alors que le rythme n’est pas pourtant pas rapide (et je ne suis pas toujours une adepte des films lents). L’atmosphère inquiétante m’a permis d’accrocher dès les premières minutes et de ne plus lâcher le film et les personnages. It Comes At Night est un film prenant en compte la nature. Pendant ma séance, je n’ai pas pu m’empêcher de penser à Terrence Malick ou à Jeff Nichols. Juste après avoir vu le film, je découvre dans une interview que Trey Edward Shults a commencé sa carrière en travaillant avec Malick et qu’il admirait beaucoup le travail de Nichols. On sent ces influences tout en prenant en compte la patte du réalisateur, bien présente. En tout cas, ce dernier parvient à cerner les espaces aussi bien dans un cadre extérieur (la forêt) qu’intérieur (la maison). La manière dont ces deux lieux sont filmés participe aussi à la claustrophobie et au sentiment de malaise général, déjà présent à cause des réactions et interactions des personnages. Notons au passage un beau travail concernant la photographie et la lumière, les deux parvenant bien à retranscrire toutes les inquiétudes (littéralement cauchemardesques ou issues de la réalité). It Comes At Night est enfin servi par une impeccable distribution. Joel Edgerton (dont ses prestations m’avaient laissée jusqu’à présent indifférente) est remarquable dans le rôle de ce père de famille bourru et brutal prêt à tout pour protéger sa famille. Carmen Ejogo incarne une femme a priori plus douce que son époux mais pourtant elle également d’une grande violence selon les situations. Christopher Abbott (coucou Charlie de Girls) et Riley Keough sont également surprenants en jeunes parents qui tentent de garder leur fraîcheur malgré les événements et la douleur. Enfin, le jeune Kelvin Harrison Jr. (vu dans 12 Years a slave de Steve McQueen et The Birth of a Nation de Nate Parker) est certainement la révélation de ce film et je suis certaine qu’on les reverra sur nos écrans. Je le dis donc clairement : si le film n’est peut-être pas parfait ou en tout cas que les partis pris peuvent décevoir certains spectateurs, il m’a clairement emballée pour sa vision troublante et puissante, sa tension omniprésente qui ne relâche jamais, ses interrogations pertinentes et son atmosphère pesante. Finalement, malgré sa violence sans concession mais jamais gratuite, un film remarquable et paradoxalement terriblement humain dans sa présentation d’une humanité détruite, littéralement malade et perdant son insouciance et sa bienveillance.

It Comes At Night : Photo Joel Edgerton

Marley et moi / Watchmen

Marley & Moi
réalisé par David Frankel
avec Owen Wilson, Jennifer Aniston, Eric Dane, Alan Arkin, Haley Bennett, Clarke Peters…
titre original : Marley & Me
Comédie américaine. 1h40. 2008.
sortie française : 4 mars 2009
Movie Challenge 2017 : Un film que j’aime bien secrètement
Jenny et John viennent tout juste de se marier sous la neige du Michigan et décident de partir s’installer sous le soleil de Floride. Alors que l’envie d’avoir un premier enfant se profile chez Jenny, John espère retarder l’échéance en lui offrant un adorable chiot sur les conseils avisés de son collègue Sébastien, un séducteur profitant pleinement de son célibat. C’est ainsi que Marley, un jeune labrador, prend place au sein du couple. En grandissant, l’animal se révèle aussi craquant que dévastateur et la maison devient un véritable terrain de jeu, où plus rien ne peut échapper à sa voracité. Mais l’envie de fonder une famille ressurgit, et Jenny attend désormais son premier enfant. Au rythme des années et des catastrophes qu’il provoque, Marley sera le témoin d’une famille qui se construit et s’agrandit, devant faire face à des choix de carrière, des périodes de doute et des changements de vie. Pour Jenny et John, même si Marley est le pire chien du monde, cette tornade d’énergie leur témoignera une affection et une fidélité sans limite, pour leur enseigner la plus grande leçon de leur vie.
Marley & moi : Photo David Frankel, Jennifer Aniston, Owen Wilson
Marley & Moi, réalisé par David Frankel (Le Diable s’habille en Prada), est tiré de l’ouvrage autobiographique du journaliste John Grogan, Marley & Me: Life and Love with the World’s Worst Dog (2005). Je m’attendais, comme beaucoup, à regarder une comédie toute mignonne avec un joli toutou qui ferait quelques conneries (et vous savez peut-être que j’ai du mal en général avec les films qui mettent en vedette des animaux). Certes, il s’agit a priori d’un film familial, grand public, c’est un fait (et ce n’est pas forcément une tare). Mais finalement, on n’est pas tant que ça dans le film tout choupi si attendu. Si Marley & moi est pour moi un agréable divertissement, assez bien foutu dans son genre, il surprend surtout pour son émotion que j’ai trouvée vraie (même si le film a évidemment pour but de nous faire verser quelques larmes, on ne va pas se mentir non plus). Je n’ai jamais eu de chiens (en revanche des chats j’en ai toujours eu) mais l’histoire m’a réellement émue (vous avez l’habitude, j’ai évidemment chialé) : je me suis identifiée au personnage principal avec sa relation avec Marley. Certes, je ne vais pas vous dire qu’il s’agit d’un chef-d’oeuvre, ce n’est évidemment pas le cas, on ne retient pas non plus le travail de mise en scène, je ne sais même pas si on peut s’il s’agit vraiment d’un bon film (d’un point de vue strictement cinématographique – bon après rien ne m’a choquée, j’imagine que le travail de ce côté reste correct par rapport à ce qu’on attend de ce type de production). Mais Marley & Moi m’a clairement plu même si j’ai conscience de ses limites purement cinématographiques. Le film reprend le schéma autobiographique du bouquin, l’histoire étant racontée par John. La voix-off est toujours un outil « risqué » dans le sens où elle a tendance à alourdir le récit. Je ne dis pas qu’elle est d’une grande subtilité mais elle n’est pas non plus envahissante. Surtout, je trouve qu’on peut malgré tout (je dis ça parce que Wilson et Aniston sont des stars hollywoodiens, beaux, blonds, sportifs, avec des dents Colgate – bref le contraire du commun des mortels) s’identifier aux personnages principaux, comprendre l’attachement au chien et au rôle que ce dernier joue dans la vie d’une famille face au temps qui passe. Marley et moi séduit alors dans sa représentation d’une vie de famille (et ou plutôt dans sa construction) avec ses bons et ses mauvais moments (les ellipses me semblent bien choisies et fluides). Après, j’admets aussi que ce film fait certainement partie désormais de mes plaisirs coupables (c’était le but de cette catégorie du Movie Challenge).
 
Marley & moi : Photo David Frankel, Eric Dane, Owen Wilson

Watchmen – Les Gardiens 
réalisé par Zach Snyder
avec Jackie Earle Haley, Patrick Wilson, Malin Akerman, Billy Crudup, Matthew Goode, Jeffrey Dean Morgan, Carla Cugino, Stephen McHattie…
titre original : Watchmen
Action, science-fiction, drame américain. 2h42. 2009.
sortie française : 4 mars 2009
interdit aux moins de 12 ans
Movie Challenge 2017 : Un film recommandé par quelqu’un (Borat)
Aventure à la fois complexe et mystérieuse sur plusieurs niveaux, « Watchmen – Les Gardiens » – se passe dans une Amérique alternative de 1985 où les super-héros font partie du quotidien et où l’Horloge de l’Apocalypse -symbole de la tension entre les Etats-Unis et l’Union Soviétique- indique en permanence minuit moins cinq. Lorsque l’un de ses anciens collègues est assassiné, Rorschach, un justicier masqué un peu à plat mais non moins déterminé, va découvrir un complot qui menace de tuer et de discréditer tous les super-héros du passé et du présent. Alors qu’il reprend contact avec son ancienne légion de justiciers -un groupe hétéroclite de super-héros retraités, seul l’un d’entre-eux possède de véritables pouvoirs- Rorschach entrevoit un complot inquiétant et de grande envergure lié à leur passé commun et qui aura des conséquences catastrophiques pour le futur. Leur mission est de protéger l’humanité… Mais qui veille sur ces gardiens ?
Watchmen - Les Gardiens : Photo Carla Gugino, Jeffrey Dean Morgan
Watchmen est l’adaptation du comic éponyme d’Alan Moore (qui rejette le film comme toutes les adaptations de ses oeuvres) et Dave Gibbons (en revanche, il s’est associé au projet). J’ai une drôle d’histoire avec Zack Snyder (et encore, je dis ça sans avoir vu son Batman vs Superman) : 300 fait partie de mes plaisirs coupables, j’aime également énormément L’Armée des Morts (et j’adore au passage la version originale de Romero), en revanche je rejette en bloc Sucker Punch. Et comme vous le savez certainement (ou pas), j’ai généralement du mal avec les films de super-héros. J’ai longtemps redouté ce fameux Watchmen, visiblement autant adoré que détesté. Sans dire que j’ai adoré, j’ai été agréablement surprise par ce long-métrage, certes assez long mais selon moi réellement divertissant et pertinent. Le long-métrage nous présente alors une Amérique alternative des années 1980 (à peine le miroir de ce qu’on connaît déjà) sous l’égérie des super-héros. Mon seul véritablement hic vient du traitement des femmes (problème que j’avais déjà relevé dans d’autres films de Snyder) : j’ai clairement trouvé le film misogyne (on pourra toujours me répondre qu’il y a les mêmes problèmes dans le comic : et bah j’ai envie de dire que je ne trouve pas ça cool non plus). Les personnages féminins ont toutes un mauvais rôle : soit elles sont hyper sexualisées et inutiles dans l’intrigue soit elles ont un mauvais rôle par rapport aux autres personnages. Pour ne rien arranger, Malin Akerman et Carla Cugino jouent très mal (comme souvent). C’est dommage car le reste du casting est pour moi très bon, surtout Jackie Earle Haley, épatant et charismatique dans le rôle de Rorschach. Les personnages sont justement pour moi un des points forts de ce film, ils sont étonnamment complexes par rapport à ce qu’on pourrait attendre habituellement de ce genre de production (le cas le plus flagrant concerne Le Comédien incarné par l’étonnant Jeffrey Dean Morgan). La narration a pu déstabiliser certains spectateurs, certains diront même que le film est trop lent et qu’il ne se passe rien. Pour ma part, si au début j’étais sceptique par cette narration a priori décousue, j’ai rapidement adhéré à ce choix qui permet d’appréhender la psychologie et les histoires personnelles de tous les personnages. Je suis également tombée sous le charme de la proposition graphique et esthétique même si j’admets que certains effets (ex : les ralentis) sont parfois superficiels. Les dialogues sont également soignés, l’histoire en elle-même trouve un ton juste entre violence, tragédie et humour. Enfin, la BO, très agréable, s’adapte bien aux différentes scènes.
Watchmen - Les Gardiens : Photo Jackie Earle Haley

