La Fille du Train / Le Mariage de mon meilleur ami

La Fille du train

réalisé par Tate Taylor

avec Emily Blunt, Rebecca Ferguson, Haley Bennett, Justin Theroux, Luke Evans, Allison Janney, Edgar Ramirez, Lisa Kudrow, Laura Prepon…

Thriller américain. 1h53. 2016.

sortie française : 26 octobre 2016

interdit aux moins de 12 ans

Movie Challenge 2017 : Un film policier / thriller

Rachel prend tous les jours le même train et passe tous les jours devant la même maison. Dévastée par son divorce, elle fantasme sur le couple qui y vit et leur imagine une vie parfaite… jusqu’au jour où elle est le témoin d’un événement extrêmement choquant et se retrouve malgré elle étroitement mêlée à un angoissant mystère.

La Fille du train : Photo Emily Blunt

Comme tout bon best-seller, La Fille du train de Paula Hawkins a eu droit à son adaptation cinématographique. Tandis que l’intrigue se déroulait à Londres dans le roman, elle se situe cette fois-ci dans le film à New York. Visiblement, en VO (et oui je suis passée par la case du mal : la VF), ce choix de transposition géographique prend un certain sens pour appuyer encore plus la solitude de Rachel, d’origine britannique (et incarnée par la britannique Emily Blunt). Le film est sorti un an après Gone Girl de David Fincher, qui était déjà lui-même une adaptation (Les Apparences, Gillian Flynn). Et La Fille du train version film a souffert de cette comparaison (complètement foireuse et superficielle – si vous voulez réellement le fond de ma pensée) avec l’excellent long-métrage de Fincher. Dans l’ensemble, si vraiment je m’en tiens au « divertissement », La Fille du train tient à peu près la route dans le sens où on a envie de connaître le comment du pourquoi. Beaucoup ont reproché au film d’être trop lent, personnellement je ne me suis pas particulièrement ennuyée malgré sa durée et son rythme pas nécessairement très rapide. La mise en scène de Tate Taylor (La Couleur des Sentiments, Get on up) n’est pas folle pour être honnête, elle manque de personnalité mais elle reste correcte : cela dit, il est certain qu’avec un autre réalisateur plus rôdé (tiens, le moment de revenir à Fincher ?), le film aurait pu être bien meilleur. Les personnages féminins sont intéressants même si on ne peut pas s’empêcher de tomber dans l’éternel portrait-croisé de la pauvre femme malheureuse (une alcoolique, des femmes malheureuses en ménage ou souffrant de baby-blues) : l’intention est louable mais j’ai toujours trouvé cet exercice très cliché. Je n’ai pas lu le bouquin, je ne sais pas du tout si le suspense est omniprésent dans ce matériau d’origine (je l’espère en tout cas). Le problème majeur du film concerne justement son manque de suspense, le scénario, certainement pas non plus aidé par un montage pas bien réfléchi, n’amenant pas très bien selon moi son intrigue. Honnêtement, j’avais compris relativement tôt le comment du pourquoi justement. Heureusement, malgré des défauts évidents et un ensemble assez oubliable (mais pas non plus lamentable), La Fille du train est porté par des interprétations plutôt solides, surtout celle de l’attachante et talentueuse Emily Blunt qui ne tombe pas dans la caricature dans son rôle d’alcoolique au chômage et mythomane.

La Fille du train : Photo Haley Bennett


Le Mariage de mon meilleur ami

réalisé par P. J. Hogan

avec Julia Roberts, Delmot Mulroney, Cameron Diaz, Rupert Everett, Rachel Griffiths, M. Emmet Walsh, Carrie Preston, Paul Giamatti….

Comédie romantique américaine. 1h40. 1997.

titre original : My Best Friend’s Wedding

sortie française : 1 octobre 1997

Movie Challenge 2017 : Un film avec un mariage

Julianne et Michael se sont connus étudiants et ont vécu une liaison amoureuse aussi brève que passionnée. Devant les hésitations de Julianne, ils décident de rompre mais de rester amis. Ils concluent alors un étrange pacte : si à vingt-huit ans aucun des deux n’a trouvé l’âme soeur, ils se marient ensemble. Mais voilà que quelques mois avant l’échéance, Michael se fiance avec Kimberly. Julianne aimerait bien tenter d’empêcher le mariage, si elle ne trouvait pas Kimberly si adorable…

Le Mariage de mon meilleur ami : Photo Cameron Diaz, Dermot Mulroney, Julia Roberts

Le réalisateur australien P.J. Hogan avait cassé la baraque en 1994 avec Muriel, cette comédie drôle et émouvante avec les excellentes Toni Collette et Rachel Griffiths. Je dois même dire qu’il s’agit de mes films de chevet : le film avait beau parler de mariage, il ne s’agissait pas à proprement parler d’une comédie romantique, il s’agissait finalement d’une ode à l’amitié et à l’indépendance. Dans le fond, dans une sorte de version américaine et avec une héroïne qui cette fois-ci correspond aux standards de beauté, Le Mariage de mon meilleur ami reprend des thématiques déjà présentes dans Muriel. Ce sont certainement un des seuls atouts de ce film qui surprend par sa fin loin des attentes habituelles des codes de la comédie romantique. Muriel et Le Mariage de mon meilleur ami mettent en scène des mariages impliquant de près ou de loin leurs héroïnes, ils donnent l’impression d’utiliser des codes de comédie romantique tout en sachant les détourner. Mais pourquoi Le Mariage de mon meilleur ami ne fonctionne pas aussi bien que Muriel ? Pourtant il s’agit d’une comédie avec le charme des années 90 plutôt fraîche, sympathique, rythmée, portée par de bonnes interprétations (notamment par la reine Julia hilarante et lumineuse dans ce rôle de peste ambulante). Même si la fin a le mérite de détourner les codes habituels de la comédie romantique (au fond… peut-on vraiment parler de comédie romantique ?), on ne peut pas s’empêcher de regarder… justement une romcom sympa mais sans plus, assez plate, n’évitant pas certains clichés et chichis hystériques. Ce constat est très sincèrement dommage car justement on sent qu’il y a une volonté, derrière ce petit divertissement en apparence, d’évoquer différents sujets moins superficiels que prévus. Ce film ne parle pas que d’un amour impossible à poursuivre. La confrontation entre les deux filles ennemies se battant pour le même homme ne se limite pas qu’à une question d’amour. Le personnage de Julia Roberts bosse énormément pour gagner sa vie tandis que celui de Cameron Diaz est une fille de milliardaire. Il y a aussi certainement un discours sur la femme moderne : certes, au fond, Julianne est un personnage pathétique, perdu, qui n’a pas su prendre les bonnes décisions au bon moment. Mais doit-on vraiment être triste pour elle ? N’est-elle pas aussi une représentation de la femme indépendante ? Bref, le film a beaucoup de potentiel, il est certainement moins bête qu’il en a l’air mais hélas il ne l’exploite pas autant qu’il le devrait.

