L’Amant Double

réalisé par François Ozon

avec Marine Vacth, Jérémie Renier, Myriam Boyer, Jacqueline Bisset, Dominique Reymond…

Drame, thriller, érotique français. 1h47. 2017.

sortie française : 26 mai 2017

interdit aux moins de 12 ans

Je vous conseille aussi de lire l’excellent billet de Suzy Bishop : je partage son point de vue de A à Z.

Chloé, une jeune femme fragile, tombe amoureuse de son psychothérapeute, Paul. Quelques mois plus tard, ils s’installent ensemble, mais elle découvre que son amant lui a caché une partie de son identité.

L'Amant Double : Photo Jérémie Renier, Marine Vacth

Bon, il va y avoir une tonne de spoilers car à ce stade-là, je n’en ai plus rien à foutre : je suis extrêmement énervée contre Ozon que j’ai envie de surnommer « Le Bouffon ».  Je ne prétends pas avoir vu tous les films du monde, loin de là. Présenté en compétition à Cannes cette année, L’Amant Double (adaptation d’un court roman de Joyce Carol Oates) n’a rien remporté  si ce n’est la Palme du film le plus stupide de 2017. Et il fait certainement partie des films les plus stupides tout court que j’ai pu voir dans ma courte existence (enfin j’ai pratiquement un quart de siècle). Je n’avais rien contre Ozon auparavant, désormais je ne peux plus me le voir en peinture. Pourquoi suis-je allée voir L’Amant Double au cinoche ? Parce que je ne suis pas allée à Cannes pendant le festival (je n’ai jamais réalisé ce rêve – c’est sur ma Bucket List désormais) et que je voulais vivre mon moment à moi avec mes vêtements H&M dans ma petite salle de cinéma de province. François Ozon a déjà été au coeur d’une grosse polémique à la sortie du moyen Jeune et Jolie : la prostitution était selon lui un fantasme commun à de nombreuses femmes (je ne l’ai toujours pas digéré). Il ne comprend décidément rien aux femmes. Et dans l’Amour Double, il nous le confirme. Le personnage principal, Chloé, est une jeune femme très perturbée et fragile. La liste ? Elle tire toujours la gueule (tous les personnages tirent également cette même tronche pour nous montrer qu’on est dans un drame inquiétant et troublant), elle se fait couper les cheveux à la garçonne, elle a des cernes jusqu’aux pieds et se plaint de douloureux maux de ventre. Surtout, elle sort avec son psy (la déontologie, c’est pas son délire) puis couche avec le jumeau de ce dernier. Jusque-là, limite on pourrait se dire que ce n’est pas si terrible que ça, qu’il n’y a pas de quoi être scandalisé. Et je n’avais pas envie d’être scandalisée. On pourrait se dire (et c’est visiblement le but) que Chloé est à la recherche d’une sexualité (elle se libère quand elle est avec le méchant jumeau – son mec actuel ne la faisant pas jouir des masses). Sauf que les scènes avec le jumeau sont nauséabondes. Je vous fais un résumé vite fait de l’évolution de Chloé : Chloé est au début du film une femme au physique « masculin ». Elle rencontre le jumeau de son mec Paul, un certain Louis. Elle se retrouve donc dans sa belle chambre à côté de son cabinet. Il lui touche le sexe alors qu’elle ne veut pas (et lui dit), il continue, elle se débat puis… prend du plaisir. Elle revient alors les jours suivants, elle ose même porter des jupes.

L'Amant Double : Photo Jérémie Renier, Marine Vacth

Problème majeur : L’Amant Double ne condamne jamais cette agression sexuelle, que dis-je, même viol. Chloé est d’ailleurs sans cesse « violée » (oui, oui, j’ai conscience du terme que j’utilise) par le regard du réalisateur. Il n’y a qu’à voir ces deux scènes « choc » : une des premières scènes est une transition entre l’oeil de l’héroïne et son clitoris (rien que là, je me suis dit que ça n’allait pas le faire). L’autre qui « marque » est un autre type de transition : entre la bouche de Chloé et de nouveau son clitoris (via un plan au fond de sa gorge et de son corps). Même si j’ai du mal avec les scènes de viol (comme tout être humain – enfin je crois), je ne condamne pas les films pour ça du moment que le propos est clair de la part du réalisateur. Mais là la vision d’Ozon est plus que douteuse (et je reste gentille). Je ne vois pas où il remet en question les actes du personnage. J’ai l’impression que cet aspect abject est justifiable pour une soi-disant tension érotique. Tu sens limite le réalisateur te donner des leçons « nooon mais t’as pas compris, en fait, mon film est super complexe, t’as compris que dalle, tu vois le mal partout ». Justement, j’enchaîne avec ça : il n’y a d’ailleurs aucune tension sexuelle. Il y a beau y avoir un sacré nombre de scènes de cul (et de viol dans le lot), qu’elles appartiennent à la réalité ou au fantasme (voire même au cauchemar), on ne ressent rien si ce n’est du malaise, du glauque mais j’ai envie de dire dans le mauvais sens du terme. Le malaise, c’est bien d’en ressentir mais encore une fois quand les intentions sont clarifiées par le réalisateur. Au-delà du sexisme omniprésent et de la dangerosité véhiculée (je ne sais même pas si Ozon en a conscience), L’Amant Double est juste pour moi raté cinématographiquement. Certes, je serais de mauvaise foi concernant la mise en scène et l’esthétique : de ce côté-là, c’est très soigné et même réfléchi. Il y a évidemment un soin accordé aux miroirs, à la symétrie, au dédoublement (voire même à bien plus), aux décors en général, à la photographie. Mais à cause d’un scénario complètement débile, même certains de ses effets et toutes ces quelques éventuelles bonnes choses mises en place sont tout simplement cassés. Tout devient d’une grossièreté consternante. Je me suis même surprise à rire durant la séance, je me suis même carrément tapée un fou rire en sortant de la salle (juste pour évacuer tout ce que j’avais vu auparavant). Non, le film d’Ozon n’est pas le fameux thriller (pardon frileuuur) érotico-mystérico-gore–troublant-bizarroïde-de-mes-couilles vendu. Tu as juste l’impression d’assister à une parodie du cinéma français d’auteur mixée à une parodie des films de De Palma.