Faut pas lui dire / The Boyfriend

FAUT PAS LUI DIRE

réalisé par Solange Cicurel

avec Jenifer Bartoli, Camille Chamoux, Stéphanie Crayencour, Tania Garbaski, Brigitte Fossey, Arié Elmaleh, Fabrizio Rongione, Benjamin Bellecour, Laurent Capelluto, Stéphane Debac,  Charlie Dupont…

Comédie française, belge. 1h36. 2017.

sortie française : 4 janvier 2017

Laura, Eve, Anouch et Yaël sont quatre cousines, très différentes et très attachantes, qui ont un point commun : elles mentent, mais toujours par amour ! Quand les trois premières découvrent quelques semaines avant le mariage de leur petite cousine que son fiancé parfait la trompe, elles votent à l’unisson « Faut pas lui dire » !

Faut pas lui dire : Photo Camille Chamoux, Jenifer Bartoli, Tania Garbarski

Faut pas lui dire est le premier long-métrage de Solange Cicurel, ancienne avocate au Barreau de Bruxelles spécialisée dans le droit des étrangers. Elle avait signé auparavant un court-métrage intitulé Einstein était un Réfugié. Pour ce film, la réalisatrice s’est donc inspirée de son ancien métier pour son intrigue : en effet, le personnage incarné par la chanteuse Jenifer est une avocate redoutable spécialisée dans les divorces. Plus généralement le film tourne autour de mensonges et de secrets. La réalisatrice est donc partie du principe (en reprenant donc ses propos) qu’un mensonge n’était pas quelque chose de malfaisant à l’origine, qu’on mentait majoritairement pour protéger les gens qu’on aime. Bref, rien de bien révolutionnaire à l’horizon, certains ont même dit que ça ressemblait à Comme t’y es belle (toujours pas vu, ouais je suis encore à la ramasse). Effectivement, des films et des séries avec une bande de quatre femmes ayant des problèmes qu’avec les mecs (par contre, pas de soucis financiers : elles sont forcément avocates ou toubibs et on se demande même quand elles bossent par moments !), on en trouve à la pelle ! Bref, ça ne respire pas l’originalité, la mise en scène n’est pas dingue, le scénario non plus d’ailleurs (mais le travail n’est pas non plus mauvais), mais honnêtement en tant que petit divertissement ce film passe tout à fait : dans son genre, j’ai en tout cas vu bien pire et je ne me suis pas ennuyée, c’est déjà pas si mal. Je m’attendais à un résultat bien plus dégueulasse. L’ensemble reste plutôt bien rythmé, les personnages plutôt sympathiques et attachants. Le film a le mérite d’être nuancé avec les personnages en question : chacun fait ses erreurs et a ses torts, que ce soit les femmes ou les hommes. Evidemment, il n’y a pas de grandes surprises narratives mais la fin m’a tout de même plu. J’attendais évidemment au tournant la chanteuse Jenifer, ici dans un vrai premier rôle au cinéma (elle avait déjà fait son incursion mais dans des rôles plus secondaires) et qui est la réelle « star » de ce film (même s’il y a de bons acteurs et des confirmés dans la distribution). J’ai essayé d’être la plus honnête possible en ne prenant pas en compte mon avis sur la chanteuse (qui m’insupporte). En réalité, je suis partagée sur son interprétation : il y a des scènes où elle est étonnamment à l’aise (notamment dans une scène de procès plutôt drôle – même si je ne sais pas si la scène en question est crédible) et d’autres où elle est complètement à côté de la plaque. Cette irrégularité dans son jeu m’a parfois dérangée. En revanche, le reste du casting (franco-belge à l’image de la production) assure plutôt bien.

Faut pas lui dire : Photo Camille Chamoux, Jenifer Bartoli, Stéphanie Crayencour, Tania Garbarski


THE BOYFRIEND – POURQUOI LUI ?

réalisé par John Hamburg

avec Bryan Cranston, James Franco, Megan Mullaly, Zoey Deutch, Keegan-Michael Key, Cedric The Entertainer, Griffin Gluck, Adam Devine, Andrew Rannells, Kaley Cuoco…

titre original : Why Him ?

sortie française : 25 janvier 2017

Un père de famille emmène sa famille visiter sa fille à Noël et se retrouve en compétition avec le petit-ami de celle-ci, un jeune devenu milliardaire grâce à internet.

The Boyfriend - Pourquoi lui ? : Photo James Franco, Zoey Deutch

The Boyfriend – Pourquoi lui ? (et oui, nous avons encore traduit un titre anglais par une sorte de titre anglais, quelle intelligence !) fait partie de cette vague de comédies américaines actuelles qui a du mal à se renouveler : des films à l’humour en dessous de la ceinture. La présence de la caricature de l’artiste arty et paradoxal James Franco devant la caméra (il m’agace mais je le trouve tout de même talentueux : ma contradiction m’achèvera un de ces quatre) ou encore voir au générique « sur une idée de Jonah Hill » ne me rassuraient pas des masses. On ne va pas se mentir : The Boyfriend est une comédie lourde. Les blagues sont assez potaches, ça tourne pas mal autour de la bite, du caca et tout ça (la scène d’ouverture donne la couleur !). Certaines m’ont fait rire, d’autres moins. Bref, j’ai connu bien pire et bien mieux : ça se laisse regarder même si ça ne casse pas des briques. Après si on n’est vraiment pas fan de cet humour assez grossier (ce que je peux comprendre, il y a des fois où ça peut déranger très fortement : là ça allait en l’occurence), on ne va pas se mentir : vous allez détester de A à Z. De toute façon, les scénaristes assument totalement cet humour vulgaire. Le duo formé par James Franco (parfait en gars très cool et paradoxalement d’un angélisme déconcertant) et Bryan Cranston (toujours très bien dans le rôle du père protecteur coincé) fonctionne très bien – on va dire que le film est principalement sauvé par la complicité et l’énergie de ces deux derniers. Megan Mullaly, qui faisait déjà des merveilles dans quelques épisodes de Parks & Recreation, est également très drôle dans le rôle classique de la mère coincée qui finit par se lâcher. En revanche, je suis un peu moins convaincue par la jeune Zoey Deutch, qui manque de charisme. Le scénario n’est évidemment pas fou mais l’ensemble se laisse regarder volontiers et c’est plutôt rythmé (le film durant deux bonnes heures, cela étant nécessaire). L’apparition de certains membres du groupe Kiss est également amusante. En tout cas, je ne me suis pas ennuyée et je n’en attendais pas plus : je savais où je mettais les pieds. Cela dit, juste une chose me « dérange » tout de même dans The Boyfriend (même s’il ne s’agit pas du seul film concerné par ce problème – mais là ça m’a fortement frappée) : ce film est une énorme glorification du capitalisme (ne croyez pas non plus que je suis en rouge à manifester pour le moindre truc mais voir que le pognon était roi à ce point m’a bien gênée) même s’il critique paradoxalement les hipsters et les nouveaux riches.

The Boyfriend - Pourquoi lui ? : Photo Bryan Cranston, Griffin Gluck, James Franco, Megan Mullally, Zoey Deutch

Get Out

réalisé par Jordan Peele

avec Daniel Kaluuya, Allison Williams, Catherine Keener, Bradley Whitford, Caleb Landry Jones, Betty Gabriel, Lakeith Stanfield, Stephen Root…

sortie française : 3 mai 2017

interdit aux moins de 12 ans

Couple mixte, Chris et sa petite amie Rose  filent le parfait amour. Le moment est donc venu de rencontrer la belle famille, Missy et Dean lors d’un week-end sur leur domaine dans le nord de l’État. Chris commence par penser que l’atmosphère tendue est liée à leur différence de couleur de peau, mais très vite une série d’incidents de plus en plus inquiétants lui permet de découvrir l’inimaginable.

