Marley et moi / Watchmen

Marley & Moi
réalisé par David Frankel
avec Owen Wilson, Jennifer Aniston, Eric Dane, Alan Arkin, Haley Bennett, Clarke Peters…
titre original : Marley & Me
Comédie américaine. 1h40. 2008.
sortie française : 4 mars 2009
Movie Challenge 2017 : Un film que j’aime bien secrètement
Jenny et John viennent tout juste de se marier sous la neige du Michigan et décident de partir s’installer sous le soleil de Floride. Alors que l’envie d’avoir un premier enfant se profile chez Jenny, John espère retarder l’échéance en lui offrant un adorable chiot sur les conseils avisés de son collègue Sébastien, un séducteur profitant pleinement de son célibat. C’est ainsi que Marley, un jeune labrador, prend place au sein du couple. En grandissant, l’animal se révèle aussi craquant que dévastateur et la maison devient un véritable terrain de jeu, où plus rien ne peut échapper à sa voracité. Mais l’envie de fonder une famille ressurgit, et Jenny attend désormais son premier enfant. Au rythme des années et des catastrophes qu’il provoque, Marley sera le témoin d’une famille qui se construit et s’agrandit, devant faire face à des choix de carrière, des périodes de doute et des changements de vie. Pour Jenny et John, même si Marley est le pire chien du monde, cette tornade d’énergie leur témoignera une affection et une fidélité sans limite, pour leur enseigner la plus grande leçon de leur vie.
Marley & moi : Photo David Frankel, Jennifer Aniston, Owen Wilson
Marley & Moi, réalisé par David Frankel (Le Diable s’habille en Prada), est tiré de l’ouvrage autobiographique du journaliste John Grogan, Marley & Me: Life and Love with the World’s Worst Dog (2005). Je m’attendais, comme beaucoup, à regarder une comédie toute mignonne avec un joli toutou qui ferait quelques conneries (et vous savez peut-être que j’ai du mal en général avec les films qui mettent en vedette des animaux). Certes, il s’agit a priori d’un film familial, grand public, c’est un fait (et ce n’est pas forcément une tare). Mais finalement, on n’est pas tant que ça dans le film tout choupi si attendu. Si Marley & moi est pour moi un agréable divertissement, assez bien foutu dans son genre, il surprend surtout pour son émotion que j’ai trouvée vraie (même si le film a évidemment pour but de nous faire verser quelques larmes, on ne va pas se mentir non plus). Je n’ai jamais eu de chiens (en revanche des chats j’en ai toujours eu) mais l’histoire m’a réellement émue (vous avez l’habitude, j’ai évidemment chialé) : je me suis identifiée au personnage principal avec sa relation avec Marley. Certes, je ne vais pas vous dire qu’il s’agit d’un chef-d’oeuvre, ce n’est évidemment pas le cas, on ne retient pas non plus le travail de mise en scène, je ne sais même pas si on peut s’il s’agit vraiment d’un bon film (d’un point de vue strictement cinématographique – bon après rien ne m’a choquée, j’imagine que le travail de ce côté reste correct par rapport à ce qu’on attend de ce type de production). Mais Marley & Moi m’a clairement plu même si j’ai conscience de ses limites purement cinématographiques. Le film reprend le schéma autobiographique du bouquin, l’histoire étant racontée par John. La voix-off est toujours un outil « risqué » dans le sens où elle a tendance à alourdir le récit. Je ne dis pas qu’elle est d’une grande subtilité mais elle n’est pas non plus envahissante. Surtout, je trouve qu’on peut malgré tout (je dis ça parce que Wilson et Aniston sont des stars hollywoodiens, beaux, blonds, sportifs, avec des dents Colgate – bref le contraire du commun des mortels) s’identifier aux personnages principaux, comprendre l’attachement au chien et au rôle que ce dernier joue dans la vie d’une famille face au temps qui passe. Marley et moi séduit alors dans sa représentation d’une vie de famille (et ou plutôt dans sa construction) avec ses bons et ses mauvais moments (les ellipses me semblent bien choisies et fluides). Après, j’admets aussi que ce film fait certainement partie désormais de mes plaisirs coupables (c’était le but de cette catégorie du Movie Challenge).
 
