Que Dios Nos Perdone

réalisé par Rodrigo Sorogoyen

avec Antonio de la Torre, Roberto Alamo, Javier Pereira, Luis Zahera…

Film policier espagnol. 2h06. 2016.

sortie française : 9 août 2017

interdit aux moins de 12 ans

Madrid, été 2011. La ville, plongée en pleine crise économique, est confrontée à l’émergence du mouvement des « indignés » et à la visite imminente du Pape Benoît XVI.
C’est dans ce contexte hyper-tendu que l’improbable binôme que forment Alfaro et Velarde se retrouve en charge de l’enquête sur un serial-killer d’un genre bien particulier. Les deux inspecteurs, sous pression, sont de surcroît contraints d’agir dans la plus grande discrétion…
Une course contre la montre s’engage alors, qui progressivement les révèle à eux-mêmes ; sont-ils si différents du criminel qu’ils poursuivent ?

Que Dios Nos Perdone : Photo Antonio de la Torre, Roberto Álamo

Depuis quelques années, le cinéma espagnol de genre nous offre quelques pépites, notamment l’excellent La Isla Minima d’Alberto Rodriguez. C’est principalement pour cette raison que je suis allée voir Que Dios Nos Perdone, un polar qui, sur le papier, a des points communs avec le long-métrage de Rodriguez. L’histoire est donc plutôt classique : un serial killer qui a de gros problèmes avec sa mère (d’où le meurtre de vieilles dames) et la religion (d’où en partie le titre – même si les explications sur le titre restent multiples) ou encore l’éternel duo de flics opposés (d’un côté le méticuleux réservé, de l’autre l’agité du bocal). De plus, le réalisateur assume lui aussi son amour pour le chef-d’oeuvre de Bong Joon-ho Memories of Murder (même si je soupçonne aussi une inspiration du côté d’un autre polar coréen, The Chaser de Na Hong-jin). Mais il ne faut vraiment pas s’arrêter à ça. Le jeune réalisateur Rodrigo Sorogoyen (ses deux premiers films, 8 Citas et Stockholm, restent inédits en France) signe certainement un des meilleurs films de l’année. Nommé à plusieurs reprises aux Goyas (les Césars espagnols) dans les catégories principales, Que Dios Nos Perdone est une oeuvre puissante et haletante sur une Espagne violente. Replaçons le contexte : en mai 2011 naissent les Indignés qui veulent réagir et répondre à la crise économique qui frappe l’Espagne affaiblie par des politiciens qui ne parviennent pas à y faire face. Mais en août 2011, le pape Benoit XVI débarque à Madrid pour célébrer la messe dans le cadre des Journées mondiales de la jeunesse. On expulse alors les Indignés pour ne pas montrer au Pape et à la presse internationale la véritable face de l’Espagne à ce moment-là. Si le réalisateur avait d’abord pensé à son intrigue avant de penser à son contexte, le parallèle entre les deux rend le film extrêmement puissant : il faut surtout étouffer les meurtres et viols de vieilles dames pour ne pas choquer quitte à échapper à des éléments essentiels pour faire avancer l’enquête. Le regard sur l’Espagne et la police est parfois très cynique. Le centre de Madrid est un lieu très bien exploité aussi bien dans le scénario que dans la mise en scène : le lieu est étouffant et écrasant, bourré d’obstacles, à l’image de l’enquête. Par la mise en scène mais aussi par une magnifique photographie, le spectateur se sent aussi étouffé par la canicule qui ne fait que ressortir les propres démons des personnages aussi bien les flics que l’assassin. L’enquête est finalement un moyen de parler de la violence qui est en chacun de nous et qui n’est pas toujours soupçonnable.

Que Dios Nos Perdone : Photo Antonio de la Torre, Raúl Prieto

Le tueur (le bluffant Javier Pereira), dont l’identité est révélée une bonne demi-heure avant la fin pour que le spectateur le cerne aussi dans sa sphère privée, est a priori un homme charmant qui sait s’occuper de sa mère et des personnes âgées en général. Velarde (incarné par l’excellent Antonio de la Torre qui ressemble dans ce film à Dustin Hoffman !) a beau être quelqu’un de très calme, très carré et même coincé (certainement lié à son bégaiement), il peut aussi être assouvi de pulsions proches d’un crime si rien ne l’avait calmé. La relation qu’il a avec la femme de ménage de son immeuble ou encore la toute fin prouvent cette violence enfouie en lui qui ne demandent qu’à sortir. Quant à son collègue Alfaro (interprété par l’épatant Roberto Alama, très justement récompensé par le Goya du meilleur acteur), s’il exprime publiquement sa colère que ce soit au travail ou dans sa famille, il est également un homme plus sensible qu’il en a l’air. Le fameux schéma de duo de flics classique se transforme en un schéma bien plus complexe pour nous offrir des personnages profonds et ambigus : le tueur et les deux policiers sont violents, pratiquement deux handicapés sociaux chacun à leur façon. La mise en scène est également d’une grande intensité et surtout très réfléchie. Comme l’explique le réalisateur (et ça se voit à l’écran), le film est séparé en deux parties par une scène de course-poursuite absolument époustouflante (une des meilleures que j’ai pu voir). Ainsi, la première partie suit les flics dans leur quotidien avec un aspect parfois proche du documentaire notamment avec la caméra à l’épaule qui suit les personnages. Quant à la seconde partie, elle est plus sombre, on s’éloigne du « doc » et la caméra est plus posée, comme si le calme était finalement bien plus inquiétant que l’agitation (notamment celle de la ville avec la venue du Pape dans un contexte particulier). Certaines scènes sont également intenses par son suspense insoutenable (la scène où le tueur se retrouve dans la même pièce qu’Alfaro coupe le souffle) sa noirceur (cela faisait longtemps que je n’avais pas vu une salle aussi imprégnée par un film). Je pense notamment à la scène où on voit réellement le tueur à visage découvert faire du mal à une petite vieille : la scène est extrêmement difficile à regarder mais le réalisateur ne transforme jamais sa scène en quelque chose d’obscène, il sait s’arrêter à temps. Le spectateur n’a pas non plus nécessairement l’habitude de voir une personne âgée morte, nue, violée avec des problèmes de peau liées à la vieillesse : cela confronte aussi le spectateur à ses propres peurs. Que Dios Nos Perdone est alors un film d’une grande richesse, aussi bien narrative que technique, parvenant à la fois à exposer la facette sombre de chaque homme que celle d’un pays qui cache sa propre violence.

Que Dios Nos Perdone : Photo Roberto Álamo

Publicités

The Secret Life of Words

réalisé par Isabel Coixet

avec Sarah Polley, Tim Robbins, Javier Cámara, Eddie Marsan, Julie Christie, Leonor Watling…

Drame, romance espagnol, irlandais. 1h55. 2004.

sortie française : 19 avril 2006

Movie Challenge 2017 : Un film que je veux voir depuis des années sans en avoir l’occasion 

18479836-jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxx

Un lieu isolé au milieu de la mer. Une plateforme pétrolière où ne vivent que des hommes, ceux qui y travaillent, et où vient d’avoir lieu un accident.
Une femme mystérieuse et solitaire, essayant d’oublier son passé, débarque sur la plateforme pour soigner un homme qui a temporairement perdu la vue. Entre eux se crée une étrange intimité, un lien fait de secrets, tissé de vérités, de mensonges, d’humour et de souffrance, qui ne les laissera pas indemnes et changera leur vie.