Get Out : Photo Daniel Kaluuya

Get Out, gros succès au box-office américain acclamé par la critique, est le premier long-métrage de Jordan Peele, connu aux Etats-Unis pour être le membre du duo comique de Key and Peele (diffusé sur Comedy Central). Ce long-métrage est également produit par Jason Blum, le roi des films effrayants (ou pas parfois, n’est-ce pas Paranormal Activity ?) à petits budgets (ici 4 petits millions de dollars). Get Out raconte l’histoire d’un photographe noir (Chris) qui va rencontrer les parents de sa charmante petite amie, Rose (blanche au passage). Rose rassure rapidement Chris : ses parents adorent les Noirs dont Obama. « Mon père aurait voté pour lui une troisième fois s’ils avaient pu », assure-t-elle. Le père en question répétera à Chris la même phrase. Sauf que les parents en question ont un comportement étrange. Le point de départ rappelle le génial Devine qui vient dîner de Stanley Kramer avec Katherine Hepburn, Spencer Tracy et Sidney Poitier. A noter que le titre VO de ce dernier est Guess who’s coming to dinner. Son remake Black/White de Kevin Rodney Sullivan (avec Bernie Mac, Ashton Kutcher et Zoe Saldana) s’intitule juste en version originale Guess who. Guess who / Get Out… A l’oreille, les titres ne sont pas finalement pas si éloignés si on fait bien attention : ce rapprochement ne me semble pas anodin. Get Out serait alors la version sombre et horrifique du film de Kramer (et donc de son remake). Et le film dépasse la question du racisme ordinaire caché sous les bonnes apparences et surtout qu’on se cache à soi-même (ce que je veux dire c’est que Hepburn et Tracy ont beau être racistes alors qu’ils clament le contraire, ils ne vont pas au-delà. Ainsi, les parents de Rose et même leur entourage (on peut parler d’une communauté) dépassent clairement cette image « gentillette » de ce racisme banal. Chris aurait dû y voir les signes même avant de rencontrer les parents de Rose : lui et sa copine ont un léger accident de voiture. Le policier va demander à Chris de lui passer son permis de conduite alors qu’il n’était pas au volant. En revanche, aucune remarque pour Rose la conductrice. Cela veut en dire long sur ce qui se passe quotidiennement aux Etats-Unis auprès des Afro-américains.

Get Out : Photo Allison Williams, Daniel Kaluuya

Get Out semble a priori très accessible et simple : c’est un de ces points qui en fait son charme et qui explique aussi ce « buzz ». Pourtant, ce film n’a rien de simple, il ne l’est qu’en apparence. Certes, en y regardant de près, il a ses imperfections (sa fin est peut-être un peu trop expéditive par exemple – elle reste cela dit jouissive). Mais pour un premier long-métrage, Jordan Peele envoie du lourd et s’il ne fait pas n’importe quoi, il pourra avoir une belle carrière. Get Out rappelle alors quelque chose qui semble avoir été oublié par de nombreux spectateurs qui méprisent souvent le cinéma de genre : c’est un type de cinéma qui ne se contente pas uniquement de faire bêtement peur. Il peut permettre de dénoncer des choses et de livrer un scénario plus riche qu’il en a l’air. C’est le cas de Get Out. Peu de films parlent de la question « noire » alors qu’elle est omniprésente dans l’actualité. Réalisé sous l’ère Obama mais sorti chez nous sous Trump, il dit en tout cas quelque chose d’un problème pas encore réglé aux Etats-Unis : comment sortir littéralement de ce cauchemar (je fais évidemment un clin d’oeil aux scènes d’hypnose) qui ne devrait même plus exister ? Comment vivre quand on est Afro-américain aux Etats-Unis, dans ce pays qui a pourtant réussi à élire un Président Noir ? N’est-on pas sans cesse guetté par la peur que ce soit en se promenant dans la rue ou même dans sa propre famille dans un sens ? Get Out joue avec ce sentiment de paranoïa. On se doute bien que Chris a certainement raison (ce n’est pas un spoil) mais là où le scénario parvient à surprendre, c’est lorsqu’on nous évoque le secret des Armitage : pourquoi s’attaquent-ils à la communauté Afro-américaine ? Que leur font-ils et dans quel but ? Pourquoi les employés (également noirs) se comportent-ils bizarrement et ont l’air coincé dans le temps ? Bref, le scénario parvient à surprendre de ce côté-là alors qu’on croit être face à une histoire plus simple. J’admets juste avoir deviné le rôle d’un des personnages mais cela ne m’a pas non plus gâché mon plaisir. La piste prise par Jordan Peele est intéressante dans le sens où les Armitage vantent paradoxalement dans leur racisme exacerbé (quel euphémisme) les bons côtés de la communauté Afro-américaine.

Get Out : Photo Daniel Kaluuya

Les critiques ont beaucoup insisté sur la place de l’humour dans ce long-métrage. Effectivement, il y en a, notamment grâce au rôle du pote du personnage principal. Ce choix est pour moi lié à la fin du long-métrage : il y a une envie de montrer quelque chose de positif, de défendre la place du personnage Afro-américain si délaissé par le cinéma traditionnel et populaire. Le réalisateur dit par ailleurs que les séquences oniriques sont justement un moyen de dénoncer ce qu’il se passe actuellement à Hollywood (il fallait le voir, faut l’avouer) et même dans le cinéma d’horreur (en dehors de La Nuit des Morts-Vivants de George Romero, peu de films du genre mettent en avant des Noirs ayant le bon rôle). Certains ont critiqué cette fin en disant qu’il s’agissait dans un sens de white washing. Est-ce que cette fin serait mieux passée si on était face à un personnage blanc affrontant une famille des Noirs ? Je ne sais pas mais il est certain que le message passé aurait été différent. Et je ne pense pas qu’il faut voir une sorte de haine des Afro-américains contre les Blancs ou un truc simpliste et douteux de ce genre. Chris est juste un personnage qui agit pour sauver sa peau et non par haine envers une communauté. Pour revenir sur l’humour, qui a de bonnes raisons d’être présent, il a le mérite, en plus de s’amuser avec certains codes du genre, de ne pas casser une réelle tension présente du début jusqu’à la fin. Au-delà du talent évident pour Peele d’instaurer une atmosphère pesante, la musique de Michael Abels contribue énormément à toute cette sensation permanente de malaise. Le casting est également très bon, que ce soit Daniel Kaluuya (qu’on a pu voir dans Sicario), Allison Williams (ça fait plaisir de voir la Marnie de Girls dans son premier long-métrage !) ou encore l’indétrônable Catherine Keener. Get Out est donc une très belle réussite bien écrite et bien mise en scène par un réalisateur doué qui ne néglige aucun détail (certains d’entre eux renvoient au temps de l’esclavage quand on y regarde de près). Captivant, accessible, effrayant et terriblement divertissant, ce long-métrage est finalement un portrait glaçant et absurde d’une Amérique encore raciste et malade, coincé encore dans un temps qui devrait être révolu.

Get Out : Photo Betty Gabriel, Marcus Henderson

Les désastreuses aventures des orphelins Baudelaire (saison 1)

Créée par Daniel Handler et Barry Sonnenfeld

avec Neil Patrick Harris, Patrick Warburton, Malina Weissman, Louis Hynes, K. Todd Freeman, Presley Smith, Will Arnett, Cobie Smulders, Alfre Woodard, Don Johnson, Aasif Mandvi, Joan Cusack, Catherine O’Hara, Tara Strong…

titre original : Lemony Snicket’s A Series of Unfortunate Events

Aventure, famille, drame. Saison 1. 2017.

lemony

Le comte Olaf cherche par les plus vils moyens à dépouiller les trois orphelins Violette, Klaus et Prunille de leur héritage. Les enfants doivent se montrer plus malins que lui, mettre en échec ses plans tordus et le reconnaître sous ses pires déguisements, afin de découvrir la vérité sur le mystérieux décès de leurs parents.