L'Amant Double : Photo Jérémie Renier, Marine Vacth

Tous les pires clichés qu’on a en tête concernant les jumeaux y sont. Les personnages boivent tous les soirs, quoiqu’il arrive, du vin voire même du champagne (comme si on faisait tous ça tous les jours, ça se saurait). Qu’on ne me sorte pas non plus qu’il y a de la psychologie dans ce film : il y a limite plus de psychologie dans un épisode des Anges de la téléréalité ! On ne croit en rien dans ce film : ni à l’histoire d’amour entre Chloé et Paul, ni à l’histoire toxique entre Chloé et Louis, ni aux termes psychologiques utilisés par Paul, soi-disant un excellent psy (il raconte des banalités, pas besoin d’être psy pour dire de la merde pareille). Le pire ? La fameuse fin. J’appelle ça l’effet Dallas, un nom gentil pour éviter de dire que ça s’appelle clairement du foutage de gueule en puissance. Les fins du style « c’est tout dans sa tête », ça peut être très chouette. J’aime plein de films qui reprennent ce schéma. Mais il faut que ça soit bien foutu, qu’il y ait de la cohérence et aussi un minimum d’explications. Là on nous balance le fameux « touist » sauf qu’on se demande si ça tient debout. Si c’est dans sa tête, que foutait Chloé durant ses journées (déjà qu’elle n’en fout pas une) ? Comment ça se fait que les meilleurs toubibs que Chloé a consultés soient passés à côté de son cas médical ? Dois-je également revenir sur le tout dernier plan avec le double de Chloé qui fait péter la glace : quelle métaphore de la mort, Chloé s’est donc libérée, elle peut baiser avec Paul. Le pire, c’est que des métaphores aussi grossières que celle-ci, il y en a tout le long du film ! Dois-je vraiment revenir sur le rôle lourdingue du chat ? Encore une fois, ça se croit malin et fin psychologue, on croit rêver ! Pour rendre son film soi-disant intelligent, Ozon multiplie les pistes et les thèmes : le rapport entre l’esprit et le corps, connaître l’autre en passant par la connaissance de soi, le renversement des rôles, les différents aspects de notre personnalité (et de la sexualité) et on pourrait continuer encore longtemps. Mais les exploite-t-il vraiment non ? Pour moi, non, ils sont traités superficiellement. Au passage, je me demande toujours l’utilité de la voisine dans le scénario. L’Amant Double est un film interminable (j’ai cru qu’il durait plus de deux heures, c’était l’enfer) et minable, souvent involontairement drôle et même pas sauvé par son couple (ou trouple ?) d’acteurs qui fait de son mieux en interprétant des personnages dont on n’a finalement pas envie de se préoccuper. Il confond beaucoup de notions, notamment une qui me paraît essentielle : sexe brutal avec consentement et viol/agression sexuelle. Bref, beaucoup de queues, mais la tête, c’est pas encore ça…

L'Amant Double : Photo Marine Vacth

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Toni Erdmann

réalisé par Maren Ade

avec Peter Simonischek, Sandra Hüller, Michael Witterborn…

Drame allemand, autrichien. 2h42. 2016.

sortie française : 17 août 2016

toni

Quand Ines, femme d’affaire d’une grande société allemande basée à Bucarest, voit son père débarquer sans prévenir, elle ne cache pas son exaspération. Sa vie parfaitement organisée ne souffre pas le moindre désordre mais lorsque son père lui pose la question « es-tu heureuse? », son incapacité à répondre est le début d’un bouleversement profond. Ce père encombrant et dont elle a honte fait tout pour l’aider à retrouver un sens à sa vie en s’inventant un personnage : le facétieux Toni Erdmann…

Toni Erdmann : Photo Sandra Hüller

Tout d’abord, je voulais remercier Baz’art ainsi que Haut et Court pour m’avoir fait gagner des places de cinéma m’incitant à aller découvrir Toni Edrmann. Il  le troisième long-métrage de la réalisatrice allemande Maren Ade (Everyone Else), semble avoir séduit la presse et le public présents au dernier festival de Cannes (comme le soutient ardemment la phrase d’accroche pas du tout discrète sur l’affiche française) au point que beaucoup le voyaient remporter la Palme d’or. Mais le jury présidé par George Miller en a décidé autrement en ne lui donnant aucune récompense au palmarès. Des rumeurs – qui me semblent crédibles après avoir découvert le film – prétendent même que le réalisateur culte de Mad Max aurait détesté cette oeuvre allemande. Je n’ai pas détesté, cela dit, je comprends (quel que soit le spectateur) un avis aussi tranchant. Ca m’a frustrée de ne pas avoir autant aimé que prévu. Commençons par le constat général de beaucoup de spectateurs (fans ou non du film) ont fait : la longueur. 2h40 c’est quelque chose. Et ça me faisait peur. A juste titre. La longueur est pour moi ce qui tue tout le potentiel évident de ce long-métrage. Je précise que j’ai tout de même réussi à regarder le film en entier, j’ai vu également des films bien plus chiants que celui-là. Je n’arrive même pas à dire si je me suis réellement ennuyée, ce n’est pas nécessairement le sentiment qui est ressorti le plus à la fin de ma séance. Mais pourtant oui, j’ai bien senti ce sentiment de trop. Je ne comprends pas comment Maren Ade a pu arriver à signer un film aussi long, à étirer pratiquement toutes ses scènes. Il y a des fois où c’est certainement justifié, un choix assumé mais, comme beaucoup d’éléments dans ce film, il finit par se retourner contre lui et « tue » le film. En effet, la longueur peut éventuellement créer des situations drôles, la plupart du temps des situations de gêne voire même de réel malaise, ce qui crée des scènes réellement intéressantes et réussies. Parfois la réussite des scènes réside dans des petits détails qui peuvent sembler très secondaires (du genre voir les bêtises du père dans un arrière-plan alors que la fille est en pleine conversation sérieuse avec un de ses collègues). Après il va falloir être clair : la presse a évoqué un film hilarant, à se pisser dessus et tout ça. On va remettre les points sur les « i » : certes, il y a des scènes drôles (la scène du restaurant par exemple ou encore la fameuse scène de la fête à poil). Il y a donc des scènes qui mettent à l’aise mais qui sont drôles. C’est déjà ça (en tout cas pour moi car il n’y a rien de plus subjectif que l’humour). Mais ce n’est pas une comédie.