The Secret Life of Words avait remporté quatre Goyas (l’équivalent des César espagnols) en 2006 dont meilleur film, meilleure réalisatrice et meilleur scénario original. Produit par les frères Almodovar (la présence de Javier Camara est certainement liée à la présence des Almodovar dans la production), ce long-métrage tourné en langue anglaise marque aussi les retrouvailles de la réalisatrice Isabel Coixet avec l’actrice canadienne Sarah Polley après Ma vie sans moi (également produit par Pedro Almodovar). Il s’agit d’une jolie surprise qui mérite le coup d’œil. Pourtant, au départ j’étais assez sceptique : je m’attendais à un film assez pénible et ennuyeux : il faut avouer qu’un film se déroulant sur une plateforme pétrolière n’est pas ce qui lui a de plus attirant avec en plus un personnage principal qui ne cause pas des masses. Heureusement, ce ne fut pas le cas. Il dure presque deux heures mais je ne me suis pas ennuyée, je suis rentrée petit à petit dans l’histoire et j’avais envie de connaître les secrets des personnages, surtout celui d’Hanna (vu qu’on connait celui de Josef assez rapidement). Hanna est un personnage absolument bouleversant notamment par ses différents sens. Elle nous touche quand elle décide de ne plus rien écouter et de s’isoler en éteignant son appareil auditif. Elle nous intrigue quand elle mange comme quatre les délicieux plats de Simon, un cuisinier qui tente de donner du bonheur aux braves marins qui, eux-mêmes cachent leurs petits secrets (la nourriture semble aussi représenter littéralement une sorte d’appétit sexuel). Elle est émouvante quand elle décide de parler et même de se confier à Josef même quand elle ne dit pas totalement la vérité : des indices assez subtils permettent de comprendre la vérité face à des propos modifiés. Ce n’est pas donc pas toujours évident de capturer le non-dit sans tomber dans certains pièges mais Isabel Coixet relève ce défi haut la main. De plus, l’opposition entre Hanna et Josef aurait pu être très lourde : lui est un grand baraqué temporairement aveugle qui parle beaucoup, elle est toute frêle, sourde et silencieuse. Pourtant, cette opposition apparaît également avec habilité et même mieux : elle se transforme en complémentarité. Les sens sont alors un moyen pour les personnages de se réfugier suite à des histoires douloureuses et difficiles à exprimer.

The Secret Life of Words est un film d’une grande pudeur sachant pourtant exprimer l’indicible. Il a su allier histoire intime et Histoire avec un grand H (ici, on évoque la guerre des Balkans). Il trouve également un très bon équilibre entre les différentes émotions qu’il veut relever chez le spectateur. Il aurait pu être larmoyant et plombant, ce n’est pas du tout le cas. Ce film touche parce qu’il sonne vrai et juste que ce soit dans les dialogues ou encore les réactions des personnages. Il bouleverse également parce qu’il a su prendre en compte la place de la souffrance tout en offrant un minimum de l’espoir à ses personnages. Ainsi, la vie continue : les blessures ne pourront jamais totalement disparaître mais elles pourront tout de même être atténuées, la possibilité d’un bonheur et d’un avenir restant possible. On n’a pas besoin d’entendre ni de voir l’horreur qu’un individu peut vivre mais justement le fait qu’on n’en sache pas trop permet aux spectateurs de « visualiser » ce que personne ne voudrait voir. Le scénario m’a donc convaincue : on nous raconte finalement une belle histoire avec une apparente simplicité et efficacité mais qui est plus complexe qu’elle en a l’air jouant sans cesse avec une véritable intelligence avec les oppositions et les paradoxes. La place des dialogues et non-dialogues a aussi son importance, que ce soit pour appréhender les personnages ou encore pour évoquer le passé : Josef parle beaucoup pour ne pas dire la vérité, Hanna, elle, est dans l’incapacité de dire la vérité et doit utiliser des stratagèmes pour dire sa vérité (par exemple, quand elle évoque, dans une scène déchirante, un épisode qu’elle a vécu en utilisant la troisième personne). La mise en scène d’Isabel Coixet est en même temps sobre et délicate. A noter aussi l’importance du lieu assez particulier : une plateforme pétrolière. Cet endroit en question, assez dangereux, crée une sorte de huis-clos qui renforce l’isolement des personnages, isolement qui permet paradoxalement aussi à Hanna et Josef de se rapprocher et d’apprendre à communiquer, que ce soit verbalement ou par d’autres moyens. De plus, différentes nationalités se côtoient sur ce bateau : là encore, difficile de ne pas voir le parallèle entre les langues pratiquées par les quelques individus sur ce bateau et le sujet de la communication. L’actrice (et réalisatrice) canadienne Sarah Polley prouve qu’elle est l’une des meilleures actrices de sa génération. Je regrette qu’on ne la voit pas plus souvent au cinéma. Elle aurait pu rendre son personnage glauque, pourtant, sans jamais en faire des tonnes ni tomber dans une certaine caricature, elle reste gracieuse et lumineuse. Tim Robbins est également comme souvent excellent dans le rôle a priori d’un grincheux mais qui a un grand coeur. Le couple Polley-Robbins fonctionne également : on a envie de voir leur couple triompher sur les blessures de la vie. Enfin, les seconds rôles, que ce soit Javier Camara, Eddie Marsan ou encore Julie Christie, sont également très bons.

The Secret life of words : Photo Sarah Polley

Quelques minutes après minuit

réalisé par Juan Antonio Bayona

avec Lewis MacDougall, Felicity Jones, Sigourney Weaver, Liam Neeson, Toby Kebbell, Dominic Boyle, Geraldine Chaplin…

titre original : A Monster Calls

Drame, fantastique espagnol, britannique, américain. 1h48. 2016.

sortie française : 4 janvier 2017

287491-jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxx

Conor a de plus en plus de difficultés à faire face à la maladie de sa mère, à l’intimidation de ses camarades et à la fermeté de sa grand-mère. Chaque nuit, pour fuir son quotidien, il s’échappe dans un monde imaginaire peuplé de créatures extraordinaires. Mais c’est pourtant là qu’il va apprendre le courage, la valeur du chagrin et surtout affronter la vérité…

Quelques minutes après minuit : Photo Felicity Jones, Lewis MacDougall

Quelques minutes après minuit est une adaptation de l’excellent roman du même nom écrit par l’auteur anglo-américain Patrick Ness, lui-même ayant repris le projet de l’écrivaine britannique Siobhan Dowd, décédée d’un cancer durant l’écriture en 2007. Patrick Ness a aussi signé le scénario du long-métrage réalisé par Juan Antonio Bayona, dont on se souvient encore de ses deux précédents bijoux : L’Orphelinat et The Impossible. Quelques minutes après minuit a récemment triomphé aux Goyas (l’équivalent des Césars en Espagne) en remportant neuf récompenses dont celui du meilleur réalisateur. Une grande partie de la production est espagnole, mais l’intrigue se déroule en Angleterre. Le spectateur suit l’histoire du jeune Conor (âgé d’une petite dizaine d’années) qui doit supporter un grand nombre d’épreuves : le cancer de sa mère, la maniaquerie et la dureté de sa jeune grand-mère, son père parti refaire sa vie à Los Angeles et le harcèlement à l’école. Conor rencontre alors un monstre qui prend la forme d’un arbre (un if pour être exact), débarquant à chaque fois à 12h07, en général après minuit (d’où le titre français) mais aussi en journée (d’où ma précision sur la manière d’écrire l’heure en chiffre et non nécessairement en lettres avec un sous-entendu sur la période exacte). Dit comme ça, le film fait penser à l’excellent Labyrinthe de Pan de Guillermo Del Toro si on reprend certains éléments : un film espagnol (même si tout le monde dans le film, dans le cas du film de Bayona, parle donc en anglais), une mère malade et mourante et un arbre qui a une place importante dans un récit aux allures de conte. Mais très rapidement, l’oeuvre de Bayona possède son propre univers et personnalité, on s’aperçoit vite qu’elle ne cherche pas à copier qui que ce soit. Avec un tel sujet, on aurait pu s’attendre à quelque chose de larmoyant. Certes, je peux admettre que l’émotion est peut-être parfois soulignée par quelques effets assez habituels dans certaines scènes (que ce soit des répliques ou la musique). Cela dit, ces effets en question ne gâchent pas selon moi la véritable émotion qui ne naît pas de procédés « superficiels » mais bien parce qu’il y a quelque chose qui sonne vrai. Le film n’a rien de gnangnan : il est réellement poignant. C’est peut-être pour cela qu’il n’a pas su trouver son public : il peut paraître trop dur pour un jeune public et l’aspect conte / fantastique a certainement rebuté les adultes. Pourtant, le film s’adresse à un large public en ne prenant personne pour des imbéciles. Ainsi, le conte n’est pas ici un moyen de mieux cacher la vérité. Au contraire, le film est une incitation à accepter la vérité, même la plus dure.

