Mother!

réalisé par Darren Aronofsky

avec Jennifer Lawrence, Javier Bardem, Ed Harris, Michelle Pfeiffer, Brian Gleeson, Domhnall Gleeson, Kristen Wiig…

Drame, thriller américain. 2h. 2017.

sortie française : 13 septembre 2017

interdit aux moins de 12 ans

Un couple voit sa relation remise en question par l’arrivée d’invités imprévus, perturbant leur tranquillité.

Mother! : Photo Javier Bardem, Jennifer Lawrence

(Oui, ce long disclaimer – même autres remarques ailleurs – au début de ce billet ne s’attaque pas directement au film mais j’avais besoin de dire certaines choses qui commençaient vraiment à m’énerver et même à me peser. Et comme c’est encore mon lieu personnel d’expression – car certains l’auraient visiblement oublié – je me permets d’écrire ces choses durant ce billet). 

Je m’en suis jamais cachée : je n’aime pas les films d’Aronofsky. Tout est absolument douloureux et grossier dans son cinéma. Peut-être pire, je n’aime pas tous les débats méprisants autour de ses films : si on a le malheur de dire qu’on n’aime pas ce qu’il fait (comme si le bonhomme était intouchable), on s’en prend en général plein la gueule. Je me rappelle encore de la sortie de Black Swan : selon certaines personnes, si on avait osé dire qu’on n’avait pas aimé ce film (ce qui est notre plus strict droit), on était forcément des imbéciles incultes (et évidemment des faux cinéphiles, sinon c’est pas marrant) ne comprenant rien au cinéma ou ce genre de réflexions complètement condescendantes (le fameux et éternel « noooon mais t’as pas compris », t’en fais pas, je suis pas une nouille). Hélas, ce que je craignais avec Mother! est arrivé : non seulement le film fut pour moi une torture à la fois involontairement hilarante et véritablement consternante, mais en plus (même si je tenais à préciser qu’il y a aussi de gentils cinéphiles fans du film, capables d’en discuter normalement sans te cracher dessus et heureusement !) j’ai subi de près et de loin certaines réactions vraiment désagréables et qui me donnent encore moins envie d’être sympa avec Aronofsky : « ouuais les gens qui ont pas aimé Mother!, vous êtes fermés d’esprit, vous avez rien compris blablabla » (recrache mon thé à l’instant – surtout quand tu vois le non-sens de la discussion). Je suis vraiment heureuse de savoir que j’ai visiblement le cerveau d’une moule, merci bien. On a aussi eu sur les réseaux sociaux l’immense colère (comme si le gars menait le combat de sa vie) de la part d’un youtubeur (j’ai la flemme de le citer) qui a visiblement pris la pastèque depuis sa rencontre avec Aronofsky en personne (alors que son seul argument était « MAIS CE FILM EST FOUUUUUUU ») : bref, chaque magazine qui a osé dire du mal de Mother! était forcément composée de journalistes cons et évidemment plus globalement (spectateurs compris – donc vous et moi) si on n’a pas aimé le film, alors on a forcément tort. C’est vraiment fabuleux de voir des gens soi-disant ouverts d’esprit nous donner des leçons sur le bon goût alors qu’on a le droit de le détester. Mais peut-on en vouloir totalement à ces personnes alors que le réalisateur en question a lui-même les chevilles qui ont enflé ? Parce que c’est ça qui est particulièrement insupportable dans le cinéma d’Aronofsky :  je sens à quel point le réalisateur crie d’un air pédant « JE FAIS MON CHEF-D’OEUVRE » à chaque scène. Cela a toujours été le cas dans sa filmographie mais alors avec Mother! il a atteint des sommets inimaginables et insoupçonnables.

Mother! : Photo Jennifer Lawrence

Le pire, c’est que je ne suis pas allée voir Mother! en me disant que j’allais casser à tout prix sur Aronofsky (quel serait mon intérêt ? Me torturer ? Dépenser mon argent n’importe comment ?). C’est même complètement faux : j’avais vraiment envie d’être optimiste, d’aimer ce film, de me réconcilier avec son réalisateur, comme ce fut le cas récemment avec certains réalisateurs que je n’aime habituellement pas comme par exemple Inarritu et Sofia Coppola, dont j’ai apprécié respectivement The Revenant et Les Proies. Aronofsky ne manque pas d’ambition, c’est tout à son honneur et normalement c’est le genre d’initiatives qui me plait. Mais l’ambition n’est pas non plus synonyme de prétention : hors visiblement, depuis un certain temps (enfin, depuis toujours – oh je suis méchante), le réalisateur semble confondre les deux termes. C’est extrêmement pénible quand tu as l’impression que le type t’explique (ou plutôt t’expose) tout ce qu’il a voulu dire au lieu justement de laisser parler les images : on est à deux doigts d’avoir des sous-titres explicatifs et de nous distribuer une Bible en sortant de la salle. Evidemment, chacun peut avoir sa propre interprétation sur cette oeuvre qui joue jusqu’au bout (et littéralement trop) avec les allégories. Attention, je comprends que des spectateurs aient pu être déroutés et qu’ils n’aient rien compris, sur ça j’ai aucun souci, je ne vous traite pas du tout d’imbéciles. Je vous parle là de mon ressenti par rapport aussi aux autres réactions : je n’ai pas trouvé le film si « compliqué » que ça dans le sens où les thématiques et références sont aussi lourdes que des pas d’éléphant. Je ne pense pas qu’il faut être un grand spécialiste en théologie et philosophie pour voir à peu près où le réalisateur veut en venir, les références bibliques utilisées étant utilisées à outrance (et non, cela ne rend pas son film meilleur ni plus intéressant). Aucun personnage ne porte de nom prouvant notamment leur représentation allégorique : le personnage incarné par Jennifer Lawrence (au passage, excellente – ouais j’ose un compliment dans ce bordel rempli de négativités) est la fameuse mère du titre. Concrètement, elle le devient relativement tard dans le film. Elle est alors la mère de plusieurs « concepts » : elle est la mère-nature / Gaïa (il faut une destruction pour la nature reprenne ses droits face à une humanité en perdition) mais aussi la mère de l’inspiration (en gros la muse). Quant au personnage masculin interprété par Javier Bardem (qui lui par contre ne joue pas spécialement bien), par son métier d’écrivain, il est le symbole de l’artiste face à la page blanche qui retrouve l’inspiration par sa muse (selon ses propos et notamment aussi par la seule relation sexuelle / viol que le couple aura : la création naît à partir de la souffrance) : son roman est littéralement son bébé qu’il a « accouché » via sa muse (on reprend le concept de la maïeutique). Il y a alors certainement une interrogation sur la réception d’une oeuvre : l’appartenance au public ne détruit-elle pas littéralement l’oeuvre / le bébé ? On peut même aller plus loin en se demandant si Bardem n’est pas carrément Dieu (son bureau pourrait représenter le Paradis) ou un prophète (tout dépend des scènes selon moi).

Mother! : Photo

Enfin, face à ce grand chaos critiquant certainement aussi la folie religieuse qui mène à la perte de l’humanité, on retrouve d’autres figures bibliques connues : Adam (Ed Harris), à qui il manque effectivement une côte, Eve (Michelle Pfeiffer), qui enfreint la seule règle de la maison (le coeur est le fruit défendu) et leurs fils Abel et Caïn (avec l’épisode du meurtre). Jusque-là, au moins dans ces quelques grandes lignes, je pense que les quelques pistes ne sont pas non plus si inaccessibles que ça. Et sur le papier, cela aurait pu donner un film réellement intéressant en terme de réflexion. Mais je reproche vraiment l’exécution outrancière et finalement dans un sens (malgré son côté faussement complexe) simpliste de cette relecture (même Noé était une relecture moins grossière de la Bible et pourtant c’était très loin d’être fin !). Certains seront certes sensibles face aux choix extrêmes d’Aronofsky (et malgré ma colère qui peut se ressentir au cours de ce billet, je respecte et comprends tout à fait qu’on adhère au projet – du moment qu’on n’insulte pas ceux qui n’y adhèrent justement pas du tout), pour ma part je les ai trouvés complètement grotesques. Encore une fois, tout est tellement surligné que cela en devient usant : la tâche de sang sur le tapis qui ressemble à une vulve (le nombre de fois où on a ce plan – impossible de ne pas capter la lourde image) en est un parfait exemple. Il est aussi évident que le film fonctionne sur un cycle (et j’ose même un rapprochement avec le cycle menstruel – allez tout est possible au point où on en est) : cela n’était par exemple pas une mauvaise idée mais à l’écran ça ne passe pas si bien que ça. Je ne prétends pas être un génie, loin de là, mais j’ai rapidement compris le comment du pourquoi (notamment avec l’histoire avec le coeur) : hélas, Aronofsky dévoile certains indices bien trop tôt. Par conséquent, la fin ne m’a pas du tout surprise alors qu’elle aurait dû me couper le souffle (je pense que c’était dans les intentions du réalisateur vu comme la fin est amenée). J’aimerais aussi revenir sur un thème visiblement important dans le long-métrage : la femme et surtout son rapport avec l’homme. Aronofsky et Lawrence affirment qu’il s’agit d’un film féministe. Qu’il y ait une réflexion sur la domination masculine sur la femme, aussi bien dans un cercle familial que dans un cadre professionnel, me paraît évident. Je suis déjà étonnée qu’on parle de muse (même si je l’ai moi-même dit juste au-dessus) : on le décèle entre les lignes mais concrètement, même si le personnage de Bardem dit vaguement à sa femme qu’elle est à l’origine de son inspiration (et sa grossesse semble aller dans ce sens), on a quand même du mal à voir ne serait-ce une scène confirmant que Lawrence inspire effectivement réellement son mari. L’inspiration éventuelle n’est que dans la souffrance et la violence : Aronofsky passerait presque pour un emo. Pendant deux heures, on voit surtout Jennifer Lawrence faire du ménage (je vous assure que ça m’a gonflée de la voir nettoyer pendant le 3/4 du film) et s’en prendre plein la gueule. S’il y a bien une réflexion autour de la place de la femme dans l’humanité, j’ai quand même du mal à y voir là-dedans du féminisme (je ne vais pas non plus vous mentir : oui, le mot « misogynie » m’est même venu en tête pendant la séance).

