13 Reasons Why (saison 1)

Créée par Brian Yorkey

avec Dylan Minnette, Katherine Langford, Christian Navarro, Brandon Flynn, Alisha Boe, Justin Prentice, Miles Heizer, Ross Butler, Devin Druid, Amy Hargreaves, Kate Walsh, Derek Luke, Brian d’Arcy James, Brandon Larracuente, Steven Silver, Sosie Bacon, Josh Hamilton, Ajiona Alexus…

Drame. Saison 1. 2017.

Clay Jensen est un adolescent qui découvre sous son porche au retour du lycée une mystérieuse boîte portant son nom. À l’intérieur, des cassettes enregistrées par Hannah Baker, une camarade de classe qui s’est tragiquement suicidée deux semaines auparavant. Les enregistrements révèlent que la jeune fille, dont il était amoureux, a décidé de mettre fin à ses jours pour treize raisons. Clay est-il l’une de ces raisons ?

Photo Katherine Langford

Impossible d’échapper au phénomène 13 Reasons Why, diffusé sur Netflix et co-produit par la chanteuse Selena Gomez. Malgré un sujet qui m’intéressait (le harcèlement scolaire qui conduit au tragique : le suicide), le fait que cette série devienne aussi populaire (elle a suscité plus de 8 millions de messages sur Twitter) m’a plus rebutée qu’autre chose. J’avais également peur que la série vise un public très adolescent. Cela dit, les critiques de bons blogs ou plus globalement de la presse, pas nécessairement axés sur des goûts dits « adolescents » ou « populaires » (même si je ne dénigre pas du tout ce type de public, loin de là) ont également défendu cette série. Cela a forcément suscité ma curiosité. Autre chose m’a rassurée : l’équipe. En effet, son créateur, Brian Yorkey, est connu pour avoir remporté un prix Pulitzer. De plus, parmi les réalisateurs, nous retrouvons tout de même Gregg Araki (qui a signé le perturbant et inoubliable Mysterious Skin et le surprenant White Bird) ou encore Tom McCarthy (également dans la liste des producteurs), connu pour les fabuleux The Visitor et surtout l’Oscarisé Spotlight. La série est adaptée du roman de Jay Asher, Treize raisons (l’auteur en question a aussi jeté un oeil sur le travail des scénaristes). 13 Reasons Why débute deux semaines après le suicide de Hannah Baker, qui étudiait au lycée Liberty (au nom ironique). Clay était amoureux de la jeune disparue. Il reçoit alors les cassettes enregistrées par Hannah : cette dernière explique alors les fameuses 13 raisons (pratiquement 13 personnes en réalité) qui l’ont poussée à son geste irréversible. Clay met un certain temps à écouter toutes les cassettes (il lui faudra en fait toute la saison !), cela lui est trop difficile de tout emmagasiner en même temps. De l’autre côté, les autres personnes cités dans les cassettes ont déjà tout écouté et foutent la pression à Clay pour que ce dernier ne puisse pas répéter des informations compromettantes. Au-delà du côté pratique narratif (sinon tout aurait été résolu en un seul épisode), ce procédé fonctionnerait presque comme une mise en abyme du vécu de Hannah : une forme de harcèlement semble poursuivre Clay dans sa quête de vérité et de justice.

Photo Dylan Minnette, Katherine Langford

13 Reasons Why traite parfaitement bien ses deux principaux thèmes (les deux étant liés) : le harcèlement et le suicide. Là, on comprend qu’on ne peut pas la cataloguer vulgairement de série pour adolescents même si elle s’adresse aussi à ce jeune public. Ainsi, le harcèlement apparaît clairement comme un cercle infernal : un événement – petit ou gros – en amène nécessairement un autre jusqu’au point de non-retour. Hannah aurait pu s’en sortir – même s’il lui restait peu de gens qui lui tendaient encore la main. La série ne parle pas non plus uniquement que de harcèlement et de suicide. Certes, elle est très sombre et est sans concession. La fameuse scène de suicide est particulièrement difficile à regarder (j’en ai pourtant vu pas mal des scènes de suicide au cinéma et à la télévision), d’autres scènes sont également éprouvantes. Cela dit, elle a le mérite d’offrir une petite lueur d’espoir : on peut tout faire pour qu’il n’y ait pas une autre Hannah Baker, pour qu’on apprenne à mieux communiquer et à prendre soin des uns et des autres ou encore pour qu’il y ait une vraie justice. La saison 2 (que j’attends donc avec impatience) devrait d’ailleurs régler certains de ces points en question. 13 Reasons Why surprend donc par son scénario addictif alors que l’histoire proposée est sombre et ne donnerait pas nécessairement envie de poursuivre tous les épisodes. Surtout, il dresse des portraits complexes. En effet, dans les premiers épisodes, j’avais peur de ne voir que des personnages lisses, juste méchants et sans personnalité. En dehors d’un seul personnage qui est clairement le grand méchant de l’histoire et qui est irrécupérable et inexcusable, les treize épisodes permettent de mieux cerner les différents personnages : certes, le but n’est pas d’excuser leurs actes, loin de là. Ils ont leurs responsabilités dans ce qui a pu arriver à Hannah (et j’ai même envie de dire que même Hannah a aussi sa part de responsabilités). Les épisodes expliquent alors comment ils ont pu arriver à un certain degré de méchanceté. En général, il s’agit toujours plus ou moins des mêmes raisons : la peur de sortir de la norme et d’être moqué/rejetté par sa différence (par conséquent, envie de se fondre dans la moule).