Quelques minutes après minuit : Photo Lewis MacDougall

Les scènes représentant les différentes histoires contées par le monstre sont époustouflantes, j’ai énormément aimé cette esthétique sous forme d’aquarelle. Ce choix prend encore plus de sens par rapport à quelques ajouts par rapport au roman d’origine : le dessin permet ici de créer une connexion encore plus forte entre la mère et son fils. D’autres petits ajouts m’ont également semblé assez pertinents, même si j’évoque aussi des détails et des points assez furtifs, comme par exemple le lien possible entre le monstre et une figure familiale. Le scénario, tout en restant assez fidèle au roman, est consistant et a surtout le mérite d’éviter le manichéisme (ce qui peut expliquer pourquoi ce film n’a pas une dimension larmoyante). La mise en scène, elle, est tout simplement remarquable. J’évoquais juste avant la qualité de l’esthétique avec des scènes sous forme de dessins jouant avec les formes et les couleurs. Le film en lui-même, dans ses scènes se déroulant dans la réalité, est également soigné visuellement. Je tiens notamment à souligner la présence d’une magnifique photographie, accentuant différents aspects qui se mélangent bien dans le long-métrage : la poésie, le merveilleux et la noirceur. Enfin, Quelques minutes après minuit est servi par une excellente distribution. Dans le rôle principal, le jeune Lewis MacDougall (vu dans Pan de Joe Wright) est bouleversant. Il faut dire que l’acteur écossais s’est inspiré pour son interprétation de sa propre histoire, sa mère étant décédée d’une maladie un an avant le tournage de ce film. Felicity Jones incarne une jeune mère malade, bienveillante, optimiste et courageuse avec beaucoup de justesse. Sigourney Weaver est également remarquable dans le rôle de cette grand-mère qui prend les choses en main en tentant de ne pas montrer sa souffrance. Je n’ai pas vu le film en VO (je suis allée voir le film dans un petit cinéma in extremis), c’est difficile de parler objectivement du travail vocal de Liam Neeson dans le rôle du monstre. Cela dit, il avait déjà procédé à ce type d’exercice (notamment dans les Narnia) et connaissant son talent et son travail en général , je pense qu’il n’y a pas trop à s’en faire (ceux qui l’ont vu en VO devraient me le confirmer). Pour conclure, je ne peux que vous conseiller Quelques minutes après minuit qui mérite d’être découvert et d’avoir une seconde vie, son échec au cinéma n’étant pas justifié. Bouleversant, même puissant, il parvient à mêler avec habilité fond et forme et pourra toucher différents types de public.

Quelques minutes après minuit : Photo Sigourney Weaver

Julieta

réalisé par Pedro Almodovar

avec Emma Suarez, Adriana Ugarte, Daniel Grao, Inma Cuesta, Dario Grandinetti, Michelle Jenner, Rossy de Palma, Pilar Castro…

Drame espagnol. 1h40. 2016.

sortie française : 18 mai 2016

428988.jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxx

Julieta s’apprête à quitter Madrid définitivement lorsqu’une rencontre fortuite avec Bea, l’amie d’enfance de sa fille Antía la pousse à changer ses projets. Bea lui apprend qu’elle a croisé Antía une semaine plus tôt. Julieta se met alors à nourrir l’espoir de retrouvailles avec sa fille qu’elle n’a pas vu depuis des années. Elle décide de lui écrire tout ce qu’elle a gardé secret depuis toujours.
Julieta parle du destin, de la culpabilité, de la lutte d’une mère pour survivre à l’incertitude, et de ce mystère insondable qui nous pousse à abandonner les êtres que nous aimons en les effaçant de notre vie comme s’ils n’avaient jamais existé.

Julieta : Photo Emma Suárez, Michelle Jenner

Julieta, présenté en compétition officielle au dernier Festival de Cannes (et reparti les mains vides), est une adaptation très libre trois nouvelles issues du recueil Fugitives (Runaway) de l’auteure canadienne Alice Munro (prix Nobel de littérature en 2013) : « Hasard », « Bientôt » et « Silence ». Dans ces trois nouvelles (en vous précisant que j’ai lu ce joli recueil il y a quelques années – sans être une fan absolue, il reste intéressant et je ne peux que vous le conseiller), le lien est crée à partir des trois héroïnes qui se nomment toutes Juliette (alors qu’il ne s’agit pas du même personnage). Pedro Almodovar, qui rendait déjà hommage à l’oeuvre de Munro dans La Piel que Habito (on voit le bouquin en guise d’accessoire), a donc condensé ces trois nouvelles en particulier pour en livrer une version vraiment personnelle ! Je dois avouer que pendant tout le long de ma séance, je n’ai pas pensé une seule fois au texte d’origine, ce qui est extrêmement rare en ce qui me concerne (et qui est ici quelque chose de très positif en terme d’appropriation pure d’une oeuvre). Oui, il s’agit avant tout d’un pur Almodovar comme on les aime. Sans dire qu’il s’agit d’un de ses meilleurs (même si ce n’est que mon avis), ça fait plaisir de le revoir en forme, ses deux précédents film La Piel que Habito (même si je sais qu’il a ses fans – je ne le trouve pas mauvais mais il m’a laissée indifférente) et Les Amants Passagers (plus intéressant et intelligent qu’il en a l’air et qui ne méritait pas pour moi ce lynchage mais avouons que sa vulgarité gâche beaucoup de bonnes choses mises en place). Julieta devait à l’origine reprendre le nom d’une des nouvelles et s’appeler Silencio mais a abandonné ce titre pour éviter une confusion avec le prochain long-métrage de Martin Scorsese. Cela dit, ce titre d’origine est très significatif par rapport à l’ensemble de l’oeuvre. Le silence est un des thèmes centraux et même celui qui va permettre à en engendrer d’autres. Sans spoiler quoi que ce soit (en même temps, tout en proposant des histoires très claires et fluides, je trouve que c’est toujours difficile de résumer réellement les films d’Almodovar), le silence, les non-dits, les secrets sont la source de conflits entre les personnages, coincés par la culpabilité et victimes du destin.

Julieta : Photo

Il est intéressant de voir comment les thèmes du silence, de la culpabilité et du destin prennent place dans Julieta. Pedro Almodovar parvient à combiner différentes références (mythologiques, littéraires, cinématographiques, picturales etc…) pour créer quelque chose de très cohérent. Le parallèle avec L’Odyssée (la Julieta du titre étant professeure de littérature antique, Xoan est une sorte d’Ulysse étant donné qu’il est marin et se laisse charmer, il y a aussi toute une dimension tragique dans l’épopée etc…) ou celui avec Hitchcock (la partie dans le train est sublime) sont notamment pertinents. Le scénario est assez réussi : tout en parvenant à approfondir les différents thèmes, il dévoile la vie de Julieta petit à petit à travers de flashback et d’une voix-off, créant ainsi un certain suspense sur le sort final des personnages. C’est un procédé qui aurait pu être très laborieux, au point de gâcher le film. Certes, la voix-off prend parfois un peu trop le dessus, le film devenant parfois un peu trop explicatif. Cela dit, et c’est là où une sorte de mise en abyme fonctionne bien, il laisse place au rôle de la littérature et plus généralement de l’écriture : la voix-off intervient pour que le spectateur puisse avoir accès aux écrits de Julieta envers sa fille Antia. Non seulement, c’est un procédé qui permet au spectateur d’en savoir plus sur une partie de la vie de Julieta et sur comment elle en est arrivée à un certain point à l’heure actuelle mais finalement on en revient toujours au thème du silence. Comment communiquer et briser les secrets ? Julieta trouve un moyen détourné pour tenter renouer possiblement des liens avec sa fille sans pour autant faire appel à l’oralité, le moyen le plus représentatif de la communication. La fin, certes frustrante, illustre d’ailleurs ce problème de communication difficile à résoudre totalement : on ne saura jamais ce qui sera réellement dit entre les personnages. Le scénario, possédant une structure solide, se concentre également à juste titre sur le personnage principal. Pedro Almodovar signe de nouveau un beau et complexe portrait de femme qui traverse le temps avec de la douleur, ses souvenirs et ses sentiments les plus profonds.

