Le 15h17 pour Paris

réalisé par Clint Eastwood

avec Spencer Stone, Anthony Sadler, Alek Skarlatos, Judy Greer, Thomas Lennon, Tony Hale…

titre original :  The 15:17 to Paris

Drame américain. 1h34. 2018.

sortie française : 7 février 2018

Dans la soirée du 21 août 2015, le monde, sidéré, apprend qu’un attentat a été déjoué à bord du Thalys 9364 à destination de Paris. Une attaque évitée de justesse grâce à trois Américains qui voyageaient en Europe. Le film s’attache à leur parcours et revient sur la série d’événements improbables qui les ont amenés à se retrouver à bord de ce train. Tout au long de cette terrible épreuve, leur amitié est restée inébranlable. Une amitié d’une force inouïe qui leur a permis de sauver la vie des 500 passagers…

Le 15h17 pour Paris : Photo Anthony Sadler, Spencer Stone

Un film de Clint Eastwood était auparavant un événement, particulièrement en France. Mais depuis quelques films, les choses sont plus compliquées, comme si on venait soudainement de se rappeler de quelle branche politique appartient l’acteur-réalisateur. Avant même la sortie de ce 15h17 pour Paris, film passé inaperçu et gros bide au box-office, les mauvaises critiques se manifestaient, Eastwood aurait signé un film douteux et facho. Ces critiques en question m’avaient découragée en février dernier à découvrir en salles ce film. Mais j’ai finalement décidé de le rattraper : je devais savoir si j’étais en accord avec toutes ces voix négatives ou non. Et en réalité, même s’il trouve vite ses limites, ce nouveau long-métrage n’est pas du tout catastrophique, loin de là. Et surtout, je n’ai pas spécialement vu le propos douteux tant décrit, je ne suis pas sûre qu’on ait vu le même film. Certes, Clint Eastwood nous présente deux (sur trois) personnages qui travaillent pour l’armée américaine. Mais ce n’est pas parce qu’ils font partie de ce corps de métier qu’Eastwood loue à tout prix la puissance de l’armée américaine, même s’il a de l’admiration pour elle. Mais on peut avoir de l’admiration pour l’armée sans être à tout prix facho ou autre. Et surtout, encore une fois, ce n’est pas le propos. Nous ne sommes pas dans American Sniper qui avait causé tant de polémiques à sa sortie (mais qui avait remporté un beau succès au box-office : on a l’impression qu’Eastwood en paye aujourd’hui le prix). La mise en scène de l’armée (et tout le parcours qui va avec, notamment avec la formation) explique comment ces hommes très ordinaires ont réussi à devenir les acteurs d’un événement littéralement extraordinaires. Surtout, le long-métrage parle de hasard qui les amène à devenir ces héros malgré eux. Ce traitement du hasard fonctionne justement plutôt bien, par petites touches. On pourrait croire que ce voyage en Europe est complètement inutile, juste pour combler du vide. Non, toutes leurs rencontres en Europe, ce clin d’oeil à Hitler, la manière dont les amis se retrouvent durant ce voyage etc… marquent ce flot de hasards les amenant à un point précis. En réalité, il faut se mettre plusieurs choses dans la tête car il y a selon moi trop d’incompréhensions autour de ce film. Tout d’abord si le film s’intitule bien Le 15h17 pour Paris, qui met en avant ce fameux point précis historique suite à une succession de hasards, le film n’a pas pour volonté de tourner autour de cet événement en question. C’est aussi pour cette raison que le terroriste n’est qu’une silhouette qui ne mérite pas qu’on s’y attarde car au fond, le film ne parle pas de terrorisme : cela aurait finalement pu être un autre type d’événement.

Le 15h17 pour Paris : Photo Spencer Stone

Il ne faut pas non se méprendre sur les intentions d’Eastwood sur la question de l’héroïsme : ainsi, il est intéressant de placer des personnages américains, des militaires en plus, dans un acte héroïque en Europe. C’est là où le voyage en Europe peut aussi apporter quelque chose dans le récit. Les Américains représentent souvent cette figure de sauveurs dans l’Histoire (le discours sur leur intervention pendant la Seconde Guerre Mondiale est particulièrement pertinent), quitte à en rajouter des caisses et à déformer la réalité : c’est comme si l’événement raconté dans le film avait le mérite de remettre quelques points sur les « i ». Et c’est pour cela que le procès intenté à Eastwood n’a pas lieu d’être. Les personnages n’ont pas sauvé les gens du Thalys parce qu’ils étaient les fameux Américains sauveurs. Ils n’ont justement pas agi par ego ou par patriotisme, mais avant tout parce qu’ils étaient à un tel endroit à un tel moment. Ils ont avant tout agi par humanité et instinct, et non par leur nationalité. Le mélange de cultures par le passage entre plusieurs continents est alors en réalité plutôt une ode à la tolérance : peu importe nos origines, nous pouvons ensemble combattre un même ennemi pour instaurer la paix. Le 15h17 pour Paris mérite également d’être vu pour  son mélange saisissant entre la fiction et la réalité. Spencer Stone, Alek Skarlatos et Anthony Sadler jouent leurs propres rôles et revivent, par la fiction, cet événement aussi glorieux que traumatisant.Je ne dis pas que cela excuse certaines imperfections du film mais j’aime cette interrogation sur la frontière floue entre la fiction et la réalité : nous sommes littéralement les acteurs de notre propre vie. Et mine de rien, les acteurs s’en sortent plus que bien face à un exercice qui n’est pas si simple contrairement à ce qu’on pourrait le croire. En revanche, les jeunes acteurs incarnant les protagonistes durant leur enfance sont ultra mauvais (et physiquement, on a parfois du mal à réaliser la correspondance avec leurs personnages adultes).De plus, le rendu en lui-même n’est pas toujours palpitant.Certes, Clint Eastwood traite son sujet avec une réelle pertinence. Justement, par son travail vacillant entre la fiction et un exercice proche du documentaire, la mise en scène est plutôt intéressante, répondant à son projet d’origine. Mais pourtant ni le traitement du sujet ni sa mise en scène pourtant cohérente ne rendent ce long-métrage réellement passionnant. Avec un tel potentiel et surtout un réalisateur de talent derrière la caméra, il est tellement regrettable de ne pas avoir un film plus puissant tout simplement. Or là il s’agit juste d’un film mineur dans la carrière d’Eastwood. Enfin, on peut regretter la mise en avant de Spencer alors qu’il y a bien eu trois héros intervenant dans le Thalys ce jour-là. Pour conclure, j’encourage les spectateurs ayant trop écouté les mauvaises critiques (ce qui peut se comprendre) à donner sa chance à ce film qui a rencontré un bide injustifié pour se faire leur propre opinion.

Le 15h17 pour Paris : Photo Alek Skarlatos, Anthony Sadler

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Solo : a Star Wars story

réalisé par Ron Howard

avec Alden Ehrenreich, Woody Harrelson, Emilia Clarke, Donald Glover, Thandie Newton, Phoebe Waller-Bridge, Paul Bettany, Warwick Davis…

Film fantastique, aventure américain. 2h15. 2018.

sortie française : 23 mai 2018

Embarquez à bord du Faucon Millenium et partez à l’aventure en compagnie du plus célèbre vaurien de la galaxie. Au cours de périlleuses aventures dans les bas-fonds d’un monde criminel, Han Solo va faire la connaissance de son imposant futur copilote Chewbacca et croiser la route du charmant escroc Lando Calrissian… Ce voyage initiatique révèlera la personnalité d’un des héros les plus marquants de la saga Star Wars.

Solo: A Star Wars Story : Photo Alden Ehrenreich, Joonas Suotamo

Star Wars est une saga qu’on ne présente plus. Pour ma part, en dehors de quelques épisodes (coucou les épisodes 1 et 2), j’apprécie toujours cette franchise (et je fais même partie des fans du dernier épisode). Cela dit, avec l’amour et le respect que j’ai pour cette saga importante, j’ai du mal à m’intéresser aux spin-off. Je n’ai d’ailleurs toujours pas regardé Rogue One (mais c’est désormais prévu – autant voir la saga complète même si j’ai du mal à inclure ses spin-off dedans). Parce que j’avais besoin de m’aérer l’esprit (big up à tous/toutes ceux/celles qui ont des échéances durant ces périodes stressantes alors qu’on préférerait se la couler douce à la plage), j’ai voulu donner une chance à ce Solo : a Star Wars story (présenté au passage à Cannes en hors compétition). J’étais pourtant au courant des circonstances du tournage : départ (enfin, plutôt renvoi) des réalisateurs Phil Lord et Chris Miller (21 & 22 Jump Street, La Grande Aventure Lego) avec un remplacement express de Ron Howard (le tournage étant à ce moment-là bien entamé), rumeurs autour d’Alden Ehrenreich qui aurait eu besoin d’un coach sur le tournage pour améliorer son interprétation… La critique n’a également pas été tendre avec ce film. Pour ma part, je voulais avant tout voir un film avant tout un minimum divertissant, ni plus ni moins. Hélas, mon expérience au cinéma ne m’aide pas à être gentille avec ce spin-off. En fait, j’ai failli m’endormir à plusieurs reprises (je ne sais pas comment j’ai fait pour lutter) : est-ce l’histoire en elle-même qui ne m’a pas particulièrement intéressée ? Le flou des images sur certaines scènes (liées à la conversion express pour les séances en 3D?) ? Je dirais certainement les deux. Je suis sûre d’une chose : je me suis énormément ennuyée devant ce qui prétend être un divertissement, les quelques scènes d’action n’étant pas dingues. Ne pas répondre un minimum à ce critère principal par rapport à ce type de production me semble très problématique. Hélas, le film ne se limite pas à cette unique problème. Dans l’ensemble, il a confirmé mes doutes: quel est l’intérêt de démystifier ce personnage emblématique ? Surtout pour donner des réponses sur lui aussi stupides (on en reparle de la scène où on apprend les origines de son nom ? De sa rencontre avec Chewbacca ?). Je commence à en avoir ras-la-casquette cette manie de vouloir tout dire alors qu’il y a la possibilité d’étendre et de raconter d’autres histoires. Justement, ce qui fait le charme de Han Solo à l’origine, est le mystère qui l’entoure, jouant encore plus sur la frontière entre le héros et l’anti-héros.

Solo: A Star Wars Story : Photo Donald Glover

Et quel est l’intérêt de nous présenter cette romance avec une femme Qi’ra (tiens, encore une brune ? C’est quoi cette obsession de cette couleur de cheveux pour les jeunes personnages féminins aux visages similaires au passage ?) alors que nous savons déjà que Solo finira avec une autre femme. Plus globalement, le scénario tente de combler des vides en tentant vaguement d’établir une connexion avec l’épisode VIII : cette histoire de dés, surlignée lourdement tout le long du métrage, est non seulement pénible mais en plus, elle n’apporte rien sur le personnage de Solo. Mais elle résume finalement bien le problème général du scénario : vouloir à tout prix reprendre des éléments clés sur Han Solo et l’univers Star Wars mais sans réellement les agencer habilement, sans les impliquer véritablement dans un scénario solide. C’est juste un ensemble de bouts de fan-service réunis en guise de narration. Evidemment, avec ses problèmes de changement de réalisateur, même si Howard a certainement fait de son mieux face à la situation, la réalisation est impersonnelle. De plus, le film ne m’a pas spécialement emballée visuellement, je dirais même que je l’ai trouvé laid (et j’emploie très rarement cet adjectif pour les films). Après, malgré tout ce que je peux dire, je ne crie pas au scandale ou je ne dis pas non plus que j’ai vu le pire film de l’univers. J’ai juste trouvé l’ensemble raté et je n’y ai pas trouvé mon compte. Cela dit, le casting ne s’en sort pas si mal même si Emilia Clarke surjoue (comme souvent) tout comme je regrette de voir Woody Harrelson (pourtant plutôt convaincant) s’accrocher aux mêmes seconds rôles depuis quelques années. Certes, Alden Ehrenreich (je garde un bon souvenir de lui dans Ave, César ! des frères Coen) ne remplacera évidemment jamais le mythique Harrison Ford et je suis certaine que toute l’équipe du film en a parfaitement conscience. Il reprend évidemment quelques tics ou expressions (et j’imagine que cela doit expliquer l’éventuelle présence d’un coach sur le tournage – ce qui n’a alors rien de honteux). Mais le jeune acteur a le mérite de ne pas tomber dans le cabotinage ou la pure imitation. J’ai également bien apprécié l’interprétation de Donald Glover (ouais, beaucoup de hype autour de lui en ce moment), indéniablement charismatique. Lui non plus ne cherche pas à imiter Billy Dee Williams. Paul Bettany s’en sort également bien en méchant même si son personnage aurait pu être mieux développé. Bref, malgré cette fin un peu plus positive à la fin de mon billet, ce Solo reste tout de même une déception, prouvant une nouvelle fois le manque de créativité de Hollywood, préférant créer du vide plutôt que de créer du nouveau contenu (et son échec sera peut-être enfin un signal l’alarme).