Photo Neil Patrick Harris

A l’origine, Les Désastreuses Aventures des Orphelins Baudelaire (Lemony Snicket’s A Series of Unfortunate Events) est une saga littéraire composée de treize romans écrit par Daniel Handler. Il prit le pseudonyme Lemony Snicket, qui est également le narrateur et même un personnage à part entière du récit. Brad Silberling avait réalisé le long-métrage du même nom avec dans le rôle principal Jim Carrey qui incarne l’odieux comte Olaf. Etaient également au casting Emily Browning, Meryl Streep, Catherine O’Hara, Billy Connolly, Timothy Spall ou encore Jude Law dans le rôle du fameux Snicket. Cette adaptation cinématographique reprenait les trois premiers tomes de la série littéraire : Tout commence mal, Le Laboratoire aux serpents et Ouragan sur le lac. Je n’avais pas encore commencé la lecture des romans de Handler lorsque j’ai découvert il y a maintenant quelques années ce film qui n’a pas rencontré le succès au box-office. Adapter les trois premiers tomes et les réunir dans un film qui ne dure même pas deux heures n’était certainement pas une tâche facile. Pour ma part, j’aime énormément ce long-métrage qui reste selon moi encore trop sous-estimé. Et j’avais envie de connaître la suite des désastreuses aventures des orphelins Baudelaire. Le projet d’une série télé était alors logique pour adapter tous les tomes et ne plus laisser les fans des romans (et, dans un sens, également ceux du film) sur leur faim. L’auteur Daniel Handler et le réalisateur Barry Sonnenfeld (Men in Black, La Famille Addams), un temps envisagés pour s’occuper du scénario du film puis écartés, se sont réunis pour rédiger le scénario de la série diffusée sur Netflix, un bon moyen pour s’assurer un certain succès vu à quel point cette plateforme est populaire. Il y aura donc en tout trois saisons (le succès de la première saison confirmant le projet sur le « long » terme) qui regrouperont bien la totalité des tomes. Et j’ai vraiment hâte de voir les deux prochaines saisons. En effet, j’ai adoré cette première saison, composée de huit épisodes (chacun durant une cinquantaine de minutes). On peut même parler de mon côté de coup de coeur.

Photo

Tout est extrêmement plaisant : la mise en scène, l’esthétisme, les personnages, la narration ou encore le ton. Tous ces éléments se complètent merveilleusement pour créer une oeuvre cohérente et ambitieuse. Par rapport aux décors (sombres et loufoques), beaucoup ont comparé la série à du Tim Burton voire même parfois du Wes Anderson. C’est plutôt pertinent mais cela serait réducteur de les limiter à ces comparaisons très flatteuses. Effectivement, les nombreux artifices sautent aux yeux : le monde qu’on nous présente n’a pas l’air réel. Les lieux sont carnavalesques, le comte Olaf est presque à lui seul un décor avec son maquillage volontairement outrancier, comme s’il se trimballait avec du plastique sur sa figure. L’esthétique du long-métrage allait déjà dans ce sens, la série appuie encore plus et assume encore plus cet aspect en question. En clair : tout est une farce. Le comte Olaf, comédien raté qui n’hésite pas à se déguiser pour parvenir à ses fins, est une blague à lui seul. L’esthétisme est cohérente avec le propos de la série : les orphelins Baudelaire ne peuvent pas s’en sortir, même lorsqu’il y a un semblant d’espoir, dans un monde où les adultes sont aveuglés par la bêtise et l’égoïsme. L’esthétisme nous confirme bien que nous sommes dans un conte, à l’origine un genre particulièrement cruel et sombre. On ne nous ment pas : les orphelins Baudelaire vont être pourchassés par Olaf jusqu’au bout. Rien que le fabuleux générique (à voir absolument en version originale), dont les paroles changent pratiquement à chaque épisode en fonction des événements à venir (et interprétées par Neil Patrick Harris qui change de voix – à l’image d’Olaf à chaque fois qu’il interprète un nouveau personnage voulant piéger les Baudelaire) nous prévient et nous déconseille de regarder les épisodes, rien que ça ! L’univers présenté est aussi très cohérent avec la proposition littéraire de Handler : les romans (parce que je m’y suis mise finalement !) eux-mêmes sont bourrés de références culturelles (rien que le nom Baudelaire est assez représentatif). La série va alors dans ce sens.

Photo Louis Hynes, Malina Weissman

Tout en préservant sa cohérence, les différents épisodes n’hésitent pas à combiner différents genres. Ainsi, le théâtre, le cinéma (avec le film muet d’horreur avec des sous-titres importants), la musique (pas étonnant que Neil Patrick Harris – acteur marqué par ses années à Broadway – ait pu être intéressé par la série), voire même le cirque s’allient aussi bien dans l’esthétique que dans les thèmes abordés. Le casting est tout simplement à la hauteur. J’avais peur que Neil Patrick Harris (que j’aime pourtant beaucoup) ne parvienne pas à me faire oublier l’excellente interprétation de Jim Carrey dans le film. Pourtant (pour vous dire le niveau), Harris est juste époustouflant dans le rôle du comte Olaf. Si Jim Carrey appuyait davantage dans son interprétation la bouffonnerie du personnage, Harris rend son personnage plus méchant et insidieux (même si lui aussi a gardé sa théâtralité). Patrick Warburton (inconnu au bataillon en ce qui me concerne) est également la très bonne surprise de ce casting. Dans le film, Jude Law « incarnait » un Lemony Snicket restant dans l’ombre, pratiquement une silhouette ayant une voix ténébreuse. Patrick Warburton est bien plus présent : il devient carrément un personnage à part entière et non juste le personnage en plus du casting. Il ne se contente pas d’être une voix-off. L’acteur possède une incroyable présence, du charisme même et son travail vocal est selon moi plus varié (même si j’avais aimé la version de Law du personnage). Cela aurait pu être redondant de voir les différentes scènes coupées et commentées par ce narrateur mais dans l’ensemble cela ne coupe pas le rythme général des épisodes. Cela ajoute même un charme supplémentaire à la série qui joue sans cesse avec des codes que le spectateur pensait connaître. Je ne vais pas commenter tout le casting mais je peux dire la chose suivante : Malina Weissman (Violette) et Louis Hynes (Klaus) sont deux jeunes acteurs prometteurs. On constate alors qu’aucun acteur ne cherche à copier les interprétations présentes dans le long-métrage alors que cela aurait pu être tentant d’établir des comparaisons. Remarquablement bien mise en scène, sombre et loufoque à la fois, cette première saison des Orphelins Baudelaire tient résolument ses promesses. Espérons que la deuxième saison soit dans la même veine !

Photo Louis Hynes, Malina Weissman

The Lost City of Z

réalisé par James Gray

avec Charlie Hunnam, Sienna Miller, Robert Pattinson, Tom Holland, Angus Macfadyen, Edward Ashley, Harry Melling…

Film d’aventure américain. 2h21. 2016.

sortie française : 15 mars 2017

L’histoire vraie de Percival Harrison Fawcett, un des plus grands explorateurs du XXe siècle.
Percy Fawcett est un colonel britannique reconnu et un mari aimant. En 1906, alors qu’il s’apprête à devenir père, la Société géographique royale d’Angleterre lui propose de partir en Amazonie afin de cartographier les frontières entre le Brésil et la Bolivie. Sur place, l’homme se prend de passion pour l’exploration et découvre des traces de ce qu’il pense être une cité perdue très ancienne. De retour en Angleterre, Fawcett n’a de cesse de penser à cette mystérieuse civilisation, tiraillé entre son amour pour sa famille et sa soif d’exploration et de gloire…

The Lost City of Z : Photo Charlie Hunnam

The Lost City of Z, co-produit par Brad Pitt (envisagé un temps pour interpréter le rôle principal), est l’adaptation du roman éponyme de David Grann. Ce livre est lui-même inspiré des aventures de l’explorateur britannique Percy Fawcett qui a mystérieusement disparu dans la jungle brésilienne en cherchant à trouver une cité perdue datant de l’Atlantide. Cela fait des années que James Gray voulait réaliser ce film : on pourrait presque établir un parallèle entre la quête de Gray à réaliser son chef-d’oeuvre fantasmé depuis des lustres et la quête de Fawcett à trouver Z, cette cité perdue. En dehors de Little Odessa (vu il y a maintenant des années – j’en garde un bon souvenir mais je devrais le revoir), je n’ai pas vu d’autres films de James Gray. A cause de son sujet et de la longueur (le film dure 2h20), j’avais peur de m’ennuyer mais ce ne fut pas du tout le cas. Certes, ça ne bouge pas dans tous les sens, le long-métrage prenant en plus son temps à exposer ses personnages et son récit en n’oubliant jamais les différents contextes, qu’ils soient historiques, sociaux ou culturels. Mais il est tout simplement captivant pour différentes raisons. On pourrait craindre de voir ce genre d’histoire un paquet de fois (j’ai notamment pensé durant la séance au roman Au Coeur des Ténèbres de Joseph Conrad) pourtant je n’ai pas eu l’impression d’être face à une redite. J’ai adhéré à son rythme lent mais pénétrant et son atmosphère à la fois dangereuse et fascinante. Percy Fawcett est également un personnage intéressant par sa complexité. On ne peut pas le limiter à quelqu’un qui semble curieux, ouvert d’esprit et tolérant, considérant les nouveaux peuples qu’il rencontre égaux aux hommes blancs. On ne doute pas de l’amour qu’il porte à sa femme et ses enfants mais il reste un homme absent absorbé par son travail, à la recherche d’une reconnaissance qu’il n’avait pas réussi à obtenir auparavant. Il est donc pour moi également un personnage assez frustré, même égoïste et contradictoire. Il défend par exemple l’intérêt des indigènes mais pas nécessairement celui des femmes qui mériteraient aussi d’être mieux considérées dans la société. Cet équilibre entre ces différents traits rend le personnage principal plus humain et complexe : on ressent même encore plus l’intériorité de Percy, un sentiment profond qui ressort également par ce voyage qui le plonge au coeur des ténèbres malgré la connaissance qui en ressort à chacune de ses explorations. La relation avec son fils aîné Jack est également émouvante (et les dernières minutes du film m’ont donné quelques frissons d’émotion) : cette relation, qui devient solide lorsque Jack décide d’accompagner son père dans leur aventure finale, permet à Percy de trouver une paix intérieure.