Julieta : Photo Emma Suárez

La mise en scène est très élégante, précise et soignée, comme d’habitude chez Almodovar, l’esthétique saute également aux yeux et permet de servir le propos. Les couleurs flamboyantes, en particulier dans le passé, permettent de créer un contraste avec la dure et tragique réalité. Surtout, et c’est d’ailleurs l’idée qui pourrait être présente par l’idée d’écrire, on a l’impression quelque part qu’on est face à une fiction dans la fiction alors que ce n’est pourtant pas le cas, mais nous pouvons nous interroger si le point de vue de Julieta ne deviendrait pas fictif via le procédé littéraire, comme si elle amplifiait certains événements, comme si c’était elle quelque part qui rendait sa vie encore plus tragique (le terme étant important étant donné qu’il y a par conséquent une présence dominante de la fatalité dans le film) qu’elle ne l’est déjà. Par ailleurs, l’esthétique est aussi justifiée par la présence du mélodrame, complètement assumée (et revue) par son réalisateur, même si ce choix pourra déstabiliser certains spectateurs. J’ai donc beaucoup aimé ce dernier cru d’Almodovar qui possède beaucoup de qualités et encore une fois, je trouve cela génial de le voir encore inspiré. Cela dit, peut-être à cause de son côté un peu trop explicatif (et pas uniquement à cause de la voix off) justement comme je le suggérais plus haut, Julieta n’est pas le chef-d’oeuvre qu’il aurait pu être. Beaucoup de scènes sont bien foutues sur de nombreux points mais je crois qu’il manque quelques scènes fortes, quelques piques d’émotion, même si le film m’a touchée. Julieta possède cela dit un joli casting féminin, permettant d’effacer mes quelques remarques. Emma Suarez et Adriana Ugarte (dont je ne connaissais pas leur existence avant d’aller voir ce film), qui incarnent toutes les deux l’héroïne à des âges différents (Pedro Almodovar ne faisant pas confiance à la magie du maquillage), livrent des interprétations impeccables. Surtout, la connexion, je dirais même l’unité, entre les deux actrices fonctionne dans le sens où la transition (très réussie avec la serviette – c’est simple mais très efficace) d’un personnage à un autre ne nous perd pas et nous semble crédible.

Julieta : Photo Adriana Ugarte

Musarañas

réalisé par Juanfer Andrés et Esteban Roel

avec Macarena Gomez, Nadia de Santiago, Hugo Silva, Luis Tosar, Carolina Bang…

Thriller, épouvante-horreur espagnol français. 1h30. 2014.

sortie française (dvd) : 6 avril 2016

musaranas

Deux sœurs, dans l’Espagne d’après-guerre, recueillent un homme blessé dans leur appartement. Mais la plus âgée, agoraphobe, va bientôt révéler un comportement autrement plus agressif.

Shrew's Nest : Photo Macarena Gómez

J’ai découvert l’existence de Musarañas complètement par hasard dans le dernier Mad Movies simplement à travers une publicité qui mettait en avant le nom du talentueux et déjanté Alex de la Iglesia en tant que producteur (sa femme, l’actrice Carolina Bang, a également co-produit ce film dans lequel elle apparaît le temps de quelques scènes). En fouillant sur le Net, je me suis aperçue que j’avais déjà entendu parler de ce film mais sous un autre nom : Shrew’s Nest. J’avais notamment perçu une affiche avec ce nom anglais qui me rappelait trop les daubes et films moyens d’horreur dont on voit trop souvent sur le marché. Je n’avais même pas capté que le film n’avait rien d’américain malgré le nom des acteurs dessus ! Bref, ce film a remporté aux Goya (les César espagnols) le prix des meilleurs maquillage et coiffure et a reçu également deux nominations dans les catégories « meilleure actrice » pour Macarena Gomez (qu’on a pu voir dans le surprenant Les Sorcières de Zugarramurdi) ainsi que « meilleur premier film ». Je regrette vraiment que ce film sorte en France directement en dvd. Encore une fois, c’est le genre de sortie qui est regrettable. J’ai également consulté les notes sur Allocine et Imdb assez moyennes ce qui m’a étonnée. Pour ma part, il s’agit pratiquement d’un coup de coeur. Je suis entrée directement dans le film et je ne me suis jamais ennuyée. En clair, j’étais réellement plongée dans l’histoire présentée rapidement dans un huis-clos. Le film s’ouvre rapidement alors sur l’enfance de deux soeurs, l’une (dont on ne connaît pas le prénom, à l’image du secret au coeur du film) serait à l’origine de la mort de la mère lorsque cette dernière l’a mise au monde, l’autre a donc plus que jouer les rôles de grande soeur. A l’âge adulte, on découvre la grande soeur (Montse) très pieuse, qui a l’air plus vieille qu’elle n’en a l’air (merci aux maquilleurs d’avoir accentué les traits particuliers de Macarena Gomez afin de l’enlaidir et la rendre plus effrayante) et surtout est très malade : elle ne peut pas sortir de chez elle. Elle a aussi tendance à voir son père dans son imagination, disparu durant la guerre. Le huis-clos s’installe rapidement, on comprend rapidement que l’intrigue va se dérouler dans ce lieu austère en présence de cette femme qui n’a pas l’air saine d’esprit et qui n’hésite pas à lever la main sur sa petite soeur, qui vient d’avoir 18 ans, si elle fait quelque chose qui ne plairait pas à Dieu. S’ajoute alors la présence du voisin du haut, qui garde aussi un secret expliquant la fuite qu’il comptait prendre, tombé méchamment dans les escaliers et qui trouve donc refuge au domicile des deux soeurs.

Shrew's Nest : Photo

Peu de personnages avec une connexion assez simple (soeur, voisin), un seul lieu, des éléments sombres : a priori, rien d’extraordinaire, pourtant la simplicité peut aussi être d’une grande efficacité. Personnellement, c’est d’abord ce constat qui m’a beaucoup plu dans ce film. L’idée ne marche uniquement pas sur le papier, le résultat se ressent à l’écran. On sait que le danger peut arriver à n’importe quel moment à cause de Montse, une femme perturbée dont on connait les réactions (même si on n’irait pas à la soupçonner d’actes plus affreux) et qui pourtant malgré sa folie reste attachante. Le terme est peut-être fort, peut-être pas le plus approprié mais pourtant justement lorsqu’on nous dévoile les raisons de sa folie, on finit par voir en elle une humaine qui n’est qu’une victime de la folie d’autrui, le tout mêlé au contexte de l’époque dans lequel la femme avait des droits réduits (le personnage incarné par Silva, qui peut sembler un peu plus anodin à côté, apporte selon moi, un commentaire complémentaire à la place de la femme en Espagne dans les années 50). Personnellement j’avais compris au bout d’un moment le fameux secret de Montse (l’introduction et certaines répliques étant de précieux indices), j’avais beau le savoir au fond de moi avant qu’on nous le dise officiellement, ça ne m’a pas gâchée le plaisir de voir tout simplement la folie éclater dans un unique lieu, difficile à échapper alors qu’il y a des voisins à côté qui pourraient intervenir. Après, c’est vrai qu’on pourra penser à Misery mais honnêtement la possible référence ne m’a pas gênée étant donné que j’étais captivée par le film. La qualité de la mise en scène, précise, et du scénario, crédible et cohérent, a rapidement pris le dessus dans mon appréciation. De plus, on sent aussi l’influence d’Alex de la Iglesia : le tout aurait pu être « banal », on retrouve un grain de folie (littéralement) bienvenu, présent dans des scènes sanglantes à la fois violentes et drôles, le tout apporte beaucoup à l’action. Je n’ai pas trouvé cet aspect  gratuit car les réalisateurs ont su trouver un juste équilibre (justement, le reproche qu’on peut faire à Iglesia est parfois d’en faire trop et de nous fatiguer – et je suis pourtant très cliente de son cinéma). Si on parle de huis clos, on est systématiquement obligé d’évoquer la manière de gérer l’espace et même le temps. Les deux réalisateurs (il faut rappeler qu’il s’agit de leur premier long-métrage) gèrent ces notions à la fois avec élégance, pertinence et crédibilité. L’appartement devient même pratiquement un nouveau personnage à part. Esthétiquement, l’ensemble est également réussi : c’est classique et austère mais encore une fois, le soin apporté ne fait pas tomber le film dans le too much.