Mother! : Photo Jennifer Lawrence

Aronofsky a voulu faire du féminisme et le revendique :  le problème, c’est qu’à force de prendre un malin plaisir à humilier son personnage féminin, sa démarche devient totalement contre-productive. On a aussi presque l’impression qu’il règle ses comptes, qu’il y a quelque chose derrière qui devient profondément narcissique et non justement universel contrairement aux références qu’il utilise. Parce que Bardem n’incarne pas uniquement un Dieu, un prophète ou que sais-je. Pour moi, c’est aussi clairement Aronofsky en personne (et c’est un comble pour un film qui se veut féministe et dénoncer aussi la domination masculine). Un film peut provoquer le malaise, bousculer, je le conçois et c’est chouette même quand cela arrive. Mais là il ne m’a pas mise mal à l’aise pour des raisons artistiques mais pour des raisons éthiques. Je me suis même retrouvée presque dans la même position que dans (le détestable) L’Amant Double de François Ozon où j’ai l’impression qu’on peut tout justifier, que ce soit en terme de débilités ou d’acharnement envers ses personnages, soi-disant au nom de l’art : je trouve ça facile au bout d’un moment. Finalement, dans tout ça, on a parlé que de la métaphore et ce n’est pas surprenant puisque c’est ce qui ressort d’ailleurs majoritairement dans les différents avis exprimés : le film ne nous pousse pas à aller ailleurs, il ne se base pratiquement sur cette lecture. Or, un film ne peut pas non plus se résumer qu’à ça au bout d’un moment surtout quand la relecture n’est pas particulièrement bonne ni révolutionnaire (il y a des films de relecture / très référencés bien plus réussis de ce côte-là). Faire un film allégorique sur la Bible, ça a de la gueule mais c’est pas pour ça que ça en fait un bon film. Il ne peut pas non plus se résumer à sa promotion putassière comme ce fut le cas sur Black Swan (oui, cette remarque est purement gratuite). La mise en scène en elle-même n’a donc rien de réellement problématique, notamment avec la gestion d’un espace envahi. Mais là encore, on en a trop à l’écran (j’en ai même éclaté de rire au bout d’un moment – la dernière fois que j’ai ri comme ça, c’était pendant ma séance de Lucy) pour appuyer un discours déjà bien lourd et pénible. Par contre, je suis vraiment sceptique sur les effets spéciaux ainsi que sur l’utilisation abusive de gros plans sur Jennifer Lawrence (même si je peux comprendre la démarche et l’effet produit). Finalement, tous les autres aspects notamment techniques (le travail sur le son est bon par exemple) ne parviennent pas à éclater face à un propos prétentieux, indigeste, carrément insupportable et dans tout ça… vain.

Mother! : Photo Jennifer Lawrence

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American Honey / Monsieur et Madame Adelman

American Honey

réalisé par Andrea Arnold

avec Sasha Lane, Shia LaBeouf, Riley Keough…

Drame américain, britannique. 2h43. 2016.

sortie française : 8 février 2017

Star, 17 ans, croise le chemin de Jake et sa bande. Sillonant le midwest à bord d’un van, ils vivent de vente en porte à porte. En rupture totale avec sa famille, elle s’embarque dans l’aventure. Ce roadtrip, ponctué de rencontres, fêtes et arnaques lui apporte ce qu’elle cherche depuis toujours: la liberté ! Jusqu’à ce qu’elle tombe amoureuse de Jake, aussi charismatique que dangereux…

American Honey : Photo Sasha Lane, Shia LaBeouf

American Honey, récompensé par le prix du jury au festival de Cannes (le troisième même prix de la carrière de la réalisatrice britannique Andrea Arnold après Red Road et Fish Tank), est un film sur une jeunesse paumée qui m’a laissée perplexe. Je lui reconnais des qualités mais qui sont aussi des choses qui m’ont aussi gênée. Par exemple, la durée, c’est-à-dire pratiquement 2h45. D’un côté, je ne me suis pas ennuyée alors que je m’y attendais (et c’est principalement pour cette raison que je n’ai pas voulu me déplacer dans les salles) et je comprends la démarche de la réalisatrice : la longueur permet certainement de mieux représenter littéralement l’errance juvénile (déjà représentée par la forme même du film : le road movie). Les répétitions, cette lassitude de cette vie de nomade (les jeunes vivent d’hôtels en hôtels en se faisant passer pour des vendeurs de magazines) semblent être volontaires. Cela dit, au bout d’un moment, ces choix finissent par ne plus être aussi pertinents que prévu. Je suis certaine qu’on aurait pu garder cette idée d’errance notamment par la longueur sans étirer à tout prix la durée excessive et selon moi pas très justifiée par rapport à ce que la réalisatrice nous narre. Concernant le scénario, là encore je suis partagée. L’histoire en elle-même est crédible, la réalisatrice s’est bien renseignée et documentée sur son sujet et j’ai tendance à aimer les films au style réaliste : on est d’ailleurs parfois proche du « documentaire », la caméra étant très proche des acteurs et la lumière naturelle prenant souvent place dans le cadre. Mais finalement, et encore une fois, mon reproche est certainement lié à la durée. rien ne m’a réellement surprise dans le déroulement de l’histoire. Evidemment, Andrea Arnold expose des enchaînements narratifs logiques, on ne peut pas lui faire tous les reproches du monde, mais j’ai trouvé tous les événements très attendus. Reste tout de même des décors magnifiquement bien filmés, le tout sur une bande-originale bien choisie et qui a du sens par rapport aux différentes scènes. De plus le casting est parfait. La débutante Sasha Lane est fascinante de spontanéité, Shia Labeouf prouve également qu’il peut être excellent quand il est bien dirigé dans des films intéressants ou encore Riley Keough (même si j’ai du mal à comprendre comment un personnage aussi jeune qu’elle puisse avoir autant de pouvoir sur des jeunes de son âge) est remarquable. A noter aussi de très bonnes interprétations de la part du reste de la troupe, pratiquement tous des non-professionnels.

American Honey : Photo Riley Keough, Shia LaBeouf


Monsieur et Madame Adelman

réalisé par Nicolas Bedos

avec Doria Tillier, Nicolas Bedos, Antoine Gouy, Denis Podalydès, Christiane Millet, Pierre Arditi, Zabou Breitman, Julien Boisselier…

Comédie dramatique française. 2h. 2016.

sortie française : 8 mars 2017

Comment Sarah et Victor ont-ils fait pour se supporter pendant plus de 45 ans ? Qui était vraiment cette femme énigmatique vivant dans l’ombre de son mari ?
Amour et ambition, trahisons et secrets nourrissent cette odyssée d’un couple hors du commun, traversant avec nous petite et grande histoire du dernier siècle.

Monsieur & Madame Adelman : Photo Doria Tillier, Nicolas Bedos

On connait davantage Nicolas Bedos le personnage public télé imbuvable que l’artiste (chroniqueur aussi dans la presse, dramaturge, écrivain, scénariste et acteur). Bedos passe désormais derrière la caméra avec Monsieur et Madame Adelman. Il a co-écrit le scénario avec Doria Tillier, connue pour avoir été une des Miss Météo dans l’émission de Canal + Le Grand Journal. Les deux, apparemment toujours en couple (information certes people mais qui peut être intéressante si on la lie au contenu du film), se sont également attribués les rôles principaux (les fameux Adelman du titre). Ainsi, Bedos et Tillier nous présentent l’histoire d’amour avec ses hauts et ses bas (surtout ses bas) d’un couple sur 45 ans. Victor, qui a emprunté le nom de sa femme dans le cadre de sa profession (« plus juif » parce que ça fait « plus Philip Roth » selon lui), est un écrivain qui galère quand il rencontre Sarah. Mais Sarah a fait des études de lettres à la Sorbonne : c’est elle qui va l’aider à mieux écrire ses romans, à lui donner des suggestions pertinentes notamment pour ses tournures de phrases etc… Au-delà d’un regard assez sombre et touchant sur les relations amoureuses face au temps à partir d’une fresque parfois parodiée avec un humour noir décapant et surprenant (les relations sexuelles sont complètement nulles, la fille des Adelman est insupportable, le fils est un handicapé mental rejeté par le couple Adelman pour son handicap justement !), Monsieur et Madame Adelman interroge intelligemment également sur les rapports entre l’écrivain et sa muse, et sur la femme de l’ombre laissant place au mari artiste. Le film, qui propose un twist plutôt saisissant, est également convaincant dans ses scènes mélancoliques. Cela dit, en dehors de ses moments justement assez cyniques qui prouvent justement que Bedos et Tillier sont capables de jouer avec les codes, on n’échappe pas totalement quelques clichés habituels hystériques. J’avoue avoir eu peur de revoir Mon Roi. Pour sa première réalisation, Bedos s’en sort en tout cas remarquablement bien. Mais c’est surtout l’écriture qui surprend davantage. Les interprétations sont également solides. Bedos et Tillier, qui se fondent merveilleusement dans les différents costumes (on sent que le déguisement les éclate : justement, le projet de ce film est né suite à leur amour pour se déguiser et l’improvisation), le tout dans des décors soignés, sont excellents même si Tillier a tendance à piquer la vedette à son partenaire. Ils ont également su communiquer leur évidente complicité à l’écran. Monsieur et Madame Adelman n’est peut-être pas le grand film qu’il aurait pu être, il lui manque ce quelque chose pour qu’on y adhère totalement mais il reste plutôt pertinent et on a bien envie de voir d’autres projets cinématographiques de Tillier et Bedos.

