Good Time

réalisé par Josh et Benny Safdie

avec Robert Pattinson, Benny Safdie, Jennifer Jason Leigh, Taliah Webster, Barkhad Abdi…

Thriller, policier américain. 1h40. 2017.

sortie française : 13 septembre 2017

interdit aux moins de 12 ans

Un braquage qui tourne mal… Connie réussit à s’enfuir mais son frère Nick est arrêté.
Alors que Connie tente de réunir la caution pour libérer son frère, une autre option s’offre à lui : le faire évader. Commence alors dans les bas-fonds de New York, une longue nuit sous adrénaline.

Good Time : Photo Robert Pattinson

Cela fait un petit moment que les frères Safdie ont réussi à se faire une place dans le cinéma indépendant américain. Jusqu’à présent, même s’ils ont leur petite réputation auprès d’une petite partie confidentielle de cinéphiles, leurs films avaient du mal à se faire connaître en France. La présentation de Good Time, présenté en compétition au festival de Cannes en mai dernier, a alors permis deux choses : tout d’abord, Cannes a permis aux réalisateurs de faire connaître leurs oeuvres à un plus large public. Puis, le talent de Robert Pattinson (dont la présence au casting – enfin une star dans un film des Safdie – a certainement aidé au film d’avoir une meilleure exposition) devient définitivement indéniable (après déjà cette année, dans un rôle secondaire, son interprétation brillante dans The Lost City of Z de James Gray). Avant de découvrir Good Time, ma (récente) expérience des frères Safdie se résumait à Lenny & The Kids qui m’a fortement déplu. Good Time est formellement très différent de celui-ci pour mon plus grand bonheur. Tout a l’air très simple dans ce film, aussi bien sa narration que sa mise en scène : pourtant justement, le long-métrage impressionne par cette apparente simplicité alors qu’en réalité on relève bien un travail bien plus recherché derrière. Tout a l’air d’aller de soi, tout est d’une grande fluidité : les éléments s’enchaînent avec logique tout en sachant surprendre ou faire réagir le spectateur quand il le faut, la caméra est proche des personnages tout en sachant prendre en compte ce New York pourri, misérable, et même malade, bien plus que la maladie de Nick. Ce sentiment correspond totalement à cette idée de temps qui s’écoule en peu de temps. Good Time a souvent été comparé à l’excellent After Hours de Martin Scorsese : tous deux se déroulent en quelques heures la nuit, les personnages ne se sortant jamais de leurs diverses péripéties, comme s’ils étaient dans une sorte de boucle, voire même une spirale infernale. Cela dit, la comparaison s’arrête-là : les Safdie ont su imposer leur ton rafraîchissant.

Good Time : Photo Robert Pattinson, Taliah Webster

L’hybridité (fonctionnant pratiquement tout le temps sur une dualité, qui rappelle aussi le duo fraternel) est présente sur différents niveaux : le ton est tragi-comique, le style vacille aussi entre le réalisme (le côté film fauché est perceptible) et une esthétique parfois flamboyante, fluorescente et électrique (les scènes dans le parc d’attraction qui prend étonnamment vie la nuit en est un exemple), le flamboyant traverse la nuit sombre, Connie passe même du brun au blond ou encore tout en étant moderne par son aspect expérimental, on ne peut s’empêcher à l’influence des polars des années 70. Ce chaos aurait pu donner un film hésitant, mais au contraire, ce qui frappe, c’est qu’on sent totalement où les réalisateurs amènent leur film finalement très structuré (la première et la dernière scène se répondent) même s’il n’en donne justement pas cette impression. Dire que le film est très rythmé pourrait passer pour un euphémisme : les espaces sont confinées, le montage est frénétique et on étouffe et on s’essouffle autant que les personnage (par contre, le rythme, lui, ne faiblit pas). J’avais peur que cette cadence me saoule mais finalement, même si on vit une véritable expérience d’une grande intensité, comme si on avait couru un marathon avec les personnages, le rythme (avec tout ce qui suit derrière, c’est-à-dire l’effet « trip ») n’est pas non plus usant ou insupportable : on prend du plaisir à être dans cette course remplie d’obstacles. Histoire intime et arrière-fond social se complètent également toujours avec pertinence. Il y a d’abord cette relation entre ces deux frères qui est très touchante jusqu’au générique final (avec la magnifique chanson The Pure and The Damned d’Iggy Pop) qui m’a bouleversée juste par quelques gestes et un regard (et je n’ai pas compris les gens qui quittaient la salle à ce moment-là). Connie aime son frère handicapé mental, c’est ce qui le rend profondément attachant. Mais par amour fraternel, le jeune homme, qui paiera son impatience, est capable de faire les pires conneries. Surtout, cet amour, aussi sincère soit-il, est toxique.

Good Time : Photo Robert Pattinson

Cette odyssée nocturne permet également de dresser un portrait peu reluisant de ce New York qui ne fait pas rêver avec ces dealers, ces drogués, ces paumés. Les réalisateurs ne jugent pas les personnages et ne cherchent pas non plus qu’on s’apitoie sur leur sort : ils n’excusent pas leurs actes mais ils les filment avec une certaine tendresse qui étonne face à ce flot de violence et d’énergie en permanence. Cette expérience, une sorte de trip dans un train-fantôme qui irait à fond la caisse, parvenant à ne pas se limiter à un simple exercice de style, réussit à prendre forme également par la bande-originale de Oneohtrix Point Never, récompensé par le prix du meilleur compositeur au Cannes Soundtrack. Le casting est également impeccable, que ce soit les professionnels ou les acteurs « débutants » (terme des réalisateurs qui détestent qu’on les appelle les « non professionnels »). On notera par ailleurs, pour la petite anecdote, que certains acteurs « débutants » se sont tout simplement de leur véritable profession (par exemple, l’avocat et le psychiatre). Robert Pattinson, qui choisit de mieux en mieux ses rôles et ses films est épatant dans le rôle de ce braqueur loser. Le co-réalisateur Benny Safdie, qui interprète Nick, ne démérite pas non plus face à un tel partenaire. Certains diront qu’il est un peu caricatural (il faut dire que, rien qu’au niveau du look, il n’est pas allé de main morte) mais j’y ai cru à fond en son personnage. Je ne sais pas si c’est son regard, qui a l’air vide mais paradoxalement exprime beaucoup de choses, qui m’a touchée mais son personnage, qu’on voit pourtant peu, et son interprétation, ne m’ont pas laissée indifférente. Good Time est donc pour moi un des meilleurs films de l’année, un film percutant et puissant sur l’urgence temporelle et sociale qui peut être aussi belle que destructrice.

Good Time : Photo

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Jackie / T2 Trainspotting

Jackie

réalisé par Pablo Larrain

avec Natalie Portman, Peter Sarsgaard, Greta Gerwig, Billy Crudup, John Hurt, Richard E. Grant, John Carroll Lynch…

Biopic, drame américain. 1h40. 2016.

sortie française : 1 février 2017

22 Novembre 1963 : John F. Kennedy, 35ème président des États-Unis, vient d’être assassiné à Dallas. Confrontée à la violence de son deuil, sa veuve, Jacqueline Bouvier Kennedy, First Lady admirée pour son élégance et sa culture, tente d’en surmonter le traumatisme, décidée à mettre en lumière l’héritage politique du président et à célébrer l’homme qu’il fut.

Jackie : Photo Natalie Portman

Ayant adoré No, j’avais envie de regarder Jackie pour son réalisateur Pablo Larrain. Jackie marque alors la première excursion du réalisateur chilien aux Etats-Unis (et dans un film tourné en langue anglaise). Co-produit par Darren Aronofsky, Jackie a remporté le Lion d’Argent du meilleur scénario à la Mostra de Venise en 2016 : ce scénario de Noah Oppenheim faisait partie de la Blacklist des scénarios les plus prometteurs en 2010. Jackie n’est pas un film sur la vie de la célèbre First Lady mais plutôt sur ce qu’elle a vécu et ressenti suite à l’assassinat de son mari : comment gérer son deuil (qui fait partie de l’ordre de l’intime) quand on est une personnalité publique fait notamment partie des interrogations présentes dans ce long-métrage. Par son montage fragmenté permettant de sortir d’un schéma linéaire habituel au biopic, le long-métrage ne se veut pas totalement linéaire. Via plusieurs échanges entre le journaliste récompensé par le Pulitzer Theodore H. White incarné par Billy Crudup (Jackie Kennedy lui avait demandé d’écrire un article sur son époux dans lequel il devait établir un parallèle entre son statut de président et la légende du Roi Arthur – ce qu’on retrouve bien dans le long-métrage) et son prêtre (un des derniers rôles du regretté John Hurt), Jackie se livre notamment à travers une rétrospective des événements. Pablo Larrain tente de sortir des sentiers battus en proposant autre chose au biopic traditionnel : son intention est plus que louable. Cela dit, je n’ai pas été convaincue des masses : finalement, j’ai tout de même eu l’impression d’être face à un film académique même si sur la forme il ne veut pas l’être. Je me suis demandée où était passé le talent de Larrain dans ce film qui a peut-être des idées mais qui est rapidement vain. J’ai parfois eu l’impression que ce montage en question, revenant finalement sans cesse sur les mêmes événements qu’on connait tous (la reconstitution est certes de qualité) était un moyen pour cacher un scénario pas si intéressant que ça. Il faut dire que cette narration n’est pas non plus mise en valeur par un ton vraiment trop froid et un rythme assez lent. Les interrogations de Jackie ne m’ont pas semblé plus approfondies que ça et par conséquent, le personnage ne m’a pas paru très intéressant. Je ne vais pas non plus vous mentir : j’ai énormément de mal avec le jeu de Natalie Portman. Sa performance, qui se veut dans la retenue, n’est pour moi pas très réussie dans le sens où elle n’apporte aucune émotion à son personnage. Par ailleurs, je n’ai jamais réussi à voir Jacqueline Kennedy à l’écran mais simplement Portman voulant vaguement ressembler à Kennedy. Restent tout de même une jolie reconstitution des années 60, notamment par le 16 mm, et une bande-originale de Mica Levi intéressante. 

Jackie : Photo Natalie Portman


T2 Trainspotting 2

réalisé par Danny Boyle

avec Ewan McGregor, Ewen Bremner, Jonny Lee Miller, Robert Carlyle, Anjela Nedyalkova, Irvine Welsh, Kelly Macdonald, Shirley Henderson…

comédie dramatique britannique. 1h57. 2017.

sortie française : 1 mars 2017

D’abord, une bonne occasion s’est présentée. Puis vint la trahison.
Vingt ans plus tard, certaines choses ont changé, d’autres non.
Mark Renton revient au seul endroit qu’il ait jamais considéré comme son foyer.
Spud, Sick Boy et Begbie l’attendent.
Mais d’autres vieilles connaissances le guettent elles aussi : la tristesse, le deuil, la joie, la vengeance, la haine, l’amitié, le désir, la peur, les regrets, l’héroïne, l’autodestruction, le danger et la mort. Toutes sont là pour l’accueillir, prêtes à entrer dans la danse…

T2 Trainspotting : Photo Ewan McGregor, Ewen Bremner, Jonny Lee Miller, Robert Carlyle

Cette suite du film culte n’a failli jamais voir le jour à cause d’une dispute entre Danny Boyle et Ewan McGregor (Boyle avait préféré choisir Leonardo DiCaprio à la place de McGregor pour La Plage, ce dernier lui en a voulu) qui se sont réconciliés très récemment. A l’origine, un deuxième film était logique puisque le roman Trainspotting d’Irvine Welsh (de nouveau présent dans le casting dans le rôle d’un dealer) était lui-même suivi d’une suite intitulée Porno. Cela dit, ce T2 Trainspotting se base sur un scénario original et non sur la fameuse suite écrite par Welsh. Si j’adore toujours autant le film des années 1990, ce retour des junkies écossais m’a énormément déçue. Le premier volet était d’une énergie pimpante, celui-ci est d’une mollesse exaspérante. Certes, les personnages ont vieilli (et ce thème est donc omniprésent dans ce volet) mais cela n’excuse pas non plus tout. En clair, je me contrefichais totalement du devenir de Rent et sa bande. Seul Spud (incarné par le sous-estimé et mal employé Ewen Bremner) est celui qui suscite un peu d’intérêt. Danny Boyle est tombé dans le piège de la nostalgie à outrance (en nous faisant trop de rappels au premier, en mode « ahhhhh le bon vieux temps » comme un grand-père), celle qui n’est pas tendre mais qui agace. Le style de Boyle est connu pour être clinquant : s’il a été bénéfique pour certains de ses films dont justement Trainspotting, il l’est beaucoup moins ici. Trainspotting est certes un film tape-à-l’oeil (cela ressemble à une insulte mais ce n’est pas le cas) mais l’esthétique était cohérente avec les années 1990 et tout son discours sur cette époque par rapport à une jeunesse écossaise complètement paumée. Ici, le style habituel de Boyle paraît inadapté par rapport aux années 2010 : par conséquent, la mise en scène paraît plus ringarde qu’autre chose. Surtout, le véritable problème de ce T2 Trainspotting est son scénario : en dehors de ces quelques pseudo moments rétrospectifs pas intéressants pour un sou, ce scénario ne raconte finalement pas grand-chose une fois les retrouvailles passées : on s’en fout complètement de ce qui peut se passer en terme d’intrigue. En fait, j’ai eu la sensation de voir une succession de scènes qui ne parvenaient pas à être cohérentes entre elles. Même les choix musicaux, qui avaient aussi participé au succès du premier opus, ne sont pas pertinents : on ne se souvient même pas d’un extrait musical même une minute après son passage. Bref, quel immense gâchis !