Shrew's Nest : Photo Hugo Silva, Nadia de Santiago

Macarena Gomez est formidable dans le rôle de Montse. Il n’y a pas que son allure sombre qui montre la folie de son personnage : sa manière de s’exprimer et ses expressions contribuent énormément à la construction de son identité. Certains diront que sa performance est démonstrative mais je ne partage pas son avis étant donné que l’actrice, qui a une gueule unique, parvient à retranscrire une palette d’émotions à son personnage. De plus, comme je le disais plus haut, son personnage a suffisamment de consistance psychologique pour que son interprète ne tombe pas dans la gesticulation gratuite. Nadia de Santiago est également une bonne surprise, surtout quand on est face à une interprétation aussi forte que celle de Gomez. Elle a beau incarner la douceur, l’innocence et la raison, ni son personnage ni son interprétation ne se font écraser par sa partenaire. Je dirais même qu’il y a une formidable complémentarité entre les personnages des deux soeurs (malgré leur opposition), renforcée par les performances de Gomez et Santiago. Les hommes du casting sont moins mis en avant mais restent néanmoins bons, confirmant ainsi la cohérence de ce petit casting (en nombre, pas en ce qui concerne le talent). Hugo Silva (qu’on voit de plus en plus dans d’audacieux films espagnols) est convaincant dans un rôle plus ambigu qu’il en a l’air et encore une fois, l’écriture de son personnage, pourtant secondaire, est intéressante. Enfin, même si on le voit peu, à travers des apparitions fantomatiques, Luis Tosar (certainement l’acteur du casting le plus connu du film) est très bon et se sert de nouveau bien de son allure sombre et énigmatique.

Shrew's Nest : Photo

Regression

réalisé par Alejandro Amenábar

avec Ethan Hawke, Emma Watson, David Thewlis, Devon Bostick, Dale Dickey, Aaron Ashmore, Lothaire Bluteau, David Dencik, Adam Butcher…

Thriller espagnol, canadien. 1h47. 2015.

sortie française : 28 octobre 2015

interdit aux moins de 12 ans

Regression

Minnesota, 1990. L’inspecteur Bruce Kenner enquête sur un crime révoltant dont la jeune Angela accuse son père, John Gray. Lorsque John avoue sa culpabilité de façon tout à fait inattendue et sans garder le moindre souvenir des faits, le docteur Raines, un célèbre psychologue, est appelé à la rescousse. Il va devoir aider John à retrouver la mémoire, mais ce qu’ils vont découvrir cache un terrifiant mystère qui concerne le pays tout entier…

Regression : Photo David Thewlis, Emma Watson, Ethan Hawke

Six ans après le film historique Agora, Alejandro Amenábar fait son retour avec Regression. Je vais tout faire pour ne pas spoiler afin que ma critique reste accessible à ceux qui souhaiteraient voir un de ces jours ce film et connaître mon avis. Pour ceux qui ont déjà vu ce film, j’espère que vous arriverez à voir ce que je veux dire, même si mes propos peuvent être vagues. Bref, tout ça pour vous dire qu’en gros, la régression est une technique que les psychologues utilisent (ou visiblement utilisaient) pour tenter de faire ressortir des souvenirs enfouis. Le réalisateur des Autres a donc voulu construire son thriller à partir de la psychologie et aussi d’un ensemble de faits divers qui étaient visiblement assez fréquents aux Etats-Unis dans les années 80 et 90 : de nombreuses affaires étaient liées à des rituels sataniques. Je vois que ce point historique commence à préoccuper les auteurs et réalisateurs puisque récemment Dark Places de Gilles Paquet-Brenner (adapté du roman de Gillian Flynn) évoquait aussi ces événements en question. Dans l’ensemble, Regression est un sympathique petit film idéal pour se divertir qui possède une réflexion intéressante mais hélas l’ensemble manque cruellement de charme et de force, ce qui pourra étonner et aussi décevoir de la part d’Alejandro Amenábar car on sait de quoi il est capable. En ce qui concerne le twist, je l’avais à moitié deviné (il faut dire qu’à force de regarder des films, on commence à comprendre certaines choses), c’est-à-dire que j’avais compris qui n’était pas clair dans cette histoire mais une partie de mon imagination m’a légèrement joué des tours : il y a une sorte de mise en abyme que j’ai alors trouvée intéressante. Beaucoup de critiques ont souligné les clichés voire même les effets exagérés présentes dans certaines scènes. Certes, on ne va pas se mentir : on trouve bien tout ça dans Regression. Ceci dit, ce n’est pas pour excuser ces choses-là en question, mais disons que certains éléments du scénario expliquent leur présence. En revanche, je n’excuserai pas vraiment la mise en scène un peu trop plate à mon goût ni l’aspect esthétique un peu trop absent. Certes, certaines séquences sont assez réussies esthétiquement, je pense notamment à celles avec Ethan Hawke qui rêve de rites sataniques la nuit. Le maquillage des personnages m’a d’ailleurs fait pensé à celui du démon dans L’Exorciste (de William Friedkin).

Regression : Photo Emma Watson, Ethan Hawke

Ceci dit, en dehors de ces quelques séquences, sans dire que c’est du travail de cochon ou que ce soit, je m’attendais à mieux esthétiquement, surtout quand on apprend que le film a bénéficié d’un budget de 20 millions de dollars… Je ne dirais pas que c’est moche mais je n’ai pas pu m’empêcher d’être frustrée, de me dire qu’il y a de quoi faire quelque chose d’un peu plus solide. On a l’impression qu’Amenábar ne se sert jamais de son contexte en Amérique par exemple. Certes, le fond de l’histoire a quelque chose d’universel mais quand on prend quelques minutes à expliquer aux spectateurs que l’histoire qui va suivre est est inspirée d’une série de faits réels qui se sont déroulés à une période précise dans un pays précis, je trouve cela regrettable de ne pas se servir de ces informations en question et de ne pas faire quelque chose avec de plus ambitieux artistiquement (après, attention, histoire de ne pas créer de pseudo-polémiques, je ne dis pas qu’il faut créer quelque chose de complètement superficiel non plus même si je ne prétends pas refaire un film de A à Z). Du coup, même si la mise en scène reste tout à fait correcte dans l’ensemble, on ne sent pas non plus Alejandro Amenábar totalement inspiré ou impliqué : je veux dire, à part dans les thèmes abordés, on n’a pas forcément l’impression de retrouver la patte du cinéaste. Du coup le film est simplement (à mes yeux) sympathique, regardable, intéressant même mais l’ensemble manque de charme voire même de force. Finissons cette critique en parlant du casting. Sans dire qu’il s’agit d’une grande interprétation, le toujours charismatique Ethan Hawke est pour moi très bien dans ce film tout comme David Thewlis (qui a un rôle également important même si son nom n’apparaît sur l’affiche, cela ne doit pas être assez vendeur) même s’il fait un peu son Professeur Lupin. En revanche, Emma Watson ne m’a pas convaincue. Ce n’est pas son interprétation qui m’a posé problème, il s’agit presque d’une erreur de casting. Elle est censée interpréter une adolescente de 17 ans, or l’actrice est âgée de 25 ans. Je ne critique pas son physique, il s’agit d’ailleurs d’une jolie femme mais elle fait ses 25 ans, elle fait adulte quoi ! Mine de rien, cela enlève quelque chose à son personnage qui aurait être encore plus mystérieux. Ceci dit, pour finir, au-delà de sa popularité (même si dans un sens, cela peut aussi lui faire du tort), je comprends d’un autre côté le choix de cette actrice car elle a un visage angélique.

Regression : Photo David Thewlis, Ethan Hawke

La Isla Minima

réalisé par Alberto Rodriguez

avec Raul Arevalo, Javier Gutierrez, Antonio de la Torre…

Film policier, thriller espagnol. 1h44. 2014.

sortie française : 15 juillet 2015

La Isla mínima

Deux flics que tout oppose, dans l’Espagne post-franquiste des années 1980, sont envoyés dans une petite ville d’Andalousie  pour enquêter sur l’assassinat sauvage de deux adolescentes pendant les fêtes locales. Au coeur des marécages de cette région encore ancrée dans le passé, parfois jusqu’à l’absurde et où règne la loi du silence,  ils vont devoir surmonter leurs différences pour démasquer le tueur.

