Les Proies (1971 et 2017)

réalisé par Don Siegel

avec Clint Eastwood, Geraldine Page, Elizabeth Hartman…

titre original : The Beguiled

Drame américain. 1h40. 1971.

sortie française : 18 août 1971

Movie Challenge 2017 : Un remake ou film qui a été objet de remake

appréciation : 1/4


réalisé par Sofia Coppola

avec Colin Farrell, Nicole Kidman, Kirsten Dunst, Elle Fanning, Angourie Rice…

titre original : The Beguiled

Drame américain. 1h33. 2017.iso

sortie française : 23 août 2017

appréciation : 3/4


En pleine guerre de Sécession, dans le Sud profond, les pensionnaires d’un internat de jeunes filles recueillent un soldat blessé du camp adverse. Alors qu’elles lui offrent refuge et pansent ses plaies, l’atmosphère se charge de tensions sexuelles et de dangereuses rivalités éclatent. Jusqu’à ce que des événements inattendus ne fassent voler en éclats interdits et tabous.


Les Proies : Photo

Les Proies a beau avoir remporté le prix de la mise en scène au dernier festival de Cannes présidé par Pedro Almodovar, il ne semble pas avoir convaincu grand-monde, vu ce que j’ai pu lire à droite et à gauche aussi bien sur la blogosphère que dans la presse. En dehors de Virgin Suicides, j’ai toujours eu du mal avec les films de Sofia Coppola : je craignais une nouvelle déception (et les critiques mitigées n’étaient pas très encourageantes). Je ne suis donc pas allée le voir pour sa réalisatrice ni même spécialement pour son prix cannois : j’ai eu la chance de tomber à la bibliothèque sur le remarquable roman d’origine écrit par Thomas Cullinan en 1966. Petite précision : j’ai découvert la version de Siegel une semaine après celle de Coppola.  Je suis la première étonnée mais j’ai cette fois-ci envie de défendre le film de Coppola. Certes, il est imparfait, on ne peut pas s’empêcher d’avoir ce petit sentiment d’inabouti en sortant de la salle. Pourtant, il a fait son petit effet sur moi qui n’en attendais pas plus que ça. Une semaine après, j’ai découvert la version de Siegel : quelle déception. Déception encore plus surprenante puisque l’auteur du roman fait partie des scénaristes ! Voilà ce qui m’a d’abord frappée dans le film de Coppola : contrairement à la version de Siegel, elle a selon moi su retrouver l’essence du roman. Par exemple, je n’ai pas compris pourquoi Clint Eastwood était présenté directement comme le grand méchant de l’histoire : on comprend alors complètement les réactions des « proies ». Par conséquent, les personnages féminins, peu intéressantes chez Siegel (elles ont l’air toutes tartes), perdent complètement en ambiguïté : elles ont raison d’agir contre cet individu masculin qui a bousculé leur existence. On ne comprend pas non plus trop pourquoi certaines tombent sous son charme. J’aime et je respecte énormément Eastwood mais dans le film de Siegel, il ne joue pas particulièrement. Puis, même si j’ai conscience que c’est peut-être ma part féminine qui s’exprime, je ne le trouve pas particulièrement attirant : ce que je veux dire, c’est qu’il n’y a même pas ce critère en question qui explique pourquoi les femmes sont émoustillées par ce très grossier personnage qui ne mérite que de crever.

Les Proies : Photo Addison Riecke, Angourie Rice, Elle Fanning, Emma Howard, Kirsten Dunst

