Sherlock

Créée par Steven Moffat et Mark Gatiss

avec Benedict Cumberbatch, Martin Freeman, Andrew Scott, Mark Gatiss, Amanda Abbington, Rupert Graves, Louise Brealey, Una Stubbs, Toby Jones, Sian Brooke, Vinette Robinson, Lara Pulver, Katherine Parkinson…

Drame, policier britannique. 4 saisons. 2010-2017.

Les aventures de Sherlock Holmes et de son acolyte de toujours, le docteur Watson, sont transposées au XXIème siècle…

Sherlock : Photo

Sherlock Holmes fait certainement partie des oeuvres les plus adaptées au cinéma et à la télévision. Steven Moffat, connu pour son travail sur la célèbre série Doctor Who, et son compère scénariste Mark Gatiss (également le génial interprète de Mycroft Holmes, le frangin brillant de Sherlock), s’attaquent à une adaptation clairement plus moderne des oeuvres d’Arthur Conan Doyle. L’intrigue se déroule donc au XXIe siècle (bref de nos jours), Sherlock est donc toujours le brillant détective consultant asocial que l’on connait, toujours violoniste à ses heures perdues et également drogué lorsqu’il traverse les périodes les plus sombres. Son colocataire, qui deviendra son meilleur ami (que Sherlock le reconnaisse ou non), le Docteur John Watson, est un ancien médecin de l’armée britannique blessé en Afghanistan. Les deux compères collaborent également toujours pour Scotland Yard et affrontent également le même célèbre méchant : Moriarty. La liste pourrait s’allonger mais tout ça pour dire qu’il y a eu un véritable travail de transposition et d’adaptation. Moderniser des classiques connues et revues maintes fois est toujours un pari risqué. On aurait pu très vite entrer dans la surenchère et la superficialité, surtout quand on transforme Sherlock Holmes et John Watson en véritables geek (Holmes étant accro à son portable et aux réseaux sociaux, Watson raconte ses aventures policières avec Sherlock sur son blog très suivi). Pourquoi avoir rendu les aventures de Holmes dans une version moderne et technologique ? Parce que le Sherlock de Conan Doyle était lui-même un homme moderne, par rapport à son temps, s’intéressant aux techniques déjà présentes. J’ai lu quelques nouvelles des aventures de Holmes et j’ai aussi pris le temps de me renseigner sur toute l’intrigue. Les scénaristes sont donc parvenus à rendre justice à Conan Doyle : respecter son travail tout en proposant une relecture neuve et originale. Quant aux quelques ajouts ou modifications faites, on sent qu’ils n’ont pas été choisis au hasard : ils sont toujours là pour mieux surprendre le spectateur qui mérite qu’on lui propose un nouveau point de vue sur les personnages qu’on connait tous par coeur.

Photo

En général, contrairement à la majorité des séries américaines non câblées (et encore), les séries britanniques proposent peu d’épisodes et prennent même le temps entre plusieurs saisons. C’est effectivement le cas chez Sherlock. Ainsi, la série est composée de quatre saisons (avec parfois des écarts de deux ans entre), chacune contenant trois épisodes de 1h30. Il ne faut également pas oublier l’épisode spécial, « L’Effroyable Mariée » (« The Abominable Bride »), qui présente une confrontation entre Sherlock et Moriarty dans une réalité alternative victorienne : on doit découvrir cet épisode en question entre la fin de la saison 3 et le début de la saison 4. Chaque épisode est donc soigné sur tous les points : personnages, narration (qui va au-delà de la simple question de la réécriture), mise en scène et même esthétique (avec une jolie photographie appuyant sur le bleu/gris, sorte de rappel subtil entre le lieu – Londres – et la technologie). La série n’hésite également pas à mêler différents tons tout en gardant sa cohérence. Par exemple, l’épisode du mariage de Watson et Mary est tellement drôle que j’en ai eu mal au ventre (et cela n’empêche pas de voir un scénario et un montage juste hyper bien foutus) tandis que l’épisode final est extrêmement bouleversant (j’avais le coupe soufflé les dix dernières minutes et je ne ressens pas forcément cela pour toutes les séries que je regarde) pour ne citer que cet exemple-là (le premier épisode de la quatrième l’est également et quelle claque !). Par ailleurs, la série s’assombrit au fil des saisons sans tomber dans la caricature : en effet, on a vu dans beaucoup de films et de séries désormais des héros qui doivent apprendre à affronter eux-mêmes et leur passé. Il y a parfois eu des réussites, parfois c’est juste lourdingue. Sherlock entre heureusement dans la première catégorie. Au-delà de la question de l’adaptation moderne et d’enquêtes toujours bien foutues (qui parviennent à nous surprendre alors qu’on connaît déjà plus ou moins certaines grosses lignes vu qu’on connaît les oeuvres originales), qu’est-ce qui pourrait expliquer un tel succès ? Au-delà de nous raconter des intrigues qui nous clouent parfois au sol, Sherlock est bien plus qu’un portrait d’un personnage extraordinaire (ou des portraits) : on nous parle finalement d’amour, d’amitié et de famille. Je dirais aussi que l’une de ses principales qualités, en dehors de tout ce que j’ai déjà pu citer, réside dans le traitement des personnages.

Photo Amanda Abbington, Benedict Cumberbatch, Martin Freeman

On aurait pu tomber dans certains excès en nous présentant un personnage principal lui-même très excessif. Pourtant, si on est face à un personnage atypique et déroutant, Sherlock est un personnage bel et bien profond et complexe. De plus, pour un personnage aussi asocial, ses interactions avec les personnages, surtout Watson et Moriarty, sont magistrales. Son amitié, voire même sa bromance avec John Watson, est pour moi magique. Et le spectateur se met justement dans la peau de Watson : fasciné et interloqué par Sherlock. Benedict Cumberbatch est tout simplement parfait dans le rôle de Holmes. Physiquement, évidemment, quelque fonctionne pour contribuer à l’étrangeté même du personnage : il a l’air de sortir d’une autre planète mais il garde sa classe à la britannique. Son physique est un mélange entre son côté atypique et son intelligence bien supérieure à la moyenne. Martin Freeman est également fabuleux dans le rôle de Watson. Il parvient à être charismatique tout en gardant sa banalité, en contraste avec son partenaire. Et leur duo (ou même couple) fonctionne parfaitement : c’est même une évidence de les retrouver ensemble à l’écran. Les seconds rôles sont également excellents. Comment ne pas évoquer Andrew Scott, formidable en Moriarty (perturbant même durant son absence), Mark Gatiss en Mycroft (son rôle prend de plus en plus d’importance et tant mieux) ou encore Amanda Abbington (au moment du tournage, compagne dans la vraie vie de Martin Freeman) en Mary Watson (décidément, beaucoup de gens sont intelligents dans cette série et mieux : ils parviennent à se rencontrer !) pour ne citer qu’eux. Sherlock n’est alors pas uniquement désormais un produit de pop culture : c’est un exemple même de ce qui s’est fait de mieux à la télévision ces dernières années. Comme quoi, mêler le divertissement et l’exigence (que ce soit en écriture ou en mise en scène) reste encore possible.

Sherlock : Photo Benedict Cumberbatch

Girls

Créée par Lena Dunham et Jenni Konner

avec Lena Dunham, Allison Williams, Jemima Kirke, Zosia Mamet, Adam Driver, Andrew Rannells, Alex Karpovsky, Becky Ann Baker, Peter Scolari, Christopher Abbott, Ebon Moss-Bachrach, Corey Stoll, Riz Ahmed, Gaby Hoffmann, Rita Wilson, Patrick Wilson, Matthew Rhys, Jon Glaser, Jake Lacy, Jenny Slate, Amy Schumer, Shiri Appleby…

Comédie dramatique. 6 saisons. 2012-2017. 

L’entrée dans la vie active de quatre jeunes filles d’une vingtaine d’années, de leurs humiliations à leurs rares triomphes. Hannah, l’éternelle stagiaire, rêve de devenir écrivain ; Marnie, la jeune fille intelligente et rangée au premier abord ; Jessa qui vivote telle une hippie et sa cousine Shoshanna, une ambitieuse étudiante qui n’a pas sa langue dans sa poche.

Photo Jemima Kirke, Lena Dunham, Zosia Mamet

Je vous préviens, je ne vais pas hésiter à spoiler et même dès les premières lignes. J’avais déjà rédigé un billet sur la toute première saison de Girls, dans l’espoir de livrer une critique de chaque saison. J’ai abandonné l’idée pour deux raisons. Dans un premier temps, cette entreprise est évidemment trop longue et j’ai encore trop de critiques de séries à rédiger. Puis, surtout, cela ne serait pas forcément pertinent dans le cadre de Girls, série créée par Lena Dunham (décidément, elle multiplie les casquettes) et Jenni Konner et produite par le roi de la comédie américaine actuelle, Judd Apatow : qu’on aime ou pas cette série (ce qui est compréhensible), elle a au moins le mérite de présenter les six saisons avec une véritable cohérence. Pour certains éléments de l’intrigue (notamment concernant la grossesse d’Hannah à la saison 6), Lena Dunham a révélé qu’elle les avait en tête depuis les débuts de la série. En effet, beaucoup d’éléments qui peuvent sembler anodins reviennent et prennent leur importance dans les saisons suivantes. Ainsi, la série est pour moi si cohérente que je l’ai revue volontiers et à trois bonnes reprises. Et ce fut nécessaire de la revoir à chaque entier, comme si je remarquais de nouvelles choses. En effet, j’ai un drôle de rapport : j’aimais bien Girls à ses débuts mais sans plus. Je voyais aussi pas mal ses défauts et surtout j’avais tendance à avoir un mauvais jugement sur les quatre personnages principaux. Je suis cette série depuis pas mal d’années, j’ai grandi avec les personnages et j’ai moi-même « grandi » entre-temps. Finalement, à force de revoir la série, je commençais à comprendre son succès et surtout à l’apprécier à sa juste valeur (même si j’ai parfaitement conscience qu’on puisse rejeter en bloc la création de Dunham). Je pourrais certainement écrire un billet entier sur les personnages : oui, elles sont bourrées de défauts. Oui, on a même parfois envie de les secouer, de les gifler. Non, je ne suis pourtant « trash » ou quoi que ce soit (la série étant souvent associée à ce mot). Pourtant, Hannah, Marnie, Jessa et Shoshanna me représentent, tout comme elles représentent mes amies et même d’autres filles de ma génération. Comme le disait Hannah au tout début de la saison 1 (certes sans aucune modestie, mais ça c’est Hannah), elle est la voix de sa génération.

Photo Andrew Rannells, Lena Dunham

Girls m’agaçait au début pour son côté très cru, voire même vulgaire, et pour son scénario qui commençait à faire du surplace. En effet, dans une série, on a tendance à attendre une évolution des personnages. Or, pour attendre un réel déclic de la part des personnages, on doit attendre un certain nombre de temps. Et encore, je ne parle pas de tous les personnages : certains seront incapables de changer, ils resteront dans la destruction alors que la possibilité de vivre une vie meilleure et paisible n’était pas si lointaine. Pour le surplace, Hannah pense qu’elle va enfin réussir, juste après tout s’effondre pour elle, que ce soit par sa faute (quand elle retourne à la fac loin de chez elle) ou par un concours de circonstances. On a donc la sensation que ce personnage n’avance pas et du coup que le scénario non plus. Or, Dunham fait justement un choix judicieux en présentant des personnages qui se cassent la gueule, qui ne parviennent pas à réaliser leurs rêves, qui vont même devoir faire des compromis en attendant de pouvoir arriver à leurs buts. La seule qui semble sortir de ce schéma est l’ambitieuse et lucide Shoshanna. Au début étudiante, vierge et innocente, elle n’hésitera pas à dire plusieurs fois ses quatre vérités au reste de la bande (et à prendre la douloureuse – mais meilleure – décision finale à la fin de l’épisode 9 de la saison 6) et surtout à prendre son destin en main quitte à passer pour une connasse ingrate (alors qu’elle était certainement le personnage le plus pétillant de la série). La série s’appelle Girls mais Hannah reste le personnage pilier. On a envie de lui donner des claques, de la secouer face à son égoïsme, défaut qui disparaîtra à la naissance du petit Grover. Je n’ai jamais aimé les films ou les séries qui mettaient en avant la naissance d’un enfant pour sauver le ou les parent(s) parce que cela ne correspond pas du tout à mes convictions personnelles. Cela dit, ce choix reste tout de même intéressant par rapport à tout ce que Dunham a mis en place depuis les débuts de Girls : avec un enfant, Hannah sera obligée de devenir responsable et de s’occuper de quelqu’un d’autre que d’elle-même.