Solo: A Star Wars Story : Photo Alden Ehrenreich, Thandie Newton, Woody Harrelson

[MC2018] Wonder Woman

réalisé par Patty Jenkins

avec Gal Gadot, Chris Pine, Robin Wright, Connie Nielsen, David Thewlis, Elena Anaya, Danny Huston, Ewen Bremner, Saïd Taghmaoui…

Film fantastique, aventure, action américain. 2h20. 2017.

sortie française : 7 juin 2017

Un film que personne ne s’attendait à ce que vous aimiez 

C’était avant qu’elle ne devienne Wonder Woman, à l’époque où elle était encore Diana, princesse des Amazones et combattante invincible. Un jour, un pilote américain s’écrase sur l’île paradisiaque où elle vit, à l’abri des fracas du monde. Lorsqu’il lui raconte qu’une guerre terrible fait rage à l’autre bout de la planète, Diana quitte son havre de paix, convaincue qu’elle doit enrayer la menace. En s’alliant aux hommes dans un combat destiné à mettre fin à la guerre, Diana découvrira toute l’étendue de ses pouvoirs… et son véritable destin.

Wonder Woman : Photo Gal Gadot

Je ne m’en suis jamais cachée : j’ai globalement du mal avec les films de super-héros, non pas par mépris ou quoi que ce soit du genre, mais parce que je finis par me perdre avec tous ces projets qui ont l’air de sortir presque en même temps (et qui sont liés les uns avec les autres). Cela dit, alors que les projets Marvel m’ont rarement réellement convaincue, j’ai tenté de m’accrocher aux dernières productions DC. J’ai commencé par ce Wonder Woman (objet donc de ce billet) puis j’ai enchaîné directement par Man of Steel et Batman v. Superman (parce que j’aime bien faire les choses à l’envers). A ma grande surprise, même si je ne les idolâtre pas non plus, je dois avouer que j’ai plutôt apprécié cet ensemble de films qui se répondent (même si je ne me suis pas encore attaquée à Justice League qui, visiblement, serait très mauvais). Par conséquent, mon regard envers les films de super-héros est désormais plus bienveillant. Wonder Woman arrive à pic face à ces questions très actuelles et certainement nécessaires sur la représentation de la femme au cinéma ainsi que sur l’intégration que nous devons faire aux cinéastes femmes. Ainsi, on a particulièrement entendu parler de son record, celui d’être le film le plus rentable réalisé par une femme. De plus, face au nombre faramineux de films de super-héros occupant les salles obscures assez régulièrement, il est rare de voir un film du genre mettant en scène une héroïne (les quelques tentatives par le passé n’avaient pas été sensationnelles). Dire que Wonder Woman est un film féministe reste discutable (dans le sens où la question reste selon moi complexe et dépendra aussi certainement de notre propre vision et définition de ce concept). En revanche, il est certain que cette représentation de la femme fait partie des différents enjeux présents dans cette oeuvre. Le film a au moins le mérite de contribuer un petit changement dans l’industrie cinématographique et je suis certaine que des films grand public comme celui-ci ne peut qu’aider une nouvelle génération à avoir un regard plus ouvert sur notre monde. Au-delà de nous présenter une femme courageuse, intelligente, aux nobles valeurs et possédant une force physique incroyable, le long-métrage a le mérite de nous présenter une héroïne non sexualisée. Il faut dire qu’il y a dans ce personnage quelque chose d’innocent, presque d’enfantin, ce qui fait pencher la balance (et en plus, elle m’a fait penser à Captain America, pour qui j’ai de la sympathie). Certains ont pu être agacés par sa naïveté, mais en ce qui me concerne, je trouve que ce trait de caractère était plutôt le bienvenu dans le sens où Diana ne se limite pas qu’à être une bad-assMais Wonder Woman ne se limite pas à ce qu’il peut représenter.

Wonder Woman : Photo Chris Pine, Eugene Brave Rock, Ewen Bremner, Gal Gadot, Saïd Taghmaoui

Globalement, le spectacle est très plaisant : le film a beau durer 2h20 (durée habituelle pour les blockbusters d’après ce que je constate), il passe plutôt vite grâce à son rythme progressif (le début prend le temps de présenter ses personnages – des déesses dans un univers un poil kitsch) et des scènes d’action toujours lisibles et joliment chorégraphiées qui n’épuisent jamais les spectateurs. De plus, la mise en scène de Patty Jenkins est tout simplement efficace. J’avoue que je m’attendais au pire vu que je n’avais pas trop aimé son premier long-métrage Monster (le film qui a permis à une Charlize Theron enlaidie de décrocher son Oscar), je ne voyais pas trop pourquoi elle avait été choisie pour réaliser un film d’une telle envergure. Et pour un deuxième long-métrage (après avoir signé quelques épisodes par-ci par-là pour différentes séries), je dois admettre que Jenkins s’en sort plus que bien ! Au-delà d’un joli soin accordé à l’esthétique, très axé sur les tons bleutés mais sans tomber dans une certaine noirceur (contrairement aux autres films DC), la bande-originale de Hans Zimmer (qu’on adore dézinguer alors qu’il reste une valeur sûre) détonne, notamment avec ce thème qui sait rester dans nos oreilles et qui correspond bien à l’image qu’on se fait du personnage principal. De plus, les scènes d’humour (qui étaient absentes dans Batman v. Superman et Man of Steel) n’alourdissent jamais un propos intéressant pour ce type de grosses productions. Je ne trouve pas qu’on se retrouve dans le même cas que certains films Marvel qui usent cet humour jusqu’à la corde. J’ai également lu beaucoup de choses négatives autour de la relation entre Diana et Steve (Chris Pine, qui s’en sort pas trop mal alors que je n’apprécie pas plus que ça cet acteur), disant qu’elle cassait tous les enjeux éventuellement féministes – si on estime qu’il y en a. Or, je ne trouve pas qu’elle affecte le message positif pour les femmes ni qu’elle plombe même l’ambiance même du film. La romance est pour moi avant tout un moyen de renforcer l’humanité de cette figure antique. Bref, sans crier au génie ou autre, le résultat est largement à la hauteur de nos espérances, alliant plutôt bien enjeux artistiques et réflexions sur ce qu’être une femme dans un monde hostile mis en miettes par les hommes. En revanche, le combat final m’a plutôt déçue entre Wonder Woman et le méchant, dont on devine rapidement l’identité (je dis ça vu qu’il y a une sorte de pseudo suspense autour) est assez décevant, à l’image de la dernière demi-heure du film. Enfin, Wonder Woman bénéficie d’une formidable distribution.Gal Gadot est impeccable dans le rôle-titre, parvenant à mêler force physique et innocence par ses expressions candides : elle rend alors son personnage attachant et admirable. Le reste du casting est également plutôt convaincant (dont les charismatiques Connie Nielsen et Robin Wright). 

Wonder Woman : Photo Gal Gadot, Lucy Davis

The Rider

réalisé par Chloe Zhao

avec Brady Jandreau, Lilly Jandreau, Tim Jandreau…

Drame, western américain. 1h44. 2017.

sortie française : 28 mars 2018

Le jeune cowboy Brady, étoile montante du rodéo, apprend qu’après son tragique accident de cheval, les compétitions lui sont désormais interdites. De retour chez lui, Brady doit trouver une nouvelle raison de vivre, à présent qu’il ne peut plus s’adonner à l’équitation et la compétition qui donnaient tout son sens à sa vie. Dans ses efforts pour reprendre en main son destin, Brady se lance à la recherche d’une nouvelle identité et tente de définir ce qu’implique être un homme au coeur de l’Amérique.

The Rider : Photo Brady Jandreau

Depuis son premier film Les Chansons que mes frères m’ont apprises (présenté à Cannes dans le cadre de la Quinzaine des Réalisateurs ainsi qu’à Sundance), la réalisatrice sino-américaine Chloe Zhao avait déjà intégré discrètement mais sûrement le cercle des noms du cinéma indépendant à retenir. Avec The Rider, lauréat du Grand Prix au festival du cinéma américain de Deauville (et également passé par la case Cannes, toujours dans la même catégorie), Zhao ne fait que confirmer son statut. Le projet de The Rider a pour but de mêler la réalité à la fiction (on a presque envie de parler d’une cohabitation entre la fiction et le documentaire) : la réalisatrice s’est inspirée du parcours de son acteur principal Brady Jandreau pour écrire le scénario. Comme le personnage qu’il interprète (Brady Blackburn – à noter au passage que le reste du casting a également conservé leurs véritables prénoms pour leurs personnages), le cowboy a failli mourir d’un accident de rodéo et a passé trois jours dans le coma, son cerveau ayant subi une hémorragie interne : ses médecins lui ont fortement conseillé de ne plus monter sur un cheval. Or, la relation qu’il a avec les chevaux représente justement toute sa vie : sans ça, il n’est plus rien aux yeux de la société. On retrouve alors parmi tous ces acteurs non professionnels le propre entourage de Brady Jandreau dont son père (également cowboy) et sa soeur Lilly atteinte du syndrome d’Asperger. Cela dit, et c’est aussi ce qui nous permet de rappeler la part fictive jamais lointaine, quelques faits ont été modifiés pour les besoins du film. Ainsi, Lane Scott, l’ami de Brady, ne s’est pas retrouvé lourdement handicapé suite à un accident de rodéo comme le suggère le long-métrage, mais à cause d’un accident de voiture. Si vous me demandez si je vous conseille ce film, ma réponse sera alors : « oui ». Mais je ne peux pas non plus dire que j’ai réellement aimé ce film. C’est typiquement le genre de films où je suis limite embarrassée de dire que je ne partage pas le grand enthousiasme général de la critique (presse et blogosphère). Parce que ce film en question a d’indéniables qualités que je ne peux que reconnaître. J’ai beaucoup de respect pour le projet et la démarche de Chloe Zhao qui sait indéniablement jouer entre les genres pour mieux déconstruire le rêve américain tel qu’on se l’imagine. Elle filme magnifiquement les paysages sans en faire trop non plus (l’approche reste naturaliste).

The Rider : Photo Brady Jandreau

La photographie est particulièrement belle, jouant sans cesse entre la luminosité et les ombres, allant de pair avec la mélancolie de Brady qui continue de croire en ses rêves. De plus, les jeux d’ombre sont souvent intéressants pour suggérer la violence (certes peu présente) dans certaines scènes. Ils ne servent pas uniquement de beaux décors : ils aident à mieux cerner ce Brady, indissociable de cet environnement. Il n’y a qu’à le voir quand il est forcé de travailler loin des chevaux, dans un supermarché (presque un synonyme à lui seul de la ville et de tout ce qui va avec) : l’ennui le guette, le jeune homme fait alors tout pour trouver de l’action et de l’adrénaline, quitte à scanner rapidement des articles dans son magasin. L’autre bon point intéressant, bien qu’il ne soit pas suffisamment souligné (et qui complète certainement toute la réflexion autour du rêve américain brisé et de l’appropriation du mythe américain) concerne l’origine même des personnages : ces cowboys sont d’origine amérindiennes. Cela ne frappe pas particulièrement les spectateurs puisque les personnages (et, rappelons-le surtout, les véritables interprètes se fondant dans cette fiction) sont américanisés, probablement par adaptation. Or, le réel lien gardé avec cette culture amérindienne, première véritable trace de l’Amérique, est celui avec les chevaux justement. Le drame dépasse même l’intimité : il traduit cette disparition des Amérindiens, si peu nombreux et invisibles, qui se raccrochent à des rêves, presque même des clichés primaires sur l’Amérique. Comment continuer à vivre lorsqu’on nous retire ce qui nous constitue ? Nous retirer cette chose nous prive-t-il alors de liberté ? Faut-il alors baisser les bras et prendre des risques s’il n’y a que ça qui nous fait vivre ? Si le film ne le dit jamais frontalement, le suicide n’est pourtant jamais bien loin. Les thèmes abordés sont donc alors indéniablement riches, le film est certainement pertinent à plusieurs reprises mais il est regrettable que The Rider ne m’ait pas plus passionnée que ça, ni réellement émue. Seules les quelques scènes entre Brady et son ami Lane ont su tirer quelque chose en moi mais dans l’ensemble je ne peux pas dire que le film m’ait réellement touchée. Finalement, cette émotion, je la ressens davantage pendant que j’écris cette chronique, en prenant conscience de tout ce qu’implique ce projet cinématographique. Si le film est dans l’ensemble plutôt délicat et qu’il aborde certains thèmes avec intelligence, je suis en revanche moins convaincue par le parallèle entre l’homme et le cheval qui ne m’a pas non plus paru si fou que ça (sans dire que c’est mal fait ou quoi que ce soit) contrairement à ce que j’ai pu lire à droite et à gauche. Après, j’ai peut-être conscience de passer ici pour une chieuse même si j’aurais certainement souhaité vivre une expérience plus intense. A voir tout de même.