The Lost City of Z : Photo Robert Pattinson

Les personnages sont bien écrits dans le sens où je les ai sentis authentiques, l’histoire en elle-même l’est aussi. On voit bien les différentes progressions entre chaque voyage, du coup on ne ressent pas de lassitude à revoir les personnages retourner en Amazonie. La mise en scène est vraiment très réussie, elle m’a époustouflée par sa grandeur. On ne peut également pas passer à côté de la photographie qui est tout simplement une pure merveille. Enfin, les acteurs sont tout simplement parfaits. Charlie Hunnam (acteur dont j’entends souvent le nom mais finalement je le connais très mal) est excellent dans le rôle de Percy Fawcett. Il s’impose tout simplement par son charisme évident (et le film doit être vu en version originale rien que pour sa manière de s’exprimer… il m’a parfois foutu quelques frissons !). Comme son ancienne partenaire Kristen Stewart, Robert Pattinson prouve encore une fois qu’il est un très bon acteur et qu’il mérite de faire partie de projets aussi ambitieux. Il m’a réellement agréablement surprise dans ce second rôle de ce collègue puis ami aventurier a priori un peu bourru mais qui est très posé. Je regrette qu’on ne voit pas davantage Sienna Miller surtout dans des rôles plus importants. Décidément, depuis quelques années, elle s’intègre dans de bons films. On pourrait toujours lui faire le reproche qu’elle joue toujours les « femmes de » mais son rôle ne se limite pas à celui d’une potiche contrairement à ce qu’on pourrait croire. Au-delà de montrer son infaillible soutien à son mari qui délaisse sa famille pour une obsession qui le hantera jusqu’à la fin de sa vie (peut-être qu’elle est la seule personne à comprendre Percy), le rôle de l’épouse et mère de famille ici a une importance par rapport à tout ce qu’on a dit autour des différents contextes et du parallèle établi entre le droit bafoué des femmes et ceux des étrangers. Enfin, même si on ne le voit pratiquement qu’à la fin du film, Tom Holland (qui incarne le fils aîné de Fawcett) s’en sort à merveille dans le rôle de ce jeune homme touchant qui veut renouer des liens avec ce père absent. The Lost City of Z est pour l’instant le plus beau film que j’ai pu voir cette année. Cette beauté concerne autant l’esthétisme que l’émotion. Puissant, mystique et envoûtant, le long-métrage de James Gray est une remarquable épopée tragique d’un homme qui voyage autant à l’extérieur qu’à l’intérieur : la cité perdue, l’inconnu tant recherché et même fantasmé, c’est ce sentiment qui se situe au plus profond de notre coeur et qui se porte envers les êtres les plus chers.

The Lost City of Z : Photo Charlie Hunnam, Tom Holland

A bras ouverts

réalisé par Philippe de Chauveron

avec Christian Clavier, Ary Abittan, Elsa Zylberstein, Cyril Lecomte, Nanou Garcia…

Comédie française. 1h32. 2016.

sortie française : 5 avril 2017

Figure de la scène littéraire et médiatique française, Jean-Etienne Fougerole est un intellectuel humaniste marié à une riche héritière déconnectée des réalités. Alors que Fougerole fait la promotion dans un débat télévisé de son nouveau roman « A bras ouverts », invitant les plus aisés à accueillir chez eux les personnes dans le besoin, son opposant le met au défi d’appliquer ce qu’il préconise dans son ouvrage. Coincé et piqué au vif, Fougerole prend au mot son adversaire et accepte le challenge pour ne pas perdre la face. Mais dès le soir-même, on sonne à la porte de sa somptueuse maison de Marnes-la-coquette… Les convictions des Fougerole vont être mises à rude épreuve !

À bras ouverts : Photo Ary Abittan

Je ne comptais pas aller regarder A bras ouverts, encore moins au cinéma, surtout après avoir lu et vu de nombreuses critiques plus que négatives à son égard, notamment celle de InThePanda. Ma mère (pas facho et que j’aime beaucoup au passage) s’en est mêlée : elle est gentille mais elle aime beaucoup (trop) toutes ces comédies franchouillardes que je rejette tant. Et elle a un don particulier pour me laisser convaincre de l’accompagner. Malheureusement, comme prévu, les mauvaises critiques avaient vu juste. Le point de départ était pourtant « intéressant » dans le cadre d’une comédie, même s’il n’est pas non plus bien révolutionnaire : pousser des gens soi-disant ouverts d’esprit face à leur réel état d’esprit. Les dix premières minutes passent à peu près : nous sommes face à une caricature (certes pas très fine mais ça passe) d’une sorte de BHL qui parle beaucoup (surtout pour bien se faire voir et booster les ventes de son livre), on peut même dire qu’il est une sorte de donneur de leçons mais qui n’applique pas ses propres théories jusqu’au jour où il est pris au piège par un opposant politique (là ici une sorte de caricature du FN). Dans le même genre, autant privilégier l’excellent Devine qui vient dîner… de Stanley Kramer ou même plus récemment le plutôt sympathique Le Grand Partage d’Alexandra Leclerc qui ont le mérite de montrer une vraie confrontation des personnages face à la banalisation de leur pensée raciste et surtout une remise en question. C’est le principal problème de A bras ouverts (qui devait s’intituler à l’origine Sivouplééé… oui on sentait déjà le coup foireux venir) : en dehors du fils (même si cela reste minime), on ne remet pratiquement jamais en question le couple Fougerole. Ils sont racistes et finalement tout leur donne raison ! Après tout, Babik est un personnage qui n’est jamais attachant. Sa caricature est très ratée dans le sens où son humanité reste assez minime et n’efface pas les défauts qui l’entourent : il est méchant, violent, misogyne, sale et parle comme un demeuré (et non comme un étranger) et encore je n’ai pas tout dit. Sa famille est également complètement barge (dans le mauvais sens du terme), notamment avec le type atteint mentalement et qui fout sa merde littéralement avec son cochon. La seule fois où Babik se montre à peu près humain est lorsqu’il empêche Erwan (qui intègre le groupe des Roms après avoir été expulsé de chez lui) de séduire et de coucher avec la femme de Jean-Etienne. Mais tu sens que c’est un peu ici un vague prétexte pour se justifier : « non on se moque pas des Roms, la preuve, le vrai méchant de l’histoire, c’est un Français ». Le mal reste fait. Je ne suis pas du genre à voir du racisme partout mais là j’ai vraiment ressenti une sorte de malaise tout le long du film.

À bras ouverts : Photo Christian Clavier, Elsa Zylberstein

Il y avait déjà eu un débat sur la réelle démarche du réalisateur dans son précédent long-métrage (que j’avais plutôt apprécié, je ne m’en cache pas), Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu ? (avec déjà Clavier et Abittan). Mais j’avais plus l’impression qu’on riait du racisme et des clichés et surtout le film avait le « mérite » de faire évoluer les personnages. Là il n’y a pas d’évolution possible : les personnages sont juste tous cons jusqu’au bout ! Peut-être que le film n’arrive pas à fonctionner parce qu’il ne « tape » pas suffisamment sur différentes images de la société (contrairement toujours à Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu ?). En clair, il se fout de la gueule de l’hypocrisie des bobos et des Roms qui protègent leur famille (et maintenant les Fougerole en font partie) de manière douteuse. Il y a une petite pique envers le personnage FN qui est homosexuel. Je ne crois pas qu’il faut voir ici une remarque du style « l’homophobie c’est la lose » (contrairement à ce que dit InThePanda, c’est mon seul petit point de désaccord)  : j’imagine plus une envie de souligner une certaine hypocrisie d’un politique qui rejette certainement dans la sphère médiatique une communauté. Mais je comprends là aussi le reproche de certains détracteurs : ce point en question est de nouveau mené très maladroitement. La fin est également assez douteuse, comme si être proche d’un Rom était une malédiction. Au-delà d’une morale assez douteuse, A bras ouverts n’est tout simplement pas drôle (ce qui est problématique dans le cadre d’une comédie). La plupart des vannes tombe à plat et montre à quel point la comédie française ne se porte vraiment pas (même si ce n’est pas un scoop – et je n’ai pas encore vu Gangsterdam !). Quant aux interprétations, elles sont assez navrantes. Christian Clavier fait du Christian Clavier j’ai envie de dire mais en pire. Quand on le voit réagir avec le fameux cochon, on ne peut pas s’empêcher de penser à son personnage dans Les Bronzés font du ski ! T’as l’impression d’avoir pris un coup de vieux d’un coup sans avoir rien demandé ! Elsa Zylberstein (j’ai déjà du mal avec elle en temps normal) en fait – vraiment – des caisses dans le rôle de cette artiste contemporaine naze mal baisée (cette partie du scénario sur les moeurs des Fougerole m’a également bien gonflée au passage). Quant à Ary Abittan, il m’a juste… gênée. Il y a des fois où c’est le Abittan show (je pense notamment aux scènes où il chante du Fugain et compagnie) ! En même temps, sans vouloir les excuser (faut pas déconner non plus), leurs personnages sont si mal écrits que je ne vois pas comment un acteur aurait pu être bon dans ce fiasco.

