La Fille du Train / Le Mariage de mon meilleur ami

La Fille du train

réalisé par Tate Taylor

avec Emily Blunt, Rebecca Ferguson, Haley Bennett, Justin Theroux, Luke Evans, Allison Janney, Edgar Ramirez, Lisa Kudrow, Laura Prepon…

Thriller américain. 1h53. 2016.

sortie française : 26 octobre 2016

interdit aux moins de 12 ans

Movie Challenge 2017 : Un film policier / thriller

Rachel prend tous les jours le même train et passe tous les jours devant la même maison. Dévastée par son divorce, elle fantasme sur le couple qui y vit et leur imagine une vie parfaite… jusqu’au jour où elle est le témoin d’un événement extrêmement choquant et se retrouve malgré elle étroitement mêlée à un angoissant mystère.

La Fille du train : Photo Emily Blunt

Comme tout bon best-seller, La Fille du train de Paula Hawkins a eu droit à son adaptation cinématographique. Tandis que l’intrigue se déroulait à Londres dans le roman, elle se situe cette fois-ci dans le film à New York. Visiblement, en VO (et oui je suis passée par la case du mal : la VF), ce choix de transposition géographique prend un certain sens pour appuyer encore plus la solitude de Rachel, d’origine britannique (et incarnée par la britannique Emily Blunt). Le film est sorti un an après Gone Girl de David Fincher, qui était déjà lui-même une adaptation (Les Apparences, Gillian Flynn). Et La Fille du train version film a souffert de cette comparaison (complètement foireuse et superficielle – si vous voulez réellement le fond de ma pensée) avec l’excellent long-métrage de Fincher. Dans l’ensemble, si vraiment je m’en tiens au « divertissement », La Fille du train tient à peu près la route dans le sens où on a envie de connaître le comment du pourquoi. Beaucoup ont reproché au film d’être trop lent, personnellement je ne me suis pas particulièrement ennuyée malgré sa durée et son rythme pas nécessairement très rapide. La mise en scène de Tate Taylor (La Couleur des Sentiments, Get on up) n’est pas folle pour être honnête, elle manque de personnalité mais elle reste correcte : cela dit, il est certain qu’avec un autre réalisateur plus rôdé (tiens, le moment de revenir à Fincher ?), le film aurait pu être bien meilleur. Les personnages féminins sont intéressants même si on ne peut pas s’empêcher de tomber dans l’éternel portrait-croisé de la pauvre femme malheureuse (une alcoolique, des femmes malheureuses en ménage ou souffrant de baby-blues) : l’intention est louable mais j’ai toujours trouvé cet exercice très cliché. Je n’ai pas lu le bouquin, je ne sais pas du tout si le suspense est omniprésent dans ce matériau d’origine (je l’espère en tout cas). Le problème majeur du film concerne justement son manque de suspense, le scénario, certainement pas non plus aidé par un montage pas bien réfléchi, n’amenant pas très bien selon moi son intrigue. Honnêtement, j’avais compris relativement tôt le comment du pourquoi justement. Heureusement, malgré des défauts évidents et un ensemble assez oubliable (mais pas non plus lamentable), La Fille du train est porté par des interprétations plutôt solides, surtout celle de l’attachante et talentueuse Emily Blunt qui ne tombe pas dans la caricature dans son rôle d’alcoolique au chômage et mythomane.

La Fille du train : Photo Haley Bennett


Le Mariage de mon meilleur ami

réalisé par P. J. Hogan

avec Julia Roberts, Delmot Mulroney, Cameron Diaz, Rupert Everett, Rachel Griffiths, M. Emmet Walsh, Carrie Preston, Paul Giamatti….

Comédie romantique américaine. 1h40. 1997.

titre original : My Best Friend’s Wedding

sortie française : 1 octobre 1997

Movie Challenge 2017 : Un film avec un mariage

Julianne et Michael se sont connus étudiants et ont vécu une liaison amoureuse aussi brève que passionnée. Devant les hésitations de Julianne, ils décident de rompre mais de rester amis. Ils concluent alors un étrange pacte : si à vingt-huit ans aucun des deux n’a trouvé l’âme soeur, ils se marient ensemble. Mais voilà que quelques mois avant l’échéance, Michael se fiance avec Kimberly. Julianne aimerait bien tenter d’empêcher le mariage, si elle ne trouvait pas Kimberly si adorable…

Le Mariage de mon meilleur ami : Photo Cameron Diaz, Dermot Mulroney, Julia Roberts

Le réalisateur australien P.J. Hogan avait cassé la baraque en 1994 avec Muriel, cette comédie drôle et émouvante avec les excellentes Toni Collette et Rachel Griffiths. Je dois même dire qu’il s’agit de mes films de chevet : le film avait beau parler de mariage, il ne s’agissait pas à proprement parler d’une comédie romantique, il s’agissait finalement d’une ode à l’amitié et à l’indépendance. Dans le fond, dans une sorte de version américaine et avec une héroïne qui cette fois-ci correspond aux standards de beauté, Le Mariage de mon meilleur ami reprend des thématiques déjà présentes dans Muriel. Ce sont certainement un des seuls atouts de ce film qui surprend par sa fin loin des attentes habituelles des codes de la comédie romantique. Muriel et Le Mariage de mon meilleur ami mettent en scène des mariages impliquant de près ou de loin leurs héroïnes, ils donnent l’impression d’utiliser des codes de comédie romantique tout en sachant les détourner. Mais pourquoi Le Mariage de mon meilleur ami ne fonctionne pas aussi bien que Muriel ? Pourtant il s’agit d’une comédie avec le charme des années 90 plutôt fraîche, sympathique, rythmée, portée par de bonnes interprétations (notamment par la reine Julia hilarante et lumineuse dans ce rôle de peste ambulante). Même si la fin a le mérite de détourner les codes habituels de la comédie romantique (au fond… peut-on vraiment parler de comédie romantique ?), on ne peut pas s’empêcher de regarder… justement une romcom sympa mais sans plus, assez plate, n’évitant pas certains clichés et chichis hystériques. Ce constat est très sincèrement dommage car justement on sent qu’il y a une volonté, derrière ce petit divertissement en apparence, d’évoquer différents sujets moins superficiels que prévus. Ce film ne parle pas que d’un amour impossible à poursuivre. La confrontation entre les deux filles ennemies se battant pour le même homme ne se limite pas qu’à une question d’amour. Le personnage de Julia Roberts bosse énormément pour gagner sa vie tandis que celui de Cameron Diaz est une fille de milliardaire. Il y a aussi certainement un discours sur la femme moderne : certes, au fond, Julianne est un personnage pathétique, perdu, qui n’a pas su prendre les bonnes décisions au bon moment. Mais doit-on vraiment être triste pour elle ? N’est-elle pas aussi une représentation de la femme indépendante ? Bref, le film a beaucoup de potentiel, il est certainement moins bête qu’il en a l’air mais hélas il ne l’exploite pas autant qu’il le devrait.

Le Mariage de mon meilleur ami : Photo Julia Roberts, Rupert Everett

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Ça (2017)

réalisé par Andy Muschietti

avec Bill Skarsgård, Jaeden Lieberher, Finn Wolfhard, Jack Dylan Grazer, Sophia Lillis, Jeremy Ray Taylor, Wyatt Olef, Chosen Jacobs, Nicholas Hamilton, Stephen Bogaert…

titre original : It

Epouvante-horreur américain. 2h15. 2017.

sortie française : 20 septembre 2017

À Derry, dans le Maine, sept gamins ayant du mal à s’intégrer se sont regroupés au sein du « Club des Ratés ». Rejetés par leurs camarades, ils sont les cibles favorites des gros durs de l’école. Ils ont aussi en commun d’avoir éprouvé leur plus grande terreur face à un terrible prédateur métamorphe qu’ils appellent « Ça »…
Car depuis toujours, Derry est en proie à une créature qui émerge des égouts tous les 27 ans pour se nourrir des terreurs de ses victimes de choix : les enfants. Bien décidés à rester soudés, les Ratés tentent de surmonter leurs peurs pour enrayer un nouveau cycle meurtrier. Un cycle qui a commencé un jour de pluie lorsqu’un petit garçon poursuivant son bateau en papier s’est retrouvé face-à-face avec le Clown Grippe-Sou…

Ça : Photo Chosen Jacobs, Finn Wolfhard, Jaeden Lieberher, Jeremy Ray Taylor, Sophia Lillis

Le long roman de Stephen King Ça, publié en 1986, avait déjà connu une première adaptation pour la télévision en 1990 réalisée par Tommy Lee Wallace et avec l’excellent Tim Curry dans le rôle du clown terrifiant Grippe-Sou (Pennywise). Le téléfilm était intéressant (même si je trouve sa seconde partie bien en dessous de la première) mais il a sacrément vieilli. Cela fait depuis quelques années qu’on parle d’une nouvelle adaptation (j’insiste sur le terme – non, ce n’est pas un remake comme je l’ai parfois lu à tort et à travers) pour le grand écran. Cary Fukunaga (crédité au générique) devait réaliser cette nouvelle version avec Will Poulter dans le rôle du clown maléfique. Fukunaga quitte le projet suite à des désaccords artistiques avec les producteurs de New Line, Poulter suit le chemin du réalisateur en guise de soutien. Les frères Duffer étaient également très intéressés par le projet, même avant l’intervention de Fukunaga. Il est finalement amusant de voir un des acteurs de Stranger Things au casting (le jeune Finn Wolfhard). Bref, c’est finalement le réalisateur argentin Andrés Muschietti (qui avait signé le plutôt bon Mamá) qui passe derrière la caméra. On relèvera alors deux choses. La première est le changement d’époque. Le roman (ainsi que le téléfilm) se déroule sur deux époques : les années 50 (pour la partie sur l’enfance) et les années 80 (pour la partie « adultes »). Cette fois-ci, l’enfance des personnages se situe dans les années 1980. Au-delà d’une volonté de rendre cette version plus contemporaine (les sujets évoqués sont intemporels), Ça semble s’inscrire dans ce boum nostalgique pour les années 80 (re-coucou Stranger Things). On aurait pu craindre une nostalgie pénible et redondante, Muschietti a le mérite de ne pas abuser de ce nouveau contexte en le rendant pas cool à tout prix. Le deuxième changement notable est d’isoler justement les deux parties. En effet, le téléfilm reprenait la structure du roman, c’est-à-dire d’avancer dans le récit en alternant les différentes époques. S’il devrait y avoir ces échanges dans le chapitre 2, ce premier volet se concentre uniquement sur le récit durant l’enfance des personnages. Seule une réplique prononcée par Bev, où elle explique avoir eu une vision d’elle et de ses amis adultes, évoquerait discrètement cette fameuse alternance temporelle.

Ça : Photo Bill Skarsgård

Stephen King, décidément au centre de toutes les attentions (les adaptations de ses oeuvres sont très nombreuses et cela n’est pas prêt de changer en 2018 !), a approuvé (voire aimé) cette nouvelle adaptation de Ça. Je n’ai pas encore lu le roman d’origine (je l’attaque très bientôt les amis !), je ne peux donc juger que sur ce que j’ai vu. Ce long-métrage m’a en tout cas beaucoup séduite. Certes, il ne s’agit pas forcément du film le plus effrayant que j’ai pu voir – même si certaines scènes ont tout de même su me donner quelques petits frissons. Il reprend lui-même des codes très utilisés (et parfois faciles) dans le cinéma d’horreur actuel. Cela dit, il a deux mérites qui lui permettent de se détacher de ce cinéma d’horreur contemporain. Le premier est celui d’instaurer tout le long de l’oeuvre une atmosphère dangereuse. Le second est concerne sa manière de parler de la peur, pas uniquement de ce monstre mais aussi celles de notre enfance qui s’apparentent finalement à différents traumatismes bien plus profonds : inceste, disparition tragique des parents ou d’un frère, harcèlement scolaire, mère qui couvre dangereusement son enfant, racisme… Des sujets difficiles mais jamais traités avec lourdeur. Rien que le nom de l’oeuvre est significatif sur le fond de cette histoire (on peut même établir des rapprochements avec The Thing et It Follows), ce « ça » pour désigne le Mal. En psychologie, le « ça » répond aux pulsions de l’humain. Et ces pulsions hantent la ville de Derry, pratiquement un personnage à part. Certes, la métaphore est peut-être parfois un peu très appuyée mais elle fonctionne tout de même avec efficacité surtout pour un film de cette production (n’oublions pas que c’est une grande production – ce qui explique le départ d’origine de Cary Fukunaga). Par rapport aux thèmes évoqués et même par rapports à certains décors, on peut rapprocher cette oeuvre à une nouvelle de Stephen King, Le Corps (paru dans le recueil de nouvelles Différentes saisons), adapté au cinéma sous le titre Stand by me. Ce premier chapitre n’est alors pas à proprement parler un film d’horreur comme on aurait pu l’attendre, c’est un film sur l’horreur banale. Muschietti nous offre une chronique sur l’enfance à la fois dure, tendre et émouvante.