Marley & moi : Photo David Frankel, Eric Dane, Owen Wilson

Watchmen – Les Gardiens 
réalisé par Zach Snyder
avec Jackie Earle Haley, Patrick Wilson, Malin Akerman, Billy Crudup, Matthew Goode, Jeffrey Dean Morgan, Carla Cugino, Stephen McHattie…
titre original : Watchmen
Action, science-fiction, drame américain. 2h42. 2009.
sortie française : 4 mars 2009
interdit aux moins de 12 ans
Movie Challenge 2017 : Un film recommandé par quelqu’un (Borat)
Aventure à la fois complexe et mystérieuse sur plusieurs niveaux, « Watchmen – Les Gardiens » – se passe dans une Amérique alternative de 1985 où les super-héros font partie du quotidien et où l’Horloge de l’Apocalypse -symbole de la tension entre les Etats-Unis et l’Union Soviétique- indique en permanence minuit moins cinq. Lorsque l’un de ses anciens collègues est assassiné, Rorschach, un justicier masqué un peu à plat mais non moins déterminé, va découvrir un complot qui menace de tuer et de discréditer tous les super-héros du passé et du présent. Alors qu’il reprend contact avec son ancienne légion de justiciers -un groupe hétéroclite de super-héros retraités, seul l’un d’entre-eux possède de véritables pouvoirs- Rorschach entrevoit un complot inquiétant et de grande envergure lié à leur passé commun et qui aura des conséquences catastrophiques pour le futur. Leur mission est de protéger l’humanité… Mais qui veille sur ces gardiens ?
Watchmen - Les Gardiens : Photo Carla Gugino, Jeffrey Dean Morgan
Watchmen est l’adaptation du comic éponyme d’Alan Moore (qui rejette le film comme toutes les adaptations de ses oeuvres) et Dave Gibbons (en revanche, il s’est associé au projet). J’ai une drôle d’histoire avec Zack Snyder (et encore, je dis ça sans avoir vu son Batman vs Superman) : 300 fait partie de mes plaisirs coupables, j’aime également énormément L’Armée des Morts (et j’adore au passage la version originale de Romero), en revanche je rejette en bloc Sucker Punch. Et comme vous le savez certainement (ou pas), j’ai généralement du mal avec les films de super-héros. J’ai longtemps redouté ce fameux Watchmen, visiblement autant adoré que détesté. Sans dire que j’ai adoré, j’ai été agréablement surprise par ce long-métrage, certes assez long mais selon moi réellement divertissant et pertinent. Le long-métrage nous présente alors une Amérique alternative des années 1980 (à peine le miroir de ce qu’on connaît déjà) sous l’égérie des super-héros. Mon seul véritablement hic vient du traitement des femmes (problème que j’avais déjà relevé dans d’autres films de Snyder) : j’ai clairement trouvé le film misogyne (on pourra toujours me répondre qu’il y a les mêmes problèmes dans le comic : et bah j’ai envie de dire que je ne trouve pas ça cool non plus). Les personnages féminins ont toutes un mauvais rôle : soit elles sont hyper sexualisées et inutiles dans l’intrigue soit elles ont un mauvais rôle par rapport aux autres personnages. Pour ne rien arranger, Malin Akerman et Carla Cugino jouent très mal (comme souvent). C’est dommage car le reste du casting est pour moi très bon, surtout Jackie Earle Haley, épatant et charismatique dans le rôle de Rorschach. Les personnages sont justement pour moi un des points forts de ce film, ils sont étonnamment complexes par rapport à ce qu’on pourrait attendre habituellement de ce genre de production (le cas le plus flagrant concerne Le Comédien incarné par l’étonnant Jeffrey Dean Morgan). La narration a pu déstabiliser certains spectateurs, certains diront même que le film est trop lent et qu’il ne se passe rien. Pour ma part, si au début j’étais sceptique par cette narration a priori décousue, j’ai rapidement adhéré à ce choix qui permet d’appréhender la psychologie et les histoires personnelles de tous les personnages. Je suis également tombée sous le charme de la proposition graphique et esthétique même si j’admets que certains effets (ex : les ralentis) sont parfois superficiels. Les dialogues sont également soignés, l’histoire en elle-même trouve un ton juste entre violence, tragédie et humour. Enfin, la BO, très agréable, s’adapte bien aux différentes scènes.
Watchmen - Les Gardiens : Photo Jackie Earle Haley

