Regression

réalisé par Alejandro Amenábar

avec Ethan Hawke, Emma Watson, David Thewlis, Devon Bostick, Dale Dickey, Aaron Ashmore, Lothaire Bluteau, David Dencik, Adam Butcher…

Thriller espagnol, canadien. 1h47. 2015.

sortie française : 28 octobre 2015

interdit aux moins de 12 ans

Regression

Minnesota, 1990. L’inspecteur Bruce Kenner enquête sur un crime révoltant dont la jeune Angela accuse son père, John Gray. Lorsque John avoue sa culpabilité de façon tout à fait inattendue et sans garder le moindre souvenir des faits, le docteur Raines, un célèbre psychologue, est appelé à la rescousse. Il va devoir aider John à retrouver la mémoire, mais ce qu’ils vont découvrir cache un terrifiant mystère qui concerne le pays tout entier…

Regression : Photo David Thewlis, Emma Watson, Ethan Hawke

Six ans après le film historique Agora, Alejandro Amenábar fait son retour avec Regression. Je vais tout faire pour ne pas spoiler afin que ma critique reste accessible à ceux qui souhaiteraient voir un de ces jours ce film et connaître mon avis. Pour ceux qui ont déjà vu ce film, j’espère que vous arriverez à voir ce que je veux dire, même si mes propos peuvent être vagues. Bref, tout ça pour vous dire qu’en gros, la régression est une technique que les psychologues utilisent (ou visiblement utilisaient) pour tenter de faire ressortir des souvenirs enfouis. Le réalisateur des Autres a donc voulu construire son thriller à partir de la psychologie et aussi d’un ensemble de faits divers qui étaient visiblement assez fréquents aux Etats-Unis dans les années 80 et 90 : de nombreuses affaires étaient liées à des rituels sataniques. Je vois que ce point historique commence à préoccuper les auteurs et réalisateurs puisque récemment Dark Places de Gilles Paquet-Brenner (adapté du roman de Gillian Flynn) évoquait aussi ces événements en question. Dans l’ensemble, Regression est un sympathique petit film idéal pour se divertir qui possède une réflexion intéressante mais hélas l’ensemble manque cruellement de charme et de force, ce qui pourra étonner et aussi décevoir de la part d’Alejandro Amenábar car on sait de quoi il est capable. En ce qui concerne le twist, je l’avais à moitié deviné (il faut dire qu’à force de regarder des films, on commence à comprendre certaines choses), c’est-à-dire que j’avais compris qui n’était pas clair dans cette histoire mais une partie de mon imagination m’a légèrement joué des tours : il y a une sorte de mise en abyme que j’ai alors trouvée intéressante. Beaucoup de critiques ont souligné les clichés voire même les effets exagérés présentes dans certaines scènes. Certes, on ne va pas se mentir : on trouve bien tout ça dans Regression. Ceci dit, ce n’est pas pour excuser ces choses-là en question, mais disons que certains éléments du scénario expliquent leur présence. En revanche, je n’excuserai pas vraiment la mise en scène un peu trop plate à mon goût ni l’aspect esthétique un peu trop absent. Certes, certaines séquences sont assez réussies esthétiquement, je pense notamment à celles avec Ethan Hawke qui rêve de rites sataniques la nuit. Le maquillage des personnages m’a d’ailleurs fait pensé à celui du démon dans L’Exorciste (de William Friedkin).

Regression : Photo Emma Watson, Ethan Hawke

Ceci dit, en dehors de ces quelques séquences, sans dire que c’est du travail de cochon ou que ce soit, je m’attendais à mieux esthétiquement, surtout quand on apprend que le film a bénéficié d’un budget de 20 millions de dollars… Je ne dirais pas que c’est moche mais je n’ai pas pu m’empêcher d’être frustrée, de me dire qu’il y a de quoi faire quelque chose d’un peu plus solide. On a l’impression qu’Amenábar ne se sert jamais de son contexte en Amérique par exemple. Certes, le fond de l’histoire a quelque chose d’universel mais quand on prend quelques minutes à expliquer aux spectateurs que l’histoire qui va suivre est est inspirée d’une série de faits réels qui se sont déroulés à une période précise dans un pays précis, je trouve cela regrettable de ne pas se servir de ces informations en question et de ne pas faire quelque chose avec de plus ambitieux artistiquement (après, attention, histoire de ne pas créer de pseudo-polémiques, je ne dis pas qu’il faut créer quelque chose de complètement superficiel non plus même si je ne prétends pas refaire un film de A à Z). Du coup, même si la mise en scène reste tout à fait correcte dans l’ensemble, on ne sent pas non plus Alejandro Amenábar totalement inspiré ou impliqué : je veux dire, à part dans les thèmes abordés, on n’a pas forcément l’impression de retrouver la patte du cinéaste. Du coup le film est simplement (à mes yeux) sympathique, regardable, intéressant même mais l’ensemble manque de charme voire même de force. Finissons cette critique en parlant du casting. Sans dire qu’il s’agit d’une grande interprétation, le toujours charismatique Ethan Hawke est pour moi très bien dans ce film tout comme David Thewlis (qui a un rôle également important même si son nom n’apparaît sur l’affiche, cela ne doit pas être assez vendeur) même s’il fait un peu son Professeur Lupin. En revanche, Emma Watson ne m’a pas convaincue. Ce n’est pas son interprétation qui m’a posé problème, il s’agit presque d’une erreur de casting. Elle est censée interpréter une adolescente de 17 ans, or l’actrice est âgée de 25 ans. Je ne critique pas son physique, il s’agit d’ailleurs d’une jolie femme mais elle fait ses 25 ans, elle fait adulte quoi ! Mine de rien, cela enlève quelque chose à son personnage qui aurait être encore plus mystérieux. Ceci dit, pour finir, au-delà de sa popularité (même si dans un sens, cela peut aussi lui faire du tort), je comprends d’un autre côté le choix de cette actrice car elle a un visage angélique.

