Get Out

réalisé par Jordan Peele

avec Daniel Kaluuya, Allison Williams, Catherine Keener, Bradley Whitford, Caleb Landry Jones, Betty Gabriel, Lakeith Stanfield, Stephen Root…

sortie française : 3 mai 2017

interdit aux moins de 12 ans

Couple mixte, Chris et sa petite amie Rose  filent le parfait amour. Le moment est donc venu de rencontrer la belle famille, Missy et Dean lors d’un week-end sur leur domaine dans le nord de l’État. Chris commence par penser que l’atmosphère tendue est liée à leur différence de couleur de peau, mais très vite une série d’incidents de plus en plus inquiétants lui permet de découvrir l’inimaginable.

Get Out : Photo Daniel Kaluuya

Get Out, gros succès au box-office américain acclamé par la critique, est le premier long-métrage de Jordan Peele, connu aux Etats-Unis pour être le membre du duo comique de Key and Peele (diffusé sur Comedy Central). Ce long-métrage est également produit par Jason Blum, le roi des films effrayants (ou pas parfois, n’est-ce pas Paranormal Activity ?) à petits budgets (ici 4 petits millions de dollars). Get Out raconte l’histoire d’un photographe noir (Chris) qui va rencontrer les parents de sa charmante petite amie, Rose (blanche au passage). Rose rassure rapidement Chris : ses parents adorent les Noirs dont Obama. « Mon père aurait voté pour lui une troisième fois s’ils avaient pu », assure-t-elle. Le père en question répétera à Chris la même phrase. Sauf que les parents en question ont un comportement étrange. Le point de départ rappelle le génial Devine qui vient dîner de Stanley Kramer avec Katherine Hepburn, Spencer Tracy et Sidney Poitier. A noter que le titre VO de ce dernier est Guess who’s coming to dinner. Son remake Black/White de Kevin Rodney Sullivan (avec Bernie Mac, Ashton Kutcher et Zoe Saldana) s’intitule juste en version originale Guess who. Guess who / Get Out… A l’oreille, les titres ne sont pas finalement pas si éloignés si on fait bien attention : ce rapprochement ne me semble pas anodin. Get Out serait alors la version sombre et horrifique du film de Kramer (et donc de son remake). Et le film dépasse la question du racisme ordinaire caché sous les bonnes apparences et surtout qu’on se cache à soi-même (ce que je veux dire c’est que Hepburn et Tracy ont beau être racistes alors qu’ils clament le contraire, ils ne vont pas au-delà. Ainsi, les parents de Rose et même leur entourage (on peut parler d’une communauté) dépassent clairement cette image « gentillette » de ce racisme banal. Chris aurait dû y voir les signes même avant de rencontrer les parents de Rose : lui et sa copine ont un léger accident de voiture. Le policier va demander à Chris de lui passer son permis de conduite alors qu’il n’était pas au volant. En revanche, aucune remarque pour Rose la conductrice. Cela veut en dire long sur ce qui se passe quotidiennement aux Etats-Unis auprès des Afro-américains.

Get Out : Photo Allison Williams, Daniel Kaluuya

Get Out semble a priori très accessible et simple : c’est un de ces points qui en fait son charme et qui explique aussi ce « buzz ». Pourtant, ce film n’a rien de simple, il ne l’est qu’en apparence. Certes, en y regardant de près, il a ses imperfections (sa fin est peut-être un peu trop expéditive par exemple – elle reste cela dit jouissive). Mais pour un premier long-métrage, Jordan Peele envoie du lourd et s’il ne fait pas n’importe quoi, il pourra avoir une belle carrière. Get Out rappelle alors quelque chose qui semble avoir été oublié par de nombreux spectateurs qui méprisent souvent le cinéma de genre : c’est un type de cinéma qui ne se contente pas uniquement de faire bêtement peur. Il peut permettre de dénoncer des choses et de livrer un scénario plus riche qu’il en a l’air. C’est le cas de Get Out. Peu de films parlent de la question « noire » alors qu’elle est omniprésente dans l’actualité. Réalisé sous l’ère Obama mais sorti chez nous sous Trump, il dit en tout cas quelque chose d’un problème pas encore réglé aux Etats-Unis : comment sortir littéralement de ce cauchemar (je fais évidemment un clin d’oeil aux scènes d’hypnose) qui ne devrait même plus exister ? Comment vivre quand on est Afro-américain aux Etats-Unis, dans ce pays qui a pourtant réussi à élire un Président Noir ? N’est-on pas sans cesse guetté par la peur que ce soit en se promenant dans la rue ou même dans sa propre famille dans un sens ? Get Out joue avec ce sentiment de paranoïa. On se doute bien que Chris a certainement raison (ce n’est pas un spoil) mais là où le scénario parvient à surprendre, c’est lorsqu’on nous évoque le secret des Armitage : pourquoi s’attaquent-ils à la communauté Afro-américaine ? Que leur font-ils et dans quel but ? Pourquoi les employés (également noirs) se comportent-ils bizarrement et ont l’air coincé dans le temps ? Bref, le scénario parvient à surprendre de ce côté-là alors qu’on croit être face à une histoire plus simple. J’admets juste avoir deviné le rôle d’un des personnages mais cela ne m’a pas non plus gâché mon plaisir. La piste prise par Jordan Peele est intéressante dans le sens où les Armitage vantent paradoxalement dans leur racisme exacerbé (quel euphémisme) les bons côtés de la communauté Afro-américaine.