Or, le personnage incarné par Colin Farrell est vraiment plus proche de celui du roman : certes, on se doute bien qu’il n’est pas totalement net mais il ne fait rien de méchant dans les premiers temps. Il est même très charismatique : on comprend plus pourquoi il chamboule cet internat de filles, pourquoi même ces dernières veulent coucher avec lui. On a reproché à Coppola de ne pas suffisamment développer ses personnages : certes, en tant que nouvelle adaptation, cela aurait pu être intéressant. Mais je trouve cela difficile de blâmer totalement Coppola : les deux adaptations sont toutes les deux courtes, ne dépassant pas les 1h40. Toutes les deux ont choisi de ne pas développer les longs dialogues du roman ni particulièrement le passé des personnages. Cela dit, à côté du film de Siegel, qui m’a semblé encore plus creux concernant le non-développement des personnages, les personnages de Coppola m’ont davantage intriguée (et les actrices sont toutes impeccables), peut-être justement par leur froideur comme si elles sortaient d’un tableau, comme si elles vivaient dans un faux paradis qui n’est pas aussi angélique. Comme je l’expliquais un peu plus haut, dans sa version, Colin Farrell est plus mystérieux : cela accentue davantage la complexité des personnages féminins qui intériorisent, comme dans leur roman, leurs pensées et leurs tares. Ont-elles raison de se méfier ? Sont-elles folles parce qu’elles vivent depuis trop longtemps sans hommes ? La frustration chez Coppola est, par sa froideur, plus effrayante dans un sens tandis que chez Siegel, on frôle l’hystérie caricaturale. De plus, selon moi, si l’adaptation de Coppola fonctionne mieux que celle de Siegel, c’est parce que la réalisatrice a plus ou moins repris le point de vue du roman (encore une fois, on ne comprend pas trop comment l’auteur a pu travailler avec Siegel vu le résultat). Dans le roman, le récit avance par les différents points de vue féminins. A chaque chapitre, on découvre ce qui se cache sous les apparences de ces femmes dont on ne se méfiera pas : elles sont jalouses des unes des autres, sont frustrées, ont des rêves etc…

Les Proies : Photo

Dans le récit de Coppola, l’exposition des points de vue n’est pas aussi nette que dans le roman mais en tout cas c’est toujours la femme qui est au coeur de l’intrigue, qui la débute et qui la termine. Si je n’ai pas apprécié le film de Siegel, qui doit certainement être replacé dans le contexte de l’époque (cette sexualité très présente était certainement dérangeante dans les années 1970), je peux admettre tout de même certains points intéressants. Tout d’abord, Siegel a conservé le personnage de l’esclave noire, témoin des déchirements et de la folie de ces femmes à cet inconnu. Il est certain aussi qu’il possède une mise en scène réfléchie et intéressante (les choix de ce côté-là sont radicalement différents de la proposition de la réalisatrice – la mise en scène de Coppola est pour moi plus audacieuse). L’esthétique de Coppola (jouant plus sur des tons clairs) m’a plus séduite mais il y a bien un travail de ce côté-là dans la version de Siegel, qui joue plus justement sur les ombres, le seul moyen d’ailleurs qui fait parfois ressortir le côté inquiétant (hélas pour moi pas suffisamment présent) des personnages féminins. Je ne sais pas pourquoi mais après avoir effectué ce travail comparatif entre ces trois oeuvres, je n’ai pas pu m’empêcher au cas de True Grit où la version la plus récente (celle des Coen) était une nouvelle adaptation plus proche (et plus pertinente) du roman de Charles Portis que le premier film (par Henry Hathaway). On aime bien faire des raccourcis notamment en clamant que la version de Coppola est un remake (on l’a même dit avant même que le film sorte !) alors que pour moi il s’agit très nettement d’une nouvelle adaptation. Comme quoi, il ne faut pas toujours avoir peur des nouvelles adaptations, même des remakes si ça fait plaisir à certains, un nouveau regard est parfois nécessaire ou / et peut (pour être plus positive avec Siegel) même entrer en complémentarité avec les autres oeuvres de ce même réseau.

Les Proies : Photo Nicole Kidman

 

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The Neon Demon

réalisé par Nicolas Winding Refn

avec Elle Fanning, Jena Malone, Bella Heathcote, Abbey Lee, Karl Glusman, Desmond Harrington, Keanu Reeves, Christina Hendricks, Alessandro Nivola…

Thriller, épouvante-horreur danois, américain, français. 1h57. 2016.

sortie française : 8 juin 2016

interdit aux moins de 12 ans

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Une jeune fille débarque à Los Angeles. Son rêve est de devenir mannequin. Son ascension fulgurante et sa pureté suscitent jalousies et convoitises. Certaines filles s’inclinent devant elle, d’autres sont prêtes à tout pour lui voler sa beauté.