La Isla mínima : Photo Javier Gutiérrez (II), Raúl Arévalo

La Isla Minima (ou Marshland en anglais) a rencontré un joli succès chez lui (en Espagne), notamment en raflant dix Goya (c’est-à-dire l’équivalent des César en Espagne) dont celui du meilleur film. Il a également été récompensé par deux prix au festival du Film Policier de Beaune. En tout cas, j’ai toujours essayé de m’intéresser aux autres académies cinématographiques (car il n’y a que les César et les Oscar qui sont « importants »), de voir ce qui se fait et ce qui plait ailleurs. De plus, les très bonnes critiques m’ont encouragée à découvrir dans une salle pleine en ce qui me concerne (je suis toujours ravie de voir des films d’art et essai qui marchent en salle, même si je sais que mes cinémas ne sont pas toujours représentatifs du box-office du reste de la France). Effectivement, la presse a bien fait d’avoir écrit tant de louanges sur ce film qui mérite vraiment d’être vu. A priori, il s’agit d’un thriller de ce qu’il y a de plus classique : un duo de flics (évidemment opposés) enquête sur les meurtres sordides de plusieurs jeunes filles. Mais Alberto Rodriguez est parvenu à combiner cette enquête policière, passionnante jusqu’au bout (même si elle n’a rien de révolutionnaire en soi mais on se laisse prendre par l’histoire) malgré une ambiguïté à la fin du film qui a pu gêner quelques spectateurs (j’ai entendu certaines réflexions en sortant de la salle et lu quelques critiques sur des blogs qui s’interrogeaient sur cette fin), avec l’histoire même de l’Espagne, nous prouvant de nouveau la complexité de l’homme. Le duo de flics fonctionne d’ailleurs à merveille, montrant encore plus la confrontation de l’homme face à son passé et à son futur, aux choix qu’il fait ou qu’il aurait dû faire. Pour mieux comprendre où le film veut en venir, il faut savoir que La Isla Minima se situe dans les années 1980, c’est-à-dire juste après la chute de Franco. L’Espagne est à ce moment-là en pleine transition : on veut aller de l’avant et pourtant il est encore difficile de se débarrasser des fantômes de son propre passé.

La Isla mínima : Photo

D’un côté, Pedro est un jeune policier qui rêve de retourner à Madrid voir sa femme qui est enceinte. Il représente cette Espagne démocratique en train de se mettre en place (quelque part, la future naissance de cet enfant qu’on ne verra pourtant jamais en est le symbole, comme s’il s’agissait d’un nouveau départ), il préfère parler pour enquêter et trouver la vérité. De l’autre, Juan préfère utiliser la violence pour obtenir des réponses et représente une Espagne encore marquée par le franquisme : il a d’ailleurs fait partie de la police de Franco et a donc fait des actes insoutenables. Cependant, les personnages n’ont rien de manichéens, l’écriture a su mettre des nuances. Ainsi, chaque personnage a sa part d’ombre et de lumière. Par ailleurs, la fin du film illustre parfaitement cette complexité : peut-on fermer les yeux pour avancer ? Les deux acteurs principaux, Raul Arevalo et Javier Gutierrez, sont en tout cas excellents, ils réussissent à donner beaucoup de profondeur à leurs personnages. Par ailleurs, je rebondis sur cette histoire de démocratie et d’Espagne hantée par les fantômes de son passé. Ce point, essentiel pour apprécier ce film comme il se doit, passe aussi par le rôle des femmes. Ce n’est certainement pas un hasard si le scénario reprend le schéma classique de jeunes filles assassinées. La femme sous Franco est littéralement effacée et l’est encore durant cette période de transition alors qu’elle tente de se libérer : elle va devoir se battre pour trouver sa place dans cette nouvelle société (de nombreux films espagnols exposent parfaitement ce point). Or, alors que la mère des deux jeunes soeurs assassinées est elle-même effacée par son mari, c’est tout de même elle qui va guider à plusieurs reprises la police à retrouver l’identité du tueur. On pensera aussi à l’étrange médium qui parvient probablement à connaître le futur sombre de l’un des deux policiers. Les femmes semblent alors être une sorte de représentation de la vérité qui permet d’avancer et de reconstruire un futur, même s’il faudra en payer le prix.

La Isla mínima : Photo

Les tourments humains sont également merveilleusement bien représentés à travers de magnifiques décors, sublimés par une somptueuse photographie et un important jeu de lumière, ainsi que certaines prises de vue qui montrent des formes étranges. Le générique en est d’ailleurs un parfait exemple : ainsi, cette partie marécageuse de l’Andalousie est à la fois belle et troublante (cette dualité présente d’ailleurs au sein des personnages et de la temporalité) et rien que ce lieu va contribuer à l’atmosphère si particulière du film. L’esthétique de ce film est en tout cas à tomber par terre sans avoir cette horrible impression de superficialité, on sent que la part visuelle joue un rôle important dans la réflexion mise en place tout au long du film par le réalisateur. J’ai en tout cas énormément aimé ce long-métrage qui possède une écriture remarquable et profonde ainsi qu’une excellente mise en scène. C’est un film qui parle évidemment de son histoire, comme je l’ai expliqué, mais à travers son passé fait aussi référence à ce qui se passe maintenant en Espagne : cette double fonction temporelle prouve de nouveau la réussite de ce long-métrage audacieux. La Isla Minima fera évidemment penser à l’excellent film coréen Memories of Murder de Bong Joon-ho (le réalisateur assume d’ailleurs cette référence) ou encore à la première saison de True Detective (là par contre, il s’agit d’une coïncidence). Ceci dit, le film ne se laisse pas crouler à travers cette grosse référence (et j’imagine d’autres), possédant ainsi sa propre personnalité, étant donné que le réalisateur a une véritable envie de communiquer quelque chose et nous livre une incroyable proposition cinématographique.

La Isla mínima : Photo Javier Gutiérrez (II), Raúl Arévalo

Blancanieves

 réalisé par Pablo Berger

avec Maribel Verdu, Macarena Garcia, Sofia Oria, Daniel Gimenez Cacho, Angela Molina, Josep Maria Pou…

Drame espagnol. 1h45. 2012.

sortie française : 23 janvier 2013

Blancanieves

Sud de l’Espagne, dans les années 20. Carmen est une belle jeune fille dont l’enfance a été hantée par une belle-mère acariâtre. Fuyant un passé dont elle n’a plus mémoire, Carmen va faire une rencontre insolite : une troupe ambulante de nains toreros qui va l’adopter et lui donner le surnom de « Blancanieves ». C’est le début d’une aventure qui va conduire Carmen/Blancanieves vers elle-même, vers son passé, et surtout vers un destin à nul autre semblable…

Blancanieves : photo Macarena García

L’année 2012 a été marqué par le succès mondial de The Artist. Le film de Michel Hazanivicius a prouvé que le public s’intéressait encore aux films muets et en noir et blanc. Blancanieves, un film espagnol tourné dans le même format et sorti en France à peine trois mois après la sortie de The Artist, a eu du mal à échapper à la comparaison. Cependant, au-delà de la forme, ces deux films n’ont rien à voir. Cependant, bien que j’aime énormément The Artist, Blancanieves me paraît encore plus ambitieux et également plus réussi. De plus, Blancanieves est également sorti après les deux dernières versions américaines de Blanche-Neige (la première réalisée par Tarsem Singh avec Julia Roberts et Lily Collins, la seconde par Rupert Sanders avec Kristen Stewart et Chazlize Theron). Mais une fois encore, Pablo Berger (réalisateur de l’étonnant Torremolinos 73) n’a pas eu de mal à affronter ses concurrents. Au final, Blancanieves a cartonné aux Goyas (l’équivalent des Césars en Espagne) en repartant avec dix statuettes amplement méritées ! La réécriture de Blanche-Neige est très originale : en effet, cette histoire se déroule cette fois-ci dans les années 1920 dans l’univers de la corrida. Signer son film en noir et blanc et en muet est toujours un sacré défi. Techniquement, c’est évidemment très réussi : on a vraiment l’impression de voir un vieux film et on apprécie toujours de remarquer de nombreuses références cinématographiques. Le travail technique et esthétique (photographie, lumière…) permet de nous plonger dans cette période cinématographique avec une certaine élégance. C’était également un sacré pari de revoir ce conte qu’on connait tous par coeur. Comment nous surprendre à nouveau ? Pablo Berger a compris qu’il ne s’agissait pas simplement de donner du style et d’être original par rapport aux autres films qui ont déjà été faits sur ce même sujet. Il a réussi à donner énormément de force et d’émotion à son film. Les scènes entre la jeune Blanche-Neige et son père sont par exemple particulièrement touchantes. Il y a peu de « dialogues » mais pourtant on comprend toujours les enjeux de cette histoire. Et même si on connait les péripéties de l’histoire, Berger arrive à insérer dans son film une forme de suspense. Bref, malgré les difficiles exercices du muet, du noir et blanc et de la réécriture, le film m’a surprise et ne m’a pas ennuyée car j’ai trouvé l’ensemble rythmé.