Monsieur & Madame Adelman : Photo Doria Tillier, Nicolas Bedos

Girls

Créée par Lena Dunham et Jenni Konner

avec Lena Dunham, Allison Williams, Jemima Kirke, Zosia Mamet, Adam Driver, Andrew Rannells, Alex Karpovsky, Becky Ann Baker, Peter Scolari, Christopher Abbott, Ebon Moss-Bachrach, Corey Stoll, Riz Ahmed, Gaby Hoffmann, Rita Wilson, Patrick Wilson, Matthew Rhys, Jon Glaser, Jake Lacy, Jenny Slate, Amy Schumer, Shiri Appleby…

Comédie dramatique. 6 saisons. 2012-2017. 

L’entrée dans la vie active de quatre jeunes filles d’une vingtaine d’années, de leurs humiliations à leurs rares triomphes. Hannah, l’éternelle stagiaire, rêve de devenir écrivain ; Marnie, la jeune fille intelligente et rangée au premier abord ; Jessa qui vivote telle une hippie et sa cousine Shoshanna, une ambitieuse étudiante qui n’a pas sa langue dans sa poche.

Photo Jemima Kirke, Lena Dunham, Zosia Mamet

Je vous préviens, je ne vais pas hésiter à spoiler et même dès les premières lignes. J’avais déjà rédigé un billet sur la toute première saison de Girls, dans l’espoir de livrer une critique de chaque saison. J’ai abandonné l’idée pour deux raisons. Dans un premier temps, cette entreprise est évidemment trop longue et j’ai encore trop de critiques de séries à rédiger. Puis, surtout, cela ne serait pas forcément pertinent dans le cadre de Girls, série créée par Lena Dunham (décidément, elle multiplie les casquettes) et Jenni Konner et produite par le roi de la comédie américaine actuelle, Judd Apatow : qu’on aime ou pas cette série (ce qui est compréhensible), elle a au moins le mérite de présenter les six saisons avec une véritable cohérence. Pour certains éléments de l’intrigue (notamment concernant la grossesse d’Hannah à la saison 6), Lena Dunham a révélé qu’elle les avait en tête depuis les débuts de la série. En effet, beaucoup d’éléments qui peuvent sembler anodins reviennent et prennent leur importance dans les saisons suivantes. Ainsi, la série est pour moi si cohérente que je l’ai revue volontiers et à trois bonnes reprises. Et ce fut nécessaire de la revoir à chaque entier, comme si je remarquais de nouvelles choses. En effet, j’ai un drôle de rapport : j’aimais bien Girls à ses débuts mais sans plus. Je voyais aussi pas mal ses défauts et surtout j’avais tendance à avoir un mauvais jugement sur les quatre personnages principaux. Je suis cette série depuis pas mal d’années, j’ai grandi avec les personnages et j’ai moi-même « grandi » entre-temps. Finalement, à force de revoir la série, je commençais à comprendre son succès et surtout à l’apprécier à sa juste valeur (même si j’ai parfaitement conscience qu’on puisse rejeter en bloc la création de Dunham). Je pourrais certainement écrire un billet entier sur les personnages : oui, elles sont bourrées de défauts. Oui, on a même parfois envie de les secouer, de les gifler. Non, je ne suis pourtant « trash » ou quoi que ce soit (la série étant souvent associée à ce mot). Pourtant, Hannah, Marnie, Jessa et Shoshanna me représentent, tout comme elles représentent mes amies et même d’autres filles de ma génération. Comme le disait Hannah au tout début de la saison 1 (certes sans aucune modestie, mais ça c’est Hannah), elle est la voix de sa génération.

Photo Andrew Rannells, Lena Dunham

Girls m’agaçait au début pour son côté très cru, voire même vulgaire, et pour son scénario qui commençait à faire du surplace. En effet, dans une série, on a tendance à attendre une évolution des personnages. Or, pour attendre un réel déclic de la part des personnages, on doit attendre un certain nombre de temps. Et encore, je ne parle pas de tous les personnages : certains seront incapables de changer, ils resteront dans la destruction alors que la possibilité de vivre une vie meilleure et paisible n’était pas si lointaine. Pour le surplace, Hannah pense qu’elle va enfin réussir, juste après tout s’effondre pour elle, que ce soit par sa faute (quand elle retourne à la fac loin de chez elle) ou par un concours de circonstances. On a donc la sensation que ce personnage n’avance pas et du coup que le scénario non plus. Or, Dunham fait justement un choix judicieux en présentant des personnages qui se cassent la gueule, qui ne parviennent pas à réaliser leurs rêves, qui vont même devoir faire des compromis en attendant de pouvoir arriver à leurs buts. La seule qui semble sortir de ce schéma est l’ambitieuse et lucide Shoshanna. Au début étudiante, vierge et innocente, elle n’hésitera pas à dire plusieurs fois ses quatre vérités au reste de la bande (et à prendre la douloureuse – mais meilleure – décision finale à la fin de l’épisode 9 de la saison 6) et surtout à prendre son destin en main quitte à passer pour une connasse ingrate (alors qu’elle était certainement le personnage le plus pétillant de la série). La série s’appelle Girls mais Hannah reste le personnage pilier. On a envie de lui donner des claques, de la secouer face à son égoïsme, défaut qui disparaîtra à la naissance du petit Grover. Je n’ai jamais aimé les films ou les séries qui mettaient en avant la naissance d’un enfant pour sauver le ou les parent(s) parce que cela ne correspond pas du tout à mes convictions personnelles. Cela dit, ce choix reste tout de même intéressant par rapport à tout ce que Dunham a mis en place depuis les débuts de Girls : avec un enfant, Hannah sera obligée de devenir responsable et de s’occuper de quelqu’un d’autre que d’elle-même.

Photo Lena Dunham

J’avoue que cette grossesse finale m’a surprise de la part de Lena Dunham. Certaines féministes (certaines, car je refuse de mettre tout le monde dans le même sac – et je me sens moi-même féministe : chacun(e) sa définition) n’auraient pas nécessairement ressenti l’envie de transformer l’héroïne en jeune mère de famille. Certaines (je fais référence à des « articles » que j’ai hélas lus sur des sites revendiqués féministes) rejettent même la grossesse en bloc. On a beau insulter Dunham pour ses positions féministes (non, le féminisme n’a rien d’un gros mot), elle n’est pas tombée dans certaines idées qui pourraient sembler extrémistes. Beaucoup ont pointé du doigt le tout dernier épisode qui se concentre sur l’après-naissance du petit Grover. Hannah cohabite désormais avec sa mère (qui apprend à vivre seule – son mari ayant enfin accepté son homosexualité après l’avoir tant renié) et sa véritable meilleure amie Marnie, toujours là (sa présence dans la vie d’Hannah sera grosso modo sa seule victoire vu ses échecs amoureux et professionnels). Effectivement, l’épisode 9 de la saison 6 qui réunissait pour la dernière fois les quatre filles vedettes de la série aurait pu être une véritable fin. On devinera (ou supposera) les vies que mèneront Adam et Jessa (des artistes qui réussiront peut-être professionnellement mais qui ne connaîtront que la destruction), Shoshanna (désormais une bobo méprisante à la vie rangée), Elijah (on veut un spin-off sur ses aventures d’artiste !) ou encore Ray qui rencontre l’amour (et pour une fois, il n’y a pas de discours ou d’intrigue autour du fait que sa dulcinée est obèse) va enfin s’investir dans un projet professionnel qui devrait le sortir de l’ennui. Mais justement, la force de Girls est de ne pas tomber dans ce qui était attendu. L’histoire entre Adam et Hannah, certes belle mais trop sombre, est belle et bien terminée, l’amitié entre les quatre jeunes femmes ne peut pas tenir et n’a peut-être d’ailleurs jamais existé. Beaucoup de séries auraient décidé de satisfaire les fans avec un véritable happy end. Ici, il ne s’agit pas d’un bad end ou quelque chose de ce style. On nous présente juste la vie ordinaire avec ses bons et ses mauvais côtés, ses rêves réalisés ou non (ou peut-être en attente).