The Neon Demon : Photo Elle Fanning

The Neon Demon a, comme le précédent long-métrage du réalisateur danois, Nicolas Winding Refn, été hué par une partie de la presse lors de sa projection à Cannes (il était présenté en compétition). Sans dire que j’approuve un comportement aussi agressif et irrespectueux de ces journalistes en question, je comprends tout de même que certains spectateurs rejettent ce film en bloc. A mon avis, c’est soit ça passe, soit ça casse. Pour moi, ça passe totalement même si durant la séance, je ne savais pas trop en penser (j’avais d’ailleurs le même avis concernant Only God Forgives que j’ai su apprécier plus tard). Il faut « digérer » (les spectateurs comprendront la référence) tout ce qui se passe à l’écran. The Neon Demon est donc un film qui se déroule dans le milieu de la mode. On connait évidemment tous l’horrible réputation de ce monde : maigreur, superficialité, chirurgie, coups bas et j’en passe. Nicolas Winding Refn ne nous apprendra rien mais ce n’était pas son but. Situer l’intrigue dans ce milieu en question permet de poser de véritables questions autour de la beauté. Etre beau naturellement, « avoir le truc » comme le constate Ruby (Jena Malone) en parlant de Jesse (Elle Fanning) sans avoir à bouger le petit doigt, illuminer un lieu rien que par sa présence, n’est-ce pas une injustice pour les autres qui n’obtiennent pas ce privilège de naissance, comme un privilège royal ? Ce privilège en question ne rend-il pas l’individu qui le possède (on pourrait qu’il s’agit du fameux Neon Demon du titre) narcissique et même « dangereux » (pour reprendre une autre réplique) malgré son apparente pureté ? N’y a-t-il pas une hypocrisie dans notre société lorsque nous évoquons la beauté intérieure (le physique étant ce que nous remarquons en premier chez un individu) ? Il est alors intéressant de mettre en relation cette beauté suprême avec ce titre, qui évoque quelque chose qui dépasse la réalité telle qu’on la connait tellement elle est à la fois extraordinaire et dangereuse. Le film sort de plus en plus de cette réalité par ses scènes fantasmagoriques voire même horrifiques. The Neon Demon serait alors pour moi plus qu’un film qui serait de l’ordre de l’expérimental, il serait une illustration très premier degré (ne pas voir ici quelque chose de négatif, mais mon constat) du conte. Le thème de la beauté convoitée a d’ailleurs été évoquée dans de nombreux contes. Les fauves (dans tous ses sens), la figure de « princesse » évoquée juste avant (même si elle est ambiguë par l’exploitation du mythe de Narcisse), la grande cruauté inimaginable finale (impliquant les désastres du regard) semblent confirmer cette piste.