Blancanieves : photo Maribel Verdú

Après avoir lu certaines critiques négatives, je précise une chose : même si la corrida est présente dans le film, il ne faut pas essayer de faire de débat pour ou contre. Je respecte évidemment les avis négatifs et ceux qui sont contre la corrida (j’en fais d’ailleurs partie). C’est mignon de défendre cette cause, je respecte totalement cette opinion, mais je ne pense pas que ce soit le but du film. La corrida, cette sorte de course, est typiquement espagnole et permet à cette réécriture de Blanche-Neige de s’ancrer dans une dimension culturelle, presque nationale. De plus, ici la corrida est un bon moyen pour aborder certains sujets comme l’héritage familial ou le danger. En effet, Blanche-Neige a raté certains moments avec son père lorsqu’elle était enfant mais elle essaie de rattraper ce temps perdu une fois qu’elle est devenue adulte. La corrida, c’est le métier de son père et c’est aussi grâce à cette activité qu’elle va se rapprocher de lui. Même s’il a du mal à bouger, le père arrive encore à vivre en lui transmettant sa passion. Lui transmettre cette passion, c’est en quelque sorte une belle preuve d’amour. De plus, on comprend bien que Carmen/Blanche-Neige a ça dans le sang et c’est grâce à son talent qu’elle va pouvoir en quelque sorte s’émanciper et échapper à sa belle-mère. Elle se met aussi en danger en affrontant cet énorme taureau, mais ne se méfiera pas d’une simple pomme qui est en réalité empoisonnée. Enfin, dans ce type de film, la musique est évidemment primordiale. Ici, le travail d’Alfonso de Villalonga est très réussi car il réussi à nous transmettre les « dialogues manquants » et de renforcer également l’émotion. Et même si elle est omniprésente, elle n’est pas envahissante, dans le sens où elle ne nous lasse à aucun moment. Les acteurs sont également tous excellents car sans prononcer de paroles, ils arrivent également à transmettre de l’émotion et tout ce que ressentent et font les personnages. Ils arrivent à être expressifs mais sans en faire des caisses. Maribul Verdu est géniale dans le rôle de la méchante belle-mère de Blanche-Neige. Ce qui est fabuleux, c’est que même si le film ne parle pas directement de la vieillesse (elle ne dit pas toutes les deux minutes « ohhhh que je suis laiiiide, j’ai la peau qui pendouille », on n’est pas chez les américains), la présence de ce thème reste fort : le maquillage est discret mais pourtant, on voit bien la présence de rides au fur et à mesure qu’on avance dans le film, et Verdu ressemble par moments à une sorte de Lady Gaga/Anna Wintour/Victoria Beckham tout en restant classe et adapté aux années 1920, son look ne parait pas anachronique. J’ai également beaucoup aimé les deux actrices qui jouent Blanche-Neige : la première, la jeune Sofia Oria, est toute mignonne et très touchante; et la deuxième, la très fraîche Macarena Garcia, est une véritable révélation. Daniel Gimenez-Cacho est également très émouvant dans le rôle du mari en deuil et du père qui essaie de se dévouer pour sa jeune fille même s’il est cloué dans son fauteuil roulant et qu’il a du mal à faire face à sa nouvelle femme. J’ai également apprécié la petite apparition d’Angela Molina et les nains toreros sont très attachants (notamment Josefa et le nain amoureux de Blanche-Neige).

Blancanieves : photo Macarena García

Le Crime Farpait

réalisé par Alex de la Iglesia

avec Guillermo Toledo, Monica Cervera, Luis Varela, Enrique Villén, Kira Miro…

titre original : Crimen Ferpecto

Comédie espagnole, française, italienne. 1h44. 2004.

sortie française : 11 mai 2005

Le Crime farpait

Le vendeur le plus séduisant d’un grand magasin tue un collègue rival par accident. Une des vendeuses du rayon parfumerie est témoin de la scène et en profite pour lui faire un perfide chantage sexuel.

Le Crime farpait : photo Álex de la Iglesia, Guillermo Toledo, Monica Cervera

Bien que je n’ai pas encore vu tous ses films (à l’heure actuelle, j’ai découvert la moitié de sa filmographie), j’ai toujours accroché à l’univers délirant du réalisateur espagnol Alex de la Iglesia. De ce que j’ai vu, Le Crime Farpait, titre qui fait à la fois référence à Hitchcock et à Obélix (« Farpaitement ! »), est son meilleur film avec Le Jour de la Bête. Cette comédie noire et cynique sur l’arrivisme parvient à dénoncer cette société du paraître dans laquelle on ferait pourtant tout pour y être accepté. Comme souvent chez Alex de la Iglesia, le résultat est jubilatoire, le film comportant de nombreuses scènes hilarantes. Rien que le début avec Rafael, qui s’adresse directement aux spectateurs, est énorme : il est beau, toutes les employées du magasin veulent coucher avec lui, il est compétent dans son domaine (la vente), bref, sa vie est parfaite. D’autres scènes m’ont également fait rire, comme celle du découpage du cadavre ou la scène de sexe très sauvage (avec des bruits de félins) entre ce pauvre Rafael et Lourdes qui compte montrer ce qu’elle vaut au pieu. Mais la réunion de famille est la scène qui m’a fait hurler de rire, elle est tellement hilarante que j’en ai encore mal au ventre. Ainsi, Rafael va découvrir avec stupéfaction la famille de Lourdes, à savoir sa petite soeur de huit ans mythomane qui balance qu’elle a été violée par son instit’ et qu’elle est enceinte de lui, sa mère hystérique (on comprend mieux le comportement de Lourdes) et son père narcoleptique (pour oublier l’hystérie de sa femme ?). Le film joue sans cesse sur ces traits très grossis et des situations vraiment exagérées. L’univers d’Alex de la Iglesia est parfois tellement excessif qu’il peut finir par fatiguer les spectateurs. Cependant, je trouve qu’il réussit ici à trouver le bon ton sans faire de concessions.

Le Crime farpait : photo Álex de la Iglesia, Guillermo Toledo

Heureusement, le film ne se contente pas d’aligner une succession de scènes odieusement drôles. Le scénario est très bien écrit et bien construit. Certes, on se doute bien que Rafael et Lourdes vont vouloir s’entretuer mais on ne connait pas l’issue finale jusqu’au bout. Beaucoup diront que la fin est moralisatrice, je ne l’ai pas vue de cette manière-là. Cette fin assez surprenante, qui annonce déjà plus ou moins Balada Triste de Trompeta, permet d’appuyer encore plus le propos du film : cette société du paraître, qui a un impact sur la réussite sociale des personnages, est littéralement une farce. Le titre, déjà compréhensible par tout ce qu’on a vu jusqu’à présent, prend encore plus de sens et appuie davantage la puissance du discours. Quant à la mise en scène, elle s’avère efficace, dynamique et surtout inventive. De plus, les décors, les costumes ou encore la photographie parviennent à retranscrire cet univers luxueux et superficiel mais sans tomber dans le kitsch. Enfin, j’ai également beaucoup aimé les deux personnages principaux, interprétés par les fantastiques Guillermo Toledo et Monica Cervera. Ils auraient pu être caricaturaux mais qui sont en réalité plus nuancés qu’ils en ont l’air. Certes, Rafael et Lourdes sont deux personnages abominables, tous les deux feraient n’importe quoi pour grimper les échelons. Cependant, même s’ils ont des tendances meurtrières, ces personnages, très intelligents (encore une fois, la fin va nous le confirmer), restent humains et surtout attachants. D’un côté, Rafael a certes tué accidentellement son collègue de travail, il est aussi peut-être lâche mais il n’est pas sanguinaire pour autant et on va surtout le plaindre tout le long ! Quant à Lourdes, elle est vraiment folle et son chantage sexuel est condamnable, cependant elle réussit à prendre sa revanche sur la vie.