The Rider : Photo

Ready Player One

réalisé par Steven Spielberg

avec Tye Sheridan, Olivia Cooke, Ben Mendelsohn, Mark Rylance, Lena Waithe, Simon Pegg, T.J. Miller…

Science-fiction, action américain. 2h20. 2018.

sortie française : 28 mars 2018

2045. Le monde est au bord du chaos. Les êtres humains se réfugient dans l’OASIS, univers virtuel mis au point par le brillant et excentrique James Halliday. Avant de disparaître, celui-ci a décidé de léguer son immense fortune à quiconque découvrira l’œuf de Pâques numérique qu’il a pris soin de dissimuler dans l’OASIS. L’appât du gain provoque une compétition planétaire. Mais lorsqu’un jeune garçon, Wade Watts, qui n’a pourtant pas le profil d’un héros, décide de participer à la chasse au trésor, il est plongé dans un monde parallèle à la fois mystérieux et inquiétant…

Ready Player One : Photo Tye Sheridan

Selon la promotion constructive des Youtubeurs sponsorisés par Warner Bros. (oui, je trolle gratuitement), Ready Player One est « juste incroyable […] allez le voir quand il sort. Voilà » ou encore « c’est un chef-d’oeuvre : vous pouvez abandonner, on ne fera rien de mieux cette année ». Rien que ça. Et globalement, la blogosphère cinéphile est hyper emballée, criant elle aussi au film de l’année. Je me méfie toujours de la hype en général. Cela dit, au-delà du projet gigantesque de vouloir réunir dans une oeuvre autant de clins d’oeil à la pop culture (ce qui tombe bien vu que c’est la tendance actuelle), le film est surtout réalisé par Steven Spielberg, décidément très productif cette année (The Post/Pentagon Papers est sorti en janvier dernier). Etant donné qu’il est lui-même un incroyable artiste et créateur ayant considérablement nourri cette même pop culture des années 80 (j’ai logiquement grandi avec ses films comme un certain nombre de spectateurs) qui inspire désormais la nouvelle génération, Spielberg adapte logiquement le roman à succès d’Ernest Cline (Player One en VF). Pour ma part, il s’agit d’une des oeuvres de Spielberg les moins satisfaisantes que j’ai pu voir. Et il est pour moi en partie sauvé par le savoir-faire indéniable du réalisateur. La mise en scène est impeccable, les différentes séquences autour des deux premières énigmes le démontrent particulièrement. Cela dit, dans l’ensemble, sans dire que tout est mauvais ou quoi que ce soit, non, Ready Player One ne m’a pas convaincue et pas uniquement à cause de ses multiples références à la pop culture selon moi mal gérées. Je ne dis pas que cette surabondance était inutile à l’origine. La pop culture, dans laquelle les personnages ont toujours baigné (ce qui est dramatique si on s’interroge sur la créativité originale), permet d’échapper à une réalité moins plaisante. Cela dit, si ces pistes-là peuvent être intéressantes à exploiter, dans l’ensemble, ces différentes intertextualités fonctionnent très rarement : elles ne nourrissent pas tant que ça le scénario ni ne dessinent pas nécessairement bien le fameux contexte. Je ne pouvais pas m’empêcher de me dire qu’on aurait pu remplacer ces oeuvres citées par d’autres types de références vu le traitement plutôt superficiel le trois-quart du temps.

Ready Player One : Photo

Ce fameux contexte, déjà lourdement situé dès le début par une immonde voix-off, est justement problématique car il reste trop flou. Je n’ai jamais réellement cru en ce monde réel croulant sous la pollution et la surpopulation : on n’a même jamais l’impression que ce soit si terrible que ça (je veux bien croire que les personnages se sont habitués à cette situation mais tout de même, ça n’excuse pas tout non plus). On se demande d’ailleurs comment ces gens très pauvres vivant dans des taudis peuvent se payer ce matériel hautement technologique. En fait, seuls les décors présentés au début du long-métrage aident au début le spectateur à s’imprégner légèrement de ce contexte social, démographique et autre. Mais en dehors de ça, on n’en fait pas grand-chose. On est même surpris de voir à la fin du film la police débarquer alors que le monde présenté a l’air a priori sans loi. Cela est tellement décevant de sa part car Spielberg a déjà touché à la science-fiction : ses précédentes oeuvres étaient bien plus riches rien que de ce côté-là. Rien que pour ça, je bondis quand on parle de meilleur film de Spielberg ! Par ailleurs, il y a selon moi un déséquilibre concernant l’alternance entre le monde virtuel et le monde réel : on a presque l’impression d’assister davantage à un film d’animation qu’à une oeuvre qui alterne réalité et « fiction ». De plus, même si en tant que spectatrice, je n’ai évidemment pas la prétention de vouloir refaire le film à ma sauce, ce monde virtuel présenté et cette galerie de geeks ne me paraissent pas crédibles. L’OASIS n’est présenté qu’avec ses bons côtés et des enjeux ultra limités. J’imagine qu’on veut satisfaire le grand public, mais justement, j’ai l’impression qu’à force de vouloir contenter tout le monde, le film n’obtient pas cette force qu’il aurait pu avoir. Enfin, ce qui m’a certainement le plus énervée concerne le propos final : de mon point de vue, je ne comprends pas que Spielberg soit aussi paternaliste avec son public. Et je reste gentille car j’étais à deux doigts de le traiter de vieux con (allez, vieux schnock si on veut être plus sympa). Pourtant, Ready Player One partait plutôt bien (si on s’en tient au propos). En effet, j’avais peur qu’il ne soit qu’une ode sans nuance aux geeks (vu les premiers retours que j’avais lus qui allaient dans ce sens). Au début, il trouve alors un bon équilibre entre la bienveillance et une certaine lucidité sur le monde virtuel. Mais sa fin, d’une naïveté dépassée, détruit cette bienveillance mise en place, qui semble avoir considérablement séduite le public geek (ce qui se comprend : l’image du geek étant souvent négative au cinéma). Il est regrettable de voir un résultat aussi bancal, voire même réac’, alors que la question de l’héritage, via le personnage de Halliday (incarné par un impeccable Mark Rylance, le seul à se détacher véritablement du lot), est en revanche plutôt intéressante dans le sens où ce personnage incarnerait une sorte de double de Spielberg. 

Ready Player One : Photo Mark Rylance

Steven Spielberg est le maître de ce divertissement de masse – qui a su garder sa patte d’auteur –  qui a fait rêver tant de générations et qui en fera encore rêver même certainement après sa mort. Il ne s’est pourtant jamais caché face à la politique douteuse des studios, même s’il est paradoxalement « responsable » de certaines dérives actuelles à Hollywood (directement ou non). Beaucoup parlent de « film testament ». Je n’irais pas jusque-là mais il est certain que le réalisateur s’interroge sur son propre héritage. Les autres personnages sont malheureusement très décevants, sans aucune personnalité, creux, à la limite de la stupidité et sans sentiments (du genre, un membre de ta famille meurt mais bon on s’en bat les ovaires). En dehors de la charismatique Olivia Cooke (que j’aurais aimé voir davantage même si la romance avec un agaçant Tye Sheridan est traitée avec deux pieds gauches – on voit hélas plus son avatar hyper moche), le reste du casting est tout juste correct pour rester gentille et on ne peut pas leur en vouloir, vu la stupidité constante des personnages (qui en plus de ça ont le cul borné de nouilles : ils se sont connus par le virtuel mais habitent comme par hasard pas loin des uns et des autres mais passons). Et sans faire la relou de service, pour un film qui se veut « révolutionnaire » (ou en tout cas est perçu de la sorte), voir ENCORE ces mêmes clichés sur certaines communautés est vraiment agaçant. On a aussi envie d’exploser la gueule aux personnages lorsqu’ils ne peuvent pas s’empêcher d’expliquer ce qu’ils voient alors qu’ils ne devraient pas avoir besoin de le dire vu qu’ils sont entre geeks (« ohhh la moto d’Akira » fait partie de ces répliques lourdement appuyées). Ready Player One est donc pour moi une belle déception même si on peut reconnaître le talent indéniable de Spielberg dans une mise en scène inspirée et bien meilleure que son scénario trop simpliste et maladroit, aux enjeux limités, tel un scénario basique de jeu vidéo. Parmi les quelques prouesses techniques, on retiendra notamment une scène formidable rendant merveilleusement hommage à un autre maître du cinéma (un de mes réalisateurs préférés – encore une fois, j’évite de spoiler). C’est peut-être aussi la limite de cet exercice d’intertextualités : on aura beau me prouver par a+b que Spielberg aime les jeux vidéos, il reste bien plus à l’aise quand il joue avec des intertextualités cinématographiques.

Ready Player One : Photo Olivia Cooke, Tye Sheridan

Moi, Tonya

réalisé par Craig Gillepsie

avec Margot Robbie, Sebastian Stan, Allison Janney, Cailin Carver, Bobby Cannavale, Mckenna Grace…

titre original : I, Tonya

Comédie dramatique, biopic américain. 2h. 2017.

sortie française : 21 février 2018

En 1994, le milieu sportif est bouleversé en apprenant que Nancy Kerrigan, jeune patineuse artistique promise à un brillant avenir, est sauvagement attaquée. Plus choquant encore, la championne Tonya Harding et ses proches sont soupçonnés d’avoir planifié et mis à exécution l’agression…

Moi, Tonya : Photo Margot Robbie

Nous connaissons quasiment tous l’affaire Harding-Kerrigan qui avait fait le tour du monde : six semaines avant les Jeux olympiques d’hiver de 1994 (et plus précisément la veille des championnats américains permettant la qualification pour ces fameux JO), Nancy Kerrigan est agressée et blessée au genou avec une barre de fer. L’enquête révèle alors l’implication de l’entourage de Tonya Harding, sa grande rivale. Moi, Tonya revient alors sur cette affaire ou plutôt : comment la jeune femme en est arrivée à une telle chute ? Est-elle vraiment responsable des faits reprochés ? Craig Gillepsie (réalisateur du génial Une fiancée pas comme les autres ou en VO Lars and the Real Girl – chers fans de Ryan Gosling, jetez-vous sur ce film) livre un portrait saisissant de cette femme vue à l’époque comme la grande méchante de l’histoire : il est certain qu’il y a un parti pris, celui de réhabiliter l’ancienne sportive. Battue par sa mère qui voulait absolument en faire une bête de patinage, également régulièrement tabassée par son abruti de mari, rejetée par le milieu du patinage artistique parce qu’elle ne vient pas d’un milieu assez chic, Tonya Harding en a bavé déjà bien avant l’éclatement même de l’affaire. Le réalisateur livre un anti-biopic, en s’amusant notamment à jouer entre les différentes pistes, c’est-à-dire en mêlant des éléments réels à d’autres qui seraient plus de l’ordre du mensonge. Qu’est-ce qui est alors vrai dans ce biopic qui, par définition, a pour but de retracer un événement réel ? L’exercice est alors plutôt bien exécuté à l’écran. La mise en scène souvent virtuose (notamment sur les scènes de patinage) ainsi que son montage effréné sont remarquables. Beaucoup de critiques ont comparé ce film aux Affranchis de Martin Scorsese et cela peut se comprendre même si Gillepsie n’atteint clairement pas la maestria du réalisateur Italo-américain. Cela dit, si je devais établir une comparaison qui me semble davantage plus cohérente, je la ferais alors avec l’univers des frères Coen notamment pour son humour « absurde » et coriace (même si utiliser la maltraitance en guise d’humour me gêne) et en situant le récit chez les Rednecks. Le ton surprend (surtout face à une histoire banalement tragique) mais est finalement cohérent avec la personnalité même de Tonya Harding.