Toni Erdmann : Photo Peter Simonischek

Toni Edrmann est un drame avec des scènes drôles (enfin parfois) parce que le spectateur ressent le malaise entre deux êtres différents qui s’aiment mais qui ne parviennent pas à communiquer ni à se comprendre. Avant de poursuivre (et de tenter d’enchaîner car j’ai l’impression qu’il y a 3000 trucs à dire sur ce film, désolée si ce billet paraît bordélique !), il faut revenir sur cette fameuse longueur, vraiment problématique : des scènes semblent s’étirer inutilement. Je pense notamment à cette scène interminable de présentation au travail entre Ines et son boss où on a l’impression d’assister à un cours d’économie. Ce n’est qu’un exemple parmi d’autres, on imagine que cela avait certainement un intérêt pour Ade, pour créer une ambiance ou même dire quelque chose, sauf qu’on a vraiment hâte de passer à la scène suivante, de voir les personnages et plus généralement l’histoire évoluer. En fait je dirais que c’est même frustrant comme si les choix de Maren Ade se retournaient sans cesse contre son film. Evidemment que le travail d’Ines en Roumanie est important dans le déroulement du scénario mais aussi pour dresser les portraits des personnages et par conséquent l’opposition (qui ne m’a pas semblé manichéenne, ce qui est un bon point et pourtant vu la description, ce n’était pas gagné) entre Ines et Winfried / Toni. Le père est un baba cool qui aime s’amuser et surtout se déguiser et rire. Il est également proche des gens en dépit des différences culturelles et sociales (je pense à cette scène, qui m’a pourtant fortement ennuyée pour des raisons de rythme, durant laquelle Toni, avec Ines, rencontre des Roumains qui viennent tout juste d’être licenciés plus ou moins par sa faute). Ines est une femme assez froide, clairement dépressive (plus que son père – beaucoup de critiques sont allées sur ce terrain mais je ne l’ai pas perçu si dépressif que ça, ce n’est pas pour moi le terme le plus approprié), au bord du burn-out, qui a des relations sexuelles malsaines (la scène en question n’est pas non plus très réussie) et tente de se faire respecter par ses collègues masculins (en affirmant de ne pas être féministe) dans un milieu sexiste. Pire : son travail, dans lequel elle ne prend évidemment jamais conscience des Roumains qui l’entourent, consiste à licencier des gens. Bref, Ines est une représentation du capitalisme à elle seule tandis que son père veut détourner ce système par le rire, s’en moquer même. Il y a de bonnes idées, des choses à dire sur notre monde (qui a forcément évolué – il y a un « clash » de générations), si triste, coincé et malsain à la fois, lui-même une grosse farce, au point qu’il peut rendre distants des gens qui s’aiment, qui partagent le même sens.

Toni Erdmann : Photo Sandra Hüller

La réalisatrice, bonne observatrice, veut raconter quelque chose et même plusieurs choses et parfois elle s’y prend bien dans cet ensemble assez confus pas aussi intense et émouvant que je l’aurais imaginé (même si j’admets que la scène d’embrassade – présente sur l’affiche – est touchante). Elle a réussi à éviter une opposition bête et simple entre les deux personnages. Le portrait des personnages ne déçoit pas. Ca a l’air très caricatural comme ça mais pourtant à l’écran les personnages ont leur complexité, j’ai même réussi à les apprécier malgré la dureté des portraits dressés. Après il faut le dire aussi : Peter Simonischek et Sandra Hüller sont tous les deux excellents ! Ce n’était pas facile d’interpréter pour le premier un personnage deux en un j’ai envie de dire, notamment en montrant la part de comédie lorsqu’il devient Toni Edrmann. Pour Hüller, comme je l’ai raconté plus haut, elle incarne un personnage antipathique et pourtant son interprétation ne fige pas son personnage, on croit encore un minimum en son humanité. De plus le duo fonctionne bien : malgré les oppositions entre les deux personnages, une distance même entre eux, il y a bien une complicité qui apparaît dans le sens où j’ai cru à leur relation familiale. Cela dit, encore une fois, l’écriture (au sens large) reste parfois fragile. Les bonnes idées ne font pas tout. On a l’impression qu’Ade veut en faire trop détailler son histoire et paradoxalement ne raconte pas grand-chose ni n’informe réellement les spectateurs sur les personnages, notamment sur leur passé. Pire : je me suis presque dit, à la fin du film, « tout ça pour ça ». Je ne vais pas révéler la fin mais ceux qui l’ont vu me comprendront en ce qui concerne l’évolution des personnages et de l’histoire. Se taper 2h40 pour arriver à cette conclusion, ça fout limite les boules ! Vraiment, quitte à se répéter, on en vient toujours au même point : la longueur. J’ai également été déçue par la mise en scène pas à la hauteur des ambitions de la réalisatrice. Esthétiquement, là encore, les choix adoptés sont à double tranchant. Maren Ade a voulu privilégié des tons ternes, logiquement associés à la déprime et la mélancolie, mais aussi à l’environnement économique. Mais ça reste tout de même moche visuellement, on a limite l’impression de regarder un téléfilm. Pourtant, je ne suis pas du genre à critiquer l’esthétique ou à être trop exigeante, surtout dans ce type de production. Mais là ce point gênant m’a réellement frappée. Toni Edrmann est donc un film ambitieux, porté par de belles interprétations (pour moi, seuls des prix d’interprétation auraient pu être acceptés) et des répliques souvent drôles (même si le film n’a rien d’une comédie contrairement à ce qui a été vendu) mais qui reste fragile sur de nombreux points, notamment dans son croisement entre le grotesque et la réalité.

Toni Erdmann : Photo Peter Simonischek, Sandra Hüller

Anomalisa

réalisé par Charlie Kaufman et Duke Johnson

avec les voix originales de David Thewlis, Jennifer Jason Leigh et Tom Noonan.