Regression : Photo David Thewlis, Ethan Hawke

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Boyhood

réalisé par Richard Linklater

avec Ellar Coltrane, Patricia Arquette, Lorelei Linklater, Ethan Hawke…

Comédie dramatique américaine. 2h45.

sortie française : 13 juillet 2014

Boyhood

Chaque année, durant 12 ans, le réalisateur Richard Linklater a réuni les mêmes comédiens pour un film unique sur la famille et le temps qui passe. On y suit le jeune Mason de l’âge de six ans jusqu’ à sa majorité, vivant avec sa sœur et sa mère, séparée de son père. Les déménagements, les amis, les rentrées des classes, les premiers émois, les petits riens et les grandes décisions qui rythment sa jeunesse et le préparent à devenir adulte…

Boyhood : Photo Ellar Coltrane, Ethan Hawke

Le jury du festival de Berlin a décidé de récompenser Richard Linklater de l’Ours d’argent du meilleur réalisateur pour Boyhood. On comprend pourquoi même avant d’avoir regardé le film : le tournage a duré douze ans, avec les même acteurs et la même équipe technique. Il s’agit d’une véritable expérience cinématographique. Ainsi, Ellar Coltrane, qui incarne le jeune Mason, avait au début du tournage six ans et à la fin dix-huit ans. Pour être franche, même si le projet m’emballait, j’avais peur de découvrir ce film en salles principalement à cause de sa durée (2h45). Heureusement, dans l’ensemble, Boyhood est plutôt agréable à regarder et on s’aperçoit rapidement qu’il ne s’agit pas seulement d’un projet ambitieux mais bien d’un très beau film sur l’enfance et l’adolescence, la famille et le temps qui passe. Linklater a su capter les moments joyeux ou parfois difficiles d’une partie de l’existence d’un enfant et de sa famille. L’évolution touche puisqu’on la voit vraiment sous nos yeux rien que physiquement : les traits du visage, les voix, le corps, les coupes de cheveux, le style vestimentaire changent. Se dire qu’il s’agit des mêmes interprètes derrière ces changement touche forcément. On se sent vraiment impliqué dans la vie de cette famille. De plus, cette évolution ne concerne pas seulement cette famille, mais aussi l’époque qui l’entoure : ainsi, on passe de Bush à Obama, de Britney Spears à Lady Gaga, les jeux vidéos changent également au fil du long-métrage ou encore la présence de Harry Potter.

Boyhood : Photo Ellar Coltrane, Lorelei Linklater

Boyhood aurait pu être un chef-d’oeuvre. Cependant, il a tout de même ces défauts. En effet, alors que les étapes passent plutôt rapidement, ce qui permet au film d’être rythmé (du coup on oublie la durée), la dernière partie, qui se concentre sur les dernières années de lycée, est un peu trop longue. On a l’impression que Linklater a du mal à se séparer de ses personnages et qu’il commence à être fatigué par l’ampleur du projet. Contrairement aux deux premières heures, dans cette dernière partie, le film a également du mal à échapper aux clichés et perd sa subtilité (par exemple : le discours final de Patricia Arquette sur la mort, assez inutile). A force de tirer en longueur, la fin déçoit alors que Linklater avait de quoi terminer sur un magnifique dernier plan. Le casting est à la hauteur car on croit vraiment à cette famille. Ellar Coltrane est remarquable dans le rôle de Mason, ce gamin qui grandit et passe les différentes étapes de sa jeune existence. Lorelei Linklater (la fille du réalisateur) est également très à l’aise et a beaucoup de potentiel. Patricia Arquette est bouleversante dans le rôle de la mère forte qui se relève à chaque difficulté. Ethan Hawke illumine chaque scène avec son jeu si spontané. Malgré ses quelques défauts, Boyhood doit être vu car il s’agit tout de même d’une merveille, à la fois drôle et émouvante qui nous parlera forcément un peu.

Boyhood : Photo Ellar Coltrane, Ethan Hawke, Patricia Arquette