Moi, Tonya : Photo Allison Janney

Moi, Tonya part d’un projet intéressant (les beaux portraits de femme au cinéma restent rares) mais qui finit rapidement par ne pas être aussi pertinent que prévu. Les différents thèmes abordés retiennent l’attention, en particulier en ce qui concerne la figure féminine bafouée dans les médias : c’est effectivement Tonya qui s’en est encore pris plein la gueule et non ceux qui ont réellement organisé cette agression. Qu’elle ait fait le coup ou non, peu importe le degré d’implication, ne change finalement pas grand-chose, elle n’était pas la seule responsable. Cela dit, même si le discours autour des inégalités de chance de réussite suscite l’intérêt, je n’ai pas pu m’empêcher de trouver ces thèmes survolés, tout comme le fait de ne jamais réellement aborder sa confrontation avec Nancy Kerrigan. Oui, le film préfère se concentrer sur un point de vue et c’est tout à son honneur. En revanche, ignorer la rivale (enfin presque, hein) qui incarne l’antithèse même de Tonya Harding me semble absurde. On ne s’est pas seulement insurgés parce que la bande à Harding a tabassé une concurrente : on s’est insurgés à l’époque parce qu’on s’était attaqué à la fille chérie du patinage, issue d’un bon milieu et qui le montrait bien en apparence. De plus, la seconde partie du film a tendance à pêcher justement parce que le réalisateur ne sait justement plus comment traiter ses thèmes et continue à s’acharner sur un humour qui finit par perdre son grinçant. En fait, en dehors de nous présenter Harding comme une grande victime qui fait tout pour rester debout jusqu’au bout, on a l’impression que Gillepsie ne sait plus quoi dire alors que les thèmes mis en place et mal exploités prouvent pourtant qu’il y avait de quoi rendre le propos bien plus consistant. En revanche, côté interprétations, Moi, Tonya ne comporte aucune fausse note. Margot Robbie livre une surprenante interprétation, confirmant bel et bien qu’elle est l’une des meilleures actrices de sa génération. Elle n’a pas volé sa nomination aux Oscars dans le rôle de Tonya Harding. Je n’aurais même pas protesté en cas de victoire (même si je suis très contente pour Frances McDormand pour son 3 Billboards). Sa partenaire Allison Janney (qui, elle, en a remporté un pour ce film en mars dernier), est également impeccable (et méconnaissable). Cela fait plaisir de voir cette actrice sous-estimée et sans cesse collée aux seconds rôles atteindre une certaine reconnaissance par la profession. Enfin, Sebastien Stan (le Bucky de Captain America) complète avec conviction ce trio de tête. Ayant le mérite de présenter un sport peu mis en scène au cinéma, Moi, Tonya est alors un anti-biopic intéressant notamment formellement mais oubliable parce qu’il n’exploite pas suffisamment ses différents thèmes mis en place, qui aurait pu rendre cette oeuvre bien plus puissante.

Moi, Tonya : Photo

[MC2018] I Don’t Feel At Home in This World Anymore

réalisé par Macon Blair

avec Melanie Lynskey, Elijah Wood, Jane Levy…

Film policier, comédie dramatique américain. 1h33. 2017.

sortie française (Netflix) : 24 février 207

Ruth Rimke est une infirmière dépressive et peu sûre d’elle. Suite à un cambriolage dans sa maison, face à l’inactivité de la police, elle se lance dans une enquête. Elle se fait aider par son voisin Tony afin de retrouver les cambrioleurs.

Macon Blair est l’acteur fétiche du jeune réalisateur ultra prometteur Jeremy Saulnier : Muder Party, Blue Ruin (un film important à mes yeux) et Green Room (une oeuvre remarquable avec le regretté Anton Yelchin). L’acteur américain, surtout vu dans des productions indépendantes (notamment avec le récent Florida Project où il interprétait, le temps d’une scène, le client d’une prostituée), passe pour la première fois derrière la caméra. I Don’t Feel At Home in This World Anymore (ouais, le titre est à rallonge et n’aidera certainement aux anglophobes à se réconcilier avec la langue de Shakespeare) a alors remporté le Grand Prix du Jury au festival de Sundance en 2017. Hélas, il connaît lui aussi une sortie directe sur Netflix, le sort désormais habituel de nombreux petits films. Connaître le cinéma de Saulnier peut être intéressant pour appréhender cette oeuvre de Macon Blair. Cela se ressent que Blair a puisé son inspiration chez le cinéaste qui l’a fait connaître (et accessoirement son meilleur ami depuis sa plus tendre enfance), que ce soit dans l’environnement dépeint, dans la facilité de changer de registre au sein du récit ou encore dans l’exposition même de personnages fragiles. Mais il ne cherche jamais à copier son pote tout comme il ne cherche pas non plus à copier d’autres grands noms. En effet, beaucoup n’ont pas hésite à comparer le film à l’univers des Coen, Ritchie ou Tarantino. Je ne sais pas si Blair a pensé à ces références en question mais je n’ai pas trouvé que son film ressemblait tant que ça aux oeuvres de ces grands noms (ou alors de loin et superficiellement). Si son film n’entrera pas au Panthéon des grands films (et n’a pas cette prétention), Macon Blair signe en revanche une oeuvre à la mise en scène autant efficace que personnelle, qui mérite le coup d’oeil. Sur le papier, rien de bien révolutionnaire dans cette histoire : une rencontre explosive entre deux losers (et évidemment l’union fait la force) dans un trou paumé et violent américain. On part alors d’une situation relativement banale (un simple cambriolage) qui prend de plus en plus d’énormes proportions.

Violence et humour noir combinés ensemble font également partie des ingrédients d’une recette classique mais qui fonctionnent pourtant indéniablement bien. A travers des changements de ton surprenants, le récit porte une progression détonante : la perte de contrôle de la situation amène un grain de folie, le film oscillant alors sans cesse entre le drame social et la comédie déjantée, en passant par le thriller. Macon Blair offre alors un regard sombre sur l’Amérique d’aujourd’hui (je vous promets de ne pas caler l’expression pénible « l’Amérique de Trump »), incapable de protéger ses citoyens, les conduisant à devoir faire justice eux-mêmes. Cela dit, et c’est peut-être aussi ce qui explique le charme et l’intérêt même de ce film, les personnages sont réellement intéressants : malgré un environnement violent, les poussant dans un engrenage brutal, les personnages sont inoffensifs. Ils auraient pu devenir des « méchants », or ils savent rester eux-mêmes et préserver leurs valeurs. Le film, plutôt bien rythmé, est alors un revenge movie-buddy movie, paradoxalement optimiste de ce point de vue-là. Enfin, le duo formé par Melanie Lynskey et Elijah Wood (j’ai toujours apprécié ces deux acteurs discrets et certainement sous-estimés) marche également du tonnerre, les personnages qu’ils incarnent étant très attachants et jamais surécrits comme cela peut arriver dans des films qui se veulent « excessifs ». Le regard posé sur ces personnages courageux est tendre : on ne se moque jamais de leur maladresse. Surtout, même si les personnages ne basculent pas du côté obscur, ils trouvent dans cette mission dangereuse un sens à leur existence morne. Si l’environnement n’est pas favorable, chacun peut prendre son destin en main. I Don’t Feel At Home in This World Anymore n’est pas forcément un film révolutionnaire et nouveau par rapport à son emballage formel, il ne restera pas non plus dans les annales (il lui manque certainement un je-ne-sais-quoi pour arriver à ce niveau) mais il a le mérite d’être une comédie noire plaisante et bien foutue et au contenu solide. Il s’agit d’un premier film réussi et on espère voir Macon Blair endosser de nouveau la casquette de réalisateur (même si je l’aime bien aussi devant). Et au passage, il s’agit selon moi d’un des meilleurs films par Netflix (et c’est regrettable qu’on ne mentionne pratiquement jamais alors qu’on nous bassine actuellement avec Okja et Annihilation qui seraient les meilleures oeuvres de la plateforme alors qu’il y a cette pépite en question).

The Disaster Artist

réalisé par James Franco

avec James Franco, Dave Franco, Seth Rogen, Alison Brie, Ari Graynor, Jacki Weaver, Josh Hutcherson, Zac Efron, Bryan Cranston, Sharon Stone, Melanie Griffith, Christopher Mintz-Plass, Judd Apatow, Megan Mullaly….

Comédie dramatique, biopic américain. 1h40. 2017.

sortie française : 7 mars 2018

En 2003, Tommy Wiseau, artiste passionné mais totalement étranger au milieu du cinéma, entreprend de réaliser un film. Sans savoir vraiment comment s’y prendre, il se lance … et signe THE ROOM, le plus grand nanar de tous les temps. Comme quoi, il n’y a pas qu’une seule méthode pour devenir une légende !

The Disaster Artist : Photo James Franco

The Room de et avec Tommy Wiseau (et même produit par Wiseau !) est devenu malgré lui un film culte grâce à sa légendaire médiocrité. Oui, j’ai regardé le film par pure curiosité il y a quelques années : il est certain que je m’en souviens bien pour de mauvaises raisons. Deux choses (contradictoires) me gênent dans ce phénomène The Room qui semble avoir particulièrement explosé cette année (avec la sortie du film de Franco). Soit on expose Wiseau comme une bête de foire durant des séances spéciales soit certains diront très sérieusement que Wiseau est justement un génie. Même le comportement de Wiseau est parfois problématique dans le sens où il a tenté de justifier son film catastrophique quelques années plus tard  en « expliquant » qu’il s’agissait soi-disant d’une comédie noire. Si je comprends qu’on parle encore de The Room, qu’on en rigole même, il ne faut juste pas oublier que c’est un avant tout un drame pitoyable vaguement inspiré des pièces de Tennesse Williams ! Greg Sestero, un des acteurs principaux de The Room (et accessoirement un des meilleures potes actuels de Wiseau), a co-écrit avec Tom Bissell l’ouvrage The Disaster Artist : Ma vie avec The Room, le film le plus génialement nul de l’histoire du cinéma, adapté donc par James Franco. Vu le phénomène autour de The Room, j’avais peur que Franco se moque lui aussi ouvertement de Tommy Wiseau. Franco est toujours respectueux avec cet homme dont on ne saura finalement jamais rien. On sent qu’il est même admiratif de son parcours et de sa personnalité hors normes. Franco se met dans la peau de Wiseau pour tourner The Room : non seulement il l’incarne (son imitation est plus que crédible tout en laissant émaner une certaine humanité), mais il a aussi réalisé et produit le film. De plus, Wiseau a calé dans l’aventure son meilleur ami Greg Sestero, Franco a alors mis ses amis et les amis de ses amis : son frère Dave Franco incarne avec conviction le meilleur ami (j’avais peur que ça soit bizarre de voir deux frères interpréter deux amis mais ça passe), sa belle-soeur Alison Brie (son personnage n’est hélas pas suffisamment exploité alors que sa rupture avec Sestero est clairement liée avec le tournage de The Room) ou encore ses amis (Judd Apatow, Seth Rogen…). The Disaster Artist a le mérite d’être un film fait avec le coeur, qui suit toujours sa propre logique et surtout, comme je le disais avant, bienveillant avec le personnage de Wiseau, alors qu’on aurait tendance à vouloir rire de lui.