T2 Trainspotting : Photo Ewen Bremner

Gangsterdam / Si j’étais un homme

Gangsterdam

réalisé par Romain Levy

avec Kev Adams, Côme Levin, Manon Azem, Hubert Koundé, Mona Walravens, Patrick Timsit, Manu Payet, Rutger Hauer…

Comédie française. 1h37. 2016.

sortie française : 9 mars 2017

Ruben, Durex et Nora sont tous les trois étudiants en dernière année de fac. Par manque de confiance en lui, Ruben a déjà raté une fois ses examens. Même problème avec Nora, à qui il n’ose avouer ses sentiments. Et ce n’est pas Durex son ami d’enfance, le type le plus gênant au monde, qui va l’aider…Lorsqu’il découvre que Nora est aussi dealeuse et qu’elle part pour Amsterdam afin de ramener un tout nouveau type de drogue, Ruben prend son courage à deux mains et décide de l’accompagner. Ce voyage à Amsterdam, c’est le cadre idéal pour séduire enfin Nora, dommage pour lui que Durex s’incruste dans l’aventure. Alors que tous les trois découvrent la capitale la plus dingue d’Europe, leur vie va franchement se compliquer quand ils vont réaliser que la drogue qu’ils viennent de récupérer appartient aux plus grands criminels d’Amsterdam…Très vite Ruben, Durex et Nora vont comprendre que pour retrouver leur vie d’avant, ils vont devoir cesser d’être des blaireaux, pour devenir de vrais héros.

Gangsterdam : Photo Côme Levin, Hubert Koundé, Kev Adams, Manon Azem, Mona Walravens


Si j’étais un homme

réalisé par Audrey Dana

avec Audrey Dana, Eric Elmosnino, Alice Belaïdi, Christian Clavier, Antoine Gouy, Joséphine Drai…

Comédie française. 1h39. 2017.

sortie française : 22 février 2017

Qui n’a jamais imaginé ce que ça ferait d’être dans la peau du sexe opposé, ne serait-ce qu’une journée ? Eh bien, pas Jeanne !
Fraichement divorcée, séparée de ses enfants une semaine sur deux, pour elle les mecs c’est fini, elle ne veut plus jamais en entendre parler. Mais un beau matin, sa vie s’apprête à prendre un drôle de tournant, à première vue rien n’a changé chez elle… à un détail près !
De situations cocasses en fous rires avec sa meilleure amie, de panique en remise en question avec son gynéco, notre héroïne, tentera tant bien que mal de traverser cette situation pour le moins… inédite.

Si j'étais un homme : Photo Audrey Dana, Christian Clavier


Je vais être honnête dès le début de ce billet : vu les tas de mauvaises critiques et même de polémiques que j’ai pu lire autour de Gangsterdam de Romain Lévy (Radiostars) et Si j’étais un homme d’Audrey Dana (Sous les jupes des filles), je ne m’attendais pas à découvrir de bons films. Attention : je ne les ai pas regardés pour les casser à tout prix, juste pour savoir si tout ce qu’on disait sur eux étaient justifiés. On aurait pu dire que ces deux films en question étaient tout simplement deux comédies pas drôles, pas rythmées, tout simplement ratées et on ne serait pas allés plus loin. Mais certains éléments scénaristiques sont réellement douteux et il est finalement normal qu’on les pointe du doigt : je suis pour la liberté d’expression mais cela ne doit pas conduire les créateurs à devenir irresponsables. Le premier film pose problème parce qu’il fait l’apologie du viol, le second se mélange sur des notions sur le genre. Dans Gangsterdam, qui prétend rendre hommage à l’humour d’Apatow et compagnie (déjà que je n’aime pas tout le temps ce type d’humour, imaginez quand cet hommage foire complètement), le meilleur pote de Kev Adams (qui est comme d’habitude : il joue mal une scène sur deux), surnommé Durex (bonjour la subtilité), est un personnage raciste, misogyne, homophobe et j’en passe. Les blagues sur le viol, les femmes, les homosexuels et autres communautés sont lourdes et même provoquent le malaise mais au pire (j’ai bien dit « au pire ») on peut mettre ça sur le compte de ce personnage complètement débile et douteux : après tout, quand le personnage en question demande lourdement « est-ce qu’on la viole ? » ou encore « je parlais de viol cool », ses amis ne le cautionnent pas. Je n’excuse pas la scène qui participe selon moi à la culture du viol et qui n’a rien de drôle mais je ne crie pas totalement au scandale par rapport à la narration.  Mais plus on avance, plus le film s’enfonce. Surtout avec une scène juste inexcusable. Pas ratée. Inexcusable, j’insiste sur le terme. Ce même Durex (Côme Levin incarne pourtant bien le connard de service, ce n’est pas lui le problème) propose à ses camarades sa merveilleuse idée pour punir les méchants sans qu’on les tue : « Sinon il suce son pote et on est pénard. On filme et on le met sur le Cloud. Avec un dossier comme ça, il ne viendra plus jamais nous faire chier ». En gros, histoire de tout contextualiser et de rapporter tous les faits, il faut forcer le méchant trafiquant à pratiquer une fellation à son homme de main.

Gangsterdam : Photo Côme Levin, Kev Adams, Manon Azem

Parce que « si tu veux rester vivant, tu fous sa bite dans ta bouche et tu suces ». Jusqu’à présent, les amis de Durex n’approuvaient pas son comportement ni ses propos écoeurants. Cette fois-ci, ces mêmes personnes l’applaudissent et même rigolent tous en choeur : non seulement ces personnages sont juste abjects mais en plus de cela, ils retournent leur veste et de caractérisation en peu de temps. Je suis sûre aussi que les ados qui l’ont vu en salle se sont également marrés (ce qui me fait mal au coeur). Sauf qu’il s’agit d’un viol. Et ce viol en question n’est jamais condamné. Cette scène devient encore plus irresponsable et douteuse quand on voit à quel point Internet, les réseaux sociaux et compagnie sont devenus des moyens de pression et de harcèlement envers ces mêmes ados qui regardent majoritairement ce film. La réaction du réalisateur  pour se défendre avec son producteur est tout simplement inquiétante et dangereuse (déjà que j’avais trouvé son Radiostars sexiste mais au moins regardable). Surtout, il faut se dire qu’il y a derrière cette histoire quatre scénaristes. Que faut-il en penser ? Ils se sont mis à quatre pour penser à tant de débilités dont certaines sont nauséabondes ? Personne n’est intervenu pour dire « oh Polo, là tu fais vraiment de la merde ? ». Passons maintenant au film d’Audrey Dana qui nous livre décidément du féminisme de comptoir. On voit effectivement où elle veut en venir (il faut dire que ce n’est pas non plus d’une grande subtilité) : les femmes sont littéralement capables d’avoir des couilles dans la vie au quotidien. Mais si on suit le raisonnement d’Audrey Dana, un vagin ne suffirait pas aux femmes pour prendre confiance en elles. Sachez donc qu’il nous faudrait une bite (j’insiste sur ce mot puisqu’il est répété 150 fois pour nous faire « rire ») pour arrêter de nous cacher derrière les vêtements les plus improbables, avoir des cheveux super propres et brillants, répondre aux gens, les reluquer aussi. En gros, un pénis donnerait des neurones en plus à celui qui le possède (parce que Jeanne n’est pas juste larguée avec ses deux minots – elle est juste conne sans sa teub). Sinon, vu que rien n’est drôle, les acteurs se contentent de tirer la grimace comme sur l’affiche (qu’est-ce qui est passé par la tête des jurés du festival d’Huez de récompenser Alice Belaïdi ?) pour dire aux spectateurs, probablement autant consternés que moi face à tant de débilités et de vide, que la scène est drôle. Manquerait plus que les rires en fond comme dans les sitcoms tellement on prend les spectateurs pour des cons.

Si j'étais un homme : Photo Alice Belaïdi, Audrey Dana

American Honey / Monsieur et Madame Adelman

American Honey

réalisé par Andrea Arnold

avec Sasha Lane, Shia LaBeouf, Riley Keough…

Drame américain, britannique. 2h43. 2016.

sortie française : 8 février 2017

Star, 17 ans, croise le chemin de Jake et sa bande. Sillonant le midwest à bord d’un van, ils vivent de vente en porte à porte. En rupture totale avec sa famille, elle s’embarque dans l’aventure. Ce roadtrip, ponctué de rencontres, fêtes et arnaques lui apporte ce qu’elle cherche depuis toujours: la liberté ! Jusqu’à ce qu’elle tombe amoureuse de Jake, aussi charismatique que dangereux…

American Honey : Photo Sasha Lane, Shia LaBeouf

American Honey, récompensé par le prix du jury au festival de Cannes (le troisième même prix de la carrière de la réalisatrice britannique Andrea Arnold après Red Road et Fish Tank), est un film sur une jeunesse paumée qui m’a laissée perplexe. Je lui reconnais des qualités mais qui sont aussi des choses qui m’ont aussi gênée. Par exemple, la durée, c’est-à-dire pratiquement 2h45. D’un côté, je ne me suis pas ennuyée alors que je m’y attendais (et c’est principalement pour cette raison que je n’ai pas voulu me déplacer dans les salles) et je comprends la démarche de la réalisatrice : la longueur permet certainement de mieux représenter littéralement l’errance juvénile (déjà représentée par la forme même du film : le road movie). Les répétitions, cette lassitude de cette vie de nomade (les jeunes vivent d’hôtels en hôtels en se faisant passer pour des vendeurs de magazines) semblent être volontaires. Cela dit, au bout d’un moment, ces choix finissent par ne plus être aussi pertinents que prévu. Je suis certaine qu’on aurait pu garder cette idée d’errance notamment par la longueur sans étirer à tout prix la durée excessive et selon moi pas très justifiée par rapport à ce que la réalisatrice nous narre. Concernant le scénario, là encore je suis partagée. L’histoire en elle-même est crédible, la réalisatrice s’est bien renseignée et documentée sur son sujet et j’ai tendance à aimer les films au style réaliste : on est d’ailleurs parfois proche du « documentaire », la caméra étant très proche des acteurs et la lumière naturelle prenant souvent place dans le cadre. Mais finalement, et encore une fois, mon reproche est certainement lié à la durée. rien ne m’a réellement surprise dans le déroulement de l’histoire. Evidemment, Andrea Arnold expose des enchaînements narratifs logiques, on ne peut pas lui faire tous les reproches du monde, mais j’ai trouvé tous les événements très attendus. Reste tout de même des décors magnifiquement bien filmés, le tout sur une bande-originale bien choisie et qui a du sens par rapport aux différentes scènes. De plus le casting est parfait. La débutante Sasha Lane est fascinante de spontanéité, Shia Labeouf prouve également qu’il peut être excellent quand il est bien dirigé dans des films intéressants ou encore Riley Keough (même si j’ai du mal à comprendre comment un personnage aussi jeune qu’elle puisse avoir autant de pouvoir sur des jeunes de son âge) est remarquable. A noter aussi de très bonnes interprétations de la part du reste de la troupe, pratiquement tous des non-professionnels.

American Honey : Photo Riley Keough, Shia LaBeouf


Monsieur et Madame Adelman

réalisé par Nicolas Bedos

avec Doria Tillier, Nicolas Bedos, Antoine Gouy, Denis Podalydès, Christiane Millet, Pierre Arditi, Zabou Breitman, Julien Boisselier…

Comédie dramatique française. 2h. 2016.

sortie française : 8 mars 2017

Comment Sarah et Victor ont-ils fait pour se supporter pendant plus de 45 ans ? Qui était vraiment cette femme énigmatique vivant dans l’ombre de son mari ?
Amour et ambition, trahisons et secrets nourrissent cette odyssée d’un couple hors du commun, traversant avec nous petite et grande histoire du dernier siècle.