Ça : Photo Bill Skarsgård

Pour un film assez ouvert au public, on s’étonnera alors de la violence, certes suggérée (enfin pas tant que ça par moments, la scène d’intro avec le petit Georgie et son bras arraché n’est pas si suggérée que ça), mais tout de même présente. Si la fin s’étire peut-être un poil en longueur et qu’il y a parfois un peu trop de jump-scares et d’effets horrifiques pour plaire à un certain public actuel (même si dans le lot certains fonctionnent), la mise en scène de Muschietti reste solide. A noter aussi une belle photographie de Chung Chung-hoon, connu pour sa collaboration avec Park Chan-wook : cette influence japonaise est peut-être, avec du recul, à l’origine de cette atmosphère prenante. Une scène plutôt réussie semble même sorti de Ring de Hideo Nakata. L’interprétation de Pennywise par l’immense (et trop sous-estimé) Tim Curry était monumentale (même si on le voit finalement peu). Difficile de passer après une telle performance. Pourtant, Bill Skarsgård (fils de Stellan et frère d’Alexander) s’en sort plus que bien. Ce n’est pas évident de passer après Curry et le jeune acteur suédois ne cherche pas à l’imiter. Il montre une autre facette exploitable de ce personnage qui apparaît certainement plus que dans le téléfilm. Certes, peut-être qu’on prend le risque de supprimer la partie énigmatique du monstre qui hante les enfants jusqu’à l’âge adulte (le personnage de Curry semblait plus vicieux mais encore une fois les approches de l’un et de l’autre sont différentes). A voir également en version originale pour l’excellent travail vocal de l’acteur. Tous les jeunes acteurs sont également remarquables incarnant des personnages très attachants et charismatiques. Jaeden Lieberher (vu dans l’excellent Midnight Special) et la jeune Sophia Lillis (sorte de sosie version jeune de Jessica Chastain et / ou Amy Adams) sont particulièrement charismatiques, Finn Wolfhard est très drôle en petit clown de service (oh le clin d’oeil de merde) ou encore Jack Dylan Grazer est adorable dans le rôle du petit Eddie (c’était déjà mon personnage coup de coeur dans le téléfilm). On peut peut-être regretter qu’ils n’aient pas le même temps de présence à l’écran. Espérons que le casting adultes soit à la hauteur…

Ça : Photo Chosen Jacobs, Finn Wolfhard, Jack Dylan Grazer, Jaeden Lieberher, Jeremy Ray Taylor

Good Time

réalisé par Josh et Benny Safdie

avec Robert Pattinson, Benny Safdie, Jennifer Jason Leigh, Taliah Webster, Barkhad Abdi…

Thriller, policier américain. 1h40. 2017.

sortie française : 13 septembre 2017

interdit aux moins de 12 ans

Un braquage qui tourne mal… Connie réussit à s’enfuir mais son frère Nick est arrêté.
Alors que Connie tente de réunir la caution pour libérer son frère, une autre option s’offre à lui : le faire évader. Commence alors dans les bas-fonds de New York, une longue nuit sous adrénaline.

Good Time : Photo Robert Pattinson

Cela fait un petit moment que les frères Safdie ont réussi à se faire une place dans le cinéma indépendant américain. Jusqu’à présent, même s’ils ont leur petite réputation auprès d’une petite partie confidentielle de cinéphiles, leurs films avaient du mal à se faire connaître en France. La présentation de Good Time, présenté en compétition au festival de Cannes en mai dernier, a alors permis deux choses : tout d’abord, Cannes a permis aux réalisateurs de faire connaître leurs oeuvres à un plus large public. Puis, le talent de Robert Pattinson (dont la présence au casting – enfin une star dans un film des Safdie – a certainement aidé au film d’avoir une meilleure exposition) devient définitivement indéniable (après déjà cette année, dans un rôle secondaire, son interprétation brillante dans The Lost City of Z de James Gray). Avant de découvrir Good Time, ma (récente) expérience des frères Safdie se résumait à Lenny & The Kids qui m’a fortement déplu. Good Time est formellement très différent de celui-ci pour mon plus grand bonheur. Tout a l’air très simple dans ce film, aussi bien sa narration que sa mise en scène : pourtant justement, le long-métrage impressionne par cette apparente simplicité alors qu’en réalité on relève bien un travail bien plus recherché derrière. Tout a l’air d’aller de soi, tout est d’une grande fluidité : les éléments s’enchaînent avec logique tout en sachant surprendre ou faire réagir le spectateur quand il le faut, la caméra est proche des personnages tout en sachant prendre en compte ce New York pourri, misérable, et même malade, bien plus que la maladie de Nick. Ce sentiment correspond totalement à cette idée de temps qui s’écoule en peu de temps. Good Time a souvent été comparé à l’excellent After Hours de Martin Scorsese : tous deux se déroulent en quelques heures la nuit, les personnages ne se sortant jamais de leurs diverses péripéties, comme s’ils étaient dans une sorte de boucle, voire même une spirale infernale. Cela dit, la comparaison s’arrête-là : les Safdie ont su imposer leur ton rafraîchissant.

Good Time : Photo Robert Pattinson, Taliah Webster

L’hybridité (fonctionnant pratiquement tout le temps sur une dualité, qui rappelle aussi le duo fraternel) est présente sur différents niveaux : le ton est tragi-comique, le style vacille aussi entre le réalisme (le côté film fauché est perceptible) et une esthétique parfois flamboyante, fluorescente et électrique (les scènes dans le parc d’attraction qui prend étonnamment vie la nuit en est un exemple), le flamboyant traverse la nuit sombre, Connie passe même du brun au blond ou encore tout en étant moderne par son aspect expérimental, on ne peut s’empêcher à l’influence des polars des années 70. Ce chaos aurait pu donner un film hésitant, mais au contraire, ce qui frappe, c’est qu’on sent totalement où les réalisateurs amènent leur film finalement très structuré (la première et la dernière scène se répondent) même s’il n’en donne justement pas cette impression. Dire que le film est très rythmé pourrait passer pour un euphémisme : les espaces sont confinées, le montage est frénétique et on étouffe et on s’essouffle autant que les personnage (par contre, le rythme, lui, ne faiblit pas). J’avais peur que cette cadence me saoule mais finalement, même si on vit une véritable expérience d’une grande intensité, comme si on avait couru un marathon avec les personnages, le rythme (avec tout ce qui suit derrière, c’est-à-dire l’effet « trip ») n’est pas non plus usant ou insupportable : on prend du plaisir à être dans cette course remplie d’obstacles. Histoire intime et arrière-fond social se complètent également toujours avec pertinence. Il y a d’abord cette relation entre ces deux frères qui est très touchante jusqu’au générique final (avec la magnifique chanson The Pure and The Damned d’Iggy Pop) qui m’a bouleversée juste par quelques gestes et un regard (et je n’ai pas compris les gens qui quittaient la salle à ce moment-là). Connie aime son frère handicapé mental, c’est ce qui le rend profondément attachant. Mais par amour fraternel, le jeune homme, qui paiera son impatience, est capable de faire les pires conneries. Surtout, cet amour, aussi sincère soit-il, est toxique.

Good Time : Photo Robert Pattinson

Cette odyssée nocturne permet également de dresser un portrait peu reluisant de ce New York qui ne fait pas rêver avec ces dealers, ces drogués, ces paumés. Les réalisateurs ne jugent pas les personnages et ne cherchent pas non plus qu’on s’apitoie sur leur sort : ils n’excusent pas leurs actes mais ils les filment avec une certaine tendresse qui étonne face à ce flot de violence et d’énergie en permanence. Cette expérience, une sorte de trip dans un train-fantôme qui irait à fond la caisse, parvenant à ne pas se limiter à un simple exercice de style, réussit à prendre forme également par la bande-originale de Oneohtrix Point Never, récompensé par le prix du meilleur compositeur au Cannes Soundtrack. Le casting est également impeccable, que ce soit les professionnels ou les acteurs « débutants » (terme des réalisateurs qui détestent qu’on les appelle les « non professionnels »). On notera par ailleurs, pour la petite anecdote, que certains acteurs « débutants » se sont tout simplement de leur véritable profession (par exemple, l’avocat et le psychiatre). Robert Pattinson, qui choisit de mieux en mieux ses rôles et ses films est épatant dans le rôle de ce braqueur loser. Le co-réalisateur Benny Safdie, qui interprète Nick, ne démérite pas non plus face à un tel partenaire. Certains diront qu’il est un peu caricatural (il faut dire que, rien qu’au niveau du look, il n’est pas allé de main morte) mais j’y ai cru à fond en son personnage. Je ne sais pas si c’est son regard, qui a l’air vide mais paradoxalement exprime beaucoup de choses, qui m’a touchée mais son personnage, qu’on voit pourtant peu, et son interprétation, ne m’ont pas laissée indifférente. Good Time est donc pour moi un des meilleurs films de l’année, un film percutant et puissant sur l’urgence temporelle et sociale qui peut être aussi belle que destructrice.

Good Time : Photo

Les Proies (1971 et 2017)

réalisé par Don Siegel

avec Clint Eastwood, Geraldine Page, Elizabeth Hartman…

titre original : The Beguiled

Drame américain. 1h40. 1971.

sortie française : 18 août 1971

Movie Challenge 2017 : Un remake ou film qui a été objet de remake

appréciation : 1/4


réalisé par Sofia Coppola

avec Colin Farrell, Nicole Kidman, Kirsten Dunst, Elle Fanning, Angourie Rice…

titre original : The Beguiled

Drame américain. 1h33. 2017.iso

sortie française : 23 août 2017

appréciation : 3/4


En pleine guerre de Sécession, dans le Sud profond, les pensionnaires d’un internat de jeunes filles recueillent un soldat blessé du camp adverse. Alors qu’elles lui offrent refuge et pansent ses plaies, l’atmosphère se charge de tensions sexuelles et de dangereuses rivalités éclatent. Jusqu’à ce que des événements inattendus ne fassent voler en éclats interdits et tabous.


Les Proies : Photo

Les Proies a beau avoir remporté le prix de la mise en scène au dernier festival de Cannes présidé par Pedro Almodovar, il ne semble pas avoir convaincu grand-monde, vu ce que j’ai pu lire à droite et à gauche aussi bien sur la blogosphère que dans la presse. En dehors de Virgin Suicides, j’ai toujours eu du mal avec les films de Sofia Coppola : je craignais une nouvelle déception (et les critiques mitigées n’étaient pas très encourageantes). Je ne suis donc pas allée le voir pour sa réalisatrice ni même spécialement pour son prix cannois : j’ai eu la chance de tomber à la bibliothèque sur le remarquable roman d’origine écrit par Thomas Cullinan en 1966. Petite précision : j’ai découvert la version de Siegel une semaine après celle de Coppola.  Je suis la première étonnée mais j’ai cette fois-ci envie de défendre le film de Coppola. Certes, il est imparfait, on ne peut pas s’empêcher d’avoir ce petit sentiment d’inabouti en sortant de la salle. Pourtant, il a fait son petit effet sur moi qui n’en attendais pas plus que ça. Une semaine après, j’ai découvert la version de Siegel : quelle déception. Déception encore plus surprenante puisque l’auteur du roman fait partie des scénaristes ! Voilà ce qui m’a d’abord frappée dans le film de Coppola : contrairement à la version de Siegel, elle a selon moi su retrouver l’essence du roman. Par exemple, je n’ai pas compris pourquoi Clint Eastwood était présenté directement comme le grand méchant de l’histoire : on comprend alors complètement les réactions des « proies ». Par conséquent, les personnages féminins, peu intéressantes chez Siegel (elles ont l’air toutes tartes), perdent complètement en ambiguïté : elles ont raison d’agir contre cet individu masculin qui a bousculé leur existence. On ne comprend pas non plus trop pourquoi certaines tombent sous son charme. J’aime et je respecte énormément Eastwood mais dans le film de Siegel, il ne joue pas particulièrement. Puis, même si j’ai conscience que c’est peut-être ma part féminine qui s’exprime, je ne le trouve pas particulièrement attirant : ce que je veux dire, c’est qu’il n’y a même pas ce critère en question qui explique pourquoi les femmes sont émoustillées par ce très grossier personnage qui ne mérite que de crever.

Les Proies : Photo Addison Riecke, Angourie Rice, Elle Fanning, Emma Howard, Kirsten Dunst

Or, le personnage incarné par Colin Farrell est vraiment plus proche de celui du roman : certes, on se doute bien qu’il n’est pas totalement net mais il ne fait rien de méchant dans les premiers temps. Il est même très charismatique : on comprend plus pourquoi il chamboule cet internat de filles, pourquoi même ces dernières veulent coucher avec lui. On a reproché à Coppola de ne pas suffisamment développer ses personnages : certes, en tant que nouvelle adaptation, cela aurait pu être intéressant. Mais je trouve cela difficile de blâmer totalement Coppola : les deux adaptations sont toutes les deux courtes, ne dépassant pas les 1h40. Toutes les deux ont choisi de ne pas développer les longs dialogues du roman ni particulièrement le passé des personnages. Cela dit, à côté du film de Siegel, qui m’a semblé encore plus creux concernant le non-développement des personnages, les personnages de Coppola m’ont davantage intriguée (et les actrices sont toutes impeccables), peut-être justement par leur froideur comme si elles sortaient d’un tableau, comme si elles vivaient dans un faux paradis qui n’est pas aussi angélique. Comme je l’expliquais un peu plus haut, dans sa version, Colin Farrell est plus mystérieux : cela accentue davantage la complexité des personnages féminins qui intériorisent, comme dans leur roman, leurs pensées et leurs tares. Ont-elles raison de se méfier ? Sont-elles folles parce qu’elles vivent depuis trop longtemps sans hommes ? La frustration chez Coppola est, par sa froideur, plus effrayante dans un sens tandis que chez Siegel, on frôle l’hystérie caricaturale. De plus, selon moi, si l’adaptation de Coppola fonctionne mieux que celle de Siegel, c’est parce que la réalisatrice a plus ou moins repris le point de vue du roman (encore une fois, on ne comprend pas trop comment l’auteur a pu travailler avec Siegel vu le résultat). Dans le roman, le récit avance par les différents points de vue féminins. A chaque chapitre, on découvre ce qui se cache sous les apparences de ces femmes dont on ne se méfiera pas : elles sont jalouses des unes des autres, sont frustrées, ont des rêves etc…

Les Proies : Photo

Dans le récit de Coppola, l’exposition des points de vue n’est pas aussi nette que dans le roman mais en tout cas c’est toujours la femme qui est au coeur de l’intrigue, qui la débute et qui la termine. Si je n’ai pas apprécié le film de Siegel, qui doit certainement être replacé dans le contexte de l’époque (cette sexualité très présente était certainement dérangeante dans les années 1970), je peux admettre tout de même certains points intéressants. Tout d’abord, Siegel a conservé le personnage de l’esclave noire, témoin des déchirements et de la folie de ces femmes à cet inconnu. Il est certain aussi qu’il possède une mise en scène réfléchie et intéressante (les choix de ce côté-là sont radicalement différents de la proposition de la réalisatrice – la mise en scène de Coppola est pour moi plus audacieuse). L’esthétique de Coppola (jouant plus sur des tons clairs) m’a plus séduite mais il y a bien un travail de ce côté-là dans la version de Siegel, qui joue plus justement sur les ombres, le seul moyen d’ailleurs qui fait parfois ressortir le côté inquiétant (hélas pour moi pas suffisamment présent) des personnages féminins. Je ne sais pas pourquoi mais après avoir effectué ce travail comparatif entre ces trois oeuvres, je n’ai pas pu m’empêcher au cas de True Grit où la version la plus récente (celle des Coen) était une nouvelle adaptation plus proche (et plus pertinente) du roman de Charles Portis que le premier film (par Henry Hathaway). On aime bien faire des raccourcis notamment en clamant que la version de Coppola est un remake (on l’a même dit avant même que le film sorte !) alors que pour moi il s’agit très nettement d’une nouvelle adaptation. Comme quoi, il ne faut pas toujours avoir peur des nouvelles adaptations, même des remakes si ça fait plaisir à certains, un nouveau regard est parfois nécessaire ou / et peut (pour être plus positive avec Siegel) même entrer en complémentarité avec les autres oeuvres de ce même réseau.