Film d’animation, drame américain. 1h30. 2015.

sortie française : 3 février 2016

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Michael Stone, mari, père et auteur respecté de « Comment puis-je vous aider à les aider ? » est un homme sclérosé par la banalité de sa vie. Lors d’un voyage d’affaires à Cincinnati où il doit intervenir dans un congrès de professionnels des services clients, il entrevoit la possibilité d’échapper à son désespoir quand il rencontre Lisa, représentante de pâtisseries, qui pourrait être ou pas l’amour de sa vie…

Anomalisa : Photo

Anomalisa, Grand Prix à la Mostra de Venise et nommé aux Oscars dans la catégorie « meilleur film d’animation » (face à l’imbattable Vice Versa), était à l’origine une pièce de théâtre conçue pour être entendue : pour résumer, les acteurs interprétaient oralement leurs textes. Ainsi ils étaient accompagnés de cartons racontant l’histoire. A l’époque, David Thewlis, Jennifer Jason Leigh et Tom Noonan faisaient déjà partie du casting tout comme Carter Burwell s’occupait déjà de l’accompagnement musical. Cette adaptation de pièce a donc mis dix ans à voir le jour. Pas étonnant quand on voit le défi technique magnifiquement relevé (il faudrait être aveugle pour ne pas le constater) ! En effet il s’agit d’un mélange de stop-motion et de « poupées ». Il faut d’ailleurs savoir qu’on voit plutôt bien les manipulations des animateurs ainsi que certaines coutures au visage volontairement, comme si ces dernières étaient des cicatrices. Le résultat est donc assez étrange car le résultat est vraiment réaliste et en même temps il y a quelque chose de poétique qui en ressort. On retrouve le même concept dans le film. Je résume rapidement : le personnage principal (Michael Stone) est doublé par David Thewlis. Tous les personnages autour de lui (masculins et féminins) ont la même voix mais aussi le même visage. Ces derniers sont tous doublés par Tom Noonan. Enfin, c’est donc Jennifer Jason Leigh qui prête sa voix à la fameuse Lisa annoncée dans le titre. Ca peut dérouter mais on comprend rapidement le but : Michael Stone, au patronyme très commun, s’ennuie comme une pierre j’ai envie de dire. Tout se ressemble dans son monde. Lisa représente la différence, que ce soit oralement ou physiquement. Elle-même se sent différente et également complexée par son physique (elle a quelques kilos en trop), ce qui fait du mal également à sa vie sociale. Via le titre, Lisa est aussi liée à l’anomalie. L’anomalie accentue évidemment cette idée de différence. Le terme fait penser à quelque chose de maladif mais il ne faut pas oublier qu’en anglais ce terme peut aussi désigner l’idée de ne pas se sentir à sa place. Cela prend encore plus de sens par rapport à ce qui est défendu dans le film.

Anomalisa : Photo

Certes le propos en lui-même n’est pas révolutionnaire, c’est-à-dire choisir entre le conformisme (qui ne convient pas nécessairement à tout le monde, pouvant nous plonger dans l’ennui) et la liberté, surtout celle de vivre sa vie comme on l’entend et non par rapport à ce que la société nous dicte. Pourtant, justement, ce qui saute aux yeux dans ce film est son originalité. Ca a le mérite d’être différent – et par conséquent, ça a aussi le mérite de défendre jusqu’au bout la différence incarnée et revendiquée (ou non) par les personnages. Le résultat est donc surprenant dans le bon sens du terme même si j’espérais, au fil des scènes, être un petit plus remuée, notamment dans la décision finale de Michael Stone. Filmer l’ennui et la banalité n’est pas toujours évident (l’action étant en plus concentrée sur un temps limité), on peut très vite tomber dans le piège de rendre son film lui-même très pénible à regarder. Or, je suis rentrée tout de suite dans l’histoire et je ne me suis pas ennuyée même si on voit finalement, durant une journée, le quotidien (certes bouleversé par une rencontre mais ça reste dans l’idée de filmer la banalité) de Michael Stone. Le quotidien est notamment représenté par la fameuse scène de sexe dont on a pu tant entendre parler. Il faut avouer qu’elle est très réaliste, surtout pour un film d’animation. Avec le « buzz », j’avais un peu peur de sa gratuité (c’est-à-dire de la réaliser uniquement pour le défi technique) mais j’ai trouvé la démarche assez honnête. Ca a le mérite d’aller au bout de ses idées… et au fond ça fait du bien de voir des corps « normaux », voire même différents de ce qu’on voit habituellement dans les médias (et même – et surtout ? – au cinéma), sans vulgarité, juste montrer ce que feraient deux êtres après une belle rencontre. Le doublage de voix, assez par David Thewlis et Jennifer Jason Leigh (cette dernière a été nommée aux Independant Spirit Awards pour sa performance vocale), est par ailleurs excellent, permettant d’accentuer toutes les nuances d’une humanité partagée entre la déprime du conformisme et l’espoir de vivre réellement. Tom Noonan a également fait un excellent travail en doublant divers personnages et rendant le monde qui entoure Michael Stone encore plus angoissant.

Anomalisa : Photo

Le sentiment d’étrangeté qui apparaît grâce à différents éléments (dont cette fameuse histoire avec les voix et les visages similaires) se produit justement entre la banalité omniprésente (que ce soit par les personnages et la situation en générale) et le motif (pourtant habituel) de l’hôtel, le lieu où se déroule principalement l’intrigue de cette oeuvre. Il se nomme le Fregoli, en référence à l’artiste ventriloque du même nom. Il était réputé pour ses changements de costumes, pouvant interpréter cent rôles costumés dans un même spectacle. On a repris son nom pour un terme psychiatrique. le syndrome de Fregoli. Les personnes atteintes de ce syndrome sont persuadées d’être persécutées par une autre personne en imaginant cette dernière déguisée et changeant régulièrement d’apparence. Ce sentiment de paranoïa, éprouvé par Michael Stone, est bel et bien présent, l’illustration visuelle correspond bien à ce qui se passe dans l’esprit de cet homme. Le co-réalisateur Charlie Kaufman est donc décidément obnubilé par cette question autour de l’homme-marionnette qui était déjà au coeur du déroutant Dans la peau de John Malkovich (Being Malkovich) de Spike Jonze dont il était le scénariste. En effet, rappelons-nous de certains éléments de ce film culte : Craig Schwartz (interprété par John Cusack) est marionnettiste. Il parvient à entrer dans le psychisme de l’acteur et par conséquent à le manipuler. On y trouve également une scène, assez similaire au concept proposé dans Anomalisa : comment ne peut-on pas faire le rapprochement avec cette scène dans laquelle John Malkovich lui-même est dans son propre psychisme et voit ses différents « doubles » ? Son illustration avec des marionnettes qui interprètent les personnages principaux prend alors encore plus de sens. Il n’y a rien de gratuit dans cette démarche, ni dans les autres éléments déjà relevés plus haut, la forme a pour but de servir le fond et finalement je trouve même que la forme et le fond trouvent tous les deux un bel équilibre. Je craignais que la forme, bluffante, prenne vraiment trop le dessus sur le fond mais finalement ce n’est pas le cas. Anomalisa est donc une jolie surprise avec une étonnante démarche artistique qui fonctionne jusqu’au bout.