Monsieur & Madame Adelman : Photo Doria Tillier, Nicolas Bedos

On connait davantage Nicolas Bedos le personnage public télé imbuvable que l’artiste (chroniqueur aussi dans la presse, dramaturge, écrivain, scénariste et acteur). Bedos passe désormais derrière la caméra avec Monsieur et Madame Adelman. Il a co-écrit le scénario avec Doria Tillier, connue pour avoir été une des Miss Météo dans l’émission de Canal + Le Grand Journal. Les deux, apparemment toujours en couple (information certes people mais qui peut être intéressante si on la lie au contenu du film), se sont également attribués les rôles principaux (les fameux Adelman du titre). Ainsi, Bedos et Tillier nous présentent l’histoire d’amour avec ses hauts et ses bas (surtout ses bas) d’un couple sur 45 ans. Victor, qui a emprunté le nom de sa femme dans le cadre de sa profession (« plus juif » parce que ça fait « plus Philip Roth » selon lui), est un écrivain qui galère quand il rencontre Sarah. Mais Sarah a fait des études de lettres à la Sorbonne : c’est elle qui va l’aider à mieux écrire ses romans, à lui donner des suggestions pertinentes notamment pour ses tournures de phrases etc… Au-delà d’un regard assez sombre et touchant sur les relations amoureuses face au temps à partir d’une fresque parfois parodiée avec un humour noir décapant et surprenant (les relations sexuelles sont complètement nulles, la fille des Adelman est insupportable, le fils est un handicapé mental rejeté par le couple Adelman pour son handicap justement !), Monsieur et Madame Adelman interroge intelligemment également sur les rapports entre l’écrivain et sa muse, et sur la femme de l’ombre laissant place au mari artiste. Le film, qui propose un twist plutôt saisissant, est également convaincant dans ses scènes mélancoliques. Cela dit, en dehors de ses moments justement assez cyniques qui prouvent justement que Bedos et Tillier sont capables de jouer avec les codes, on n’échappe pas totalement quelques clichés habituels hystériques. J’avoue avoir eu peur de revoir Mon Roi. Pour sa première réalisation, Bedos s’en sort en tout cas remarquablement bien. Mais c’est surtout l’écriture qui surprend davantage. Les interprétations sont également solides. Bedos et Tillier, qui se fondent merveilleusement dans les différents costumes (on sent que le déguisement les éclate : justement, le projet de ce film est né suite à leur amour pour se déguiser et l’improvisation), le tout dans des décors soignés, sont excellents même si Tillier a tendance à piquer la vedette à son partenaire. Ils ont également su communiquer leur évidente complicité à l’écran. Monsieur et Madame Adelman n’est peut-être pas le grand film qu’il aurait pu être, il lui manque ce quelque chose pour qu’on y adhère totalement mais il reste plutôt pertinent et on a bien envie de voir d’autres projets cinématographiques de Tillier et Bedos.

Monsieur & Madame Adelman : Photo Doria Tillier, Nicolas Bedos

Sherlock

Créée par Steven Moffat et Mark Gatiss

avec Benedict Cumberbatch, Martin Freeman, Andrew Scott, Mark Gatiss, Amanda Abbington, Rupert Graves, Louise Brealey, Una Stubbs, Toby Jones, Sian Brooke, Vinette Robinson, Lara Pulver, Katherine Parkinson…

Drame, policier britannique. 4 saisons. 2010-2017.

Les aventures de Sherlock Holmes et de son acolyte de toujours, le docteur Watson, sont transposées au XXIème siècle…

Sherlock : Photo

Sherlock Holmes fait certainement partie des oeuvres les plus adaptées au cinéma et à la télévision. Steven Moffat, connu pour son travail sur la célèbre série Doctor Who, et son compère scénariste Mark Gatiss (également le génial interprète de Mycroft Holmes, le frangin brillant de Sherlock), s’attaquent à une adaptation clairement plus moderne des oeuvres d’Arthur Conan Doyle. L’intrigue se déroule donc au XXIe siècle (bref de nos jours), Sherlock est donc toujours le brillant détective consultant asocial que l’on connait, toujours violoniste à ses heures perdues et également drogué lorsqu’il traverse les périodes les plus sombres. Son colocataire, qui deviendra son meilleur ami (que Sherlock le reconnaisse ou non), le Docteur John Watson, est un ancien médecin de l’armée britannique blessé en Afghanistan. Les deux compères collaborent également toujours pour Scotland Yard et affrontent également le même célèbre méchant : Moriarty. La liste pourrait s’allonger mais tout ça pour dire qu’il y a eu un véritable travail de transposition et d’adaptation. Moderniser des classiques connues et revues maintes fois est toujours un pari risqué. On aurait pu très vite entrer dans la surenchère et la superficialité, surtout quand on transforme Sherlock Holmes et John Watson en véritables geek (Holmes étant accro à son portable et aux réseaux sociaux, Watson raconte ses aventures policières avec Sherlock sur son blog très suivi). Pourquoi avoir rendu les aventures de Holmes dans une version moderne et technologique ? Parce que le Sherlock de Conan Doyle était lui-même un homme moderne, par rapport à son temps, s’intéressant aux techniques déjà présentes. J’ai lu quelques nouvelles des aventures de Holmes et j’ai aussi pris le temps de me renseigner sur toute l’intrigue. Les scénaristes sont donc parvenus à rendre justice à Conan Doyle : respecter son travail tout en proposant une relecture neuve et originale. Quant aux quelques ajouts ou modifications faites, on sent qu’ils n’ont pas été choisis au hasard : ils sont toujours là pour mieux surprendre le spectateur qui mérite qu’on lui propose un nouveau point de vue sur les personnages qu’on connait tous par coeur.

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En général, contrairement à la majorité des séries américaines non câblées (et encore), les séries britanniques proposent peu d’épisodes et prennent même le temps entre plusieurs saisons. C’est effectivement le cas chez Sherlock. Ainsi, la série est composée de quatre saisons (avec parfois des écarts de deux ans entre), chacune contenant trois épisodes de 1h30. Il ne faut également pas oublier l’épisode spécial, « L’Effroyable Mariée » (« The Abominable Bride »), qui présente une confrontation entre Sherlock et Moriarty dans une réalité alternative victorienne : on doit découvrir cet épisode en question entre la fin de la saison 3 et le début de la saison 4. Chaque épisode est donc soigné sur tous les points : personnages, narration (qui va au-delà de la simple question de la réécriture), mise en scène et même esthétique (avec une jolie photographie appuyant sur le bleu/gris, sorte de rappel subtil entre le lieu – Londres – et la technologie). La série n’hésite également pas à mêler différents tons tout en gardant sa cohérence. Par exemple, l’épisode du mariage de Watson et Mary est tellement drôle que j’en ai eu mal au ventre (et cela n’empêche pas de voir un scénario et un montage juste hyper bien foutus) tandis que l’épisode final est extrêmement bouleversant (j’avais le coupe soufflé les dix dernières minutes et je ne ressens pas forcément cela pour toutes les séries que je regarde) pour ne citer que cet exemple-là (le premier épisode de la quatrième l’est également et quelle claque !). Par ailleurs, la série s’assombrit au fil des saisons sans tomber dans la caricature : en effet, on a vu dans beaucoup de films et de séries désormais des héros qui doivent apprendre à affronter eux-mêmes et leur passé. Il y a parfois eu des réussites, parfois c’est juste lourdingue. Sherlock entre heureusement dans la première catégorie. Au-delà de la question de l’adaptation moderne et d’enquêtes toujours bien foutues (qui parviennent à nous surprendre alors qu’on connaît déjà plus ou moins certaines grosses lignes vu qu’on connaît les oeuvres originales), qu’est-ce qui pourrait expliquer un tel succès ? Au-delà de nous raconter des intrigues qui nous clouent parfois au sol, Sherlock est bien plus qu’un portrait d’un personnage extraordinaire (ou des portraits) : on nous parle finalement d’amour, d’amitié et de famille. Je dirais aussi que l’une de ses principales qualités, en dehors de tout ce que j’ai déjà pu citer, réside dans le traitement des personnages.

Photo Amanda Abbington, Benedict Cumberbatch, Martin Freeman

On aurait pu tomber dans certains excès en nous présentant un personnage principal lui-même très excessif. Pourtant, si on est face à un personnage atypique et déroutant, Sherlock est un personnage bel et bien profond et complexe. De plus, pour un personnage aussi asocial, ses interactions avec les personnages, surtout Watson et Moriarty, sont magistrales. Son amitié, voire même sa bromance avec John Watson, est pour moi magique. Et le spectateur se met justement dans la peau de Watson : fasciné et interloqué par Sherlock. Benedict Cumberbatch est tout simplement parfait dans le rôle de Holmes. Physiquement, évidemment, quelque fonctionne pour contribuer à l’étrangeté même du personnage : il a l’air de sortir d’une autre planète mais il garde sa classe à la britannique. Son physique est un mélange entre son côté atypique et son intelligence bien supérieure à la moyenne. Martin Freeman est également fabuleux dans le rôle de Watson. Il parvient à être charismatique tout en gardant sa banalité, en contraste avec son partenaire. Et leur duo (ou même couple) fonctionne parfaitement : c’est même une évidence de les retrouver ensemble à l’écran. Les seconds rôles sont également excellents. Comment ne pas évoquer Andrew Scott, formidable en Moriarty (perturbant même durant son absence), Mark Gatiss en Mycroft (son rôle prend de plus en plus d’importance et tant mieux) ou encore Amanda Abbington (au moment du tournage, compagne dans la vraie vie de Martin Freeman) en Mary Watson (décidément, beaucoup de gens sont intelligents dans cette série et mieux : ils parviennent à se rencontrer !) pour ne citer qu’eux. Sherlock n’est alors pas uniquement désormais un produit de pop culture : c’est un exemple même de ce qui s’est fait de mieux à la télévision ces dernières années. Comme quoi, mêler le divertissement et l’exigence (que ce soit en écriture ou en mise en scène) reste encore possible.

Sherlock : Photo Benedict Cumberbatch

Girls

Créée par Lena Dunham et Jenni Konner

avec Lena Dunham, Allison Williams, Jemima Kirke, Zosia Mamet, Adam Driver, Andrew Rannells, Alex Karpovsky, Becky Ann Baker, Peter Scolari, Christopher Abbott, Ebon Moss-Bachrach, Corey Stoll, Riz Ahmed, Gaby Hoffmann, Rita Wilson, Patrick Wilson, Matthew Rhys, Jon Glaser, Jake Lacy, Jenny Slate, Amy Schumer, Shiri Appleby…

Comédie dramatique. 6 saisons. 2012-2017. 

L’entrée dans la vie active de quatre jeunes filles d’une vingtaine d’années, de leurs humiliations à leurs rares triomphes. Hannah, l’éternelle stagiaire, rêve de devenir écrivain ; Marnie, la jeune fille intelligente et rangée au premier abord ; Jessa qui vivote telle une hippie et sa cousine Shoshanna, une ambitieuse étudiante qui n’a pas sa langue dans sa poche.

Photo Jemima Kirke, Lena Dunham, Zosia Mamet

Je vous préviens, je ne vais pas hésiter à spoiler et même dès les premières lignes. J’avais déjà rédigé un billet sur la toute première saison de Girls, dans l’espoir de livrer une critique de chaque saison. J’ai abandonné l’idée pour deux raisons. Dans un premier temps, cette entreprise est évidemment trop longue et j’ai encore trop de critiques de séries à rédiger. Puis, surtout, cela ne serait pas forcément pertinent dans le cadre de Girls, série créée par Lena Dunham (décidément, elle multiplie les casquettes) et Jenni Konner et produite par le roi de la comédie américaine actuelle, Judd Apatow : qu’on aime ou pas cette série (ce qui est compréhensible), elle a au moins le mérite de présenter les six saisons avec une véritable cohérence. Pour certains éléments de l’intrigue (notamment concernant la grossesse d’Hannah à la saison 6), Lena Dunham a révélé qu’elle les avait en tête depuis les débuts de la série. En effet, beaucoup d’éléments qui peuvent sembler anodins reviennent et prennent leur importance dans les saisons suivantes. Ainsi, la série est pour moi si cohérente que je l’ai revue volontiers et à trois bonnes reprises. Et ce fut nécessaire de la revoir à chaque entier, comme si je remarquais de nouvelles choses. En effet, j’ai un drôle de rapport : j’aimais bien Girls à ses débuts mais sans plus. Je voyais aussi pas mal ses défauts et surtout j’avais tendance à avoir un mauvais jugement sur les quatre personnages principaux. Je suis cette série depuis pas mal d’années, j’ai grandi avec les personnages et j’ai moi-même « grandi » entre-temps. Finalement, à force de revoir la série, je commençais à comprendre son succès et surtout à l’apprécier à sa juste valeur (même si j’ai parfaitement conscience qu’on puisse rejeter en bloc la création de Dunham). Je pourrais certainement écrire un billet entier sur les personnages : oui, elles sont bourrées de défauts. Oui, on a même parfois envie de les secouer, de les gifler. Non, je ne suis pourtant « trash » ou quoi que ce soit (la série étant souvent associée à ce mot). Pourtant, Hannah, Marnie, Jessa et Shoshanna me représentent, tout comme elles représentent mes amies et même d’autres filles de ma génération. Comme le disait Hannah au tout début de la saison 1 (certes sans aucune modestie, mais ça c’est Hannah), elle est la voix de sa génération.