Le Mariage de mon meilleur ami : Photo Julia Roberts, Rupert Everett

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Ça (2017)

réalisé par Andy Muschietti

avec Bill Skarsgård, Jaeden Lieberher, Finn Wolfhard, Jack Dylan Grazer, Sophia Lillis, Jeremy Ray Taylor, Wyatt Olef, Chosen Jacobs, Nicholas Hamilton, Stephen Bogaert…

titre original : It

Epouvante-horreur américain. 2h15. 2017.

sortie française : 20 septembre 2017

À Derry, dans le Maine, sept gamins ayant du mal à s’intégrer se sont regroupés au sein du « Club des Ratés ». Rejetés par leurs camarades, ils sont les cibles favorites des gros durs de l’école. Ils ont aussi en commun d’avoir éprouvé leur plus grande terreur face à un terrible prédateur métamorphe qu’ils appellent « Ça »…
Car depuis toujours, Derry est en proie à une créature qui émerge des égouts tous les 27 ans pour se nourrir des terreurs de ses victimes de choix : les enfants. Bien décidés à rester soudés, les Ratés tentent de surmonter leurs peurs pour enrayer un nouveau cycle meurtrier. Un cycle qui a commencé un jour de pluie lorsqu’un petit garçon poursuivant son bateau en papier s’est retrouvé face-à-face avec le Clown Grippe-Sou…

Ça : Photo Chosen Jacobs, Finn Wolfhard, Jaeden Lieberher, Jeremy Ray Taylor, Sophia Lillis

Le long roman de Stephen King Ça, publié en 1986, avait déjà connu une première adaptation pour la télévision en 1990 réalisée par Tommy Lee Wallace et avec l’excellent Tim Curry dans le rôle du clown terrifiant Grippe-Sou (Pennywise). Le téléfilm était intéressant (même si je trouve sa seconde partie bien en dessous de la première) mais il a sacrément vieilli. Cela fait depuis quelques années qu’on parle d’une nouvelle adaptation (j’insiste sur le terme – non, ce n’est pas un remake comme je l’ai parfois lu à tort et à travers) pour le grand écran. Cary Fukunaga (crédité au générique) devait réaliser cette nouvelle version avec Will Poulter dans le rôle du clown maléfique. Fukunaga quitte le projet suite à des désaccords artistiques avec les producteurs de New Line, Poulter suit le chemin du réalisateur en guise de soutien. Les frères Duffer étaient également très intéressés par le projet, même avant l’intervention de Fukunaga. Il est finalement amusant de voir un des acteurs de Stranger Things au casting (le jeune Finn Wolfhard). Bref, c’est finalement le réalisateur argentin Andrés Muschietti (qui avait signé le plutôt bon Mamá) qui passe derrière la caméra. On relèvera alors deux choses. La première est le changement d’époque. Le roman (ainsi que le téléfilm) se déroule sur deux époques : les années 50 (pour la partie sur l’enfance) et les années 80 (pour la partie « adultes »). Cette fois-ci, l’enfance des personnages se situe dans les années 1980. Au-delà d’une volonté de rendre cette version plus contemporaine (les sujets évoqués sont intemporels), Ça semble s’inscrire dans ce boum nostalgique pour les années 80 (re-coucou Stranger Things). On aurait pu craindre une nostalgie pénible et redondante, Muschietti a le mérite de ne pas abuser de ce nouveau contexte en le rendant pas cool à tout prix. Le deuxième changement notable est d’isoler justement les deux parties. En effet, le téléfilm reprenait la structure du roman, c’est-à-dire d’avancer dans le récit en alternant les différentes époques. S’il devrait y avoir ces échanges dans le chapitre 2, ce premier volet se concentre uniquement sur le récit durant l’enfance des personnages. Seule une réplique prononcée par Bev, où elle explique avoir eu une vision d’elle et de ses amis adultes, évoquerait discrètement cette fameuse alternance temporelle.

Ça : Photo Bill Skarsgård

Stephen King, décidément au centre de toutes les attentions (les adaptations de ses oeuvres sont très nombreuses et cela n’est pas prêt de changer en 2018 !), a approuvé (voire aimé) cette nouvelle adaptation de Ça. Je n’ai pas encore lu le roman d’origine (je l’attaque très bientôt les amis !), je ne peux donc juger que sur ce que j’ai vu. Ce long-métrage m’a en tout cas beaucoup séduite. Certes, il ne s’agit pas forcément du film le plus effrayant que j’ai pu voir – même si certaines scènes ont tout de même su me donner quelques petits frissons. Il reprend lui-même des codes très utilisés (et parfois faciles) dans le cinéma d’horreur actuel. Cela dit, il a deux mérites qui lui permettent de se détacher de ce cinéma d’horreur contemporain. Le premier est celui d’instaurer tout le long de l’oeuvre une atmosphère dangereuse. Le second est concerne sa manière de parler de la peur, pas uniquement de ce monstre mais aussi celles de notre enfance qui s’apparentent finalement à différents traumatismes bien plus profonds : inceste, disparition tragique des parents ou d’un frère, harcèlement scolaire, mère qui couvre dangereusement son enfant, racisme… Des sujets difficiles mais jamais traités avec lourdeur. Rien que le nom de l’oeuvre est significatif sur le fond de cette histoire (on peut même établir des rapprochements avec The Thing et It Follows), ce « ça » pour désigne le Mal. En psychologie, le « ça » répond aux pulsions de l’humain. Et ces pulsions hantent la ville de Derry, pratiquement un personnage à part. Certes, la métaphore est peut-être parfois un peu très appuyée mais elle fonctionne tout de même avec efficacité surtout pour un film de cette production (n’oublions pas que c’est une grande production – ce qui explique le départ d’origine de Cary Fukunaga). Par rapport aux thèmes évoqués et même par rapports à certains décors, on peut rapprocher cette oeuvre à une nouvelle de Stephen King, Le Corps (paru dans le recueil de nouvelles Différentes saisons), adapté au cinéma sous le titre Stand by me. Ce premier chapitre n’est alors pas à proprement parler un film d’horreur comme on aurait pu l’attendre, c’est un film sur l’horreur banale. Muschietti nous offre une chronique sur l’enfance à la fois dure, tendre et émouvante.