Photo Adam Driver, Alex Karpovsky

New York est également au coeur de Girls. Cette ville est souvent glamourisée ou valorisée. On a d’ailleurs dit que la série de Dunham était une sorte d’anti-Sex and the City (les deux séries ayant été diffusées sur HBO). Quatre filles à New York donc à part que dans Girls ce même New York ne fait pas rêver : il n’y a pratiquement pas de boulot (et quand il y en a, ils craignent), les appartements sont sombres et délabrés, les gens sont teubés. Hannah (et les autres au passage) semble être la pure New-Yorkaise de son époque : à l’aise dans les fêtes, elle-même un peu fêlée et prête à toutes les expériences, artiste un peu torturée sur les bords, Hannah va pourtant se rendre à l’évidence : New York ne lui a apporté que des merdes. Elle pourrait avoir une vie tranquille (elle se confronte d’ailleurs à cette possibilité, qu’elle rejettera, lors de sa rencontre avec un beau et riche médecin en la personne de Patrick Wilson) mais pas à New York. Girls, c’est pour moi une série extrêmement lucide et sombre (mais pas nécessairement pessimiste, juste réaliste) sur la vie des ces jeunes gens (je dis « gens » parce que contrairement à ce qu’annonce le titre, les mecs ne sont pas du tout délaissés dans l’histoire) qui sont encore entre deux phases, l’adolescence et le monde des adultes. Je trouve qu’il n’y a pas tant que ça de séries et/ou de films qui traduisent vraiment ce sentiment, et avec justesse, à cette période de cette existence (on a plutôt davantage à voir le fameux passage à l’âge adulte sur des teen movies par exemple). Dunham sait alors parler de jeunes gens pas toujours prêts à affronter le monde et au fil des saisons a su aussi aborder de sujets de société, notamment sur la culture du viol. Un des derniers épisodes, « American Bitch« , qui nous présente une sorte de match-interview entre Hannah et un auteur accusé de viol style Woody Allen/Roman Polanski était tout simplement d’une très grande pertinence (je vous conseille de découvrir l’épisode en question – c’est limite le seul épisode qu’on peut regarder sans connaître la série). Alors on pourra évidemment rejeter cette série à cause de sa dimension trash (qui me dérangeait mais selon moi les scènes ne sont pas si gratuites qu’on pourrait le croire) mais Dunham est une formidable auteure et observatrice de son temps, pleine d’audace. J’espère qu’elle continuera à nous proposer du contenu de qualités que ce soit à la télé ou ailleurs.

Photo Allison Williams, Lena Dunham

Juste la fin du monde

réalisé par Xavier Dolan

avec Gaspard Ulliel, Nathalie Baye, Vincent Cassel, Marion Cotillard, Léa Seydoux…

Drame canadien, français. 1h39. 2016.

sortie française : 21 septembre 2016 (7 février 2017 en dvd)

Un grand merci à Cinetrafic (dans le cadre de Dvdtrafic) qui propose des listes de films :

Et aussi merci à Diaphana (et sa page Facebook)

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Après douze ans d’absence, un écrivain retourne dans son village natal pour annoncer à sa famille sa mort prochaine.
Ce sont les retrouvailles avec le cercle familial où l’on se dit l’amour que l’on se porte à travers les éternelles querelles, et où l’on dit malgré nous les rancoeurs qui parlent au nom du doute et de la solitude.

Juste La Fin Du Monde : Photo Gaspard Ulliel, Nathalie Baye

On aime ou on n’aime pas les films de Xavier Dolan (chez moi, c’est très aléatoire), le jeune réalisateur québécois a le mérite de ne pas laisser son public indifférent. Juste la fin du monde, une adaptation d’une pièce de Jean-Luc Lagarce (Dolan avait déjà adapté une de ses pièces avec Tom à la ferme) a su toucher le jury de Cannes présidé par le réalisateur australien George Miller. En revanche, la presse a été moins tendre avec Dolan, ce qui blessera au passage ce dernier (comme souvent). Le film a suscité une sorte de curiosité pas uniquement à cause de son prix ou de la carrière déjà solide de Dolan : son casting de grandes stars françaises l’a également aidé à trouver son public. Pour ma part, sans vouloir cracher sur elles à tout prix, je ne suis pas spécialement fan des acteurs du film, certaines d’entre elles m’ont même tendance à m’agacer la plupart du temps. Vu qu’avec Dolan, j’aime ses films une fois sur deux, le début du film m’a fortement inquiétée pour être honnête. La liste des potentiels défauts apparaît alors très rapidement : gros plans (le truc qui m’épuise selon les films, n’est-ce pas Kechiche ?), effet théâtral, personnages qui semblent clichés, hystérie et disputes en vue, évocation de la maladie etc. De plus, je n’ai pas pu m’empêcher de penser à la série Six Feet Under (même si finalement il s’agit d’un schéma assez courant) : juste une mère encore à la tête de la famille, un frère homosexuel (on pense à David Fisher) et qui revient chez lui après es années d’absence (comme Nate Fisher) et une soeur (à la Claire Fisher) un peu rebelle sur les bords qui connait très mal son frère aîné. Durant une bonne première partie du film, l’intrigue s’installe, on apprend à connaître les personnages mais en terme d’intrigue, on ne peut pas dire qu’on soit très avancé à ce stade du film. Finalement, petit à petit, je me suis surprise à être captivée par ce long-métrage, à me sentir concernée par le sort des personnages, à être bouleversée tout simplement. Je ne sais pas comment a fait Dolan pour réussir à montrer autant de vrai alors que tout aurait pu sonner très faux. Même si je n’aime pas nécessairement tout ce qu’il fait (même si encore une fois j’adore aussi certains de ses films), on doit aussi lui reconnaître une maturité pour comprendre les gens et les relations entre eux, notamment familiales.

Juste La Fin Du Monde : Photo Gaspard Ulliel

On peut aussi reconnaître à Xavier Dolan une autre qualité, qui me semble très importante pour un réalisateur voire même pour un artiste tout simplement : il sait traiter des thèmes qui lui sont chers depuis le début de sa carrière (l’homosexualité, la différence et surtout les relations familiales voire même les relations entre mère et fils) tout en essayant de se renouveler. Mine de rien, il y arrive. Je ne me dis jamais avec lui (pour l’instant) qu’il fait systématiquement la même chose (même lorsque je n’apprécie pas nécessairement une de ses oeuvres). De plus, Dolan a déjà travaillé sur un texte de Lagarce, sur le travail d’adaptation d’une pièce théâtre. Pourtant, j’ai trouvé le résultat différent de Tom à la ferme. Est-ce lié au travail d’origine de Lagarce (vu que Dolan a tenu à conserver les dialogues originaux) ? Il faut en tout cas savoir que la pièce de Lagarce (qui avait été au programme du baccalauréat et même de l’agrégation pour la petite anecdote) avait une dimension autobiographique : il l’a écrite en se sachant atteint par le sida. Même sans connaître cette information, on sent qu’il y a un quelque chose de vrai dans ce qui est écrit. Finalement, j’en suis arrivée à la conclusion suivante : toutes les choses qu’on pourrait reprocher à Juste la fin du monde (reproches compréhensibles) seraient certainement volontaires et assumées par Dolan. Certes, les choix adoptés par le réalisateur québécois pourront fortement déplaire à certains spectateurs. Ils auraient pu me déplaire. On peut voir les ficelles, où Dolan veut en venir par les différents procédés qu’il met en place. Son film a quelque chose qui a l’air « simple » (et effectivement, il est accessible) et pourtant, par ces fameux procédés, il est bien plus complexe qu’il en a l’air. Dolan signe alors une oeuvre forte autour de la mort, pas uniquement physique. Il parle de la mort de la communication et pire que cela : la mort de la famille. Le langage ne passe pas uniquement par des dialogues extrêmement bien écrits : les plans, les personnages par leur stéréotype et leur apparence outrancière ou encore les choix musicaux (la playlist de Dolan reste toujours aussi pertinente et significative, contrairement à ce qu’on pourrait croire) pour ne citer que ces exemples en question sont finalement eux aussi un langage à part pour traduire ce problème de communication.