Photo Andrew Rannells, Lena Dunham

Girls m’agaçait au début pour son côté très cru, voire même vulgaire, et pour son scénario qui commençait à faire du surplace. En effet, dans une série, on a tendance à attendre une évolution des personnages. Or, pour attendre un réel déclic de la part des personnages, on doit attendre un certain nombre de temps. Et encore, je ne parle pas de tous les personnages : certains seront incapables de changer, ils resteront dans la destruction alors que la possibilité de vivre une vie meilleure et paisible n’était pas si lointaine. Pour le surplace, Hannah pense qu’elle va enfin réussir, juste après tout s’effondre pour elle, que ce soit par sa faute (quand elle retourne à la fac loin de chez elle) ou par un concours de circonstances. On a donc la sensation que ce personnage n’avance pas et du coup que le scénario non plus. Or, Dunham fait justement un choix judicieux en présentant des personnages qui se cassent la gueule, qui ne parviennent pas à réaliser leurs rêves, qui vont même devoir faire des compromis en attendant de pouvoir arriver à leurs buts. La seule qui semble sortir de ce schéma est l’ambitieuse et lucide Shoshanna. Au début étudiante, vierge et innocente, elle n’hésitera pas à dire plusieurs fois ses quatre vérités au reste de la bande (et à prendre la douloureuse – mais meilleure – décision finale à la fin de l’épisode 9 de la saison 6) et surtout à prendre son destin en main quitte à passer pour une connasse ingrate (alors qu’elle était certainement le personnage le plus pétillant de la série). La série s’appelle Girls mais Hannah reste le personnage pilier. On a envie de lui donner des claques, de la secouer face à son égoïsme, défaut qui disparaîtra à la naissance du petit Grover. Je n’ai jamais aimé les films ou les séries qui mettaient en avant la naissance d’un enfant pour sauver le ou les parent(s) parce que cela ne correspond pas du tout à mes convictions personnelles. Cela dit, ce choix reste tout de même intéressant par rapport à tout ce que Dunham a mis en place depuis les débuts de Girls : avec un enfant, Hannah sera obligée de devenir responsable et de s’occuper de quelqu’un d’autre que d’elle-même.

Photo Lena Dunham

J’avoue que cette grossesse finale m’a surprise de la part de Lena Dunham. Certaines féministes (certaines, car je refuse de mettre tout le monde dans le même sac – et je me sens moi-même féministe : chacun(e) sa définition) n’auraient pas nécessairement ressenti l’envie de transformer l’héroïne en jeune mère de famille. Certaines (je fais référence à des « articles » que j’ai hélas lus sur des sites revendiqués féministes) rejettent même la grossesse en bloc. On a beau insulter Dunham pour ses positions féministes (non, le féminisme n’a rien d’un gros mot), elle n’est pas tombée dans certaines idées qui pourraient sembler extrémistes. Beaucoup ont pointé du doigt le tout dernier épisode qui se concentre sur l’après-naissance du petit Grover. Hannah cohabite désormais avec sa mère (qui apprend à vivre seule – son mari ayant enfin accepté son homosexualité après l’avoir tant renié) et sa véritable meilleure amie Marnie, toujours là (sa présence dans la vie d’Hannah sera grosso modo sa seule victoire vu ses échecs amoureux et professionnels). Effectivement, l’épisode 9 de la saison 6 qui réunissait pour la dernière fois les quatre filles vedettes de la série aurait pu être une véritable fin. On devinera (ou supposera) les vies que mèneront Adam et Jessa (des artistes qui réussiront peut-être professionnellement mais qui ne connaîtront que la destruction), Shoshanna (désormais une bobo méprisante à la vie rangée), Elijah (on veut un spin-off sur ses aventures d’artiste !) ou encore Ray qui rencontre l’amour (et pour une fois, il n’y a pas de discours ou d’intrigue autour du fait que sa dulcinée est obèse) va enfin s’investir dans un projet professionnel qui devrait le sortir de l’ennui. Mais justement, la force de Girls est de ne pas tomber dans ce qui était attendu. L’histoire entre Adam et Hannah, certes belle mais trop sombre, est belle et bien terminée, l’amitié entre les quatre jeunes femmes ne peut pas tenir et n’a peut-être d’ailleurs jamais existé. Beaucoup de séries auraient décidé de satisfaire les fans avec un véritable happy end. Ici, il ne s’agit pas d’un bad end ou quelque chose de ce style. On nous présente juste la vie ordinaire avec ses bons et ses mauvais côtés, ses rêves réalisés ou non (ou peut-être en attente).

Photo Adam Driver, Alex Karpovsky

New York est également au coeur de Girls. Cette ville est souvent glamourisée ou valorisée. On a d’ailleurs dit que la série de Dunham était une sorte d’anti-Sex and the City (les deux séries ayant été diffusées sur HBO). Quatre filles à New York donc à part que dans Girls ce même New York ne fait pas rêver : il n’y a pratiquement pas de boulot (et quand il y en a, ils craignent), les appartements sont sombres et délabrés, les gens sont teubés. Hannah (et les autres au passage) semble être la pure New-Yorkaise de son époque : à l’aise dans les fêtes, elle-même un peu fêlée et prête à toutes les expériences, artiste un peu torturée sur les bords, Hannah va pourtant se rendre à l’évidence : New York ne lui a apporté que des merdes. Elle pourrait avoir une vie tranquille (elle se confronte d’ailleurs à cette possibilité, qu’elle rejettera, lors de sa rencontre avec un beau et riche médecin en la personne de Patrick Wilson) mais pas à New York. Girls, c’est pour moi une série extrêmement lucide et sombre (mais pas nécessairement pessimiste, juste réaliste) sur la vie des ces jeunes gens (je dis « gens » parce que contrairement à ce qu’annonce le titre, les mecs ne sont pas du tout délaissés dans l’histoire) qui sont encore entre deux phases, l’adolescence et le monde des adultes. Je trouve qu’il n’y a pas tant que ça de séries et/ou de films qui traduisent vraiment ce sentiment, et avec justesse, à cette période de cette existence (on a plutôt davantage à voir le fameux passage à l’âge adulte sur des teen movies par exemple). Dunham sait alors parler de jeunes gens pas toujours prêts à affronter le monde et au fil des saisons a su aussi aborder de sujets de société, notamment sur la culture du viol. Un des derniers épisodes, « American Bitch« , qui nous présente une sorte de match-interview entre Hannah et un auteur accusé de viol style Woody Allen/Roman Polanski était tout simplement d’une très grande pertinence (je vous conseille de découvrir l’épisode en question – c’est limite le seul épisode qu’on peut regarder sans connaître la série). Alors on pourra évidemment rejeter cette série à cause de sa dimension trash (qui me dérangeait mais selon moi les scènes ne sont pas si gratuites qu’on pourrait le croire) mais Dunham est une formidable auteure et observatrice de son temps, pleine d’audace. J’espère qu’elle continuera à nous proposer du contenu de qualités que ce soit à la télé ou ailleurs.

Photo Allison Williams, Lena Dunham

Moonlight

réalisé par Barry Jenkins

avec Alex R. Hibbert, Ashton Sanders, Trevante Rhodes, Mahershala Ali, Naomie Harris, Janelle Monáe, Andre Holland, Jaden Piner, Jharrel Jerome…

Drame américain. 1h50. 2016.

sortie française : 1 février 2017

moonlight

Après avoir grandi dans un quartier difficile de Miami, Chiron, un jeune homme tente de trouver sa place dans le monde. Moonlight évoque son parcours, de l’enfance à l’âge adulte.

Moonlight : Photo Alex R. Hibbert, Mahershala Ali

Moonlight, déjà lauréat du Golden Globe du meilleur drame, a gagné l’Oscar du meilleur film (dans la plus grande confusion… j’en rigole encore !) face à son grand concurrent, La La Land. Il a aussi remporté deux autres importantes récompenses, à savoir celles du meilleur acteur dans un second rôle (pour Mahershala Ali) et du meilleur scénario adapté. Il a aussi cartonné aux Independent Spirit Awards et a évidemment récompensé ailleurs. Le succès de ce petit film peut surprendre, Barry Jenkins étant un réalisateur inconnu aux yeux du public (et même auprès des cinéphiles) et surtout le sujet est tout de même assez lourd et même puissant, il a même quelque chose de nécessaire. En effet,  un grand nombre de drames apparaît dans le scénario (ça pourrait presque faire penser à Precious de Lee Daniels) : un gamin afro-américain qui découvre son homosexualité dans une communauté qui rejette cette identité s’isole de plus en plus face au harcèlement et au comportement désastreux et destructeur de sa mère qui se drogue, se prostitue et le maltraite. Moonlight est à l’origine une pièce du dramaturge Tarell Alvin McCraney, In Moonlight Black Boys Look Blue. Elle fait aussi écho aux vies de l’auteur de la pièce et du réalisateur de son adaptation (les deux ne se connaissant pas) : ils ont fréquenté la même école et le même collège à Liberty City (Miami) et leurs mères ont toutes les deux rencontré des problèmes avec la drogue (la mère de Jenkins a surmonté sa toxicomanie tout en restant séropositive pendant 24 ans, celle de McCraney est morte du Sida). Moonlight mérite-t-il alors toutes les louanges qu’il a reçues et surtout son Oscar du meilleur film ? Pour moi non. Certes, il ne s’agit pas d’un mauvais film, loin de là (je lui reconnais volontiers des qualités). Son Oscar du meilleur film me semble tout de même plus symbolique voire même politique (notamment une réaction à la polémique « Oscars So White » survenue l’an dernier qui reste malgré tout encore présente dans nos esprits) que cinématographique même si je suis certaine que beaucoup de gens trouveront ce prix mérité pour des raisons plus artistiques. Il faut dire que Moonlight a un petit quelque chose de révolutionnaire mine de rien : le casting est entièrement de couleur noire.

Moonlight : Photo Alex R. Hibbert

Moonlight est construit en trois parties clairement affichées et nommées : la première, « Little », suit Chiron enfant, lorsqu’il rencontre Juan, un dealer cubain qui deviendra pour lui la figure paternelle qui lui manque. Il ne comprend pas pourquoi on le traite de « tapette ». Dans la deuxième partie, « Chiron », le personnage principal devenu adolescent, se fait encore harceler par ses camarades de classe. Son homosexualité ne fait que se confirmer par un véritable contact physique. Enfin, la dernière partie, « Black », nous présente toujours ce fameux Chiron devenu adulte et méconnaissable, éloigné de sa ville d’origine. En mode gros dur, sa route recroise celle de son premier amant. J’appelle ça des parties, mais on pourrait les nommer des chapitres voire même des actes : si le film n’a pas l’air littéraire, il a pourtant une construction qui fait penser à cet art. Je savais, par par son prix aux Oscars, qu’il s’agissait d’une adaptation mais pas nécessairement d’une pièce. Pourtant, durant ma séance, j’ai fini par comprendre ce lien avec le théâtre et pas uniquement par cette forme assez visible : la manière d’aborder le personnage principal, le rythme de certaines répliques etc… Cela dit, je ne fais pas ici de reproches, mais plus un constat de mon ressenti. Il y a donc derrière un réel travail intéressant d’écriture (et je comprends davantage son Oscar de la meilleure adaptation même si je n’ai pas vu la pièce d’origine) même si paradoxalement ce sont aussi certainement des éléments liés à cette écriture qui m’ont gênée. Les dialogues m’ont semblé assez justes et les effets d’écho plutôt pertinents : ainsi, même lorsque l’histoire se déroule sur plus de dix ans, on ne perd pas non plus en route certaines informations qu’on a reçues et qu’on aurait pu oublier. Par exemple, même lorsqu’on ne voit plus à l’écran Juan, que ce soit dans la seconde ou troisième partie, on a l’impression qu’il est toujours présent au côté de Chiron. Mais je reste partagée sur l’utilisation des différentes ellipses. Certes, pour gagner du temps (pas évident de retracer la vie d’un personnage sur une quinzaine d’années voire peut-être plus), les ellipses étaient évidemment nécessaires. Il y a une idée de se concentrer sur l’essentiel.