L’Amant Double

réalisé par François Ozon

avec Marine Vacth, Jérémie Renier, Myriam Boyer, Jacqueline Bisset, Dominique Reymond…

Drame, thriller, érotique français. 1h47. 2017.

sortie française : 26 mai 2017

interdit aux moins de 12 ans

Je vous conseille aussi de lire l’excellent billet de Suzy Bishop : je partage son point de vue de A à Z.

Chloé, une jeune femme fragile, tombe amoureuse de son psychothérapeute, Paul. Quelques mois plus tard, ils s’installent ensemble, mais elle découvre que son amant lui a caché une partie de son identité.

L'Amant Double : Photo Jérémie Renier, Marine Vacth

Bon, il va y avoir une tonne de spoilers car à ce stade-là, je n’en ai plus rien à foutre : je suis extrêmement énervée contre Ozon que j’ai envie de surnommer « Le Bouffon ».  Je ne prétends pas avoir vu tous les films du monde, loin de là. Présenté en compétition à Cannes cette année, L’Amant Double (adaptation d’un court roman de Joyce Carol Oates) n’a rien remporté  si ce n’est la Palme du film le plus stupide de 2017. Et il fait certainement partie des films les plus stupides tout court que j’ai pu voir dans ma courte existence (enfin j’ai pratiquement un quart de siècle). Je n’avais rien contre Ozon auparavant, désormais je ne peux plus me le voir en peinture. Pourquoi suis-je allée voir L’Amant Double au cinoche ? Parce que je ne suis pas allée à Cannes pendant le festival (je n’ai jamais réalisé ce rêve – c’est sur ma Bucket List désormais) et que je voulais vivre mon moment à moi avec mes vêtements H&M dans ma petite salle de cinéma de province. François Ozon a déjà été au coeur d’une grosse polémique à la sortie du moyen Jeune et Jolie : la prostitution était selon lui un fantasme commun à de nombreuses femmes (je ne l’ai toujours pas digéré). Il ne comprend décidément rien aux femmes. Et dans l’Amour Double, il nous le confirme. Le personnage principal, Chloé, est une jeune femme très perturbée et fragile. La liste ? Elle tire toujours la gueule (tous les personnages tirent également cette même tronche pour nous montrer qu’on est dans un drame inquiétant et troublant), elle se fait couper les cheveux à la garçonne, elle a des cernes jusqu’aux pieds et se plaint de douloureux maux de ventre. Surtout, elle sort avec son psy (la déontologie, c’est pas son délire) puis couche avec le jumeau de ce dernier. Jusque-là, limite on pourrait se dire que ce n’est pas si terrible que ça, qu’il n’y a pas de quoi être scandalisé. Et je n’avais pas envie d’être scandalisée. On pourrait se dire (et c’est visiblement le but) que Chloé est à la recherche d’une sexualité (elle se libère quand elle est avec le méchant jumeau – son mec actuel ne la faisant pas jouir des masses). Sauf que les scènes avec le jumeau sont nauséabondes. Je vous fais un résumé vite fait de l’évolution de Chloé : Chloé est au début du film une femme au physique « masculin ». Elle rencontre le jumeau de son mec Paul, un certain Louis. Elle se retrouve donc dans sa belle chambre à côté de son cabinet. Il lui touche le sexe alors qu’elle ne veut pas (et lui dit), il continue, elle se débat puis… prend du plaisir. Elle revient alors les jours suivants, elle ose même porter des jupes.