Ça : Photo Bill Skarsgård

Pour un film assez ouvert au public, on s’étonnera alors de la violence, certes suggérée (enfin pas tant que ça par moments, la scène d’intro avec le petit Georgie et son bras arraché n’est pas si suggérée que ça), mais tout de même présente. Si la fin s’étire peut-être un poil en longueur et qu’il y a parfois un peu trop de jump-scares et d’effets horrifiques pour plaire à un certain public actuel (même si dans le lot certains fonctionnent), la mise en scène de Muschietti reste solide. A noter aussi une belle photographie de Chung Chung-hoon, connu pour sa collaboration avec Park Chan-wook : cette influence japonaise est peut-être, avec du recul, à l’origine de cette atmosphère prenante. Une scène plutôt réussie semble même sorti de Ring de Hideo Nakata. L’interprétation de Pennywise par l’immense (et trop sous-estimé) Tim Curry était monumentale (même si on le voit finalement peu). Difficile de passer après une telle performance. Pourtant, Bill Skarsgård (fils de Stellan et frère d’Alexander) s’en sort plus que bien. Ce n’est pas évident de passer après Curry et le jeune acteur suédois ne cherche pas à l’imiter. Il montre une autre facette exploitable de ce personnage qui apparaît certainement plus que dans le téléfilm. Certes, peut-être qu’on prend le risque de supprimer la partie énigmatique du monstre qui hante les enfants jusqu’à l’âge adulte (le personnage de Curry semblait plus vicieux mais encore une fois les approches de l’un et de l’autre sont différentes). A voir également en version originale pour l’excellent travail vocal de l’acteur. Tous les jeunes acteurs sont également remarquables incarnant des personnages très attachants et charismatiques. Jaeden Lieberher (vu dans l’excellent Midnight Special) et la jeune Sophia Lillis (sorte de sosie version jeune de Jessica Chastain et / ou Amy Adams) sont particulièrement charismatiques, Finn Wolfhard est très drôle en petit clown de service (oh le clin d’oeil de merde) ou encore Jack Dylan Grazer est adorable dans le rôle du petit Eddie (c’était déjà mon personnage coup de coeur dans le téléfilm). On peut peut-être regretter qu’ils n’aient pas le même temps de présence à l’écran. Espérons que le casting adultes soit à la hauteur…

Ça : Photo Chosen Jacobs, Finn Wolfhard, Jack Dylan Grazer, Jaeden Lieberher, Jeremy Ray Taylor

Before I Wake

réalisé par Mike Flanagan

avec Kate Bosworth, Jacob Tremblay, Thomas Jane, Dash Mihok…

Thriller, épouvante-horreur, drame améicain. 1h37. 2016.

sortie française (Netflix) : 28 avril 2017

Un jeune couple adopte un petit garçon orphelin dont les rêves et cauchemars prennent vie chaque nuit lorsqu’il dort.

Before I Wake : Photo Jacob Tremblay, Kate Bosworth, Thomas Jane

Before I Wake devait au départ porter un titre latin, Somnia, comme les deux premiers films de Mike Flanagan (que je n’ai pas encore vus): Absentia et Oculus (en « VF » The Mirror). Je ne sais pas s’il s’agit d’un signe mais Before I Wake est un film qui ne méritait pas de sortir directement sur Netflix. Certes, le film n’est pas un chef-d’oeuvre, loin de là. Mais il reste intéressant et mérite malgré tout des spectateurs. En découvrant ce long-métrages, j’ai naturellement établi des connexions avec d’autres films. En ce qui concerne le point sur les rêves et les cauchemars qui prennent place dans la réalité, il est évident de penser aux Griffes de la Nuit du regretté Wes Craven. Visiblement (puisque je ne l’ai pas encore vu mais il est sur ma liste des films à regarder depuis des lustres), il se rapprocherait de L’Echelle de Jacob d’Adrian Lyne. Concernant la part métaphorique et les relations entre une mère et son enfant, j’ai surtout pensé au surprenant film australien de Mister Babadook de Jennifer Kent. Effectivement, sans vous spoiler l’intrigue, je peux vous dire que le film est très réussi en ce qui concerne ce dernier point. En effet, si on devait retenir quelque chose d’essentiel pour désigner les qualités de ce film, nous tiendrons surtout en compte cette relation forte entre ce garçon étrange, unique et dans un sens effrayant malgré lui (Cody) et cette mère (Jessie) qui doit apprendre à gérer la perte accidentelle de son enfant biologique (Sean). Je connaissais mal Kate Bosworth jusqu’à présent mais elle m’a agréablement surprise dans le rôle de cette mère bouleversée qui s’accroche à ce qu’elle peut et qui doit. Elle est attachante même si certains de ses actes peuvent être douteux (Cody devient très rapidement un moyen pour faire « revenir » le petit Sean). Jacob Tremblay, la révélation de Room, est également épatant et prouve de nouveau qu’une grande carrière l’attend. Bref, certaines séquences sont assez poétiques, notamment avec la présence de ces papillons volontairement magnifiés : on voit bien qu’ils sortent tout droit de l’imagination mais esthétiquement ils arrivent à s’intégrer dans la réalité des personnages. Cela dit, ce qui peut expliquer ma déception voire même dans un sens ma frustration, c’est que j’ai l’impression que le réalisateur n’assumait pas totalement cette part de métaphore. Le film m’a paru par moments bancal notamment dans sa construction et surtout dans la manière de passer du réel au fantastique. En effet, le film prend le temps de placer son histoire qui a l’air très réaliste, même lorsqu’on découvre le don surnaturel de Cody (notamment quand ce dernier rêve de papillons et de Sean).

Before I Wake : Photo Kate Bosworth

Puis, lorsque ce sont cette fois-ci ses cauchemars qui prennent place (et qui auront des conséquences irréversibles sur la réalité), on tombe clairement plus dans le fantastique (pourtant, en théorie on était déjà entré en contact ce genre) voire même dans l’épouvante-horreur (rien de bien méchant, je vous rassure – et c’est même logique par rapport à ce que le film veut raconter). Mais finalement, une fois qu’on nous dévoile le comment du pourquoi, notamment en ce qui concerne l’origine du monstre du cauchemar (on nous confirme donc bel et bien la dimension métaphorique tout en nous présentant bien des scènes issues du fantastique), je trouve qu’il y a une sorte de déséquilibre. Déséquilibre en question qui est pour moi confirmé à la dernière scène même si l’horreur semble être un mauvais souvenir (après, cette fin me semble assez ouverte). Bref, j’ai l’impression que le réalisateur passe parfois à côté de ses objectifs comme s’il n’assumait pas certains de ses partis pris (par exemple, dans le même genre, vu que j’en parlais plus haut, un Mister Babadook est pour moi plus réussi dans le sens où il suit réellement son idée). Cela est vraiment dommage car le film a énormément de potentiel et reste plaisant à regarder alors qu’il n’est pas spécialement rythmé ou n’est pas très effrayant : on aurait pu s’ennuyer ou trouver, or ce n’est pas le cas. La mise en scène est parfois bien réfléchie et le scénario tient plutôt debout. De plus, Flanagan parvient à créer une atmosphère et surtout s’intéresse aux personnages et à leurs ressentis. Je ne connais pas spécialement la filmographie de Flanagan mais je sens qu’il a du potentiel. Peut-être juste qu’il a beaucoup d’ambitions mais reste encore un jeune réalisateur qui n’a pas totalement les armes pour arriver à son but. Before I Wake a le mérite de vouloir se détacher d’un certain cinéma d’horreur actuel qui veut séduire les jeunes. Il prend même dans un sens certains risques en n’hésitant à supprimer certains personnages. (suppression que je n’avais pas vu venir). Peut-être suis-je sévère parce que j’en attendais trop, que je sentais que le film pouvait aller plus loin dans son exploration de sa dimension dramatique et poétique. S’il a selon moi ses défauts, Before I Wake reste un film à la fois sombre et lumineux qui joue avec différents types de langage (notamment l’étymologie littérale et l’interprétation des rêves). S’il ne m’a pas totalement convaincue (et franchement ça me fait mal au coeur – j’ai énormément hésité concernant la notation ça se joue à rien pour être honnête), je reste persuadée qu’il séduira d’autres spectateurs.