Les Proies : Photo Nicole Kidman

 

Mother!

réalisé par Darren Aronofsky

avec Jennifer Lawrence, Javier Bardem, Ed Harris, Michelle Pfeiffer, Brian Gleeson, Domhnall Gleeson, Kristen Wiig…

Drame, thriller américain. 2h. 2017.

sortie française : 13 septembre 2017

interdit aux moins de 12 ans

Un couple voit sa relation remise en question par l’arrivée d’invités imprévus, perturbant leur tranquillité.

Mother! : Photo Javier Bardem, Jennifer Lawrence

(Oui, ce long disclaimer – même autres remarques ailleurs – au début de ce billet ne s’attaque pas directement au film mais j’avais besoin de dire certaines choses qui commençaient vraiment à m’énerver et même à me peser. Et comme c’est encore mon lieu personnel d’expression – car certains l’auraient visiblement oublié – je me permets d’écrire ces choses durant ce billet). 

Je m’en suis jamais cachée : je n’aime pas les films d’Aronofsky. Tout est absolument douloureux et grossier dans son cinéma. Peut-être pire, je n’aime pas tous les débats méprisants autour de ses films : si on a le malheur de dire qu’on n’aime pas ce qu’il fait (comme si le bonhomme était intouchable), on s’en prend en général plein la gueule. Je me rappelle encore de la sortie de Black Swan : selon certaines personnes, si on avait osé dire qu’on n’avait pas aimé ce film (ce qui est notre plus strict droit), on était forcément des imbéciles incultes (et évidemment des faux cinéphiles, sinon c’est pas marrant) ne comprenant rien au cinéma ou ce genre de réflexions complètement condescendantes (le fameux et éternel « noooon mais t’as pas compris », t’en fais pas, je suis pas une nouille). Hélas, ce que je craignais avec Mother! est arrivé : non seulement le film fut pour moi une torture à la fois involontairement hilarante et véritablement consternante, mais en plus (même si je tenais à préciser qu’il y a aussi de gentils cinéphiles fans du film, capables d’en discuter normalement sans te cracher dessus et heureusement !) j’ai subi de près et de loin certaines réactions vraiment désagréables et qui me donnent encore moins envie d’être sympa avec Aronofsky : « ouuais les gens qui ont pas aimé Mother!, vous êtes fermés d’esprit, vous avez rien compris blablabla » (recrache mon thé à l’instant – surtout quand tu vois le non-sens de la discussion). Je suis vraiment heureuse de savoir que j’ai visiblement le cerveau d’une moule, merci bien. On a aussi eu sur les réseaux sociaux l’immense colère (comme si le gars menait le combat de sa vie) de la part d’un youtubeur (j’ai la flemme de le citer) qui a visiblement pris la pastèque depuis sa rencontre avec Aronofsky en personne (alors que son seul argument était « MAIS CE FILM EST FOUUUUUUU ») : bref, chaque magazine qui a osé dire du mal de Mother! était forcément composée de journalistes cons et évidemment plus globalement (spectateurs compris – donc vous et moi) si on n’a pas aimé le film, alors on a forcément tort. C’est vraiment fabuleux de voir des gens soi-disant ouverts d’esprit nous donner des leçons sur le bon goût alors qu’on a le droit de le détester. Mais peut-on en vouloir totalement à ces personnes alors que le réalisateur en question a lui-même les chevilles qui ont enflé ? Parce que c’est ça qui est particulièrement insupportable dans le cinéma d’Aronofsky :  je sens à quel point le réalisateur crie d’un air pédant « JE FAIS MON CHEF-D’OEUVRE » à chaque scène. Cela a toujours été le cas dans sa filmographie mais alors avec Mother! il a atteint des sommets inimaginables et insoupçonnables.

Mother! : Photo Jennifer Lawrence

Le pire, c’est que je ne suis pas allée voir Mother! en me disant que j’allais casser à tout prix sur Aronofsky (quel serait mon intérêt ? Me torturer ? Dépenser mon argent n’importe comment ?). C’est même complètement faux : j’avais vraiment envie d’être optimiste, d’aimer ce film, de me réconcilier avec son réalisateur, comme ce fut le cas récemment avec certains réalisateurs que je n’aime habituellement pas comme par exemple Inarritu et Sofia Coppola, dont j’ai apprécié respectivement The Revenant et Les Proies. Aronofsky ne manque pas d’ambition, c’est tout à son honneur et normalement c’est le genre d’initiatives qui me plait. Mais l’ambition n’est pas non plus synonyme de prétention : hors visiblement, depuis un certain temps (enfin, depuis toujours – oh je suis méchante), le réalisateur semble confondre les deux termes. C’est extrêmement pénible quand tu as l’impression que le type t’explique (ou plutôt t’expose) tout ce qu’il a voulu dire au lieu justement de laisser parler les images : on est à deux doigts d’avoir des sous-titres explicatifs et de nous distribuer une Bible en sortant de la salle. Evidemment, chacun peut avoir sa propre interprétation sur cette oeuvre qui joue jusqu’au bout (et littéralement trop) avec les allégories. Attention, je comprends que des spectateurs aient pu être déroutés et qu’ils n’aient rien compris, sur ça j’ai aucun souci, je ne vous traite pas du tout d’imbéciles. Je vous parle là de mon ressenti par rapport aussi aux autres réactions : je n’ai pas trouvé le film si « compliqué » que ça dans le sens où les thématiques et références sont aussi lourdes que des pas d’éléphant. Je ne pense pas qu’il faut être un grand spécialiste en théologie et philosophie pour voir à peu près où le réalisateur veut en venir, les références bibliques utilisées étant utilisées à outrance (et non, cela ne rend pas son film meilleur ni plus intéressant). Aucun personnage ne porte de nom prouvant notamment leur représentation allégorique : le personnage incarné par Jennifer Lawrence (au passage, excellente – ouais j’ose un compliment dans ce bordel rempli de négativités) est la fameuse mère du titre. Concrètement, elle le devient relativement tard dans le film. Elle est alors la mère de plusieurs « concepts » : elle est la mère-nature / Gaïa (il faut une destruction pour la nature reprenne ses droits face à une humanité en perdition) mais aussi la mère de l’inspiration (en gros la muse). Quant au personnage masculin interprété par Javier Bardem (qui lui par contre ne joue pas spécialement bien), par son métier d’écrivain, il est le symbole de l’artiste face à la page blanche qui retrouve l’inspiration par sa muse (selon ses propos et notamment aussi par la seule relation sexuelle / viol que le couple aura : la création naît à partir de la souffrance) : son roman est littéralement son bébé qu’il a « accouché » via sa muse (on reprend le concept de la maïeutique). Il y a alors certainement une interrogation sur la réception d’une oeuvre : l’appartenance au public ne détruit-elle pas littéralement l’oeuvre / le bébé ? On peut même aller plus loin en se demandant si Bardem n’est pas carrément Dieu (son bureau pourrait représenter le Paradis) ou un prophète (tout dépend des scènes selon moi).

Mother! : Photo

Enfin, face à ce grand chaos critiquant certainement aussi la folie religieuse qui mène à la perte de l’humanité, on retrouve d’autres figures bibliques connues : Adam (Ed Harris), à qui il manque effectivement une côte, Eve (Michelle Pfeiffer), qui enfreint la seule règle de la maison (le coeur est le fruit défendu) et leurs fils Abel et Caïn (avec l’épisode du meurtre). Jusque-là, au moins dans ces quelques grandes lignes, je pense que les quelques pistes ne sont pas non plus si inaccessibles que ça. Et sur le papier, cela aurait pu donner un film réellement intéressant en terme de réflexion. Mais je reproche vraiment l’exécution outrancière et finalement dans un sens (malgré son côté faussement complexe) simpliste de cette relecture (même Noé était une relecture moins grossière de la Bible et pourtant c’était très loin d’être fin !). Certains seront certes sensibles face aux choix extrêmes d’Aronofsky (et malgré ma colère qui peut se ressentir au cours de ce billet, je respecte et comprends tout à fait qu’on adhère au projet – du moment qu’on n’insulte pas ceux qui n’y adhèrent justement pas du tout), pour ma part je les ai trouvés complètement grotesques. Encore une fois, tout est tellement surligné que cela en devient usant : la tâche de sang sur le tapis qui ressemble à une vulve (le nombre de fois où on a ce plan – impossible de ne pas capter la lourde image) en est un parfait exemple. Il est aussi évident que le film fonctionne sur un cycle (et j’ose même un rapprochement avec le cycle menstruel – allez tout est possible au point où on en est) : cela n’était par exemple pas une mauvaise idée mais à l’écran ça ne passe pas si bien que ça. Je ne prétends pas être un génie, loin de là, mais j’ai rapidement compris le comment du pourquoi (notamment avec l’histoire avec le coeur) : hélas, Aronofsky dévoile certains indices bien trop tôt. Par conséquent, la fin ne m’a pas du tout surprise alors qu’elle aurait dû me couper le souffle (je pense que c’était dans les intentions du réalisateur vu comme la fin est amenée). J’aimerais aussi revenir sur un thème visiblement important dans le long-métrage : la femme et surtout son rapport avec l’homme. Aronofsky et Lawrence affirment qu’il s’agit d’un film féministe. Qu’il y ait une réflexion sur la domination masculine sur la femme, aussi bien dans un cercle familial que dans un cadre professionnel, me paraît évident. Je suis déjà étonnée qu’on parle de muse (même si je l’ai moi-même dit juste au-dessus) : on le décèle entre les lignes mais concrètement, même si le personnage de Bardem dit vaguement à sa femme qu’elle est à l’origine de son inspiration (et sa grossesse semble aller dans ce sens), on a quand même du mal à voir ne serait-ce une scène confirmant que Lawrence inspire effectivement réellement son mari. L’inspiration éventuelle n’est que dans la souffrance et la violence : Aronofsky passerait presque pour un emo. Pendant deux heures, on voit surtout Jennifer Lawrence faire du ménage (je vous assure que ça m’a gonflée de la voir nettoyer pendant le 3/4 du film) et s’en prendre plein la gueule. S’il y a bien une réflexion autour de la place de la femme dans l’humanité, j’ai quand même du mal à y voir là-dedans du féminisme (je ne vais pas non plus vous mentir : oui, le mot « misogynie » m’est même venu en tête pendant la séance).

Mother! : Photo Jennifer Lawrence

Aronofsky a voulu faire du féminisme et le revendique :  le problème, c’est qu’à force de prendre un malin plaisir à humilier son personnage féminin, sa démarche devient totalement contre-productive. On a aussi presque l’impression qu’il règle ses comptes, qu’il y a quelque chose derrière qui devient profondément narcissique et non justement universel contrairement aux références qu’il utilise. Parce que Bardem n’incarne pas uniquement un Dieu, un prophète ou que sais-je. Pour moi, c’est aussi clairement Aronofsky en personne (et c’est un comble pour un film qui se veut féministe et dénoncer aussi la domination masculine). Un film peut provoquer le malaise, bousculer, je le conçois et c’est chouette même quand cela arrive. Mais là il ne m’a pas mise mal à l’aise pour des raisons artistiques mais pour des raisons éthiques. Je me suis même retrouvée presque dans la même position que dans (le détestable) L’Amant Double de François Ozon où j’ai l’impression qu’on peut tout justifier, que ce soit en terme de débilités ou d’acharnement envers ses personnages, soi-disant au nom de l’art : je trouve ça facile au bout d’un moment. Finalement, dans tout ça, on a parlé que de la métaphore et ce n’est pas surprenant puisque c’est ce qui ressort d’ailleurs majoritairement dans les différents avis exprimés : le film ne nous pousse pas à aller ailleurs, il ne se base pratiquement sur cette lecture. Or, un film ne peut pas non plus se résumer qu’à ça au bout d’un moment surtout quand la relecture n’est pas particulièrement bonne ni révolutionnaire (il y a des films de relecture / très référencés bien plus réussis de ce côte-là). Faire un film allégorique sur la Bible, ça a de la gueule mais c’est pas pour ça que ça en fait un bon film. Il ne peut pas non plus se résumer à sa promotion putassière comme ce fut le cas sur Black Swan (oui, cette remarque est purement gratuite). La mise en scène en elle-même n’a donc rien de réellement problématique, notamment avec la gestion d’un espace envahi. Mais là encore, on en a trop à l’écran (j’en ai même éclaté de rire au bout d’un moment – la dernière fois que j’ai ri comme ça, c’était pendant ma séance de Lucy) pour appuyer un discours déjà bien lourd et pénible. Par contre, je suis vraiment sceptique sur les effets spéciaux ainsi que sur l’utilisation abusive de gros plans sur Jennifer Lawrence (même si je peux comprendre la démarche et l’effet produit). Finalement, tous les autres aspects notamment techniques (le travail sur le son est bon par exemple) ne parviennent pas à éclater face à un propos prétentieux, indigeste, carrément insupportable et dans tout ça… vain.