À bras ouverts : Photo Ary Abittan

Lion

réalisé par Garth Davis

avec Dev Patel, Sunny Pawar, Nicole Kidman, Rooney Mara, David Wenham, Priyanka Bose…

Drame, biopic, aventure américain, australien, britannique. 1h58. 2016.

sortie française : 22 février 2017

Une incroyable histoire vraie : à 5 ans, Saroo se retrouve seul dans un train traversant l’Inde qui l’emmène malgré lui à des milliers de kilomètres de sa famille. Perdu, le petit garçon doit apprendre à survivre seul dans l’immense ville de Calcutta. Après des mois d’errance, il est recueilli dans un orphelinat et adopté par un couple d’Australiens.
25 ans plus tard, Saroo est devenu un véritable Australien, mais il pense toujours à sa famille en Inde.
Armé de quelques rares souvenirs et d’une inébranlable détermination, il commence à parcourir des photos satellites sur Google Earth, dans l’espoir de reconnaître son village.
Mais peut-on imaginer retrouver une simple famille dans un pays d’un milliard d’habitants ?

Lion : Photo Dev Patel, Rooney Mara

Nommé six fois aux Oscars dont dans la catégorie « meilleur film », Lion fait partie des bonnes surprises de ce début d’année. Pourtant on pouvait craindre le pire : sur le papier, ce film, très vite comparé à Slumdog Millionaire (il a été nommé aux Oscars, ça se passe en Inde avec tout ce qu’on connait de là-bas, Dev Patel est au casting… bref, tout de suite les raccourcis), pouvait être très lourdingue. On ne va pas se mentir, ce premier long-métrage de Garth Davis (qui a réalisé quatre épisodes de la première saison de Top of the Lake) est assez académique et veut clairement nous tirer quelques larmes (visiblement cela a fonctionné sur certains spectateurs présents dans ma salle). Il a aussi ses quelques défauts. En effet, même si je ne me suis pas ennuyée (le film m’a même plutôt captivée), il me semble qu’il y a un déséquilibre entre les deux grandes parties, c’est-à-dire entre l’enfance de Saroo en Inde et sa vie à l’âge adulte en Australie. Je précise que je n’ai pas pu chronométrer,  je parle ici de ressenti, à me confirmer alors concernant cette organisation temporelle. J’ai eu l’impression que la première partie prenait bien son temps (ce qui est souvent justifié vu que beaucoup d’éléments seront repris pour l’enquête personnelle du personnage principal) tandis que la seconde (qui se déroule pourtant bien sur plusieurs années) m’a semblé un peu trop rapide par rapport à ce contenu. Cela dit, je ne vais pas non plus cracher sur ce film. Oui, il veut émouvoir ses spectateurs et même s’il n’est pas toujours subtil de ce côté-là (notamment avec les images d’archive avec le véritable Saroo et ses familles – même si je trouve ça choupi aussi), l’émotion est tout de même bien présente (non, je n’ai pas pleuré mais le film ne m’a pas laissée indifférente, loin de là). Lion est tiré de l’histoire vraie de Saroo Brierley, ce dernier l’ayant relatée dans son ouvrage Je voulais retrouver ma mère (A Long Way Home) publié en 2013. Cet aspect biographique ajoute aussi certainement à l’émotion voire même à ce côté tire-larmes facilement reprochable. Cela dit, on a quand même envie de dire : quelle histoire ! Je ne suis pas étonné qu’elle ait pu séduire Hollywood. Même s’il y a selon moi quelques déséquilibres, le scénario adapté par l’auteur australien Luke Davies (son nom ne vous dira peut-être rien mais un de ses romans, Candy, avec Heath Ledger et Abbie Cornish, avait été adapté au cinéma en 2006) retrace bien une histoire passionnante qui interroge sur la question des liens familiaux et qui met aussi en avant une triste réalité en Inde (même s’il ne s’agit pas non plus d’un scoop mais c’est tout de même bien d’en parler).

Lion : Photo Abhishek Bharate, Sunny Pawar

La mise en scène m’a agréablement surprise : elle est assez intéressante surtout dans le cadre d’une production assez « académique » et en plus il s’agit d’un premier long-métrage. Garth Davis parvient à saisir cette Inde trop grande pour un petit garçon, et hélas très pauvre, avec tout ce qui suit derrière (notamment la traite des enfants). J’avais peur qu’on tombe dans le misérabilisme, je dirais juste que Davis filmer ce pays sans concession. Et certaines scènes font mine de rien leur petit effet, on a parfois froid dans le dos. Ce travail de mise en scène également cohérent avec le très beau travail esthétique. Certes, on pourra toujours dire qu’il s’agit d’une sorte de grande pub pour Google Earth mais ce choix de photographie qui valorise très bien les espaces et aussi l’idée d’un voyage, qu’il soit géographique ou plus « métaphorique » : un voyage avec les souvenirs permettant de revenir aux sources. Ce plein de couleurs vives est logique pour filmer l’Inde et plus généralement le voyage. Je crois aussi que ce choix permet de créer une sorte de bulle pour le personnage principal face à ses souvenirs dans ce récit terriblement vrai. Dev Patel, récompensé par un BAFTA du meilleur acteur second rôle et nommé aux Oscars (et j’aurais préféré qu’il le remporte face au lauréat de Moonlight), est excellent dans le rôle de Saroo adulte. Il est à la fois si solaire et désespéré, il transmet beaucoup de sentiments et de questionnements d’une scène à l’autre; surtout, il parvient à exprimer son état obsessionnel. Le petit Sunny Pawar (Saroo enfant) porte bien son prénom : ce gamin est vraiment lumineux et naturel ! Malgré sa choucroute orange indescriptible et son Botox qui a massacré son visage (si joli autrefois), Nicole Kidman livre également une très bonne performance. Son personnage est déjà d’une grande humanité et son interprétation permet aussi de révéler ses faiblesses et blessures. Je regrette juste qu’on ne voit pas suffisamment le toujours aussi bon David Wenham et surtout la fascinante Rooney Mara. Pour conclure, Lion aurait pu être plombé par certains défauts, il est certain qu’il n’est pas parfait. Il remplit tout de même pour moi ses charges, en abordant avec aisance certains thèmes (les liens familiaux, la question des origines et de l’identité pour se construire, le rôle du numérique qui a son utilité ou encore les conséquences de la pauvreté, capable aussi de détruire une famille). Il aurait pu être superficiel mais il évite de tomber dans ce piège. Larmoyant, il l’est peut-être. Il reste tout de même émouvant grâce à une histoire finalement bien racontée. Bref, le film n’a rien de révolutionnaire mais pourtant je l’ai trouvé à sa manière assez bon.

Lion : Photo Nicole Kidman, Sunny Pawar

Juste la fin du monde

réalisé par Xavier Dolan

avec Gaspard Ulliel, Nathalie Baye, Vincent Cassel, Marion Cotillard, Léa Seydoux…

Drame canadien, français. 1h39. 2016.

sortie française : 21 septembre 2016 (7 février 2017 en dvd)

Un grand merci à Cinetrafic (dans le cadre de Dvdtrafic) qui propose des listes de films :

Et aussi merci à Diaphana (et sa page Facebook)

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Après douze ans d’absence, un écrivain retourne dans son village natal pour annoncer à sa famille sa mort prochaine.
Ce sont les retrouvailles avec le cercle familial où l’on se dit l’amour que l’on se porte à travers les éternelles querelles, et où l’on dit malgré nous les rancoeurs qui parlent au nom du doute et de la solitude.

Juste La Fin Du Monde : Photo Gaspard Ulliel, Nathalie Baye

On aime ou on n’aime pas les films de Xavier Dolan (chez moi, c’est très aléatoire), le jeune réalisateur québécois a le mérite de ne pas laisser son public indifférent. Juste la fin du monde, une adaptation d’une pièce de Jean-Luc Lagarce (Dolan avait déjà adapté une de ses pièces avec Tom à la ferme) a su toucher le jury de Cannes présidé par le réalisateur australien George Miller. En revanche, la presse a été moins tendre avec Dolan, ce qui blessera au passage ce dernier (comme souvent). Le film a suscité une sorte de curiosité pas uniquement à cause de son prix ou de la carrière déjà solide de Dolan : son casting de grandes stars françaises l’a également aidé à trouver son public. Pour ma part, sans vouloir cracher sur elles à tout prix, je ne suis pas spécialement fan des acteurs du film, certaines d’entre elles m’ont même tendance à m’agacer la plupart du temps. Vu qu’avec Dolan, j’aime ses films une fois sur deux, le début du film m’a fortement inquiétée pour être honnête. La liste des potentiels défauts apparaît alors très rapidement : gros plans (le truc qui m’épuise selon les films, n’est-ce pas Kechiche ?), effet théâtral, personnages qui semblent clichés, hystérie et disputes en vue, évocation de la maladie etc. De plus, je n’ai pas pu m’empêcher de penser à la série Six Feet Under (même si finalement il s’agit d’un schéma assez courant) : juste une mère encore à la tête de la famille, un frère homosexuel (on pense à David Fisher) et qui revient chez lui après es années d’absence (comme Nate Fisher) et une soeur (à la Claire Fisher) un peu rebelle sur les bords qui connait très mal son frère aîné. Durant une bonne première partie du film, l’intrigue s’installe, on apprend à connaître les personnages mais en terme d’intrigue, on ne peut pas dire qu’on soit très avancé à ce stade du film. Finalement, petit à petit, je me suis surprise à être captivée par ce long-métrage, à me sentir concernée par le sort des personnages, à être bouleversée tout simplement. Je ne sais pas comment a fait Dolan pour réussir à montrer autant de vrai alors que tout aurait pu sonner très faux. Même si je n’aime pas nécessairement tout ce qu’il fait (même si encore une fois j’adore aussi certains de ses films), on doit aussi lui reconnaître une maturité pour comprendre les gens et les relations entre eux, notamment familiales.