Anomalisa : Photo

 

Miele

réalisé par Valeria Golino

avec Jasmine Trinca, Carlo Cecchi, Libero De Rienzo…

Drame italien, français. 1h36. 2013.

sortie française : 25 septembre 2013

Miele

Irene vit seule dans une maison au bord de la mer non loin de Rome. Son père et son amant la croient étudiante. En réalité, sous le nom de code Miele, elle aide clandestinement des personnes en phase terminale à mourir dignement en leur administrant un barbiturique puissant. Un jour elle procure une de ces doses mortelles à un nouveau « client », Monsieur Grimaldi. Elle découvre cependant quʼil est en parfaite santé mais quʼil veut mettre fin à ses jours, ayant perdu goût à la vie. Bien décidée à ne pas être responsable de ce suicide, elle va tout faire pour l’en empêcher.

Miele : Photo Jasmine Trinca

Le festival de Cannes a présenté en 2013 dans la catégorie « Un certain regard » le premier long-métrage de la sympathique actrice italienne Valeria Golino. Cette dernière, qui adapte le roman Vi Perdono écrit par Angela Del Fabbro (en réalité Mauro Covacich) s’attaque à un sujet difficile, c’est-à-dire l’euthanasie, un sujet très tabou, tout particulièrement en Italie. On retrouvait d’ailleurs ce même sujet dans un autre film italien sorti cette même année, La Belle Endormie réalisé par Marco Bellocchio (la critique est prévue pour demain – au moins ça sera fait), qui reprenait en guise de trame le cas d’Eluana Englaro. Cependant, les deux films ont des points de vue assez différents, et pour être franche, j’ai largement préféré le film de l’inexpérimentée Golino à celui du réalisateur de Vincere. Pour aborder le sujet, Golina met en scène une jeune femme, qui prend le doux surnom de « Miele » pour pouvoir assurer ses services. Elle tombe dans cette pratique illégale parce qu’elle croit en ce qu’elle fait. La sincérité de l’héroïne est très touchante. Cependant, là où le film devient intéressant, c’est qu’il ne prend pas forcément un parti pris, le propos est au contraire assez nuancé et ne tente pas d’imposer un point de vue aux spectateurs. Golino n’a pas la prétention de vouloir affirmer quelque chose, elle pose simplement des questions, notamment sur notre conscience face à la mort. Ces nuances sont également apportées grâce au personnage de Carlo, qui pète la forme (contrairement aux personnes euthanasiées, qui souffrent de maladies incurables) mais qui veut juste en finir avec la vie.

Miele : Photo Carlo Cecchi, Jasmine Trinca

Golino réussit à traiter d’autres sujets plus universels (le suicide et la solitude) sans tomber dans la facilité. Il est également intéressant de noter le contraste intéressant entre la mort et le comportement de Irene/Miele qui respire la vie. Selon moi, Valeria Golino s’en sort dans l’ensemble plutôt bien en tant que réalisatrice et je suis pour qu’elle repasse derrière la caméra. On voit qu’il y a vraiment des efforts de sa part pour donner de la poésie et de la sensibilité à son film, même si on a parfois l’impression qu’elle filme certaines scènes uniquement dans un but purement esthétique. Il y a quelques maladresses mais on les pardonne assez facilement vu qu’il ne s’agit que d’un premier film et que Golino maîtrise quand même tellement bien son sujet (très casse-gueule). Il me semble aussi qu’il y a un petit problème avec la musique : bien que je partage apparemment les mêmes goûts musicaux de cette chère Valeria, je trouve qu’elle en abuse parfois un peu. Il est vrai que la musique a son importance dans le long-métrage puisque c’est grâce à elle que Miele va pouvoir s’enfermer dans une bulle pour mieux affronter la réalité. Cependant, j’avais vraiment parfois l’impression que l’actrice/réalisatrice mettait les morceaux de sa playlist idéale ! Dans l’ensemble, Miele est une jolie petite réussite, assez maîtrisée, qui a le mérite de poser les bonnes questions sans être prétentieux. Le sujet est traité avec délicatesse, et Valeria Golino évite les scènes larmoyantes. Jasmine Trinca, dans le rôle-titre, ainsi que son partenaire Carlo Cecchi, sont impeccables.

Miele : Photo Jasmine Trinca

Birdman

réalisé par Alejandro González Iñárritu

avec Michael Keaton, Edward Norton, Emma Stone, Naomi Watts, Zach Galifianakis, Andrea Riseborough, Amy Ryan, Lindsay Duncan…

Comédie dramatique américaine. 2h. 2014.

sortie française : 28 février 2015

Birdman

À l’époque où il incarnait un célèbre super-héros, Riggan Thomson était mondialement connu. Mais de cette célébrité il ne reste plus grand-chose, et il tente aujourd’hui de monter une pièce de théâtre à Broadway dans l’espoir de renouer avec sa gloire perdue. Durant les quelques jours qui précèdent la première, il va devoir tout affronter : sa famille et ses proches, son passé, ses rêves et son ego…
S’il s’en sort, le rideau a une chance de s’ouvrir…