Mother! : Photo Jennifer Lawrence

Jackie / T2 Trainspotting

Jackie

réalisé par Pablo Larrain

avec Natalie Portman, Peter Sarsgaard, Greta Gerwig, Billy Crudup, John Hurt, Richard E. Grant, John Carroll Lynch…

Biopic, drame américain. 1h40. 2016.

sortie française : 1 février 2017

22 Novembre 1963 : John F. Kennedy, 35ème président des États-Unis, vient d’être assassiné à Dallas. Confrontée à la violence de son deuil, sa veuve, Jacqueline Bouvier Kennedy, First Lady admirée pour son élégance et sa culture, tente d’en surmonter le traumatisme, décidée à mettre en lumière l’héritage politique du président et à célébrer l’homme qu’il fut.

Jackie : Photo Natalie Portman

Ayant adoré No, j’avais envie de regarder Jackie pour son réalisateur Pablo Larrain. Jackie marque alors la première excursion du réalisateur chilien aux Etats-Unis (et dans un film tourné en langue anglaise). Co-produit par Darren Aronofsky, Jackie a remporté le Lion d’Argent du meilleur scénario à la Mostra de Venise en 2016 : ce scénario de Noah Oppenheim faisait partie de la Blacklist des scénarios les plus prometteurs en 2010. Jackie n’est pas un film sur la vie de la célèbre First Lady mais plutôt sur ce qu’elle a vécu et ressenti suite à l’assassinat de son mari : comment gérer son deuil (qui fait partie de l’ordre de l’intime) quand on est une personnalité publique fait notamment partie des interrogations présentes dans ce long-métrage. Par son montage fragmenté permettant de sortir d’un schéma linéaire habituel au biopic, le long-métrage ne se veut pas totalement linéaire. Via plusieurs échanges entre le journaliste récompensé par le Pulitzer Theodore H. White incarné par Billy Crudup (Jackie Kennedy lui avait demandé d’écrire un article sur son époux dans lequel il devait établir un parallèle entre son statut de président et la légende du Roi Arthur – ce qu’on retrouve bien dans le long-métrage) et son prêtre (un des derniers rôles du regretté John Hurt), Jackie se livre notamment à travers une rétrospective des événements. Pablo Larrain tente de sortir des sentiers battus en proposant autre chose au biopic traditionnel : son intention est plus que louable. Cela dit, je n’ai pas été convaincue des masses : finalement, j’ai tout de même eu l’impression d’être face à un film académique même si sur la forme il ne veut pas l’être. Je me suis demandée où était passé le talent de Larrain dans ce film qui a peut-être des idées mais qui est rapidement vain. J’ai parfois eu l’impression que ce montage en question, revenant finalement sans cesse sur les mêmes événements qu’on connait tous (la reconstitution est certes de qualité) était un moyen pour cacher un scénario pas si intéressant que ça. Il faut dire que cette narration n’est pas non plus mise en valeur par un ton vraiment trop froid et un rythme assez lent. Les interrogations de Jackie ne m’ont pas semblé plus approfondies que ça et par conséquent, le personnage ne m’a pas paru très intéressant. Je ne vais pas non plus vous mentir : j’ai énormément de mal avec le jeu de Natalie Portman. Sa performance, qui se veut dans la retenue, n’est pour moi pas très réussie dans le sens où elle n’apporte aucune émotion à son personnage. Par ailleurs, je n’ai jamais réussi à voir Jacqueline Kennedy à l’écran mais simplement Portman voulant vaguement ressembler à Kennedy. Restent tout de même une jolie reconstitution des années 60, notamment par le 16 mm, et une bande-originale de Mica Levi intéressante. 

Jackie : Photo Natalie Portman


T2 Trainspotting 2

réalisé par Danny Boyle

avec Ewan McGregor, Ewen Bremner, Jonny Lee Miller, Robert Carlyle, Anjela Nedyalkova, Irvine Welsh, Kelly Macdonald, Shirley Henderson…

comédie dramatique britannique. 1h57. 2017.

sortie française : 1 mars 2017

D’abord, une bonne occasion s’est présentée. Puis vint la trahison.
Vingt ans plus tard, certaines choses ont changé, d’autres non.
Mark Renton revient au seul endroit qu’il ait jamais considéré comme son foyer.
Spud, Sick Boy et Begbie l’attendent.
Mais d’autres vieilles connaissances le guettent elles aussi : la tristesse, le deuil, la joie, la vengeance, la haine, l’amitié, le désir, la peur, les regrets, l’héroïne, l’autodestruction, le danger et la mort. Toutes sont là pour l’accueillir, prêtes à entrer dans la danse…

T2 Trainspotting : Photo Ewan McGregor, Ewen Bremner, Jonny Lee Miller, Robert Carlyle

Cette suite du film culte n’a failli jamais voir le jour à cause d’une dispute entre Danny Boyle et Ewan McGregor (Boyle avait préféré choisir Leonardo DiCaprio à la place de McGregor pour La Plage, ce dernier lui en a voulu) qui se sont réconciliés très récemment. A l’origine, un deuxième film était logique puisque le roman Trainspotting d’Irvine Welsh (de nouveau présent dans le casting dans le rôle d’un dealer) était lui-même suivi d’une suite intitulée Porno. Cela dit, ce T2 Trainspotting se base sur un scénario original et non sur la fameuse suite écrite par Welsh. Si j’adore toujours autant le film des années 1990, ce retour des junkies écossais m’a énormément déçue. Le premier volet était d’une énergie pimpante, celui-ci est d’une mollesse exaspérante. Certes, les personnages ont vieilli (et ce thème est donc omniprésent dans ce volet) mais cela n’excuse pas non plus tout. En clair, je me contrefichais totalement du devenir de Rent et sa bande. Seul Spud (incarné par le sous-estimé et mal employé Ewen Bremner) est celui qui suscite un peu d’intérêt. Danny Boyle est tombé dans le piège de la nostalgie à outrance (en nous faisant trop de rappels au premier, en mode « ahhhhh le bon vieux temps » comme un grand-père), celle qui n’est pas tendre mais qui agace. Le style de Boyle est connu pour être clinquant : s’il a été bénéfique pour certains de ses films dont justement Trainspotting, il l’est beaucoup moins ici. Trainspotting est certes un film tape-à-l’oeil (cela ressemble à une insulte mais ce n’est pas le cas) mais l’esthétique était cohérente avec les années 1990 et tout son discours sur cette époque par rapport à une jeunesse écossaise complètement paumée. Ici, le style habituel de Boyle paraît inadapté par rapport aux années 2010 : par conséquent, la mise en scène paraît plus ringarde qu’autre chose. Surtout, le véritable problème de ce T2 Trainspotting est son scénario : en dehors de ces quelques pseudo moments rétrospectifs pas intéressants pour un sou, ce scénario ne raconte finalement pas grand-chose une fois les retrouvailles passées : on s’en fout complètement de ce qui peut se passer en terme d’intrigue. En fait, j’ai eu la sensation de voir une succession de scènes qui ne parvenaient pas à être cohérentes entre elles. Même les choix musicaux, qui avaient aussi participé au succès du premier opus, ne sont pas pertinents : on ne se souvient même pas d’un extrait musical même une minute après son passage. Bref, quel immense gâchis !

T2 Trainspotting : Photo Ewen Bremner

Silence

réalisé par Martin Scorsese

avec Andrew Garfield, Adam Driver, Liam Neeson, Ciaran Hinds, Tadanobu Asano, Yoshi Oida, Yosuke Kubozuka…

Drame historique. 2h42. 2016.

sortie française : 8 février 2017

XVIIème siècle, deux prêtres jésuites se rendent au Japon pour retrouver leur mentor, le père Ferreira, disparu alors qu’il tentait de répandre les enseignements du catholicisme. Au terme d’un dangereux voyage, ils découvrent un pays où le christianisme est décrété illégal et ses fidèles persécutés. Ils devront mener dans la clandestinité cette quête périlleuse qui confrontera leur foi aux pires épreuves.

Silence : Photo Andrew Garfield, Shinya Tsukamoto

Quand on évoque Scorsese viennent automatiquement en tête ses films de mafia. Cela est pourtant bien réducteur de le limiter à cela même si ce milieu reste emblématique chez lui. La filmographie du réalisateur de Casino est en réalité très riche évoquant divers univers et genres. La religion est un thème récurrent dans le travail de Scorsese (même justement dans ses fameux films de mafia), que ce soit en arrière-fond ou justement en place dominante, comme dans La Dernière Tentation du Christ (qui avait suscité une énorme polémique) et Kundun. Je ne vais pas vous mentir : malgré le respect que j’ai pour ces deux films qui ont de réelles qualités, ce sont les deux films que j’aime le moins chez Scorsese. Je craignais de voir Silence, adaptation du roman du même nom écrit par Shūsaku Endō (1966), un écrivain japonais catholique. A noter au passage que ce roman avait déjà connu une adaptation en 1971 par Masahiro Shinoda. L’histoire du roman est elle-même inspirée de faits historiques. Le vrai personnage était un Italien qui s’appelait Giuseppe Cara, devenu alors dans le récit d’Endo un Portugais se nommant Rodrigues (il a alors la même nationalité que son mentor, le père Ferreira). Bref, malgré tout l’amour que j’ai pour papi Marty, j’avais peur de la longueur de son dernier long-métrage, de sa lenteur et du sujet. Hélas pour ma part, mes craintes étaient fondées. Attention, je ne dis pas que c’est un mauvais film. Je ne nuance pas mon propos parce que j’adore Scorsese. Non, Silence a réellement des qualités évidentes. Le travail technique est par exemple remarquable. Le film, tourné en 35 mm, possède indéniablement une mise en scène soignée, une photographie remarquable, des cadres précis, une lumière naturelle magnifique (même si paradoxalement elle traduit aussi une certaine tristesse). L’esthétique générale du film permet alors aux spectateurs de mieux cerner et s’approprier l’atmosphère, le lieu (un Japon féodal boueux) et le contexte de l’époque, déjà assez riches. Il est également certain que chacun s’est investi dans ce projet qui tenait à coeur à Scorsese (il rêvait de l’adapter depuis trente ans). Le réalisateur ne s’est pas versé de salaire et les acteurs principaux ont également accepté d’être moins payés que prévu. Les acteurs, justement, qui ont beaucoup donné pour préparer leurs rôles, sont excellents. Récemment épatant dans Hacksaw Ridge (Tu ne tueras point), Andrew Garfield prouve de nouveau qu’il fait partie des meilleurs acteurs de sa génération. Adam Driver l’épaule merveilleusement bien. Quant à Liam Neeson, même s’il n’apparaît qu’une petite dizaine de minutes durant la seconde partie (ce qui est frustrant dans un sens), cela fait réellement du bien de le revoir dans ce type de projet et dans des rôles qui ont du sens (parce que ses gros films bourrins inutiles, j’en peux plus).

Silence : Photo Liam Neeson

Je n’ai pourtant aucun problème avec les films ayant pour thématique la religion, loin de là. Et j’avoue ne pas savoir pourquoi j’ai du mal chez Scorsese lorsqu’il aborde ce sujet pourtant passionnant. A chaque fois, comme pour Kundun et La Dernière Tentation du Christ, j’ai toujours l’impression d’être à côté de l’histoire, de manquer même de sensibilité pour apprécier réellement l’oeuvre. Je me doutais bien que le film serait doté d’une certaine lenteur. Cela ne me dérange pas à l’origine car la lenteur est justifiée par rapport justement au contexte historique, à la question autour de la spiritualité qui entraîne l’errance aussi bien psychologique que physique. Il est certain qu’il fallait ce temps pour installer le récit. De plus, on sait très bien où on met les pieds en s’attaquant à un tel film. Mais la première partie m’a paru vraiment longue. La lenteur n’est pas automatiquement synonyme d’ennui quand l’histoire happe le spectateur ou quand ce dernier est fasciné par les images qui lui procurent quelque chose. Le travail esthétique et de mise en scène a beau être de qualité, il ne parvient hélas pas à réellement captiver. On a parfois l’impression que c’est lent juste parce qu’il faut que ce soit lent, pour répondre à cette fameuse charge attendue par rapport à ce qu’on imagine du sujet abordé. J’aurais sincèrement voulu En revanche, la seconde partie m’a davantage captivée. On voit enfin où Scorsese veut venir, la dimension tragique s’installe pour de bon, certaines scènes sont puissantes, la fin est même bouleversante. Mais j’ai finalement l’impression que cette émotion, en retenue, arrive un peu trop tard, comme si le rythme et plus généralement le temps n’avaient pas été très bien gérés. Même si j’aurais voulu être plus happée par cette proposition cinématographique (et croyez-moi, cela me rend triste, surtout face à un projet aussi personnel de la part de Scorsese), il faudrait être de mauvaise foi (oui j’ai osé ce jeu de mots) pour nier les qualités de Silence : il s’agit d’une oeuvre pertinente sur la figure de l’homme, tiraillé entre sa foi et sa condition d’humain avec ses failles, ces dernières l’entraînant à souffrir et à se déchirer pour Dieu terriblement silencieux.