Photo Lena Dunham

J’avoue que cette grossesse finale m’a surprise de la part de Lena Dunham. Certaines féministes (certaines, car je refuse de mettre tout le monde dans le même sac – et je me sens moi-même féministe : chacun(e) sa définition) n’auraient pas nécessairement ressenti l’envie de transformer l’héroïne en jeune mère de famille. Certaines (je fais référence à des « articles » que j’ai hélas lus sur des sites revendiqués féministes) rejettent même la grossesse en bloc. On a beau insulter Dunham pour ses positions féministes (non, le féminisme n’a rien d’un gros mot), elle n’est pas tombée dans certaines idées qui pourraient sembler extrémistes. Beaucoup ont pointé du doigt le tout dernier épisode qui se concentre sur l’après-naissance du petit Grover. Hannah cohabite désormais avec sa mère (qui apprend à vivre seule – son mari ayant enfin accepté son homosexualité après l’avoir tant renié) et sa véritable meilleure amie Marnie, toujours là (sa présence dans la vie d’Hannah sera grosso modo sa seule victoire vu ses échecs amoureux et professionnels). Effectivement, l’épisode 9 de la saison 6 qui réunissait pour la dernière fois les quatre filles vedettes de la série aurait pu être une véritable fin. On devinera (ou supposera) les vies que mèneront Adam et Jessa (des artistes qui réussiront peut-être professionnellement mais qui ne connaîtront que la destruction), Shoshanna (désormais une bobo méprisante à la vie rangée), Elijah (on veut un spin-off sur ses aventures d’artiste !) ou encore Ray qui rencontre l’amour (et pour une fois, il n’y a pas de discours ou d’intrigue autour du fait que sa dulcinée est obèse) va enfin s’investir dans un projet professionnel qui devrait le sortir de l’ennui. Mais justement, la force de Girls est de ne pas tomber dans ce qui était attendu. L’histoire entre Adam et Hannah, certes belle mais trop sombre, est belle et bien terminée, l’amitié entre les quatre jeunes femmes ne peut pas tenir et n’a peut-être d’ailleurs jamais existé. Beaucoup de séries auraient décidé de satisfaire les fans avec un véritable happy end. Ici, il ne s’agit pas d’un bad end ou quelque chose de ce style. On nous présente juste la vie ordinaire avec ses bons et ses mauvais côtés, ses rêves réalisés ou non (ou peut-être en attente).

Photo Adam Driver, Alex Karpovsky

New York est également au coeur de Girls. Cette ville est souvent glamourisée ou valorisée. On a d’ailleurs dit que la série de Dunham était une sorte d’anti-Sex and the City (les deux séries ayant été diffusées sur HBO). Quatre filles à New York donc à part que dans Girls ce même New York ne fait pas rêver : il n’y a pratiquement pas de boulot (et quand il y en a, ils craignent), les appartements sont sombres et délabrés, les gens sont teubés. Hannah (et les autres au passage) semble être la pure New-Yorkaise de son époque : à l’aise dans les fêtes, elle-même un peu fêlée et prête à toutes les expériences, artiste un peu torturée sur les bords, Hannah va pourtant se rendre à l’évidence : New York ne lui a apporté que des merdes. Elle pourrait avoir une vie tranquille (elle se confronte d’ailleurs à cette possibilité, qu’elle rejettera, lors de sa rencontre avec un beau et riche médecin en la personne de Patrick Wilson) mais pas à New York. Girls, c’est pour moi une série extrêmement lucide et sombre (mais pas nécessairement pessimiste, juste réaliste) sur la vie des ces jeunes gens (je dis « gens » parce que contrairement à ce qu’annonce le titre, les mecs ne sont pas du tout délaissés dans l’histoire) qui sont encore entre deux phases, l’adolescence et le monde des adultes. Je trouve qu’il n’y a pas tant que ça de séries et/ou de films qui traduisent vraiment ce sentiment, et avec justesse, à cette période de cette existence (on a plutôt davantage à voir le fameux passage à l’âge adulte sur des teen movies par exemple). Dunham sait alors parler de jeunes gens pas toujours prêts à affronter le monde et au fil des saisons a su aussi aborder de sujets de société, notamment sur la culture du viol. Un des derniers épisodes, « American Bitch« , qui nous présente une sorte de match-interview entre Hannah et un auteur accusé de viol style Woody Allen/Roman Polanski était tout simplement d’une très grande pertinence (je vous conseille de découvrir l’épisode en question – c’est limite le seul épisode qu’on peut regarder sans connaître la série). Alors on pourra évidemment rejeter cette série à cause de sa dimension trash (qui me dérangeait mais selon moi les scènes ne sont pas si gratuites qu’on pourrait le croire) mais Dunham est une formidable auteure et observatrice de son temps, pleine d’audace. J’espère qu’elle continuera à nous proposer du contenu de qualités que ce soit à la télé ou ailleurs.

Photo Allison Williams, Lena Dunham

Moonlight

réalisé par Barry Jenkins

avec Alex R. Hibbert, Ashton Sanders, Trevante Rhodes, Mahershala Ali, Naomie Harris, Janelle Monáe, Andre Holland, Jaden Piner, Jharrel Jerome…

Drame américain. 1h50. 2016.

sortie française : 1 février 2017

moonlight

Après avoir grandi dans un quartier difficile de Miami, Chiron, un jeune homme tente de trouver sa place dans le monde. Moonlight évoque son parcours, de l’enfance à l’âge adulte.

Moonlight : Photo Alex R. Hibbert, Mahershala Ali

Moonlight, déjà lauréat du Golden Globe du meilleur drame, a gagné l’Oscar du meilleur film (dans la plus grande confusion… j’en rigole encore !) face à son grand concurrent, La La Land. Il a aussi remporté deux autres importantes récompenses, à savoir celles du meilleur acteur dans un second rôle (pour Mahershala Ali) et du meilleur scénario adapté. Il a aussi cartonné aux Independent Spirit Awards et a évidemment récompensé ailleurs. Le succès de ce petit film peut surprendre, Barry Jenkins étant un réalisateur inconnu aux yeux du public (et même auprès des cinéphiles) et surtout le sujet est tout de même assez lourd et même puissant, il a même quelque chose de nécessaire. En effet,  un grand nombre de drames apparaît dans le scénario (ça pourrait presque faire penser à Precious de Lee Daniels) : un gamin afro-américain qui découvre son homosexualité dans une communauté qui rejette cette identité s’isole de plus en plus face au harcèlement et au comportement désastreux et destructeur de sa mère qui se drogue, se prostitue et le maltraite. Moonlight est à l’origine une pièce du dramaturge Tarell Alvin McCraney, In Moonlight Black Boys Look Blue. Elle fait aussi écho aux vies de l’auteur de la pièce et du réalisateur de son adaptation (les deux ne se connaissant pas) : ils ont fréquenté la même école et le même collège à Liberty City (Miami) et leurs mères ont toutes les deux rencontré des problèmes avec la drogue (la mère de Jenkins a surmonté sa toxicomanie tout en restant séropositive pendant 24 ans, celle de McCraney est morte du Sida). Moonlight mérite-t-il alors toutes les louanges qu’il a reçues et surtout son Oscar du meilleur film ? Pour moi non. Certes, il ne s’agit pas d’un mauvais film, loin de là (je lui reconnais volontiers des qualités). Son Oscar du meilleur film me semble tout de même plus symbolique voire même politique (notamment une réaction à la polémique « Oscars So White » survenue l’an dernier qui reste malgré tout encore présente dans nos esprits) que cinématographique même si je suis certaine que beaucoup de gens trouveront ce prix mérité pour des raisons plus artistiques. Il faut dire que Moonlight a un petit quelque chose de révolutionnaire mine de rien : le casting est entièrement de couleur noire.

Moonlight : Photo Alex R. Hibbert

Moonlight est construit en trois parties clairement affichées et nommées : la première, « Little », suit Chiron enfant, lorsqu’il rencontre Juan, un dealer cubain qui deviendra pour lui la figure paternelle qui lui manque. Il ne comprend pas pourquoi on le traite de « tapette ». Dans la deuxième partie, « Chiron », le personnage principal devenu adolescent, se fait encore harceler par ses camarades de classe. Son homosexualité ne fait que se confirmer par un véritable contact physique. Enfin, la dernière partie, « Black », nous présente toujours ce fameux Chiron devenu adulte et méconnaissable, éloigné de sa ville d’origine. En mode gros dur, sa route recroise celle de son premier amant. J’appelle ça des parties, mais on pourrait les nommer des chapitres voire même des actes : si le film n’a pas l’air littéraire, il a pourtant une construction qui fait penser à cet art. Je savais, par par son prix aux Oscars, qu’il s’agissait d’une adaptation mais pas nécessairement d’une pièce. Pourtant, durant ma séance, j’ai fini par comprendre ce lien avec le théâtre et pas uniquement par cette forme assez visible : la manière d’aborder le personnage principal, le rythme de certaines répliques etc… Cela dit, je ne fais pas ici de reproches, mais plus un constat de mon ressenti. Il y a donc derrière un réel travail intéressant d’écriture (et je comprends davantage son Oscar de la meilleure adaptation même si je n’ai pas vu la pièce d’origine) même si paradoxalement ce sont aussi certainement des éléments liés à cette écriture qui m’ont gênée. Les dialogues m’ont semblé assez justes et les effets d’écho plutôt pertinents : ainsi, même lorsque l’histoire se déroule sur plus de dix ans, on ne perd pas non plus en route certaines informations qu’on a reçues et qu’on aurait pu oublier. Par exemple, même lorsqu’on ne voit plus à l’écran Juan, que ce soit dans la seconde ou troisième partie, on a l’impression qu’il est toujours présent au côté de Chiron. Mais je reste partagée sur l’utilisation des différentes ellipses. Certes, pour gagner du temps (pas évident de retracer la vie d’un personnage sur une quinzaine d’années voire peut-être plus), les ellipses étaient évidemment nécessaires. Il y a une idée de se concentrer sur l’essentiel.

Moonlight : Photo Naomie Harris

Cela dit, par ce choix, selon moi, Chiron est un personnage qui manque de développement, même un peu de consistance. De plus, j’étais frustrée de ne plus voir les personnages secondaires, même si encore une fois le scénario fait des efforts pour qu’on ne les oublie pas. Mais cet effet n’est hélas pas totalement réussi. J’ai également ressenti une autre frustration : le film n’étant pas hyper rythmé (ça ne m’a pas aidée à l’apprécier convenablement), à chaque fois que je commençais à entrer dans l’histoire, en la trouvant intéressante, on nous la brise justement par ces ellipses. Je suis d’ailleurs partagée sur la fin, j’ai l’impression que je n’ai pas la même interprétation que la plupart de mes copains blogueurs. La mise en scène est plutôt intéressante dans le sens où on sent que rien n’est laissé au hasard, il y a même des symboliques assez fortes (cette scène de baignade au début est très riche sur différents niveaux). Cela dit, à l’image de son sens esthétique (on passe parfois un peu trop brutalement à des scènes très réalistes à d’autres bien plus soignées et colorées ou encore il y a des effets de style un peu surperflus), elle reste pour moi parfois maladroite. Heureusement, le casting est très bon. Parmi les personnalités non connues par le grand public, le trio Alex R. Hibbert, Ashton Sanders et Trevante Rhodes est impeccable. Individuellement, chaque interprète est effectivement remarquable mais ce qui l’est encore plus c’est de constater la cohérence d’interprétation entre ces trois acteurs. Même si je reproche un certain manque de développement chez Chiron, en revanche on ressent pourtant bien à l’écran une certaine évolution qui fonctionne justement grâce à cette succession d’acteurs. Le changement d’acteurs ne choque jamais, on voit tout le temps à l’écran Chiron et non des trois acteurs qui interprètent un même rôle. Et cela est encore plus fort lorsqu’on sait que Hibbert, Sanders et Rhodes ne se sont pas rencontrés sur le tournage. Oscarisé, Mahershali Ali (qu’on voit hélas trop peu) est impeccable dans le rôle de ce personnage qui n’a rien d’un enfant de choeur et pourtant qui accompagne merveilleusement bien Chiron qui s’interroge sur son identité. J’étais heureuse de retrouver à l’écran dans les dernières Andre Holland, qu’on voit décidément de plus en plus. Enfin, parmi les rôles féminins, Naomie Harris (nommée aux Oscars) et Janelle Monáe sont également impeccables.

Moonlight : Photo Andre Holland, Trevante Rhodes

Divines

réalisé par Houda Benyamina

avec Oulaya Amamra, Déborah Lukumuena, Jisca Kalvanda, Kevin Mischel, Farid Larbi…

Drame français. 1h45. 2016.

sortie française : 31 août 2016 (sortie dvd : 3 janvier 2017)

interdit aux moins de 12 ans

Film vu dans le cadre de Dvdtrafic : un grand merci à Cinetrafic ainsi qu’à Diaphana.

Cinetrafic propose plusieurs listes qui pourraient vous intéresser : le meilleur des films dramatiques français, les meilleurs films dramatiques de 2016 et les meilleurs films dramatiques français de 2016.

divines

Dans un ghetto où se côtoient trafics et religion, Dounia a soif de pouvoir et de réussite. Soutenue par Maimouna, sa meilleure amie, elle décide de suivre les traces de Rebecca, une dealeuse respectée. Sa rencontre avec Djigui, un jeune danseur troublant de sensualité, va bouleverser son quotidien.