The Neon Demon : Photo Elle Fanning

Ce qui frappe en découvrant The Neon Demon est évidemment son esthétique. Refn et son équipe de techniciens ont fait un excellent boulot, le résultat est pour moi époustouflant. Les jeux de lumière, entre la noirceur et la lumière éclatante et les jeux les couleurs (notamment le bleu et le rouge, déjà très présents dans Only God Forgives) ainsi que la photographie sont splendides et on pourrait continuer à parler de cette esthétique pendant très longtemps. Le risque (et c’est ce que certains spectateurs lui reprochent) avec tant d’attention visuelle est de signer un film superficiel sans aucun fond. Pour ma part, j’ai vu un intérêt à tant de surcharges esthétiques. Nicolas Winding Refn a signé quelques pubs pour de grandes marques (certains diront qu’il est hypocrite alors de faire un long-métrage autour de la mode), il connaît ses codes et décide de les exploiter jusqu’au bout pour mieux pointer du doigt, s’en moquer et surtout illustrer son propos. Car c’est vraiment ça qu’il faut retenir à mon avis dans ce film et qui divise tant les critiques. Il y a quelque chose dans ce film qui est de l’ordre de l’illustration même si cette dernière demande à être décortiquée et interprétée. Je comprends que ça ne puisse pas plaire à tous mais j’ai aimé le fait d’être allé jusqu’au bout de l’idée. Certains ont parlé de « grande pub de deux heures ». Certes, comme je le disais, on pensera forcément aux codes de la publicité bien utilisés pour pouvoir mieux se retourner contre elle et ce qu’elle défend mais pour moi ça reste bien du cinéma avant tout. Le scénario n’est pas nécessairement ce qui saute aux yeux dans un premier temps (il a l’air assez simple) mais pourtant je ne trouve pas qu’il soit négligé. Chaque détail narratif et esthétique compte : il y a comme une boucle créée (j’ai envie de dire : à l’image de l’oeil dans l’une des scènes finales et marquantes) et même les choses qui peuvent sembler gratuites, grotesques ou autres sont remises à leur place, on comprend où ça veut en venir malgré la difficulté de tout interpréter au premier abord. Ainsi, le scénario, l’esthétique et la mise en scène (extrêmement bien foutue et d’une grande précision – même si certains lui reprocheront son côté très contrôlé – mais encore une fois, pour moi, c’est très cohérent) fonctionnent ensemble. C’est pour ça que je ne trouve pas cette fameuse esthétique parfois décriée gratuite car elle est pour moi logique avec le propos défendu par Refn (qui a bien aimé mettre ses initiales dans le générique comme un certain YSL – ça ne va pas faire calmer les haters) ainsi que tout ce qu’il a pu mettre en place.

The Neon Demon : Photo

La musique de Cliff Martinez (qui avait signé les bandes-originales de Drive et Only God Forgives) accompagne également très bien ce long-métrage. Contrairement à ce que j’ai également pu entendre de certains détracteurs, je trouve Refn très respectueux envers les femmes. Certes, les personnages féminins sont destructeurs mais elles ont toutes un but : être désirée. Et ce désir en question passe par la domination que les personnages féminins mettent en place (qui passent notamment par les scènes de cannibalisme et de nécrophilie qui ont également secoué certains spectateurs) ou qui apparaît naturellement (je reviens toujours au fameux Neon Demon). Les quelques personnages masculins incarnent des figures encore plus ingrates. De plus (et c’est que je constate depuis très longtemps chez Refn), on ne retrouve pas des scènes vulgaires (contrairement à ce qu’on pourrait s’attendre avec un tel sujet) dans le sens où ça ne m’a pas mis mal à l’aise en tant que femme et où je n’ai pas senti un regard malveillant sur les femmes de la part du réalisateur. On sent même Refn étonnamment pudique. En tout cas, pour moi, pas de misogynie de sa part. Enfin, le casting est selon moi convaincant. Dans le rôle principal, la jeune Elle Fanning est un excellent choix. Il faut dire que j’apprécie cette actrice depuis un certain temps et je suis persuadée qu’elle va aller encore plus loin dans sa carrière. Non seulement j’ai aimé son interprétation mais l’avoir choisi était pertinent : dès que je la voie, que ce soit dans un film, une pub, un magazine etc…, je ne peux pas m’empêcher de me dire « cette fille a un truc ». Et ça fait directement écho à ce que représente son personnage. Jena Malone est également la bonne surprise de ce film. On ne s’attend pas à voir son personnage évoluer d’une certaine manière, cacher autant son jeu et l’actrice parvient bien à retranscrire sa personnalité ambiguë. Concernant Bella Heathcote et Abbey Lee dans les rôles des rivales de Jesse, sans crier à la grande interprétation, je les ai trouvées très convaincantes. Je suis souvent sceptique face aux mannequins qui deviennent actrices (il y en a tellement qui sont mauvaises et qui n’ont absolument rien à faire dans des films) mais là on croit aux personnages qu’elles interprètent (étant donné qu’elles connaissent ce milieu – même si on est bien d’accord que ça ne garantissait rien à l’origine) et je trouve qu’elles arrivent tout de même bien à incarner la méchanceté, la jalousie et même une forme de souffrance sans forcément en faire des caisses alors que le film très « premier degré » aurait pu nuire à leurs interprétations.