Birdman : Photo Edward Norton, Michael Keaton

J’ai toujours eu du mal avec Alejandro González Iñárritu qui est selon moi un réalisateur surestimé. J’ai déjà un mal fou avec Amours Chiennes et 21 grammes et je n’aime vraiment pas Babel ni Biutiful. Cependant, avec ce Birdman oscarisé et tant aimé par la presse et également apprécié et défendu par mes amis cinéphiles, j’espérais sincèrement me réconcilier avec ce réalisateur. Birdman n’a pas été pour moi le film de la réconciliation. Au contraire, il m’a juste confirmé à quel point je déteste le cinéma d’Iñárritu qui est pour moi une grosse escroquerie. Je suis même sortie de la salle profondément ENERVEE (sincèrement, j’avais même envie de casser quelque chose ou de frapper quelqu’un). En écrivant cette critique, je sais parfaitement ce qui m’attend, certains voudront m’insulter, d’autres me balancer des tomates (pourries évidemment). Au moins, vous êtes prévenus. Comme d’habitude, Iñárritu utilise des procédés techniques juste pour pouvoir camoufler de sérieuses lacunes scénaristiques (surtout qu’il y a quand même eu quatre scénaristes !). A part dans Biutiful, les précédents longs-métrages d’Iñárritu misaient en partie sur un montage déstructuré. Cette fois-ci, le réalisateur mexicain privilégie un pseudo plan-séquence. Je n’ai rien contre cette exercice esthétique, notamment tout le long d’un film mais il faut encore qu’il soit bien fait et qu’il ait surtout une réelle signification. Ce plan-séquence est peut-être une représentation de l’esprit brouillée de cet acteur devenu dingue. Le problème justement, c’est que je n’ai fait que supposer, je n’ai pas vraiment ressenti cette dimension d’intériorité ou d’omniscience. De plus, ce plan-séquence n’est selon moi ni virtuose ni fluide, il est surtout ennuyeux et gerbant. J’ai finalement eu plus l’impression de regarder un exercice de style pénible et pas toujours bien maîtrisé en plus (merci aux cgi et les fondus noirs), qui donne plus le tournis qu’autre chose. Surtout, c’est surtout une belle occasion de camoufler un film creux mais qui va faire croire qu’il est intelligent (d’où l’escroquerie). Pire, Iñárritu se croit malin en mettant en arrière-fond du Carver et en multipliant les sujets.

Birdman : Photo Michael Keaton

La liste des thèmes abordés est très longue : déchéance d’un acteur, critique contre Hollywood qui multiplie les films de super-héros et plus généralement du star-system, les relations père-fille, la toxicomanie, la dénonciation des journalistes qui écrivent des articles sur des pièces qu’ils n’ont même pas vues, les problèmes d’ego, la soif de reconnaissance et envie de se faire aimer, critique de la télé-réalité, la schizophrénie, l’opposition entre acteurs de cinéma et acteurs de théâtre, les réseaux sociaux etc… Bref, rien d’original quand on regarde tout ça de près (même du vu et du revu) et en plus, ce n’est pas la première fois que le réalisateur nous envahit de thèmes. Souvenez-vous du désastreux Biutiful, bousillé par cette surcharge de sujets. Dans Birdman, c’est pour moi la même chose mais en pire. A force de parler de tout, finalement ce film ne parle de rien. On s’aperçoit que derrière un grand nombre d’artifices se cache une effroyable coquille vide. Contrairement à ce qu’on peut croire, je ne veux pas m’acharner contre Iñárritu. Je n’ai pas spécialement cherché à l’enfoncer encore plus. Mais il se trouve que j’avais chez moi depuis un moment le recueil de nouvelles de Raymond Carver, What we talk about when we talk about love (Parlez-moi d’amour) dont on retrouve le texte (qui porte le même titre que l’ouvrage) que Riggan Thomson adapte au théâtre. Pour être honnête, j’espérais même remonter la note de Birdman. Je me suis dit que je trouverai au moins un parallèle intéressant entre le texte de Carver et l’ensemble du film. Encore une fois, je n’ai pas été du tout convaincue par cette mise en abyme. Vous allez me dire : pas besoin de lire la nouvelle en question pour voir qu’il y a une mise en abyme, on la voit dans les scènes dans lesquelles les personnages jouent dans la pièce. Mais j’espérais vraiment avoir des réponses supplémentaires. Honnêtement, là encore, le lien entre la pièce/le texte de Carver et la vie de Thomson/le film d’Iñárritu est superficiel. Hop, une phrase par-ci, un passage par-là, on tente de piquer une réflexion intelligente dans le texte et d’en faire une bouillasse dans le film et basta. On est à la limite du foutage de gueule. De plus, je trouve cela étrange d’utiliser en arrière-fond du Carver alors que ce dernier est réputé pour son style minimaliste et surtout pour avoir dépeint la vie de gens modestes, ce qui ne correspond pas du tout aux ambitions du film ni à la description des protagonistes du film. Certes, Thomson adapte certainement du Carver pour montrer que lui, star d’un film de super-héros, est cultivé et peut créer des oeuvres intelligentes. Le problème, je crois surtout que c’est plutôt Iñárritu qui a choisi du Carver pour faire stylé et intelligent !