Photo Katherine Langford

13 Reasons Why a suscité la polémique malgré son succès : cette série serait néfaste pour les adolescents et plus généralement pour tous les spectateurs ayant des idées sombres. Certes, comme pour n’importe quelle oeuvre en général, il faut faire attention à ne pas la mettre dans les mains de n’importe qui. Surtout que Netflix a diffusé après le dernier épisode le documentaire Beyond the Reasons pour continuer de débattre sur les sujets abordés au cours de la série. J’ai envie de dire : si je regarde Scream, vais-je devenir une tueuse en puissance ? Personnellement, j’ai même envie de dire qu’il s’agit plutôt du contraire. Je suis persuadée que cette série permettra (si ce n’est déjà le cas) de libérer la parole des adolescents harcelés quotidiennement et surtout de faire prendre conscience à de potentiels bourreaux que certains actes ou certaines paroles peuvent avoir de réelles conséquences psychologiques et physiques sur leurs proies. Les critiques ont aussi reproché à Hannah de se suicider et de faire ses cassettes pour se venger. Il me semble que les choses sont un peu plus complexes et c’est justement ça aussi qui rend la série si pertinente : Hannah agit selon moi pour s’expliquer, pour soulager une dernière fois sa conscience et éventuellement pour faire éclater la vérité. Est-elle une bourreau ? J’envisage plutôt une autre possibilité : ses ex-bourreaux finissent par la voir comme une sorte de bourreau, un fantôme qui les hante sans cesse, la culpabilité finissant par les ronger. La mise en scène, la photographie et évidemment le scénario laissent par ailleurs envisager cette figure fantomatique d’Hannah, la morte qui est omniprésente dans l’existence des vivants qui devront apprendre à vivre avec les différentes vérités. La gestion entre les scènes alternant le passé et le présent ou encore plus généralement entre les différents points est volontairement de plus en plus floue, encore une fois pour rendre la « présence » d’Hannah plus fantomatique voire même énigmatique. 13 Reasons Why présente une première saison bien interprétée, addictive, poignante, plus complexe qu’elle en a l’air et surtout importante, que ce soit par rapport aux questions plus évidentes autour du viol et du harcèlement ou encore par rapport à d’autres sujets dont on parle moins (le slut shaming et la culture du viol.

Photo Dylan Minnette, Katherine Langford

Chair de Poule

réalisé par Rob Letterman

avec Jack Black, Dylan Minnette, Odeya Rush, Amy Ryan, Ryan Lee, Jillian Bell, Ken Marino, Timothy Simons, Amanda Lund…

titre original : Goosebumps

Comédie, aventure américaine. 1h44. 2015.

sortie française : 10 février 2016

485721

Zach Cooper vient d’emménager dans une petite ville, et il a bien du mal à se faire à sa nouvelle vie… jusqu’à ce qu’il rencontre sa très jolie voisine, Hannah, et se fasse un nouveau pote, Champ. Zach découvre rapidement que la famille d’Hannah est spéciale : l’énigmatique père de la jeune fille n’est autre que R.L. Stine, le célébrissime auteur des bestsellers horrifiques Chair de poule. Plus bizarre encore, les monstres que l’écrivain met en scène dans ses romans existent bel et bien. Stine les garde prisonniers à l’intérieur de ses manuscrits. Mais lorsque les créatures se retrouvent libérées par erreur, Zach, Hannah, Champ et Stine sont les seuls à pouvoir sauver la ville…

Chair de Poule - Le film : Photo Dylan Minnette, Jack Black, Odeya Rush, Ryan Lee

