Que Dios Nos Perdone

réalisé par Rodrigo Sorogoyen

avec Antonio de la Torre, Roberto Alamo, Javier Pereira, Luis Zahera…

Film policier espagnol. 2h06. 2016.

sortie française : 9 août 2017

interdit aux moins de 12 ans

Madrid, été 2011. La ville, plongée en pleine crise économique, est confrontée à l’émergence du mouvement des « indignés » et à la visite imminente du Pape Benoît XVI.
C’est dans ce contexte hyper-tendu que l’improbable binôme que forment Alfaro et Velarde se retrouve en charge de l’enquête sur un serial-killer d’un genre bien particulier. Les deux inspecteurs, sous pression, sont de surcroît contraints d’agir dans la plus grande discrétion…
Une course contre la montre s’engage alors, qui progressivement les révèle à eux-mêmes ; sont-ils si différents du criminel qu’ils poursuivent ?

Que Dios Nos Perdone : Photo Antonio de la Torre, Roberto Álamo

Depuis quelques années, le cinéma espagnol de genre nous offre quelques pépites, notamment l’excellent La Isla Minima d’Alberto Rodriguez. C’est principalement pour cette raison que je suis allée voir Que Dios Nos Perdone, un polar qui, sur le papier, a des points communs avec le long-métrage de Rodriguez. L’histoire est donc plutôt classique : un serial killer qui a de gros problèmes avec sa mère (d’où le meurtre de vieilles dames) et la religion (d’où en partie le titre – même si les explications sur le titre restent multiples) ou encore l’éternel duo de flics opposés (d’un côté le méticuleux réservé, de l’autre l’agité du bocal). De plus, le réalisateur assume lui aussi son amour pour le chef-d’oeuvre de Bong Joon-ho Memories of Murder (même si je soupçonne aussi une inspiration du côté d’un autre polar coréen, The Chaser de Na Hong-jin). Mais il ne faut vraiment pas s’arrêter à ça. Le jeune réalisateur Rodrigo Sorogoyen (ses deux premiers films, 8 Citas et Stockholm, restent inédits en France) signe certainement un des meilleurs films de l’année. Nommé à plusieurs reprises aux Goyas (les Césars espagnols) dans les catégories principales, Que Dios Nos Perdone est une oeuvre puissante et haletante sur une Espagne violente. Replaçons le contexte : en mai 2011 naissent les Indignés qui veulent réagir et répondre à la crise économique qui frappe l’Espagne affaiblie par des politiciens qui ne parviennent pas à y faire face. Mais en août 2011, le pape Benoit XVI débarque à Madrid pour célébrer la messe dans le cadre des Journées mondiales de la jeunesse. On expulse alors les Indignés pour ne pas montrer au Pape et à la presse internationale la véritable face de l’Espagne à ce moment-là. Si le réalisateur avait d’abord pensé à son intrigue avant de penser à son contexte, le parallèle entre les deux rend le film extrêmement puissant : il faut surtout étouffer les meurtres et viols de vieilles dames pour ne pas choquer quitte à échapper à des éléments essentiels pour faire avancer l’enquête. Le regard sur l’Espagne et la police est parfois très cynique. Le centre de Madrid est un lieu très bien exploité aussi bien dans le scénario que dans la mise en scène : le lieu est étouffant et écrasant, bourré d’obstacles, à l’image de l’enquête. Par la mise en scène mais aussi par une magnifique photographie, le spectateur se sent aussi étouffé par la canicule qui ne fait que ressortir les propres démons des personnages aussi bien les flics que l’assassin. L’enquête est finalement un moyen de parler de la violence qui est en chacun de nous et qui n’est pas toujours soupçonnable.