Divines : Photo Oulaya Amamra

Divines n’était pas un film qui m’attirait pour plusieurs raisons. La première raison concerne la réaction plus que survoltée de la réalisatrice Houda Benyamina au festival de Cannes lorsqu’elle a reçu la Caméra d’or. J’aime bien la spontanéité (parfois ça fait du bien dans des univers guindés) mais son hystérie m’avait réellement agacée (le discours en question avait été particulièrement long et ponctué de phrases pas d’une grande finesse). De plus, je redoutais de voir une sorte de retour de Bande de filles de Céline Sciamma (oui le point commun un peu bateau de départ : une réalisatrice signe un film avec des jeunes filles dans une cité), un de mes cauchemars de 2014 et je ne suis pas non plus spécialement fan de La Haine de Mathieu Kassovitz (ni plus généralement des films sur la cité). Divines n’est pas un film parfait mais il s’agit d’une très bonne surprise (venant d’être nommée aux Golden Globes dans la catégorie « meilleur film étranger »). Il faut aussi se remettre dans le contexte qu’il s’agit d’un premier long-métrage. Certes, parfois Houda Benyamina se laisse déborder par son énergie. On pourra aussi dire que certaines intentions sont peut-être parfois un peu trop appuyées. Mais dans l’ensemble, au-delà d’une fraîcheur qui décoiffe, ce qui m’a sauté aux yeux est la cohérence même entre les différents axes narratifs, les thèmes abordés et les genres qui s’entrechoquent alors qu’on aurait pu reprocher à la réalisatrice de s’éparpiller. En effet, le film démarre comme une énième chronique sociale, puis il tend davantage vers le thriller coup de poing (oui, certaines scènes sont violentes) en passant par la romance. Mais surtout, pour moi, Divines est une tragédie moderne dans un univers pas nécessairement associé à ce genre « noble ». Le film devait s’intituler Bâtardes (en référence à l’insulte régulière que reçoit Dounia) mais le titre Divines montre bien justement cette envie de rendre les personnages plus élevés même si leur statut social les empêche d’accéder à ce rêve. La rencontre entre Dounia et le jeune danseur Djigui est intéressante : Djigui est celui qui représente la possibilité de sortir d’un certain schéma social via l’art et un travail acharné. Dounia rêve de féminité (même si elle ne l’avoue pas publiquement en préférant porter de larges joggings et garder les cheveux attachés par exemple), d’amour (même chose), de gagner bien sa vie (il faut bien voir une des premières scènes où on a pourtant envie de la gifler face au manque de respect flagrant face à une de ses profs), d’avoir un vrai beau logement (il faut dire qu’elle vit clairement dans un bidonville).

Divines : Photo Déborah Lukumuena, Jisca Kalvanda, Oulaya Amamra

Dounia préfère choisir une voie illégale, certainement plus « facile » (« Money, money, money » comme elle aime le dire avec sa meilleure amie). Le scénario, au-delà de mêler avec une certaine habilité plusieurs genres et points narratifs, comporte un discours politique puissant (clairement autour du déterminisme social) qui appuie encore plus la dimension tragique de cette oeuvre. La mise en scène de Houda Benyamina n’est certes pas parfaite mais son énergie constante est à prendre en compte et on peut même remarquer des tentatives plus qu’intéressantes. Si je ne suis pas très convaincue par le générique avec le téléphone portable (même si l’idée reste louable), en revanche j’ai énormément aimé cette fameuse séquence « avec » la Ferrari, très créative et porteuse de sens par rapport aux ambitions des héroïnes. Houda Benyamina a également su cerner et dessiner ses personnages féminins qui sont finalement assez complexes. Même si elle se revendique humaniste, elle représente désormais pour moi une figure féministe et son film va logiquement dans ce sens. Ce film fait d’ailleurs du bien dans le paysage cinématographique actuel de ce point de vue en question (même si nous sommes d’accord que les bonnes intentions ne font pas les bons films comme j’aime bien le répéter). Les personnages féminins présentés ne sont pas des anges (elles sont dans l’illégalité et peuvent être très agressives gratuitement), on pourrait même les détester vu le comportement qu’elles peuvent adopter. Mais elles sont toutes attachantes, même avec leurs actes totalement condamnables. Par ailleurs, l’amitié entre Dounia et Maimouna est très touchante et forte. Les actrices (parce que je parle des personnages féminins mais les acteurs, dont Kevin Mischel et Farid Larbi, sont également concernés) sont d’ailleurs toute formidables, surtout en tête Oulaya Amamra (frangine de la réalisatrice) qui est bluffante. J’espère qu’elle remportera le César du meilleur espoir féminin (et elle a ses chances). Pour conclure, Divines reste une belle surprise cinématographique de l’année (on peut même parler de coup de poing) prouvant de nouveau qu’il y a encore des talents en France. L’ensemble, bien rythmé et captivant, est attachant, engagé et puissant, nous faisant voguer dans différentes émotions (je dois même avouer avoir été assez émue par la fin – quelques larmounettes en ce qui me concerne). On pourra alors se féliciter de voir une jeune réalisatrice avoir « du clito » !

Divines : Photo Kevin Mischel, Oulaya Amamra

Where to Invade Next

réalisé par et avec Michael Moore

Documentaire américain. 2h. 2015.

sortie française : 14 septembre 2016

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Dans son nouveau documentaire, Michael Moore décide de s’amuser à envahir le monde pour déterminer ce que les États-Unis peuvent apprendre des autres pays.

Where To Invade Next : Photo Michael Moore

Présenté dans plusieurs festivals (Toronto, Berlin, Deauville…), probablement dans la liste des prochains nommés aux Oscars dans la catégorie « meilleur documentaire » (le contraire me décevrait), Where to invade next marque le retour de Michael Moore devant et derrière après six années d’absence. Le bonhomme est toujours aussi engagé et surtout aussi critique envers son pays d’origine, les Etats-Unis. A partir de son expérience personnelle et de ses voyages, Michael Moore se met en scène : comment peut-il aider le gouvernement américain à améliorer les conditions de vie de ses citoyens et plus généralement son système ? Comme on dit, l’herbe est toujours plus verte ailleurs ! Le réalisateur de Bowling for Columbine part alors dans différents pays Européens (ainsi qu’en Tunisie) afin de leur piquer leurs bonnes idées pour les redonner aux Américains : le travail (et tout ce qui va avec, notamment les congés payés) en Italie, l’école du bonheur en Finlande, les bonnes cantines en France, l’université gratuite en Slovénie, le travail de mémoire pour aller de l’avant en Allemagne qui traite bien ses employés au travail, les prisons en Norvège (qui interrogent aussi sur la question de la peine de mort), la chute des banquiers et la lutte des femmes en Islande,  l’interdiction de condamner toute personne possédant de la drogue (et en proposant de les aider à ne plus être dépendant) au Portugal ou encore le printemps arabe en Tunisie. Certains points sont évidemment discutables lorsqu’on en connait certains. On sait par exemple, de notre point de vue français, que les cantines dans l’Hexagone ne sont pas toutes excellentes comme celle présentée dans le film (qui se situe en Normandie). Ce n’est qu’un exemple parmi d’autres. Cela dit, sans vouloir défendre bêtement à tout prix ce film, cela ne m’a pas gênée pour plusieurs raisons. La première est que Michael Moore assume clairement (en le disant même assez tôt dans le film, après son escapade en Italie) ce choix : il ne va évidemment pas montrer les failles (heureusement sinon on ne s’en sortirait plus) ou les choses qui ne vont pas dans les pays que je viens de citer. Il sait qu’on ne vit pas dans le monde des Bisounours. Il a l’air candide mais tout ça reste de la mise en scène complètement assumée. Cela nous pousse alors à notre deuxième point : même s’il y a des choses certainement imparfaites dans n’importe quel pays, il faut savoir relativiser lorsqu’on sait que l’on possède des choses plus positives qu’ailleurs, même lorsque cet ailleurs fait rêver tout le monde (ou presque). Ce que je veux dire est que même une cantine médiocre en France restera meilleure qu’une cantine moyenne américaine.

Where To Invade Next : Photo Michael Moore

Troisièmement, et c’est peut-être le point le plus important à retenir, le but est d’exposer clairement sa critique envers les Etats-Unis et de poser de bonnes questions pour pouvoir changer son pays. Surtout Michael Moore parvient répondre à sa problématique de base : peut-on améliorer le système américain en piquant des idées aux autres ? La réponse va alors bien plus loin qu’un simple oui ou non. Le film a beau être critique envers les Etats-Unis (ce qui n’est pas une surprise venant de Michael Moore), il est pourtant étonnamment optimiste. Là encore dit comme ça on pourrait avoir l’impression d’être dans le pays des Bisounours. Mais le message est réellement fort : les Etats-Unis ont les cartes en main depuis très longtemps, les autres n’ont fait que piquer leurs idées qu’ils n’ont pas su mettre en place ! Le discours de Moore, évidemment appuyé par sa part de mise en scène qui séduira certains (dont moi) tout comme il pourra énerver d’autres spectateurs, m’a séduit et m’a paru pertinent. Je dois même admettre que j’ai eu l’impression d’élargir mon champ de vision en ce qui concerne certains points (notamment sur l’esclavage moderne dans les prisons américaines, je n’avais jamais étudié cette question de cette manière !). Surtout, au-delà d’une réelle réflexion, les séquences provoquent diverses réactions dans le sens où on passe volontiers du rire (notamment avec un Michael Moore faussement étonné par ses découvertes – que ce soit face aux cantines françaises sans fast-food et Coca ou en Italie avec les congés payés) à de l’émotion (je pense par exemple à la rencontre du père d’un des garçons tués par le monstrueux et glaçant Anders Breivik). Les rencontres entre les différents intervenants (politiciens, patrons, travailleurs, enfants, étudiants, prisonniers etc… bref, c’est assez varié comme vous pouvez le constater) sont également très enrichissantes. Le tout a beau durer deux heures, le temps passe très vite, l’ensemble est rythmé ça ne m’a pas paru barbant ou quoi que ce soit de ce genre. Il faut dire qu’au-delà d’un discours que j’ai trouvé passionnant et un Michael Moore toujours attachant, le montage est assez bien foutu, les plans soignés et surtout il y a une logique entre les différents voyages, une réelle connexion entre chaque pays et thèmes abordés. La pédagogie n’a alors absolument rien d’un gros mot, bien au contraire. Where to invade next est, malgré des reproches possibles à faire selon le point de vue, un documentaire passionnant, original et rafraîchissant.

Where To Invade Next : Photo Michael Moore

C.R.A.Z.Y.

réalisé par Jean-Marc Vallée

avec Michel Côté, Marc-André Grondin, Danielle Proulx, Pierre-Luc Brillant…

Drame canadien. 2h09. 2005.

sortie française : 3 mai 2006

Movie Challenge 2016 : un film ayant lieu dans un endroit que j’ai toujours rêvé de visiter 

crazy

Un portrait de famille qui dépeint la vie souvent extraordinaire de gens ordinaires à la poursuite de leur bonheur.
De 1960 à 1980, entouré de ses quatre frères, de Pink Floyd, des Rolling Stones et de David Bowie, entre les promenades en moto pour impressionner les filles, les pétards fumés en cachette, les petites et grandes disputes et, surtout, un père qu’il cherche désespérément à
retrouver, Zac nous raconte son histoire…
25 décembre 1960 : Zachary Beaulieu vient au monde entre une mère aimante et un père un peu bourru mais fier de ses garçons.
C’est le début de C.R.A.Z.Y., le récit de la vie d’un petit garçon puis d’un
jeune homme pas comme les autres, qui va jusqu’à renier sa nature profonde pour attirer l’attention de son père.

C.R.A.Z.Y. : Photo Marc-André Grondin

Jusqu’à présent, les films américains de Jean-Marc Vallée m’avaient fortement déçus. Je n’ai pas compris le succès de Dallas Buyers Club malgré le talent de Matthew McConaughey et Jared Leto et Wild était pour une énorme daube. Mais je tenais à donner au réalisateur canadien une dernière chance en découvrant un film plus local, probablement plus authentique, loin des attentes hollywoodiennes. Surtout, C.R.A.Z.Y. a permis au réalisateur de poursuivre sa carrière aux Etats-Unis. Ce film (à regarder avec des sous-titres, l’accent étant parfois incompréhensible pour nous) a rencontré un véritable succès au Québec (et plus généralement dans le monde) en accueillant dans les salles un million d’entrées sur pratiquement 7,5 millions d’habitants ! Il a aussi reçu une flopée de récompenses dont 13 Jutras (l’équivalent québécois des César) pour 14 nominations et 10 Génies (les prix concernant l’ensemble du cinéma canadien). En tout cas j’ai toujours entendu du bien de ce film, j’en attendais beaucoup. Heureusement, je n’ai pas été déçue et j’aimerais bien que ce monsieur Vallée retourne à ce genre de film plutôt qu’à des machins insipides juste réalisés pour être dans la course aux Oscars. Je ne crie pas non plus au chef-d’oeuvre (il y a selon moi quelques clichés qui auraient pu être évités) mais c’est tout de même un film qui fait plaisir à voir, qui reste bien fait dans son genre, avec de l’honnêteté et qui parvient à toucher. C.R.A.Z.Y. fait référence à la chanson homonyme de Patsy Cline – le père de la famille Beaulieu étant un grand amateur de chansons françaises. Ce titre représente aussi les initiales des cinq enfants (que des mecs) de la famille : Christian, Raymond, Antoine, Zachary et Yvan. Le long-métrage suit surtout l’un d’entre eux, Zach, qui vit mal son homosexualité au sein d’une famille très catholique dans les années 60-70 (époque par ailleurs très reconstituée avec de nombreux détails), époque également de la libération des moeurs qui passe notamment avec l’évolution de la musique dans l’histoire. Quand je parle de famille, je parle donc du père, totalement homophobe et intolérant, toujours coincé avec ses chansons d’Aznavour tandis que ses garçons écoutent du Bowie. Zach est prêt à renier sa véritable identité pour se faire aimer de ce père qui aime certainement ses enfants mais qui préfère privilégier ses convictions (certainement liées à l’époque et son éducation) qu’au bonheur de ses gosses. Cela montrera d’ailleurs les limites de cette éducation qui n’épargnera pas l’un des enfants Beaulieu par les ravages de la drogue.