Moonlight : Photo Naomie Harris

Cela dit, par ce choix, selon moi, Chiron est un personnage qui manque de développement, même un peu de consistance. De plus, j’étais frustrée de ne plus voir les personnages secondaires, même si encore une fois le scénario fait des efforts pour qu’on ne les oublie pas. Mais cet effet n’est hélas pas totalement réussi. J’ai également ressenti une autre frustration : le film n’étant pas hyper rythmé (ça ne m’a pas aidée à l’apprécier convenablement), à chaque fois que je commençais à entrer dans l’histoire, en la trouvant intéressante, on nous la brise justement par ces ellipses. Je suis d’ailleurs partagée sur la fin, j’ai l’impression que je n’ai pas la même interprétation que la plupart de mes copains blogueurs. La mise en scène est plutôt intéressante dans le sens où on sent que rien n’est laissé au hasard, il y a même des symboliques assez fortes (cette scène de baignade au début est très riche sur différents niveaux). Cela dit, à l’image de son sens esthétique (on passe parfois un peu trop brutalement à des scènes très réalistes à d’autres bien plus soignées et colorées ou encore il y a des effets de style un peu surperflus), elle reste pour moi parfois maladroite. Heureusement, le casting est très bon. Parmi les personnalités non connues par le grand public, le trio Alex R. Hibbert, Ashton Sanders et Trevante Rhodes est impeccable. Individuellement, chaque interprète est effectivement remarquable mais ce qui l’est encore plus c’est de constater la cohérence d’interprétation entre ces trois acteurs. Même si je reproche un certain manque de développement chez Chiron, en revanche on ressent pourtant bien à l’écran une certaine évolution qui fonctionne justement grâce à cette succession d’acteurs. Le changement d’acteurs ne choque jamais, on voit tout le temps à l’écran Chiron et non des trois acteurs qui interprètent un même rôle. Et cela est encore plus fort lorsqu’on sait que Hibbert, Sanders et Rhodes ne se sont pas rencontrés sur le tournage. Oscarisé, Mahershali Ali (qu’on voit hélas trop peu) est impeccable dans le rôle de ce personnage qui n’a rien d’un enfant de choeur et pourtant qui accompagne merveilleusement bien Chiron qui s’interroge sur son identité. J’étais heureuse de retrouver à l’écran dans les dernières Andre Holland, qu’on voit décidément de plus en plus. Enfin, parmi les rôles féminins, Naomie Harris (nommée aux Oscars) et Janelle Monáe sont également impeccables.

Moonlight : Photo Andre Holland, Trevante Rhodes

Divines

réalisé par Houda Benyamina

avec Oulaya Amamra, Déborah Lukumuena, Jisca Kalvanda, Kevin Mischel, Farid Larbi…

Drame français. 1h45. 2016.

sortie française : 31 août 2016 (sortie dvd : 3 janvier 2017)

interdit aux moins de 12 ans

Film vu dans le cadre de Dvdtrafic : un grand merci à Cinetrafic ainsi qu’à Diaphana.

Cinetrafic propose plusieurs listes qui pourraient vous intéresser : le meilleur des films dramatiques français, les meilleurs films dramatiques de 2016 et les meilleurs films dramatiques français de 2016.

divines

Dans un ghetto où se côtoient trafics et religion, Dounia a soif de pouvoir et de réussite. Soutenue par Maimouna, sa meilleure amie, elle décide de suivre les traces de Rebecca, une dealeuse respectée. Sa rencontre avec Djigui, un jeune danseur troublant de sensualité, va bouleverser son quotidien.

Divines : Photo Oulaya Amamra

Divines n’était pas un film qui m’attirait pour plusieurs raisons. La première raison concerne la réaction plus que survoltée de la réalisatrice Houda Benyamina au festival de Cannes lorsqu’elle a reçu la Caméra d’or. J’aime bien la spontanéité (parfois ça fait du bien dans des univers guindés) mais son hystérie m’avait réellement agacée (le discours en question avait été particulièrement long et ponctué de phrases pas d’une grande finesse). De plus, je redoutais de voir une sorte de retour de Bande de filles de Céline Sciamma (oui le point commun un peu bateau de départ : une réalisatrice signe un film avec des jeunes filles dans une cité), un de mes cauchemars de 2014 et je ne suis pas non plus spécialement fan de La Haine de Mathieu Kassovitz (ni plus généralement des films sur la cité). Divines n’est pas un film parfait mais il s’agit d’une très bonne surprise (venant d’être nommée aux Golden Globes dans la catégorie « meilleur film étranger »). Il faut aussi se remettre dans le contexte qu’il s’agit d’un premier long-métrage. Certes, parfois Houda Benyamina se laisse déborder par son énergie. On pourra aussi dire que certaines intentions sont peut-être parfois un peu trop appuyées. Mais dans l’ensemble, au-delà d’une fraîcheur qui décoiffe, ce qui m’a sauté aux yeux est la cohérence même entre les différents axes narratifs, les thèmes abordés et les genres qui s’entrechoquent alors qu’on aurait pu reprocher à la réalisatrice de s’éparpiller. En effet, le film démarre comme une énième chronique sociale, puis il tend davantage vers le thriller coup de poing (oui, certaines scènes sont violentes) en passant par la romance. Mais surtout, pour moi, Divines est une tragédie moderne dans un univers pas nécessairement associé à ce genre « noble ». Le film devait s’intituler Bâtardes (en référence à l’insulte régulière que reçoit Dounia) mais le titre Divines montre bien justement cette envie de rendre les personnages plus élevés même si leur statut social les empêche d’accéder à ce rêve. La rencontre entre Dounia et le jeune danseur Djigui est intéressante : Djigui est celui qui représente la possibilité de sortir d’un certain schéma social via l’art et un travail acharné. Dounia rêve de féminité (même si elle ne l’avoue pas publiquement en préférant porter de larges joggings et garder les cheveux attachés par exemple), d’amour (même chose), de gagner bien sa vie (il faut bien voir une des premières scènes où on a pourtant envie de la gifler face au manque de respect flagrant face à une de ses profs), d’avoir un vrai beau logement (il faut dire qu’elle vit clairement dans un bidonville).

Divines : Photo Déborah Lukumuena, Jisca Kalvanda, Oulaya Amamra

Dounia préfère choisir une voie illégale, certainement plus « facile » (« Money, money, money » comme elle aime le dire avec sa meilleure amie). Le scénario, au-delà de mêler avec une certaine habilité plusieurs genres et points narratifs, comporte un discours politique puissant (clairement autour du déterminisme social) qui appuie encore plus la dimension tragique de cette oeuvre. La mise en scène de Houda Benyamina n’est certes pas parfaite mais son énergie constante est à prendre en compte et on peut même remarquer des tentatives plus qu’intéressantes. Si je ne suis pas très convaincue par le générique avec le téléphone portable (même si l’idée reste louable), en revanche j’ai énormément aimé cette fameuse séquence « avec » la Ferrari, très créative et porteuse de sens par rapport aux ambitions des héroïnes. Houda Benyamina a également su cerner et dessiner ses personnages féminins qui sont finalement assez complexes. Même si elle se revendique humaniste, elle représente désormais pour moi une figure féministe et son film va logiquement dans ce sens. Ce film fait d’ailleurs du bien dans le paysage cinématographique actuel de ce point de vue en question (même si nous sommes d’accord que les bonnes intentions ne font pas les bons films comme j’aime bien le répéter). Les personnages féminins présentés ne sont pas des anges (elles sont dans l’illégalité et peuvent être très agressives gratuitement), on pourrait même les détester vu le comportement qu’elles peuvent adopter. Mais elles sont toutes attachantes, même avec leurs actes totalement condamnables. Par ailleurs, l’amitié entre Dounia et Maimouna est très touchante et forte. Les actrices (parce que je parle des personnages féminins mais les acteurs, dont Kevin Mischel et Farid Larbi, sont également concernés) sont d’ailleurs toute formidables, surtout en tête Oulaya Amamra (frangine de la réalisatrice) qui est bluffante. J’espère qu’elle remportera le César du meilleur espoir féminin (et elle a ses chances). Pour conclure, Divines reste une belle surprise cinématographique de l’année (on peut même parler de coup de poing) prouvant de nouveau qu’il y a encore des talents en France. L’ensemble, bien rythmé et captivant, est attachant, engagé et puissant, nous faisant voguer dans différentes émotions (je dois même avouer avoir été assez émue par la fin – quelques larmounettes en ce qui me concerne). On pourra alors se féliciter de voir une jeune réalisatrice avoir « du clito » !

Divines : Photo Kevin Mischel, Oulaya Amamra

Where to Invade Next

réalisé par et avec Michael Moore

Documentaire américain. 2h. 2015.

sortie française : 14 septembre 2016

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Dans son nouveau documentaire, Michael Moore décide de s’amuser à envahir le monde pour déterminer ce que les États-Unis peuvent apprendre des autres pays.

Where To Invade Next : Photo Michael Moore

Présenté dans plusieurs festivals (Toronto, Berlin, Deauville…), probablement dans la liste des prochains nommés aux Oscars dans la catégorie « meilleur documentaire » (le contraire me décevrait), Where to invade next marque le retour de Michael Moore devant et derrière après six années d’absence. Le bonhomme est toujours aussi engagé et surtout aussi critique envers son pays d’origine, les Etats-Unis. A partir de son expérience personnelle et de ses voyages, Michael Moore se met en scène : comment peut-il aider le gouvernement américain à améliorer les conditions de vie de ses citoyens et plus généralement son système ? Comme on dit, l’herbe est toujours plus verte ailleurs ! Le réalisateur de Bowling for Columbine part alors dans différents pays Européens (ainsi qu’en Tunisie) afin de leur piquer leurs bonnes idées pour les redonner aux Américains : le travail (et tout ce qui va avec, notamment les congés payés) en Italie, l’école du bonheur en Finlande, les bonnes cantines en France, l’université gratuite en Slovénie, le travail de mémoire pour aller de l’avant en Allemagne qui traite bien ses employés au travail, les prisons en Norvège (qui interrogent aussi sur la question de la peine de mort), la chute des banquiers et la lutte des femmes en Islande,  l’interdiction de condamner toute personne possédant de la drogue (et en proposant de les aider à ne plus être dépendant) au Portugal ou encore le printemps arabe en Tunisie. Certains points sont évidemment discutables lorsqu’on en connait certains. On sait par exemple, de notre point de vue français, que les cantines dans l’Hexagone ne sont pas toutes excellentes comme celle présentée dans le film (qui se situe en Normandie). Ce n’est qu’un exemple parmi d’autres. Cela dit, sans vouloir défendre bêtement à tout prix ce film, cela ne m’a pas gênée pour plusieurs raisons. La première est que Michael Moore assume clairement (en le disant même assez tôt dans le film, après son escapade en Italie) ce choix : il ne va évidemment pas montrer les failles (heureusement sinon on ne s’en sortirait plus) ou les choses qui ne vont pas dans les pays que je viens de citer. Il sait qu’on ne vit pas dans le monde des Bisounours. Il a l’air candide mais tout ça reste de la mise en scène complètement assumée. Cela nous pousse alors à notre deuxième point : même s’il y a des choses certainement imparfaites dans n’importe quel pays, il faut savoir relativiser lorsqu’on sait que l’on possède des choses plus positives qu’ailleurs, même lorsque cet ailleurs fait rêver tout le monde (ou presque). Ce que je veux dire est que même une cantine médiocre en France restera meilleure qu’une cantine moyenne américaine.

Where To Invade Next : Photo Michael Moore

Troisièmement, et c’est peut-être le point le plus important à retenir, le but est d’exposer clairement sa critique envers les Etats-Unis et de poser de bonnes questions pour pouvoir changer son pays. Surtout Michael Moore parvient répondre à sa problématique de base : peut-on améliorer le système américain en piquant des idées aux autres ? La réponse va alors bien plus loin qu’un simple oui ou non. Le film a beau être critique envers les Etats-Unis (ce qui n’est pas une surprise venant de Michael Moore), il est pourtant étonnamment optimiste. Là encore dit comme ça on pourrait avoir l’impression d’être dans le pays des Bisounours. Mais le message est réellement fort : les Etats-Unis ont les cartes en main depuis très longtemps, les autres n’ont fait que piquer leurs idées qu’ils n’ont pas su mettre en place ! Le discours de Moore, évidemment appuyé par sa part de mise en scène qui séduira certains (dont moi) tout comme il pourra énerver d’autres spectateurs, m’a séduit et m’a paru pertinent. Je dois même admettre que j’ai eu l’impression d’élargir mon champ de vision en ce qui concerne certains points (notamment sur l’esclavage moderne dans les prisons américaines, je n’avais jamais étudié cette question de cette manière !). Surtout, au-delà d’une réelle réflexion, les séquences provoquent diverses réactions dans le sens où on passe volontiers du rire (notamment avec un Michael Moore faussement étonné par ses découvertes – que ce soit face aux cantines françaises sans fast-food et Coca ou en Italie avec les congés payés) à de l’émotion (je pense par exemple à la rencontre du père d’un des garçons tués par le monstrueux et glaçant Anders Breivik). Les rencontres entre les différents intervenants (politiciens, patrons, travailleurs, enfants, étudiants, prisonniers etc… bref, c’est assez varié comme vous pouvez le constater) sont également très enrichissantes. Le tout a beau durer deux heures, le temps passe très vite, l’ensemble est rythmé ça ne m’a pas paru barbant ou quoi que ce soit de ce genre. Il faut dire qu’au-delà d’un discours que j’ai trouvé passionnant et un Michael Moore toujours attachant, le montage est assez bien foutu, les plans soignés et surtout il y a une logique entre les différents voyages, une réelle connexion entre chaque pays et thèmes abordés. La pédagogie n’a alors absolument rien d’un gros mot, bien au contraire. Where to invade next est, malgré des reproches possibles à faire selon le point de vue, un documentaire passionnant, original et rafraîchissant.