Juste La Fin Du Monde : Photo Gaspard Ulliel, Léa Seydoux, Marion Cotillard, Nathalie Baye, Vincent Cassel

Par ailleurs, la fin du film m’a beaucoup plu, inattendue, et donnant encore plus de sens à un propos finalement universel. Il est intéressant d’observer (comme dans les autres films de Dolan, quand je vous dis qu’il reste cohérent avec ses précédents longs-métrages) un jeu avec le temps : on ne peut pas déterminer l’époque exacte. Le film peut très bien se dérouler de nos jours tout comme il pourrait visiblement se dérouler dans les années 90. Encore une fois, la musique a son importance tout comme le choix des costumes, voire même la photographie, lumineuse, qui donne parfois cette impression d’être dans un temps pasé. Enfin, Xavier Dolan est aussi un excellent directeur d’acteurs. Le film a d’énormes qualités, les interprétations en font partie, tirant encore plus l’ensemble vers le haut. Sur le papier, je n’aime pas vraiment les acteurs présents, en tout cas je ne vais pas voir un film pour eux. Je les ai trouvés tous très bons, que ce soit individuellement ou collectivement, alors que, paradoxalement, ils représentent une famille éclatée. J’ai même eu l’impression que Dolan avait réussi à transformer leurs défauts ou tics (pour moi) en un atout. Gaspard Ulliel m’a agréablement surprise dans le rôle principal, il est bouleversant, livrant une interprétation d’une grande sensibilité et subtilité. Pour être honnête, je serais vraiment heureuse qu’il remporte le César du meilleur acteur. J’ai l’impression d’avoir redécouvert cet acteur. Vincent Cassel me faisait peur, peur qu’il cabotine, qu’il soit dans son show. Les premières minutes m’ont effrayée. Mais petit à petit, l’acteur livre une performance sensible. Par ailleurs, je pourrais dire la même chose concernant Nathalie Baye : on redoute le côté show (notamment par son look outrancier) et au fil du film, elle dévoile quelque chose de plus profond. Marion Cotillard touche et étonne par sa grande douceur, sa timidité et sa sensibilité. Par ailleurs, elle fait aussi un très bon travail de langage (par son bégaiement) qui parait crédible à l’écran. Pour terminer, j’admets avoir encore eu du mal à Léa Seydoux : j’ai toujours l’impression qu’elle récite encore son texte, sa voix m’indique toujours une sorte de décalage. Cela dit, dans les scènes de dispute (durant la seconde partie), alors qu’elle aurait pu facilement être dans ce fameux décalage, être dans le surjeu, elle est étonnamment d’une grande justesse.

Juste La Fin Du Monde : Photo Marion Cotillard

Nocturnal Animals

réalisé par Tom Ford

avec Amy Adams, Jake Gyllenhaal, Michael Shannon, Aaron Taylor-Johnson, Isla Fisher, Ellie Bamber, Armie Hammer, Karl Glusman, Laura Linney, Andrea Riseborough, Michael Sheen, Jena Malone…

Drame, thriller américain. 1h57. 2016.

sortie française : 4 janvier 2017

Movie Challenge 2017 : Un film sorti cette année

nocturnalanimals

Susan Morrow, une galeriste d’art de Los Angeles, s’ennuie dans l’opulence de son existence, délaissée par son riche mari Hutton. Alors que ce dernier s’absente, encore une fois, en voyage d’affaires, Susan reçoit un colis inattendu : un manuscrit signé de son ex-mari Edward Sheffield dont elle est sans nouvelles depuis des années. Une note l’accompagne, enjoignant la jeune femme à le lire puis à le contacter lors de son passage en ville. Seule dans sa maison vide, elle entame la lecture de l’oeuvre qui lui est dédicacée…

Nocturnal Animals : Photo Amy Adams

Sept ans après le formidable A Single Man (qui était déjà une adaptation de roman), le styliste Tom Ford adapte le roman d’Austin Wright, Tony and Susan, paru en 1993. Tony et Susan sont effectivement les personnages principaux de Nocturnal Animals. Enfin, oui et non. Ils sont bien les personnages du film de Ford qui a remporté le Lion d’argent – Grand prix du jury à la Mostra de Venise en 2016. Mais Tony est surtout le personnage du roman d’un des personnages du fillm (Edward) qui s’intitule donc aussi Nocturnal Animals. Le long-métrage de Tom Ford est donc une fiction dans la fiction : Edward envoie le manuscrit en question à son ex-femme, Susan, une artiste cynique qui subit les infidélités de son mari actuel. En découvrant le texte d’Edward, Susan se sent nostalgique et se rend compte à quel point elle n’a pas fait le bon choix en laissant son premier mari tomber de la pire des manières. Elle veut même le revoir suite à la lecture de ce roman. Tom Ford joue alors sur trois temporalités : le présent avec Susan qui lit le roman, le passé montrant comment Susan s’est mise en couple avec Edward puis comment elle la détruit et enfin il y a évidemment la temporalité même du roman. Sur le papier, cela peut paraître compliqué mais à l’écran on comprend a priori facilement et rapidement. Beaucoup de réalisateurs auraient pu rendre le long-métrage inaccessible, ce n’est pas le cas chez Tom Ford. J’avais beau connaître (et aimer) son travail sur A Single Man (on y pense d’ailleurs par moments en regardant ce deuxième long), je redoutais le manque de compréhension. Or, c’est étonnamment compréhensible au premier abord. Si on isole le roman, ce dernier est très simple par rapport à ce qu’on attend d’un polar traditionnel : une histoire de vengeance comme on a l’habitude de voir, au Texas (l’endroit typique pour avoir des embrouilles dans un roman policier), avec un flic et des méchants stéréotypés. Surtout, en avançant dans le film, on comprend aussi aisément les liens entre le roman et la vie vécue par l’ancien couple formé par Edward et Susan. La mise en scène et plus généralement l’esthétique du film sont très visuelles, pourtant étonnamment rien n’est jamais lourd. Et c’est par ces procédés que Tom Ford parvient à donner une sorte de subtilité à la complexité de son oeuvre.

Nocturnal Animals : Photo Jake Gyllenhaal

Son apparente facilité d’accès prouve déjà selon moi une des grandes qualités de Nocturnal Animals (on pouvait s’attendre à un film hautain, ce n’est pas le cas). On comprend a priori ce qu’on voit à l’écran dans les grandes lignes mais en même temps le spectateur est face à des interrogations ou plutôt à son sens de l’interprétation. Chaque oeuvre, que ce soit un film (l’oeuvre de Ford), un roman (celui d’Edward), une peinture ou une oeuvre étrange (le travail de Susan) dans une exposition artistique (je reviendrai sur la scène d’ouverture) mérite d’être décortiquée ou interprétée en fonction de sa propre expérience et de son propre ressenti. L’art est alors évidemment un des thèmes les plus importants de ce deuxième long-métrage de Tom Ford. L’art est quelque chose qui se vit littéralement : la scène où elle entend les battements de coeur de Tony est particulièrement frappante. Surtout, plus globalement, étant donné qu’on est face à une fiction dans la fiction, l’art peut aussi avoir pour mission de revivre certains événements ou en tout cas de la modifier, de la remodeler et d’imaginer la personne qu’on a envie d’être ou que l’Autre imagine que vous soyez. Cela vaut aussi bien pour l’auteur (Edward) que pour le lecteur concerné (Susan). Le film de Tom Ford se démarque aussi par son sens de l’esthétique, devenant ainsi lui-même une ode à l’art. Il parvient par cet esthétique à servir le scénario et les tourments des personnages. La première scène, qui a visiblement « choqué » ou perturbé certains spectateurs, présente des femmes obèses pratiquement nues et très à l’aise avec leur corps. On s’aperçoit alors juste après que ces femmes en question, également allongées sur des tables, font partie de l’exposition artistique de Susan. Possiblement une référence à des oeuvres artistiques appartenant au mouvement hyperréaliste, ce générique a le mérite de créer un malaise en mettant en avant littéralement l’opulence surtout par rapport à l’existence vide de Susan.

Nocturnal Animals : Photo Amy Adams

Un dernier thème phare de Nocturnal Animals est la vengeance. Il y a donc d’un côté la vengeance de Tony dans le roman qui est davantage plus concrète et terre-à-terre, et surtout plus compréhensible pour le spectateur qui compatira avec le personnage. De l’autre, sans révéler la fin, il y a bien la vengeance d’Edward qui fait finalement plus mal mais qui peut aussi partager le spectateur (la réaction du personnage étant plus lâche). Finalement, et c’est d’ailleurs là où le film devient encore plus complexe que prévu (même s’il l’est déjà tout court), c’est que nous ne sommes plus sûrs en avançant qu’Edward parle uniquement de lui et de son ressenti sur sa relation avec Susan à travers le personnage de Tony : on peut aussi penser que Tony est aussi en quelque sorte Susan. Les différents processus mis en place permettent de rendre ce film très troublant. Même le choix des acteurs n’est pas anodin. Jake Gyllenhaal interprète deux personnages (donc les fameux Edward et Tony) tandis qu’Isla Fisher interprète l’épouse de Tony : on comprend aisément qu’elle représente Susan (Amy Adams). Il faut aussi prendre en compte les plans où, de dos, on ne sait plus s’il s’agit de Laura, India ou Susan. Enfin, le dernier grand thème à dégager est certainement celui des apparences. Evidemment, c’est un thème qu’on peut vite percevoir à travers l’existence de Susan. Elles ont été à l’origine de la destruction du couple Susan-Edward ainsi que celle de la famille de Tony. On se pose même la question suivante : Ray était-il de base un monstre ou l’est-il devenu parce que les Hastings l’ont jugé ainsi à son apparence ? Nocturnal Animals est pour moi un véritable bijou, extrêmement envoûtant, brillant et bien pensé de A à Z. Pour couronner le tout, le film bénéficie d’une très belle distribution. Amy Adams est certes peu présente techniquement parlant et pourtant tout est fait pour qu’on pense sans cesse à elle tout le long. Jake Gyllenhaal (décidément, il choisit de mieux en mieux ses rôles) est également remarquable, surtout en tenant deux rôles. Michael Shannon, en flic certes volontairement stéréotypé mais attachant, est comme d’habitude formidable. Enfin, la bonne surprise de ce casting (même si encore une fois tout le casting est excellent) est certainement Aaron Taylor-Johnson, très justement récompensé par le Golden Globe du meilleur acteur dans un second rôle.