The Disaster Artist : Photo James Franco

Cela dit, si l’ensemble reste pour moi plus que satisfaisant voire même plaisant, la bienveillance qu’a James Franco est finalement parfois problématique pour ne pas dire frustrante. A force d’éprouver de l’admiration pour Wiseau, Franco passe parfois à côté de certains des thèmes mis en place dans le scénario. Par exemple, l’axe concernant la relation entre Greg Sestero et sa copine est bâclé : elle montrait à l’origine comment l’amitié et les relations au travail entre Sestero et Wiseau ont plombé la vie privée du premier. Là on passe vite fait sur la rupture (et apparemment, le bouquin d’origine insiste davantage sur ce point pour appuyer la toxicité de ce tournage. Il est également dommage de ne pas avoir insisté davantage sur Wiseau qui ressemblerait presque à un personnage fictif vu sa bizarrerie et les mystères autour de sa vie (on serait presque ici dans l’anti-biopic sur le papier). Enfin, à force de se concentrer sur cette histoire d’amitié, le film passe aussi à côté de la carrière bousillée de Greg Sestero (enfin, même si dès le début, il ne faisait pas non plus preuve d’un grand talent) par cette amitié et ce tournage chaotique. Je pense aussi que The Disaster Artist est plutôt adressé aux spectateurs qui ont déjà vu The Room. Je ne dis pas qu’on ne peut pas apprécier le film de Franco sans l’avoir vu, et on le comprend heureusement sans l’avoir vu, surtout que Franco expose bien à la fin quelques images avec les véritables Wiseau et Sestero. Il reconstitue même, comme le montre sa dernière scène, qu’il a su reconstituer les scènes cultes de The Room pratiquement avec exactitude (la comparaison est visible avec les deux scènes côte à côté sur la même image se déroulant en même temps). Mais on sent tout de même que Franco exclut par moments ceux qui n’auraient pas vu The Room. En fait, The Disaster Artist est finalement un sympathique et inoffensif, romançant un peu trop la célébrité de Wiseau autour de The Room (en réalité, elle n’a pas été immédiate) qui expose une jolie success story à l’envers et une histoire d’amitié née autour de la lose. Mais il a du mal à aller plus loin, à être plus pertinent alors qu’il en avait les possibilités. Il s’agit donc d’un film intéressant mais qui ne restera pas dans les annales malgré un énorme potentiel pas suffisamment exploité.

The Disaster Artist : Photo

Hostiles

réalisé par Scott Cooper

avec Christian Bale, Rosamund Pike, Wes Studi, Adam Beach, Ben Foster, Rory Cochrane, Peter Mullan, Jesse Plemons, Paul Anderson, Timothée Chalamet, Stephen Lang, Q’Orianka Kilcher…

Western, drame américain. 2h13. 2017.

sortie française : 14 mars 2018

En 1892, le capitaine de cavalerie Joseph Blocker, ancien héros de guerre devenu gardien de prison, est contraint d’escorter Yellow Hawk, chef de guerre Cheyenne mourant, sur ses anciennes terres tribales. Peu après avoir pris la route, ils rencontrent Rosalee Quaid. Seule rescapée du massacre de sa famille par les Comanches, la jeune femme traumatisée se joint à eux dans leur périple.
Façonnés par la souffrance, la violence et la mort, ils ont en eux d’infinies réserves de colère et de méfiance envers autrui. Sur le périlleux chemin qui va les conduire du Nouveau-Mexique jusqu’au Montana, les anciens ennemis vont devoir faire preuve de solidarité pour survivre à l’environnement et aux tribus comanches qu’ils rencontrent.

Hostiles est un excellent film – pour l’instant le meilleur que j’ai vu au cinéma en 2018 (et de loin) – et bien plus encore. Je le considère déjà comme un chef-d’oeuvre et sachez que je désigne rarement un film tel quel dès sa sortie en salles. Si j’ai souvent des coups de coeur et émotion depuis que je vais régulièrement au cinéma, Hostiles est en réalité un des seuls films de ces dernières années qui m’a autant bouleversée. Sur le papier, l’histoire est pourtant assez classique voire même prévisible dans un sens : l’armée américaine a été en guerre avec différentes tribus indiennes depuis plus d’une centaine d’années. Sauf que le changement a bien lieu en 1892, les guerres indiennes étant désormais terminées. Et évidemment, alors qu’ils ont toujours été ennemis, les personnages issus des deux camps vont finalement se réconcilier. Le traitement choisi par Scott Cooper (Les Brasier de la Colère, Crazy Heart) n’est pourtant jamais mièvre ni manichéen. Tout est absolument nuancé dans ce film et surtout où les contradictions permettent de faire naître une émotion discrète mais omniprésente tout le long du film (jusqu’à sa dernière scène, qui m’a fait exploser en larmes) : le beau naît dans la noirceur voire même la mort omniprésente dans le coeur des vivants. Hostiles met en scène l’histoire d’une Amérique violente mais aussi mélancolique face à la fin d’un monde qui n’a épargné personne mais qui peut renaître, comme le genre auquel ce film appartient, le western. La citation de l’auteur D. H. Lawrence située au tout début du long en dit long sur l’Amérique (et elle est encore vraie à l’heure actuelle) : « L’âme américaine est dure, solitaire, stoïque : c’est une tueuse. Elle n’a pas encore été délayée ». La violence des hommes n’est jamais excusée, mais elle est inévitable selon le contexte. Mais s’il y a violence, le contraire peut aussi exister. Finalement, le voyage du Nouveau-Mexique au Montana traduit le chemin d’un voyage intérieur nécessaire pour aller de l’avant, pour pardonner et pour chercher la rédemption. Mais comme le rappelle la citation de Lawrence, la solitude (une conséquence de la violence) est aussi ce qui condamne les personnages qui vivent pourtant une expérience collective, elle nuance considérablement le propos et surtout le sort des personnages. Ainsi, les personnages sont décimés au fur et à mesure du film : presque une image à elle-seule de ce qu’était l’Amérique à cette époque, paradoxalement un pays en pleine construction.

Hostiles : Photo Christian Bale, Wes Studi

Ces personnages terriblement humains, jamais jugés, prenant conscience de ce qu’ils sont, de leurs souffrances, de ce qu’ils ont pu faire uniquement par haine et de leurs liens avec les autres, nous foudroient en plein coeur. L’émotion naît aussi à partir de cette violence qui nous répugne. Surtout l’esthétique même du film, soulignant un retour à la nature dans tous les sens du terme, contribue aussi à notre sensibilité. La brutalité est omniprésente notamment la décimation même du groupe tout le long du film, elle-même évolue : la violence et la souffrance seront toujours là, on use désormais de la violence pour d’autres raisons, notamment pour protéger ou tout simplement pour se défendre. Paradoxalement, les images, sublimés par une fantastique photographie, sont pourtant de plus en plus apaisantes et surtout solaires. Les plans sont soignés depuis le début mais ils semblent encore plus marquants et posés à un certain stade du film, allant dans le même sens que les personnages, eux-mêmes en quête d’une quiétude. Hostiles démarre alors avec une séquence d’attaque traumatisante et se termine sur une scène douce et déchirante. Tout ce cheminement autant émotionnel qu’intellectuel doit aussi beaucoup à la qualité des dialogues, sachant percuter comme il le faut tout en restant sobre, et surtout par ses silences entre les personnages et les regards qu’ils s’échangent, voire même leurs comportements gestuels (comment ne pas s’émouvoir devant cette simple poignée de mains ?). Christian Bale est souvent connu pour ses rôles à transformation corporelle. Ici, sans avoir fait de régime particulier (en tout cas pas affiché), il se contente d’un habit de militaire, qu’il finira petit à petit par retirer, marquant le retour à son humanité profonde. L’acteur gallois ne cherche pas à se déguiser ou à être excessif (ce n’est pas une remarque négative vu que j’adore cet acteur). Il est sobre, ce qui est rare chez lui ou dans les personnages qu’il compose. Et il livre pourtant l’une des belles interprétations de sa carrière, confirmant qu’il est définitivement un grand acteur. Rosamund Pike est également épatante, son personnage étant également très bien écrit (ils le sont tous mais je tenais tout de même à souligner l’exploit vu que les personnages féminins dans le cinéma américain grand public ne bénéficient pas toujours de cette qualité). Wes Studi complète également merveilleusement bien ce trio de têtes. Porté par la partition époustouflante de Max Richter, Hostiles est un bouleversant western humaniste, mêlant autant l’histoire collective que l’histoire intime, le spectaculaire avec l’intériorité profonde, la mort et la souffrance avec la reconstruction et l’apaisement. Grandiose.

Hostiles : Photo Rosamund Pike, Tanaya Beatty

Ghostland

réalisé par Pascal Laugier

avec Crystal Reed, Emilia Jones, Taylor Hickson, Anastasia Phillips, Mylène Farmer, Rob Archer, Kevin Power…

Film d’épouvante-horreur français, canadien. 1h31. 2018.

sortie française : 14 mars 2018

interdit aux moins de 16 ans

Suite au décès de sa tante, Pauline et ses deux filles héritent d’une maison. Mais dès la première nuit, des meurtriers pénètrent dans la demeure et Pauline doit se battre pour sauver ses filles. Un drame qui va traumatiser toute la famille mais surtout affecter différemment chacune des jeunes filles dont les personnalités vont diverger davantage à la suite de cette nuit cauchemardesque.
Tandis que Beth devient une auteur renommée spécialisée dans la littérature horrifique, Vera s’enlise dans une paranoïa destructrice. Seize ans plus tard, la famille est à nouveau réunie dans la maison que Vera et Pauline n’ont jamais quittée. Des évènements étranges vont alors commencer à se produire…

Ghostland : Photo Crystal Reed, Mylène Farmer

Attention : SPOILERS tout le long de mon billet

Le cinéma d’horreur, pourtant riche, regorge pourtant un peu trop souvent des films moyens voire même médiocres. Qu’on s’attarde sur Ghostland, le dernier long-métrage de Pascal Laugier (Martyrs) n’a alors rien d’étonnant et pas uniquement parce qu’on trouve notre Mylène nationale au casting (je suis certaine que ça peut expliquer son bon score au box-office français). Je ne pourrais pas dire ce je-ne-sais-quoi qui manquerait à Ghostland pour qu’il atteigne le statut de l’excellence. Mais il s’agit indéniablement d’une réussite, qui mérite ses trois récompenses au festival de Gérardmer (Grand Prix, Prix du Jury et Prix du Jury SyFy). Pascal Laugier aurait pu aisément se péter la gueule, c’est même ce que je me suis dit à plusieurs reprises pendant le film : comme par hasard, les deux méchants du film, qui ont une fascination étrange pour les poupées (et jamais expliquée), peuvent attaquer leurs victimes, la famille Keller, dans une maison décorée avec que des poupées. On peut se méfier des films qui utilisent certains procédés pour justifier certains événements dans le scénario. Toujours peur qu’ils cachent des lacunes de mise en scène ou de scénario. Ce n’est pas du tout le cas : au contraire, le film fonctionne grâce à eux. La double lecture est certainement le point fort de cette oeuvre plus exigeante qu’on pourrait le croire. Ainsi, une partie du film nous expose Beth tirée d’affaire après son terrible traumatisme vécu à l’adolescence avec sa soeur Vera et sa mère. Adulte, elle est enfin l’écrivaine de romans d’horreur reconnue qu’elle a toujours rêvé d’être, lui permettant également d’exorciser son passé par l’écriture. Puis, sous forme de « twist » (le fameux mot magique), le film nous rappelle alors la triste réalité : Beth n’est pas encore une adulte.  Le spectateur assisterait alors toujours à son drame. Pendant son calvaire, elle se plonge dans son futur fantasmé, notamment en discutant plus tard avec son auteur préféré Lovecraft. Rêver de sa vie à ce point pendant un tel drame en parallèle paraît un peu gros voire même peu crédible, il faut l’admettre. Mais il n’existe pas que cette lecture premier degré. Deuxième possibilité, qui rend Ghostland encore plus remarquable : se dire que le récit mélange le présent et ce futur possible, qui collerait alors lui-même avec le binôme fiction/réalité. En effet, Beth dit qu’elle aime écrire, ce qui peut sous-entendre que ses futurs écrits s’inspireront de son vécu, tout comme on peut admettre qu’elle a bel et bien réalisé ce fantasme présent dans sa projection la « protégeant » psychologiquement de ce qu’elle était en train de vivre dans la maison.