Where To Invade Next : Photo Michael Moore

C.R.A.Z.Y.

réalisé par Jean-Marc Vallée

avec Michel Côté, Marc-André Grondin, Danielle Proulx, Pierre-Luc Brillant…

Drame canadien. 2h09. 2005.

sortie française : 3 mai 2006

Movie Challenge 2016 : un film ayant lieu dans un endroit que j’ai toujours rêvé de visiter 

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Un portrait de famille qui dépeint la vie souvent extraordinaire de gens ordinaires à la poursuite de leur bonheur.
De 1960 à 1980, entouré de ses quatre frères, de Pink Floyd, des Rolling Stones et de David Bowie, entre les promenades en moto pour impressionner les filles, les pétards fumés en cachette, les petites et grandes disputes et, surtout, un père qu’il cherche désespérément à
retrouver, Zac nous raconte son histoire…
25 décembre 1960 : Zachary Beaulieu vient au monde entre une mère aimante et un père un peu bourru mais fier de ses garçons.
C’est le début de C.R.A.Z.Y., le récit de la vie d’un petit garçon puis d’un
jeune homme pas comme les autres, qui va jusqu’à renier sa nature profonde pour attirer l’attention de son père.

C.R.A.Z.Y. : Photo Marc-André Grondin

Jusqu’à présent, les films américains de Jean-Marc Vallée m’avaient fortement déçus. Je n’ai pas compris le succès de Dallas Buyers Club malgré le talent de Matthew McConaughey et Jared Leto et Wild était pour une énorme daube. Mais je tenais à donner au réalisateur canadien une dernière chance en découvrant un film plus local, probablement plus authentique, loin des attentes hollywoodiennes. Surtout, C.R.A.Z.Y. a permis au réalisateur de poursuivre sa carrière aux Etats-Unis. Ce film (à regarder avec des sous-titres, l’accent étant parfois incompréhensible pour nous) a rencontré un véritable succès au Québec (et plus généralement dans le monde) en accueillant dans les salles un million d’entrées sur pratiquement 7,5 millions d’habitants ! Il a aussi reçu une flopée de récompenses dont 13 Jutras (l’équivalent québécois des César) pour 14 nominations et 10 Génies (les prix concernant l’ensemble du cinéma canadien). En tout cas j’ai toujours entendu du bien de ce film, j’en attendais beaucoup. Heureusement, je n’ai pas été déçue et j’aimerais bien que ce monsieur Vallée retourne à ce genre de film plutôt qu’à des machins insipides juste réalisés pour être dans la course aux Oscars. Je ne crie pas non plus au chef-d’oeuvre (il y a selon moi quelques clichés qui auraient pu être évités) mais c’est tout de même un film qui fait plaisir à voir, qui reste bien fait dans son genre, avec de l’honnêteté et qui parvient à toucher. C.R.A.Z.Y. fait référence à la chanson homonyme de Patsy Cline – le père de la famille Beaulieu étant un grand amateur de chansons françaises. Ce titre représente aussi les initiales des cinq enfants (que des mecs) de la famille : Christian, Raymond, Antoine, Zachary et Yvan. Le long-métrage suit surtout l’un d’entre eux, Zach, qui vit mal son homosexualité au sein d’une famille très catholique dans les années 60-70 (époque par ailleurs très reconstituée avec de nombreux détails), époque également de la libération des moeurs qui passe notamment avec l’évolution de la musique dans l’histoire. Quand je parle de famille, je parle donc du père, totalement homophobe et intolérant, toujours coincé avec ses chansons d’Aznavour tandis que ses garçons écoutent du Bowie. Zach est prêt à renier sa véritable identité pour se faire aimer de ce père qui aime certainement ses enfants mais qui préfère privilégier ses convictions (certainement liées à l’époque et son éducation) qu’au bonheur de ses gosses. Cela montrera d’ailleurs les limites de cette éducation qui n’épargnera pas l’un des enfants Beaulieu par les ravages de la drogue.

C.R.A.Z.Y. : Photo Marc-André Grondin, Pierre-Luc Brillant

Si nous avons parlé du rôle du père, celui de la mère est également très important. Figure davantage plus doux et tolérant – même si elle ne parvient pas à raisonner son époux (vu les différents contextes, cela peut être compréhensible), la mère Beaulieu a une relation particulière avec le petit Zach : pour elle, cet enfant est encore plus unique que les autres. Il aurait un don (lié à sa naissance un soir de Noël ?) et surtout serait connecté à sa mère. Il y a notamment cette jolie scène (certes, pas d’une grande subtilité mais je l’ai tout de même bien aimée) dans laquelle Zach est dans le désert israélien en train de crever de déshydratation et parallèlement sa mère, toujours au Québec, qui se sent très mal, se lève et va dans la salle de bains boire et se rafraîchir : Zach aurait alors été sauvé par sa mère par distance. Peu importe s’il s’agit d’une coïncidence, on comprend bien le message. Si elle peut paraître peu subtile sur le papier (en lisant des commentaires à droite et à gauche, j’ai l’impression qu’elle a divisé pas mal de spectateurs), cette scène reste pourtant très émouvante à l’image de l’ensemble du film. Cela dit, il n’y a rien de larmoyant principalement à cause du ton adopté. En effet, on trouve une sorte de légèreté, mêlée littéralement à quelque chose de plus fou, à travers les choix musicaux qui ne sont pas simplement là pour faire joli (hélas, c’est souvent le cas dans de nombreux films) mais bien pour illustrer l’époque paradoxale dans laquelle vit Zach, entre révolution sexuelle prônant la liberté d’être ce qu’on est au fond de soi et éducation stricte religieuse qui a pour but de formater l’individu. Les choix musicaux illustrent aussi le changement vestimentaire et plus généralement physique de Zach (ainsi que certains de ses frères). Ce point est intéressant puisqu’il va de pair avec la quête d’identité sexuelle du personnage principal. La mise en scène est donc intéressante, au moins avec de la personnalité contrairement aux films américains de Vallée, le scénario est également très inspiré et assez bien construit (ce n’est pas révolutionnaire mais ça reste bien fait), l’ensemble est bien rythmé, on suit en tout cas volontiers l’histoire racontée avec beaucoup de sincérité. Enfin, C.R.A.Z.Y. est porté par d’excellents interprètes, notamment les bouleversants Marc-André Grondin (très naturel) et Michel Côté (étonnamment attachant – il ne rend jamais son personnage salopard malgré son intolérance pourtant inexcusable) qui se détachent légèrement même si le reste de la distribution n’a pas à rougir.

C.R.A.Z.Y. : photo Jean-Marc Vallée, Michel Côté

Les Flingueuses

réalisé par Paul Feig

avec Sandra Bullock, Melissa McCarthy, Demian Bichir, Marlon Wayans, Thomas F. Wilson, Michael Rapaport, Jane Curtin, Ben Falcone…

titre original : The Heat

Comédie policière américaine. 1h57. 2013.

sortie française : 21 août 2013

Movie Challenge 2016 : Un film qui m’a fait pleurer de rire

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D’un côté il y a l’agent spécial du FBI, Sarah Ashburn, une enquêtrice rigoureuse et méthodique dont la réputation la précède tant pour son excellence que son arrogance démesurée. De l’autre l’agent de police de Boston, Shannon Mullins, reconnue pour son fort tempérament et son vocabulaire fleuri. L’une comme l’autre, n’ont jamais eu de partenaire dans le travail… ni vraiment d’amis.
Ainsi, lorsque ces deux représentantes de la loi radicalement opposées sont obligées de faire équipe pour arrêter un baron de la drogue sans pitié, elles se retrouvent à devoir lutter non seulement contre un puissant syndicat du crime, mais aussi et surtout contre l’envie de s’entretuer.

Les Flingueuses : Photo Melissa McCarthy, Sandra Bullock

J’ai vu Les Flingueuses il y a un bon mois lors de son passage sur W9 (non, il n’y a pas que les Ch’tis à Mykonos sur cette chaîne) mais je dois avouer que je n’assumais pas totalement d’avoir bien aimé ce film vu ses notes moyennes sur Allocine et Imdb (j’espère que vous n’allez pas me lyncher, heiiin). Mais j’avais envie de le chroniquer dans le cadre du Movie Challenge. C’est un fait (en ce qui me concerne) : ce film m’a littéralement fait pleurer de rire. Pourtant, même si j’aime bien jusqu’à présent les films de Paul Feig (aurais-je ce même avis en regardant le prochain Ghostbusters ?), je ne m’attendais pas à grand-chose. Au pire, j’espérais juste passer un petit moment sans prétention. Non seulement j’ai été servie en terme de divertissement mais en plus j’ai trouvé qu’il s’agissait d’une vraie bonne comédie. Certes, il ne s’agit pas d’une comédie révolutionnaire. C’est avant tout une nouvelle relecture du buddy-movie avec un duo de femmes – chose assez rare dans ce genre cinématographique (et il est certain que les mentalités à Hollywood doivent changer même si on prend le risque de mettre des femmes pour en mettre). Et ça fait mine de rien du bien. Des pas comme ça, même s’ils paraissent minimes, restent nécessaires. Le duo est formé par Sandra Bullock et Melissa McCarthy. D’un côté, Bullock incarne un agent du FBI psychorigide, de l’autre côté, McCarthy une flic locale décontractée au langage fleuri. Evidemment, alors que tout les oppose, les deux femmes vont se rapprocher et former une équipe soudée. Logique et prévisible. Mais ce n’est tellement pas dérangeant car ce duo fonctionne réellement bien à l’écran. C’est vrai que le film met vraiment en avant le talent comique évident de Melissa McCarthy. Si on n’est pas fan de cette actrice, à mon avis, vous n’aimerez pas ce film. En revanche, pour les autres ça sera un bonheur de la voir autant s’exprimer ! Il faut dire qu’elle aurait pas mal improvisé (même si le réalisateur assure que cela n’aurait pas pris le dessus sur le script), notamment lors de la scène (hilarante) dans laquelle elle se lâche avec le monologue « Quelqu’un a-t-il vu les couilles du commissaire ? ». Cette information ne m’a pas vraiment étonnée, on sent cette part d’impro. L’impro peut être quelque chose de très risquée car certains acteurs transforment cet exercice en show à part entière au point de bouffer le film. Ca peut être aussi le moyen de combler des lacunes possibles à un film.

Les Flingueuses : Photo Melissa McCarthy, Sandra Bullock

Certes, il ne s’agit pas du film du siècle et c’est clair qu’en sortant du film on pense à la performance imposante (qui plaira ou non) de McCarthy. Mais je crois que son interprétation permet plus de faire ressortir les qualités générales du film, dans un sens, elle le bonifie. Encore une fois, je ne dis pas qu’il y a un scénario de fou derrière et on pourra même dire qu’il y a un côté déjà vu (si on devait émettre une éventuelle remarque), je ne suis pas en train d’idéaliser le film, loin de là. L’intrigue est d’ailleurs assez banale, reconnaissons-le. Mais les répliques bien senties et les situations dingues qui s’enchaînent sont déjà drôles en elles-mêmes. Un film mal écrit n’aurait pas pu être drôle même avec la géniale McCarthy (oui, je l’admire de plus en plus). Il y avait quand même un bon travail déjà fait, sans ça, rien n’aurait pu fonctionner. Surtout, même si l’interprétation de Melissa McCarthy est remarquable, elle ne tombe pas non plus totalement dans un one-man show. Sa partenaire parvient à exister malgré tout avec un rôle certainement moins exubérant. Sans dire qu’il s’agit d’une grande actrice, j’ai toujours bien aimé Sandra Bullock dans les comédies dans lesquelles elle est en mode bad ass (même si au début elle paraît coincée). Ce rôle lui convient donc à merveille car en plus elle sait faire évoluer son personnage, en tout cas elle est également crédible. Mais encore une fois, j’insiste surtout sur le bon fonctionnement du duo. Les deux interprétations sont complémentaires malgré l’apparente opposition et on sent une réelle complicité entre les deux actrices. Les Flingueuses n’est donc pas la comédie du siècle mais elle vaut finalement mieux que son titre français peu engageant. Ce film a le mérite d’offrir un honnête et bon divertissement qui montre à quel point les femmes, notamment celles qui ne correspondent pas aux canons de beauté, sont capables d’avoir des couilles – même si je ne pense pas qu’il ait la prétention d’être féministe ou quoi que ce soit dans ce genre. Le reste suit : la mise en scène reste tout de même tout à fait correcte dans ce genre de production et le montage participe également au rythme effréné de ce film qui dure pratiquement deux bonnes heures et dans lequel pourtant on ne s’ennuie pas ni on se sent gavé par toute cette énergie. Mais il s’agit ici d’une bonne énergie qui parvient à être communicative. Ce film m’a en tout cas fait un bien fou et remplit pas si mal que ça ses objectifs.