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Truman Capote

réalisé par Bennett Miller

avec Philip Seymour Hoffman, Catherine Keener, Clifton Collins Jr., Chris Cooper, Bruce Greenwood, Mark Pellegrino, Amy Ryan, Bob Balaban…

titre original : Capote

Drame, biopic américain. 1h50. 2005.

sortie française : 8 mars 2006

Movie Challenge 2016 : Un film que ma mère adore

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En novembre 1959, Truman Capote, auteur de Breakfast at Tiffany’s et personnalité très en vue, apprend dans le New York Times le meurtre de quatre membres d’une famille de fermiers du Kansas. Ce genre de fait divers n’est pas rare, mais celui-ci l’intrigue. En précurseur, il pense qu’une histoire vraie peut être aussi passionnante qu’une fiction si elle est bien racontée. Il voit là l’occasion de vérifier sa théorie et persuade le magazine The New Yorker de l’envoyer au Kansas. Il part avec une amie d’enfance, Harper Lee.
A son arrivée, son apparence et ses manières provoquent d’abord l’hostilité de ces gens modestes qui se considèrent encore comme une part du Vieil Ouest, mais il gagne rapidement leur confiance, et notamment celle d’Alvin Dewey, l’agent du Bureau d’Investigation qui dirige l’enquête…

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Truman Capote, que j’avais découvert au cinéma à sa sortie avec ma mère (il fallait bien que je cale ça quelque part pour justifier le Movie Challenge), est un film important à mes yeux. Je ne prétends pas avoir lu tous les ouvrages de Truman Capote (même si j’en ai lu pas mal) mais il s’agit d’un auteur qui m’a vraiment aidée à aimer la littérature (à une période où je n’étais pas amie avec cet art). De Sang-Froid : récit véridique d’un meurtre multiple et de ses conséquences (qui avait connu une adaptation en 1967 par Richard Brooks) fait d’ailleurs partie de mes romans préférés. Contrairement à ce que pourrait indiquer son titre, Truman Capote n’est pas réellement un biopic (comme on aime bien à Hollywood, presque devenu un genre de la facilité, tout le contraire de ce que propose Bennett Miller). Il ne reprend que la partie de la vie de l’auteur américain durant l’écriture de ce qui est considéré par ses fans et les littéraires comme son chef-d’oeuvre. Capote est un personnage assez complexe, pas nécessairement sympathique au premier abord. Il s’est habitué à vivre dans la mondanité (toujours accompagné d’un petit verre), à se donner en spectacle avec des phrases toujours bien tournées et avait un problème d’ego. Le fait divers autour du meurtre de quatre membres d’une famille l’intrigue évidemment intellectuellement, il sent aussi qu’il y a un potentiel littéraire derrière (et a par ailleurs contribué au mouvement du roman-vérité). Mais cette histoire contribue aussi à son ego dans le sens où il sait qu’il peut « révolutionner » à sa façon la littérature. Sa relation avec l’un des meurtriers, Perry Smith, est intéressante dans l’évolution et la perception de Truman Capote en tant que personnage (Perry Smith est aussi concerné même s’il s’agit d’un second rôle) : Capote se sert de sa relation avec Perry avant tout pour nourrir son roman, pour devenir le grand auteur qu’il a toujours voulu être et non par « amitié » comme il le prétend (même si l’attachement avec Perry est bien réel et le conduit aussi à sa dépression et à un alcoolisme encore plus poussé qu’auparavant). L’humanité que Capote prétend voir en Perry Smith est en réalité de la monstruosité. Perry Smith se sert probablement de Capote pour éviter la peine de mort et non réellement pour éviter une quelconque solitude (même si là encore il est possible aussi de son point de vue qu’il se soit attaché à l’écriain). La question qu’on peut aussi se poser est la suivante : Capote n’est-il pas aussi une forme de monstre à sa façon en exploitant en quelque sorte la réalité pour créer en quelque sorte son propre monstre textuel ?

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Bref, les personnages ne peuvent pas alors être limités à leurs défauts, à leurs manipulations ou leurs sentiments de faiblesse, il s’agit d’un tout, d’une réelle complexité pas toujours évidente à retranscrire (donnant aussi plusieurs ressentis sur les réactions et agissements des personnages). Truman Capote parvient alors à traiter plusieurs thèmes sans partir dans tous les sens (au contraire en restant cohérent dans les liens noués entre les différents thèmes abordés) : le processus d’écriture (la fiction est-elle toujours influencée par la réalité ?), le passé en tant que construction de l’identité (est-ce que notre passé peut-il excuser certains de ses actes ?), la rencontre entre deux êtres (à quel point peut-elle nous marquer ?) ou encore plus généralement une réflexion autour de la peine de mort. Truman Capote n’a donc rien du biopic lambda, il dépasse largement cette question du genre. Il s’agit alors d’un beau drame sur l’humain et l’artiste, sorte de dualité sans tomber dans la caricature de ce côté-là. On peut aussi y voir une réflexion intéressante sur la relation entre la fiction et la non-fiction (à l’image de De Sang-Froid). Le film est lent, pas très rythmé (je préfère prévenir) mais honnêtement je ne me suis pas ennuyée (et pourtant vous savez à quel point je suis pénible et exigeante sur ce point) car l’intrigue reste bien présente. Le scénario écrit par Dan Futterman (acteur qu’on a pu voir dans The Birdcage de Mike Nichols ou encore Un coeur invaincu / A Mighty Heart de Michael Winterbottom) est particulièrement bien écrit. Par sa mise en scène précise, froide mais paradoxalement envoûtante à la fois, Bennett Miller signe un film intense et captivant. La photographie et la lumière contribuent également à cette ambiance si particulière (on peut même dire malsaine) qui fait ressortir une grande violence chez l’homme. Philip Seymour Hoffman, qui nous manque terriblement, est formidable dans le rôle de Truman Capote,certainement le rôle de sa vie. Il n’imite pas seulement bien l’auteur (il n’y a qu’à voir des vidéos pour constater l’important travail d’appropriation d’identité), il parvient aussi à lui donner une véritable personnalité, à le rendre complexe et humain. Catherine Keener a un rôle plus secondaire mais je l’ai également trouvée très convaincante dans le rôle de la formidable auteure de Ne tuez pas l’oiseau moqueur (To Kill the Mockingbird), Harper Lee. Enfin, l’acteur américano-mexicain Clifton Collins Jr. (qui aurait mérité pour moi plus une nomination aux Oscars que Keener) est saisissant dans le rôle de Perry Smith et trouve l’un de ses meilleurs rôles de sa carrière.

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Cézanne et moi

réalisé par Danièle Thompson

avec Guillaume Canet, Guillaume Gallienne, Alice Pol, Déborah François, Sabine Azéma, Gérard Meylan, Laurent Stocker, Isabelle Candelier, Freya Mavor…

Biopic français. 1h54. 2016.

sortie française : 21 septembre 2016

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Ils s’aimaient comme on aime à treize ans : révoltes, curiosité, espoirs, doutes, filles, rêves de gloires, ils partageaient tout. Paul est riche. Emile est pauvre. Ils quittent Aix, « montent » à Paris, pénètrent dans l’intimité de ceux de Montmartre et des Batignolles. Tous hantent les mêmes lieux, dorment avec les mêmes femmes, crachent sur les bourgeois qui le leur rendent bien, se baignent nus, crèvent de faim puis mangent trop, boivent de l’absinthe, dessinent le jour des modèles qu’ils caressent la nuit, font trente heures de train pour un coucher de soleil… Aujourd’hui Paul est peintre. Emile est écrivain. La gloire est passée sans regarder Paul. Emile lui a tout : la renommée, l’argent une femme parfaite que Paul a aimé avant lui. Ils se jugent, s’admirent, s’affrontent. Ils se perdent, se retrouvent, comme un couple qui n’arrive pas à cesser de s’aimer.

Cézanne et moi : Photo Guillaume Gallienne

Quand on vient d’un endroit, on s’intéresse forcément un petit peu aux artistes « locaux ». Cézanne et Zola font partie des figures à connaître lorsqu’on vient d’Aix-en-Provence, en l’occurrence ma ville (même si je ne le crie pas sur tous les toits, ce n’est plus un scoop pour ceux qui suivent mon blog). Cette information peut avoir son importance : sans ça, je ne serais pas allée voir ce film, surtout au cinéma. Ces personnalités ont toujours suscité mon intérêt (sans prétendre avoir lu tout Zola ou avoir inspecté tous les tableaux de Cézanne), en revanche, de ce que j’ai vu, je trouve généralement le travail de Danièle Thompson assez médiocre. Je ne suis pas non plus très fan de Guillaume Canet et j’ai beau aimé Guillaume Gallienne, la bande-annonce ne m’avait pas rassurée sur sa présence dans ce projet. Hélas, j’avais bien senti la chose : Cézanne et moi est une déception. On tombe vraiment dans tout ce que je n’aime pas dans les biopics : faire du Paris-Match. On essaie vaguement de faire des parallèles entre les deux amis : l’un a du succès, l’autre non; l’un a une relation stable avec une femme, l’autre couche avec beaucoup de femmes; l’un est calme, l’autre colérique… Ca peut durer des heures. Et ce n’est pas très intéressant. Ces personnalités, pourtant intéressantes, sont limitées à des disputes et vaguement à des histoires de cul. On entend aussi un petit peu des discours sur l’art (je ne sais pas s’ils reprennent des paroles que Cézanne ou Zola auraient prononcées mais j’ai trouvé que ça sonnait faux) mais c’est à peu près tout. La dispute entre Cézanne et Zola a surtout éclatée à partir de la publication de L’Oeuvre (Cézanne s’est senti visé alors que Zola certainement aussi de lui-même). Sans être méchante, c’est pas ce que Zola a écrit de mieux. Se concentrer tout ce temps sur ce bouquin qui aboutit à une histoire très anecdotique entre les deux artistes, quelle perte de temps ! J’avoue ne pas avoir compris l’intérêt même de ce film. Je ne vois pas où ça veut en venir. Le but était de faire quoi avec cette sorte de biopic deux en un ?