The Neon Demon : Photo Elle Fanning

Dalton Trumbo

réalisé par Jay Roach

avec Bryan Cranston, Diane Lane, Helen Mirren, Louis C. K., Michael Stuhlbarg, Elle Fanning, John Goodman, Christian Berkel, Alan Tudyk, Dean O’Gorman,Adewale Akinnuoye-Agbaje…

titre original : Trumbo

Biopic américain. 2h04. 2015.

sortie française : 27 avril 2016

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Hollywood, la Guerre Froide bat son plein.
Alors qu’il est au sommet de son art, le scénariste Dalton Trumbo est accusé d’être communiste.
Avec d’autres artistes, il devient très vite infréquentable, puis est emprisonné et placé sur la Liste Noire : il lui est désormais impossible de travailler.
Grâce à son talent et au soutien inconditionnel de sa famille, Il va contourner cette interdiction.
En menant dans l’ombre un long combat vers sa réhabilitation, il forgera sa légende.

Dalton Trumbo : Photo Bryan Cranston

Pour tout vous avouer, Dalton Trumbo n’est pas nécessairement une personnalité dont je connais bien son oeuvre – j’ai tout de même vu et adoré son Johnny got his gun, l’adaptation de son roman. En revanche, je connaissais un peu son histoire liée à ses positions communistes. C’est pour cette raison que j’ai voulu découvrir ce biopic car il s’agit d’une personnalité intéressante et même importante. Ce biopic est donc inspiré du documentaire du même nom sorti en 2007. Ce documentaire en question s’inspirait lui-même d’une autre oeuvre : la pièce Red, White and Blacklisted, construite par Christopher Trumbo (le fils de Dalton donc). Surtout, il s’agit aussi d’une adaptation de l’ouvrage de Bruce Cook publié en 1977. C’est Jay Roach qui est donc derrière la caméra. Sans dire qu’il s’agit d’un grand réalisateur, j’aime bien certaines comédies qu’il a réalisées comme Mon beau-père et moi, Austin Powers ou encore Moi, député ‘. Sa série Game Change a également eu de bons échos. Cela dit, j’étais sceptique de voir un réalisateur à l’origine de comédies pas toujours fines être derrière un biopic assez sérieux. Mais j’ai décidé de mettre mes doutes de côté étant donné que j’ai lu de bonnes critiques sur ce biopic, que ce soit dans la presse ou sur la blogosphère. Hélas, j’ai eu raison de me méfier. Certes, j’ai trouvé ce biopic très intéressant car j’ai envie de dire que l’histoire de Trumbo et des Dix d’Hollywood est passionnante et mérite qu’on ne l’oublie pas. Les intentions derrière sont évidemment très louables. En effet, c’est une ode à la liberté de penser, de voter, de créer même. C’est également une bonne chose, à travers ce film, de rendre hommage aux hommes de l’ombre du cinéma, c’est-à-dire ici les scénaristes. Le propos ne m’a pas laissée indifférente et dans l’ensemble il s’agit d’un film assez plaisant à suivre. De plus, la reconstitution des différentes époques reste bien faite dans le sens où le spectateur se retrouve aisément dans l’ambiance d’antan mais les décors ou les costumes n’ont rien non plus de kitsch. L’histoire en elle-même est bien présentée, c’est-à-dire qu’elle peut certainement séduire les cinéphiles-historiens et ceux qui s’intéressent moins à cette partie de l’histoire du cinéma.

