Newness

réalisé par Drake Doremus

avec Nicholas Hoult, Laia Costa, Pom Klementieff, Jessica Henwick, Danny Huston, Matthew Gray Gubler…

Drame, romance américain. 1h52. 2017.

sortie française (Netflix) : 6 février 2018

Séance commune avec Lilylit

L’histoire d’un couple dans un Los Angeles contemporain, en prise avec la culture des rencontres en ligne et les réseaux sociaux.

Newness : Photo

Drake Doremus n’est pas encore d’un grand réalisateur (le sera-t-il un jour ? C’est tout le mal qu’on peut lui souhaiter). Mais son travail ne me laisse jamais indifférente : j’ai toujours envie de suivre son travail de près au fil des années. Une certaine honnêteté et une pointe d’intelligence et de délicatesse sont perceptibles dans son cinéma. Surtout, ce réalisateur a le mérite d’avoir un univers bien à lui (ce qui n’est pas donné à tout le monde même quand on a du talent), que ce soit à travers ses thèmes (des relations d’amour perturbées et/ou malsaine), avec un véritable sens de l’esthétique (assez froid – le bleu semble décidément être sa couleur phare). Décidément, ses longs-métrages ont toujours du mal à être distribués en France (traduction : ils ne sont jamais sortis dans une salle obscure chez nous, les distributeurs privilégiant sans cesse la VOD à la place). Même si j’ai à chaque fois quelques reproches à faire à ses longs-métrages (je suis une chieuse, c’est bien connu), j’y adhère tout de même toujours un minimum. Surtout, je trouve cela regrettable qu’ils ne parviennent pas à être projetés dans les cinémas : je suis certaine que cela permettrait à Doremus d’être un réalisateur davantage connu en France – en tout cas il le mériterait. Drake Doremus est fasciné (traumatisé ?) par les couples d’aujourd’hui, principalement âgés entre 20 et 30 piges. Il avait déjà dénoncé les complications d’un amour à distance dans Love Crazy avec Anton Yelchin (à noter au passage la dédicace à l’acteur décédé trop jeune à la fin de Newness). La difficulté d’afficher ses sentiments dans une société aseptisée était au coeur de sa jolie tentative SF Equals (avec déjà à l’affiche Nicholas Hoult). On pense aussi à Breathe In qui, à travers une romance entre une jeune étrangère (l’habituée Felicity Jones) et un quadragénaire, expose les failles d’un couple et d’une famille au bord de la crise de nerfs qui se réfugie aussi derrière des illusions. Newness entre logiquement dans la filmographie du réalisateur. En effet, Doremus s’attaque désormais aux applications (et sites) de rencontre. S’ils peuvent permettre à deux êtres de se rencontrer et de vivre des choses ensemble, le constat sur ces applis reste amer. Les personnages l’utilisent quand ils s’ennuient, que ce soit durant leur célibat ou lorsqu’ils sont en couple : qu’est-ce qui le plus inquiétant entre les deux ?. Alors que le téléphone est l’outil représentant la communication, il sert aux personnages à fuir leurs relations au lieu de les résoudre en se parlant.

L’ensemble m’a plutôt plu dans le sens où Drake Doremus cerne plutôt bien le fonctionnement compliqué et malsain des jeunes couples que ce soit à cause de la technologie ou même à cause de leur vision de l’amour et du sexe (je ne veux pas non plus faire de généralités mais il faut avouer que le constat reste alarmant). A plusieurs reprises je me suis dit « mais oui, c’est tellement ça ! ». On me dira que je juge les personnages et leur mode de vie, cela n’est pas entièrement faux. Au début, les personnages m’ont réellement irritée, j’avais l’impression que je devais en vouloir au film plus globalement. Mais je me suis aperçue plus tard que c’était peut-être un choix de la part du réalisateur pour nous faire réagir : il fallait accepter que les personnages puissent faire de mauvais choix et réfléchir comme leurs pieds gauches. Cela dit, ce long-métrage comporte bien pour moi quelques réels défauts, même si, là encore, j’ai eu du mal au début à savoir s’il s’agissait de points négatifs ou positifs. La place du sexe est pour moi autant intéressante que problématique, comme si le réalisateur n’avait pas totalement su trancher. Le sexe se justifie dans le sens où ces sites de rencontre sont avant tout des catalogues pour assouvir des besoins, pas réellement pour construire une relation amoureuse avec quelqu’un. Il y a un côté « zapping » qui inquiète. Le sexe est aussi une solution pour fuir ses problèmes, comme ces sites de rencontre : la limite entre les deux est presque volontairement floue. Cela dit, même si la démarche est compréhensible, le scénario semble justement atteindre ses limites en nous proposant systématiquement le schéma suivant : dispute, sexe, conflit, baise. On ne peut en tout cas pas passer à côté de la qualité des interprétations. Le couple formé par Nicholas Hoult et Laia Costa (la fabuleuse actrice espagnole de l’épatant long-métrage allemand en plan-séquence Victoria de Sebastian Schipper) est tout simplement évident. Leur attachement l’un à l’autre tout comme la fusion plus charnelle qui les unit crèvent les yeux. Hoult et Costa ont d’autant plus de mérites en incarnant des personnages relativement peu sympathiques. Plutôt bien mis en scène, Newness parvient donc à nous intéresser et à toucher grâce à son sujet actuel, n’hésitant pas à plonger ses personnages dans un monde qui provoque le malaise parce que ce monde décrit est malheureusement si vrai. Hélas, Newness semble pas totalement abouti à cause d’une écriture parfois maladroite malgré ses quelques pertinentes idées.

