La Promesse de l’aube

réalisé par Eric Barbier

avec Pierre Niney, Charlotte Gainsbourg, Pawel Puchalski, Nemo Schiffman, Jean-Pierre Darroussin, Didier Bourdon, Finnegan Oldfield, Catherine McCormack…

Comédie dramatique française. 2h10. 2017.

sortie française : 20 décembre 2017

De son enfance difficile en Pologne en passant par son adolescence sous le soleil de Nice, jusqu’à ses exploits d’aviateur en Afrique pendant la Seconde Guerre mondiale… Romain Gary a vécu une vie extraordinaire. Mais cet acharnement à vivre mille vies, à devenir un grand homme et un écrivain célèbre, c’est à Nina, sa mère, qu’il le doit. C’est l’amour fou de cette mère attachante et excentrique qui fera de lui un des romanciers majeurs du XXème siècle, à la vie pleine de rebondissements, de passions et de mystères. Mais cet amour maternel sans bornes sera aussi son fardeau pour la vie…

La Promesse de l'aube : Photo Pierre Niney

Cela fait un petit moment que je m’intéresse à cette nouvelle adaptation de La Promesse de l’aube (Jules Dassin en avait signé une première en 1970 avec Melina Mercouri dans le rôle principal). J’avais signalé l’information à la fin de mon mémoire (en master 1) en 2015 en apprenant le projet. Je me situais dans une position pas toujours évidente en tant que spectatrice-lectrice. D’un côté, je devais découvrir le film comme une spectatrice lambda, sans prendre en compte de ce que je savais du texte d’origine et de l’auteur. De l’autre, je ne pouvais pas non plus ignorer mon expérience de lectrice-étudiante acharnée sur ce roman autobiographique pendant des mois. J’ai pu voir le film en avant-première en présence d’Eric Barbier ainsi que du très sympathique Pierre Niney. Les différentes réponses que le réalisateur a données, notamment à des fans et connaisseurs du roman et plus globalement de Romain Gary (qui avaient l’air sceptiques sur certains points) m’ont bien confirmé un petit souci d’interprétation du texte (ou en tout cas un refus de le mettre en scène). En effet, cette adaptation prend certainement un peu trop le roman au tout premier degré, tel qu’on le ferait étudier à des collégiens de 3e dans le cadre d’une séquence sur l’autobiographie. Par ailleurs, le long-métrage n’a pas pour simple ambition d’être uniquement une adaptation du texte de Gary : il exploite aussi le côté « biopic ». Vous allez me dire, Barbier adapte une autobiographie donc c’est logique qu’il y ait cette dimension biopic dans le long-métrage, les frontières entre les termes étant parfois floues. Mais le film aurait pu très bien exister sans ce côté-là non plus parfois très appuyé (notamment la fin). Bref, on ne va donc pas tourner autour du pot : oui, La Promesse de l’aube est une adaptation très classique, peut-être même un peu trop scolaire (et qu’on diffuse volontiers durant les cours de français, oui on a TOUS connu ça). La voix-off ne nous aide pas non plus à nous détacher de cette vision très académique. Oui, j’aurais également aimé qu’on prenne plus en compte la dimension plus profonde et, à mon avis, plus intéressante du texte de Gary. La mise en scène d’Eric Barbier n’est pas très inventive, loin de là. Elle reste tout de même adaptée par rapport à ce qu’on attend de ce type de grande production (qu’on ne voit pas tout le temps en France). Bref, Barbier remplit le cahier des charges mais ne parvient pas à aller au-delà.