Dalton Trumbo : Photo Bryan Cranston, Dean O'Gorman

Bref, concrètement, je ne me suis pas ennuyée, l’histoire a su m’intéresser car je pense qu’elle reste malgré tout racontée efficacement, c’est même dans un sens un film « divertissant ». De côté-là, Dalton Trumbo reste donc à peu près réussi. Mais elle n’est pas suffisamment mise en valeur par une réalisation hyper académique et sans aucune personnalité, on a l’impression que n’importe qui aurait pu être derrière la caméra. Le scénario est certes accessible pour éventuellement prendre connaissance de l’histoire de Trumbo et plus généralement du contexte historique mais on a vraiment l’impression de voir une page Wikipedia défiler ! En fait, j’ai envie de dire qu’on est face à tout ce qu’on redoute d’un biopic – même si on a droit qu’à une partie de la vie de Trumbo. C’est d’autant plus rageant de voir un manque de personnalité pour un biopic qui porte justement sur une personnalité aussi forte ! Dalton Trumbo bénéficie en tout cas d’un excellent casting. En tête, Bryan Cranston livre une interprétation solide. Sa nomination aux Oscars et aux Golden Globes est tout à fait justifiée. Il parvient à donner toutes les nuances à son personnage, sans jamais en faire des caisses. Le scénario, qui a pourtant ses faiblesses, a au moins le mérite de ne pas idéaliser Trumbo (mais sans le flinguer – étant donné que c’est aussi une sorte de mode dans les biopics). Tous les acteurs qui l’accompagnent, que ce soit Diane Lane en épouse et mère dévouée, Helen Mirren en garce, John Goodman en producteur de cinéma (tiens donc, comme c’est surprenant, mouahaha), Michael Stuhlbarg (son nom est décidément toujours chiant à écrire) est également très convaincant dans le rôle d’Edward G. Robinson (même si j’ai eu du mal à le reconnaître – d’ailleurs, en dehors de Cranston, les ressemblances avec de véritables personnalités ne sont pas hyper frappantes – mais après il ne s’agit qu’un petit détail) ou encore Elle Fanning dans le rôle de la fille de Trumbo, sensible et engagée. Parmi les seconds rôles, ma petite préférence va tout de même à Louis C. K. qui a un rôle très intéressant et qui apporte une véritable touche d’humanité à son personnage.

Dalton Trumbo : Photo Bryan Cranston, Helen Mirren

Maléfique

réalisé par Robert Stromberg

avec Angelina Jolie, Elle Fanning, Sharlto Copley, Sam Riley, Brenton Thwaites, Juno Temple, Ella Purnell, Imelda Staunton, Leslie Manville, Peter Capaldi, Miranda Richardson, Vivienne Jolie-Pitt…

titre original : Maleficent

Film fantastique américain. 1h37. 2014.

sortie française : 28 mai 2014

Maléfique

Maléfique est une belle jeune femme au coeur pur qui mène une  vie idyllique au sein d’une paisible forêt dans un royaume où règnent le bonheur et l’harmonie. Un jour, une armée d’envahisseurs menace les frontières du pays et Maléfique, n’écoutant que son courage, s’élève en féroce protectrice de cette terre. Dans cette lutte acharnée, une personne en qui elle avait foi va la trahir, déclenchant en elle une souffrance à nulle autre pareille qui va petit à petit transformer son coeur pur en un coeur de pierre. Bien décidée à se venger, elle s’engage dans une bataille épique avec le successeur du roi, jetant une terrible malédiction sur sa fille qui vient de naître, Aurore. Mais lorsque l’enfant grandit, Maléfique se rend compte que la petite princesse détient la clé de la paix du royaume, et peut-être aussi celle de sa propre rédemption…