Ghostland : Photo Emilia Jones

Autre possibilité à envisager : un mélange même entre le roman qu’elle a pu éventuellement écrire (et globalement la fiction) et la réalité. Si on peut aussi tout à fait admettre que Beth ne sera jamais écrivaine (et qui n’est pas à écarter), la citation fictive qu’elle aurait écrit sur Lovecraft (auteur phare du roman d’horreur, souvent vaguement associé aux questions autour de la folie et de la réalité), s’affichant au tout début du film, semble pourtant nous aiguiller sur la piste de la possibilité de cette réalisation. Par ailleurs, le film devait à l’origine s’intituler Incident in a Ghost Land… comme le titre de l’ouvrage de Beth dans son rêve/futur possible (?). Ces différents procédés s’entremêlant entre des frontières volontairement floues, pourraient aussi expliquer pourquoi certains éléments pourraient paraître grossiers au premier abord. Par exemple, les méchants sont ultra caricaturaux : une grosse bête de 2 mètres de haut qui ressemble plus à un ogre qu’à un humain et un travesti surnommé à un moment par l’une des deux gamines « la sorcière ». Dans un sens, ils sont déguisés comme ils font avec leurs victimes en les transformant en poupées humaines. Mais cette exagération de leur caractérisation peut aussi être reliée à la part fictive de l’histoire dans l’histoire : Ghostland peut aussi être vu comme un conte dans sa définition la plus extrême. Le conte fait peur, il est violent (le film est par ailleurs plus violent qu’effrayant) et aborde des thèmes très adultes dissimulés dans un univers qui a l’air « enfantin » (à l’origine, la maison de poupées peut être associée à l’enfance). Le viol est évidemment au coeur de cette oeuvre. Pourtant, et on peut remercier l’intelligence de Laugier sur ce point, il ne nous montre jamais rien. Même mieux, rien ne nous le dit explicitement. Pourtant, par touches, par son talent de mise en scène tout simplement, il parvient à parler de la pire des horreurs. Le travail de mise en scène est également habile avec l’utilisation des poupées tout le long du film. La poupée joue alors plusieurs rôles : elle provoque évidemment la peur et le malaise, tout comme elle est parfois étonnamment « drôle » dans une scène surchargée en tension, elle symbolise le viol et plus généralement la maltraitance envers les filles : la figure de la poupée est alors autant effrayante que protectrice. Bien interprété avec un casting majoritairement féminin (et même Mylène Farmer s’en sort plus que bien !), possédant une mise en scène habile et un scénario malin, Ghostland est un film qui saisit toutes les possibilités de l’horreur, aussi bien dans sa forme avec des jumpscares, certes parfois prévisibles mais tout de même efficaces par moments, que dans son fond, plus intime et encore plus dérangeante.

Ghostland : Photo

Annihilation

réalisé par Alex Garland

avec Natalie Portman, Jennifer Jason Leigh, Tessa Thompson, Gina Rodriguez, Tuva Novotny, Oscar Isaac, Benedict Wong…

Science-fiction, thriller américain. 1h55. 2018.

sortie française (Netflix) : 12 mars 2018

Lena, biologiste et ancienne militaire, participe à une mission destinée à comprendre ce qui est arrivé à son mari dans une zone où un mystérieux et sinistre phénomène se propage le long des côtes américaines. Une fois sur place, les membres de l’expédition découvrent que paysages et créatures ont subi des mutations, et malgré la beauté des lieux, le danger règne et menace leur vie, mais aussi leur intégrité mentale.

Annihilation : Photo Gina Rodriguez, Jennifer Jason Leigh, Natalie Portman, Tessa Thompson, Tuva Novotny

Il est toujours délicat de critiquer violemment, suite à un rejet profond de ma part, une oeuvre indéniablement ambitieuse sur tous les points. J’ai envie d’anéantir le film que je vais critiquer aujourd’hui (ahah je fais des jeux de mots tout pourris pas du tout originaux) tout en ayant conscience qu’il y a certainement d’autres merdes à réellement fouetter. Peut-être qu’un jour je vous écrirai une chronique pour vous parler de ces films acclamés qui m’ont incroyablement énervée. Comme vous l’avez compris, j’ai profondément détesté Annihilation, le second long-métrage d’Alex Garland (enfin, officiellement, car il paraît que Judge Dredd serait en réalité son premier avant Ex-Machina). Certes, il ne méritait pas de finir chez nous directement sur Netflix. Quoiqu’on en dise, il a été conçu pour être vu dans une salle de cinéma. Le parcours de ce film a été compliqué : jugé « trop compliqué » et « trop intellectuel », et Garland ne souhaitant pas de faire de compromis, n’a pas fait de modifications contrairement à ce qu’on lui a suggéré et assume son oeuvre telle qu’elle. Le long-métrage sort alors dans les salles américaines, canadiennes et chinoises tandis qu’il finit sur Netflix dans le reste du monde. Autre bon point intéressant sur le papier : le casting principal est majoritairement féminin et divers (autant sur les âges que sur leurs origines géographiques). Cela dit, les bonnes intentions n’excusent pas tout. Adapté du roman éponyme de Jeff VanderMeer (qui constitue le premier volume de la « trilogie du Rempart Sud »), Annihilation représente absolument tout ce que je peux détester au cinéma : des films faussement intelligents, s’auto-criant au chef-d’oeuvre. Je n’ai pas pu m’empêcher de faire le rapprochement avec d’autres films que je déteste pour pratiquement les mêmes raisons : The Fountain et Mother! de mon ennemi juré Darren Aronofsky ou encore Under the Skin de Jonathan Glazer (avec Scarlett Johansson, qui m’insupporte autant que Natalie Portman – qui a déjà tourné sous Aronofsky : oui, les gens, j’établis le lien jusqu’au bout !). Dans un sens, je reste cohérente avec mes propres idées et surtout la vision que j’ai certainement du cinéma. Je ne reproche pas l’ambition du film mais ce trait-là n’a jamais empêché à des oeuvres réellement profondes d’avoir un minimum d’humilité  : or c’est ce qui manque pour moi à ce film très prétentieux (comme Aronofsky, Garland a l’air de se prendre pour le génie de notre siècle en s’applaudissant à la moindre pseudo trouvaille aussi subtile que le déplacement d’un hippopotame) qui accumule pourtant un certain nombre de points noirs.

Annihilation a été jugé « trop intello » et « compliqué », ce qui explique pourquoi on crie déjà au chef-d’oeuvre, alors qu’il n’est pour moi ni l’un ni l’autre. Difficile pour moi de voir là-dedans une quelconque oeuvre expérimentale, sensorielle et contemplative (je ne fais que reprendre les termes que j’ai lus à droite et à gauche). J’ai surtout eu l’impression d’assister à un très long épisode de The Walking Dead sans rythme, découpé très banalement en chapitres et entrecoupé de flashbacks qui n’aident finalement pas à cerner plus que ça les personnages. Les personnages justement sont pour moi problématiques, peut-être un des éléments qui plombe considérablement le film. Sous prétexte que le film joue sans cesse avec des symboles, métaphores, représentations ou je-ne-sais-quoi encore, les personnages sont juste creux et inintéressants comme c’est pas permis. Alors que j’aurais dû être emballée par ces personnages féminins qui semblent allier à la fois atouts physiques et intellectuels, elles m’ont toutes consternées par leurs réactions, accentuant certains clichés (comme le personnage d’Anya, qui devient très vite « la lesbienne de service ») ou leur manque de développement, étant donné qu’elles sont surtout des personnages-fonctions. Je me suis totalement fichue de leurs sorts et souffrances, tout comme je m’en foutais éperdument face à leurs disparitions. Sans surprise, j’ai toujours un mal fou avec Natalie Portman, mais les seconds rôles sont tellement insupportables et même pas bien joués (j’épargne un peu Jennifer Jason Leigh) que j’ai fini par relativiser sur son interprétation, même si elle ne m’a pas convaincue non plus. Surtout, en dehors de la biologiste Lena (également ex-militaire), qui veut comprendre ce qui est arrivé à son mari, nous ne savons pas ce qui motivent ces femmes sans aucun entraînement militaire et physique en général à aller sur cette mission-suicide : on pourra toujours me rétorquer que c’est certainement pour ça qu’elles se détruisent vu qu’elles n’ont pas de but, qu’elles souffrent etc. Encore une fois, tout justifier sous prétexte qu’il s’agit d’une métaphore finit très vite par agacer, comme si on devait justifier sans cesse l’injustifiable. La liste continue de s’allonger sur les personnages. Elles ne portent pas de gants ni masques pour faire certains prélèvements ou pour se protéger d’un air opaque. Elles n’ont pas l’air de savoir comment se servir d’armes et surtout elles n’ont pas l’air de stresser plus que ça dans cet univers certes parfois hyper joli mais tout de même hostile, inquiétant et dangereux. Il faut tout de même rappeler que la précédente mission, avec des militaires expérimentés, a été un énorme échec. Là, on a limite l’impression qu’elles sont dans Ghostbusters

Annihilation : Photo

Je veux bien admettre que le monde va très mal (et encore, les explications restent assez floues), tout comme les pseudo-métaphores mises en place, mais un peu de crédibilité autour des personnages n’aurait pas fait de mal. Il est également difficile de s’attacher à des personnages dont on connaît déjà le triste sort : Lena l’annonce dès le début dans un lieu qui ressemble à un hôpital psychiatrique (bonjour la métaphore pas fine). Rien n’est fait dans le film pour qu’on oublie cette information. J’aurais tellement voulu trembler pour les personnages mais cela n’est jamais arrivé. Enfin, pour finir sur la partie concernant les personnages, je n’ai pas non plus compris comment l’une d’entre elles est parvenue à attacher toute seule ses autres camarades, j’ai même cru que j’avais raté une scène. Parlons également de l’esthétique de ce film, qui n’a échappé à personne : certaines séquences sont indéniablement très belles et travaillées, des plans le sont aussi, la danse finale même est très réussie. Il est certain qu’il y a aussi des choix de mise en scène significatifs. Je ne remets de toute façon pas ces éléments en cause, tout comme je ne les ai jamais remis en cause dans les films que je déteste pourtant profondément cités plus haut. Cela dit, je pensais être plus emballée par l’esthétique du film (je pensais sincèrement être plus émerveillée par le résultat) et surtout… on en parle de l’horrible crocodile fait avec des effets spéciaux qui semblent dater des années 90 ? Et de l’ours (même si le cri à coup de voix humaines est bien trouvé, je l’admets) ? Enfin, depuis tout à l’heure, je ne fais qu’évoquer les fameuses métaphores décevantes : effectivement, de quoi parle Annihilation ? La dépression est évidemment un thème détectable à des millions de kilomètres, comme s’il justifiait d’ailleurs à lui seul le terme de chef-d’oeuvre. Mais plus globalement, cette oeuvre serait une sorte de récit initiatique où la réelle survie concerne surtout celle de la psyché. Elle met aussi en avant la déchéance de l’homme qui s’autodétruit sur tous les plans (physiquement, dans la vie privée…), la Terre se renouvelant par la destruction ou encore le couple qui se retrouve après avoir traversé des épreuves. Bref, sur le papier, les thèmes abordés dans Annihilation sont évidemment intéressants, mais ils ne deviennent jamais pertinents à l’écran par des parallèles surappuyés à cause d’une écriture très décevante. Le potentiel de réflexion ne passe alors pas principalement à cause d’un manque d’humilité, de subtilités et surtout cohérences dans l’écriture.

Annihilation : Photo Natalie Portman

Newness

réalisé par Drake Doremus

avec Nicholas Hoult, Laia Costa, Pom Klementieff, Jessica Henwick, Danny Huston, Matthew Gray Gubler…

Drame, romance américain. 1h52. 2017.

sortie française (Netflix) : 6 février 2018

Séance commune avec Lilylit

L’histoire d’un couple dans un Los Angeles contemporain, en prise avec la culture des rencontres en ligne et les réseaux sociaux.

Newness : Photo

Drake Doremus n’est pas encore d’un grand réalisateur (le sera-t-il un jour ? C’est tout le mal qu’on peut lui souhaiter). Mais son travail ne me laisse jamais indifférente : j’ai toujours envie de suivre son travail de près au fil des années. Une certaine honnêteté et une pointe d’intelligence et de délicatesse sont perceptibles dans son cinéma. Surtout, ce réalisateur a le mérite d’avoir un univers bien à lui (ce qui n’est pas donné à tout le monde même quand on a du talent), que ce soit à travers ses thèmes (des relations d’amour perturbées et/ou malsaine), avec un véritable sens de l’esthétique (assez froid – le bleu semble décidément être sa couleur phare). Décidément, ses longs-métrages ont toujours du mal à être distribués en France (traduction : ils ne sont jamais sortis dans une salle obscure chez nous, les distributeurs privilégiant sans cesse la VOD à la place). Même si j’ai à chaque fois quelques reproches à faire à ses longs-métrages (je suis une chieuse, c’est bien connu), j’y adhère tout de même toujours un minimum. Surtout, je trouve cela regrettable qu’ils ne parviennent pas à être projetés dans les cinémas : je suis certaine que cela permettrait à Doremus d’être un réalisateur davantage connu en France – en tout cas il le mériterait. Drake Doremus est fasciné (traumatisé ?) par les couples d’aujourd’hui, principalement âgés entre 20 et 30 piges. Il avait déjà dénoncé les complications d’un amour à distance dans Love Crazy avec Anton Yelchin (à noter au passage la dédicace à l’acteur décédé trop jeune à la fin de Newness). La difficulté d’afficher ses sentiments dans une société aseptisée était au coeur de sa jolie tentative SF Equals (avec déjà à l’affiche Nicholas Hoult). On pense aussi à Breathe In qui, à travers une romance entre une jeune étrangère (l’habituée Felicity Jones) et un quadragénaire, expose les failles d’un couple et d’une famille au bord de la crise de nerfs qui se réfugie aussi derrière des illusions. Newness entre logiquement dans la filmographie du réalisateur. En effet, Doremus s’attaque désormais aux applications (et sites) de rencontre. S’ils peuvent permettre à deux êtres de se rencontrer et de vivre des choses ensemble, le constat sur ces applis reste amer. Les personnages l’utilisent quand ils s’ennuient, que ce soit durant leur célibat ou lorsqu’ils sont en couple : qu’est-ce qui le plus inquiétant entre les deux ?. Alors que le téléphone est l’outil représentant la communication, il sert aux personnages à fuir leurs relations au lieu de les résoudre en se parlant.