Before I Wake : Photo Antonio Evan Romero, Kate Bosworth

Julieta

réalisé par Pedro Almodovar

avec Emma Suarez, Adriana Ugarte, Daniel Grao, Inma Cuesta, Dario Grandinetti, Michelle Jenner, Rossy de Palma, Pilar Castro…

Drame espagnol. 1h40. 2016.

sortie française : 18 mai 2016

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Julieta s’apprête à quitter Madrid définitivement lorsqu’une rencontre fortuite avec Bea, l’amie d’enfance de sa fille Antía la pousse à changer ses projets. Bea lui apprend qu’elle a croisé Antía une semaine plus tôt. Julieta se met alors à nourrir l’espoir de retrouvailles avec sa fille qu’elle n’a pas vu depuis des années. Elle décide de lui écrire tout ce qu’elle a gardé secret depuis toujours.
Julieta parle du destin, de la culpabilité, de la lutte d’une mère pour survivre à l’incertitude, et de ce mystère insondable qui nous pousse à abandonner les êtres que nous aimons en les effaçant de notre vie comme s’ils n’avaient jamais existé.

Julieta : Photo Emma Suárez, Michelle Jenner

Julieta, présenté en compétition officielle au dernier Festival de Cannes (et reparti les mains vides), est une adaptation très libre trois nouvelles issues du recueil Fugitives (Runaway) de l’auteure canadienne Alice Munro (prix Nobel de littérature en 2013) : « Hasard », « Bientôt » et « Silence ». Dans ces trois nouvelles (en vous précisant que j’ai lu ce joli recueil il y a quelques années – sans être une fan absolue, il reste intéressant et je ne peux que vous le conseiller), le lien est crée à partir des trois héroïnes qui se nomment toutes Juliette (alors qu’il ne s’agit pas du même personnage). Pedro Almodovar, qui rendait déjà hommage à l’oeuvre de Munro dans La Piel que Habito (on voit le bouquin en guise d’accessoire), a donc condensé ces trois nouvelles en particulier pour en livrer une version vraiment personnelle ! Je dois avouer que pendant tout le long de ma séance, je n’ai pas pensé une seule fois au texte d’origine, ce qui est extrêmement rare en ce qui me concerne (et qui est ici quelque chose de très positif en terme d’appropriation pure d’une oeuvre). Oui, il s’agit avant tout d’un pur Almodovar comme on les aime. Sans dire qu’il s’agit d’un de ses meilleurs (même si ce n’est que mon avis), ça fait plaisir de le revoir en forme, ses deux précédents film La Piel que Habito (même si je sais qu’il a ses fans – je ne le trouve pas mauvais mais il m’a laissée indifférente) et Les Amants Passagers (plus intéressant et intelligent qu’il en a l’air et qui ne méritait pas pour moi ce lynchage mais avouons que sa vulgarité gâche beaucoup de bonnes choses mises en place). Julieta devait à l’origine reprendre le nom d’une des nouvelles et s’appeler Silencio mais a abandonné ce titre pour éviter une confusion avec le prochain long-métrage de Martin Scorsese. Cela dit, ce titre d’origine est très significatif par rapport à l’ensemble de l’oeuvre. Le silence est un des thèmes centraux et même celui qui va permettre à en engendrer d’autres. Sans spoiler quoi que ce soit (en même temps, tout en proposant des histoires très claires et fluides, je trouve que c’est toujours difficile de résumer réellement les films d’Almodovar), le silence, les non-dits, les secrets sont la source de conflits entre les personnages, coincés par la culpabilité et victimes du destin.

Julieta : Photo

Il est intéressant de voir comment les thèmes du silence, de la culpabilité et du destin prennent place dans Julieta. Pedro Almodovar parvient à combiner différentes références (mythologiques, littéraires, cinématographiques, picturales etc…) pour créer quelque chose de très cohérent. Le parallèle avec L’Odyssée (la Julieta du titre étant professeure de littérature antique, Xoan est une sorte d’Ulysse étant donné qu’il est marin et se laisse charmer, il y a aussi toute une dimension tragique dans l’épopée etc…) ou celui avec Hitchcock (la partie dans le train est sublime) sont notamment pertinents. Le scénario est assez réussi : tout en parvenant à approfondir les différents thèmes, il dévoile la vie de Julieta petit à petit à travers de flashback et d’une voix-off, créant ainsi un certain suspense sur le sort final des personnages. C’est un procédé qui aurait pu être très laborieux, au point de gâcher le film. Certes, la voix-off prend parfois un peu trop le dessus, le film devenant parfois un peu trop explicatif. Cela dit, et c’est là où une sorte de mise en abyme fonctionne bien, il laisse place au rôle de la littérature et plus généralement de l’écriture : la voix-off intervient pour que le spectateur puisse avoir accès aux écrits de Julieta envers sa fille Antia. Non seulement, c’est un procédé qui permet au spectateur d’en savoir plus sur une partie de la vie de Julieta et sur comment elle en est arrivée à un certain point à l’heure actuelle mais finalement on en revient toujours au thème du silence. Comment communiquer et briser les secrets ? Julieta trouve un moyen détourné pour tenter renouer possiblement des liens avec sa fille sans pour autant faire appel à l’oralité, le moyen le plus représentatif de la communication. La fin, certes frustrante, illustre d’ailleurs ce problème de communication difficile à résoudre totalement : on ne saura jamais ce qui sera réellement dit entre les personnages. Le scénario, possédant une structure solide, se concentre également à juste titre sur le personnage principal. Pedro Almodovar signe de nouveau un beau et complexe portrait de femme qui traverse le temps avec de la douleur, ses souvenirs et ses sentiments les plus profonds.