Birdman : Photo Michael Keaton

Je reviens sur certains thèmes qui apparaissent dans ce cafouillis de thèmes : Iñárritu semble critiquer le star-system, Hollywood et tout ça. Je n’ai rien contre ce type de critique, cela donne parfois des films au ton grinçant. Cependant, Iñárritu devient ici agressif voire même méprisant, t’as l’impression qu’il se sent au-dessus de tout le monde ! Je ne sais pas si c’est parce que j’étais énervée face à ce film si faux, du coup je ne savais pas du tout comment je devais réagir. Devais-je être triste pour les personnages ? Avoir de la sympathie ? Les trouver tous cons ? Devais-je également rire ? En tout cas, je suis restée vraiment neutre face à cette mascarade. En ce qui concerne d’ailleurs le côté comique, vu que des gens dans la salle se marraient, je reste quand même sceptique. Certes, comme beaucoup, je reconnais la scène avec Keaton pratiquement nu à Times Square réussie (mais bon une seule scène bonne sur deux heures de film, y a pas de quoi crier au génie) mais dans l’ensemble je n’ai pas trouvé les répliques très drôles. Je n’ai rien contre des phrases bourrées de gros mots (je dis moi-même trop de gros mots, j’essaie de me calmer) mais là j’ai senti les dialogues si surécrits qu’ils en deviennent limite vulgaires. La liste des défauts (toujours cette lignée de superficialité) continue, notamment avec cette batterie derrière utilisée derrière tout le long à peu près n’importe comment et n’importe quand, là encore ce son n’a en réalité aucun sens et ne semble être là que pour le style. J’ai évidemment tenté de me raccrocher au casting, plutôt joli sur le papier. Je ne veux pas paraître méchante car j’aime bien Michael Keaton et son comeback est selon moi une bonne nouvelle. Evidemment, comme il sait jouer, Keaton livre plutôt une bonne interprétation. Mais personnellement, sa performance ne m’a pas non plus éblouie (et pour moi, heureusement qu’il n’a pas eu l’Oscar…). Je ne comprends pas non plus les nominations aux Oscars et autres académies d’Emma Stone et d’Edward Norton. D’habitude, j’apprécie plutôt ces deux acteurs mais là je trouve qu’ils surjouent en permanence. Norton est juste bon quand il joue dans la pièce de Carver. Forcément, dans du Carver, il y a de la matière pour pouvoir livrer une bonne interprétation… Les autres seconds rôles (Naomi Watts, Andrea Riseborough, Zach Galifianakis etc…) ne sont pas forcément mauvais mais leurs rôles ne sont pas intéressants, on a l’impression que certains ont juste parfois leurs trois minutes de gloire en faisant leur caca nerveux et basta. Mais là encore, je crois que le problème est lié à un scénario chaotique. Pour conclure, comme vous l’aurez compris (ou alors vous avez lu cette critique les yeux fermés), j’ai détesté Birdman, un film que j’ai trouvé vide, prétentieux et tape-à-l’oeil, qui ne doit que ses récompenses grâce à des votants aussi mégalomanes que les personnages du film…

Birdman : Photo Emma Stone

Samba

réalisé par Eric Toledano et Olivier Nakache

avec Omar Sy, Charlotte Gainsbourg, Tahar Rahim, Izia Higelin, Issaka Sawadogo, Hélène Vincent, Christiane Millet, Liya Kedebe…

Comédie dramatique française. 2h. 2014.

sortie française : 15 octobre 2014

Samba

Samba, sénégalais en France depuis 10 ans, collectionne les petits boulots ; Alice est une cadre supérieure épuisée par un burn out. Lui essaye par tous les moyens d’obtenir ses papiers, alors qu’elle tente de se reconstruire par le bénévolat dans une association. Chacun cherche à sortir de son impasse jusqu’au jour où leurs destins se croisent… Entre humour et émotion, leur histoire se fraye un autre chemin vers le bonheur. Et si la vie avait plus d’imagination qu’eux ?

Samba : Photo Omar Sy, Tahar Rahim

Après le gigantesque succès d’Intouchables, le nouveau film du duo formé par Eric Toledano et Olivier Nakache, Samba (adapté du roman de Delphine Coulin, Samba pour la France), était très attendu. Ce film marque également la cinquième collaboration entre ces deux réalisateurs et Omar Sy. C’est en partie pour cela que j’ai décidé d’aller le voir en avant-première il y a quelques jours en présence de l’équipe du film. Cette soirée était très sympa, à l’image des réalisateurs et des acteurs présents (Omar Sy, Tahar Rahim et Izia Higelin), hélas, je dois avouer que Samba ne m’a pas emballée plus que ça, même s’il reste valable. On a toujours connu les longs-métrages de Toledano et Nakache dans un registre comique (avant Intouchables, il y avait aussi les très bons Nos jours heureux et Tellement proches). Le genre de Samba n’est pas autant déterminé que les autres films du duo. En effet, il s’agit à la fois d’un drame social (qui pourrait rappeler – très vaguement – du Ken Loach et Philippe Lioret) et d’une comédie romantique, avec un peu de comédie tout court. Je n’ai rien contre le mélange de genres (je ne suis pas forcément pour mettre des films dans des cases) mais à condition que ce soit maîtrisé, or ici je n’ai pas été convaincue par cet aspect. Je comprends que Toledano et Nakache n’aient pas voulu faire une pure comédie, contrairement à leurs précédents films, car le sujet ne s’y prêtait pas forcément mais j’ai l’impression qu’ils se sont un peu trop éparpillés dans des registres qu’ils connaissaient moins bien.

Samba : Photo Omar Sy

Samba est certes un film touchant (on ne peut pas être totalement insensible aux aventures de ce sans-papiers), mais contrairement à certaines critiques (ou des gens dans la salle qui étaient en larmes), il ne m’a pas non plus bouleversée. La romance entre Samba (Omar Sy) et Alice (Charlotte Gainsbourg) est bien mignonne mais encore une fois, elle ne m’a pas touchée plus que ça. Je trouve que le film s’y attarde un peu trop ainsi que sur le burn-out d’Alice. Cela est pour moi dommage car le sujet de base – la vie d’un sans-papiers – est pour moi bien plus intéressant que ces deux éléments. Pour ne rien arranger, j’ai trouvé le film un peu trop long et les scènes ne s’enchaînent pas forcément de manière fluide. J’ai trouvé cela dommage car il a tout de même ses qualités. En effet, le film m’a paru réaliste (les conditions de vie difficiles d’un sans-papiers, les scènes avec l’association etc…), la fin plutôt bonne (je m’attendais à autre chose) et les interrogations (notamment sur l’identité) assez pertinentes. De plus, on retrouve tout de même l’humour des deux réalisateurs, ce qui fait du bien face à un sujet grave. Enfin, le casting – très césarisé – est très bon. Omar Sy est lumineux et son accent est un véritable atout puisqu’on croit encore plus en son personnage. Charlotte Gainsbourg, même si ces derniers temps elle joue un peu toujours la même chose (les dépressives qui ne savent pas ce qu’est une brosse à cheveux), est très convaincante. Izia Higelin est également très crédible en jeune gaucho qui défend avec tout son coeur les sans-papiers. Mais c’est surtout Tahar Rahim, qu’on voit pourtant peu, qui m’a vraiment surprise dans ce rôle plus léger.