La Promesse de l'aube : Photo Charlotte Gainsbourg, Pawel Puchalski

Cela dit, on ne peut pas non plus cracher sur tout. Si ce long-métrage filmé platement se veut parfois un peu larmoyant, on sera en revanche plus séduit par les scènes davantage « humoristiques ». On remarque également de beaux décors, une chouette reconstitution historique, des scènes de guerre certes pas spectaculaires mais soignées ou encore une photographie bien choisie. Dans l’ensemble, nous pouvons également dire que le film remplit son contrat de film grand public : le romanesque, l’action, « l’émotion », le sujet fort (les relations fortes et compliquées de Gary qui ne vit qu’à partir des rêves de sa mère possessives), il y a sur le papier beaucoup de choses qui peuvent plaire et qui fonctionnent un minimum  à l’écran. Les 2h10 passent également relativement vite, l’histoire restant tout de même assez prenante. Côté interprétation, je suis assez partagée. Je vais commencer par le gros point positif de la distribution : Charlotte Gainsbourg. Tout simplement phénoménale. Une de ses plus belles interprétations de sa carrière (dommage que ce soit pour un film moyen). Je ne voyais pas spécialement Gainsbourg incarner ce personnage (et pourtant, j’aime globalement bien cette actrice). Mais finalement, ce rôle à contre-emploi de sa personnalité lui va à merveille ! L’amour maternel profond et sincère, la sévérité ou encore la théâtralité dans le bon sens du terme (certainement le seul indice possible à détecter concernant la mythomanie présente dans le texte d’origine) sont ce qui définissent le personnage de Nina Kacew. Son interprétation aurait pu être très grossière, notamment avec ce travail sur l’accent (au passage, épatant). Mais Gainsbourg livre une composition bien plus pertinente et apporte à cette oeuvre assez académique une réelle émotion. Pierre Niney est également remarquable dans le rôle de Romain Gary, presque une évidence. Le jeune acteur franco-polonais Pawel Puchalski (interprétant Romain Gary enfant) est également impressionnant pour son jeune âge. En revanche, Nemo Schiffman (Gary adolescent) m’a moins convaincue mais il faut dire aussi qu’on ne le voit pas non plus des masses (et c’est finalement un peu la même chose pour Finnegan Oldfield). Surtout, on se demande ce que foutent Didier Bourdon et Jean-Pierre Darroussin, pratiquement des erreurs de casting. La Promesse de l’aube est une adaptation un peu trop sage du chef-d’oeuvre de Romain Gary : un peu trop convenu et manquant un peu de personnalité, le travail de Barbier reste tout de même propre et agréable.

La Promesse de l'aube : Photo Pierre Niney

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L’Attaque des Donuts Tueurs / Alibi.com

réalisé par Scott Wheeler

avec Justin Ray, Kayla Compton, Michael Swan…

titre original : Attack of the Killer Donuts

sortie française (VOD) : 9 avril 2017

Un incident scientifique transforme d’innocents Donuts en tueurs assoiffés de sang. Le sort de leur paisible petite ville dépend à présent de Johnny, Michelle et Howard.

L'Attaque des donuts tueurs : Photo Justin Ray, Kayla Compton

Il est toujours difficile de « noter » un nanar : peut-on les mettre au même niveau que des films « normaux » et traditionnels ? Peut-on moralement attribuer une meilleure note à des nanars qu’à des films qui devraient être bons sur le papier ? Il faut donc prendre ma note avec certaines pincettes, en se mettant en tête que ce genre de films reste à part. Je ne connais pas nécessairement tous les nanars possibles mais je sais faire la différence entre le nanar volontaire et assumé (le délirant Zombeavers) et l’involontaire (le magique The Room de Tommy Wiseau). L’Attaque des Donuts Tueurs entre dans la première catégorie : le spectateur sait parfaitement à quoi s’attendre (rien que le titre est un bon indicateur ou alors le spectateur en question est juste à côté de la plaque). Oui, on sait très bien que le scénario ne va pas voler très haut, les effets spéciaux vont être cheap, les personnages auront des réactions débiles et ça ne va même pas faire peur. Les choix exagérés, décalés ou même carrément stupides sont donc totalement assumés par le réalisateur. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si le film a été présenté au festival de l’Alpe d’Huez : il s’agit avant tout d’une comédie potache parodiant grossièrement le cinéma d’horreur. On retrouve alors volontairement beaucoup de clichés ou images : la blonde aux gros seins bête et méchante, les trois mecs pseudo rappeurs également stupides, le patron à moumoute (ai-je encore besoin de préciser que cet homme est également complètement con ?), le scientifique qui fait n’importe quoi ou le méchant concurrent de la boutique de luxe de donuts, vegan, bio et compagnie. Evidemment le long-métrage n’est pas toujours à une contradiction près et a certainement des défauts qui ne sont pas toujours volontaires ou liés au grand délire général (et il faut avouer que c’est parfois difficile de distinguer le bon et le mauvais à cause de son statut de nanar assumé). En effet, certains dialogues semblent interminables, les acteurs surjouent ou encore les donuts sont déjà garnis, colorés et décorés en sortant directement de la friteuse (et je ne commente évidemment les effets spéciaux, ça va de soi qu’ils sont pourris) ! Comme dans Zombeavers, L’attaque des tueurs donuts est un bon plaisir coupable, qui assume sa crétinerie et qui est drôle dans son genre même si son humour ne plaira certainement pas à tout le monde. J’ai même envie de dire qu’il est étonnamment créatif en dépit de son manque de moyens. Mais justement, dans un sens, j’aurais voulu que ce délire aille encore plus loin, que le réalisateur exploite encore plus le potentiel que ce film.