Julieta : Photo Emma Suárez

La mise en scène est très élégante, précise et soignée, comme d’habitude chez Almodovar, l’esthétique saute également aux yeux et permet de servir le propos. Les couleurs flamboyantes, en particulier dans le passé, permettent de créer un contraste avec la dure et tragique réalité. Surtout, et c’est d’ailleurs l’idée qui pourrait être présente par l’idée d’écrire, on a l’impression quelque part qu’on est face à une fiction dans la fiction alors que ce n’est pourtant pas le cas, mais nous pouvons nous interroger si le point de vue de Julieta ne deviendrait pas fictif via le procédé littéraire, comme si elle amplifiait certains événements, comme si c’était elle quelque part qui rendait sa vie encore plus tragique (le terme étant important étant donné qu’il y a par conséquent une présence dominante de la fatalité dans le film) qu’elle ne l’est déjà. Par ailleurs, l’esthétique est aussi justifiée par la présence du mélodrame, complètement assumée (et revue) par son réalisateur, même si ce choix pourra déstabiliser certains spectateurs. J’ai donc beaucoup aimé ce dernier cru d’Almodovar qui possède beaucoup de qualités et encore une fois, je trouve cela génial de le voir encore inspiré. Cela dit, peut-être à cause de son côté un peu trop explicatif (et pas uniquement à cause de la voix off) justement comme je le suggérais plus haut, Julieta n’est pas le chef-d’oeuvre qu’il aurait pu être. Beaucoup de scènes sont bien foutues sur de nombreux points mais je crois qu’il manque quelques scènes fortes, quelques piques d’émotion, même si le film m’a touchée. Julieta possède cela dit un joli casting féminin, permettant d’effacer mes quelques remarques. Emma Suarez et Adriana Ugarte (dont je ne connaissais pas leur existence avant d’aller voir ce film), qui incarnent toutes les deux l’héroïne à des âges différents (Pedro Almodovar ne faisant pas confiance à la magie du maquillage), livrent des interprétations impeccables. Surtout, la connexion, je dirais même l’unité, entre les deux actrices fonctionne dans le sens où la transition (très réussie avec la serviette – c’est simple mais très efficace) d’un personnage à un autre ne nous perd pas et nous semble crédible.

Julieta : Photo Adriana Ugarte

La face cachée de Margo

réalisé par Jake Schreier

avec Nat Wolff, Cara Delevingne, Halston Sage, Justice Smith, Austin Abrams, Jaz Sinclair, Ansel Elgort…

titre original : Paper Towns

Comédie dramatique, romance américaine. 1h50. 2015.

sortie française : 12 août 2015

La Face cachée de Margo

D’après le best-seller de John Green, La Face Cachée de Margo est l’histoire de Quentin et de Margo, sa voisine énigmatique, qui aimait tant les mystères qu’elle en est devenue un. Après l’avoir entraîné avec elle toute la nuit dans une expédition vengeresse à travers leur ville, Margo disparaît subitement – laissant derrière elle des indices qu’il devra déchiffrer. Sa recherche entraîne Quentin et sa bande de copains dans une aventure exaltante à la fois drôle et émouvante. Pour trouver Margo, Quentin va devoir découvrir le vrai sens de l’amitié… et de l’amour.

La Face cachée de Margo : Photo Cara Delevingne, Nat Wolff

A peine un an après la sortie de Nos étoiles contraires, une nouvelle adaptation d’un roman de John Green sort dans les salles obscures, La face cachée de Margo (mais je préfère largement son titre original, Paper Towns). Je dois vous avouer que j’ai longuement hésité à aller voir ce film au cinéma. Je n’ai rien contre Nos étoiles contraires, j’ai même bien aimé le bouquin, mais en ce qui concerne le film, je l’avais trouvé assez moyen, lisse, limite un peu trop mignon et surtout vraiment trop larmoyant (du genre si tu n’as pas pleuré en sortant de la salle, tu n’as pas de coeur). Et puis je ne suis pas forcément fan des mannequins qui deviennent actrices, dans le lot, il y a quand même un paquet de ces jeunes filles qui n’ont vraiment aucun talent pour la comédie et qui sont juste là parce qu’elles ont un physique agréable à regarder. Mais Cara Delevingne est une jeune fille différente, déjà à l’origine un des seuls mannequins du moment que j’aime bien et pas uniquement à cause de ses célèbres sourcils. Pourtant j’étais sceptique à l’idée qu’elle fasse du cinéma. Mais elle possède une telle personnalité que j’avais envie de lui donner sa chance. Surtout, j’ai lu des critiques positives de la part de blogueurs qui n’avaient pas été tendres avec Nos étoiles contraires. Et effectivement, même s’il a quelques défauts, Paper Towns est une bonne surprise. A première vue, il s’agirait d’une énième romance entre deux ados et même plus généralement sur plusieurs couples d’ados. Finalement, il s’agit plus moi d’une ode touchante à l’amitié. Le réalisateur joue également avec une certaine intelligence avec les codes du teen movie et du road movie pour pouvoir nous livrer un joli récit initiatique sur le devenir d’un adolescent à la fin du lycée. Mais le point fort du film est certainement son traitement sur le rapport entre la fiction et la réalité. Je ne vais évidemment rien spoiler mais j’ai en tout cas trouvé l’écriture très surprenante (la fin du film l’est également au passage, en tout cas elle n’est pas aussi attendue que prévue), surtout pour ce type de production.

La Face cachée de Margo : Photo Cara Delevingne, Nat Wolff

La mise en scène de Jake Schreier (réalisateur de Robot and Frank) n’est pas forcément exceptionnelle mais elle reste tout de même assez réussie, surtout encore pour une grosse production pour adolescents. Le film parvient également à trouver un juste équilibre entre l’émotion, la tendresse et l’humour (je pense notamment à la scène du pipi dans la voiture ou encore à l’apparition très drôle d’Ansel Elgort !) et tente d’éviter la caricature en essayant de donner de la complexité aux personnages et c’est pour cette raison qu’on s’attache tous à eux. Il faut dire que les acteurs sont tous très bons. Je confirme que les producteurs ont eu du flair en donnant le rôle de la Margo du titre français à Cara Delevingne. Certes, finalement on ne la voit pas tant que ça mais pourtant Margo semble être omniprésente et pas uniquement parce que les personnages la cherchent. La (désormais) jeune actrice possède un véritable charisme qui passe très bien sur grand écran, elle a réellement du potentiel. Je ne sais pas du tout comment va se dérouler sa carrière cinématographique (visiblement elle est sur pas mal de projets) mais je pense qu’elle pourra aller loin. En tout cas, son interprétation est tout le temps impeccable. J’ai également beaucoup aimé l’interprétation de son partenaire (le véritable premier rôle) Nat Wolff. Je l’avais (comme pas mal de gens) repéré dans Nos étoiles contraires dans lequel il était déjà excellent dans le rôle de l’ami aveugle. Il est tout simplement impeccable, a largement le charisme pour tenir un premier rôle et décidément lui aussi a un vrai potentiel. Je ne vais pas forcément revenir sur tous les autres secondaires mais en tout cas tous m’ont également convaincu. Ceci dit, malgré tous ces compliments, je dois avouer (comme je le disais un peu plus haut) que le film n’est pas non plus parfait, il y a quelques trucs qui vont pas et il ne faut pas non plus les ignorer. Je dirais qu’il y a quand même quelques petites longueurs. En fait, disons qu’on voit ces possibles longueurs à cause de quelques problèmes d’équilibre rythmique. Après, sans dire qu’il s’agit d’un grand film, cela ne m’a pas empêchée d’être très fortement enthousiasmée par ce film qui possède par ailleurs une bande-originale très sympathique et rafraîchissante. J’ai très hâte de découvrir le livre de John Green maintenant !