Samba : Photo Charlotte Gainsbourg, Omar Sy

Deux jours, une nuit

réalisé par Jean-Pierre et Luc Dardenne

avec Marion Cotillard, Fabrizio Rongione, Catherine Salée, Baptiste Sornin…

Drame belge. 1h35. 2014.

sortie française : 21 mai 2014

Deux jours, une nuit

Sandra, aidée par son mari, n’a qu’un week-end pour aller voir ses collègues et les convaincre de renoncer à leur prime pour qu’elle puisse garder son travail.

Deux jours, une nuit : Photo Fabrizio Rongione, Marion Cotillard

Je suis allée voir Deux jours, une nuit quelques heures avant la cérémonie de clôture du festival de Cannes. En effet, la presse a été très enthousiaste et voyait même une troisième Palme d’Or pour les frères Dardenne ou un prix d’interprétation pour Marion Cotillard. En sortant de la salle, même si ça peut paraître vache, j’espérais qu’il n’apparaisse pas au palmarès cannois et je suis plutôt soulagée que le jury ne l’ait finalement pas mis. J’avoue ne pas comprendre l’emballement de la presse pour ce film que je trouve vraiment surestimé. Je n’ai pas trouvé le film mauvais, mais il y a des éléments qui m’ont gênée. Je vais commencer par aborder les points positifs. Comme souvent, j’apprécie ce cinéma réaliste, qui se concentre sur l’actualité, le monde difficile et cruel du travail et la misère sociale. Au fil des rencontres, Sandra, qui est quand même bien dans la merde, va s’apercevoir finalement qu’il y a des gens qui vivent une situation bien pire que la sienne. En effet, elle a à peu près une maison correcte et accueillante et un mari aimant. Ceux qu’elle rencontre travaillent soit au black à côté, vivent dans des HLM minables, ont des maris violents etc… Grâce à ces rencontres, les Dardenne peignent un portrait plutôt alarmant de la société belge. La mise en scène peut sembler simpliste, pourtant elle ne l’est pas. Elle est à la fois dynamique et combative. Je ne suis pas vraiment fan de Marion Cotillard mais je dois avouer qu’elle joue particulièrement bien dans ce film. Finalement je l’apprécie davantage dans des rôles de femmes plus « simples », plus « modestes ». Son partenaire Fabrizio Rongione est également très bon et son personnage est plutôt attachant. Il a de la présence mais tout en restant un personnage secondaire.

Deux jours, une nuit : Photo Marion Cotillard

Cependant, même si je ne connais pas les raisons exactes des choix du jury de Cannes, le fait que Cotillard joue plus d’une dizaine de fois la même scène a pu jouer un rôle important dans le palmarès. En effet, même si on sent du dynamisme dans la réalisation, le film est trop répétitif à cause d’un scénario trop faible et un peu sur-écrit et finit par lasser assez rapidement. En effet, tout d’abord, Sandra dit sa fameuse réplique  (« Je viens te voir parce que vendredi, avec Juliette, on a vu Dumont. On refait le vote lundi matin… Parce que je veux pas aller au chômage. »), puis lorsque un de ses collègues dit non, Sandra commence à s’en aller puis elle entend le collègue qui l’appelle par son prénom, alors elle se retourne et il lui explique pourquoi il doit avoir la prime tout en précisant qu’il n’a rien contre elle. De plus, même si j’ai aimé l’interprétation de Marion Cotillard et que son personnage est tout de même plutôt attachant, montrant son humanité, j’ai quand eu du mal pourquoi les Dardenne ont fait d’elle une si grande dépressive. Sincèrement je comprends les spectateurs qui voudront lui mettre une gifle. D’ailleurs, on ne connait jamais les raisons de cette dépression : beaucoup diront que c’est sans importance. Pourtant, pendant que je regardais le film, je me suis demandée si cette dépression était liée à son travail, ce qui changerait à ce moment-là beaucoup de choses dans le point de vue des personnages. Elle chiale tellement qu’on finit par comprendre pourquoi les autres ont préféré avoir la prime. Puis surtout, même si son acte est courageux, la fragilité de Sandra est trop mise en avant. A part quand elle décide d’aller voir les collègues de sa liste la nuit volontairement, elle montre rarement sa force. En réalité, c’est son mari qui semble se battre à sa place, pour tenter de préserver son foyer et ses enfants et de sauver son couple. Attention pour la suite, je vais devoir révéler quelques éléments importants du scénario.

Deux jours, une nuit : Photo Marion Cotillard

Ce qui m’a également gênée, c’est que le comportement de Sandra change radicalement en deux jours et une nuit. Par exemple, un coup elle se vide une boite de Xanax, puis juste après, comme une warrior, elle veut aller voir ses collègues la nuit. Et surtout à la fin, elle sourit du genre « je remonte la pente » alors que concrètement, elle est quand même dans la merde puisqu’elle n’a plus de travail et que les temps sont quand même difficiles. Ce film m’a en fait vaguement rappelé Precious, le pénible film de Lee Daniels. Oui, dit comme ça, on ne voit pas forcément le rapport mais je m’explique. En effet, le côté misérable est très appuyé (même si c’est un peu plus subtil chez les Dardenne, je le reconnais), d’un côté Marion Cotillard qui chiale et qui se gave de Xanax comme elle boufferait des Haribos, de l’autre Precious qui enchaîne les merdes inhumaines. Puis surtout, cette fin, du style « j’ai toujours des emmerdes mais je suis optimiste et je vais marcher fière dans ma Belgique, comme si je marchais dans les rues de New York ». Bon, je caricature un peu (beaucoup) mais au final le rapprochement n’est pas si absurde que ça. Beaucoup ont aimé cet optimisme final, mais pour moi c’est un peu méchant mais j’ai trouvé cette fin un peu bidon, du genre « regardez, on ne veut pas déprimer les spectateurs, l’humanité c’est beau ». Fin des spoilers. Au final, à cause de toutes ces raisons réunies, je n’ai pas été bouleversée. Contrairement à la presse, je n’ai pas forcément trouvé le résultat puissant, pourtant j’aime bien à l’origine ce type de cinéma. Oui, il y a quelques scènes qui peuvent toucher mais je ne trouve pas forcément le film en lui-même très émouvant. Pour conclure, selon moi, Deux Jours, Une nuit est une intéressante chronique sociale bien interprétée mais ne parvient pas à aller au-delà.

Deux jours, une nuit : Photo Marion Cotillard