Que Dios Nos Perdone : Photo Antonio de la Torre, Raúl Prieto

Le tueur (le bluffant Javier Pereira), dont l’identité est révélée une bonne demi-heure avant la fin pour que le spectateur le cerne aussi dans sa sphère privée, est a priori un homme charmant qui sait s’occuper de sa mère et des personnes âgées en général. Velarde (incarné par l’excellent Antonio de la Torre qui ressemble dans ce film à Dustin Hoffman !) a beau être quelqu’un de très calme, très carré et même coincé (certainement lié à son bégaiement), il peut aussi être assouvi de pulsions proches d’un crime si rien ne l’avait calmé. La relation qu’il a avec la femme de ménage de son immeuble ou encore la toute fin prouvent cette violence enfouie en lui qui ne demandent qu’à sortir. Quant à son collègue Alfaro (interprété par l’épatant Roberto Alama, très justement récompensé par le Goya du meilleur acteur), s’il exprime publiquement sa colère que ce soit au travail ou dans sa famille, il est également un homme plus sensible qu’il en a l’air. Le fameux schéma de duo de flics classique se transforme en un schéma bien plus complexe pour nous offrir des personnages profonds et ambigus : le tueur et les deux policiers sont violents, pratiquement deux handicapés sociaux chacun à leur façon. La mise en scène est également d’une grande intensité et surtout très réfléchie. Comme l’explique le réalisateur (et ça se voit à l’écran), le film est séparé en deux parties par une scène de course-poursuite absolument époustouflante (une des meilleures que j’ai pu voir). Ainsi, la première partie suit les flics dans leur quotidien avec un aspect parfois proche du documentaire notamment avec la caméra à l’épaule qui suit les personnages. Quant à la seconde partie, elle est plus sombre, on s’éloigne du « doc » et la caméra est plus posée, comme si le calme était finalement bien plus inquiétant que l’agitation (notamment celle de la ville avec la venue du Pape dans un contexte particulier). Certaines scènes sont également intenses par son suspense insoutenable (la scène où le tueur se retrouve dans la même pièce qu’Alfaro coupe le souffle) sa noirceur (cela faisait longtemps que je n’avais pas vu une salle aussi imprégnée par un film). Je pense notamment à la scène où on voit réellement le tueur à visage découvert faire du mal à une petite vieille : la scène est extrêmement difficile à regarder mais le réalisateur ne transforme jamais sa scène en quelque chose d’obscène, il sait s’arrêter à temps. Le spectateur n’a pas non plus nécessairement l’habitude de voir une personne âgée morte, nue, violée avec des problèmes de peau liées à la vieillesse : cela confronte aussi le spectateur à ses propres peurs. Que Dios Nos Perdone est alors un film d’une grande richesse, aussi bien narrative que technique, parvenant à la fois à exposer la facette sombre de chaque homme que celle d’un pays qui cache sa propre violence.

Que Dios Nos Perdone : Photo Roberto Álamo

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The Nice Guys

réalisé par Shane Black

avec Russell Crowe, Ryan Gosling, Margaret Qualley, Kim Basinger, Angourie Rice, Matt Bomer, Ty Simpkins…

Comédie policière américaine. 1h56. 2016.

sortie française : 15 mai 2016

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Los Angeles. Années 70. Deux détectives privés enquêtent sur le prétendu suicide d’une starlette. Malgré des méthodes pour le moins « originales », leurs investigations vont mettre à jour une conspiration impliquant des personnalités très haut placées…

The Nice Guys : Photo Russell Crowe, Ryan Gosling

Cela peut paraître assez étonnant mais en dehors de l’excellent Kiss Kiss Bang Bang, je n’ai jamais été confrontée au travail de réalisateur et surtout de scénariste de Shane Black  (L’Arme Fatale, Last Action Hero, Le Dernier Samaritain) : bref, on ne me jette pas des tomates, ça peut arriver d’être à côté de la plaque. Je sais que certains cinéphiles sont allés voir The Nice Guys, présenté l’an dernier à Cannes en hors compétition (et qui devait être une série télé) parce que justement Black était derrière la caméra. Pour ma part, en plus des bonnes critiques que j’ai pu entendre, j’avais surtout hâte de voir le duo formé par Russell Crowe et Ryan Gosling dans un buddy movie. On ne va pas tourner autour du pot pendant un siècle : sans crier au chef-d’oeuvre, j’ai bien aimé The Nice Guys (« la suite spirituelle de Kiss Kiss Bang Bang » selon Shane Black mai selon moi en moins noir) qui a déjà le mérite d’être un très bon divertissement, plus que la moyenne. L’histoire m’a tout de suite embarquée et on ne s’ennuie pas une seconde, le film étant suffisamment bien rythmé (le montage étant assez efficace) mais sans fatiguer non plus et permettant de garder une action lisible face à un enchaînement assez fou entre les rebondissements, les gags et des dialogues assez bien trouvés (on peut même parler d’un effet ping-pong). Le scénario a l’air léger, pourtant l’explosif mélange entre le message politique et l’univers du porno montre qu’il est plus ambitieux qu’il en a l’air et surtout qu’il sait plutôt bien jouer sur les oppositions (qui ne sont pas uniquement présentes dans le traditionnel duo du buddy movie). Le film joue aussi merveilleusement bien avec les différents codes grâce à une mise en scène habile. J’ai également beaucoup aimé la reconstitution de ce Los Angeles des années 1970, assez solaire et burlesque, parfois même jazzy sans que l’ensemble m’ait paru vide ou superficiel (même si paradoxalement le travail esthétique – volontairement clinquant – peut donner une impression contraire). Bref, techniquement le film est très maîtrisé sur de nombreux aspects et sert complètement à la fois le propos et le ton général (on pourra parler de coolitude). Le duo formé par Russell Crowe et Ryan Gosling fonctionne également plus que très bien (même si j’admets avoir eu une préférence pour Gosling mais le duo m’a paru tout de même équilibré). Crowe joue très bien avec son côté brute pratiquement légendaire sans non plus tomber dans une mauvaise parodie de lui-même. Gosling prouve de nouveau qu’il a un réel potentiel comique. Comment ne pas rire devant son air Droopy et toutes les conneries qu’il débite dans le plus grand sérieux (oui, Ryan Gosling cause !) ?