 Silence : Photo Adam Driver, Andrew Garfield

American Honey / Monsieur et Madame Adelman

American Honey

réalisé par Andrea Arnold

avec Sasha Lane, Shia LaBeouf, Riley Keough…

Drame américain, britannique. 2h43. 2016.

sortie française : 8 février 2017

Star, 17 ans, croise le chemin de Jake et sa bande. Sillonant le midwest à bord d’un van, ils vivent de vente en porte à porte. En rupture totale avec sa famille, elle s’embarque dans l’aventure. Ce roadtrip, ponctué de rencontres, fêtes et arnaques lui apporte ce qu’elle cherche depuis toujours: la liberté ! Jusqu’à ce qu’elle tombe amoureuse de Jake, aussi charismatique que dangereux…

American Honey : Photo Sasha Lane, Shia LaBeouf

American Honey, récompensé par le prix du jury au festival de Cannes (le troisième même prix de la carrière de la réalisatrice britannique Andrea Arnold après Red Road et Fish Tank), est un film sur une jeunesse paumée qui m’a laissée perplexe. Je lui reconnais des qualités mais qui sont aussi des choses qui m’ont aussi gênée. Par exemple, la durée, c’est-à-dire pratiquement 2h45. D’un côté, je ne me suis pas ennuyée alors que je m’y attendais (et c’est principalement pour cette raison que je n’ai pas voulu me déplacer dans les salles) et je comprends la démarche de la réalisatrice : la longueur permet certainement de mieux représenter littéralement l’errance juvénile (déjà représentée par la forme même du film : le road movie). Les répétitions, cette lassitude de cette vie de nomade (les jeunes vivent d’hôtels en hôtels en se faisant passer pour des vendeurs de magazines) semblent être volontaires. Cela dit, au bout d’un moment, ces choix finissent par ne plus être aussi pertinents que prévu. Je suis certaine qu’on aurait pu garder cette idée d’errance notamment par la longueur sans étirer à tout prix la durée excessive et selon moi pas très justifiée par rapport à ce que la réalisatrice nous narre. Concernant le scénario, là encore je suis partagée. L’histoire en elle-même est crédible, la réalisatrice s’est bien renseignée et documentée sur son sujet et j’ai tendance à aimer les films au style réaliste : on est d’ailleurs parfois proche du « documentaire », la caméra étant très proche des acteurs et la lumière naturelle prenant souvent place dans le cadre. Mais finalement, et encore une fois, mon reproche est certainement lié à la durée. rien ne m’a réellement surprise dans le déroulement de l’histoire. Evidemment, Andrea Arnold expose des enchaînements narratifs logiques, on ne peut pas lui faire tous les reproches du monde, mais j’ai trouvé tous les événements très attendus. Reste tout de même des décors magnifiquement bien filmés, le tout sur une bande-originale bien choisie et qui a du sens par rapport aux différentes scènes. De plus le casting est parfait. La débutante Sasha Lane est fascinante de spontanéité, Shia Labeouf prouve également qu’il peut être excellent quand il est bien dirigé dans des films intéressants ou encore Riley Keough (même si j’ai du mal à comprendre comment un personnage aussi jeune qu’elle puisse avoir autant de pouvoir sur des jeunes de son âge) est remarquable. A noter aussi de très bonnes interprétations de la part du reste de la troupe, pratiquement tous des non-professionnels.

American Honey : Photo Riley Keough, Shia LaBeouf


Monsieur et Madame Adelman

réalisé par Nicolas Bedos

avec Doria Tillier, Nicolas Bedos, Antoine Gouy, Denis Podalydès, Christiane Millet, Pierre Arditi, Zabou Breitman, Julien Boisselier…

Comédie dramatique française. 2h. 2016.

sortie française : 8 mars 2017

Comment Sarah et Victor ont-ils fait pour se supporter pendant plus de 45 ans ? Qui était vraiment cette femme énigmatique vivant dans l’ombre de son mari ?
Amour et ambition, trahisons et secrets nourrissent cette odyssée d’un couple hors du commun, traversant avec nous petite et grande histoire du dernier siècle.

Monsieur & Madame Adelman : Photo Doria Tillier, Nicolas Bedos

On connait davantage Nicolas Bedos le personnage public télé imbuvable que l’artiste (chroniqueur aussi dans la presse, dramaturge, écrivain, scénariste et acteur). Bedos passe désormais derrière la caméra avec Monsieur et Madame Adelman. Il a co-écrit le scénario avec Doria Tillier, connue pour avoir été une des Miss Météo dans l’émission de Canal + Le Grand Journal. Les deux, apparemment toujours en couple (information certes people mais qui peut être intéressante si on la lie au contenu du film), se sont également attribués les rôles principaux (les fameux Adelman du titre). Ainsi, Bedos et Tillier nous présentent l’histoire d’amour avec ses hauts et ses bas (surtout ses bas) d’un couple sur 45 ans. Victor, qui a emprunté le nom de sa femme dans le cadre de sa profession (« plus juif » parce que ça fait « plus Philip Roth » selon lui), est un écrivain qui galère quand il rencontre Sarah. Mais Sarah a fait des études de lettres à la Sorbonne : c’est elle qui va l’aider à mieux écrire ses romans, à lui donner des suggestions pertinentes notamment pour ses tournures de phrases etc… Au-delà d’un regard assez sombre et touchant sur les relations amoureuses face au temps à partir d’une fresque parfois parodiée avec un humour noir décapant et surprenant (les relations sexuelles sont complètement nulles, la fille des Adelman est insupportable, le fils est un handicapé mental rejeté par le couple Adelman pour son handicap justement !), Monsieur et Madame Adelman interroge intelligemment également sur les rapports entre l’écrivain et sa muse, et sur la femme de l’ombre laissant place au mari artiste. Le film, qui propose un twist plutôt saisissant, est également convaincant dans ses scènes mélancoliques. Cela dit, en dehors de ses moments justement assez cyniques qui prouvent justement que Bedos et Tillier sont capables de jouer avec les codes, on n’échappe pas totalement quelques clichés habituels hystériques. J’avoue avoir eu peur de revoir Mon Roi. Pour sa première réalisation, Bedos s’en sort en tout cas remarquablement bien. Mais c’est surtout l’écriture qui surprend davantage. Les interprétations sont également solides. Bedos et Tillier, qui se fondent merveilleusement dans les différents costumes (on sent que le déguisement les éclate : justement, le projet de ce film est né suite à leur amour pour se déguiser et l’improvisation), le tout dans des décors soignés, sont excellents même si Tillier a tendance à piquer la vedette à son partenaire. Ils ont également su communiquer leur évidente complicité à l’écran. Monsieur et Madame Adelman n’est peut-être pas le grand film qu’il aurait pu être, il lui manque ce quelque chose pour qu’on y adhère totalement mais il reste plutôt pertinent et on a bien envie de voir d’autres projets cinématographiques de Tillier et Bedos.

Monsieur & Madame Adelman : Photo Doria Tillier, Nicolas Bedos

Okja

réalisé par Bong Joon-ho

avec Ahn Seo-Hyun, Tilda Swinton, Paul Dano, Jake Gyllenhaal, Steven Yeun, Lily Collins, Shirley Henderson, Daniel Henshall, Devon Bostick, Giancarlo Esposito, Choi Woo-sik…

Drame, science-fiction, aventure sud-coréen, américain. 1h58. 2017.

sortie française (Netflix) : 28 juin 2017

Pendant dix années idylliques, la jeune Mija s’est occupée sans relâche d’Okja, un énorme animal au grand cœur, auquel elle a tenu compagnie au beau milieu des montagnes de Corée du Sud. Mais la situation évolue quand une multinationale familiale capture Okja et transporte l’animal jusqu’à New York où Lucy Mirando, la directrice narcissique et égocentrique de l’entreprise, a de grands projets pour le cher ami de la jeune fille.

Sans tactique particulière, mais fixée sur son objectif, Mija se lance dans une véritable mission de sauvetage. Son périple éreintant se complique lorsqu’elle croise la route de différents groupes de capitalistes, démonstrateurs et consommateurs déterminés à s’emparer du destin d’Okja, tandis que la jeune Mija tente de ramener son ami en Corée.

Okja : Photo Seo-Hyun Ahn, Tilda Swinton

Okja a fait beaucoup de bruit pendant son passage à Cannes en mai dernier : un film Netflix, qui n’est donc pas diffusé dans une salle de cinéma, peut-il prétendre à la Palme d’or ? Une autre polémique lui a succédé : quelques cinémas devaient tout de même le projeter très exceptionnellement. Mais un directeur de cinéma a incité les spectateurs au boycott et certains cinémas ont fini par se désister. Ce débat interroge en tout cas sur l’évolution du cinéma en terme de réception chez les spectateurs. Surtout, ce débat sous-entend qu’un film qui passe désormais uniquement par ce type de service ne serait pas du vrai cinéma. Or, si on aurait aimé une véritable projection au cinéma, Okja n’a rien d’un faux film ou de film de télévision (comme on a pu plus ou moins l’entendre) : il s’agit même d’un vrai bon film. Certes, pour moi, pas le meilleur de Bong Joon-ho (qui a le mérite de n’avoir jamais fait de faux-pas dans sa carrière), un de mes réalisateurs préférés. Commençons alors par les petites choses qui m’ont dérangée, au moins c’est fait : selon moi, la démonstration du réalisateur pour aborder son sujet est parfois bien trop appuyée. On a connu Bong Joon-ho plus subtil de ce côté-là. Certes, le réalisateur a toujours aimé intégrer des éléments loufoques dans des situations bien graves (en particulier dans The Host et Barking Dogs Never Bite) et j’ai même envie de dire que ce type de combinaisons est assez courant dans la nouvelle vague coréenne. Okja a même un aspect cartoonesque, notamment à travers les réactions et même l’aspect physique des personnages. Même son humour en prend donc un léger coup en devenant par moments très lourds (notamment avec les pets et excréments d’Okja). On pourra toujours dire que Bong Joon-ho a voulu offrir un spectacle davantage plus « familial » (le mot n’étant pas une insulte) à la Miyazaki d’où ces traits d’humour un peu trop lourds. Concernant le manque de subtilité, j’ai aussi eu un petit problème avec une scène qui semble avoir marqué beaucoup de spectateurs : celle avec tous les super-cochons dans un enclos prêts à aller à l’abattoir. On établit rapidement un parallèle évident avec les camps de concentration. On peut voir où le réalisateur veut en venir : les animaux restent des êtres vivants dotés de sensibilité. On peut même y percevoir une sorte d’inversement : ne reproduisez pas le mal qu’on a pu faire par le passé aux humains sur les animaux. Cela dit, j’ai tout de même trouvé ce parallèle non seulement grossier mais « limite » pour les personnes qui ont vécu l’horreur dans les camps de concentration.

Okja : Photo Jake Gyllenhaal

En dehors de ces quelques remarques, l’ensemble reste une belle réussite aussi bien techniquement qu’émotionnellement, sachant bien exploitant son sujet de fond. Okja est un film important parce qu’il est nécessaire et surtout de son temps. Chaque individu, chaque spectateur donc est de plus en plus confronté à cette question de l’alimentation animale et non animale. Et ces questions autour de la cause animale sont plutôt bien amenées, en confrontant deux points de vue extrêmes. D’un côté, on dénonce ceux qui exploitent les animaux, que ce soit les soeurs Mirando (incarnées par une Tilda Swinton toujours étonnante dans des rôles à métamorphose) – gérantes de la multinationale agro-alimentaire (le nom fait forcément penser à Monsato) ou encore Johnny Wilcox (interprété par Jake Gyllenhaal qui en fait des tonnes) qui préfère la gloire à la cause animale. De l’autre, les défenseurs extrémistes ne sont pas épargnés. Paul Dano est par ailleurs très convaincant dans le rôle de ce leader charismatique, a priori très calme, mais qui peut aussi exploser et surtout qui ne se préoccupe pas tant que ça du bien-être des animaux (même si la démarche peut être sincère de son point de vue) : Okja doit encore souffrir avant son sauvetage forcément médiatique pour le bien des autres super-cochons victimes de Mirando. Par ailleurs, aucun personnage n’est vraiment tout blanc, même pas la petite Mija dont la quête reste égoïste et qui ne réagira même pas pour libérer les autres Okja qu’elle croise sur sa route. Okja est un film imparfait mais qui a pourtant su me séduire. Il prouve qu’on est encore capable de produire des oeuvres divertissantes pour un large public sans être lisse et impersonnelle, ni toute « mignonne » alors que le film peut aussi être vue par de jeunes spectateurs. Tout en proposant des scènes d’action efficaces, Okja est un fable politique intense, émouvant sans être larmoyant et même paradoxalement terriblement « humain ». Le message a beau manquer de subtilité, il passe pourtant merveilleusement : il aura certainement de l’impact pour un grand nombre de spectateurs par la pertinence même de son propos. La noirceur de certaines scènes et même du propos permettent de fermer sur ses aspects cartoonesques qui auraient pu être amenés dans le récit. Okja entre alors dans la continuité de la filmographie de Bong Joon-ho : les monstres ne désignent pas les créatures créées par l’homme, ce sont surtout les hommes qui le sont.

 

Okja : Photo Paul Dano, Steven Yeun

Baby Driver

réalisé par Edgar Wright

avec Ansel Elgort, Kevin Spacey, Lily James, Eiza Gonzalez, Jon Hamm, Jamie Foxx, Jon Bernthal…

Film d’action, thriller, policier musical américain, britannique. 1h53. 2017.

sortie française : 19 juillet 2017

Chauffeur pour des braqueurs de banque, Baby a un truc pour être le meilleur dans sa partie : il roule au rythme de sa propre playlist. Lorsqu’il rencontre la fille de ses rêves, Baby cherche à mettre fin à ses activités criminelles pour revenir dans le droit chemin. Mais il est forcé de travailler pour un grand patron du crime et le braquage tourne mal… Désormais, sa liberté, son avenir avec la fille qu’il aime et sa vie sont en jeu.