C.R.A.Z.Y. : Photo Marc-André Grondin, Pierre-Luc Brillant

Si nous avons parlé du rôle du père, celui de la mère est également très important. Figure davantage plus doux et tolérant – même si elle ne parvient pas à raisonner son époux (vu les différents contextes, cela peut être compréhensible), la mère Beaulieu a une relation particulière avec le petit Zach : pour elle, cet enfant est encore plus unique que les autres. Il aurait un don (lié à sa naissance un soir de Noël ?) et surtout serait connecté à sa mère. Il y a notamment cette jolie scène (certes, pas d’une grande subtilité mais je l’ai tout de même bien aimée) dans laquelle Zach est dans le désert israélien en train de crever de déshydratation et parallèlement sa mère, toujours au Québec, qui se sent très mal, se lève et va dans la salle de bains boire et se rafraîchir : Zach aurait alors été sauvé par sa mère par distance. Peu importe s’il s’agit d’une coïncidence, on comprend bien le message. Si elle peut paraître peu subtile sur le papier (en lisant des commentaires à droite et à gauche, j’ai l’impression qu’elle a divisé pas mal de spectateurs), cette scène reste pourtant très émouvante à l’image de l’ensemble du film. Cela dit, il n’y a rien de larmoyant principalement à cause du ton adopté. En effet, on trouve une sorte de légèreté, mêlée littéralement à quelque chose de plus fou, à travers les choix musicaux qui ne sont pas simplement là pour faire joli (hélas, c’est souvent le cas dans de nombreux films) mais bien pour illustrer l’époque paradoxale dans laquelle vit Zach, entre révolution sexuelle prônant la liberté d’être ce qu’on est au fond de soi et éducation stricte religieuse qui a pour but de formater l’individu. Les choix musicaux illustrent aussi le changement vestimentaire et plus généralement physique de Zach (ainsi que certains de ses frères). Ce point est intéressant puisqu’il va de pair avec la quête d’identité sexuelle du personnage principal. La mise en scène est donc intéressante, au moins avec de la personnalité contrairement aux films américains de Vallée, le scénario est également très inspiré et assez bien construit (ce n’est pas révolutionnaire mais ça reste bien fait), l’ensemble est bien rythmé, on suit en tout cas volontiers l’histoire racontée avec beaucoup de sincérité. Enfin, C.R.A.Z.Y. est porté par d’excellents interprètes, notamment les bouleversants Marc-André Grondin (très naturel) et Michel Côté (étonnamment attachant – il ne rend jamais son personnage salopard malgré son intolérance pourtant inexcusable) qui se détachent légèrement même si le reste de la distribution n’a pas à rougir.

C.R.A.Z.Y. : photo Jean-Marc Vallée, Michel Côté

Les Flingueuses

réalisé par Paul Feig

avec Sandra Bullock, Melissa McCarthy, Demian Bichir, Marlon Wayans, Thomas F. Wilson, Michael Rapaport, Jane Curtin, Ben Falcone…

titre original : The Heat

Comédie policière américaine. 1h57. 2013.

sortie française : 21 août 2013

Movie Challenge 2016 : Un film qui m’a fait pleurer de rire

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D’un côté il y a l’agent spécial du FBI, Sarah Ashburn, une enquêtrice rigoureuse et méthodique dont la réputation la précède tant pour son excellence que son arrogance démesurée. De l’autre l’agent de police de Boston, Shannon Mullins, reconnue pour son fort tempérament et son vocabulaire fleuri. L’une comme l’autre, n’ont jamais eu de partenaire dans le travail… ni vraiment d’amis.
Ainsi, lorsque ces deux représentantes de la loi radicalement opposées sont obligées de faire équipe pour arrêter un baron de la drogue sans pitié, elles se retrouvent à devoir lutter non seulement contre un puissant syndicat du crime, mais aussi et surtout contre l’envie de s’entretuer.

Les Flingueuses : Photo Melissa McCarthy, Sandra Bullock

J’ai vu Les Flingueuses il y a un bon mois lors de son passage sur W9 (non, il n’y a pas que les Ch’tis à Mykonos sur cette chaîne) mais je dois avouer que je n’assumais pas totalement d’avoir bien aimé ce film vu ses notes moyennes sur Allocine et Imdb (j’espère que vous n’allez pas me lyncher, heiiin). Mais j’avais envie de le chroniquer dans le cadre du Movie Challenge. C’est un fait (en ce qui me concerne) : ce film m’a littéralement fait pleurer de rire. Pourtant, même si j’aime bien jusqu’à présent les films de Paul Feig (aurais-je ce même avis en regardant le prochain Ghostbusters ?), je ne m’attendais pas à grand-chose. Au pire, j’espérais juste passer un petit moment sans prétention. Non seulement j’ai été servie en terme de divertissement mais en plus j’ai trouvé qu’il s’agissait d’une vraie bonne comédie. Certes, il ne s’agit pas d’une comédie révolutionnaire. C’est avant tout une nouvelle relecture du buddy-movie avec un duo de femmes – chose assez rare dans ce genre cinématographique (et il est certain que les mentalités à Hollywood doivent changer même si on prend le risque de mettre des femmes pour en mettre). Et ça fait mine de rien du bien. Des pas comme ça, même s’ils paraissent minimes, restent nécessaires. Le duo est formé par Sandra Bullock et Melissa McCarthy. D’un côté, Bullock incarne un agent du FBI psychorigide, de l’autre côté, McCarthy une flic locale décontractée au langage fleuri. Evidemment, alors que tout les oppose, les deux femmes vont se rapprocher et former une équipe soudée. Logique et prévisible. Mais ce n’est tellement pas dérangeant car ce duo fonctionne réellement bien à l’écran. C’est vrai que le film met vraiment en avant le talent comique évident de Melissa McCarthy. Si on n’est pas fan de cette actrice, à mon avis, vous n’aimerez pas ce film. En revanche, pour les autres ça sera un bonheur de la voir autant s’exprimer ! Il faut dire qu’elle aurait pas mal improvisé (même si le réalisateur assure que cela n’aurait pas pris le dessus sur le script), notamment lors de la scène (hilarante) dans laquelle elle se lâche avec le monologue « Quelqu’un a-t-il vu les couilles du commissaire ? ». Cette information ne m’a pas vraiment étonnée, on sent cette part d’impro. L’impro peut être quelque chose de très risquée car certains acteurs transforment cet exercice en show à part entière au point de bouffer le film. Ca peut être aussi le moyen de combler des lacunes possibles à un film.

Les Flingueuses : Photo Melissa McCarthy, Sandra Bullock

Certes, il ne s’agit pas du film du siècle et c’est clair qu’en sortant du film on pense à la performance imposante (qui plaira ou non) de McCarthy. Mais je crois que son interprétation permet plus de faire ressortir les qualités générales du film, dans un sens, elle le bonifie. Encore une fois, je ne dis pas qu’il y a un scénario de fou derrière et on pourra même dire qu’il y a un côté déjà vu (si on devait émettre une éventuelle remarque), je ne suis pas en train d’idéaliser le film, loin de là. L’intrigue est d’ailleurs assez banale, reconnaissons-le. Mais les répliques bien senties et les situations dingues qui s’enchaînent sont déjà drôles en elles-mêmes. Un film mal écrit n’aurait pas pu être drôle même avec la géniale McCarthy (oui, je l’admire de plus en plus). Il y avait quand même un bon travail déjà fait, sans ça, rien n’aurait pu fonctionner. Surtout, même si l’interprétation de Melissa McCarthy est remarquable, elle ne tombe pas non plus totalement dans un one-man show. Sa partenaire parvient à exister malgré tout avec un rôle certainement moins exubérant. Sans dire qu’il s’agit d’une grande actrice, j’ai toujours bien aimé Sandra Bullock dans les comédies dans lesquelles elle est en mode bad ass (même si au début elle paraît coincée). Ce rôle lui convient donc à merveille car en plus elle sait faire évoluer son personnage, en tout cas elle est également crédible. Mais encore une fois, j’insiste surtout sur le bon fonctionnement du duo. Les deux interprétations sont complémentaires malgré l’apparente opposition et on sent une réelle complicité entre les deux actrices. Les Flingueuses n’est donc pas la comédie du siècle mais elle vaut finalement mieux que son titre français peu engageant. Ce film a le mérite d’offrir un honnête et bon divertissement qui montre à quel point les femmes, notamment celles qui ne correspondent pas aux canons de beauté, sont capables d’avoir des couilles – même si je ne pense pas qu’il ait la prétention d’être féministe ou quoi que ce soit dans ce genre. Le reste suit : la mise en scène reste tout de même tout à fait correcte dans ce genre de production et le montage participe également au rythme effréné de ce film qui dure pratiquement deux bonnes heures et dans lequel pourtant on ne s’ennuie pas ni on se sent gavé par toute cette énergie. Mais il s’agit ici d’une bonne énergie qui parvient à être communicative. Ce film m’a en tout cas fait un bien fou et remplit pas si mal que ça ses objectifs.

Les Flingueuses : Photo Melissa McCarthy, Sandra Bullock

Walk Hard – The Dewey Cox Story

réalisé par Jake Kasdan

avec John C. Reilly, Jenna Fischer, Kristen Wiig, Jack White, Paul Rudd, Jason Schwartzman, Paul Rudd, Jack Black, Justin Long, Harold Ramis, Craig Robinson, Ed Helms, Aaron Taylor-Johnson, David Krumholtz, Frankie Muniz, Jonah Hill…

Comédie américaine. 1h30. 2007.

sortie française (dvd) : 8 octobre 2008

Movie Challenge 2016 : Un film que j’ai vu plus de deux fois

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L’ascension vers la gloire puis la chute du chanteur (imaginaire) Dewey Cox, dont l’œuvre a bouleversé des millions de personnes. Cox collectionnait les aventures, s’est marié trois fois, et a été accro à toutes les drogues connues… et inconnues. L’histoire d’une icône dont le seul amour aura finalement été Darlène, la belle ingénue qui l’a longtemps accompagné sur scène…

Walk Hard - The Dewey Cox Story : Photo Jake Kasdan, Jenna Fischer, John C. Reilly

Walk Hard fait partie de mes comédies cultes qui ne me lasse pas toujours pas. Pourtant, sur le papier, je n’étais pas sûre d’aimer. La présence de Judd Apatow, que je ne déteste pourtant (j’aime 40 ans toujours puceau ainsi que Girls qu’il produit) m’inquiétait, le bonhomme étant parfois à l’origine de films assez lourdingues. Mais quand j’ai vu le concept de ce film, je n’ai pas pu résister et j’ai bien fait de le regarder ! Je ne peux d’ailleurs que vous conseiller cette comédie, hélas encore trop méconnue, ce qui est regrettable. Le film est d’ailleurs sorti en France directement en dvd. Encore une fois, on ne donne pas la chance à de bons projets. Donc quel est le concept de Walk Hard ? Jake Kasdan et Judd Apatow ont décidé de parodier le biopic, genre qui rencontre souvent un grand succès à Hollywood. La base du scénario s’inspire de Walk the Line (d’où le Walk Hard ahaha) de James Mangold, le biopic sur Johnny Cash avec Joaquin Phoenix et l’oscarisée Reese Witherspoon. Mais il ne s’agit pas de ridiculiser le long-métrage sur Cash. Il s’agit de se moquer des procédés systématiques qu’on retrouve dans les biopics sur des personnalités du monde musical : drame durant l’enfance, le succès qui arrive jeune (alors que les acteurs qui les interprètent ont 40 balais) puis rapidement les problèmes amoureux et sexuels et surtout avec la drogue (le mal absolu). Enfin, après la chute, on a évidemment droit à la fameuse rédemption en retrouvant l’inspiration musicale et en devenant quelqu’un de bien en s’occupant bien de sa famille autrefois abandonnée pour des raisons obscures. On retrouve également systématiquement une scène de sexe pseudo sauvage ou encore l’artiste qui essaie de créer une oeuvre unique mais sans y parvenir. Dans un sens, le film est « visionnaire » : je l’ai revu donc très récemment et il y a donc une scène où on fait clairement référence à la folie de Brian Wilson (le leader des Beach Boys) en train de composer en faisant intervenir tout et n’importe quoi. Evidemment, le véritable biopic sur Wilson, Love & Mercy, évoque cet épisode de sa vie. Je précise, pour ceux qui ne s’en souviendraient pas et qui auraient la flemme de cliquer sur le lien, que j’ai beaucoup aimé Love & Mercy (pour des tas de raisons) mais il faut avouer que c’est extrêmement troublant de voir les similitudes entre deux scènes, en sachant que la « parodie » a lieu dix ans avant la naissance du vrai biopic sur Wilson. On a limite droit aux mêmes répliques et aux mêmes réactions. Il faut avouer que là les scénaristes tapent très juste !