The Nice Guys : Photo Margaret Qualley, Russell Crowe

On parle de duo (logique dans un buddy movie) mais à ce stade-là, avec la présence de la jeune Holly (jeune mais qui prend finalement les rênes des opérations), on pourrait même parler de trio. A mon avis, ce n’est pas un hasard si ce personnage a pratiquement le même prénom que son père (Holland) : elle a un visage de poupon, pourtant, « the guy », c’est elle dans l’histoire. On ne tombe pas dans le cliché de la pauvre gamine qui sert de rebondissement narratif (du genre, le cas typique : se faire kidnapper, le papounet devant la retrouver). Non, elle n’a pas ce rôle qui aurait pu être présent ou elle n’a pas ce pseudo rôle « féminin » comme on a l’habitude de le voir si souvent dans des grosses productions hollywoodiennes. Son interprète, l’australienne Angourie Rice, est par ailleurs une révélation et je suis certaine qu’on la reverra très vite sur les écrans. Cela dit, je n’ai pas adoré le film car j’ai eu l’impression d’avoir vu ce type de film des tonnes de fois. Encore une fois, j’ai conscience que Black a volontairement parodié / pastiché / rendu hommage (à voir selon les scènes – la frontière entre ces termes, dans le cadre de ce film, m’a semblé volontairement floue) aux films des années 1970, qu’il y a donc des traits très volontairement forcés : le film se veut tout simplement old school et ça aide évidemment à rendre le tout très agréable. Je sais aussi qu’il y a des tas de films qui fonctionnent de cette même manière (tout dépend évidemment des univers, des époques évoqués etc…). Je l’ai tout de même trouvé, par ces nombreux procédés, sans réelle surprise et un peu trop classique (même si pour moi, ce.terme n’a rien d’une insulte à l’origine), comme s’il lui manquait ce petit truc pour que je puisse réellement adorer. Peut-être que le film a été un peu trop survendu, en tout cas, je suis restée sur ma faim alors que je me suis tout de même éclatée tout le long. Peut-être justement aussi que le film, à force de vouloir être cool à tout prix et de nous étaler les différents procédés (bien) utilisés, atteint parfois ses limites. Après, il s’agit vraiment d’un petit bémol. Qu’on soit bien d’accord : The Nice Guys reste tout de même une belle réussite, une bonne comédie d’action sans prétention tout en alliant une certaine maîtrise technique et narrative. Ce film prouve qu’on est encore capable de réaliser de bons divertissements hollywoodiens sans tomber dans la stupidité et en maniant bien les différents codes et en gardant un minimum d’exigence.

The Nice Guys : Photo Angourie Rice, Ryan Gosling

The Wrong Mans

Créée par James Corden et Mathew Baynton

avec Mathew Baynton, James Corden, Sarah Solemani, Tom Basden, Dawn French, Nick Moran, Emilia Fox, Benedict Wong, Dougray Scott…

Série comique britannique. 2 saisons. 2013-2014.

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Après avoir décroché un téléphone se trouvant sur les lieux d’un accident de voiture, deux employés de bureau trop gentils se retrouvent pris dans un dangereux complot criminel.