Baby Driver : Photo Ansel Elgort

Impossible de passer à côté du phénomène Baby Driver, le film « le plus cool de l’été » selon la presse et les internautes. Je ne suis pas allée voir ce film que pour être dans la hype : j’aime beaucoup le travail d’Edgar Wright, le créateur et réalisateur de la sitcom Spaced / Les Allumés. Surtout, je suis une grande fan absolue de la trilogie Cornetto (Shaun of the Dead, Hot Fuzz, Le Dernier Pub avant la Fin du Monde), co-écrite (et interprétée) par les excellents Simon Pegg et Nick Frost (déjà sur le coup sur Spaced). Cela dit, si j’aime beaucoup le travail du trio, je reste davantage plus sceptique aux projets solo de Wright. Je sais que son Scott Pilgrim vs The World est un film culte (certains diront même qu’il s’agit du meilleur film du réalisateur) mais personnellement, même si je lui reconnais des qualités et trouve l’ensemble plaisant, je n’ai jamais compris le fort enthousiasme autour. Et j’avais peur que ce soit aussi le cas avec ce Baby Driver. Si ce Baby Driver m’a un peu plus emballée que Scott Pilgrim, je rencontre finalement des problèmes similaires. Je vais commencer par les points positifs. Tout d’abord, même si je lui reproche quelques longueurs, il s’agit d’un divertissement efficace, bien rythmé, qui ne m’a pas ennuyée. Il faut dire que la scène d’introduction sait donner le ton : on va être dans un film d’action / de braquage musical. Un concept à part et totalement assumé par le réalisateur. A l’origine, je ne suis pas spécialement une grande spécialiste ni une grande fan des scènes de course-poursuite et de fusillade (cela ne m’empêche évidemment pas d’aimer certains grands films) mais j’ai pourtant trouvé les scènes en question très réussies. La mise en scène est indéniablement remarquable et dynamique. Wright a du talent et de l’ambition, ça se voit à l’écran et ça fait même parfois plaisir à voir ! En revanche, le concept de film de braquage / d’action musical est certes ambitieux mais il a finalement aussi ses limites. J’ai évidemment apprécié certaines séquences musicales, bien chorégraphiées, en imaginant que les choix des titres ont été sélectionnés avec précaution. Certes, la musique dans un film à concept musical est essentielle. Mais au bout d’un moment, cette bande-originale a fini par me gaver. Je veux bien admettre que cette musique en surdose permet aux spectateurs de se mettre dans la peau de Baby : le jeune homme a des acouphènes en permanence suite à un accident de voiture survenu durant son enfance, du coup il écoute sans cesse de la musique pour couvrir son insupportable bruit dans ses oreilles.

Baby Driver : Photo Ansel Elgort, Eiza Gonzalez, Jamie Foxx, Jon Hamm

Sa vie est devenue littéralement une comédie musicale en permanence pour surmonter un handicap. Cela dit, cette musique en permanence est très mal dosée : on a sans cesse l’impression que Wright nous colle dans son film sa playlist idéale (certes très sympathique au passage) ! On tombe aussi hélas dans la caricature de l’amour de la pop culture à outrance (c’est hélas de plus en plus le cas au cinéma ces derniers temps et je suis en train de saturer) : chaque scène est forcément un clin d’oeil à une oeuvre artistique (rien que le titre et l’histoire en elle-même font référence à The Driver de Waler Hill et Taxi Driver de Martin Scorsese). Je n’ai rien contre les références, même très assumées (la preuve, j’adore Tarantino), elles peuvent nourrir une oeuvre, lui donner du sens, mais cela me dérange quand j’ai l’impression qu’elles finissent par manger le film et qu’elles échappent à son créateur. Pour le scénario, je suis vraiment partagée. Je ne dis pas qu’il est foncièrement mauvais. L’histoire tient à peu près debout (dans le sens où on y croit pendant la séance) même s’il y a évidemment quand même certaines choses grossières ou pas toujours crédibles. Par exemple, Baby tombe dans le braquage parce qu’il faisait des conneries gosse et qu’il a toujours été un formidable conducteur : cela serait très invraisemblable dans la vraie vie mais dans le film, même si l’histoire de Baby n’est pas banale, ça passe étonnamment bien. En revanche, d’autres faits ne semblent pas crédibles et gâchent parfois tout ce qui a été mis en place : par exemple, on a du mal à croire que le boss incarné par Kevin Spacey tolère le comportement intolérable de Jamie Foxx en taré de service incapable ou encore toujours ce même Spacey change d’avis (lors de son dernier échange avec Baby) comme il changerait de culotte. Mais surtout, ce que je regrette le plus, c’est que ce scénario en question manque d’épaisseur. Le pire, c’est que je ne suis pas sûre que Wright en ait tellement conscience. On sent qu’il a voulu créer une sorte de psychologie des personnages, notamment avec le traumatisme d’enfance de Baby et sa relation avec Debora, qui lui rappelle sa mère (et qui me rappelle Shelly dans Twin Peaks). Certes, le personnage de Baby est tout mignon, il est attachant même s’il est très (et limite trop) lisse (je ne remets pourtant pas en cause Ansel Elgort qui m’inspire beaucoup de sympathie) mais cette histoire créée autour de lui m’a paru creuse et facile.

Baby Driver : Photo Ansel Elgort, Lily James

On a l’impression que Wright nous envoie un message subliminal si surligné du style : « les gars, mon film est TRES COOL comme Fonzy mais il n’est pas non plus vide, REGARDEZ, MON PERSONNAGE IL SOUFFRE, IL A UN PASSE ». Je ne dis pas que je cherchais un film profond en allant voir Baby Driver, je ne cherche pas à tout intellectualiser. Mais la forme (avec la musique, les références, le fameux côté « cool ») est tellement présente, très appuyée et travaillée qu’elle finit par bouffer le reste et on a ce sentiment d’avoir vu un film certes plaisant mais qui cache justement ses maladresses avec cette surcharge formelle. C’est pour cela que je trouve l’absence de Pegg et Frost déplaisante quitte à jouer les nostalgiques de service. Wright a selon moi encore du mal à s’en sortir seul dans l’écriture : certes, les films en collaboration avec Pegg et Frost ne sont pas d’une profondeur à la Bergman, n’exagérons rien non plus. Cela dit, même si l’équipe jouait très fortement avec des codes cinématographiques et de la pop culture et des répliques très bien senties, je n’avais pas le sentiment que le fond et les personnages principaux étaient délaissés et cernés par la forme justement, je ne me suis jamais dit que leurs films étaient marrants mais creux : bref, je trouvais qu’il y avait un bon compromis entre un certain nombre d’éléments. Dans le cas de Baby Driver, je reste dubitative : oui, c’est plutôt un bon divertissement mais il manque de consistance. On ne dépasse pas plus que ça l’exercice de style. Tout le monde crie déjà au film culte mais pour ma part, hélas, je sais qu’il ne va pas me marquer plus que cela, comme ce fut déjà le cas avec Scott Pilgrim. Concernant le casting et les personnages, là encore, il y a du bon et du moins bon. En fait, concrètement, les acteurs sont tous bons (même si Jamie Foxx cabotine mais ça passe bien par rapport au personnage). Cela dit, Ansel Elgort est si lisse et incarne un personnage qui l’est aussi tout (on imagine que cet aspect-là est volontairement mis en avant) autant qu’il ne s’impose pas face à ses partenaires si charismatiques. Je regrette aussi que Lily James qui ne m’a pourtant pas laissée indifférente n’ait pas un personnage plus développé : elle finit par ne servir que de faire-valoir au personnage principal.

Baby Driver : Photo Eiza Gonzalez, Jon Hamm

The Circle

réalisé par James Ponsoldt

avec Emma Watson, Tom Hanks, John Boyega, Karen Gillan, Ellar Coltrane, Patton Oswalt, Bill Paxton, Glenne Headly…

Thriller, science-fiction, drame américain, émirati. 1h50. 2017.

sortie française : 12 juillet 2017

Les Etats-Unis, dans un futur proche. Mae est engagée chez The Circle, le groupe de nouvelles technologies et de médias sociaux le plus puissant au monde. Pour elle, c’est une opportunité en or ! Tandis qu’elle prend de plus en plus de responsabilités, le fondateur de l’entreprise, Eamon Bailey, l’encourage à participer à une expérience révolutionnaire qui bouscule les limites de la vie privée, de l’éthique et des libertés individuelles. Désormais, les choix que fait Mae dans le cadre de cette expérience impactent l’avenir de ses amis, de ses proches et de l’humanité tout entière…

The Circle : Photo Emma Watson

Depuis quelques années, les romans dystopiques passent pratiquement tous par la case « adaptation cinématographiques ». Celui de Dave Eggers (pour la petite anecdote, il est également le co-scénariste de Away We Go, réalisé par Sam Mendes), Le Cercle. Je suis allée voir ce film complètement par hasard, je n’avais pas spécialement prévu de le découvrir, j’ai juste accompagné quelqu’un. Je savais à peine de quoi ça parlait : j’avais juste constaté sur les réseaux sociaux un accueil assez mitigé. Peut-être parce que je ne m’attendais à rien que j’ai finalement bien apprécié The Circle. Certes, il s’agit d’un film imparfait et certainement rapidement oubliable. Parmi les défauts les plus notables, le début est un peu long à se mettre en place. On pourra également toujours clamer son manque d’originalité : n’a-t-on pas déjà vu mille fois ces films reprenant le même schéma que 1984 de George Orwell ? Je n’ai jamais regardé Black Mirror mais les fans de la série semblent avoir fait des rapprochements entre les deux oeuvres. Bref, effectivement, nous n’apprendrons rien de bien nouveau dans The Circle : oui, la technologie à outrance bouffe nos vies privées qui ne sont de toute façon plus privées et ces données en question permettront aux hautes instances de manipuler le peuple. Cela dit, même si le sujet n’a donc rien de révolutionnaire, j’ai tout de même été prise dans l’histoire. On ne peut pas s’empêcher de se dire que le film n’est pas si futuriste que ça. Comment ne pas penser aux youtubeurs quand Mae se filme H24 et partage absolument toute sa vie (pas toujours intéressante) ? Comment ne pas y voir un énorme clin d’oeil à Steve Jobs qui faisait ses shows lorsqu’il présentait un nouveau produit ? Google et Facebook sont aussi clairement évoqués. Beaucoup de spectateurs verront les références (placées sans aucune subtilité) : le film a le mérite d’être accessible mais sans tomber dans le film pour adolescents (parce que je m’attendais à ça vu la vague de young adult adaptées). La mise en scène n’est pas exceptionnelle mais elle reste tout à fait efficace. Le résultat m’a encore plus étonnée en sachant que c’était James Ponsoldt derrière la caméra. Evidemment, je préférais quand il signait des films indépendants personnels et subtils comme par exemple The Spectacular Now (avec Miles Teller et Shailene Woodley) ou encore Smashed (avec Mary Elizabeth Winstead et Aaron Paul). Evidemment que cette réalisation pour The Circle est moins personnelle, on sent beaucoup moins sa patte. Cela dit, pour une grosse machine, il ne s’en sort pas si mal que ça.

The Circle : Photo Tom Hanks

Cela dit, son accessibilité joue à The Circle certains tours : l’ensemble manque alors de subtilité, les explications peuvent sembler grossières. Par contre, contrairement à ce que reprochent certaines critiques, le personnage de Mae est intéressant (j’aime jouer les avocates du diable). Il ne s’agit que d’un ressenti personnel en sachant que je n’ai pas lu le roman donc je ne connais pas les intentions d’origine de l’auteur. Je suis persuadée que des spectateurs s’attendaient à un personnage dans la même veine qu’une Katniss. Attention spoilers : Or, Mae m’a paru complexe et surtout son traitement n’a rien de manichéen. Mae est une jeune femme intelligente mais qui, malgré l’amour que ses parents lui portent et deux amis importants, se sent assez seule. Elle a un cerveau, elle voit bien que certaines choses clochent dans l’entreprise, on la prévient même de ce qui se passe en privé et se rend bien compte que la situation est anormale. Mae est autant un personnage manipulée / manipulable qu’un personnage qui manipule elle-même les autres pour son propre intérêt (ne plus être seule et savourer le pouvoir via la technologie). Elle atterrit dans cette entreprise et monte les échelons par hasard mais finit par prendre le dessus et profiter de la situation pour son propre intérêt. Elle contribue complètement au système qui pourtant lui fait du mal. Je ne suis donc pas d’accord (mais il ne s’agit vraiment que de mon ressenti) concernant la fin qui m’a paru logique. Et je trouve que le traitement de Mae rend le film certes imparfait un peu plus intéressant que prévu. J’aime beaucoup Watson en tant que jeune femme (je ne m’en cache pas) mais en tant qu’actrice je ne suis pas toujours convaincue par ses prestations mais là je trouve qu’elle s’en sort bien surtout que son rôle n’est pas si simple contrairement à ce qu’on pourrait croire. Tom Hanks est également très convaincant dans le rôle de ce PDG star a priori cool et même généreux en public (en même temps, je n’ai jamais vu Hanks mal jouer). Cela dit, il est regrettable que son personnage ne soit pas plus développé tout comme celui tenu par John Boyega (je ne pensais pas qu’il serait autant absent). Dans les seconds rôles, Ellar Coltrane (et oui, il s’agit du gamin de Boyhood de Richard Linklater) et Karen Gillan s’en sortent également pas trop mal. The Circle n’a donc rien de révolutionnaire (et je ne crois pas qu’il avait cette prétention), il a ses défauts, il ne nous apprendra également rien sur son sujet mais reste tout à fait correct et crédible par rapport à ce qu’on attend éventuellement de ce type de production.

The Circle : Photo

L’Attaque des Donuts Tueurs / Alibi.com

réalisé par Scott Wheeler

avec Justin Ray, Kayla Compton, Michael Swan…

titre original : Attack of the Killer Donuts

sortie française (VOD) : 9 avril 2017

Un incident scientifique transforme d’innocents Donuts en tueurs assoiffés de sang. Le sort de leur paisible petite ville dépend à présent de Johnny, Michelle et Howard.