Walk Hard - The Dewey Cox Story : Photo Aaron Taylor-Johnson, Christopher Hurt, Jack Saperstein, Jake Kasdan, John C. Reilly

De la part de Judd Apatow, on aurait pu s’attendre à quelque chose de très lourd. Certes, avouons que l’humour n’est pas fin et ne plaira peut-être pas à tout le monde. Evidemment, le film joue beaucoup avec la caricature (du genre Dewey est le père d’une ribambelle de gamins et c’est un euphémisme), les différentes périodes musicales et même personnalités qui servent à construire l’identité de Cox (Brian Wilson, Bob Dylan, John Lennon, Ray Charles etc…) sont également grossies. Je ne suis également pas sûre que la parodie des Beatles par Paul Rudd, Jack Black, Justin Long et Jason Schwartzman fasse rire tout le monde même si personnellement je l’ai trouvée drôle. Mais j’ai été étonnée de voir que ce côté grossi ne tombait pas non plus dans ce que j’appelle le « lourdingue ». Je me suis vraiment marrée tout le long du film en m’amusant des références musicales mais aussi plus généralement à tous les biopics. Walk Hard doit aussi beaucoup au talent de John C. Reilly, très justement nommé aux Golden Globes pour sa performance. J’ai toujours aimé cet acteur, il ne m’a jamais déçue mais là il explose. Ce film a beau être un énorme délire, Reilly parvient à donner malgré tout une crédibilité à son personnage. C’est justement ça qui fonctionne dans ce film : tout semble exagéré, on ne peut pas s’empêcher de repérer les mécanismes utilisés régulièrement dans les biopics et de se dire à quel point les scénaristes sont observateurs, quelque part on pourrait malgré tout croire à l’existence de ce personnage. Les chansons ont beau être drôles pour des raisons différentes (paroles débiles, voix grave d’adulte attribuée à un môme qui joue comme un génie de la guitare alors qu’il n’en a jamais joué, références qui fonctionnent etc…), elles ne sont pourtant pas si éloignées de tubes issus de différentes époques. Dans un sens, et c’est quelque part la grande réussite de cette comédie (même si je la considère comme un plaisir coupable mais paradoxalement j’assume totalement ma note maximale), c’est qu’il y a, malgré tout ce joyeux délire, un travail sérieux dans le sens où la frontière entre la parodie et le biopic fictif reste floue (le terme « flou » n’étant pas ici synonyme de brouillon). Enfin, s’ajoute alors à cette « frontière » la question de l’hommage. Cela a beau être de la parodie, nous ne pouvons pas nous empêcher de penser à des vies de rockstar qui peuvent nous paraître improbables, c’est comme si leur existence n’était qu’une comédie étant donné qu’ils tombent eux-mêmes dans la caricature…

Walk Hard - The Dewey Cox Story : Photo Jake Kasdan, John C. Reilly

American Horror Story : Hotel

Créée par Ryan Murphy et Brad Falchuk

Avec Lady Gaga, Kathy Bates, Evan Peters, Sarah Paulson, Denis O’Hare, Wes Bentley, Matt Bomer, Cheyenne Jackson, Chloë Sevigny, Angela Bassett, Mare Winningham, Finn Wittrock, Max Greenfield, John Carroll Lynch, Lili Rabe, Gabourey Sidibe, Anthony Ruivivar, Richard T. Jones, Naomi Campbell, Darren Criss, Mädchen Amick, Alexandra Daddario, Christine Estabrook…

Anthologie horrifique américaine. 5e saison. 2015-2016.

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A Los Angeles, la Comtesse Elizabeth dirige l’hôtel Cortez, un lieu dans lequel se déroulent des événements étranges. Rob Lowe, qui enquête sur une série de meurtres, atterrit à l’hôtel, rempli de personnages ambigus et de secrets terrifiants…

Photo Lady Gaga

La cinquième saison de la série d’anthologie American Horror Story s’intitule Hotel. Elle a été marquée par le départ (espérons provisoire !) de Jessica Lange et remplacée par la chanteuse Lady Gaga (qu’on voit décidément partout : aux Golden Globes en touchant Leonardo DiCaprio, au Superbowl avec sa reprise de l’hymne national américain, en David Bowie aux Grammy et bientôt aux Oscars : depuis le bide de son dernier album très étrange, pour ne pas dire inécoutable, on ne la jamais autant vue !). Certes, cette dernière est déjà apparue dans quelques films mais n’avait jamais tenu un tel rôle ! Nous reviendrons sur sa performance plus tard. En tout cas, comme pour les précédentes saisons, nous pouvons suivre sans souci les épisodes de Hotel même s’il y a plusieurs connexions avec les précédentes saisons (la première Murder House et la troisième Coven) à travers des flashbacks ou en faisant intervenir (ou plutôt revenir) certains personnages comme par exemple le docteur Charles Montgomery (Matt Ross), l’agent immobilier Marcy (Christine Estabrook) et la médium Billie Dean Howard (Sarah Paulson) de la première saison ou encore Queenie (Gabourey Sidibe) de la troisième saison. Si j’ai depuis rattrapé mon retard et ai enfin vu la première saison, au moment où j’ai vu Hotel, je n’avais pas encore regardé Murder House. Pourtant, je vous confirme qu’on peut suivre Hotel sans connaître ce qui s’est passé dans les précédentes saisons (même si ça doit être un petit plus quand on connait déjà certains personnages). Parlons alors de Hotel : je dois avouer que j’étais au début un peu sceptique. Pourtant, les épisodes dès le début sont plaisants et rythmés, en terme de divertissement je n’ai pas été déçue de ce côté-là. Cette saison est bourrée de références que ce soit à la première saison (l’hôtel semble avoir les mêmes fonctions que la maison de l’horreur) ou plus généralement à de grandes oeuvres littéraires et/ou cinématographiques. La référence la plus évidente est celle de Shining (notamment dans l’esthétique même de l’hôtel ou le parallèle entre Jack Torrance et John Lowe) ou encore à Gatsby le Magnifique. Cela dit, on n’a pas non plus l’impression de voir un copier-coller de ce qu’on a déjà vu. Cette saison trouve vite ses marques et plus généralement sa personnalité.

Photo Evan Peters

Pourtant je me suis demandée au début où ça voulait en venir. Je ne comprenais pas la direction prise par le scénario (il faut dire qu’il y a pas mal d’intrigues et de personnages en parallèle) ni le propos derrière. Je n’ai pas non plus tout de suite compris l’intérêt de certains personnages pour être honnête, notamment celui de Sally (Sarah Paulson). Après, de tête, vers la mi-saison, le scénario prend en quelque sorte une tournure qui relance le récit et qui a balayé tous les doutes que j’avais. Certes, je reste persuadée que certains rôles secondaires, notamment Will Drake (Cheyenne Jackson), Donovan (Matt Domer) ou encore Alex (Chloë Sevigny), ne sont pas totalement exploités. Cela dit, les scénaristes ont pour moi le don de rendre cette série toujours aussi addictive et inventive (déjà rien que l’épisode avec tous les tueurs à Halloween est juste… wow !). Pourtant, sur le papier, on a vu des tonnes de fois des histoires avec des vampires, des fantômes et des tueurs mais j’ai pourtant pris un réel plaisir à redécouvrir ici ces variations sur ces thèmes et personnages. Ce que j’avais peur au début de cette saison, c’est le lot conséquent d’intrigues et de personnages en peu d’épisodes (on en compte douze). Or, finalement, toutes les histoires se rejoignent de manière cohérente au bout d’un moment. De plus, la mise en scène est toujours aussi soignée, les décors très réussis, mêlant à la fois le glamour et le glauque, à l’image des personnages. En ayant conscience que cette saison a ses quelques défauts, et paradoxalement, même si certains personnages auraient mérité un meilleur traitement, pourtant l’écriture des personnages est un atout selon moi. Les scénaristes n’ont pas eu peur d’exploiter leur folie, leurs côtés les plus sombres mais aussi paradoxalement leur humanité. Je trouve que leur complexité ressort véritablement dans la deuxième partie de la saison, en particulier dans l’épisode final, pour moi une grande réussite émotionnelle permettant de boucler tout ce qui a été mis en place. Les personnages un peu trop délaissés finissent même par trouver leur place. De ce que j’ai vu (j’ai donc vu trois saisons sur cinq de la série, en sachant que j’ai aussi vu sans le vouloir le final de Coven), je trouve qu’il s’agit du final le plus réussi d’une saison de American Horror Story.

Photo Sarah Paulson

On attendait forcément au tournant Lady Gaga et même si Jessica Lange nous manque, la chanteuse, qui a remporté un Golden Globe pour son interprétation, s’en sort remarquablement bien (même si, pour être honnête, son prix me semble un peu exagéré, mais après il n’a pour moi rien de honteux). Certes, on pourra toujours dire que le rôle était vraiment fait pour elle ou même qu’elle fait du Lady Gaga dans un sens. Mais elle n’interprète pourtant pas un rôle un si facile que ça et ne se contente pas de jouer la femme glamour qui défile avec de somptueux et extravagants costumes. Après, peut-être que son interprétation est aidée par l’écriture même de son personnage. Ce que je peux dire, c’est qu’elle n’est pas la plus épatante du casting. Comme beaucoup d’internautes, j’ai été bluffée par la performance de Denis O’Hare alias l’attachante Liz Taylor. On aurait pu vite tomber dans la caricature mais au fil des épisodes, ce personnage prend de plus en plus d’épaisseur et au final on est content de le revoir à chaque épisode. C’est finalement un personnage positif (ce qui fait du bien vu la noirceur des personnages, que ce soit dans cette saison ou même les autres) qui va apporter une véritable émotion à cette série très sombre. Dans l’ensemble, le reste du casting est à la hauteur. Sarah Paulson incarne certes un personnage difficile à cerner au début de cette saison pourtant son interprétation est de nouveau très juste et elle aussi évite une caricature qui était pourtant possible. Là encore, même si son personnage aurait pu être plus développé, j’ai bien aimé l’interprétation de Chloë Sevigny. Je connais finalement mal cette actrice mais je ne l’aurais pas imaginée dans un rôle plus posé. On ne peut évidemment pas passer à côté de Evan Peters, loin de ses rôles d’ado (certes perturbé mais un ado ou jeune homme). Il incarne ici l’inquiétant serial killer James Patrick March. Il y a quelque chose de plus adulte dans ce rôle. Je sais que certains spectateurs ont eu du mal à voir l’acteur avec le costume d’époque, cette voix assez forcée, mais je trouve que son interprétation reste crédible. Angela Bassett joue encore les femmes fatales mais encore une fois, elle fait des merveilles. J’ai également pris beaucoup de plaisir à revoir Finn Wittrock (alias Dandy de Freak Show) dans un double-rôle (un mannequin écervelé et un acteur de l’époque) ainsi que Mare Winningham fantastique en maniaque du ménage : officiellement, ils font partie des rôles récurrents et non principaux. Pourtant, je pense qu’ils méritaient bien d’apparaître dans le générique d’ouverture avec tous leurs autres camarades ! Enfin, même s’il ne s’agit que d’un petit rôle, Lili Rabe en Aileen Wuornos est fantastique !

Photo Denis O'Hare

Transsiberian

réalisé par Brad Anderson

avec Emily Mortimer, Woody Harrelson, Ben Kingsley, Eduardo Noriega, Kate Mara, Thomas Kretschmann…

Thriller britannique, espagnol, américain, allemand, lituanien. 1h50. 2008.

sortie française (dvd) : 25 octobre 2011

Movie Challenge 2016 : Un film se déroulant à l’étranger

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Dans le Transsibérien qui les amène de Pékin à Moscou, Roy et Jessie, un couple d’Américains, font la connaissance de Carlos et Abby. Ignorant que Carlos a dissimulé de la drogue dans les bagages de Jessie, le couple va sombrer dans un engrenage meurtrier auquel Grinko, policier de son état, va plus que contribuer.

Transsiberian : Photo Brad Anderson, Emily Mortimer

Je connaissais Transsiberian de nom mais je n’avais jamais eu l’occasion de le regarder et je n’avais pas forcément entendu d’échos ou lu des critiques dessus. Ma médiathèque proposait ce film qui possède un joli casting. De plus, le réalisateur n’est autre que Brad Anderson, connu pour avoir signé l’excellent The Machinist avec un Christian Bale sombre et anorexique (selon moi, un de ses meilleurs rôles). Certes, la jaquette du dvd m’a tout de même inquiétée notamment avec cette remarque sortie de nulle part (certainement des éditeurs qui diraient tout et n’importe quoi pour vendre des dvd, en tout cas il n’y avait pas de source journalistique dessus), attention : « Alfred Hitchcock aurait apprécié ». Hum… Qu’il y ait de vagues emprunts à Hitchcock c’est une chose : après tout, le train est un élément qui apparaît à de nombreuses reprises dans sa filmographie, les personnages ne sont très nets et cachent des choses, le rôle des femmes etc… (après, honnêtement, je dois avouer que l’influence hitchcockienne ne m’a pas sauté aux yeux en regardant le film). De là à dire que Hitchcock himself  « aurait apprécié », faut pas déconner non plus ! Pire, cette jaquette (en tout cas, celle que j’avais entre les mains) est mensongère voire même misogyne (n’ayons pas peur des mots) : elle présente en tête le nom d’Eduardo Noriega (comme si c’était LE héros), puis dessous ceux de Woody Harrelson et Ben Kingsley. Or, sans vouloir révéler les grandes lignes de l’intrigue, Noriega n’a pas du tout le premier rôle. Non, en réalité le premier rôle est tenu par… Emily Mortimer ! Bref, je trouve la manière de vendre le film vraiment déplorable. Revenons donc au long-métrage, qui n’a pas eu droit à une sortie dans les salles de cinéma françaises. Sans dire que je l’ai trouvé génial, quand on voit les daubes qui sont parfois diffusées au cinéma, j’avoue que je ne comprends pas trop sa sortie directement en dvd (et encore ça aussi a pris un temps fou !). Après, quand on sait de quoi est capable Brad Anderson, Transsiberian peut décevoir même si je ne dirais pas non plus qu’il s’agit d’un mauvais film. Même s’il met du temps à se mettre en place, il se laisse tout de même regarder, sa deuxième partie étant meilleure (notamment plus rythmée) et un peu plus surprenante que la première.