L'Amant Double : Photo Jérémie Renier, Marine Vacth

Problème majeur : L’Amant Double ne condamne jamais cette agression sexuelle, que dis-je, même viol. Chloé est d’ailleurs sans cesse « violée » (oui, oui, j’ai conscience du terme que j’utilise) par le regard du réalisateur. Il n’y a qu’à voir ces deux scènes « choc » : une des premières scènes est une transition entre l’oeil de l’héroïne et son clitoris (rien que là, je me suis dit que ça n’allait pas le faire). L’autre qui « marque » est un autre type de transition : entre la bouche de Chloé et de nouveau son clitoris (via un plan au fond de sa gorge et de son corps). Même si j’ai du mal avec les scènes de viol (comme tout être humain – enfin je crois), je ne condamne pas les films pour ça du moment que le propos est clair de la part du réalisateur. Mais là la vision d’Ozon est plus que douteuse (et je reste gentille). Je ne vois pas où il remet en question les actes du personnage. J’ai l’impression que cet aspect abject est justifiable pour une soi-disant tension érotique. Tu sens limite le réalisateur te donner des leçons « nooon mais t’as pas compris, en fait, mon film est super complexe, t’as compris que dalle, tu vois le mal partout ». Justement, j’enchaîne avec ça : il n’y a d’ailleurs aucune tension sexuelle. Il y a beau y avoir un sacré nombre de scènes de cul (et de viol dans le lot), qu’elles appartiennent à la réalité ou au fantasme (voire même au cauchemar), on ne ressent rien si ce n’est du malaise, du glauque mais j’ai envie de dire dans le mauvais sens du terme. Le malaise, c’est bien d’en ressentir mais encore une fois quand les intentions sont clarifiées par le réalisateur. Au-delà du sexisme omniprésent et de la dangerosité véhiculée (je ne sais même pas si Ozon en a conscience), L’Amant Double est juste pour moi raté cinématographiquement. Certes, je serais de mauvaise foi concernant la mise en scène et l’esthétique : de ce côté-là, c’est très soigné et même réfléchi. Il y a évidemment un soin accordé aux miroirs, à la symétrie, au dédoublement (voire même à bien plus), aux décors en général, à la photographie. Mais à cause d’un scénario complètement débile, même certains de ses effets et toutes ces quelques éventuelles bonnes choses mises en place sont tout simplement cassés. Tout devient d’une grossièreté consternante. Je me suis même surprise à rire durant la séance, je me suis même carrément tapée un fou rire en sortant de la salle (juste pour évacuer tout ce que j’avais vu auparavant). Non, le film d’Ozon n’est pas le fameux thriller (pardon frileuuur) érotico-mystérico-gore–troublant-bizarroïde-de-mes-couilles vendu. Tu as juste l’impression d’assister à une parodie du cinéma français d’auteur mixée à une parodie des films de De Palma.