L'Attaque des donuts tueurs : Photo


réalisé par Philippe Lacheau

avec Philippe Lacheau, Elodie Fontan, Julien Arruti, Tarek Boudali, Nathalie Baye, Didier Bourdon, Medi Sadoun, Vincent Desagnat, Nawell Madani, Philippe Duquesne, Alice Dufour, JoeyStarr, Kad Merad, Norman Thavaud, Chantal Ladesou, Michèle Laroque, Laouni Mouhid…

Comédie française. 1h30. 2017.

sortie française : 15 février 2017

Greg a fondé une entreprise nommée Alibi.com qui crée tout type d’alibi. Avec Augustin son associé, et Medhi son nouvel employé, ils élaborent des stratagèmes et mises en scène imparables pour couvrir leurs clients. Mais la rencontre de Flo, une jolie blonde qui déteste les hommes qui mentent, va compliquer la vie de Greg, qui commence par lui cacher la vraie nature de son activité. Lors de la présentation aux parents, Greg comprend que Gérard, le père de Flo, est aussi un de leurs clients…

Alibi.com : Photo Julien Arruti, Philippe Lacheau, Tarek Boudali

Si je ne suis pas une grande adepte de nos comédies françaises actuelles, sans crier au génie révolutionnaire, j’adhère plutôt aux films de (et avec) Philippe Lacheau (qui se retrouve cette fois-ci seul derrière la caméra sans son compère Nicolas Benamou). Alibi.com est finalement dans la même veine que Babysitting 1 et 2. Si vous n’avez pas aimé le diptyque à succès (peut-être un jour une trilogie ?), je serais étonnée que vous puissiez aimer ce Alibi.com. Lacheau est toujours très inspiré par la comédie américaine actuelle, c’est-à-dire un peu « trash » tout comme il n’hésite pas à rendre hommage au cinéma des années 80 (le personnage principal voue clairement un culte à cette période, en particulier à Street Fighter). A travers ces inspirations en question, on sent une envie de la part de Lacheau d’apporter du sang neuf à la comédie française, d’être moins ringarde. Bon, je n’irai pas à dire que la comédie française va mieux grâce à l’ex-membre de la Bande à Fifi, il ne faut pas déconner non plus. Alibi.com a le mérite d’être une comédie fraîche et sans prétention, plutôt bien interprétée, la jeune génération s’en sort étonnamment plus que les acteurs davantage confirmés (Baye et Bourdon peinent parfois même s’ils ne sont pas catastrophiques, loin de là) : Elodie Fontan manque parfois de justesse mais sa fraîcheur et son honnêteté d’interprétation me séduisent à chaque fois, Lacheau plutôt crédible en sorte de geek et gars toujours fourré dans des situations improbable, Nawell Madani est la bonne surprise du casting en chanteuse bimbo (oui je kiffe son entêtant Marre des michtos ), Julien Arruti et Tarek Boudali (également anciens membres de la Bande à Fifi)  sont également plutôt drôles. A noter au début quelques guests sympathiques (presque dommage qu’on n’ait pas plus exploités certains d’entre eux). Bref, ce n’est déjà pas si mal (je n’en demandais pas plus – peut-être que je dit ça parce que je suis vraiment blasée par l’état de la comédie française actuelle). L’histoire est plutôt séduisante, une sorte de vaudeville moderne bien rythmée et jamais ennuyeuse, même si son potentiel comique n’est pas assez exploité. Je suis toujours partagée sur l’utilisation d’un humour gras et parfois en dessous de la ceinture : il y a des fois où ça m’a fait marrer, et d’autres non (le gag avec le caniche est de mauvais goût par exemple). Bref, faire de l’humour à la Apatow, pourquoi pas (c’est visiblement la nouvelle lubie en France) mais il faut encore savoir le maîtriser, ce qui n’est pas totalement le cas.

Alibi.com : Photo Élodie Fontan, Nathalie Baye, Philippe Lacheau

Les trois frères, le retour

réalisé par Didier Bourdon, Bernard Campan, Pascal Légitimus

avec Didier Bourdon, Bernard Campan, Pascal Légitimus, Sofia Lesaffre, Daniel Russo, Biyouna, Antoine Du Merle, Fatima Adoum…

Comédie française. 1h46. 2013.

sortie française : 12 février 2014

Les Trois frères, le retour

Ils sont trois,
Ils sont frères,
Ils sont de retour.
15 ans après, Didier, Bernard et Pascal sont enfin réunis… par leur mère…
Cette fois sera peut-être la bonne.