La Face cachée de Margo : Photo Cara Delevingne, Nat Wolff

White Bird

réalisé par Gregg Araki

avec Shailene Woodley, Eva Green, Christopher Meloni, Shiloh Fernandez, Gabourey Sidibe, Thomas Jane, Dale Dickey, Angela Bassett, Mark Indelicato, Sheryl Lee, Brenda Koo, Jacob Artist, Ava Acres, Michael Patrick McGill…

titre original : White Bird in a Blizzard

Drame américain. 1h30. 2014.

sortie française : 15 octobre 2014

sortie dvd : 17 mars 2015

Vu dans le cadre de Dvdtrafic : Un grand merci à Cinétrafic et à Bac Films.

Page Facebook de Bac Films + Boutique.

Liste des films sur l’adolescence dont ceux sortis en 2014.

White Bird

Kat Connors a 17 ans lorsque sa mère disparaît sans laisser de trace. Alors qu’elle découvre au même moment sa sexualité,  Kat semble  à peine troublée par cette absence et ne paraît pas en vouloir à son père, un homme effacé. Mais peu à peu, ses nuits peuplées de rêves vont l’affecter profondément et l’amener à s’interroger sur elle-même et sur les raisons véritables de la disparition de sa mère…

White Bird : Photo Shailene Woodley, Shiloh Fernandez

Je connais mal la filmographie de Gregg Araki. J’avais vu il y a maintenant quelques années un de ses films les plus connus, Mysterious Skin. Même si je me sens incapable de le revoir (je crois que vous pouvez comprendre pourquoi), ce film est une claque. Hélas, étrangement, il ne m’a pas donné envie de découvrir les autres films de Gregg Araki. Je dois avouer que son univers me faisait même un peu peur, peur de voir trop de jeunes drogués couchant avec tout et n’importe quoi (oui, je déshumanise les gens, je sais). Bref, White Bird ne faisait pas partie de mon programme. Sauf que je participe à l’opération Dvdtrafic du site Cinétrafic et que j’ai mis ce film un peu par hasard dans la liste des films que je voudrais voir parmi ceux qui étaient proposés. Et évidemment, on m’envoie le dvd, je dois donc le regarder. Je vous raconte alors cette petite histoire, si passionnante et émouvante, pour vous dire que White Bird est finalement pour moi une bonne surprise, qui me donne envie de découvrir pour de bon la filmographie de Gregg Araki (oui, tout ça pour ça). White Bird est donc une adaptation d’un roman de Laura Kasischke. Le nom de cette romancière ne vous est peut-être pas totalement inconnu : elle est également l’auteur de La Vie devant ses yeux, adapté en 2007 par Vadim Perelman avec Uma Thurman et Rachel Evan Wood. Ce film n’était pas terrible, principalement à cause d’une mise en scène médiocre, mais l’histoire était tout de même intéressante. Mine de rien, quand j’ai appris cette information avant d’introduire le dvd dans le lecteur, j’étais tout de même curieuse de découvrir l’histoire.

White Bird : Photo

White Bird est découpé en deux parties. La première se situe à la fin des années 1980. Eve Connors vient de disparaître. Son mari et sa fille Kat signalent sa disparition, certes inquiétante mais probablement prévisible (on comprend par des flashbacks que madame, devenue cinglée, ne supporte plus son existence). Malgré ce drame, Kat continue sa vie le plus normalement possible, notamment en explorant sa sexualité et sa féminité. La jeune fille tente de se détacher de cet événement, comme si elle le vivait bien. En réalité, Kat est une ado qui manque de repères. De plus, avant sa disparition, Eve et Kat étaient devenues rivales : la mère, commençant à vieillir, commence à voir développer le corps et le pouvoir sexuel de sa fille. Malgré des petites touches soulignant la souffrance psychologique de la jeune fille, la première partie ressemble à un classique teen-movie. Ce n’est pas désagréable mais rien de totalement transcendant, même si on reste curieux : après tout, on espère en savoir plus sur la disparition d’Eve et en général sur sa personnalité. Intervient alors la seconde partie (début années 1990), qui se déroule quelques années après : Kat n’est plus une lycéenne mais elle est étudiante dans une autre ville et revient chez elle le temps de quelques jours de vacances. Gregg Araki va alors donner un sacré tour de force à ce qui aurait pu être un banal teen-movie : White Bird prend alors des allures de thriller même si nous ne pouvons pas non plus affirmer qu’il appartienne à ce genre cinématographique. Je dois avouer que je suis restée scotchée et sur le cul jusqu’à la dernière seconde. Certes, le film donne clairement des indices, peut-être que certains spectateurs ont compris le dénouement et quelque part, tant mieux pour eux. Personnellement, captivée par le film, je n’avais rien vu venir et j’ai adoré être surprise par les dernières secondes du film. Le mélange des genres (teen-movie / drame / thriller) fonctionne alors bien car on n’a pas cette sensation de déséquilibre, au contraire, on voit où Gregg Araki veut en venir et mener son film.

White Bird : Photo

Avoir un scénario surprenant, riche en rebondissements, est évidemment un atout mais connaître la raison de la disparition d’Eve n’est pas le but principal de ce long-métrage, il ne s’agit que d’un prétexte pour montrer à la fois l’échec du rêve américain et la difficulté de devenir une femme. Evidemment, rien de bien nouveau dans le sujet sur le papier, sauf que la mise en scène et le scénario sont redoutablement efficaces, le film devenant plus complexe qu’il en a l’air. Le charme de ce film vient probablement de sa dimension onirique, qui lie subtilement les différents genres que j’ai pu énumérer entre eux. Ainsi, les rêves de Kat vont évidemment lui permettre de trouver la vérité. Mais il ne s’agit pas uniquement d’un moyen pour résoudre une énigme. Les rêves ont une utilité pour connaître la vérité étant donné que la réalité est faussée (tout le monde a ses secrets, Kat refuse de voir une vérité si évidente quand on y réfléchit bien), notamment par toutes ces couleurs criardes, parfois pénibles mais qui traduisent bien la superficialité des habitants de cette banlieue. La dualité, qui rend définitivement ce film enrichissant, fonctionne alors sur plusieurs plans : entre le rêve et la réalité, entre la mère et la fille, entre ce que les personnages veulent faire croire et ce qu’ils sont réellement, entre les époques, entre l’adolescence et l’âge adulte. Quelque part, il y a quelque chose de schizophrène dans cette oeuvre (on pense beaucoup à l’univers de David Lynch), sans que ce soit bizarre juste pour faire bizarre, au contraire cette sensation permet de tirer réellement quelque chose sur les personnages, pas aussi lisses qu’ils en ont l’air, et sur la critique sociale. White Bird a vraiment beaucoup de qualités et comme vous pouvez le deviner, je vous encourage vraiment à le découvrir si vous n’en avez pas eu la possibilité. Au-delà d’un travail d’écriture remarquable, d’une mise en scène réussie, de qualités techniques et d’une bande-originale sympa, permettant de situer l’action dans une époque précise (renforçant à la fois les dimensions sociale et onirique), j’ai également beaucoup aimé le casting, interprétant des personnages réellement complexes et intéressants.