Juste La Fin Du Monde : Photo Gaspard Ulliel

On peut aussi reconnaître à Xavier Dolan une autre qualité, qui me semble très importante pour un réalisateur voire même pour un artiste tout simplement : il sait traiter des thèmes qui lui sont chers depuis le début de sa carrière (l’homosexualité, la différence et surtout les relations familiales voire même les relations entre mère et fils) tout en essayant de se renouveler. Mine de rien, il y arrive. Je ne me dis jamais avec lui (pour l’instant) qu’il fait systématiquement la même chose (même lorsque je n’apprécie pas nécessairement une de ses oeuvres). De plus, Dolan a déjà travaillé sur un texte de Lagarce, sur le travail d’adaptation d’une pièce théâtre. Pourtant, j’ai trouvé le résultat différent de Tom à la ferme. Est-ce lié au travail d’origine de Lagarce (vu que Dolan a tenu à conserver les dialogues originaux) ? Il faut en tout cas savoir que la pièce de Lagarce (qui avait été au programme du baccalauréat et même de l’agrégation pour la petite anecdote) avait une dimension autobiographique : il l’a écrite en se sachant atteint par le sida. Même sans connaître cette information, on sent qu’il y a un quelque chose de vrai dans ce qui est écrit. Finalement, j’en suis arrivée à la conclusion suivante : toutes les choses qu’on pourrait reprocher à Juste la fin du monde (reproches compréhensibles) seraient certainement volontaires et assumées par Dolan. Certes, les choix adoptés par le réalisateur québécois pourront fortement déplaire à certains spectateurs. Ils auraient pu me déplaire. On peut voir les ficelles, où Dolan veut en venir par les différents procédés qu’il met en place. Son film a quelque chose qui a l’air « simple » (et effectivement, il est accessible) et pourtant, par ces fameux procédés, il est bien plus complexe qu’il en a l’air. Dolan signe alors une oeuvre forte autour de la mort, pas uniquement physique. Il parle de la mort de la communication et pire que cela : la mort de la famille. Le langage ne passe pas uniquement par des dialogues extrêmement bien écrits : les plans, les personnages par leur stéréotype et leur apparence outrancière ou encore les choix musicaux (la playlist de Dolan reste toujours aussi pertinente et significative, contrairement à ce qu’on pourrait croire) pour ne citer que ces exemples en question sont finalement eux aussi un langage à part pour traduire ce problème de communication.

Juste La Fin Du Monde : Photo Gaspard Ulliel, Léa Seydoux, Marion Cotillard, Nathalie Baye, Vincent Cassel

Par ailleurs, la fin du film m’a beaucoup plu, inattendue, et donnant encore plus de sens à un propos finalement universel. Il est intéressant d’observer (comme dans les autres films de Dolan, quand je vous dis qu’il reste cohérent avec ses précédents longs-métrages) un jeu avec le temps : on ne peut pas déterminer l’époque exacte. Le film peut très bien se dérouler de nos jours tout comme il pourrait visiblement se dérouler dans les années 90. Encore une fois, la musique a son importance tout comme le choix des costumes, voire même la photographie, lumineuse, qui donne parfois cette impression d’être dans un temps pasé. Enfin, Xavier Dolan est aussi un excellent directeur d’acteurs. Le film a d’énormes qualités, les interprétations en font partie, tirant encore plus l’ensemble vers le haut. Sur le papier, je n’aime pas vraiment les acteurs présents, en tout cas je ne vais pas voir un film pour eux. Je les ai trouvés tous très bons, que ce soit individuellement ou collectivement, alors que, paradoxalement, ils représentent une famille éclatée. J’ai même eu l’impression que Dolan avait réussi à transformer leurs défauts ou tics (pour moi) en un atout. Gaspard Ulliel m’a agréablement surprise dans le rôle principal, il est bouleversant, livrant une interprétation d’une grande sensibilité et subtilité. Pour être honnête, je serais vraiment heureuse qu’il remporte le César du meilleur acteur. J’ai l’impression d’avoir redécouvert cet acteur. Vincent Cassel me faisait peur, peur qu’il cabotine, qu’il soit dans son show. Les premières minutes m’ont effrayée. Mais petit à petit, l’acteur livre une performance sensible. Par ailleurs, je pourrais dire la même chose concernant Nathalie Baye : on redoute le côté show (notamment par son look outrancier) et au fil du film, elle dévoile quelque chose de plus profond. Marion Cotillard touche et étonne par sa grande douceur, sa timidité et sa sensibilité. Par ailleurs, elle fait aussi un très bon travail de langage (par son bégaiement) qui parait crédible à l’écran. Pour terminer, j’admets avoir encore eu du mal à Léa Seydoux : j’ai toujours l’impression qu’elle récite encore son texte, sa voix m’indique toujours une sorte de décalage. Cela dit, dans les scènes de dispute (durant la seconde partie), alors qu’elle aurait pu facilement être dans ce fameux décalage, être dans le surjeu, elle est étonnamment d’une grande justesse.

Juste La Fin Du Monde : Photo Marion Cotillard

Tom à la ferme

réalisé par Xavier Dolan

avec Xavier Dolan, Pierre-Yves Cardinal, Lise Roy, Evelyne Brochu, Manuel Tadros…

Thriller canadien, français. 1h42. 2012.

sortie française : 16 avril 2016

Chronique synchro avec celle de Lilylit

tom

Un jeune publicitaire voyage jusqu’au fin fond de la campagne pour des funérailles et constate que personne n’y connaît son nom ni la nature de sa relation avec le défunt. Lorsque le frère aîné de celui-ci lui impose un jeu de rôles malsain visant à protéger sa mère et l’honneur de leur famille, une relation toxique s’amorce bientôt pour ne s’arrêter que lorsque la vérité éclatera enfin, quelles qu’en soient les conséquences.

Tom à la ferme : Photo Xavier Dolan

Quoiqu’il arrive, même lorsque je n’aime pas ses oeuvres, Xavier Dolan est un réalisateur qui ne me laisse pas indifférente. Alors qu’il n’avait écrit jusqu’à présent des scénarios originaux, Tom à la ferme marque la première expérience de Xavier Dolan en tant qu’adaptateur. Il s’attaque donc ici à l’adaptation de la pièce éponyme du dramaturge québécois Michel Marc Bouchard (décidément, Dolan aime bien le théâtre, je pense ici à la la sortie de son dernier film, Juste avant la fin du monde). Le long-métrage nous présente donc le fameux Tom du titre allant à la ferme (jusque là tout va bien…) se rendant à la campagne (lui qui est citadin) à l’enterrement de son amant. Le frère du décédé s’en mêle en le menaçant de ne pas dévoiler sa relation pour ne pas froisser la mère (l’homosexualité étant tabou dans ce milieu et le défunt ayant menti à sa famille sur sa sexualité). Le film présente donc une sorte de jeu de domination entre Tom et le fameux frère (qui se prénomme donc Francis), qui serait en réalité un homosexuel refoulé. J’ai lu une interview intéressante de Xavier Dolan où il développait certaines théories sur la sexualité et l’environnement. Il disait notamment que si lui, qui se sent à 100 % homosexuel, était entièrement entouré de femmes hétérosexuelles et que l’environnement favorisait de réels rapprochements et interrogations entre lui et les autres femmes en question, sans dire qu’il « deviendrait » hétérosexuel et sans parler de « pulsions », il pourrait éprouver une forme de désir envers une femme. La question du refoulement sexuel par rapport à l’environnement est donc intéressant sur le papier. En effet, pourquoi Francis, ce gars assez rustre (pour ne pas dire homophobe), est attiré par Tom ? Est-ce son environnement ? Est-il en réalité un homosexuel qui refuse de se l’avouer à cause du regard des autres (dont celui de sa mère) ? Ou encore pense-t-il retrouver une connexion avec son frère décédé en établissant lui-même une sorte de relation avec Tom ? Hélas, Tom à la ferme ne parvient pas pour moi à mettre en avant ces nombreuses interrogations qui ont pu nous traverser l’esprit. Le film aborde des thèmes intéressants, voire même profonds mais ils ne sont jamais réellement exploités. En fait, cette frustration que j’ai pu ressentir est pour moi clairement lié au scénario qui n’est pas réellement développé. Pour résumer, une fois la scène des funérailles passée, l’histoire ne décolle pas. On en reste un peu au synopsis d’origine.