Je ne vais pas essayer de m’inventer une vie en disant que j’ai lu tous les Chair de Poule mais la série littéraire pour enfants de Robert L. Stine, qui a été aussi adaptée en série télé (diffusée sur LA chaîne de mon enfance : KD2A), a tout de même marqué cette période de ma vie (tout comme, dans le même style, Fais-moi peur !). J’étais donc très curieuse de découvrir cette sorte d’adaptation de plusieurs bouquins, en tout cas un film qui réunit différents personnages tout en intégrant Stine en tant que personnage au coeur de l’intrigue. Cela dit, je n’étais pas non plus totalement rassurée. J’aime beaucoup Jack Black mais il faut avouer que ce n’est pas l’acteur le plus fin de la Terre ! Puis, le réalisateur Rob Letterman avait signé une nouvelle version des Voyages de Gulliver (avec justement Jack Black). Je n’ai pas eu l’occasion de regarder ce film en question (et je n’ai pas spécialement envie de le voir) mais toutes les mauvaises critiques à son égard m’ont jeté un froid ! De plus, remettre au goût du jour une série littéraire/télé aussi connue reste un petit défi à relever. Enfin, j’avais tout de même peur que ça ait pris un sacré coup de vieux et que ça paraisse ringard. Au moment où je faisais la queue pour le film, j’ai failli changer de film au dernier moment, je redoutais le pire, puis finalement au dernier moment j’ai décidé d’assumer mes choix ! Au début, je dois avouer que j’ai pris peur, trouvant le film mettant un peu de temps à démarrer. Finalement, une fois qu’on entre dans le vif du sujet, ce Chair de Poule version cinéma est plus convaincant que prévu et trouve son rythme. Certes, il ne faut pas s’attendre à avoir trop peur (je me suis d’ailleurs permis de retirer sur ma fiche de film le terme « épouvante-horreur » comme je l’ai vu sur Allocine) à part si on est enfant. Mais justement, il ne faut pas oublier qu’il s’agit d’un film destiné pour les enfants. Certes, sans crier au génie, je n’ai pas trouvé ce long-métrage débile pour les gosses (hélas trop de films prennent les enfants pour des demeurés !). En tout cas, même s’il s’agit d’un film commercial, il a le mérite d’être un honnête divertissement. Certes, la mise en scène n’est pas extraordinaire mais, pour ce type de production, le travail reste correctement fait.

Chair de Poule - Le film : Photo Jack Black

Ca fait longtemps que je n’ai évidemment pas lu les romans (la dernière fois doit remonter à ma 4e !) ni vu la série (qui, pour rappel, a vu défiler certains jeunes acteurs de l’époque, comme Hayden Christensen ou encore Ryan Gosling) mais petit à petit j’ai retrouvé l’univers que je connais môme. Visuellement, dans l’ensemble, le travail est plutôt satisfaisant. Certes, je reste un peu sceptique en ce qui concerne la place de l’Homme des Neiges. La créature est plutôt bien faite mais je trouve qu’elle s’incruste mal dans les décors réels. Cela dit, dans l’ensemble, les autres monstres m’ont paru bien foutu d’un point de vue esthétique ou en tout cas crédibles, je pense notamment au pantin maléfique Slappy ou encore les zombies (interprétés, pour l’occasion, par des figurants de la série The Walking Dead). Comme je le disais plus haut, j’avais peur que le résultat soit trop kitsch. Certes, on pense parfois à certains films cultes pour enfants datant des années 1980/1990 comme Gremlins ou Jumanji. Cela dit, contrairement à ce que je redoutais, le résultat n’est pas ridicule ni ringard même s’il n’a rien de révolutionnaire (mais je n’en demandais pas tant pour être honnête). J’ai surtout apprécié la mise en abyme fait avec le personnage de Robert L. Stine, remis en avant grâce à ce film. Ainsi, il y a un mélange des genres (aventure, famille, comédie, « horreur ») et de la fiction avec la réalité qui fonctionne pas si mal que ça. Par contre, je suis un peu plus partagée en ce qui concerne la fin : elle laisse la possibilité d’une suite tout en fermant l’histoire de ce film en question mais elle détruit la réflexion mise en place autour du personnage d’Anna. Enfin, le casting est plutôt bon. Jack Black est finalement bon dans le rôle de Robert L. Stine. Pour une fois, je l’ai trouvé assez sobre et charismatique. Le reste de la distribution s’en sort également assez bien même si on n’échappe pourtant pas à une énième amourette d’ados, entre les pourtant convaincants Dylan Minnette (oui, le nom…) et Odeya Rush. J’étais aussi contente de retrouver Ryan Lee, le gamin rigolo de Super 8 de J. J. Abrams (là encore très bien dans le rôle du boulet de service). On appréciera également le caméo de Stine en prof !

Chair de Poule - Le film : Photo Dylan Minnette, Jack Black, Odeya Rush, Ryan Lee