Transsiberian : photo Brad Anderson, Thomas Kretschmann

Cela dit, je n’ai pas pu m’empêcher de me dire que les éléments mis en place, comme le train ou la neige, n’ont pas été suffisamment été mis en avant alors qu’ils ont un réel potentiel cinématographique (et de nombreux films le démontrent). Je ne me suis pas sentie si dépaysée que ça, je trouve qu’il manque une atmosphère qui aurait pu exister à partir des éléments que je viens d’évoquer. Du coup, l’ensemble peut paraître un peu bateau, presque un peu déjà vu, même si ça reste à peu près efficace en terme de divertissement. La mise en scène n’a rien d’extraordinaire mais elle reste tout à fait correcte. Je regrette tout de même de voir son manque de personnalité. En revanche, le scénario a des maladresses (même si pas tout est à jeter) comportant quelques facilités d’écriture voire même quelques incohérentes et alignant quelques clichés sur la Russie / l’URSS (pas tout est faux mais c’est tout de même très grossi). De plus, la fin est un peu trop manichéenne (pour ne pas dire américanisée) même si elle se révèle cohérente par rapport à des éléments mis en place plus tôt dans le récit. Cela dit, à partir des personnages (cela sera particulièrement parlant avec le personnage de Jessie), le scénario tente tout de même de livrer un propos intéressant autour du mensonge et des apparences. Ainsi, les personnages ont l’air volontairement caricaturaux (le scout américain et son épouse faussement « nunuche », le méchant séducteur évidemment espagnol sinon c’est pas marrant, sa copine qui a un côté sauvage et « daaark » avec le look qui va avec, le méchant russe) mais finalement, mais petit à petit, on s’aperçoit que certains personnages ne sont pas ce qu’ils ont l’air. Cet aspect fonctionne grâce à son casting international. Bon, j’avoue que j’ai trouvé Woody Harrelson un peu « faux » au début mais petit à petit, quelque chose fonctionne, en tout cas après son interprétation ne m’a plus dérangée. Bref, pas un film indispensable à regarder malgré ses ambitions mais on peut tout de même y trouver son compte si on ne s’attend pas à grand chose.

Transsiberian : Photo Brad Anderson, Emily Mortimer, Woody Harrelson

Pulp Fiction

réalisé par Quentin Tarantino

avec John Travolta, Samuel L. Jackson, Uma Thurman, Bruce Willis, Ving Rhames, Harvey Keitel, Tim Roth, Amanda Plummer, Maria de Medeiros, Christopher Walken, Eric Stoltz, Bronagh Gallagher, Steve Buscemi, Burr Steers, Alexis Arquette, Quentin Tarantino…

Policier, thriller, comédie américain. 2h30. 1994.

sortie française : 26 octobre 1994

interdit aux moins de 12 ans

Pulp Fiction

L’odyssée sanglante et burlesque de petits malfrats dans la jungle de Hollywood à travers trois histoires qui s’entremêlent.

Pulp Fiction : Photo

A peine deux ans après la sortie de son premier long-métrage Reservoir Dogs (qui fait partie de mes films de chevet), Quentin Tarantino signe certainement le film le plus culte de sa carrière, Pulp Fiction. Au-delà de son succès critique et public, le film a décroché la Palme d’or ainsi que l’Oscar du meilleur scénario original. Il s’agit aussi du film qui marque le retour de John Travolta devant les caméras. En tout cas, ce succès me semble si mérité car je le considère moi-même comme un classique et il s’agit un de mes préférés de Tarantino. Je le revois toujours aussi volontiers, j’ai même à chaque fois une sorte de plaisir à le redécouvrir et les 2h30 passent à une vitesse folle ! Il faut dire que le long-métrage possède une énergie folle, une véritable personnalité et surtout un grain de folie qui fait du bien ! Il est difficile de classer ce film mais je le vois véritablement comme une comédie noire mettant en scène des salauds, des truands, des junkies et des losers. Ce qui frappera alors, c’est sa construction, c’est-à-dire que l’histoire est divisée en trois parties en sachant qu’elles ne sont pas mises dans le bon ordre. C’est pourtant quelque chose qui peut habituellement m’énerver quand je trouve cela bancal et superficiel. Ici, cette déconstruction semble pourtant d’une grande logique pour le spectateur dans le sens où on parvient à avoir une histoire qui peut paraître plus dense alors qu’à l’origine elle est très simple. Le spectateur parvient à être constamment surpris, il y a aussi des effets de chute qui ne seraient pas nécessairement présents avec un scénario linéaire. Au-delà d’un montage maîtrisé et d’une grande efficacité ainsi que d’une écriture fluide ayant une réelle efficacité, on s’aperçoit rapidement que le charme de ce film ne vient pas vraiment de la trame qui reste finalement secondaire. C’est tout ce qu’il y a autour qui a contribué au succès justifié de ce long-métrage. Les dialogues sont tout simplement exquis (on pourrait en citer un paquet juste pour la rigolade), confirmant pour moi ainsi qu’il s’agit bien d’une comédie même si elle est évidemment macabre et violente.

Pulp Fiction : Photo Uma Thurman

Evidemment, les détracteurs diront que le film est bavard, que certains dialogues sont totalement inutiles. Mais à force de le voir et le revoir, au-delà des effets comiques et délirants (certains pouvant être joyeusement gratuits, avouons-le), je trouve qu’ils permettent de rendre les personnages finalement plus complexes qu’ils en ont l’air. On apprend à connaître durant cette journée ce qui constituerait plus ou moins le quotidien et l’esprit même d’un malfrat. Tout semble alors décalé pour notre plus grand bonheur, par exemple, il est drôle de voir Vincent Vega être choqué pour le prix élevé d’un milkshake alors que buter des gens a l’air tout à fait normal. Surtout, le film bénéficie d’une excellente mise en scène qui, avec le recul, s’avère de nouveau exceptionnelle pour un deuxième long-métrage seulement. Pulp Fiction est évidemment devenu un film culte pour son côté cool qui contraste avec la violence des personnages et plus généralement des situations. Le film fonctionne d’ailleurs bien à partir de cette situation de contrastes, notamment temporelle, ce qui pourrait expliquer ces chapitres n’apparaissant pas dans un ordre linéaire. En effet, Pulp Fiction est pour moi un des films majeurs des années 1990 et, bien qu’il n’ait pas du tout vieilli, a quelque chose de représentatif de cette époque-là. Mais paradoxalement, on a aussi l’impression d’être plongé dans une autre époque ou dans plusieurs époques. Il faut dire que le look des personnages parfois vintage, les décors, très soignés, les différents titres musicaux qui constituent la bande-originale (un ensemble de rock’n’roll US, de surf music ou encore de pop) ou encore les couleurs pétantes contribuent à créer cette atmosphère qui fait le charme de ce film. Pour résumer, Pulp Fiction est un des plus bel hommage qu’on puisse faire à la pop culture. De plus, il s’agit aussi d’un portrait finalement assez sombre d’une Amérique qui semble entrer dans une nouvelle ère. Enfin, il y a tout un parterre de stars qui fait plaisir à voir et qui n’a rien de gratuit, chacun incarnant des personnages très marquants et attachants (même s’ils ne sont pas des enfants de choeur), même en ce qui concerne les rôles les plus secondaires. 

Pulp Fiction : Photo Amanda Plummer, Tim Roth

Wild

réalisé par Jean-Marc Vallée

avec Reese Witherspoon, Laura Dern, Gaby Hoffmann, Thomas Sadoski, Michiel Huisman

Drame, biopic américain. 1h56. 2014.

sortie française : 14 janvier 2015

Wild

Après plusieurs années d’errance, d’addiction et l’échec de son couple, Cheryl Strayed prend une décision radicale : elle tourne le dos à son passé et, sans aucune expérience, se lance dans un périple en solitaire de 1700 kilomètres, à pied, avec pour seule compagnie le souvenir de sa mère disparue… Cheryl va affronter ses plus grandes peurs, approcher ses limites, frôler la folie et découvrir sa force. Une femme qui essaie de se reconstruire décide de faire une longue randonnée sur la côte ouest des Etats-Unis.

Wild : Photo Reese Witherspoon

Wild raconte l’histoire vraie de Cheryl Strayed (une romancière visiblement peu connue en France), qui avait raconté son expérience dans le livre du même nom. Je ne suis pas allée voir Wild en salles car je sentais le truc foireux arriver à des kilomètres : le film pompeux tiré d’une histoire vraie réalisé pour décrocher des Oscars et avec une actrice qui tente de se montrer pas glamour, même nous montrer ses cheveux gras. Le film est en plus réalisé par Jean-Marc Vallée dont le précédent film, le pour moi surestimé Dallas Buyers Club, a permis à Matthew McConaughey et Jared Leto de décrocher ces fameux Oscars en question. Wild a effectivement permis à Reese Witherspoon et Laura Dern d’être dans la fameuse course. Le film n’a pas obtenu d’autres nominations. En général (je dis bien en général, car il y a toujours des exceptions et tout ça), c’est pas bon signe quand les Oscars nomment uniquement les acteurs. Mais bon, le temps a passé et allez savoir pourquoi, j’ai fini par rattraper ce film qui me semblait dispensable. Hélas, j’avais bien senti le truc foireux. Sur le papier (et le titre n’arrange rien), on pourrait penser qu’il s’agit d’une sorte de Into the Wild. C’est vrai qu’il y a de vagues similitudes. Mais Wild est à des kilomètres du film de Sean Penn. Pourtant, lorsqu’on sait que c’est l’excellent auteur Nick Hornby qui s’est chargé de l’écriture du scénario, on a envie d’aimer un minimum ce film. L’ensemble n’est pourtant pas désagréable à regarder, je ne me suis pas spécialement emmerdée mais ça ne m’a pas du tout emballée, en dehors de regarder les très beaux paysages américains. Cela ne me dérange pas que le sujet en lui-même ne soit pas si neuf que ça (la redécouverte de soi dans la nature et en solitaire, le combat contre nos propres démons, la rédemption après la descente en Enfer etc…) mais c’est juste que c’est mal fait et le film n’apporte rien de plus à ces thèmes-là en question. L’écriture n’est pas du tout subtile, en tombant rapidement dans des sentiments totalement lourdingues et la mise en scène est vraiment plate (je faisais déjà ce reproche dans Dallas Buyers Club).

Wild : Photo Laura Dern

Je ne remets pas du tout la véracité des faits mais les éléments dramatiques s’accumulent tellement qu’on finit par se demander si l’histoire n’a pas été fabriquée de toutes pièces pour nous faire chialer à tout prix. Personnellement, même si mon jugement peut paraître sévère (après tout, on n’a pas forcément tous les mêmes réactions), je n’ai pas compris pourquoi Cheryl tombait dans l’addictions aux drogues et au sexe suite au décès de sa mère (forcément dramatique puisqu’elle meurt brutalement d’un cancer et a eu une vie de merde d’après ce que j’ai compris). Je veux dire, il faut avouer que vu comme c’est présenté dans le film, sa réaction paraît totalement disproportionnée. Evidemment, son passé dramatique nous ait présenté à travers de mauvais flashbacks sirupeux, très mal insérés dans le récit. Surtout, il y a un vrai problème dans ce film : le périple dans la nature. Comme je le disais, les paysages sont magnifiques, il y a même un moment où je me suis dit « tiens Tina, tu devrais faire ce genre de rando un de ces quatre ». Sauf que justement, je ne devrais pas avoir ce genre de pensées ! Je veux dire, sa randonnée ne devrait juste pas sembler facile, surtout quand on voit le tout petit gabarit de Witherspoon ! Alors, oui, on voit parfois Reese qui a mal au pied ou qui a du mal à supporter ce monstrueux sac à dos mais ça doit durer grand max cinq minutes. On ne sent pas du tout la fatigue, la sueur, la confrontation avec le physique. Cheryl a l’air de traverser les différents obstacles plutôt facilement. Contrairement à ce que je pensais avant de voir le film, Cheryl a même les cheveux propres alors qu’elle n’a pas vraiment l’occasion de se les laver (au fond, je dois être jalouse : au bout de trois jours quand tout va bien, mes cheveux sont déjà dégueu). Bref, ce que je veux dire, c’est que le film met en scène une femme qui est censée se retrouver parce qu’elle se retrouve volontairement seule dans la nature, or on n’a pas réellement l’impression que c’est cette confrontation avec la nature qui va permettre à Cheryl à se retrouver. Honnêtement, elle aurait pu rester chez elle en faisant appel à son passé, ça serait la même chose.