L'Attaque des donuts tueurs : Photo Justin Ray, Kayla Compton

Il est toujours difficile de « noter » un nanar : peut-on les mettre au même niveau que des films « normaux » et traditionnels ? Peut-on moralement attribuer une meilleure note à des nanars qu’à des films qui devraient être bons sur le papier ? Il faut donc prendre ma note avec certaines pincettes, en se mettant en tête que ce genre de films reste à part. Je ne connais pas nécessairement tous les nanars possibles mais je sais faire la différence entre le nanar volontaire et assumé (le délirant Zombeavers) et l’involontaire (le magique The Room de Tommy Wiseau). L’Attaque des Donuts Tueurs entre dans la première catégorie : le spectateur sait parfaitement à quoi s’attendre (rien que le titre est un bon indicateur ou alors le spectateur en question est juste à côté de la plaque). Oui, on sait très bien que le scénario ne va pas voler très haut, les effets spéciaux vont être cheap, les personnages auront des réactions débiles et ça ne va même pas faire peur. Les choix exagérés, décalés ou même carrément stupides sont donc totalement assumés par le réalisateur. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si le film a été présenté au festival de l’Alpe d’Huez : il s’agit avant tout d’une comédie potache parodiant grossièrement le cinéma d’horreur. On retrouve alors volontairement beaucoup de clichés ou images : la blonde aux gros seins bête et méchante, les trois mecs pseudo rappeurs également stupides, le patron à moumoute (ai-je encore besoin de préciser que cet homme est également complètement con ?), le scientifique qui fait n’importe quoi ou le méchant concurrent de la boutique de luxe de donuts, vegan, bio et compagnie. Evidemment le long-métrage n’est pas toujours à une contradiction près et a certainement des défauts qui ne sont pas toujours volontaires ou liés au grand délire général (et il faut avouer que c’est parfois difficile de distinguer le bon et le mauvais à cause de son statut de nanar assumé). En effet, certains dialogues semblent interminables, les acteurs surjouent ou encore les donuts sont déjà garnis, colorés et décorés en sortant directement de la friteuse (et je ne commente évidemment les effets spéciaux, ça va de soi qu’ils sont pourris) ! Comme dans Zombeavers, L’attaque des tueurs donuts est un bon plaisir coupable, qui assume sa crétinerie et qui est drôle dans son genre même si son humour ne plaira certainement pas à tout le monde. J’ai même envie de dire qu’il est étonnamment créatif en dépit de son manque de moyens. Mais justement, dans un sens, j’aurais voulu que ce délire aille encore plus loin, que le réalisateur exploite encore plus le potentiel que ce film.

L'Attaque des donuts tueurs : Photo


réalisé par Philippe Lacheau

avec Philippe Lacheau, Elodie Fontan, Julien Arruti, Tarek Boudali, Nathalie Baye, Didier Bourdon, Medi Sadoun, Vincent Desagnat, Nawell Madani, Philippe Duquesne, Alice Dufour, JoeyStarr, Kad Merad, Norman Thavaud, Chantal Ladesou, Michèle Laroque, Laouni Mouhid…

Comédie française. 1h30. 2017.

sortie française : 15 février 2017

Greg a fondé une entreprise nommée Alibi.com qui crée tout type d’alibi. Avec Augustin son associé, et Medhi son nouvel employé, ils élaborent des stratagèmes et mises en scène imparables pour couvrir leurs clients. Mais la rencontre de Flo, une jolie blonde qui déteste les hommes qui mentent, va compliquer la vie de Greg, qui commence par lui cacher la vraie nature de son activité. Lors de la présentation aux parents, Greg comprend que Gérard, le père de Flo, est aussi un de leurs clients…

Alibi.com : Photo Julien Arruti, Philippe Lacheau, Tarek Boudali

Si je ne suis pas une grande adepte de nos comédies françaises actuelles, sans crier au génie révolutionnaire, j’adhère plutôt aux films de (et avec) Philippe Lacheau (qui se retrouve cette fois-ci seul derrière la caméra sans son compère Nicolas Benamou). Alibi.com est finalement dans la même veine que Babysitting 1 et 2. Si vous n’avez pas aimé le diptyque à succès (peut-être un jour une trilogie ?), je serais étonnée que vous puissiez aimer ce Alibi.com. Lacheau est toujours très inspiré par la comédie américaine actuelle, c’est-à-dire un peu « trash » tout comme il n’hésite pas à rendre hommage au cinéma des années 80 (le personnage principal voue clairement un culte à cette période, en particulier à Street Fighter). A travers ces inspirations en question, on sent une envie de la part de Lacheau d’apporter du sang neuf à la comédie française, d’être moins ringarde. Bon, je n’irai pas à dire que la comédie française va mieux grâce à l’ex-membre de la Bande à Fifi, il ne faut pas déconner non plus. Alibi.com a le mérite d’être une comédie fraîche et sans prétention, plutôt bien interprétée, la jeune génération s’en sort étonnamment plus que les acteurs davantage confirmés (Baye et Bourdon peinent parfois même s’ils ne sont pas catastrophiques, loin de là) : Elodie Fontan manque parfois de justesse mais sa fraîcheur et son honnêteté d’interprétation me séduisent à chaque fois, Lacheau plutôt crédible en sorte de geek et gars toujours fourré dans des situations improbable, Nawell Madani est la bonne surprise du casting en chanteuse bimbo (oui je kiffe son entêtant Marre des michtos ), Julien Arruti et Tarek Boudali (également anciens membres de la Bande à Fifi)  sont également plutôt drôles. A noter au début quelques guests sympathiques (presque dommage qu’on n’ait pas plus exploités certains d’entre eux). Bref, ce n’est déjà pas si mal (je n’en demandais pas plus – peut-être que je dit ça parce que je suis vraiment blasée par l’état de la comédie française actuelle). L’histoire est plutôt séduisante, une sorte de vaudeville moderne bien rythmée et jamais ennuyeuse, même si son potentiel comique n’est pas assez exploité. Je suis toujours partagée sur l’utilisation d’un humour gras et parfois en dessous de la ceinture : il y a des fois où ça m’a fait marrer, et d’autres non (le gag avec le caniche est de mauvais goût par exemple). Bref, faire de l’humour à la Apatow, pourquoi pas (c’est visiblement la nouvelle lubie en France) mais il faut encore savoir le maîtriser, ce qui n’est pas totalement le cas.

Alibi.com : Photo Élodie Fontan, Nathalie Baye, Philippe Lacheau

It Comes At Night

réalisé par Trey Edward Shults

avec Joel Edgerton, Carmen Ejogo, Christopher Abbott, Riley Keough, Kelvin Harisson Jr., Griffin Robert Faulkner, David Pendleton…

Film d’épouvante-horreur, thriller américain. 1h37. 2016.

sortie française : 21 juin 2017

interdit aux moins de 12 ans

Alors que le monde est en proie à une menace terrifiante, un homme vit reclus dans sa propriété totalement isolée avec sa femme et son fils. Quand une famille aux abois cherche refuge dans sa propre maison, le fragile équilibre qu’il a mis en place est soudain bouleversé.

It Comes At Night : Photo Christopher Abbott, Joel Edgerton, Kelvin Harrison Jr., Riley Keough

J’avais lu quelques bonnes critiques sur It Comes At Night de Trey Edward Shults (il ne s’agit que de son second long-métrage après le très méconnu Krisha) mais je ne comptais pas spécialement aller le voir au cinéma. Mais vu le peu de films intéressants en ce moment et vu la chaleur (oui, je fais tout pour trouver de la fraîcheur – ou plutôt une clim), je suis allée le voir sans réellement savoir de quoi il s’agissait (je voyais vite fait de quoi ça parlait mais je ne m’y étais pas réellement intéressée, je n’avais même pas regardé la bande-annonce). It Comes At Night plante rapidement le décor : l’Amérique (en tout cas je me suis arrêtée à ce pays) doit affronter un virus mortel. A force de voir un certain nombre de films apocalyptiques et sur les zombies (les personnages ne se transforment pas en zombies, mais les symptômes ne sont pas si différents) ou autres, on finit par être lassé. Or, celui-ci ne s’étend pas spécialement sur ce possible côté science-fiction / anticipation qui aurait pu entrer en jeu (on ne sait pas d’où cette contamination sort, le comment du pourquoi). Il s’agit avant tout d’un moyen pour installer l’intrigue et surtout le huis clos. En effet, le décor se limite à une maison et quelques espaces dans la forêt. Dans cet espace limité en question se déroule la rencontre puis la cohabitation entre deux familles. Le véritable genre de ce long-métrage serait l’horreur. Effectivement, il reprend certains codes de genre, notamment le huis-clos ou encore la contamination (les personnages portent des gants et un masque selon les situations). Certains diront que le film ne fait pas assez peur, qu’il n’a rien d’horrifique. Pour ma part, la tension est omniprésente, on se sent réellement étouffé dans cette maison gérée par la famille de Paul. La peur n’est pas réellement liée à la maladie (même si elle reste présente et a des conséquences sur les réactions des personnages) mais par les personnages. On ne sait rien sur eux, juste rapidement leurs prénoms, éventuellement les professions exercées avant (Paul était prof d’histoire – on ne l’aurait pas forcément soupçonné, comme si cette épreuve révélait le personnage; Will était ouvrier) et certains événements personnels traversés (ex : la scène d’introduction avec le beau-père de Paul). La peur est alors celle des autres. Doit-on se méfier des autres pour protéger ceux qu’on aime ? It Comes At Night mêle alors les scènes du quotidien, entre méfiance et espoir (les deux familles étant capables de vivre ensemble, chacune apportant son savoir à l’autre pour mieux lutter contre la menace invisible, et celles des cauchemars, plus précisément ceux de Travis, le fils ado de Paul et Sarah. Le point de vue adopté est par ailleurs intéressant : on suit une grande partie du récit par le regard de l’adolescent, tiraillé par ses parents.

It Comes At Night : Photo

Sa mère veut le protéger pour qu’il garde encore son innocence tandis que son père veut l’endurcir, le transformer en « homme ». Ce tiraillement se développe au contact de la famille qui s’installe chez lui. Peut-on s’attacher à des gens qui risquent de nous faire du mal malgré eux ? Comment espérer un futur quand il n’y a plus rien ? Comment combler ses frustrations (notamment sexuelles) ? Comment oublier ce qui est inoubliable ? On ne sait alors rien des personnages : ils sont finalement comme nous, de différents milieux. Cela pourrait être un handicap pour certains spectateurs mais pour ma part, ce choix est plutôt audacieux. Je ne dirais pas qu’on s’identifie nécessairement aux personnages, ni qu’on s’y attache (et je ne crois pas que le réalisateur recherchait cet effet), en revanche on peut se projeter dans les actions des personnages, même dans les plus condamnables. Il n’y a pas de gentils ou de méchants, juste des gens qui pensent à eux. Les actes ne sont pas excusés mais pourtant le spectateur est confronté à sa propre situation : comment aurait-on agi à leur place ? Jusqu’où peut-on se protéger ? Paul, Will et les autres sont alors des gens ordinaires obligés de se confronter à une situation qui les dépasse. It Comes At Night n’est alors pas un film d’horreur traditionnel (est-ce vraiment un film d’horreur ? A-t-il été mal vendu ?) : on ne trouve pas spécialement de jump-scares ni des litres de sang (malgré une violence bien présente), et les monstres sont des êtres humains comme vous et moi qui pensent agir pour le bien. La complexité des actes et des pensées des personnages et la paranoïa générale s’ajoutent au mystère volontaire autour de certains faits dans la narration. Il y a un désir d’aller à l’essentiel. Le réalisateur justifie ce choix logiquement : si les personnages ne savent pas ce qui s’est réellement passé, le spectateur n’est pas obligé de le savoir. A l’image des réactions des personnages, d’une humanité sombre, le spectateur est mis au même niveau que les personnages. A noter aussi un effet de boucle qui crée une véritable cohérence dans le récit et une idée aussi d’éternel recommencement : ce que vivent ces deux familles doit exister ailleurs. Chaque famille est obligée de remettre en question ses valeurs. Ces familles banales dont on ne saura pas grand-chose et aussi humaines qu’elles le sont ne sont que le reflet d’une société égoïste. Trey Edward Shults est en tout cas pour moi un jeune réalisateur prometteur, à l’aise dans le travail de mise en scène, d’une belle précision, à l’image de l’histoire qui ne fait pas de chichis : on voit droit au but.

It Comes At Night : Photo

Je ne me suis pas ennuyée durant le film alors que le rythme n’est pas pourtant pas rapide (et je ne suis pas toujours une adepte des films lents). L’atmosphère inquiétante m’a permis d’accrocher dès les premières minutes et de ne plus lâcher le film et les personnages. It Comes At Night est un film prenant en compte la nature. Pendant ma séance, je n’ai pas pu m’empêcher de penser à Terrence Malick ou à Jeff Nichols. Juste après avoir vu le film, je découvre dans une interview que Trey Edward Shults a commencé sa carrière en travaillant avec Malick et qu’il admirait beaucoup le travail de Nichols. On sent ces influences tout en prenant en compte la patte du réalisateur, bien présente. En tout cas, ce dernier parvient à cerner les espaces aussi bien dans un cadre extérieur (la forêt) qu’intérieur (la maison). La manière dont ces deux lieux sont filmés participe aussi à la claustrophobie et au sentiment de malaise général, déjà présent à cause des réactions et interactions des personnages. Notons au passage un beau travail concernant la photographie et la lumière, les deux parvenant bien à retranscrire toutes les inquiétudes (littéralement cauchemardesques ou issues de la réalité). It Comes At Night est enfin servi par une impeccable distribution. Joel Edgerton (dont ses prestations m’avaient laissée jusqu’à présent indifférente) est remarquable dans le rôle de ce père de famille bourru et brutal prêt à tout pour protéger sa famille. Carmen Ejogo incarne une femme a priori plus douce que son époux mais pourtant elle également d’une grande violence selon les situations. Christopher Abbott (coucou Charlie de Girls) et Riley Keough sont également surprenants en jeunes parents qui tentent de garder leur fraîcheur malgré les événements et la douleur. Enfin, le jeune Kelvin Harrison Jr. (vu dans 12 Years a slave de Steve McQueen et The Birth of a Nation de Nate Parker) est certainement la révélation de ce film et je suis certaine qu’on les reverra sur nos écrans. Je le dis donc clairement : si le film n’est peut-être pas parfait ou en tout cas que les partis pris peuvent décevoir certains spectateurs, il m’a clairement emballée pour sa vision troublante et puissante, sa tension omniprésente qui ne relâche jamais, ses interrogations pertinentes et son atmosphère pesante. Finalement, malgré sa violence sans concession mais jamais gratuite, un film remarquable et paradoxalement terriblement humain dans sa présentation d’une humanité détruite, littéralement malade et perdant son insouciance et sa bienveillance.