Le Crime farpait : photo Álex de la Iglesia, Guillermo Toledo, Monica Cervera

Un, dos, tres

Créée par Ernesto Pozuello, Pilar Nadal, Daniel Ecjia, Jesus del Cerro et Juan Carlos Cueto

avec Monica Cruz, Beatriz Luengo, Pablo Puyol, Miguel Angel Munoz, Silvia Marty, Dafne Fernandez, Lola Herrera, Raul Pena, Fanny Gautier, Beatriz Rico, Victor Mosqueira, Alfonso Lara, Toni Acosta, Pedro Pena…

titre original : Un Paso Adelante

Série musicale espagnole.  6 saisons. 2002-2005.

Les amours, peines et problèmes d’une bande de jeunes dans une école supérieure d’arts scéniques très réputée de Madrid. Ils y apprennent la danse, le chant, la musique, le théâtre… pour devenir de véritables artistes.

Un, dos, tres : Photo

Le décès de Pedro Pena (Antonio, le concierge de l’école) et la participation de Miguel Angel Munoz (Roberto) à Danse avec les stars ce mois-ci m’ont fait penser à la rédaction de ce billet. Un, dos, tres, était diffusée sur M6 en access prime-time et a été connue principalement à cause de l’une de ses principales interprètes, Monica Cruz, la soeur de Penélope. Objectivement parlant, cette série, qui a d’ailleurs assez mal vieillie (tout parait kitsch), était naze et pourtant j’ai regardé durant mon adolescence toutes les saisons (on ne me juge pas). Pire, j’ai même revu à plusieurs reprises l’intégralité lors de ses rediffusions (on ne me juge pas *bis*)Un, dos, tres suivait une bande de jeunes voulant devenir des stars de la danse, de la musique, du théâtre ou du cinéma (ou les quatre à la fois). Mais il faut être réaliste, on ne regardait pas vraiment Un, dos, tres pour les trois chorégraphies foireuses (et très mal filmées), dignes de Kamel Ouali (et oui, j’ai aussi regardé la Star Ac’) avec les danseurs à moitié à poil.

Un, dos, tres : Photo

Non, on regardait que pour les coucheries des uns et des autres. Voici un petit résumé :

– Roberto (le bellâtre qui met son col de chemise en l’air !) sort d’abord avec Silvia (la rousse) puis avec Marta (la soeur d’Adela). Il découvre également qu’il a un gosse. Silvia est également sortie avec Horacio, le mec de sa tante Alicia (très saine cette famille)

– Lola, vierge au début de la série (parce que c’est une sainte-nitouche), se rattrape vite : elle s’est tapée Jero (dur de commencer sa vie sexuelle avec un personnage aussi inexistant), Pavel, Pedro (l’homme de sa life, le gentil fils de pêcheur qui pécho) et enfin Nacho (le sosie de Juanes).

– Juan (le prof qui porte que des t-shirts Queen) sort un moment avec Diana, mais il la trompe avec son élève Ingrid (toujours la fameuse rousse), puis Diana veut un gosse (mais se fiche royalement de Juan). Juan s’exécute (parce queeeee) et un petit Juanito pointe son nez. Puis, Juan finira avec J.J.. Quant à Diana, elle part avec son gosse et avec Cristobal.

Un, dos, tres : Photo

Mais il n’y avait que ça, pour notre plus grand bonheur : Silvia qui avorte, Erika qui avorte aussi (décidément), Marta qui a des problèmes cardiaques mais qui danse parce que la danse c’est toute sa vie (blablabla), Adela l’ancienne stripteaseuse droguée (la drogue, c’est mal), Pedro qui fait également du striptease (là aussi décidément), Cristobal qui double des films pornos, Paula (la belle-mère de Lola) est une ancienne prostituée, JJ l’écolo sportive… La pauvre Carmen Arranz avait du boulot dans cette école ! Les scénaristes d’Un, Dos, Tres étaient visiblement très inspirés. Les situations, vues et revues, étaient parfois complètement tirées par les cheveux. Bref, la série tournait souvent autour des problèmes de sexe et aussi d’argent. Elle était également très répétitive puisqu’on voyait très régulièrement les élèves postuler à des castings et passer beaucoup de temps dans les vestiaires. De plus, au fil des saisons, la série était de plus en plus mauvaise et on a droit à une dernière saison particulièrement catastrophique (à côté, les premières saisons étaient bonnes, pour vous dire à quel point on avait touché le fond). Grâce (enfin, j’ai envie de dire « à cause ») à la série, le groupe UPA Dance (UPA sont les initiales d’Un Paso Adelante, le titre original de la série) va naître. Evidemment ça fait saigner les oreilles (là, t’arrives presque à te dire : tiens, c’était pas si mal que ça les 2be3) à part (apparemment) celles des L5 qui avaient adapté l’une de leurs chansons (ainsi Once again était devenu Retiens-moi). Evidemment, pour ne rien arranger, les acteurs étaient tous très mauvais, certains rendant ainsi leurs personnages encore plus agaçants.

Un, dos, tres : Photo

Les sorcières de Zugarramurdi

réalisé par Alex de la Iglesia

avec Hugo Silva, Mario Casas, Carmen Maura, Carolina Bang…

titre original : Las Brujas de Zugarramurdi

Film fantastique, comédie espagnol. 1h52. 2013.

sortie française : 8 janvier 2014

Les Sorcières de Zugarramurdi

En plein jour, un groupe d’hommes braque un magasin d’or de la Puerta del Sol à Madrid. José, père divorcé en plein conflit avec son ex-femme, Tony, son complice, sex-symbol malgré lui, Manuel, chauffeur de taxi embarqué contre son gré dans l’aventure, et Sergio, le fils de José, partent en cavale. Objectif : atteindre la France en échappant à la police… Mais arrivé près de la frontière française, dans le village millénaire de Zugarramurdi, le groupe va faire la rencontre d’une famille de sorcières, bien décidées à user de leurs pouvoirs maléfiques pour se venger des hommes…

 Les Sorcières de Zugarramurdi : Photo

Comme d’habitude, Alex de la Iglesia signe un film bien barré. Il est clair que pas tout le monde adhère à son univers parce qu’il y a des choix parfois excessifs. Le film n’est pas parfait, il est presque parfois trop délirant (c’est même parfois un poil épuisant) et a quelques longueurs mais dans l’ensemble, j’ai quand même bien aimé Les Sorcières de Zugarramurdi. Au passage, ce village, situé au nord de l’Espagne, existe réellement et est réputé pour y avoir abrité des sorcières. J’ai trouvé le film très drôle, notamment le début vraiment réussi, avec les braqueurs déguisés en soldat et en Jésus qui ont embarqué le gamin de l’un d’entre eux. Il y a aussi quelques scènes bien déjantées avec les fameuses sorcières du titre, notamment une espèce de punk, une vieille bique qui oublie de prendre ses médocs ou encore une autre qui marche au plafond ! Le film sort quand même du lot mais il n’est pas seulement barré. Le fond est assez fort, même s’il ne plaira pas à certains (je dirais même certaines) qui comprendraient mal le propos. Alex de la Iglesia réalise un film féministe et en même temps, il critique tout de même les féministes les plus extrémistes. Mais le réalisateur ne s’attaque pas seulement à cette catégorie de femmes. Les hommes en prennent également pour leur grade, surtout les machistes, qui sont eux aussi des extrémistes. Le réalisateur dénonce également les désastreuses conséquences des divorces, notamment à cause des pensions alimentaires, de la garde des enfants ou encore tout ce qui concerne leur éducation. Les actes des personnages principaux masculins sont condamnables mais, on peut aussi comprendre leur désespoir, ce qui les rend tout de même attachants. Finalement, le propos est assez équilibré pour chaque sexe. Mais au-delà des critiques sur le comportement des uns et des autres et du délire fantastique, le réalisateur dresse aussi un portrait de l’actuelle Espagne. Le scénario s’égare par moments mais il tient quand même plutôt la route et contient quelques trouvailles et la mise en scène est inspirée. Tous les interprètes sont également excellents. En bref, Les Sorcières de Zugarramurdi (pétard, c’est chiant à écrire ce nom !) est un bon divertissement, sombre, explosif et intelligent à la fois.

Les Sorcières de Zugarramurdi : Photo Carmen Maura