Wild : Photo Reese Witherspoon

De plus, Wild ne parle que de passé mais finalement quand on y pense, il ne parvient pas à évoquer le futur alors que Cheryl fait cette démarche sportive/spirituelle pour pouvoir aussi mieux aborder les années à venir. Le film se termine avec la voix off (déjà bien envahissante, du genre elle prend les spectateurs pour des demeurés pas capables de regarder correctement les images) qui nous balance vite fait deux infos sur ce qu’est devenue Cheryl… Déjà que le film n’est hyper passionnant (honnêtement, on se demande presque comment cette histoire a pu intéresser autant de gens, elle est déjà en soi pas intéressante et au fond ne méritait même pas d’être le sujet d’un film), là on reste totalement sur sa faim, on se dit pour de bon « tout ça pour ça ». De plus, difficile d’aimer ce film avec un personnage principal aussi tête-à-claques. Malgré tout ce qu’elle a vécu, je ne me suis pas du tout attachée à Cheryl. J’ai eu l’impression d’assister pendant deux bonnes heures au caprice d’une petite conne qui a déconné (ça fait beaucoup le mot « conne » dans une même phrase, désolée). Reese Witherspoon tente pourtant de faire exister ce personnage. Ce n’est pas qu’elle est mauvaise (j’apprécie cette actrice d’habitude) mais c’est juste qu’elle n’est pas crédible. Certes, sa démarche a l’air sincère (elle est tombée amoureuse du bouquin de Strayed et est même la productrice du film) mais elle n’aurait jamais dû se donner le rôle. Parfois, ça se transforme un peu au Reese Witherspoon show au point d’avoir des personnages secondaires inintéressants (on se demande vraiment pourquoi Dern a été nommée aux Oscars, j’ai rien contre elle pourtant). Je ne sais pas si on peut parler de déception vu que je sentais la nullité à des kilomètres, je dirais que mon visionnage n’a fait que confirmer mes mauvaises impressions (pourtant j’évite de juger un film que je n’ai pas vu, uniquement à cause de sa promo). L’ensemble est inintéressant, vide, même pas émouvant. Les beaux paysages ne font pas tout au bout d’un moment…

Wild : Photo Reese Witherspoon

Sicario

réalisé par Denis Villeneuve

avec Emily Blunt, Benicio Del Toro, Josh Brolin, Jon Bernthal, Victor Garber, Jeffrey Donovan, Daniel Kaluuya, Raoul Trujillo, Maximiliano Hernandez, Julio Cedillo…

Thriller américain. 2h02. 2015.

sortie française : 7 octobre 2015

interdit aux moins de 12 ans

Sicario

La zone frontalière entre les Etats-Unis et le Mexique est devenue un territoire de non-droit. Kate, une jeune recrue idéaliste du FBI, y est enrôlée pour aider un groupe d’intervention d’élite dirigé par un agent du gouvernement dans la lutte contre le trafic de drogues. Menée par un consultant énigmatique, l’équipe se lance dans un périple clandestin, obligeant Kate à remettre en question ses convictions pour pouvoir survivre.

 Sicario : Photo Emily Blunt

 

Sicario, dont le titre signifie en espagnol « tueur à gages », a été présenté en compétition dans la sélection officielle de la dernière édition du festival de Cannes. On a dit qu’il a pu repartir les mains vides de peur d’accuser le jury de copinage avec l’équipe du film : Jake Gyllenhaal, membre du jury, a travaillé à deux reprises avec Denis Villeneuve; le chef opérateur Roger Deakins a travaillé avec les frères Coen, Présidents du jury, sur No Country for old men; ou encore, pour aller plus loin dans le délire, Xavier Dolan est québécois… Bien avant la sortie de Sicario, je me demandais si on n’était pas en train de raconter n’importe quoi. Je veux dire (et je ne remettais pas en cause la qualité du long-métrage), je ne voyais pas du tout ce film séduire un jury (même si on peut s’attendre à tout effectivement). De plus, pour être franche, je n’étais pas spécialement attirée par ce film : certes, le seul film de Denis Villeneuve que j’ai pu voir (Prisoners) m’a vraiment plu, le casting me plaisait également beaucoup sur le papier mais j’ai généralement du mal avec les films qui parlent de trafics de drogue et tout ça. Ceci dit, les très bonnes critiques à son égard m’ont réellement encouragée à faire le déplacement pour aller le voir. Sicario est un très bon film même si je ne crierais pas non plus au chef-d’oeuvre (je pense à certaines critiques qui me semblent démesurées) et qu’il ne fait pas du tout partie de mon top 10 de l’année. Etant donné que je n’apprécie pas particulièrement ce genre de films, je dois avouer que j’ai tout d’abord passé un très bon moment face à ce thriller intense. Le long-métrage dure deux bonnes heures mais je ne me suis jamais ennuyée : on entre tout de suite dans l’histoire, l’ensemble est très rythmé et captivant, on ne décroche pas les yeux de l’écran une seule seconde et certaines scènes en jettent vraiment. J’ai juste envie de dire : c’est très bien foutu ! Le film est également une pure réussite esthétique, notamment par un splendide travail de lumière et une magnifique photographie. La frontière américano-mexicaine est clairement représenté comme un enfer sale, violent et obscur, à l’image des douteuses affaires qui se trament derrière par certaines personnalités. Le lieu devient ici un personnage à part entière, notamment à travers les plans de paysages vus d’en haut, dans la lignée de True Detective ou du plus récent La Isla Minima. Villeneuve sait vraiment quoi faire de cet espace qui joue un rôle essentiel. J’ai également apprécié la bande-originale, qui contribue à cette atmosphère oppressante. Si la mise en scène est maîtrisée et est clairement le point fort du film, je ne trouve pas l’écriture des personnages toujours réussie : heureusement, leurs interprètes sont bons.

Sicario : Photo Benicio Del Toro, Emily Blunt, Josh Brolin

Je crois que nous sommes tous à peu près d’accord pour saluer l’excellente performance du toujours charismatique Benicio Del Toro qui est clairement au-dessus du lot et qui incarne le personnage le plus intéressant. En revanche, les autres rôles m’ont déçue. Josh Brolin est certes bon, comme très souvent, mais son personnage m’a laissée indifférente. J’ai surtout été déçue par le personnage féminin, incarné par la pourtant très talentueuse Emily Blunt. Cela va paraître fort mais j’ai trouvé ce personnage plutôt raté même si je vois où Villeneuve veut en venir. Kate serait une sorte de représentation du respect de la loi et de la morale et elle respectera jusqu’au bout ses convictions. Sur le papier, il y a quelque chose de très fort et j’aime d’habitude ce genre de personnage, mais là je trouve que les traits de ce personnage font parfois un peu de tort à ce film pourtant très riche. En effet, j’ai trouvé les réactions de Kate assez énervantes, limite peu réalistes. Pour caricaturer, on a parfois l’impression de voir Candy qui découvre le monde des méchants (la meuf est agent du FBI, rappelons-le). De plus, elle est assez passive et n’évolue jamais. Certes, je vois ce que Villeneuve a voulu dire à travers ce personnage : Kate représente parfois les yeux des spectateurs qui découvrent en même temps qu’elle une situation qui la dépasse totalement, c’est-à-dire que la loi officielle n’empêche pas d’autres lois peu morales à s’imposer et que finalement la frontière entre les différents types de lois ne semblent plus avoir de frontière (et là on peut finalement faire un parallèle intéressant avec la frontière physique entre le Mexique et les Etats-Unis). Le propos est fort et fonctionne mais pas le personnage, ce qui est parfois problématique et qui m’a empêchée d’aimer encore plus ce film : Kate passe ainsi pour une fille larguée, on finit par ne plus trop croire qu’elle bosse au FBI, on ne comprend pas non plus qu’elle ne comprenne pas alors que certaines choses sautent aux yeux. De plus, certains traits sont vraiment trop appuyés, du genre elle est maigre, c’est la fiesta avec ses sourcils, ne se lave pas et se remet à fumer : Kate est à bout, c’est bon, message reçu. Cela est vraiment dommage car pour moi, Sicario aurait pu être meilleur mais heureusement que pour contrebalancer, le film possède d’indéniables qualités.

Sicario : Photo Emily Blunt

Girls (saison 1)

Créée par Lena Dunham

avec Lena Dunham, Allison Williams, Jemima Kirke, Zosia Mamet, Adam Driver, Alex Karpovsky, Christopher Abbott, Andrew Rannells, Becky Ann Baker, Peter Scolari, Kathryn Hahn, James LeGros, Chris O’Dowd…

Série comique américaine. 1ere saison. 2012.

girlssaison1

Cette première saison met en scène quatre jeunes filles d’une vingtaine d’années entrant dans la vie active et qui ont toutes leurs problèmes : Hannah Horvatz, éternelle stagiaire qui rêve de devenir écrivain et sort plus ou moins avec un garçon à la sexualité débridée, Marnie est une jeune fille sérieuse mais qui s’ennuie avec son petit ami, Jessa a fait le tour du monde et vit sa vie de « hippie » et Shoshanna est encore une étudiante fan de Sex and the City et toujours vierge.

Photo Jemima Kirke, Lena Dunham, Zosia Mamet

Cela faisait un moment que je souhaitais parler de cette série mais je ne savais pas trop comment m’y prendre alors j’ai décidé de l’évoquer de temps en temps sur ce blog, en allant tout simplement de saison en saison. J’ai aussi revu cette série très récemment histoire d’avoir un nouveau regard et je dois avouer que cela a été bénéfique. En effet, même si j’avais déjà beaucoup aimé cette première saison (sinon je n’aurais pas forcément voulu regarder le reste), certaines qualités m’ont vraiment sauté aux yeux en la redécouvrant. Je ne sais pas si Lena Dunham, créatrice, mais aussi scénariste et même réalisatrice d’un grand nombre d’épisodes, avait déjà en tête le scénario pour les saisons à venir mais quand on voit tout ce qui se passe jusqu’à présent (saison 4), je trouve qu’elle a vraiment bien su rebondir et utiliser à bon escient tous les éléments mis en place dès cette première saison. La série en général n’est peut-être pas parfaite, elle ne plaira pas non plus à tout le monde, notamment pour son côté très cru (il faut dire qu’elle est produite par Judd Apatow, cela ne peut pas être un hasard), parfois Lena Dunham peut énerver pour son côté très donneuse de leçons (un peu comme son personnage Hannah d’ailleurs) mais je dois reconnaître qu’elle a un parcours admirable pour son jeune âge. Je ne vais pas trop critiquer son travail de showrunner ici car je n’ai pas trop de critiques négatives en ce qui concerne cette première saison en particulier, les critiques viendront vraiment plus tard au fil des autres saisons. Ce qui est sûr, c’est que la jeune actrice/réalisatrice/productrice, qui avait d’ailleurs décroché le Golden Globe de la meilleure actrice dans une série comique après la diffusion de cette première saison, est une jeune femme qui sait observer et les retranscrire. Sur le papier, le résumé de Girls pourrait limite inquiéter dans le sens où on ne verrait pas forcément en quoi cette série pourrait être novatrice et surtout, avec un tel titre, on aurait pu s’attendre à un énième Sex and the City. Mais justement, Girls est l’anti-Sex and the City ! Les héroïnes en question sont jeunes, paumées, ont du mal à trouver du travail, vivent des appartements miteux et ont parfois des relations sexuelles trèèès étranges !