White Bird : Photo Eva Green

Kat n’est pas nécessairement un personnage sympathique et attachant, dans le sens où il s’agit d’une ado méprisante qui semble vouloir grandir trop vite. On aurait pu s’attendre à un personnage actif, en réalité, seuls ses rêves lui permettent d’essayer d’agir. Et même quand elle veut agir, elle refuse de voir la vérité. Cela aurait pu être énervant puisque c’est toujours désagréable de voir des personnages principaux passifs et antipathiques, sauf qu’encore une fois, les caractéristiques distribués à ce personnage servent réellement le propos du film. Quelque part, il ne s’agit pas simplement de la disparition concrète d’Eve, mais encore une fois (je reviens encore à la dualité omniprésente), il s’agit quelque part des disparitions métaphoriques de certaines parties de Kat : perte de sa virginité, disparition de son adolescence pour devenir une femme et déni d’un amour évident de cette jeune fille envers sa mère (principalement à cause de l’adolescence), qui va devoir se construire avec ce manque maternel. De plus, cette disparition de Kat est également concrétisée par son départ dans une autre ville. Son interprète, la toujours formidable Shailene Woodley, parvient à rendre ce personnage attachant, pourtant la tâche n’était pas évidente. D’habitude, je ne suis pas très fan d’Eva Green. Ce n’est pas qu’elle joue mal, mais j’ai l’impression qu’elle joue toujours la même chose depuis un certain temps (les femmes ténébreuuuses avec une voix grave et sexyyyy). Certes, au début, avec son look classe et sexy, je n’étais pas très rassurée. Puis, petit à petit, même si elle n’apparaît pas tant que ça à l’écran, j’ai enfin vu la Eva Green que j’espérais tant voir depuis des lustres : naturelle et fragile. De plus, j’avais un peu peur puisque techniquement, Green (née en 1980) ne pourrait pas interpréter la mère de Woodley (née en 1991). Or, ce problème est vite résolu car Green a quelque chose de mature, et ce n’est pas juste une question d’apparence physique. Les seconds rôles sont également excellents et surprenants, notamment Christopher Meloni et Shiloh Fernandez.

White Bird : Photo Shailene Woodley, Shiloh Fernandez

Top of the Lake (saison 1)

Créée par Jane Campion et Gerard Lee

avec Elisabeth Moss, Peter Mullan, David Wenham, Thomas M. Wright, Holly Hunter, Jacqueline Joe, Robyn Nevin, Lucy Lawless…

Série dramatique néo-zélandaise,australienne, américaine, britannique. 2013. 

Tui, une jeune fille âgée de 12 ans et enceinte de 5 mois, disparaît après avoir été retrouvée dans les eaux gelées d’un lac du coin. Chargée de l’enquête, la détective Robin Griffin se heurte très rapidement à Matt Mitcham, le père de la jeune disparue qui se trouve être aussi un baron de la drogue mais aussi à G.J., une gourou agissant dans un camp pour femmes. Très délicate, l’affaire finit par avoir des incidences personnelles sur Robin Griffin, testant sans cesse ses limites et ses émotions…

Photo David Wenham, Elisabeth Moss

Steven Spielberg, Martin Scorsese, David Fincher… Depuis quelques années, les grands noms du cinéma s’essaient aux séries télévisées. La réalisatrice néo-zélandaise Jane Campion, unique femme à avoir remporté la Palme d’or (pour La leçon de piano), a rejoint cette liste qui s’agrandit petit à petit pour co-créer sa propre série, avec un certain Gerard Lee (scénariste de Sweetie, premier long-métrage de Campion). La presse et même les spectateurs semblent avoir adoré cette série. Sans être une fan absolue de Campion (j’ai bien aimé Un ange à ma table mais je n’ai pas trop aimé La leçon de piano, ni Holy Smoke), j’étais tout de même curieuse de voir ce que cela pouvait donner, surtout que cette saison est courte (six épisodes sur Arte, sept sur Sundance Channel), ce qui est un avantage pour découvrir en peu de temps une série. Hélas, pour moi Top of the Lake est une très mauvaise série, et finalement c’est peut-être une des pires que j’ai pu voir. Je ne comprends pas absolument pas cet enthousiasme général, j’ai l’impression de ne pas avoir regardé la même chose. Je ne vise personne, bien sûr que vous avez le droit d’aimer Top of the Lake, mais j’ai quand même ce sentiment de voir cette série encensée uniquement parce que c’est Jane Campion qui en est à l’origine. Mon jugement peut paraître sévère mais j’estime que le but premier d’une série est de donner envie aux spectateurs de regarder chaque épisode. Or, Campion se plante en beauté en passant à côté de cet objectif indispensable. J’ai même failli arrêter de regarder cette saison afin la fin. En réalité, ce n’est pas Top of the Lake mais plutôt Au top de l’ennui.

Photo Elisabeth Moss, Jacqueline Joe

Les paysages sont évidemment magnifiques mais si je veux voir de belles images, je regarde National Geographic. C’est déjà difficile pour un film de tenir entièrement sur du contemplatif mais pour une série, cela me semble carrément impossible. Il y a un moment où il faut un scénario. Une série comme Twin Peaks (je cite celle-là car on sent l’influence de Lynch) joue beaucoup sur l’atmosphère et les lieux mais Lynch nous une histoire très complexe et on a envie d’en savoir plus à la fin de chaque épisode. J’hésite alors entre deux options: soit les images sont juste là pour dissimuler une histoire qui n’a strictement rien à dire, soit Campion et Lee sont tellement obsédés par leurs foutues belles images (oui, c’est joli la Nouvelle-Zélande) et une soi-disant ambiance bizarroïde (car j’ai envie de dire quelle ambiance ? Baiser dans une forêt – qu’est-ce que c’est prévisible – j’appelle pas ça de l’ambiance) qu’ils laissent totalement de côté le scénario à mon plus grand regret. Et oui, de beaux paysages, des personnages tordus et consanguins et trois scènes de cul à la noix ne font pas forcément une bonne série. En réalité, je ne comprends même pas l’intérêt des six/sept épisodes. Un film aurait largement suffi ! Sérieusement, était-ce vraiment nécessaire d’avoir tous ces épisodes pour nous dire que c’est mal de violer, surtout des enfants ? L’histoire aurait pu être intéressante (surtout que j’apprécie les histoires individuelles qui se mélangent à une histoire collective) mais elle devient rapidement une perte de temps et on le comprend dès le premier épisode. Or, le peu de scénario présent (visiblement quelques lignes paresseuses) est raté. Les quelques rebondissements ne fonctionnent pas car ils sont prévisibles à trois mille kilomètres (mais on est censé être sur le cul, mon oeil…). De plus, je comprends bien que la série ne tourne pas autour de Tui, cette enfant disparue, mais le scénario la délaisse tellement au profit de l’histoire personnelle de Robin qu’on finit par se foutre royalement de son sort ! Campion tente de se justifier en disant qu’il s’agit d’une série féministe. Elle a une vision du monde très limitée voire même douteuse. En gros, les femmes sont toutes complètement fêlées et dépressives (elles te dégoûtent à elles seules du féminisme), sous prétexte qu’elles sont fragiles (à cause de la vie, des hommes et tout ça) et les hommes ne sont évidemment que des brutes, des violeurs, des pédophiles, des lâches et j’en passe.