Get Out : Photo Daniel Kaluuya

Les critiques ont beaucoup insisté sur la place de l’humour dans ce long-métrage. Effectivement, il y en a, notamment grâce au rôle du pote du personnage principal. Ce choix est pour moi lié à la fin du long-métrage : il y a une envie de montrer quelque chose de positif, de défendre la place du personnage Afro-américain si délaissé par le cinéma traditionnel et populaire. Le réalisateur dit par ailleurs que les séquences oniriques sont justement un moyen de dénoncer ce qu’il se passe actuellement à Hollywood (il fallait le voir, faut l’avouer) et même dans le cinéma d’horreur (en dehors de La Nuit des Morts-Vivants de George Romero, peu de films du genre mettent en avant des Noirs ayant le bon rôle). Certains ont critiqué cette fin en disant qu’il s’agissait dans un sens de white washing. Est-ce que cette fin serait mieux passée si on était face à un personnage blanc affrontant une famille des Noirs ? Je ne sais pas mais il est certain que le message passé aurait été différent. Et je ne pense pas qu’il faut voir une sorte de haine des Afro-américains contre les Blancs ou un truc simpliste et douteux de ce genre. Chris est juste un personnage qui agit pour sauver sa peau et non par haine envers une communauté. Pour revenir sur l’humour, qui a de bonnes raisons d’être présent, il a le mérite, en plus de s’amuser avec certains codes du genre, de ne pas casser une réelle tension présente du début jusqu’à la fin. Au-delà du talent évident pour Peele d’instaurer une atmosphère pesante, la musique de Michael Abels contribue énormément à toute cette sensation permanente de malaise. Le casting est également très bon, que ce soit Daniel Kaluuya (qu’on a pu voir dans Sicario), Allison Williams (ça fait plaisir de voir la Marnie de Girls dans son premier long-métrage !) ou encore l’indétrônable Catherine Keener. Get Out est donc une très belle réussite bien écrite et bien mise en scène par un réalisateur doué qui ne néglige aucun détail (certains d’entre eux renvoient au temps de l’esclavage quand on y regarde de près). Captivant, accessible, effrayant et terriblement divertissant, ce long-métrage est finalement un portrait glaçant et absurde d’une Amérique encore raciste et malade, coincé encore dans un temps qui devrait être révolu.

Get Out : Photo Betty Gabriel, Marcus Henderson

Publicités

Sicario

réalisé par Denis Villeneuve

avec Emily Blunt, Benicio Del Toro, Josh Brolin, Jon Bernthal, Victor Garber, Jeffrey Donovan, Daniel Kaluuya, Raoul Trujillo, Maximiliano Hernandez, Julio Cedillo…

Thriller américain. 2h02. 2015.

sortie française : 7 octobre 2015

interdit aux moins de 12 ans

Sicario

La zone frontalière entre les Etats-Unis et le Mexique est devenue un territoire de non-droit. Kate, une jeune recrue idéaliste du FBI, y est enrôlée pour aider un groupe d’intervention d’élite dirigé par un agent du gouvernement dans la lutte contre le trafic de drogues. Menée par un consultant énigmatique, l’équipe se lance dans un périple clandestin, obligeant Kate à remettre en question ses convictions pour pouvoir survivre.