Cézanne et moi : Photo Guillaume Gallienne

Ok, on nous montre une histoire d’amitié avec ses hauts et des bas, entre gloire, échecs et femmes. Mais après ? Danièle Thompson ne tire finalement rien de son histoire. Elle se contente de raconter quelque chose platement qu’on connait déjà. C’est dommage de ne pas avoir su creuser davantage. De plus, en sortant de ce film, qu’on connaisse déjà ou non Zola et Cézanne, on n’a pas envie de s’intéresser davantage à eux. Il faut dire que les interprétations n’aident pas non plus (même si les acteurs ne sont certainement pas aidés par le scénario assez plat). Guillaume Canet n’était à mon avis pas le meilleur choix pour incarner Emile Zola. Je veux bien qu’il incarne un personnage pudique et réservé. Mais là, l’acteur est ici trop lisse pour convaincre. Pour ne rien arranger, quand il joue l’écrivain vieux, il tente d’avoir une voix graaaaveeee avec des sileeeeences (tu ne sais pas d’où ça sort mais bon) que je ne saurais vous imiter par écrit (même si là je m’éclate à le refaire toute seule quitte à me bousiller la voix). Et mon dieu, mais on lui a fait quoi à son nez ? Et ce ventre super mal fait ? Ses lunettes ? Pas trop crédible tout ça. Ces gros plans sur ça m’ont perturbée ! En ce qui concerne Guillaume Gallienne, je suis un peu plus partagée. Je trouve ce gars talentueux et il y a des fois dans le film où cette trace de talent ressort. Ca rassure. Mais il faut savoir être honnête : ce talent en question n’apparaît pas tout le long du film. Loin de là. Déjà son accent du sud, très bof (en cabotinant). Mais pire : un coup, il a l’accent du sud, mais la scène suivante, on a l’impression de revoir la mère qu’il interprétait dans Les garçons et Guillaume, à table ! Du coup, ça donne un ensemble encore moins cohérent que ça ne l’est déjà. Alice Pol, que j’aime bien d’habitude, n’a rien à faire là. On a toujours l’impression qu’elle s’est trompée d’époque, son interprétation est anachronique. Quant à Déborah François, qui est pourtant une actrice douée, elle joue pas trop mal (par rapport au reste) mais on m’a tout de même laissée indifférente (mais son rôle ne l’aide pas à livrer une meilleure interprétation). Il n’y a pas que les interprétations qui coincent et déçoivent.

Cézanne et moi : Photo Guillaume Canet, Guillaume Gallienne

La structure du film est en elle-même incompréhensible, un moyen pour détourner l’attention « nooon mais mon film n’est pas classique, nananère ». Je vous fais un p’tit résumé : Cézanne et moi démarre grosso modo durant la dispute (donc les personnages ont déjà un certain âge – sans être non plus des vieux croûtons), puis on les voit enfants (oooh c’est beau l’amitié, on rigole en penchant sa tête en arrière et en ouvrant grand la bouche comme un imbécile), on les revoit durant la dispute, hop un flashback lorsqu’ils sont des jeunes adultes (oooh c’est beau l’amitié, on rigole en penchant sa tête en arrière et en ouvrant grand la bouche comme un imbécile – BIS)… Bref, vous avez compris le truc. MAIS (parce qu’il y a encore un « mais » dans ce bordel), sans aucune raison, il y a un moment où il n’y a plus de flashback ! On a envie de dire à cette chère Danièle Thompson : soit tu fais ton film entièrement en flashback soit tu fais un film linéaire ! Le cul entre deux chaises, c’est LA pire des idées ! Et encore si elle savait faire des films en flashback ! On a l’impression de passer du coq à l’âne ! Cela dit, dans cette marée de remarques négatives, j’ai tout de même quelques points positifs à défendre. Tout d’abord, étonnamment, je ne me suis pas ennuyée (malgré ses deux bonnes heures). Le film se laisse suivre. Certes, comme un film projeté durant les cours de français (oui, vous savez, ces films ultra classiques et littéraires en question pas toujours passionnants) mais je m’attendais à m’endormir. Ca n’a pas été le cas. Je dois aussi reconnaître un certain sens esthétique (de beaux décors – certains étant naturels -, de beaux costumes, des plats soignés et bien cadrés, une jolie photographie etc…), qui rattrape un ensemble assez plat notamment côté mise en scène. J’ai aimé ce côté solaire, qui rappelle forcément la Provence, mais sans que ça devienne non plus jaune criard comme le t-shirt de Brice de Nice. Même si ça n’excuse pas tout, ça sauve tout de même ce film vraiment faiblard. Sans ces quelques trucs qui ont l’air sur le papier des détails, le film passe de médiocre à juste mauvais et évite un zéro pointé de ma part.

Cézanne et moi : Photo Guillaume Canet, Guillaume Gallienne

Dalton Trumbo

réalisé par Jay Roach

avec Bryan Cranston, Diane Lane, Helen Mirren, Louis C. K., Michael Stuhlbarg, Elle Fanning, John Goodman, Christian Berkel, Alan Tudyk, Dean O’Gorman,Adewale Akinnuoye-Agbaje…

titre original : Trumbo

Biopic américain. 2h04. 2015.

sortie française : 27 avril 2016

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Hollywood, la Guerre Froide bat son plein.
Alors qu’il est au sommet de son art, le scénariste Dalton Trumbo est accusé d’être communiste.
Avec d’autres artistes, il devient très vite infréquentable, puis est emprisonné et placé sur la Liste Noire : il lui est désormais impossible de travailler.
Grâce à son talent et au soutien inconditionnel de sa famille, Il va contourner cette interdiction.
En menant dans l’ombre un long combat vers sa réhabilitation, il forgera sa légende.

Dalton Trumbo : Photo Bryan Cranston

Pour tout vous avouer, Dalton Trumbo n’est pas nécessairement une personnalité dont je connais bien son oeuvre – j’ai tout de même vu et adoré son Johnny got his gun, l’adaptation de son roman. En revanche, je connaissais un peu son histoire liée à ses positions communistes. C’est pour cette raison que j’ai voulu découvrir ce biopic car il s’agit d’une personnalité intéressante et même importante. Ce biopic est donc inspiré du documentaire du même nom sorti en 2007. Ce documentaire en question s’inspirait lui-même d’une autre oeuvre : la pièce Red, White and Blacklisted, construite par Christopher Trumbo (le fils de Dalton donc). Surtout, il s’agit aussi d’une adaptation de l’ouvrage de Bruce Cook publié en 1977. C’est Jay Roach qui est donc derrière la caméra. Sans dire qu’il s’agit d’un grand réalisateur, j’aime bien certaines comédies qu’il a réalisées comme Mon beau-père et moi, Austin Powers ou encore Moi, député ‘. Sa série Game Change a également eu de bons échos. Cela dit, j’étais sceptique de voir un réalisateur à l’origine de comédies pas toujours fines être derrière un biopic assez sérieux. Mais j’ai décidé de mettre mes doutes de côté étant donné que j’ai lu de bonnes critiques sur ce biopic, que ce soit dans la presse ou sur la blogosphère. Hélas, j’ai eu raison de me méfier. Certes, j’ai trouvé ce biopic très intéressant car j’ai envie de dire que l’histoire de Trumbo et des Dix d’Hollywood est passionnante et mérite qu’on ne l’oublie pas. Les intentions derrière sont évidemment très louables. En effet, c’est une ode à la liberté de penser, de voter, de créer même. C’est également une bonne chose, à travers ce film, de rendre hommage aux hommes de l’ombre du cinéma, c’est-à-dire ici les scénaristes. Le propos ne m’a pas laissée indifférente et dans l’ensemble il s’agit d’un film assez plaisant à suivre. De plus, la reconstitution des différentes époques reste bien faite dans le sens où le spectateur se retrouve aisément dans l’ambiance d’antan mais les décors ou les costumes n’ont rien non plus de kitsch. L’histoire en elle-même est bien présentée, c’est-à-dire qu’elle peut certainement séduire les cinéphiles-historiens et ceux qui s’intéressent moins à cette partie de l’histoire du cinéma.