Maléfique : Photo Angelina Jolie, Sam Riley

La Belle au bois dormant est à l’origine un conte populaire, qui a notamment été repris par Charles Perrault dans Les contes de ma mère l’Oye ou par les frères Grimm. Mais on connait surtout cette histoire grâce au film des studios Disney, réalisé par Clyde Geromini, Wolfgang Reitherman, Eric Larson et Les Clark. Pour ma part je préférais d’autres Disney car je trouvais Aurore très niaise (oui, oui, même gamine, j’étais odieuse). Cependant, j’aimais beaucoup Maléfique ainsi que les trois gentilles fées. Les studios, décidément toujours aussi peu inspirés, se sont attaqués à la célèbre méchante Maléfique du dessin animé. Je n’attendais pas forcément ce film mais j’étais tout de même curieuse de voir le résultat. Le film aurait pu me plaire car les réflexions derrière sont réellement profondes : en effet, Aurore peut être vue ici comme la victime d’un couple qui se déchire, qui divorce même. Ici, même si le prince charmant est présent (j’en reparlerai d’ailleurs un peu plus loin), le véritable amour qui apparaît à l’écran est celui d’une mère pour un enfant. Le film prend également un parti clairement féministe. Cependant, tout l’aspect profond du film s’écroule à cause d’une accumulation incroyable de défauts. On a l’impression que Robert Stromberg, qui signe ici son premier long-métrage, a saboté son propre film ! Le vrai problème, c’est que le film veut trop s’adresser à des enfants considérés apparemment comme des débiles profonds. Déjà, lorsque le film débute par une insupportable et mielleuse voix-off, on se dit que ça part mal. Après, on découvre des décors et des couleurs bien moches, qui te font bien mal aux yeux car c’est très kitsch. Puis, Maléfique parle avec des animaux et d’autres bêbêtes très étranges et également bien laides. J’avais l’impression de revoir le mauvais « Gnangnan » Narnia. Mais surtout, on voit une relecture du conte finalement peu inspirée, même un peu survendue. Pour vous faire le résumé, sans vous révéler la fin, la première partie est consacrée à l’adolescence de Maléfique, qui drague le futur roi Stéphane, mais qui est trahie par ce dernier car il veut devenir roi. La deuxième partie est une version raccourcie du dessin animé. Enfin la troisième partie fait quelques modifications du long-métrage de Disney.

Maléfique : Photo Angelina Jolie, Vivienne Jolie-Pitt

Au final, on ne voit pas tant que ça les origines de la célèbre méchante, ce qui finit par ennuyer. Le film ne m’a jamais réellement intéressée, c’est un mauvais divertissement, ni vraiment drôle (allez, on sourit deux minutes maximum quand Jolie dit à Vivienne « je ne t’aime pas » ou quand elle traite Aurore de « mocheté », mais les enfants dans la salle n’ont pas ri, croyez-moi), ni émouvant (mais plutôt guimauve). D’ailleurs, elle n’est pas si méchante. D’un côté, vu qu’ils ont voulu évoquer certains thèmes spécifiques, je peux comprendre que le personnage soit plus sympathique. Mais là, elle est trop douce. C’est pas Maléfique, mais « Jalouse en voie de rédemption », ou « Je culpabilise à mort mais je vais arranger ce bordel que j’ai mis en place ». Il n’y a pas que Maléfique qui pose problème. Aurore, qui s’émerveillerait limite en marchant dans une crotte de chien, sourit comme une crétine tout le long dans pratiquement toutes les situations possibles (sauf une scène ou deux, par exemple elle couine un peu quand elle apprend que Maléfique est maléfique justement). Philippe sourit également comme un crétin (au moins, Aurore et lui vont parfaitement ensemble) et ressemble au prince Lu (tiens, comme dans Narnia !) avec ses horribles cheveux et ses dents Colgate. Les trois fées (d’ailleurs très laides, surtout en version miniature) ne sont plus gaffeuses comme dans le dessin animé, mais bien trois connes pas foutues de surveiller une mioche. Quant à Sam Riley, le corbeau de Maléfique (qui prendra d’autres apparences très gênantes, sans en révéler, une de ses métamorphoses enlève vraiment trop la dimension maléfique de la célèbre fée), il est ridicule : il m’a rappelé un membre d’Indochine ou du Tokio Hotel. A cause de ces personnages particulièrement ratés, les acteurs rament totalement, à part Angelina Jolie qui est très à l’aise (à part quand elle crie comme un veau : cette scène est vraiment pathétique), même si c’est un peu le Angelina Jolie show : elle est à la fois le personnage principal, une des productrices, et elle a réussi à placer dans le film ses enfants (dont l’adorable Vivienne, interprète d’Aurore jeune, qui est absolument adorable).

Maléfique : Photo Elle Fanning