Les Flingueuses : Photo Melissa McCarthy, Sandra Bullock

Walk Hard – The Dewey Cox Story

réalisé par Jake Kasdan

avec John C. Reilly, Jenna Fischer, Kristen Wiig, Jack White, Paul Rudd, Jason Schwartzman, Paul Rudd, Jack Black, Justin Long, Harold Ramis, Craig Robinson, Ed Helms, Aaron Taylor-Johnson, David Krumholtz, Frankie Muniz, Jonah Hill…

Comédie américaine. 1h30. 2007.

sortie française (dvd) : 8 octobre 2008

Movie Challenge 2016 : Un film que j’ai vu plus de deux fois

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L’ascension vers la gloire puis la chute du chanteur (imaginaire) Dewey Cox, dont l’œuvre a bouleversé des millions de personnes. Cox collectionnait les aventures, s’est marié trois fois, et a été accro à toutes les drogues connues… et inconnues. L’histoire d’une icône dont le seul amour aura finalement été Darlène, la belle ingénue qui l’a longtemps accompagné sur scène…

Walk Hard - The Dewey Cox Story : Photo Jake Kasdan, Jenna Fischer, John C. Reilly

Walk Hard fait partie de mes comédies cultes qui ne me lasse pas toujours pas. Pourtant, sur le papier, je n’étais pas sûre d’aimer. La présence de Judd Apatow, que je ne déteste pourtant (j’aime 40 ans toujours puceau ainsi que Girls qu’il produit) m’inquiétait, le bonhomme étant parfois à l’origine de films assez lourdingues. Mais quand j’ai vu le concept de ce film, je n’ai pas pu résister et j’ai bien fait de le regarder ! Je ne peux d’ailleurs que vous conseiller cette comédie, hélas encore trop méconnue, ce qui est regrettable. Le film est d’ailleurs sorti en France directement en dvd. Encore une fois, on ne donne pas la chance à de bons projets. Donc quel est le concept de Walk Hard ? Jake Kasdan et Judd Apatow ont décidé de parodier le biopic, genre qui rencontre souvent un grand succès à Hollywood. La base du scénario s’inspire de Walk the Line (d’où le Walk Hard ahaha) de James Mangold, le biopic sur Johnny Cash avec Joaquin Phoenix et l’oscarisée Reese Witherspoon. Mais il ne s’agit pas de ridiculiser le long-métrage sur Cash. Il s’agit de se moquer des procédés systématiques qu’on retrouve dans les biopics sur des personnalités du monde musical : drame durant l’enfance, le succès qui arrive jeune (alors que les acteurs qui les interprètent ont 40 balais) puis rapidement les problèmes amoureux et sexuels et surtout avec la drogue (le mal absolu). Enfin, après la chute, on a évidemment droit à la fameuse rédemption en retrouvant l’inspiration musicale et en devenant quelqu’un de bien en s’occupant bien de sa famille autrefois abandonnée pour des raisons obscures. On retrouve également systématiquement une scène de sexe pseudo sauvage ou encore l’artiste qui essaie de créer une oeuvre unique mais sans y parvenir. Dans un sens, le film est « visionnaire » : je l’ai revu donc très récemment et il y a donc une scène où on fait clairement référence à la folie de Brian Wilson (le leader des Beach Boys) en train de composer en faisant intervenir tout et n’importe quoi. Evidemment, le véritable biopic sur Wilson, Love & Mercy, évoque cet épisode de sa vie. Je précise, pour ceux qui ne s’en souviendraient pas et qui auraient la flemme de cliquer sur le lien, que j’ai beaucoup aimé Love & Mercy (pour des tas de raisons) mais il faut avouer que c’est extrêmement troublant de voir les similitudes entre deux scènes, en sachant que la « parodie » a lieu dix ans avant la naissance du vrai biopic sur Wilson. On a limite droit aux mêmes répliques et aux mêmes réactions. Il faut avouer que là les scénaristes tapent très juste !

Walk Hard - The Dewey Cox Story : Photo Aaron Taylor-Johnson, Christopher Hurt, Jack Saperstein, Jake Kasdan, John C. Reilly

De la part de Judd Apatow, on aurait pu s’attendre à quelque chose de très lourd. Certes, avouons que l’humour n’est pas fin et ne plaira peut-être pas à tout le monde. Evidemment, le film joue beaucoup avec la caricature (du genre Dewey est le père d’une ribambelle de gamins et c’est un euphémisme), les différentes périodes musicales et même personnalités qui servent à construire l’identité de Cox (Brian Wilson, Bob Dylan, John Lennon, Ray Charles etc…) sont également grossies. Je ne suis également pas sûre que la parodie des Beatles par Paul Rudd, Jack Black, Justin Long et Jason Schwartzman fasse rire tout le monde même si personnellement je l’ai trouvée drôle. Mais j’ai été étonnée de voir que ce côté grossi ne tombait pas non plus dans ce que j’appelle le « lourdingue ». Je me suis vraiment marrée tout le long du film en m’amusant des références musicales mais aussi plus généralement à tous les biopics. Walk Hard doit aussi beaucoup au talent de John C. Reilly, très justement nommé aux Golden Globes pour sa performance. J’ai toujours aimé cet acteur, il ne m’a jamais déçue mais là il explose. Ce film a beau être un énorme délire, Reilly parvient à donner malgré tout une crédibilité à son personnage. C’est justement ça qui fonctionne dans ce film : tout semble exagéré, on ne peut pas s’empêcher de repérer les mécanismes utilisés régulièrement dans les biopics et de se dire à quel point les scénaristes sont observateurs, quelque part on pourrait malgré tout croire à l’existence de ce personnage. Les chansons ont beau être drôles pour des raisons différentes (paroles débiles, voix grave d’adulte attribuée à un môme qui joue comme un génie de la guitare alors qu’il n’en a jamais joué, références qui fonctionnent etc…), elles ne sont pourtant pas si éloignées de tubes issus de différentes époques. Dans un sens, et c’est quelque part la grande réussite de cette comédie (même si je la considère comme un plaisir coupable mais paradoxalement j’assume totalement ma note maximale), c’est qu’il y a, malgré tout ce joyeux délire, un travail sérieux dans le sens où la frontière entre la parodie et le biopic fictif reste floue (le terme « flou » n’étant pas ici synonyme de brouillon). Enfin, s’ajoute alors à cette « frontière » la question de l’hommage. Cela a beau être de la parodie, nous ne pouvons pas nous empêcher de penser à des vies de rockstar qui peuvent nous paraître improbables, c’est comme si leur existence n’était qu’une comédie étant donné qu’ils tombent eux-mêmes dans la caricature…

Walk Hard - The Dewey Cox Story : Photo Jake Kasdan, John C. Reilly

American Horror Story : Hotel

Créée par Ryan Murphy et Brad Falchuk

Avec Lady Gaga, Kathy Bates, Evan Peters, Sarah Paulson, Denis O’Hare, Wes Bentley, Matt Bomer, Cheyenne Jackson, Chloë Sevigny, Angela Bassett, Mare Winningham, Finn Wittrock, Max Greenfield, John Carroll Lynch, Lili Rabe, Gabourey Sidibe, Anthony Ruivivar, Richard T. Jones, Naomi Campbell, Darren Criss, Mädchen Amick, Alexandra Daddario, Christine Estabrook…

Anthologie horrifique américaine. 5e saison. 2015-2016.

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A Los Angeles, la Comtesse Elizabeth dirige l’hôtel Cortez, un lieu dans lequel se déroulent des événements étranges. Rob Lowe, qui enquête sur une série de meurtres, atterrit à l’hôtel, rempli de personnages ambigus et de secrets terrifiants…

Photo Lady Gaga

La cinquième saison de la série d’anthologie American Horror Story s’intitule Hotel. Elle a été marquée par le départ (espérons provisoire !) de Jessica Lange et remplacée par la chanteuse Lady Gaga (qu’on voit décidément partout : aux Golden Globes en touchant Leonardo DiCaprio, au Superbowl avec sa reprise de l’hymne national américain, en David Bowie aux Grammy et bientôt aux Oscars : depuis le bide de son dernier album très étrange, pour ne pas dire inécoutable, on ne la jamais autant vue !). Certes, cette dernière est déjà apparue dans quelques films mais n’avait jamais tenu un tel rôle ! Nous reviendrons sur sa performance plus tard. En tout cas, comme pour les précédentes saisons, nous pouvons suivre sans souci les épisodes de Hotel même s’il y a plusieurs connexions avec les précédentes saisons (la première Murder House et la troisième Coven) à travers des flashbacks ou en faisant intervenir (ou plutôt revenir) certains personnages comme par exemple le docteur Charles Montgomery (Matt Ross), l’agent immobilier Marcy (Christine Estabrook) et la médium Billie Dean Howard (Sarah Paulson) de la première saison ou encore Queenie (Gabourey Sidibe) de la troisième saison. Si j’ai depuis rattrapé mon retard et ai enfin vu la première saison, au moment où j’ai vu Hotel, je n’avais pas encore regardé Murder House. Pourtant, je vous confirme qu’on peut suivre Hotel sans connaître ce qui s’est passé dans les précédentes saisons (même si ça doit être un petit plus quand on connait déjà certains personnages). Parlons alors de Hotel : je dois avouer que j’étais au début un peu sceptique. Pourtant, les épisodes dès le début sont plaisants et rythmés, en terme de divertissement je n’ai pas été déçue de ce côté-là. Cette saison est bourrée de références que ce soit à la première saison (l’hôtel semble avoir les mêmes fonctions que la maison de l’horreur) ou plus généralement à de grandes oeuvres littéraires et/ou cinématographiques. La référence la plus évidente est celle de Shining (notamment dans l’esthétique même de l’hôtel ou le parallèle entre Jack Torrance et John Lowe) ou encore à Gatsby le Magnifique. Cela dit, on n’a pas non plus l’impression de voir un copier-coller de ce qu’on a déjà vu. Cette saison trouve vite ses marques et plus généralement sa personnalité.

Photo Evan Peters

Pourtant je me suis demandée au début où ça voulait en venir. Je ne comprenais pas la direction prise par le scénario (il faut dire qu’il y a pas mal d’intrigues et de personnages en parallèle) ni le propos derrière. Je n’ai pas non plus tout de suite compris l’intérêt de certains personnages pour être honnête, notamment celui de Sally (Sarah Paulson). Après, de tête, vers la mi-saison, le scénario prend en quelque sorte une tournure qui relance le récit et qui a balayé tous les doutes que j’avais. Certes, je reste persuadée que certains rôles secondaires, notamment Will Drake (Cheyenne Jackson), Donovan (Matt Domer) ou encore Alex (Chloë Sevigny), ne sont pas totalement exploités. Cela dit, les scénaristes ont pour moi le don de rendre cette série toujours aussi addictive et inventive (déjà rien que l’épisode avec tous les tueurs à Halloween est juste… wow !). Pourtant, sur le papier, on a vu des tonnes de fois des histoires avec des vampires, des fantômes et des tueurs mais j’ai pourtant pris un réel plaisir à redécouvrir ici ces variations sur ces thèmes et personnages. Ce que j’avais peur au début de cette saison, c’est le lot conséquent d’intrigues et de personnages en peu d’épisodes (on en compte douze). Or, finalement, toutes les histoires se rejoignent de manière cohérente au bout d’un moment. De plus, la mise en scène est toujours aussi soignée, les décors très réussis, mêlant à la fois le glamour et le glauque, à l’image des personnages. En ayant conscience que cette saison a ses quelques défauts, et paradoxalement, même si certains personnages auraient mérité un meilleur traitement, pourtant l’écriture des personnages est un atout selon moi. Les scénaristes n’ont pas eu peur d’exploiter leur folie, leurs côtés les plus sombres mais aussi paradoxalement leur humanité. Je trouve que leur complexité ressort véritablement dans la deuxième partie de la saison, en particulier dans l’épisode final, pour moi une grande réussite émotionnelle permettant de boucler tout ce qui a été mis en place. Les personnages un peu trop délaissés finissent même par trouver leur place. De ce que j’ai vu (j’ai donc vu trois saisons sur cinq de la série, en sachant que j’ai aussi vu sans le vouloir le final de Coven), je trouve qu’il s’agit du final le plus réussi d’une saison de American Horror Story.