Dalton Trumbo : Photo Bryan Cranston, Dean O'Gorman

Bref, concrètement, je ne me suis pas ennuyée, l’histoire a su m’intéresser car je pense qu’elle reste malgré tout racontée efficacement, c’est même dans un sens un film « divertissant ». De côté-là, Dalton Trumbo reste donc à peu près réussi. Mais elle n’est pas suffisamment mise en valeur par une réalisation hyper académique et sans aucune personnalité, on a l’impression que n’importe qui aurait pu être derrière la caméra. Le scénario est certes accessible pour éventuellement prendre connaissance de l’histoire de Trumbo et plus généralement du contexte historique mais on a vraiment l’impression de voir une page Wikipedia défiler ! En fait, j’ai envie de dire qu’on est face à tout ce qu’on redoute d’un biopic – même si on a droit qu’à une partie de la vie de Trumbo. C’est d’autant plus rageant de voir un manque de personnalité pour un biopic qui porte justement sur une personnalité aussi forte ! Dalton Trumbo bénéficie en tout cas d’un excellent casting. En tête, Bryan Cranston livre une interprétation solide. Sa nomination aux Oscars et aux Golden Globes est tout à fait justifiée. Il parvient à donner toutes les nuances à son personnage, sans jamais en faire des caisses. Le scénario, qui a pourtant ses faiblesses, a au moins le mérite de ne pas idéaliser Trumbo (mais sans le flinguer – étant donné que c’est aussi une sorte de mode dans les biopics). Tous les acteurs qui l’accompagnent, que ce soit Diane Lane en épouse et mère dévouée, Helen Mirren en garce, John Goodman en producteur de cinéma (tiens donc, comme c’est surprenant, mouahaha), Michael Stuhlbarg (son nom est décidément toujours chiant à écrire) est également très convaincant dans le rôle d’Edward G. Robinson (même si j’ai eu du mal à le reconnaître – d’ailleurs, en dehors de Cranston, les ressemblances avec de véritables personnalités ne sont pas hyper frappantes – mais après il ne s’agit qu’un petit détail) ou encore Elle Fanning dans le rôle de la fille de Trumbo, sensible et engagée. Parmi les seconds rôles, ma petite préférence va tout de même à Louis C. K. qui a un rôle très intéressant et qui apporte une véritable touche d’humanité à son personnage.

Dalton Trumbo : Photo Bryan Cranston, Helen Mirren

La Grande Bellezza

réalisé par Paolo Sorrentino

avec Toni Servillo, Carlo Verdone, Sabrina Ferilli, Iaia Forte, Isabella Ferrari, Vernon Dobtcheff, Giorgio Pasotti, Luca Marinelli, Galatea Ranzi…

Comédie dramatique italienne, française. 2h20. 2013.

sortie française : 22 mai 2013

La Grande Bellezza

Rome dans la splendeur de l’été. Les touristes se pressent sur le Janicule : un Japonais s’effondre foudroyé par tant de beauté. Jep Gambardella – un bel homme au charme irrésistible malgré les premiers signes de la vieillesse – jouit des mondanités de la ville. Il est de toutes les soirées et de toutes les fêtes, son esprit fait merveille et sa compagnie recherchée. Journaliste à succès, séducteur impénitent, il a écrit dans sa jeunesse un roman qui lui a valu un prix littéraire et une réputation d’écrivain frustré : il cache son désarroi derrière une attitude cynique et désabusée qui l’amène à poser sur le monde un regard d’une amère lucidité. Sur la terrasse de son appartement romain qui domine le Colisée, il donne des fêtes où se met à nu « l’appareil humain » – c’est le titre de son roman – et se joue la comédie du néant. Revenu de tout, Jep rêve parfois de se remettre à écrire, traversé par les souvenirs d’un amour de jeunesse auquel il se raccroche, mais y parviendra-t-il ? Surmontera-t-il son profond dégoût de lui-même et des autres dans une ville dont l’aveuglante beauté a quelque chose de paralysant…

La Grande Bellezza : Photo Toni Servillo

Le réalisateur napolitain Paolo Sorrentino (actuellement en compétition à Cannes pour Youth – La Giovinezza) présente son sixième long-métrage, La Grande Bellezza, au festival de Cannes en 2013. Comme l’a dit très justement une critique de Première, soit on adore ce film, soit on le déteste. Ceci dit, ce film possède pour moi tellement de qualités que j’avoue ne pas comprendre son absence au palmarès (tout ça pour remettre la Palme d’or à l’interminable La vie d’Adèle… oui, toi lecteur qui commence à me connaître, je suis désolée, je te saoûle parce que je te parle trop de Kechiche). Je pense tout particulièrement à l’énième absence de Toni Servillo au palmarès alors que cela fait des années qu’il mérite de le remporter et là il s’agissait de l’occasion idéale pour lui en remettre un. Je précise que je comprends pourtant qu’on puisse détester ce film (ce qui peut sembler paradoxal). Depuis, j’ai une dent contre le président du jury de l’époque, Steven Spielberg, ainsi qu’à son jury (raaaahhhh). Heureusement, d’autres académies ont remarqué les qualités louables de ce film que je considère déjà comme un chef-d’oeuvre et dont je ne me lasse pas de revoir. Ainsi, il a reçu l’Oscar et le Golden Globe du meilleur film étranger, ainsi que plusieurs Donatello (les équivalents des César en Italie) dont meilleurs réalisateur et acteur (le Donatello du meilleur film a été remis au très bon Les Opportunistes) ou encore plusieurs European Film Awards. Pourtant, cela pourrait paraître étrange que j’aime autant ce film. Sur le papier, il n’y aurait pas d’histoire : le spectateur suit une partie de l’existence de Jep Gambardella face à la vieillesse et à la mort. Pourtant, au fond, dire qu’il n’existe aucune histoire serait faux : il s’agit de l’histoire de Jep. Nuance.

La Grande Bellezza : Photo Toni Servillo

Malgré ce « rien » en apparence, qui met en avant le vide existentiel du personnage principal, il y a derrière un véritable travail d’écriture, nous trouvons notamment une progression dans ce « rien » narratif, ou encore les différentes interventions des personnages permettent à l’histoire d’avancer. En général, j’ai horreur des films qui mettent en scène l’ennui des personnages car justement souvent je m’emmerde avec eux. Or, ce long-métrage ne m’ennuie pas, au contraire, je suis emportée par cette odyssée au coeur de la ville éternelle. Cela m’a émue de me retrouver pratiquement à l’intérieur de la conscience de Jep, qui vagabonde dans Rome entre le présent et le passé. Sorrentino a su filmer tous les paradoxes même d’une existence, voire même d’une société (en l’occurrence la société romaine), oscillant ainsi entre la mort et la vie, le profane et le sacré, l’ancien et le moderne, la beauté et la superficialité / le grotesque. Le mélange des différentes émotions que le spectateur peut ressentir est alors cohérent par rapport à la complexité et dans un sens la misère intérieure de l’homme seul face à la métropole. Qu’est-ce que la grande beauté évoquée dans le titre ? La beauté de Rome, qui parvient à garder ses traces historiques dans une époque moderne et superficielle, au point de tuer un touriste japonais ? S’agit-il d’un titre ironique, soulignant ainsi une beauté disparue à cause du renoncement des personnages ? S’agit-il plutôt de la beauté intérieure, plus importante que la superficialité ? Ou encore, la grande beauté ne désignerait-elle pas la quête du bonheur ? Cette beauté en question apparaît évidemment aussi à travers l’art et les nombreuses références cinématographiques et littéraires qui construisent ce film. On pensera évidemment à La Dolce Vita de Fellini mais aussi à Huysmans (la référence ultime sur la décadence), Proust (dans le voyage du souvenir), Céline (dont un extrait de Voyage au bout de la nuit est cité au début du film) ou encore Flaubert (sur le néant).

La Grande Bellezza : Photo Luciano Virgilio, Toni Servillo

Cependant, il ne s’agit pas de références pour faire des références. Ces références servent à montrer l’importance même de cette recherche de l’art absolu qui parvient à rester éternel, comme Rome, contrairement à l’homme, confronté à la mort, que ce soit la sienne ou celle des autres. Le mélange de tous ces arts ensemble (cinéma, littérature, photographie, peinture, architecture, musique) est explosif mais sans jamais s’éparpiller, comme si chaque art apportait un nouveau regard sur l’histoire, mais apportait aussi des réponses même au cinéma ou se complétant sans cesse. Surtout, Paolo Sorrentino ne se laisse pas écraser par ses connaissances qui trouvent ici une véritable utilité, il a clairement son propre univers, chaque scène est précise, chaque plan a son utilité, son détail, sa richesse, on sait où le réalisateur mène son film. La mise en scène de Sorrentino pourra évidemment agacer et être accusée de superficialité. Pour ma part, je l’ai trouvée virtuose, parvenant à retranscrire le tourbillon existentiel du personnage principal. De plus, son style parfois « tapageur » sert réellement le propos du film. Non seulement, il réussit à montrer la décadence de la société romaine à son paroxysme mais surtout il surcharge volontairement la réalité pour pouvoir en retirer l’essentiel. De plus, Sorrentino a beau filmer des riches avec parfois une certaine tendresse (je fais ici une référence à une réplique explosive de Jep), grâce notamment au cynisme désabusé du personnage principal, le réalisateur n’est pas, selon moi, hautain avec ses spectateurs. La musique va également de pair avec cette mise en scène, confirmant cette avalanche de sentiments parfois contradictoires au sein d’un même individu. Enfin, qu’on aime ou qu’on déteste ce film (et encore une fois, je comprends qu’on puisse en avoir horreur), impossible de passer à côté l’époustouflante interprétation de Toni Servillo, pour moi l’un (voire même le) des meilleurs acteurs de sa génération.

La Grande Bellezza : Photo Toni Servillo