L'Amant Double : Photo Jérémie Renier, Marine Vacth

Tous les pires clichés qu’on a en tête concernant les jumeaux y sont. Les personnages boivent tous les soirs, quoiqu’il arrive, du vin voire même du champagne (comme si on faisait tous ça tous les jours, ça se saurait). Qu’on ne me sorte pas non plus qu’il y a de la psychologie dans ce film : il y a limite plus de psychologie dans un épisode des Anges de la téléréalité ! On ne croit en rien dans ce film : ni à l’histoire d’amour entre Chloé et Paul, ni à l’histoire toxique entre Chloé et Louis, ni aux termes psychologiques utilisés par Paul, soi-disant un excellent psy (il raconte des banalités, pas besoin d’être psy pour dire de la merde pareille). Le pire ? La fameuse fin. J’appelle ça l’effet Dallas, un nom gentil pour éviter de dire que ça s’appelle clairement du foutage de gueule en puissance. Les fins du style « c’est tout dans sa tête », ça peut être très chouette. J’aime plein de films qui reprennent ce schéma. Mais il faut que ça soit bien foutu, qu’il y ait de la cohérence et aussi un minimum d’explications. Là on nous balance le fameux « touist » sauf qu’on se demande si ça tient debout. Si c’est dans sa tête, que foutait Chloé durant ses journées (déjà qu’elle n’en fout pas une) ? Comment ça se fait que les meilleurs toubibs que Chloé a consultés soient passés à côté de son cas médical ? Dois-je également revenir sur le tout dernier plan avec le double de Chloé qui fait péter la glace : quelle métaphore de la mort, Chloé s’est donc libérée, elle peut baiser avec Paul. Le pire, c’est que des métaphores aussi grossières que celle-ci, il y en a tout le long du film ! Dois-je vraiment revenir sur le rôle lourdingue du chat ? Encore une fois, ça se croit malin et fin psychologue, on croit rêver ! Pour rendre son film soi-disant intelligent, Ozon multiplie les pistes et les thèmes : le rapport entre l’esprit et le corps, connaître l’autre en passant par la connaissance de soi, le renversement des rôles, les différents aspects de notre personnalité (et de la sexualité) et on pourrait continuer encore longtemps. Mais les exploite-t-il vraiment non ? Pour moi, non, ils sont traités superficiellement. Au passage, je me demande toujours l’utilité de la voisine dans le scénario. L’Amant Double est un film interminable (j’ai cru qu’il durait plus de deux heures, c’était l’enfer) et minable, souvent involontairement drôle et même pas sauvé par son couple (ou trouple ?) d’acteurs qui fait de son mieux en interprétant des personnages dont on n’a finalement pas envie de se préoccuper. Il confond beaucoup de notions, notamment une qui me paraît essentielle : sexe brutal avec consentement et viol/agression sexuelle. Bref, beaucoup de queues, mais la tête, c’est pas encore ça…

L'Amant Double : Photo Marine Vacth

Mon Roi

réalisé par Maïwenn

avec Emmanuelle Bercot, Vincent Cassel, Louis Garrel, Isild Le Besco, Patrick Raynal, Paul Hamy, Yann Goven, Chrystèle Saint-Louis Augustin, Norman Thavaud…

Drame, romance français. 2h. 2015.

sortie française : 21 octobre 2015

Movie Challenge 2017 : Un film réalisé par une femme

monroi

Tony est admise dans un centre de rééducation après une grave chute de ski. Dépendante du personnel médical et des antidouleurs, elle prend le temps de se remémorer l’histoire tumultueuse qu’elle a vécue avec Georgio. Pourquoi se sont-ils aimés ? Qui est réellement l’homme qu’elle a adoré? Comment a-t-elle pu se soumettre à cette passion étouffante et destructrice ? Pour Tony c’est une difficile reconstruction qui commence désormais, un travail corporel qui lui permettra peut-être de définitivement se libérer…