L’ensemble m’a plutôt plu dans le sens où Drake Doremus cerne plutôt bien le fonctionnement compliqué et malsain des jeunes couples que ce soit à cause de la technologie ou même à cause de leur vision de l’amour et du sexe (je ne veux pas non plus faire de généralités mais il faut avouer que le constat reste alarmant). A plusieurs reprises je me suis dit « mais oui, c’est tellement ça ! ». On me dira que je juge les personnages et leur mode de vie, cela n’est pas entièrement faux. Au début, les personnages m’ont réellement irritée, j’avais l’impression que je devais en vouloir au film plus globalement. Mais je me suis aperçue plus tard que c’était peut-être un choix de la part du réalisateur pour nous faire réagir : il fallait accepter que les personnages puissent faire de mauvais choix et réfléchir comme leurs pieds gauches. Cela dit, ce long-métrage comporte bien pour moi quelques réels défauts, même si, là encore, j’ai eu du mal au début à savoir s’il s’agissait de points négatifs ou positifs. La place du sexe est pour moi autant intéressante que problématique, comme si le réalisateur n’avait pas totalement su trancher. Le sexe se justifie dans le sens où ces sites de rencontre sont avant tout des catalogues pour assouvir des besoins, pas réellement pour construire une relation amoureuse avec quelqu’un. Il y a un côté « zapping » qui inquiète. Le sexe est aussi une solution pour fuir ses problèmes, comme ces sites de rencontre : la limite entre les deux est presque volontairement floue. Cela dit, même si la démarche est compréhensible, le scénario semble justement atteindre ses limites en nous proposant systématiquement le schéma suivant : dispute, sexe, conflit, baise. On ne peut en tout cas pas passer à côté de la qualité des interprétations. Le couple formé par Nicholas Hoult et Laia Costa (la fabuleuse actrice espagnole de l’épatant long-métrage allemand en plan-séquence Victoria de Sebastian Schipper) est tout simplement évident. Leur attachement l’un à l’autre tout comme la fusion plus charnelle qui les unit crèvent les yeux. Hoult et Costa ont d’autant plus de mérites en incarnant des personnages relativement peu sympathiques. Plutôt bien mis en scène, Newness parvient donc à nous intéresser et à toucher grâce à son sujet actuel, n’hésitant pas à plonger ses personnages dans un monde qui provoque le malaise parce que ce monde décrit est malheureusement si vrai. Hélas, Newness semble pas totalement abouti à cause d’une écriture parfois maladroite malgré ses quelques pertinentes idées.

Lady Bird

réalisé par Greta Gerwig

avec Saoirse Ronan, Laurie Metcalf, Tracy Letts, Lucas Hedges, Timothée Chalamet, Beanie Feldstein, Lois Smith…

Comédie dramatique américaine. 1h34. 2017.

sortie française : 28 février 2018

Christine « Lady Bird » McPherson se bat désespérément pour ne pas ressembler à sa mère, aimante mais butée et au fort caractère, qui travaille sans relâche en tant qu’infirmière pour garder sa famille à flot après que le père de Lady Bird a perdu son emploi.

Lady Bird : Photo Danielle Macdonald, Saoirse Ronan

L’actrice Greta Gerwig, certainement une des figures les plus emblématiques du cinéma indépendant américain (Frances Ha de Noah Baumbach, To Rome With Love de Woody Allen ou encore 20th Century Women de Mike Mills), était déjà passée derrière la caméra accompagnée par Joe Swanberg (désormais connu pour avoir crée la surprenante série Easy). Ils avaient alors co-réalisé Hannah Takes the Stairs et Nights and Weekends. Cette fois-ci, Gerwig se retrouve seule à la réalisation avec ce Lady Bird, lauréats des Golden Globe de la meilleure comédie et de la meilleure actrice dans une comédie. Pour la première fois également, dans le cadre d’une réalisation, elle ne passe plus devant la caméra. Lady Bird était certainement un projet qui devait tenir à coeur pour la réalisatrice vu qu’elle puise beaucoup dans son propre vécu. En effet, comme son héroïne Christine (qui veut qu’on la surnomme Lady Bird), elle a vécu à Sacramento et est allée dans une école catholique pour filles. Sa mère (c’était elle qui s’appelait Christine pour la petite anecdote) était, comme le personnage de Laurie Metcalf, infirmière. Cela dit, Gerwig ne veut pas qu’on voit Lady Bird comme une pure autobiographie malgré ces éléments intéressants à connaître pour appréhender la démarche plus intime : elle dit elle-même que sa Lady Bird est une sorte d’alter-ego fantasmée. La sincérité du projet est réellement touchante, tout comme l’amour que la réalisatrice porte pour Sacramento, enjolivée par une chouette photographie à l’argentique. En dehors des derniers mouvements #MeToo qui peut expliquer le comment du pourquoi, il est étonnant (et un peu énervant) de voir la réalisatrice nommer dans la catégorie « meilleurs réalisateurs(trices) » alors que la mise en scène, tout juste correcte pour rester gentille (on sent Gerwig appliquée mais ça n’excuse pas tout), n’est certainement pas le point fort de ce long-métrage. L’écriture est ce qui anime Greta Gerwig, cela se ressent, notamment dans la description des relations entre Christine et sa mère (pour la petite anecdote, le film devait à l’origine se nommé « Mères et filles »). C’est certainement l’élément le plus intéressant de ce film honnête mais assez banal et manquant d’enjeux. Gerwig réussit plutôt bien à exposer les rapports complexes entre la fille et la figure maternelle, entre amour profond et conflit, ce dernier certainement lié à des problèmes de communication. Le choix du pseudo de l’héroïne pourrait également paraître lourd avec cette métaphore de quitter le nid et de prendre son envol (tout comme, au passage, la fin où elle accepte finalement son véritable prénom). Pourtant, en fouillant bien, ce choix est un peu plus creusé.

Lady Bird : Photo Saoirse Ronan

Le pseudo « Lady Bird » marque évidemment la rupture avec la famille (c’est elle qui prénomme l’enfant) tout comme il peut être en lien avec la tradition catholique (notre héroïne est scolarisée dans une école religieuse). En effet, chez les chrétiens, le nom de confirmation est aussi ce qui vous fait basculer dans la vie d’adulte, comme le cherche Christine (au prénom déjà littéralement christique). Mais on peut aussi voir aussi dans ce « Lady Bird » un nom de rockstar. Et dans un sens, cette Christine est aussi une petite rockstar à sa façon (en tout cas cherche parfois à l’être), rebelle aux cheveux grossièrement colorés en rouge. Malgré tous ces bons points intéressants, je ne sais pas si je commence à ressentir une certaine lassitude d’un certain cinéma indépendant américain, mais la sauce n’a pas tellement pris. Greta Gerwig ne renouvelle pas non plus le teen-movie (genre qui, de toute façon, a du mal à trouver un nouveau souffle). On retrouve alors tous les mêmes clichés possibles de ces deux visions du cinéma : le ton pseudo cynique, une scène de fête, la première relation sexuelle, la copine qui a des problèmes de poids (elle se fâche puis finalement non, parce que l’héroïne retrouve le droit chemin des valeurs et tout ça), la peste superficielle (qui, forcément, baise beaucoup), le beau gosse pseudo artiste et philosophe alors que – spoilers – c’est un connard. Pour ne rien arranger, le film a beau ne pas dépasser les 1h30, des longueurs se font clairement sentir (heureusement, la seconde partie est un peu plus intéressante). Bref, même si l’ensemble n’est pas mauvais et qu’il y a même des points défendables, j’ai un peu du mal à comprendre pourquoi ce film en particulier, et pas un autre du même genre, atterrit aux Oscars, pourquoi il semble être au coeur d’une hype (comme trop de films actuellement – un par semaine, on en est là). Lady Bird n’a donc rien du film absolument génial qu’on loue tant depuis des lustres même s’il y a des choses intéressantes. L’ensemble est alors trop anecdotique et manque d’universalité pour convaincre réellement. Il doit beaucoup à la qualité de son casting. Saoirse Ronan endosse le rôle de « Lady Bird » comme un gant, elle parvient à rendre son personnage, pourtant antipathique et aux problèmes limités, attachant. Décidément, depuis ses débuts, l’actrice irlandaise ne me déçoit pas, bien au contraire. Le talent de Laurie Metcalf (qu’on voit un peu partout dans des films et séries, comme Desperate Housewives ou Scream 2) est également enfin reconnu, cela fait plaisir. Ensemble, Ronan et Metcalf produisent au moins quelques jolies petites étincelles.

Lady Bird : Photo Saoirse Ronan

Phantom Thread

réalisé par Paul Thomas Anderson

avec Daniel Day-Lewis, Vicky Krieps, Lesley Manville, Camilla Rutherford, Brian Gleeson…

Drame américain. 2h11. 2017.

sortie française : 14 février 2018

Dans le Londres des années 50, juste après la guerre, le couturier de renom Reynolds Woodcock et sa soeur Cyril règnent sur le monde de la mode anglaise. Ils habillent aussi bien les familles royales que les stars de cinéma, les riches héritières ou le gratin de la haute société avec le style inimitable de la maison Woodcock. Les femmes vont et viennent dans la vie de ce célibataire aussi célèbre qu’endurci, lui servant à la fois de muses et de compagnes jusqu’au jour où la jeune et très déterminée Alma ne les supplante toutes pour y prendre une place centrale. Mais cet amour va bouleverser une routine jusque-là ordonnée et organisée au millimètre près.

Phantom Thread : Photo Vicky Krieps

Réalisateur de plusieurs bijoux (There will be blood, Magnolia), Paul Thomas Anderson signe son grand retour (je m’étais un peu embrouillée avec lui sur The Master) tout comme il signe celui du gigantesque Daniel Day-Lewis. L’acteur triplement oscarisé a déclaré qu’il s’agirait de son dernier film. On ne sait pas si sa retraite sera réellement définitive (il l’avait déjà prise il y a quelques années avant de reprendre le boulot et de choper d’autres Oscars) mais finir éventuellement sur cette sublime touche est certainement le rêve de nombreux acteurs. Premier film du cinéaste américain à l’étranger, Phantom Thread est a priori un film très classique, que ce soit sur le plan narratif ou sur esthétique. En effet, dans un décor luxueux et millimétré, le tout avec des costumes et décors à tomber par terre, il raconte une histoire d’amour entre un grand couturier et sa muse. Pourtant, et c’est certainement ce qui rend ce grand film aussi puissant, c’est qu’il n’est justement pas aussi classique qu’il en a l’air. On y verrait presque une mise en abyme avec ce monde d’apparences : là c’est la même chose, ne vous fiez pas à ses apparences de simple film classique (même si tout le film semble couler de source). Le long-métrage aurait pu se contenter d’exposer de banales différences entre ces deux individus (âge, classe sociale, attitudes…), c’est en tout cas ce qu’on croit voir au début avant de découvrir finalement une Alma révélant la folie qui se cache en elle. Reynolds et Alma sont des personnages bien plus complexes, autant fascinants que dérangeants par leur attitude ou leur répondant. Paul Thomas Anderson nous présente une histoire d’amour toxique : cela est autant perturbant qu’émouvant. L’amour que Reynolds porte pour son art (qui passe donc par l’amour qu’il a pour sa muse, effaçant la notion de bien-aimée) est aussi fou que celui qu’a Alma pour Reynolds, sous syndrome de Münchhausen. Se faire du mal est ce qui permet à chacun de s’attirer, de se prouver leur amour et leur attachement alors que tout les oppose. Phantom Thread joue sans cesse avec ces oppositions qui s’attirent pour ne former plus qu’un ensemble torturé, entremêlé et sublime à la fois. Le lien entre l’artifice et le naturel est certainement au coeur de ce long-métrage, guidant alors la relation entre les personnages. Le monde artificiel et ultra millimétré de Reynolds (couture, politesse, langage pointu, habitude en général – les scènes de petit-déjeuner sont à la limite du délirant) va se confronter puis se mêler à l’univers d’Alma (presque un synonyme à elle-seule de désordre, telle une gamine qui finit par bouder). Relevée par une excellente photographie (par PTA himself !), les choix esthétiques d’une grande précision et jamais hasardeux se confrontent également entre la froideur d’un monde luxueux et figé (proche du papier glacé dans un magazine) et une certaine chaleur qui prend forme durant les scènes de maladie.