Photo Sarah Paulson

On attendait forcément au tournant Lady Gaga et même si Jessica Lange nous manque, la chanteuse, qui a remporté un Golden Globe pour son interprétation, s’en sort remarquablement bien (même si, pour être honnête, son prix me semble un peu exagéré, mais après il n’a pour moi rien de honteux). Certes, on pourra toujours dire que le rôle était vraiment fait pour elle ou même qu’elle fait du Lady Gaga dans un sens. Mais elle n’interprète pourtant pas un rôle un si facile que ça et ne se contente pas de jouer la femme glamour qui défile avec de somptueux et extravagants costumes. Après, peut-être que son interprétation est aidée par l’écriture même de son personnage. Ce que je peux dire, c’est qu’elle n’est pas la plus épatante du casting. Comme beaucoup d’internautes, j’ai été bluffée par la performance de Denis O’Hare alias l’attachante Liz Taylor. On aurait pu vite tomber dans la caricature mais au fil des épisodes, ce personnage prend de plus en plus d’épaisseur et au final on est content de le revoir à chaque épisode. C’est finalement un personnage positif (ce qui fait du bien vu la noirceur des personnages, que ce soit dans cette saison ou même les autres) qui va apporter une véritable émotion à cette série très sombre. Dans l’ensemble, le reste du casting est à la hauteur. Sarah Paulson incarne certes un personnage difficile à cerner au début de cette saison pourtant son interprétation est de nouveau très juste et elle aussi évite une caricature qui était pourtant possible. Là encore, même si son personnage aurait pu être plus développé, j’ai bien aimé l’interprétation de Chloë Sevigny. Je connais finalement mal cette actrice mais je ne l’aurais pas imaginée dans un rôle plus posé. On ne peut évidemment pas passer à côté de Evan Peters, loin de ses rôles d’ado (certes perturbé mais un ado ou jeune homme). Il incarne ici l’inquiétant serial killer James Patrick March. Il y a quelque chose de plus adulte dans ce rôle. Je sais que certains spectateurs ont eu du mal à voir l’acteur avec le costume d’époque, cette voix assez forcée, mais je trouve que son interprétation reste crédible. Angela Bassett joue encore les femmes fatales mais encore une fois, elle fait des merveilles. J’ai également pris beaucoup de plaisir à revoir Finn Wittrock (alias Dandy de Freak Show) dans un double-rôle (un mannequin écervelé et un acteur de l’époque) ainsi que Mare Winningham fantastique en maniaque du ménage : officiellement, ils font partie des rôles récurrents et non principaux. Pourtant, je pense qu’ils méritaient bien d’apparaître dans le générique d’ouverture avec tous leurs autres camarades ! Enfin, même s’il ne s’agit que d’un petit rôle, Lili Rabe en Aileen Wuornos est fantastique !

Photo Denis O'Hare

Transsiberian

réalisé par Brad Anderson

avec Emily Mortimer, Woody Harrelson, Ben Kingsley, Eduardo Noriega, Kate Mara, Thomas Kretschmann…

Thriller britannique, espagnol, américain, allemand, lituanien. 1h50. 2008.

sortie française (dvd) : 25 octobre 2011

Movie Challenge 2016 : Un film se déroulant à l’étranger

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Dans le Transsibérien qui les amène de Pékin à Moscou, Roy et Jessie, un couple d’Américains, font la connaissance de Carlos et Abby. Ignorant que Carlos a dissimulé de la drogue dans les bagages de Jessie, le couple va sombrer dans un engrenage meurtrier auquel Grinko, policier de son état, va plus que contribuer.

Transsiberian : Photo Brad Anderson, Emily Mortimer

Je connaissais Transsiberian de nom mais je n’avais jamais eu l’occasion de le regarder et je n’avais pas forcément entendu d’échos ou lu des critiques dessus. Ma médiathèque proposait ce film qui possède un joli casting. De plus, le réalisateur n’est autre que Brad Anderson, connu pour avoir signé l’excellent The Machinist avec un Christian Bale sombre et anorexique (selon moi, un de ses meilleurs rôles). Certes, la jaquette du dvd m’a tout de même inquiétée notamment avec cette remarque sortie de nulle part (certainement des éditeurs qui diraient tout et n’importe quoi pour vendre des dvd, en tout cas il n’y avait pas de source journalistique dessus), attention : « Alfred Hitchcock aurait apprécié ». Hum… Qu’il y ait de vagues emprunts à Hitchcock c’est une chose : après tout, le train est un élément qui apparaît à de nombreuses reprises dans sa filmographie, les personnages ne sont très nets et cachent des choses, le rôle des femmes etc… (après, honnêtement, je dois avouer que l’influence hitchcockienne ne m’a pas sauté aux yeux en regardant le film). De là à dire que Hitchcock himself  « aurait apprécié », faut pas déconner non plus ! Pire, cette jaquette (en tout cas, celle que j’avais entre les mains) est mensongère voire même misogyne (n’ayons pas peur des mots) : elle présente en tête le nom d’Eduardo Noriega (comme si c’était LE héros), puis dessous ceux de Woody Harrelson et Ben Kingsley. Or, sans vouloir révéler les grandes lignes de l’intrigue, Noriega n’a pas du tout le premier rôle. Non, en réalité le premier rôle est tenu par… Emily Mortimer ! Bref, je trouve la manière de vendre le film vraiment déplorable. Revenons donc au long-métrage, qui n’a pas eu droit à une sortie dans les salles de cinéma françaises. Sans dire que je l’ai trouvé génial, quand on voit les daubes qui sont parfois diffusées au cinéma, j’avoue que je ne comprends pas trop sa sortie directement en dvd (et encore ça aussi a pris un temps fou !). Après, quand on sait de quoi est capable Brad Anderson, Transsiberian peut décevoir même si je ne dirais pas non plus qu’il s’agit d’un mauvais film. Même s’il met du temps à se mettre en place, il se laisse tout de même regarder, sa deuxième partie étant meilleure (notamment plus rythmée) et un peu plus surprenante que la première.

Transsiberian : photo Brad Anderson, Thomas Kretschmann

Cela dit, je n’ai pas pu m’empêcher de me dire que les éléments mis en place, comme le train ou la neige, n’ont pas été suffisamment été mis en avant alors qu’ils ont un réel potentiel cinématographique (et de nombreux films le démontrent). Je ne me suis pas sentie si dépaysée que ça, je trouve qu’il manque une atmosphère qui aurait pu exister à partir des éléments que je viens d’évoquer. Du coup, l’ensemble peut paraître un peu bateau, presque un peu déjà vu, même si ça reste à peu près efficace en terme de divertissement. La mise en scène n’a rien d’extraordinaire mais elle reste tout à fait correcte. Je regrette tout de même de voir son manque de personnalité. En revanche, le scénario a des maladresses (même si pas tout est à jeter) comportant quelques facilités d’écriture voire même quelques incohérentes et alignant quelques clichés sur la Russie / l’URSS (pas tout est faux mais c’est tout de même très grossi). De plus, la fin est un peu trop manichéenne (pour ne pas dire américanisée) même si elle se révèle cohérente par rapport à des éléments mis en place plus tôt dans le récit. Cela dit, à partir des personnages (cela sera particulièrement parlant avec le personnage de Jessie), le scénario tente tout de même de livrer un propos intéressant autour du mensonge et des apparences. Ainsi, les personnages ont l’air volontairement caricaturaux (le scout américain et son épouse faussement « nunuche », le méchant séducteur évidemment espagnol sinon c’est pas marrant, sa copine qui a un côté sauvage et « daaark » avec le look qui va avec, le méchant russe) mais finalement, mais petit à petit, on s’aperçoit que certains personnages ne sont pas ce qu’ils ont l’air. Cet aspect fonctionne grâce à son casting international. Bon, j’avoue que j’ai trouvé Woody Harrelson un peu « faux » au début mais petit à petit, quelque chose fonctionne, en tout cas après son interprétation ne m’a plus dérangée. Bref, pas un film indispensable à regarder malgré ses ambitions mais on peut tout de même y trouver son compte si on ne s’attend pas à grand chose.

Transsiberian : Photo Brad Anderson, Emily Mortimer, Woody Harrelson

Pulp Fiction

réalisé par Quentin Tarantino

avec John Travolta, Samuel L. Jackson, Uma Thurman, Bruce Willis, Ving Rhames, Harvey Keitel, Tim Roth, Amanda Plummer, Maria de Medeiros, Christopher Walken, Eric Stoltz, Bronagh Gallagher, Steve Buscemi, Burr Steers, Alexis Arquette, Quentin Tarantino…

Policier, thriller, comédie américain. 2h30. 1994.

sortie française : 26 octobre 1994

interdit aux moins de 12 ans

Pulp Fiction

L’odyssée sanglante et burlesque de petits malfrats dans la jungle de Hollywood à travers trois histoires qui s’entremêlent.

Pulp Fiction : Photo

A peine deux ans après la sortie de son premier long-métrage Reservoir Dogs (qui fait partie de mes films de chevet), Quentin Tarantino signe certainement le film le plus culte de sa carrière, Pulp Fiction. Au-delà de son succès critique et public, le film a décroché la Palme d’or ainsi que l’Oscar du meilleur scénario original. Il s’agit aussi du film qui marque le retour de John Travolta devant les caméras. En tout cas, ce succès me semble si mérité car je le considère moi-même comme un classique et il s’agit un de mes préférés de Tarantino. Je le revois toujours aussi volontiers, j’ai même à chaque fois une sorte de plaisir à le redécouvrir et les 2h30 passent à une vitesse folle ! Il faut dire que le long-métrage possède une énergie folle, une véritable personnalité et surtout un grain de folie qui fait du bien ! Il est difficile de classer ce film mais je le vois véritablement comme une comédie noire mettant en scène des salauds, des truands, des junkies et des losers. Ce qui frappera alors, c’est sa construction, c’est-à-dire que l’histoire est divisée en trois parties en sachant qu’elles ne sont pas mises dans le bon ordre. C’est pourtant quelque chose qui peut habituellement m’énerver quand je trouve cela bancal et superficiel. Ici, cette déconstruction semble pourtant d’une grande logique pour le spectateur dans le sens où on parvient à avoir une histoire qui peut paraître plus dense alors qu’à l’origine elle est très simple. Le spectateur parvient à être constamment surpris, il y a aussi des effets de chute qui ne seraient pas nécessairement présents avec un scénario linéaire. Au-delà d’un montage maîtrisé et d’une grande efficacité ainsi que d’une écriture fluide ayant une réelle efficacité, on s’aperçoit rapidement que le charme de ce film ne vient pas vraiment de la trame qui reste finalement secondaire. C’est tout ce qu’il y a autour qui a contribué au succès justifié de ce long-métrage. Les dialogues sont tout simplement exquis (on pourrait en citer un paquet juste pour la rigolade), confirmant pour moi ainsi qu’il s’agit bien d’une comédie même si elle est évidemment macabre et violente.

Pulp Fiction : Photo Uma Thurman

Evidemment, les détracteurs diront que le film est bavard, que certains dialogues sont totalement inutiles. Mais à force de le voir et le revoir, au-delà des effets comiques et délirants (certains pouvant être joyeusement gratuits, avouons-le), je trouve qu’ils permettent de rendre les personnages finalement plus complexes qu’ils en ont l’air. On apprend à connaître durant cette journée ce qui constituerait plus ou moins le quotidien et l’esprit même d’un malfrat. Tout semble alors décalé pour notre plus grand bonheur, par exemple, il est drôle de voir Vincent Vega être choqué pour le prix élevé d’un milkshake alors que buter des gens a l’air tout à fait normal. Surtout, le film bénéficie d’une excellente mise en scène qui, avec le recul, s’avère de nouveau exceptionnelle pour un deuxième long-métrage seulement. Pulp Fiction est évidemment devenu un film culte pour son côté cool qui contraste avec la violence des personnages et plus généralement des situations. Le film fonctionne d’ailleurs bien à partir de cette situation de contrastes, notamment temporelle, ce qui pourrait expliquer ces chapitres n’apparaissant pas dans un ordre linéaire. En effet, Pulp Fiction est pour moi un des films majeurs des années 1990 et, bien qu’il n’ait pas du tout vieilli, a quelque chose de représentatif de cette époque-là. Mais paradoxalement, on a aussi l’impression d’être plongé dans une autre époque ou dans plusieurs époques. Il faut dire que le look des personnages parfois vintage, les décors, très soignés, les différents titres musicaux qui constituent la bande-originale (un ensemble de rock’n’roll US, de surf music ou encore de pop) ou encore les couleurs pétantes contribuent à créer cette atmosphère qui fait le charme de ce film. Pour résumer, Pulp Fiction est un des plus bel hommage qu’on puisse faire à la pop culture. De plus, il s’agit aussi d’un portrait finalement assez sombre d’une Amérique qui semble entrer dans une nouvelle ère. Enfin, il y a tout un parterre de stars qui fait plaisir à voir et qui n’a rien de gratuit, chacun incarnant des personnages très marquants et attachants (même s’ils ne sont pas des enfants de choeur), même en ce qui concerne les rôles les plus secondaires. 

Pulp Fiction : Photo Amanda Plummer, Tim Roth