It Comes At Night : Photo Joel Edgerton

The Edge of Seventeen

réalisé par Kelly Fremont Craig

avec Hailee Steinfeld, Haley Lu Richardson, Blake Jenner, Woody Harrelson, Kyra Sedgwick, Alexander Calvert, Hayden Szeto…

Comédie dramatique américaine. 1h48. 2016.

sortie française (VOD) : 16 mars 2017

Nadine et Krista découvrent le monde merveilleux du lycée. Mais leur belle amitié est mise à mal lorsque la première apprend que la seconde sort avec son grand frère…

The Edge of Seventeen : Photo

The Edge of Seventeen fait partie de cette longue liste de films qui ne trouve pas leur place dans les salles de cinéma françaises. Et comme souvent, même quand je n’aime pas nécessairement les films qui passent par cette case, je trouve cela regrettable que ce premier long-métrage ne soit pas distribué dans les salles obscures alors que ces dernières projettent de nombreuses daubes. De plus, ce film en question est co-produit par James L. Brooks, le réalisateur des formidables Pour le pire et le meilleur et Tendres Passions. En revanche, si je trouve cela regrettable que ce film n’ait pas connu de sortie dans les salles, ce n’est pas pour autant que je l’ai réellement apprécié. Certes, il ne s’agit pas d’un mauvais film, ni même d’une déception (je n’en attendais rien même si j’avais eu vent de quelques bonnes critiques m’invitant à le découvrir). L’ensemble se laisse évidemment regarder dans le sens où l’histoire se laisse volontiers suivre, le ton en lui-même est léger comme dans n’importe quel teen-movie qu’on pourrait regarder, le tout est également bien rythmé, c’est même parfois drôle (parfois). Mais qu’est-ce qui cloche alors ? Le personnage principal. Nadine est incarnée par la toujours pétillante Hailee Steinfeld, nommée aux Golden Globes dans la catégorie « meilleure actrice dans une comédie » pour son interprétation. Le problème ne vient pas de sa performance : elle joue bien le rôle qu’on lui a attribué. Le reste de la distribution est par ailleurs très bien, que ce soit parmi les jeunes acteurs (Haley Lu Richardson et Blake Jenner, choupis en jeune couple lisse, ou encore Hayden Szeto en ado sensible et maladroit) ou les plus confirmés (Woody Harrelson, parfait en prof cynique balançant quelques bonnes punchlines, Kyra Sedgwick touchante en mère dépassée). Mais le personnage de Nadine est vraiment insupportable. Certes, j’imagine que cette personnalité en question a du sens : il n’y a qu’à voir une des conclusions du film, c’est-à-dire lorsque Nadine se rend compte qu’elle se plaint beaucoup et surtout lorsque cette dernière constate que les autres autour d’elle peuvent souffrir sans forcément jacasser toute la sainte-journée. Mais cette jeune fille qui se plaint tout le temps pour tout et n’importe quoi n’est pas du tout attachante. J’adore pourtant les personnages cyniques, hors de la norme, mais avec Nadine, le contact ne passe pas. J’ai parfaitement conscience que je vais dire un truc méchant : Nadine n’a pas d’amis (en dehors de sa meilleure amie Krista et d’Erwin le gars de sa classe qui veut la pécho) et on comprend qu’elle n’en ait pas. L’égoïsme de ce personnage semble vaguement se justifier par son passé familial, c’est-à-dire le décès brutal de son père.

The Edge of Seventeen : Photo Blake Jenner, Haley Lu Richardson

Cette information a quelque chose de superficiel comme si cela devait justifier ses réactions complètement stupides et sa tendance à absolument tout dramatiser. Après, encore une fois, on peut accepter que cette rébellion sans cause, prouvant l’immaturité de l’adolescente, fasse partie du postulat de départ (il n’y a qu’à voir le décalage avec la scène d’intro qui présente Nadine comme une suicidaire et plus tard la réalité des faits qui conduit notre héroïne à prononcer des paroles aussi graves) mais il aurait vraiment fallu rendre la jeune fille plus attachante et ayant plus de consistance. Dans différents synopsis que j’ai pu lire, Nadine est présentée comme une jeune dépressive mais en regardant le film, je n’ai pas plus ressenti cette dépression, juste de la bêtise et de l’exaspération. En fait, je me suis sentie comme une adulte réac’, ne parvenant pas à prendre réellement au sérieux la possible souffrance de cette adolescente. Je ne dis pas que le film est nécessairement mal écrit mais il y a selon moi des choses plus que maladroites dans la construction de ce personnage. Cela n’a jamais été impossible d’exposer des personnages imparfaits et même pénibles tout en les rendant attachants. Or, Kelly Fremont Craig (également scénariste) ne parvient pas à relever ce défi ce qui plombe vraiment son film. Pour ne rien arranger, depuis un certain temps (c’était déjà mon type de ressenti devant l’acclamé Monde de Charlie de Stephen Chbosky), je commence à me lasser des teen-movies filmés à la mode des années 1980 ou rappelant sans cesse cette période. Peut-être que je me focalise sur ce point parce que je n’ai pas plus accroché que ça à ce film (après tout, récemment, dans la série 13 Reasons Why, je valorisais ce point en question) mais je commence à trouver cette utilisation too much. Alors on pourra me dire par a+b que je suis une grosse gourdasse parce qu’il y a voyons des chansons récentes dans la bande-originale (vous avez remarqué vous aussi que la reconstitution des années 80 passe souvent par les choix musicaux). La gourdasse en question vous répond qu’elle croyait que le film se passait dans les années 80 (et pas qu’à cause de la musique – les décors et le look de l’héroïne à tous les âges m’ont déroutée) pendant un bon moment jusqu’à ce qu’elle réalise qu’il se déroule de nos jours. Bref, j’ai trouvé l’ensemble sympathique, pas forcément mal fait mais rien de bien exceptionnel non plus, de plus profond ou de différent de ce qu’on a pu voir auparavant dans la même veine, n’échappant pas non plus à certains clichés.

The Edge of Seventeen : Photo Hailee Steinfeld, Hayden Szeto

Marley et moi / Watchmen

Marley & Moi
réalisé par David Frankel
avec Owen Wilson, Jennifer Aniston, Eric Dane, Alan Arkin, Haley Bennett, Clarke Peters…
titre original : Marley & Me
Comédie américaine. 1h40. 2008.
sortie française : 4 mars 2009
Movie Challenge 2017 : Un film que j’aime bien secrètement
Jenny et John viennent tout juste de se marier sous la neige du Michigan et décident de partir s’installer sous le soleil de Floride. Alors que l’envie d’avoir un premier enfant se profile chez Jenny, John espère retarder l’échéance en lui offrant un adorable chiot sur les conseils avisés de son collègue Sébastien, un séducteur profitant pleinement de son célibat. C’est ainsi que Marley, un jeune labrador, prend place au sein du couple. En grandissant, l’animal se révèle aussi craquant que dévastateur et la maison devient un véritable terrain de jeu, où plus rien ne peut échapper à sa voracité. Mais l’envie de fonder une famille ressurgit, et Jenny attend désormais son premier enfant. Au rythme des années et des catastrophes qu’il provoque, Marley sera le témoin d’une famille qui se construit et s’agrandit, devant faire face à des choix de carrière, des périodes de doute et des changements de vie. Pour Jenny et John, même si Marley est le pire chien du monde, cette tornade d’énergie leur témoignera une affection et une fidélité sans limite, pour leur enseigner la plus grande leçon de leur vie.
Marley & moi : Photo David Frankel, Jennifer Aniston, Owen Wilson
Marley & Moi, réalisé par David Frankel (Le Diable s’habille en Prada), est tiré de l’ouvrage autobiographique du journaliste John Grogan, Marley & Me: Life and Love with the World’s Worst Dog (2005). Je m’attendais, comme beaucoup, à regarder une comédie toute mignonne avec un joli toutou qui ferait quelques conneries (et vous savez peut-être que j’ai du mal en général avec les films qui mettent en vedette des animaux). Certes, il s’agit a priori d’un film familial, grand public, c’est un fait (et ce n’est pas forcément une tare). Mais finalement, on n’est pas tant que ça dans le film tout choupi si attendu. Si Marley & moi est pour moi un agréable divertissement, assez bien foutu dans son genre, il surprend surtout pour son émotion que j’ai trouvée vraie (même si le film a évidemment pour but de nous faire verser quelques larmes, on ne va pas se mentir non plus). Je n’ai jamais eu de chiens (en revanche des chats j’en ai toujours eu) mais l’histoire m’a réellement émue (vous avez l’habitude, j’ai évidemment chialé) : je me suis identifiée au personnage principal avec sa relation avec Marley. Certes, je ne vais pas vous dire qu’il s’agit d’un chef-d’oeuvre, ce n’est évidemment pas le cas, on ne retient pas non plus le travail de mise en scène, je ne sais même pas si on peut s’il s’agit vraiment d’un bon film (d’un point de vue strictement cinématographique – bon après rien ne m’a choquée, j’imagine que le travail de ce côté reste correct par rapport à ce qu’on attend de ce type de production). Mais Marley & Moi m’a clairement plu même si j’ai conscience de ses limites purement cinématographiques. Le film reprend le schéma autobiographique du bouquin, l’histoire étant racontée par John. La voix-off est toujours un outil « risqué » dans le sens où elle a tendance à alourdir le récit. Je ne dis pas qu’elle est d’une grande subtilité mais elle n’est pas non plus envahissante. Surtout, je trouve qu’on peut malgré tout (je dis ça parce que Wilson et Aniston sont des stars hollywoodiens, beaux, blonds, sportifs, avec des dents Colgate – bref le contraire du commun des mortels) s’identifier aux personnages principaux, comprendre l’attachement au chien et au rôle que ce dernier joue dans la vie d’une famille face au temps qui passe. Marley et moi séduit alors dans sa représentation d’une vie de famille (et ou plutôt dans sa construction) avec ses bons et ses mauvais moments (les ellipses me semblent bien choisies et fluides). Après, j’admets aussi que ce film fait certainement partie désormais de mes plaisirs coupables (c’était le but de cette catégorie du Movie Challenge).
 
Marley & moi : Photo David Frankel, Eric Dane, Owen Wilson

Watchmen – Les Gardiens 
réalisé par Zach Snyder
avec Jackie Earle Haley, Patrick Wilson, Malin Akerman, Billy Crudup, Matthew Goode, Jeffrey Dean Morgan, Carla Cugino, Stephen McHattie…
titre original : Watchmen
Action, science-fiction, drame américain. 2h42. 2009.
sortie française : 4 mars 2009
interdit aux moins de 12 ans
Movie Challenge 2017 : Un film recommandé par quelqu’un (Borat)
Aventure à la fois complexe et mystérieuse sur plusieurs niveaux, « Watchmen – Les Gardiens » – se passe dans une Amérique alternative de 1985 où les super-héros font partie du quotidien et où l’Horloge de l’Apocalypse -symbole de la tension entre les Etats-Unis et l’Union Soviétique- indique en permanence minuit moins cinq. Lorsque l’un de ses anciens collègues est assassiné, Rorschach, un justicier masqué un peu à plat mais non moins déterminé, va découvrir un complot qui menace de tuer et de discréditer tous les super-héros du passé et du présent. Alors qu’il reprend contact avec son ancienne légion de justiciers -un groupe hétéroclite de super-héros retraités, seul l’un d’entre-eux possède de véritables pouvoirs- Rorschach entrevoit un complot inquiétant et de grande envergure lié à leur passé commun et qui aura des conséquences catastrophiques pour le futur. Leur mission est de protéger l’humanité… Mais qui veille sur ces gardiens ?
Watchmen - Les Gardiens : Photo Carla Gugino, Jeffrey Dean Morgan
Watchmen est l’adaptation du comic éponyme d’Alan Moore (qui rejette le film comme toutes les adaptations de ses oeuvres) et Dave Gibbons (en revanche, il s’est associé au projet). J’ai une drôle d’histoire avec Zack Snyder (et encore, je dis ça sans avoir vu son Batman vs Superman) : 300 fait partie de mes plaisirs coupables, j’aime également énormément L’Armée des Morts (et j’adore au passage la version originale de Romero), en revanche je rejette en bloc Sucker Punch. Et comme vous le savez certainement (ou pas), j’ai généralement du mal avec les films de super-héros. J’ai longtemps redouté ce fameux Watchmen, visiblement autant adoré que détesté. Sans dire que j’ai adoré, j’ai été agréablement surprise par ce long-métrage, certes assez long mais selon moi réellement divertissant et pertinent. Le long-métrage nous présente alors une Amérique alternative des années 1980 (à peine le miroir de ce qu’on connaît déjà) sous l’égérie des super-héros. Mon seul véritablement hic vient du traitement des femmes (problème que j’avais déjà relevé dans d’autres films de Snyder) : j’ai clairement trouvé le film misogyne (on pourra toujours me répondre qu’il y a les mêmes problèmes dans le comic : et bah j’ai envie de dire que je ne trouve pas ça cool non plus). Les personnages féminins ont toutes un mauvais rôle : soit elles sont hyper sexualisées et inutiles dans l’intrigue soit elles ont un mauvais rôle par rapport aux autres personnages. Pour ne rien arranger, Malin Akerman et Carla Cugino jouent très mal (comme souvent). C’est dommage car le reste du casting est pour moi très bon, surtout Jackie Earle Haley, épatant et charismatique dans le rôle de Rorschach. Les personnages sont justement pour moi un des points forts de ce film, ils sont étonnamment complexes par rapport à ce qu’on pourrait attendre habituellement de ce genre de production (le cas le plus flagrant concerne Le Comédien incarné par l’étonnant Jeffrey Dean Morgan). La narration a pu déstabiliser certains spectateurs, certains diront même que le film est trop lent et qu’il ne se passe rien. Pour ma part, si au début j’étais sceptique par cette narration a priori décousue, j’ai rapidement adhéré à ce choix qui permet d’appréhender la psychologie et les histoires personnelles de tous les personnages. Je suis également tombée sous le charme de la proposition graphique et esthétique même si j’admets que certains effets (ex : les ralentis) sont parfois superficiels. Les dialogues sont également soignés, l’histoire en elle-même trouve un ton juste entre violence, tragédie et humour. Enfin, la BO, très agréable, s’adapte bien aux différentes scènes.
Watchmen - Les Gardiens : Photo Jackie Earle Haley