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Equals

réalisé par Drake Doremus

avec Nicholas Hoult, Kristen Stewart, Guy Pearce, Jacki Weaver, Kate Lyn Sheil, Aurora Perrineau, Toby Huss, Scott Lawrence…

Film de science-fiction, romance américain. 1h40. 2015.

sortie française : 20 décembre 2016

equals

Dans un monde où les sentiments sont considérés comme une maladie à éradiquer, Nia et Silas tombent éperdument amoureux. Pour survivre, ils devront cacher leur amour et résister ensemble.

Equals : Photo Kristen Stewart, Nicholas Hoult

Encore un film sorti directement en e-cinema (c’est décidément la nouvelle tendance…), ça commence à m’énerver et à me faire peur concernant l’avenir du cinéma. Surtout que ce Equals ne méritait vraiment pas un tel sort. Décidément, les films de Drake Doremus, réalisateur de Like Crazy (avec le regretté Anton Yelchin) et Breathe In (pas encore vu), ne parviennent pas à trouver leur place dans les salles françaises ce qui est regrettable. Je n’attendais pourtant rien de ce film – je ne sais pas pourquoi mais je faisais une sorte de rapprochement avec Perfect Sense de David MacKenzie (et qui m’a fortement déplu). La science-fiction est pour moi un genre casse-gueule (même si j’aime un certain nombre d’oeuvres de SF) dans le sens où, personnellement, j’ai toujours besoin d’un minimum de précision et d’information (pourtant je ne prétends pas être une experte scientifique) même lorsque ce genre en question ne sert que de prétexte au récit. On est plus ou moins dans ce même cas dans Equals : la science-fiction est un moyen de rendre le scénario de Nathan Parker (scénariste de l’excellent Moon de Duncan Jones) plus crédible tout en créant une ambiance glaçante. Certes, j’ai tout de même trouvé que le scénario, par rapport à son contexte de science-fiction, aurait pu être un peu plus dessiné, plus précis me semble-t-il (après encore une fois, c’est peut-être moi qui me complique la vie). Cela dit, l’histoire en elle-même m’a emportée. Certes, elle est plutôt simple et est même assez universelle : elle présente une histoire d’amour impossible et interdite dans un monde où les sentiments et l’amour sont bannis. On pourra évidemment faire des rapprochements avec certains événements historiques. Bref, le monde présenté n’a rien de nouveau lorsqu’on connait plus ou moins les codes de la science-fiction : il s’agit d’un monde froid, tout en blanc, où tout semble figé. On a beau connaître ce motif typique de la SF, là encore il ne s’agit pas d’une barrière puisque l’histoire fonctionne et qu’on s’attache rapidement aux personnages (pourtant on ne connait pas grand chose sur eux) qui veulent vivre leurs vies avec son lot d’émotions, avec ses hauts et ses bas. Le pari était tout de même risqué : étant donné qu’on est dans un univers froid, aseptisé et sans émotion (en dépit d’un petit groupe de personnages résistant contre ces règles), le film aurait pu être sans émotion (c’est comme filmer un film sur l’ennui sans être chiant : c’est pas évident). Heureusement, à l’image des personnages principaux, on ressent beaucoup d’émotions : je suis clairement sortie de ce film assez émue.

Equals : Photo Kristen Stewart

Les rebondissements ne sont également pas « dingues » (dans le sens où le schéma narratif reste assez classique) mais encore une fois, et c’est le principal : ils fonctionnent. Son classicisme et son apparente froideur n’empêchent alors pas de créer une ambiance et de l’émotion. Ainsi, le film est également assez sensuel. Les scènes d’amour ne sont jamais gratuites, il y a même une certaine beauté dans ces scènes en question et même – quitte à me répéter – encore une fois quelque chose de bouleversant. Il n’y a également jamais de mièvrerie. Au-delà de choix pertinents concernant les décors et la photographie, la mise en scène est plutôt bonne et d’une grande efficacité tout en gardant une certaine sensibilité (de ce que je connais de Drake Doremus, il y a eu de sacrés progrès de ce côté-là et une ambition davantage affichée). Le travail de mise en scène est d’autant plus intéressant dans le cadre d’un huis clos. J’ai également beaucoup aimé la bande-originale signée par Dustin O’Halloran (à l’origine des BO des précédents films de Drake Doremus) et Sascha Ring (compositeur des films Les Chevaliers Blancs de Joachim Lafosse et Leopardi : Il Giovane Favoloso de Mario Martone). Certes, on entend surtout le même thème (ou encore des thèmes similaires) mais cette musique est très envoûtante et met bien en relief l’ambiance générale du film et les sentiments des personnages. Le rythme n’est pas nécessairement rapide, pourtant je ne me suis pas ennuyée. Il faut dire que le film dépasse à peine les 1h30 et que les différents rebondissements sont bien répartis. Surtout les acteurs sont vraiment impeccables. Même les gens qui n’aiment pas plus que ça Kristen Stewart d’habitude (j’en fais partie – même si je reconnais qu’elle choisit de mieux en mieux ses films et qu’on voit de plus en plus ce dont elle est réellement capable) pourraient être surpris par sa performance ! Le couple qu’elle forme avec Nicholas Hoult (un acteur dont j’ai toujours apprécié) est très touchant, on sent réellement l’alchimie entre les deux personnages. Enfin, les seconds rôles (notamment aux australiens Guy Pearce – déjà dans Breathe In – et Jacki Weaver), sont également plutôt bons. Equals est donc la bonne surprise de cette fin d’année qui parvient merveilleusement à mêler une forme froide aux tons glaciaux (avec une dominance pour le blanc et le bleu) et des personnages dans une relation intense et chaleureuse. Il est d’une grande humanité, dans lequel les émotions sont indispensables pour se sentir vivant.

Equals : Photo Kristen Stewart