Photo Mathew Baynton

The Wrong Mans est une série encore assez méconnue en France, malgré la diffusion de la saison 1 il y a quelques mois sur Arte (qu’est-ce que j’aime cette chaîne !). Elle ne comporte que deux saisons : la première est constituée de six épisodes, la seconde en quatre, en sachant que chaque épisode dure pratiquement trente minutes. Je ne me suis jamais cachée que j’aimais les séries courtes car je suis persuadée qu’on peut privilégier plus facilement la qualité. Cette série m’a confirmé cette théorie. Le pari était pourtant difficile : je ne veux pas trop ne dire sur l’histoire étant donné que c’est très difficile d’en parler sans faire des spoilers. Ce que je peux dire, c’est que c’est une histoire qui aurait pu partir facilement dans tous les sens. Or, on est surpris de voir à quel point au contraire le scénario tient la route du début jusqu’à la fin en restant d’une rare cohérence. De plus, à la fin de la première saison, qui m’avait pourtant énormément plu, je me suis demandée comment les scénaristes pourraient rebondir et faire une deuxième saison à la hauteur. Pourtant cette saison 2 ne déçoit pas du tout : elle est dans le même esprit que la première saison tout en ayant su faire évoluer les personnages et l’histoire de manière crédible. The Wrong Mans, qui a été traduit en français par Mauvaise Pioche (qu’est-ce que c’est moche…), comporte une erreur volontaire dans le titre. Pourquoi ? Tout d’abord, pour relativiser : il s’agit avant tout d’une comédie. On comprend ce besoin de poser les points sur les « i » de cette façon : quand on lit le pitch de cette série et qu’on commence à regarder les dix premières minutes du premier épisode, on se demande si on n’a pas atterri dans une série d’espionnage ou d’action. C’est d’ailleurs très difficile à raconter l’histoire sans révéler une intrigue car une action en entraîne systématiquement une autre. Puis, quand on fait connaissance du duo Sam Pinkett / Phil Bourne (Mathew Baynton / James Corden), on comprend tout de suite qu’il s’agit d’un duo de boulets ordinaires qui vont se retrouver dans une situation littéralement extraordinaire et qui va les dépasser. Certes, encore une fois, grâce à ce duo, la série reprend les codes du buddy movies mais en accentuant et en assumant encore plus la dimension comique de l’histoire.

Photo James Corden, Mathew Baynton

Cette erreur volontaire met alors aussi en avant la loose constante de ces deux collègues de travail opposés (forcément, sinon c’est pas marrant). Ils ont beau commettre beaucoup d’erreurs (surtout Phil, il faut avouer qu’il est pas mal dans le genre), ils sont aussi attachants parce qu’ils arrivent malgré tout à réfléchir dans des conditions extrêmes et surtout agissent souvent pour les autres : sauver un inconnu à cause d’un hasardeux coup de fil ou encore se rapprocher d’une fiancée (pour Sam) ou d’une mère (pour Phil). On s’identifie à ces deux personnages par leur banalité : tout le monde aurait pu se retrouver dans la même situation qu’eux. Pourquoi se sont-ils retrouvés dans cette merde internationale ? Au départ, c’est finalement par gentillesse et bon sens, plus que par ego et envie de se faire bien voir et de passer pour des héros. Est-ce qu’il y aurait alors une observation sur notre société qui n’accepte plus ces qualités chez quelqu’un et que ces qualités en question se retourneraient contre eux ? Je pense effectivement que les créateurs de cette série ont observé ce fait et ont décidé de pousser cette idée jusqu’au bout, tout en ayant le mérite de ne pas signer une histoire poussive. On joue sans cesse avec l’absurde, l’exagération des faits tout en trouvant un réel équilibre dans le réalisme même des situations. Même les scènes d’action trouvent un ton très juste : on reprend vraiment tous les codes de ce genre, les scènes sont même spectaculaires mais juste ce qu’il en faut et surtout ça reste fun. Surtout, je me suis vraiment marrée et c’est vraiment le point fort de cette série (il faut dire que je suis une fan d’humour british). Les quiproquos nourrissent l’intrigue, les dialogues sont savoureux, Phil et Sam rappellent les meilleurs duos comiques que la télé et le cinéma ont connu. Beaucoup de scènes sont tout simplement hilarantes, exploitant bien l’absurdité des situations (on a vraiment l’impression que les personnages n’en sortiront jamais) et la réaction parfois culottée des personnages pour pouvoir s’en tirer.