Tom à la ferme : Photo Xavier Dolan

On pourra alors toujours trouver une réponse à ce « problème » : Dolan aurait alors voulu explorer les relations de domination entre les personnages ainsi que leur psychologie : cela serait alors cette partie psychologique, développant davantage les thèmes, notamment autour de la violence (« Tom à la ferme est un film sur la violence qu’entraîne l’intolérance » selon Dolan himself) qui devraient nourrir le scénario. Mais je trouve que cela ne fonctionne pas car les thèmes ne m’ont pas paru bien traités : pour moi, ils apparaissent juste en surface. La tension se traduit par la musique de Gabriel Yared, assez envahissante (mais pourtant pas mauvaise, loin de là, juste pas bien utilisée) et quelques références hitchcockiennes notamment la mère flippante à la Psychose, la possible relation « nécrophile » par la figure de Tom (qui « remplacerait » l’amant décédé) à la Vertigo ou encore (et même surtout) la course-poursuite dans les champs façon La Mort aux trousses. Mais Dolan n’est pas Hitchcock. Pour l’instant, j’ai envie de dire : le thriller, c’est pas le fort du réalisateur québécois. Il tente effectivement de faire monter la tension, de saisir l’esprit des personnages. Comme souvent, il y a des idées de mise en scène, une envie de créer (et cela est très noble de sa part) et encore une fois, vu tout ce que j’ai dit avant, il y a une envie de créer du débat, de faire réfléchir. Mais je trouve le résultat peu convaincant, comme si j’étais face à un film bourré de potentiel mais encore pas suffisamment abouti, encore au stade de réflexion. Je n’ai finalement ressenti que de l’ennui (le film n’est franchement pas rythmé), la fin arrive un peu trop brusquement en plus. Décidément je préfère quand Dolan signe des films certes longs mais passionnants et aboutis plutôt que des films plus courts mais plus pénibles à regarder et surtout inabouti. Côté casting, je suis également partagée même s’il y a du positif. Lise Roy et Evelyne Brochu, qui interprétaient déjà respectivement Agathe et Sara dans la pièce d’origine, sont remarquables. On retiendra évidemment la très bonne performance du saisissant Pierre-Yves Cardinal. En revanche, je reste plus réservée sur l’interprétation de Xavier Dolan. Selon moi, jusqu’à présent (il tenait le premier rôle dans ses précédents longs-métrages, J’ai tué ma mère et Les amours imaginaires), il est bien meilleur réalisateur qu’acteur. Je ne dis pas qu’il joue comme une patate mais son interprétation ne m’a pas totalement convaincue. Pour ne rien arranger, il porte cette horrible couleur blé (ou perruque, je ne parviens pas à reconnaître l’illusion capillaire en question), probablement un clin d’oeil assez lourdingue avec le champ de blé, une des scènes les plus « marquantes » de ce film.

Tom à la ferme : Photo Lise Roy, Pierre-Yves Cardinal, Xavier Dolan

Sing Street

réalisé par John Carney

avec Ferdia Walsh-Peelo, Lucy Boynton, Jack Reynor, Maria Doyle Kennedy, Aidan Gillen, Kelly Thornton, Mark McKenna, Conor Hamilton…

Comédie, film musical irlandais, britannique, américain. 1h46. 2016.

sortie française : 26 octobre 2016

singstreet

Dublin, années 80. La pop, le rock, le métal, la new wave passent en boucle sur les lecteurs K7, vibrent dans les écouteurs des walkmans et le rendez-vous hebdomadaire devant  « Top of the Pops » est incontournable.

Conor, un lycéen dont les parents sont au bord du divorce, est obligé à contrecœur de rejoindre les bancs de l’école publique dont les règles d’éducation diffèrent de celles de l’école privée qu’il avait l’habitude de fréquenter.

Il se retrouve au milieu d’élèves turbulents qui le malmènent et de professeurs exigeants qui lui font rapidement comprendre qu’en tant que petit nouveau, il va devoir filer doux. Afin de s’échapper de cet univers violent, il n’a qu’un objectif : impressionner la plus jolie fille du quartier, la mystérieuse Raphina. Il décide alors de monter un groupe et de se lancer dans la musique, univers dans lequel il ne connait rien ni personne, à part les vinyles de sa chambre d’adolescent. Afin de la conquérir,  il lui propose de jouer dans son futur clip.

Sing Street : Photo Ben Carolan, Conor Hamilton, Ferdia Walsh-Peelo, Karl Rice, Mark McKenna

L’ex-bassiste des Frames John Carney a réussi sa reconversion, celle de réalisateur. Son premier long-métrage Once (Oscar de la meilleure chanson) est une merveille filmée avec les moyens du bord (et je dois même vous dire qu’il fait partie de mes films de chevet), son second New York Melody m’a également enchantée. Sing Street est une vraie réussite qui semble avoir enchanté de nombreux festivals, notamment en repartant avec le Hitchcock d’or au festival britannique de Dinard. Sing Street est dans le film le nom de groupe fictif crée par le jeune Conor dans le but de pouvoir séduire la belle Raphina. C’est aussi une référence à Synge Street, là où sont scolarisés les personnages (et peut-être Carney ?). Sur l’affiche, vous verrez toute une série de groupes méga connus qui participent à la bande originale : les Clash, Motörhead, Duran Duran, The Jam ou encore The Cure (et on a aussi en bonus la participation d’Adam Levine, qui pourrait de nouveau être nommé aux Oscars après New York Melody). Tout le monde aime les bonnes BO (et celle-là, je l’aime déjà énormément !) mais parfois on a l’impression d’assister à la playlist idéale du réalisateur ou que c’est un moyen de rendre le film plus cool tout en camouflant les défauts. Heureusement, ce n’est pas le cas ici. Les chansons trouvent intelligemment leur place au sein de l’histoire. A chaque fois, elles sont liées à l’évolution (musicale ou émotionnelle) de Conor. Surtout, les chansons connues laissent petit à petit place à celles du fameux groupe fictif. Et c’est ça qui est génial dans ce film : on croit en ce groupe, on a envie de voir cette bande de petits jeunes réussir. Sing Street est donc un film entraînant, léger, qui livre un message positif : faites tout pour vivre vos rêves, vivez votre passion. Rien de bien nouveau mais ça passe tout de même plus que bien. Mais le long-métrage musical ne se limite pas à ce thème qui aurait pu rendre l’ensemble lisse et naïf. John Carney signe ici un film plus profond, intime et même un peu autobiographique que d’habitude. En arrière-fond, il évoque la situation économique et sociale de l’Irlande dans les années 1980 : les jeunes s’en allaient en Angleterre (c’est notamment le rêve de la jeune Raphina) et le divorce n’était pas toujours pas autorisé (l’Irlande a dû attendre 1996 pour pouvoir divorcer – il s’agit du dernier pays européen à avoir légaliser le divorce !).

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La musique est donc évidemment un moyen de s’évader (je pense notamment à quelques scènes fantasmées) et littéralement donne envie de s’évader. A travers ce thème de l’évasion, de l’immigration même pour réussir, on peut évidemment penser à l’histoire plus globale de l’Irlande qui a toujours été exposée au voyage pour pouvoir réussir. La dédicace finale « à tous les frères du monde entier » – même si on peut la prendre à un premier degré (avec la relation entre Conor et Brendan, forcément déterminante dans les choix des personnages) – est selon moi un clin d’oeil à cette part historique qui n’a jamais totalement quitté les Irlandais avec le temps. Sing Street est donc un vrai bon feel-good movie (et pour une fois on n’utilise pas ici ce terme comme on le fait souvent à tort et à travers) drôle, touchant et attachant à la fois. Il est bien écrit (mêlant avec habilité divertissement et profondeur) et très bien rythmé (et pas uniquement grâce à la musique, notamment co-composée par Carney himself). Même s’il n’a que trois films à son actif, j’ai toujours aimé l’univers de Carney qui renouvelle pour moi les films musicaux grâce à sa propre expérience de musicien et je dois en plus constater qu’il a fait des progrès en terme de mise en scène (même si ça ne parait pas non plus « ouf » mais ça me paraît plus soigné de ce côté-là). Côté interprétation, Sing Street est également à la hauteur. Le film est porté pour la plupart du temps par des comédiens non connus (qui sont dans la vie musiciens). Dans le rôle principal, Ferdia Walsh-Peelo est totalement crédible en ado de 15 ans rêveur et passionné. La jeune Lucy Boynton est certainement une des révélations du film (retenez bien son nom car elle semble déjà avoir un planning chargé !). Elle parvient bien à montrer cette apparente confiance en elle tout en dévoilant petit à petit son naturel et sa sensibilité (à noter que son look vestimentaire évolue au fil de ses émotions). On retrouve également quelques têtes connues, notamment Aidan Gillen et Maria Doyle Kennedy, qui incarnent les parents de Conor (au bord du divorce). Enfin, difficile de passer à côté de l’excellente performance de Jack Reynor (qui a remporté le Irish Film & Television Award – le second de sa carrière), qu’on a notamment pu voir récemment dans What Richard Did (de Lenny Abrahamson), Transformers : L’âge de l’extinction (de Michael Bay) ou encore Macbeth de Justin Kurzel. Il est à la fois drôle et émouvant en grand frère glandeur bienveillant qui donne des conseils, passé à côté de sa vocation et de ses rêves. Je suis sûre qu’on n’a pas fini d’entendre parler de lui !

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