Les Trois frères, le retour : Photo Bernard Campan, Didier Bourdon, Pascal Légitimus

Dix-huit ans après Les Trois Frères, nous retrouvons les frères Latour, incarnés par Les Inconnus, dans la suite de leurs aventures. Le premier film était génial et surtout culte. Hélas, ce n’est pas le cas de ce deuxième opus. Evidemment qu’on est content de retrouver le célèbre trio, même s’ils ont perdu quelques cheveux ou ont pris un peu de poids et aussi quelques rides. On les trouve toujours autant sympathiques, c’est d’ailleurs peut-être aussi pour ça que j’accorde une petite étoile au film. Mais on ne trouve pas du tout leur talent dans ce long-métrage. Je reconnais qu’il y a quelques scènes drôles, comme celles avec la mamie pétée de pognons ou encore Campan déguisé en ado attardé. Hélas sur 1h40-45, on doit rire que cinq ou dix minutes, pas plus. Ca fait quand même mince. En fait, les quelques bonnes idées qui apparaissent ne sont jamais totalement exploitées, comme si le rire était limité, ce qui est quand même idiot dans une comédie. Je me doutais bien que ce retour serait moins drôle que le premier mais on pouvait espérer que l’ensemble serait potable. Hélas, plus le film avance, plus il s’enfonce. Il ressemblerait pratiquement à un mauvais téléfilm sans inspiration. Dans le premier, toutes les scènes s’enchaînaient à merveille, les vannes aussi, du coup on avait un film très rythmé. Dans ce retour, c’est assez mou et un peu long. On a également l’impression que l’histoire ne décolle jamais réellement. De plus, le scénario ne tient pas vraiment debout.

Les Trois frères, le retour : Photo Bernard Campan, Didier Bourdon, Pascal Légitimus

Ce qui est assez étrange, c’est que le film ressemble en apparence au premier dans sa structure (et reprend évidemment quelques sketchs). Il y a évidemment cette impression de déjà-vu qui est assez énervante en soi. Mais en même temps, il y a quand même des choses différentes. Mais même les seules différences qu’on relève ne servent pas l’histoire. Par exemple, dans le premier, on trouvait ces frangins losers sympathiques et attachants car on avait l’impression qu’ils étaient victimes des événements. Or, ici, même encore une fois je trouve toujours le trio sympathique, les personnages sont quand même moins attachants, on a parfois l’impression qu’ils cherchent vraiment leurs emmerdes. Il y a même quelque chose de paradoxal dans leur humour. Leurs sketchs, leurs spectacles et Les Trois Frères me font toujours rire alors qu’ils ne sont quand même plus récents. Sur le principe, dans ce nouveau film, on retrouve toujours le même fond, le même système dans l’écriture : des retrouvailles liées à l’héritage maternel, un humour basé sur la caricature, avec toujours cette envie de dénoncer les travers de la société. Hélas, ici, leur humour paraît dépassé, leur vision de la société est un peu datée et plus que jamais manichéenne : les riches sont forcément très très méchants et même très très racistes. J’ai même trouvé certaines scènes assez vulgaires, un sentiment que je n’avais jamais relevé dans le travail des Inconnus jusqu’ici.

Les Trois frères, le retour : Photo Bernard Campan, Didier Bourdon

Je n’ai pas non plus compris l’évolution du personnage de Pascal Légitimus qui est très différent du premier et ce changement ne m’a pas paru justifié. Dans le premier film, il incarnait un homme qui avait réussi, qui travaillait et qui était indépendant. Certes, sa situation financière est intéressante dans ce nouveau film. Mais il s’accroche à une cougar américaine pour vivre. Le problème n’est pas qu’il ait changé, car les gens changent avec le temps. Mais on a l’impression que le film ne prend pas toujours en compte que dix-huit se sont écoulés. Par contre, effectivement, rien a changé du côté de Bourdon et Campan. Le premier se met toujours avec une catho vieille fille pour pouvoir hérité de pépettes en cas de décès de la mère de cette dernière, le deuxième est toujours un acteur raté qui s’est lancé dans un one-man show foireux. En ce qui concerne le deuxième, le running gag avec sa pub de chien est assez lourde. Puis il y a de nouveau un gamin (enfin ici une gamine) qui provoque également quelques péripéties. Mickaël, qui a grandi, reste quand même attachant parce qu’on est nostalgique, par contre la gosse de Campan, qui parle tout le temps vulgairement et en verlan, est insupportable et son interprète, Sofia Lesaffre (mais où sont-ils allés la chercher celle-là ?) joue particulièrement mal ! D’ailleurs, même si le film accumule déjà en lui-même les défauts, pour moi, ce personnage fait énormément de mal à cette suite. En fait, non seulement le film n’est pas réussi, parvenant rarement à faire décrocher un rire, mais surtout c’est même triste de voir des comiques qui n’arrivent plus à être drôles. 