Photo Dawn French, Emilia Fox, James Corden

Enfin, The Wrong Mans bénéficie d’une interprétation solide à commencer par Mathew Baynton et James Corden, qui sont également les créateurs de cette série délirante et à part. J’ai découvert Mathew Baynton dans cette série qui reste un inconnu chez nous. J’ai beaucoup aimé son interprétation. Son sérieux est ce qui m’a fait rire chez ce personnage et parvient à être expressif, mais sans en faire des tonnes, quand il est dépassé par les événements. Je ne sais pas vous, mais personnellement, je n’ai pas pu m’empêcher de le comparer à Ben Whishaw (c’est un compliment). Son partenaire, James Corden, commence à être de plus en plus connu chez nous. On a pu le voir dans Lesbian Vampire Killers (Phil Claydon), Les Trois Mousquetaires de Paul W. S. Anderson, New York Melody de John Carney ou encore plus récemment The Lady in the Van de Nicholas Hytner. Bref, c’est quelqu’un que nous voyons de plus en plus au cinéma (même si, comme vous le constatez, il n’a pas joué que dans des chefs-d’oeuvre…) à juste titre : ce gars a beaucoup de talent. Si vous ne l’avez pas encore vu dans des films ou des séries, peut-être que vous avez entendu parler de son Late Late Show dans lequel Adele, Justin Bieber, One Direction, Stevie Wonder, Mariah Carey ou plus récemment Jennifer Lopez chantent avec Corden dans sa voiture ! James Corden incarne alors le fameux ami lourdingue, le boulet de service, pas avantagé physiquement en plus selon les critères de notre société mais il est sincère, courageux et serviable. Ce personnage a beau avoir les critères du « lourd » mais ils ne gâchent pourtant ni la sympathie que nous avons assez rapidement pour ce personnage ni l’histoire en elle-même. Les acteurs secondaires sont également très bons. Pour ne citer que cette partie du casting, j’étais notamment contente de retrouver Dawn French dans le rôle de la mère de Phil ou encore Sarah Solemani s’en sort bien dans le rôle de la petite amie, elle n’a rien de la cruche de service.

Photo James Corden, Mathew Baynton

Chocolat

réalisé par Roschdy Zem

avec Omar Sy, James Thierrée, Clotilde Hesme, Olivier Gourmet, Frédéric Pierrot, Noémie Lvovsky, Alice de Lencquesaing, Olivier Rabourdin, Héléna Soubeyrand…

Drame, biopic français. 1h50. 2014.

sortie française : 3 février 2016

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Du cirque au théâtre, de l’anonymat à la gloire, l’incroyable destin du clown Chocolat, premier artiste noir de la scène française. Le duo inédit qu’il forme avec Footit, va rencontrer un immense succès populaire dans le Paris de la Belle époque avant que la célébrité, l’argent facile, le jeu et les discriminations n’usent leur amitié et la carrière de Chocolat. Le film retrace l’histoire de cet artiste hors du commun.