Photo Adam Driver, Lena Dunham

Il n’est pas toujours facile d’aimer les personnages de Girls car elles ont quand même leurs défauts qui sont d’ailleurs mis de plus en plus en avant au fil des saisons. Mais quelque part, et encore une fois, en donnant une seconde chance (si on peut dire ça comme ça) à cette première saison qui m’avait déjà convaincue, j’aime aussi les personnages parce que justement elles ne sont pas parfaites et quelque part, en ce qui me concerne, je me reconnais en elles ou alors je reconnais des personnes de mon entourage. J’avoue ne pas me reconnaître en Marnie (une fille assez coincée, voire même frustrée et déjà coincée dans sa routine), c’est peut-être même le personnage que j’aime le moins, mais au fil de mes expériences, j’avoue connaître beaucoup de Marnie autour de moi, des personnages qui m’agacent ou alors je ne comprends pas forcément leur manière de vivre (même si je n’ai évidemment pas de leçons à donner). Quelque part, Marnie est un personnage réussi, assez réaliste de ce qui se passe chez pas mal de jeunes de la vingtaine (je pense par exemple à beaucoup qui sont « en couple » depuis longtemps mais à 20/22 ans sont déjà épuisés par cette longue relation). Finalement, même si encore une fois il ne s’agit pas de mon personnage préféré, j’ai appris avec le temps à apprécier ce personnage. On va quand même parler d’Hannah car même si la série s’appelle Girls, ce personnage est tout de même le point de départ de l’histoire en étant vraiment mis en avant. Il faut quand même le dire : Hannah est très énervante notamment à cause de son égocentrisme (notamment quand Marnie apprend tout ce qu’il y a dans le journal intime d’Hannah, Hannah lui demande si dans un autre contexte elle aurait aimé son écriture) voire même limite irresponsable (comme sa blague douteuse sur la pédophilie face à son futur boss qui n’est évidemment plus son futur boss). Ceci dit, j’ai fini par aimer Hannah parce que je me reconnais un peu en elle : ses complexes physiques, son manque de confiance en elle (même si elle le traduit par une sorte d’excès de confiance, ce qui est tout le contraire de mon caractère), son goût pour l’écriture et ses angoisses. J’aime aussi beaucoup Jessa même si là encore ce n’est pas forcément évident d’apprécier ce personnage et qu’il faut quelque part un petit temps d’adaptation. Jessa, la cousine anglaise de Shoshanna, est une baba hippie cool qui a beaucoup voyagé, elle est assez délurée, un peu détachée de ce qui se passe dans la société, elle est assez spontanée, vive mais peu aussi paraître vulgaire. A priori, je n’ai rien à voir cette fille, et au début, à cause de son apparence, je n’ai pas non plus tout de suite accroché au personnage. Mais là encore, c’est le temps qui m’a permis de m’attacher à cette jeune fille qui a finalement un coeur énorme et cache une grande sensibilité. Je dois avouer que je me reconnais un peu en elle justement parce que j’ai un côté un peu grande gueule comme elle (et comme Hannah aussi), limite révolutionnaire (ahaha la scène dans le jardin d’enfant est énorme) mais après c’est aussi une manière pour ne pas montrer toutes mes émotions. Mais je dois avouer que je me sens très proche de Shoshanna, notamment parce qu’elle est speed, parle très vite (et je vous assure que j’ai un certain débit et que cela me demande beaucoup de boulot pour parler à un rythme modéré), qu’elle est coquette (au niveau de la garde-robes, là encore, on se ressemble, j’adore le « on »), elle dit vraiment ce qu’elle pense (certes, Hannah et Jessa sont aussi franches mais pas autant que Shoshanna, non, elles ne peuvent pas rivaliser), raconte n’importe quoi quand elle est sous l’emprise d’alcool et de drogues ce qui lui arrive rarement et est concentrée sur ses études.

Photo Lena Dunham

La série a beau s’appeler Girls et mettre des personnages féminins en avant, Dunham n’a pourtant pas délaissé les hommes qui ont chacun un rôle important. Le personnage le plus charismatique reste Adam, le mec bizarre d’Hannah, un gars assez pessimiste et asocial qui passe au début pour un détraqué sexuel mais après on apprend vraiment à l’apprécier, à comprendre d’où vient son côté sombre et on s’aperçoit là encore qu’il a un bon fond. Il est aussi drôle car il ne sait pas se comporter correctement (du genre il débarque comme un fou avec un paquet de shampoings dans la douche alors qu’Hannah y est déjà puis après pisse dedans alors que sa copine y est toujours !).J’aime également beaucoup Ray, le meilleur pote de Charlie, qui n’hésite également à dire ce qu’il pense et balance des phrases très cassantes. Charlie est un personnage un peu trop lisse et gentil mais ce n’est pas forcément un reproche dans le sens où ce sont justement ses qualités qui vont lasser sa petite amie Marnie. Enfin, comme beaucoup de fans, j’aime énormément Elijah. Alors certes, on reprend un peu le cliché du meilleur ami gay mais j’adore vraiment sa personnalité et j’étais vraiment heureuse de voir à quel point il prenait de la place au fil des saisons. Ce gars est à lui tout seul une tornade ! Girls est aussi connu pour son côté trash, que ce soit à travers des répliques très salaces et surtout des scènes assez crues. Je dois avouer que la première fois que j’ai regardé cette série, les scènes de sexe et tout ça m’ont gênée. Pas tellement à cause du contenu mais parce que j’avais l’impression que c’était vraiment gratuit, du genre une pseudo revendication pour se détacher des autres séries. Certes, je pense qu’il y a quand même toujours maintenant une part de provocation, qui se confirme d’ailleurs au fil des saisons. Cependant, en revoyant cette première saison, les scènes en question ne m’ont plus autant gênée car je pense avoir compris où Dunham a voulu en venir.
Photo Allison Williams
En fait, je dois même dire que maintenant ces scènes de sexe en question sont pour moi très drôles. Je pense notamment à celle avec Jessa qui couche avec son ex – qui est en couple – alors que Shoshanna est encore dans l’appartement, la scène de masturbation d’Adam (pendant ce temps, Hannah en profite pour lui prendre des sous) ou encore à la scène de sexe avec les parents d’Hannah sous la douche qui se finit évidemment par un accident ! Et puis, je dois avouer que ça fait du bien de voir des filles normales avoir des relations sexuelles. De plus, même si c’est cru, même s’il y a quelque chose de gratuit, les scènes ont le mérite de ne pas sur-érotiser les actrices, on cherche plutôt la normalité même dans les actes sexuels les moins banals. Surtout, pour moi, les scènes de sexe assez représentatives d’une certaine sexualité entre jeunes adultes : soit les jeunes semblent assez libérés (cela passe aussi par le porno et les sextos) soit ils connaissent déjà la frustration (alors que, selon les points de vue, on pourra tout simplement dire qu’il s’agit de relations sexuelles « normales »), soit encore on aborde la question de la virginité tardive. C’est aussi une jeunesse en même temps préoccupée par la contraception et qui peut aussi avoir un comportement irresponsable malgré cette peur MST notamment. La série a aussi le mérite de mettre en avant à plusieurs reprises la masturbation féminine, vraiment trop peu représentée ou évoquée à la télé ou au cinéma. Mais heureusement, la série ne se limite pas non plus qu’à la question du sexe chez les jeunes adultes. La drogue, notamment dans les soirées, fait partie des sujets abordés (même s’il sera renforcé davantage dans les saisons suivantes, avec Jessa), le harcèlement sexuel au travail (avec les collègues d’Hannah qui traitent Adam de pervers mais acceptent volontiers de se laisser toucher par leur boss sans broncher) ou encore le fait de flirter avec son boss.
Photo Jemima Kirke, Lena Dunham, Zosia Mamet
Mais c’est surtout le discours sur l’angoisse de l’avenir qui m’a vraiment parlé. Cette question est évidemment abordée notamment à travers la confrontation entre Hannah et ses parents, qui n’ont pas la même vision des choses, que ce soit à propos du travail ou des relations amoureuses. Comment être rassurée par son avenir quand on voit que les études ne servent finalement à rien et qu’on est toujours l’éternelle stagiaire évidemment pas payée et qu’on est obligée de squatter dans des appartements pourris ? Cependant, même si la série pointe assez justement ces angoisses et que ça fait aussi du bien de voir… la réalité tout simplement, Dunham n’est pas tendre avec sa génération. Elle montre clairement que c’est une génération qui a envie d’être adulte, qui est confrontée à des problèmes d’adultes et en même temps refuse aussi de grandir même si cette génération en question n’appartient plus à la tranche adolescente. Je ne sais pas si, comme Hannah, Dunham est « la voix de [sa] génération » mais en tout cas elle a vraiment compris pas mal de choses sur la sienne et donc aussi la mienne. La série ne pourra peut-être pas plaire à tout le monde mais elle a le mérite d’être courte : il n’y a que dix épisodes par saison et chaque épisode dure environ 25 minutes. Du coup, cela permet aux scénaristes de ne pas non plus s’étendre sur des éléments insignifiants, la série gagne en rythme et en efficacité tout simplement. On sent aussi qu’il y a un grand soin accordé à la réalisation et à l’esthétique qui n’est pourtant pas la première chose qui saute aux yeux. Il n’y a pas de chichis mais on voit bien que les réalisateurs (Dunham en fait partie) ont voulu retranscrire un New York à la fois jeune, moderne et en même temps il y a quelque chose de volontairement crade et triste. Enfin, la série possède un excellent casting, la plupart sont tout simplement amis dans la vraie vie et se connaissent depuis longtemps et cela se ressent : on sent au moins une complicité entre les personnages. Pour conclure, cette première saison, qui ne plaira peut-être pas tout le monde, est pour moi bonne, même meilleure que je ne le pensais. Elle possède de vraies qualités d’écriture, a des personnages en béton auxquels on s’attache finalement avec le temps, en mettant vraiment en avant leurs qualités et leurs failles, et donne envie de regarder la saison 2 (j’en parlerai sur mon blog mais pas tout de suite, histoire que le blog ne se transforme pas en sorte de fan-club de Girls).
 Photo Allison Williams, Jemima Kirke, Lena Dunham

Secret d’état

réalisé par Michael Cuesta

avec Jeremy Renner, Rosemarie DeWitt, Oliver Platt, Mary Elizabeth Winstead, Ray Liotta, Tim Blake Nelson, Barry Pepper, Michael Sheen, Paz Vega, Andy Garcia…

titre original : Kill the Messenger

Biopic, drame américain. 1h52. 2014.

sortie française : 26 novembre 2014

Vu dans le cadre de Dvdtrafic : Un grand merci à Cinétrafic et Metropolitan Filmexport.

Sur Cinétrafic : Les films d’action dont ceux de 2015.

Secret d'état

Une vérité incroyable se dessine : les rebelles du Nicaragua travailleraient directement avec la CIA pour introduire de la cocaïne aux Etats-Unis et l’argent résultant de ce trafic servirait à armer les milices des Contras que veulent soutenir les Etats-Unis. Pour faire exploser la vérité, Webb prend tous les risques et se rend au Nicaragua afin de soutirer des informations essentielles au baron de la drogue Norwin Meneses. Il écrit bientôt une série d’articles qui secoue l’Amérique tout entière…
Webb devient alors une cible pour les journalistes rivaux mais aussi pour les responsables du trafic : un véritable complot se trame contre lui…

Secret d'état : Photo Jeremy Renner

Secret d’état est sorti dans les salles françaises en fin novembre dernier dans l’indiscrétion la plus totale. Il faut dire que le titre français est un peu trop passe-partout (il faut voir le nombre de films qui s’intitule « secret de quelque chose » ou « machin d’état », forcément ça n’inspire plus au bout d’un moment). Le titre original, Kill the Messenger, a déjà bien plus de sens, surtout une fois qu’on a vu le film. En tout cas, même s’il ne s’agit évidemment pas du film du siècle, Secret d’état est pour moi un bon film qui mérite d’être vu rien que par son sujet. Je peux même dire qu’il s’agit même d’une bonne surprise vu que je n’en attendais rien. Pour écrire le scénario, le scénariste et ancien journaliste Peter Landesman s’est appuyé sur deux ouvrages : Dark Alliance de Gary Webb et Kill the Messenger: How the CIA’s Crack-cocaine Controversy Destroyed Journalist Gary Webb de Nick Schou. Ainsi, le film est tiré de l’histoire vraie de Gary Webb, un journaliste qui a publié une série d’articles nommés « Dark Alliance » à partir de 1996 dans le San Jose Mercury News. Au cours de son enquête, Webb a alors découvert le financement des contras au Nicaragua par des narcotrafiquants couverts par la CIA. Ainsi, la CIA a favorisé la distribution du crack dans les banlieues noires de Los Angeles, ce qui a provoqué une « épidémie de crack ». Cependant, cette vérité a évidemment un prix, chacun voulant se préserver, notamment son propre journal qui ne va pas avoir le courage d’assumer les articles. Suite à cette affaire, Webb démissionne du Mercury News et a délaissé le journalisme. En 2004, il est retrouvé à Sacramento avec deux balles dans la tête (mais la police dit qu’il s’agit d’un suicide : je ne suis pas forcément adepte de la théorie du complot mais il faut avouer que c’est très étrange).

Secret d'état : Photo Mary Elizabeth Winstead

Rien que le résumé nous fait comprendre que l’affaire en elle-même est passionnante. Evidemment, le scénario a apparemment romancé le récit mais il a tout de même sur retranscrire les différents enjeux des enquêtes journalistiques de Gary Webb. Le film réussit à trouver un bon équilibre entre le thriller politique et le drame. De plus, le langage reste accessible pour ceux qui ne connaissent pas forcément cette affaire (vraiment importante et étonnamment pas si connue que ça) tout en utilisant un jargon crédible. Grâce à une mise en scène solide et un scénario plutôt efficace, Michael Cuesta, réalisateur de 12 and Holding (avec déjà Jeremy Renner au casting) et du polémique Long Island Express (L.I.E.), réussit aussi à dresser le portrait fascinant d’un homme courageux, passionné et intègre, seul contre tous et pris un tourbillon médiatique et politique. Dans le rôle principal, Jeremy Renner est vraiment impeccable et a vraiment les épaules pour tenir un tel rôle. Certains seconds rôles sont également remarquables, comme par exemple ceux tenus par Mary Elizabeth Winstead, Oliver Platt ou encore Michael Sheen. Je note tout de même quelques défauts : même si le film est captivant et parvient à tenir le spectateur en haleine, il y a tout de même quelques longueurs. Puis, on a quand même l’impression que Webb a eu de la chance de tomber sur LE sujet de l’année et se découvre un talent pour l’investigation. Il ne faut pas oublier que Webb avait déjà une solide carrière de journaliste. De plus, sa participation au reportage collectif sur le tremblement de terre de Loma Prieta lui a permis de remporter en 1990 le Prix Pulitzer avec d’autres collègues. Malgré ces maladresses, Secret d’état est un film captivant, engagé, important pour la liberté de la presse.

Secret d'état : Photo Jeremy Renner