Photo Peter Mullan

A l’image de la vision de Campion sur les hommes et les femmes (elle devrait sérieusement réécouter le discours d’Emma Watson pour la campagne HeForShe – ça, c’est du féminisme), ce maigre scénario continue à accumuler des éléments très lourdingues. A force de vouloir créer une communauté étrange et inquiétante, Campion et Lee nous fatiguent sérieusement. Je n’ai rien contre des personnages tordus mais il y en a tellement au bout d’un moment qu’on ne croit même plus à l’univers qu’on nous propose. Surtout, ils n’ont aucune nuance. De plus, les dialogues sont également très mal écrits. J’ai l’impression de voir certains de mes amis sur Facebook qui lâchent des pseudos phrases philosophiques à deux heures du matin ! Enfin, je n’ai même pas pu me raccrocher au casting. Peter Mullan est pour moi au-dessus mais il m’a tout de même déçu. Pourtant, je précise que j’adoooooore ce gars mais je ne l’ai pas trouvé ici très inspiré. Il faut qu’il n’est pas servi par son personnage caricatural. Le reste de la distribution est par contre réellement décevante, à commencer par Elisabeth Moss (Robin Griffin), qui est autant expressive qu’une huître. Je veux bien croire qu’elle joue les jeunes femmes brisées et que son personnage intériorise ses sentiments mais elle ne transmet aucune émotion, même quand elle raconte les pires horreurs vécues durant son adolescence. De plus, je n’ai pas cru une seule seconde qu’elle puisse jouer le rôle d’une flic, Moss manque de charisme et de présence pour jouer un tel rôle (par contre, pour jouer les ados attardées, elle serait parfaite). Je n’ai pas non été plus convaincue que ça par les interprétations de David Wenham (trop plat alors que son rôle est très ambigu) et de Thomas M. Wright (j’avais envie de le frapper à chacune de ses apparitions). Mais la pire reste pour moi Holly Hunter. Pourtant, j’aime bien cette actrice mais là elle est lamentable. Dire qu’elle est caricaturale en gourou (sorte de clone de Jane Campion) serait un euphémisme. Comme vous l’aurez compris, je ne compte pas regarder la saison 2 (annoncée il y a quelques jours).

Photo Jacqueline Joe

Gone Girl

réalisé par David Fincher

avec Ben Affleck, Rosamund Pike, Neil Patrick Harris, Tyler Perry, Carrie Coon, Kim Dickens, Patrick Fugit, Emily Ratajkowski, Missy Pyle, Sela Ward, Casey Wilson…

Thriller, drame américain. 2h30. 2014.

sortie française : 8 octobre 2014

Gone Girl

A l’occasion de son cinquième anniversaire de mariage, Nick Dunne signale la disparition de sa femme, Amy. Sous la pression de la police et l’affolement des médias, l’image du couple modèle commence à s’effriter. Très vite, les mensonges de Nick et son étrange comportement amènent tout le monde à se poser la même question : a-t-il tué sa femme ?

Gone Girl : Photo Ben Affleck, David Clennon, Lisa Banes

Dans cette critique, je vais essayer de ne rien dévoiler de l’intrigue mais il se pourrait que je laisse des indices derrière moi malgré tout. Si vous n’avez pas vu le film et que vous souhaitez avoir l’esprit 100% vide avant d’aller le voir, je vous déconseille de lire la suite de ce billet. David Fincher adapte le roman de Gillian Flynn (Les Apparences en V.F.) et c’est cette dernière qui s’est chargée de l’écriture du scénario. On ne sera alors pas étonné de voir une adaptation très fidèle au texte (et contrairement ce qu’affirment certains sites ou magazines, la fin n’est pas très différente de celle proposée par le roman). Fincher a su être à la hauteur de l’attente : en effet, on a droit à une adaptation fidèle qui possède une véritable personnalité. Adapter fidèlement pratiquement 700 pages n’était vraiment pas une tâche facile. En effet, on reconnait vraiment la patte de Fincher : un style assez froid mais dynamique, presque clipesque (vu son passé de vidéaste) mais sans faire tape-à-l’oeil non plus. La réalisation est impeccable, tellement maîtrisée, chaque scène, même chaque plan a une utilité et apporte quelque chose l’histoire et à son propos. Grâce à cette réalisation dynamique, les 2h30 passent très rapidement. Quant à l’intrigue, j’avais beau la connaître pourtant j’ai pris du plaisir à la redécouvrir.

Gone Girl : Photo Ben Affleck, Rosamund Pike

C’est sûr que ceux qui n’ont pas lu le livre ont dû être plus surpris que moi mais au fond, même si le twist est évidemment un plus dans l’histoire, ce n’est pas le but du film. D’ailleurs, le twist n’était pas ce qui intéressait Fincher (c’est ce qu’il a dit dans une interview et cela se ressent). Du coup, Gone Girl n’est pas qu’un simple thriller très divertissant, il est bien plus que ça, ce qui fait déjà de lui un grand film. Il se trouve quelque part entre la farce et la tragédie. Le mariage et les médias, plongés dans un tourbillon de mensonges, de manipulations, d’acharnements et d’apparences, sont au coeur de ce long-métrage. La musique, signée par Trent Reznor et Atticus Ross, correspond totalement à l’atmosphère pesante qui règne tout le long du film. Enfin, le casting ne déçoit pas car chaque acteur correspond vraiment à la description faite par Gillian Flynn. Ben Affleck, qui incarne Nick Dunne, l’Américain moyen par excellence (son sourire y est sûrement pour quelque chose) nous livre une des meilleures performances de sa carrière et fera enfin taire ses détracteurs. Rosamund Pike est tout simplement « épatante », capable de jouer sur plusieurs registres. Pour moi, elle mériterait largement un Oscar pour son interprétation. Les seconds rôles (Neil Patrick Harris, Tyler Perry, Carrie Coon, Kim Dickens ou encore Missy Pyle) sont également très bons.

Gone Girl : Photo Rosamund Pike