 Sicario : Photo Emily Blunt

 

Sicario, dont le titre signifie en espagnol « tueur à gages », a été présenté en compétition dans la sélection officielle de la dernière édition du festival de Cannes. On a dit qu’il a pu repartir les mains vides de peur d’accuser le jury de copinage avec l’équipe du film : Jake Gyllenhaal, membre du jury, a travaillé à deux reprises avec Denis Villeneuve; le chef opérateur Roger Deakins a travaillé avec les frères Coen, Présidents du jury, sur No Country for old men; ou encore, pour aller plus loin dans le délire, Xavier Dolan est québécois… Bien avant la sortie de Sicario, je me demandais si on n’était pas en train de raconter n’importe quoi. Je veux dire (et je ne remettais pas en cause la qualité du long-métrage), je ne voyais pas du tout ce film séduire un jury (même si on peut s’attendre à tout effectivement). De plus, pour être franche, je n’étais pas spécialement attirée par ce film : certes, le seul film de Denis Villeneuve que j’ai pu voir (Prisoners) m’a vraiment plu, le casting me plaisait également beaucoup sur le papier mais j’ai généralement du mal avec les films qui parlent de trafics de drogue et tout ça. Ceci dit, les très bonnes critiques à son égard m’ont réellement encouragée à faire le déplacement pour aller le voir. Sicario est un très bon film même si je ne crierais pas non plus au chef-d’oeuvre (je pense à certaines critiques qui me semblent démesurées) et qu’il ne fait pas du tout partie de mon top 10 de l’année. Etant donné que je n’apprécie pas particulièrement ce genre de films, je dois avouer que j’ai tout d’abord passé un très bon moment face à ce thriller intense. Le long-métrage dure deux bonnes heures mais je ne me suis jamais ennuyée : on entre tout de suite dans l’histoire, l’ensemble est très rythmé et captivant, on ne décroche pas les yeux de l’écran une seule seconde et certaines scènes en jettent vraiment. J’ai juste envie de dire : c’est très bien foutu ! Le film est également une pure réussite esthétique, notamment par un splendide travail de lumière et une magnifique photographie. La frontière américano-mexicaine est clairement représenté comme un enfer sale, violent et obscur, à l’image des douteuses affaires qui se trament derrière par certaines personnalités. Le lieu devient ici un personnage à part entière, notamment à travers les plans de paysages vus d’en haut, dans la lignée de True Detective ou du plus récent La Isla Minima. Villeneuve sait vraiment quoi faire de cet espace qui joue un rôle essentiel. J’ai également apprécié la bande-originale, qui contribue à cette atmosphère oppressante. Si la mise en scène est maîtrisée et est clairement le point fort du film, je ne trouve pas l’écriture des personnages toujours réussie : heureusement, leurs interprètes sont bons.

Sicario : Photo Benicio Del Toro, Emily Blunt, Josh Brolin

Je crois que nous sommes tous à peu près d’accord pour saluer l’excellente performance du toujours charismatique Benicio Del Toro qui est clairement au-dessus du lot et qui incarne le personnage le plus intéressant. En revanche, les autres rôles m’ont déçue. Josh Brolin est certes bon, comme très souvent, mais son personnage m’a laissée indifférente. J’ai surtout été déçue par le personnage féminin, incarné par la pourtant très talentueuse Emily Blunt. Cela va paraître fort mais j’ai trouvé ce personnage plutôt raté même si je vois où Villeneuve veut en venir. Kate serait une sorte de représentation du respect de la loi et de la morale et elle respectera jusqu’au bout ses convictions. Sur le papier, il y a quelque chose de très fort et j’aime d’habitude ce genre de personnage, mais là je trouve que les traits de ce personnage font parfois un peu de tort à ce film pourtant très riche. En effet, j’ai trouvé les réactions de Kate assez énervantes, limite peu réalistes. Pour caricaturer, on a parfois l’impression de voir Candy qui découvre le monde des méchants (la meuf est agent du FBI, rappelons-le). De plus, elle est assez passive et n’évolue jamais. Certes, je vois ce que Villeneuve a voulu dire à travers ce personnage : Kate représente parfois les yeux des spectateurs qui découvrent en même temps qu’elle une situation qui la dépasse totalement, c’est-à-dire que la loi officielle n’empêche pas d’autres lois peu morales à s’imposer et que finalement la frontière entre les différents types de lois ne semblent plus avoir de frontière (et là on peut finalement faire un parallèle intéressant avec la frontière physique entre le Mexique et les Etats-Unis). Le propos est fort et fonctionne mais pas le personnage, ce qui est parfois problématique et qui m’a empêchée d’aimer encore plus ce film : Kate passe ainsi pour une fille larguée, on finit par ne plus trop croire qu’elle bosse au FBI, on ne comprend pas non plus qu’elle ne comprenne pas alors que certaines choses sautent aux yeux. De plus, certains traits sont vraiment trop appuyés, du genre elle est maigre, c’est la fiesta avec ses sourcils, ne se lave pas et se remet à fumer : Kate est à bout, c’est bon, message reçu. Cela est vraiment dommage car pour moi, Sicario aurait pu être meilleur mais heureusement que pour contrebalancer, le film possède d’indéniables qualités.

Sicario : Photo Emily Blunt