Les Trois frères, le retour : Photo Sofia Lesaffre

Les trois frères

réalisé par Didier Bourdon et Bernard Campan

avec Didier Bourdon, Bernard Campan, Pascal Légitimus, Antoine Du Merle, Marine Jolivet, Bernard Farcy, Claude Berri, Elie Semoun, Yolande Moreau, Marie-Christine Adam…

Comédie française. 1h40. 1995.

sortie française : 13 décembre 1995

Les trois frères

Le même jour, trois hommes découvrent qu’ils sont frères et héritent de 3 millions. Mais dix jours plus tard, l’héritage est détourné… et la galère commence pour trois frères qui n’ont que faire d’être frères.

Les trois frères : Photo

Après avoir cartonné grâce à leurs spectacles et leurs sketchs cultes, Les Inconnus ont fait un tour au cinéma, avec Les Trois Frères. Le célèbre trio a eu raison puisque presque sept millions de spectateurs s’étaient déplacés dans les salles obscures et le film avait remporté le César du meilleur premier film en 1996. Je vais le dire d’entrée : les Inconnus sont mes humoristes préférés et ce film est pour moi cultissime. J’ai beau le connaître par coeur, je ne me lasse pas de le revoir. C’était l’époque où Didier Bourdon, Bernard Campan et Pascal Légitimus avaient encore de l’inspiration. Avant de rédiger ma critique de la suite des Trois Frères, il me paraît normal, voire même obligatoire d’écrire d’abord celle du premier film, non seulement pour que les deux critiques apparaissent à la suite, mais aussi pour rappeler à quel point le trio avait du talent, savait faire rire et réalisait un long-métrage (enfin, ici réalisé « que » par Bourdon et Campan) qui tenait debout et qui avait du mordant. Le film comporte un grand nombre de scènes et de répliques cultes (« les cent patates ! », « c’est abstraaaait », le délire avec les drogues Disney, « putain, on a tué le mort », les trois télés du Millionnaire, « c’est quoi un pédé ? », « je n’veux pas être déguisé en salope ! » etc…).

Les trois frères : Photo

Les trois personnages étaient en eux-mêmes assez énormes. Le premier, Didier, est un homme assez ingrat, prêt à épouser la fille coincée d’un riche raciste. Le second, Bernard, est un comédien raté, qui se vante d’avoir tourné avec Isabelle Adjani dans une version de Casanova douteuse et qui fait la pub dans la rue pour une marque de lessive (« c’est la caca, c’est la cata, c’est la catastrophe ! ») » Enfin, le troisième, Pascal, est vraiment différent de ses demi-frères par sa couleur de peau et est un snob, appréciant l’art abstrait, qui semble avoir réussi sa vie, prêt à avoir une promotion dans son travail. Les trois personnages sont ou deviendront trois losers qui vont enchaîner les situations malheureuses mais qui vont être très attachants. Ils ont leurs défauts mais il y a un moment où on a presque pitié pour eux car on a l’impression que tout ce qui leur arrive n’est pas de leur faute. Même si elle reste classique, l’évolution des personnages est intéressante. Au début chaque personnage est isolé dans sa situation puis les trois protagonistes vont être unis. Plus on approche de la fin, plus le film devient mélancolique et touchant. Le film aborde donc les thèmes de la famille, de la paternité et des liens du sang avec humour tout en dénonçant les nombreux travers de la société française. Il reprend également certains sketchs des Inconnus mais sans qu’on n’ait forcément une impression de recyclage : ils arrivent à s’intégrer naturellement dans l’histoire. Bourdon, Campan et Légitimus sont évidemment impeccables dans les rôles qu’ils se sont attribués. Les seconds rôles sont également tous excellents (Farcy, Semoun, Moreau…) mais on retiendra surtout Antoine Du Merle, vraiment craquant dans le rôle du petit Mickaël.

 Les trois frères : Photo