Chocolat : Photo James Thiérrée, Omar Sy

Chocolat est le quatrième long-métrage de l’acteur Roschdy Zem après Mauvaise Foi, Omar m’a tuer et Bodybuilder (je n’en ai vu aucun, au moins j’ai découvert de quoi il est capable ou non derrière la caméra). Je me suis un peu renseignée sur les autres films en question et le thème du racisme est omniprésent dans cette petite filmographie. Cette question me semble nécessaire surtout face à de nombreux débats relancés récemment (notamment avec les récentes nominations aux Oscars). Je reviendrai plus tard sur le traitement de ce thème. Pour le scénario, Roschdy Zem a adapté le livre de l’historien Gérard Noiriel, Chocolat, clown nègre : L’histoire oubliée du premier artiste noir de la scène française (2012). Il précise qu’il a tout de même pris quelques libertés avec la réalité historique. Cela dit, pour le scénario, il s’est beaucoup documenté et cela se ressent lorsqu’on découvre ce long-métrage. Pour ma part, je ne connaissais pas du tout ce clown de son vrai nom Rafael Padilla (et apparemment pas grand-monde sur le tournage, même Zem et les deux acteurs principaux) qui a pourtant bouleversé le monde du spectacle pour la nouveauté qu’il a pu apporter à la comédie clownesque grâce à l’artiste britannique George Foottit et surtout pour avoir mis en avant une personne de couleur dans un milieu artistique malgré le racisme omniprésent à l’époque. Pour moi, le but d’un film n’est pas de faire apprendre des choses aux spectateurs mais je dois reconnaître qu’il s’agit d’une bonne chose de mettre en avant un personnage aussi peu connu du public alors qu’il a apporté tant de choses ! On aime ou on n’aime pas ce film mais il a le mérite d’être nécessaire. Pour ma part, la bande-annonce m’attirait et en même temps je m’en méfiais un peu sans en connaître la raison précisément. Je suis allée le voir totalement par hasard finalement avec une copine (petite dédicace à elle si elle passe par là) qui m’a suggéré d’aller le voir avec elle. L’ensemble m’a plutôt convaincue même si le film a selon moi certains défauts, mais pour ceux qui hésiteraient encore à aller le voir, on va dire que je ne le déconseille pas. Comme je le disais, le long-métrage veut mettre en avant un personnage peu connu. Il a alors un côté très pédagogique qui n’est pas forcément déplaisant même si du coup j’ai trouvé la mise en scène certes pas mauvaise mais un peu trop sage et lisse (alors que le sujet demandait selon moi quelque chose de moins scolaire) et la seconde partie en dessous de la première, tombant peut-être un peu trop dans l’exercice du biopic qu’on n’aime pas forcément (vous savez du genre : « découverte du talent-gloire-melon-chute »).

Chocolat : Photo Omar Sy

Les dernières minutes, pourtant tragiques et émouvantes, m’ont provoqué un rire nerveux dans la salle (c’était un peu gênant mais bon parfois c’est difficile de se contrôler !) : quand le film se termine est écrit sur un fond noir un truc du style « Rafael Padilla est mort en novembre 1917. Chocolat et Foottit ont révolutionné le monde du cirque blablabla ». L’information n’est finalement plus information puisqu’on a vu cinq minutes avant (même moins) la date en question et surtout tout le long du film, disons qu’on avait compris le rôle qu’ont joué les deux personnages dans l’histoire du cirque ! Vous allez me dire que ce n’est qu’un détail mais je le vois plus comme la fin d’une série de maladresses qui empêche le film de gagner en intensité et en grandeur (et même en émotion, malgré quelques scènes qui font leur effet) et c’est dommage vu son potentiel. Je crois que c’est à force de souligner son propos autour du racisme et du combat autour que le film ne parvient pas à convaincre totalement. Pourtant, le pire, c’est que je n’ai pas envie de dire du mal de ce film qui a l’air d’être sincère (ce qui est à noter pour ce type de production assez grand public). Je veux dire, le film est intéressant, divertissant même, on rentre vite dans le sujet, les thèmes nous touchent. De plus, il y a une belle reconstitution de la Belle Epoque qui nous permet de plonger facilement dans l’histoire. Puis surtout, Chocolat bénéficie d’un très bon casting. Omar Sy est très bon dans le rôle de Chocolat/Rafael Padilla, dans la lignée de ses interprétations habituelles. Son duo formé avec James Thierrée fonctionne formidablement bien car les deux acteurs (et leurs personnages) sont très complémentaires, le premier étant solaire, le second très sombre. Paradoxalement, même si le duo m’a totalement plu, je dois avouer que l’interprétation de Thierrée m’a plus emballée que celle de Sy. Peut-être que le rôle de Thierrée est peut-être mieux écrit (plus complexe à mon avis – qui a le mérite de ne pas avoir une vision trop manichéenne) que celui de Sy, peut-être aussi que je ne suis plus surprise par le jeu de Sy non plus (même s’il ne s’agit pas d’un réel reproche). Je connaissais en tout cas Thierrée pour être le petit-fils de Charlie Chaplin (honnêtement, il ne peut pas cacher son lien de parenté, il lui ressemble beaucoup !) et je savais également qu’il avait fait du cirque et du théâtre (il est notamment le lauréat de plusieurs Molière) mais je ne l’avais jamais vu jouer donc il s’agit finalement pour moi d’une excellente découverte ! Le reste du casting est également à la hauteur comme par exemple Clotilde Hesme en femme aimante et ouverte ou le toujours impeccable Olivier Gourmet en directeur d’un grand cirque parisien.

Chocolat : Photo James Thiérrée