Phantom Thread : Photo Daniel Day-Lewis, Vicky Krieps

La place de la nourriture est également importante et évidente dans ce long-métrage : cela surprend au premier abord d’en voir autant, au point de jouer un rôle narratif essentiel, dans un film qui dont le personnage principal possède une vision très particulière sur la beauté et la perfection des corps. Reynolds refuse de manger de la nourriture grasse, il ne faut d’ailleurs pas le déranger au petit-déjeuner, le bonhomme en sera alors fortement irrité tout le long de la journée. Pourtant, sa rencontre avec Alma se déroule dans le restaurant dans lequel elle travaille : il commande un nombre improbable de plats, comme s’il avait littéralement faim d’elle (la nourriture serait presque synonyme de scènes de sexe, complètement absentes). Les aliments vont aussi jouer un rôle central dans la névrose d’Alma, cette dernière servant du produit le plus naturel pour blesser et récupérer à la fois Reynolds. Par ailleurs, cette omniprésence de nourriture, le tout mêlée à certaines scènes à l’esthétique chaude, m’a rappelée des natures mortes. On peut évidemment tomber dans la surinterprétation mais ce rapprochement me semble pertinent sur plusieurs points. La nature morte est l’art par excellence du figement, or ce figement en question apparaît dans les scènes où Reynolds est dans son élément, où il maîtrise justement cet immobilisme (donc, pas dans les scènes aux tons chauds). Encore une fois, les éléments qui pourraient être contradictoires s’attirent, à l’image de ce couple toujours tiraillé entre des univers différents, entre la vie et la mort, mais justement ce tiraillement les rapproche et signe leur amour. Nous nous sommes beaucoup concentrés sur le couple Alma-Reynolds alors qu’une autre relation n’est pourtant pas à négliger : celle entre Reynolds et sa soeur Cyril. Cyril est aussi un personnage sans cesse partagée entre plusieurs caractéristiques : elle est très protectrice avec son frère (elle joue même le rôle de la mère disparue), il y a donc ce mélange de proximité, de froideur, d’agressivité qui peut ressortir. Si elle ne se laisse globalement pas faire (elle tient cette maison de haute couture d’une main de fer), elle cède pourtant aux exigences parfois pénibles de son frère, le laisse dans son confort et sa routine, accepte même de se faire dominer dans un sens (ce qui peut sembler paradoxal avec le caractère qu’elle a). Or, Alma fait ce que Cyril ne peut pas et ne veut pas faire. Bref, il y a toujours l’idée de passer d’un état à un autre, notamment de la position de dominant à dominé (et vice versa), parce que l’amour dans ses états est de toute façon paradoxe et implique aussi un rapport de force. C’est peut-être ça ce fil invisible qui relie sans cesse les personnages, qu’on peut rapprocher de l’histoire des mots cachés dans les ourlets des vêtements. Au passage, les personnages féminins principaux sont très bien écrits (enfin, le personnage principal masculin l’est aussi, hein), refusant d’être de simples potiches, alors que l’univers de la mode est plutôt contraire à cette idée (en tout cas dans nos esprits). 

Phantom Thread : Photo Daniel Day-Lewis, Vicky Krieps

Jonny Greenwood, guitariste de mon groupe chéri Radiohead (PTA a par ailleurs signé quelques clips pour le groupe) et depuis quelques années compositeur fétiche du réalisateur, signe certainement sa plus belle bande-originale : tellement puissante, virtuose, qui remplace pratiquement les répliques (déjà pas nombreuses) mais n’est pas non plus envahissante. Sa nomination aux Oscars est tellement méritée (enfin, il n’y a pas que ça qui mérite d’être nommé – je suis tellement contente de voir le film dans les nominations des grandes cérémonies en général). Pour la petite anecdote, l’idée de ce film serait née à partir d’une remarque que Greenwood aurait faite à PTA sur son accoutrement. Enfin, le trio principal est tout simplement impeccable. Daniel Day-Lewis est la seule réelle star de la distribution et encore une fois, sa réputation de grand acteur est totalement justifiée. J’ai toujours énormément aimé cet acteur et il parvient encore à m’épater : il s’agit de l’une de ses meilleures interprétations de sa très belle carrière. Je sais qu’il n’aura pas l’Oscar du meilleur acteur (coucou Gary Oldman) mais cela ne me dérangerait pas qu’il en remporte un nouveau. Toute la promo et même un certain nombre de critiques a complimenté (à juste titre) le travail de Day-Lewis. Pourtant, il me semble nécessaire de dire autant de bien concernant les interprétations de Vicky Krieps (comme beaucoup de spectateurs, je ne la connaissais pas alors qu’elle a déjà une filmographie assez intéressante !) et de Lesley Manville. Le naturel de la charismatique Krieps (autant physiquement – cela fait tellement de bien de voir une actrice sans artifices – que dans son interprétation) tout comme la précision de son jeu sautent aux yeux. Surtout, cela n’est pas si évident de tenir tête face à ce monstre de Day-Lewis et pourtant elle y arrive haut la main. Lesley Manville, actrice souvent vue dans les films de Mike Leigh, est également un très bon second rôle : la force de son interprétation lui permet de ne pas s’effacer face au couple monstrueux. Phantom Thread est donc un excellent et même déjà un très grand film, d’une époustouflante richesse sur tous les points sans jamais tomber dans la prétention. Aux inspirations hitcockiennes, parfois même drôle par sa noirceur et sa tension, il présente autant le portrait d’un artiste (est-il un double même du cinéaste ?) qu’une histoire d’amour aussi belle que névrosée. Sa virtuosité et son extrême précision n’empêchent pas de faire naître une émotion jamais forcée. Magnifique et fascinant.

Phantom Thread : Photo Daniel Day-Lewis, Vicky Krieps

[MC2018] Enfants non accompagnés

réalisé par Paul Feig

avec Dyllan Christopher, Wilder Valderrama, Tyler James Williams, Paget Brewster, Rob Corddry, Kristen Wiig…

titre original : Unaccompanied Minors

Comédie familiale américaine. 1h30. 2006.

sortie française (VOD) : 17 avril 2011

Un film se déroulant à Noël ou le soir de la Saint-Sylvestre

A la veille de Noël, une tempête de neige s’abat sur l’aéroport menaçant les départs en vacances de tous les passagers en attente.
Alors qu’ils se rendaient chez leur père, Deux « enfants non accompagnés » (UM), Spencer et sa petite soeur Katherine, se retrouvent bloqués et acheminés vers la salle des UM de l’aéroport, où sont réunis une douzaine d’enfants sans surveillance venus de tout les Etats-Unis.
Au milieu d’une ambiance survoltée, Spencer va se démener pour retrouver la liberté à l’aide de quatre enfants : Grace, la pauvre petite fille riche, Donna la petite frappe, Charlie la grosse tête et Timothy, le fan de comics. Tous ensemble, ils vont devoir surmonter leur différence et apprendre à s’entraider pour échapper aux autorités de l’aéroport, Oliver Porte, le responsable grognon des relations clientèle, son assistant larbin Zach Van Bourke, ainsi que tous les vigiles.

Dans l’ensemble, sans crier au génie, les comédies de Paul Feig (Mes Meilleures Amies, SpyLes Flingueuses, SOS Fantômes) me plaisent bien (pour certaines, on peut même dire « beaucoup »). A sa façon et plutôt modestement, il a su donner une sorte de nouvel élan à la comédie américaine, en mettant en scène des personnages féminins bien plus intéressants qu’elles en ont l’air, le tout sur un humour pas forcément très fin (qui « appartiendrait » selon certains à un univers masculin). J’étais alors curieuse de découvrir ses précédents longs-métrages dans le sens où je voulais voir s’il avait déjà cet univers avant de se faire connaître. Et heureusement qu’il y a Netflix pour me sauver : j’ai pu en rattraper un (qui est donc au coeur de ma chronique d’aujourd’hui comme vous l’aurez compris). Récolter des infos sur ce film en question relèverait presque de l’exploit ! Rien que sur le papier, Enfants non accompagnés ne correspond pas forcément à l’image qu’on se fait des films de Feig (et après l’avoir vu, je vous le confirme). On est très loin des films très féminins pour lesquels Feig est connu, peut-être même aux yeux de certains « féministes » possiblement revendiqués et surtout ayant un ton « trash ». Comme son titre l’indique, Enfants non accompagnés est un film qui a pour personnages principaux des enfants (seuls). Il s’adresse également à un jeune public notamment par ses gags et même par son histoire. Je n’ai pas pu m’empêcher d’établir un petit rapprochement (certainement facile) avec le film culte de Chris Columbus Maman j’ai raté l’avion (Home Alone). En effet, on retrouve ce même monde d’enfants livrés face à eux-mêmes le jour de Noël après ne pas avoir réussi à monter dans l’avion. On ne voit quasiment pas d’adultes à l’écran : le seul qui a un rôle un peu plus « important » est celui qui est censé gérer ce groupe d’enfants à l’aéroport. Mais cela dit, son interprète Wilmer Valderrama (Fez dans la série culte That’s 70s Show) a un visage assez enfantin, son personnage se range également rapidement du côté des enfants et apprécie la magie de Noël : lui-même est une sorte de grand gosse. Maman j’ai raté l’avion montrait alors comment le petit Kevin se débrouillait une fois rentré chez lui entre autres.

Ici, les gamins doivent apprendre à devenir à être dégourdis au sein même du lieu qui les abandonne. Le film de Paul Feig prend également une autre direction par rapport au long-métrage culte de Chris Columbus même si la critique autour de la non-préoccupation des enfants dans notre société occidentale reste finalement similaire. J’avoue avoir eu peur en découvrant les premières minutes du long-métrage, trop enfantin à mon goût (et avec les gags qui vont avec). De plus, les enfants ne sont pas forcément ni très intéressants (un peu trop stéréotypés et « gnangnan ») ni très bien interprétés (par ailleurs, on ne sait pas vraiment ce que sont devenus leurs interprètes). Et encore, on ne s’arrête pas là concernant les défauts évidents que comporte ce film. Pourtant, alors que c’était relativement mal parti, petit à petit, la sauce a fini prendre : justement, tout ce que je disais auparavant sur la dimension potentiellement « sociétale » (à mettre avec de gros guillemets évidemment) finit par prendre forme dans cette comédie sans prétention, qu’on pourrait mal juger à cause de son apparence gentillette. La seconde partie est certainement plus « intéressante » avec un discours plus « adulte » se combinant plutôt bien avec un univers et des gags enfantins. Les enfants se retrouvent effectivement à voyager seuls pour pouvoir rejoindre l’un de leurs parents souvent à l’autre bout du pays : ce sont tous des enfants de divorcés. Malgré ses airs mignons et sans accabler ni faire culpabiliser les parents divorcés (incarnés au passage par les seuls acteurs un peu « connus » : Rob Corddry, Paget Brewster et même Kristen Wiig), Enfants non accompagnés n’est pas un film si idiot contrairement à ce qu’on pourrait croire au premier abord, il évoque un sujet moins facile qu’on pourra le penser, sans faire pleurer dans les chaumières. Plutôt divertissant et rythmé, Enfants non accompagnés ne plaira certainement pas à tout le monde, certains le trouveront trop enfantin et ne parviendront pas à aller au-delà. Il s’agit d’un film plutôt moyen mais qui doit, selon moi, être pris pour ce qu’il est, à savoir une sympathique comédie familiale avant tout destiné pour un jeune public.