Mon Roi : Photo Emmanuelle Bercot, Vincent Cassel

J’avais adoré Polisse, qui avait rencontré un joli succès en salles ainsi que le prix du jury à Cannes. Certes, il avait certainement ses défauts selon moi (faut savoir être honnête) mais il fonctionnait réellement dans le sens où il provoque diverses émotions et réflexions. En revanche, les critiques n’avaient pas été tendres avec Mon Roi, qui avait pourtant permis à son actrice principale, Emmanuelle Bercot (principalement connue pour son travail de scénariste et maintenant de réalisatrice notamment avec La Tête Haute et La Fille de Brest) de remporter le prix d’interprétation féminin (ex-aequo avec Rooney Mara pour Carol de Todd Haynes). J’avais juste remarqué que les sites / blogs / magazines féminins (voire même féministes) avaient plutôt défendu ce film. J’ai tout de même voulu voir ce que donnait ce long-métrage par pure curiosité. Hélas, les critiques cannoises avaient vu juste. Ce film n’avait rien à faire à Cannes et encore moins en compétition. Je le dis direct : il faut arrêter de voir du sexisme et de la misogynie partout (même s’il y a certainement des bouffons dans le lot, comme partout), parce qu’on ose dire que ce film n’est pas terrible. On ne dit pas qu’il est hystérique parce que c’est Maïwenn (et par extension, une réalisatrice) qui est derrière la caméra. Ni parce que le personnage principal est une femme (parce que Giorgio est dans son genre également très hystérique). Non, c’est juste une impression globale qui apparaît dès les premières minutes du film. En gros, pour Maïwenn, la passion, c’est baiser et se hurler dessus. Tout est noir ou blanc avec elle. Il n’y a aucune analyse ou réflexion pertinente. Le scénario se limite alors au schéma suivant : rencontre, baise, dispute, réconciliation (au pieu ou ailleurs d’ailleurs), dispute (avec hurlement comme toujours), grossesse, séparation, accouchement, réconciliation, dispute, divorce, baise, dispute. Et le film dure deux bonnes heures, bon sang ! Je vous assure qu’il m’a paru très long et répétitif. En plus, je déteste ces films qui enchaînent les scènes se déroulant sur plusieurs années (ici dix ans) comme on zapperait de chaîne à la télé.

Mon Roi : Photo Emmanuelle Bercot, Vincent Cassel

Je comprends que Maïwenn ne pouvait pas tout montrer de la vie de ce couple en deux heures, il fallait bien sélectionner certains événements qui sembleraient importants dans la construction et déconstruction de leur amour mais la sélection faite par la réalisatrice semble extrêmement réductrice. On observe aussi quelques indices pour montrer l’évolution (notamment physique) des personnages mais les ellipses sont pour moi mal gérées : t’as vraiment l’impression qu’on te balance les différentes scènes un peu n’importe comment, une sorte de best of (enfin, best, pas toujours) de leur vie épuisante. Le montage qui se concentre alors sur certains événements de la vie de Tony et Giorgio (qui n’est pas pour moi, contrairement à ce que j’ai lu, un pervers narcissique, juste un bouffon ou un connard pour moi, n’utilisons pas des termes scientifiques pour si peu) prouve encore plus à quel point Maïwenn ne maîtrise pas bien son sujet, qu’elle se laisse déborder, un peu comme ses personnages par leurs émotions. Enfin, la réalisatrice va nous sortir que son film est sur l’addiction (ici amoureuse / affective). Cela ne justifie pas tout au bout d’un moment, même si je ne nie pas que certaines relations puissent être destructrices. Tout est absolument grossier et creux. Même les significations plus psychologiques manquent cruellement de subtilités et de réelle recherche. Certes, dans Polisse, il y en avait déjà qui n’était pas d’une grande finesse (je dois l’admettre, même en ayant aimé le film). Mais ça restait tout de même un minimum pertinent. Là, dès les premières minutes du film, lorsqu’on découvre l’héroïne dans un centre de rétablissement suite à son accident de ski, on comprend à quel point ce qu’on va voir sera lourdingue. Par exemple, pour bien expliquer la démarche aux spectateurs, visiblement des demeurés, la psy demande pourquoi Tony s’est blessée au genou et par ailleurs : parce que genou, ça fait aussi « je-nous ». Elle et son couple. Boudi, ça part mal. L’accident de ski, là aussi, grosse métaphore de malade : il faut que Tony se relève littéralement après son histoire d’amour passionnelle et compliquée. Tony traîne aussi avec une bande de jeunes kékés alors qu’elle a quarante balais. Là encore quelle subtilité !

Mon Roi : Photo Isild Le Besco, Louis Garrel, Vincent Cassel

Allez, dernier exemple, juste pour qu’on s’éclate un peu : Tony (prénom / surnom cliché, à l’image de Giorgio, t’as l’impression d’être dans Confessions intimes) s’appelle en réalité Marie-Antoinette. Vous comprenez, à cause de Giorgio, son « roi » (des connards), elle en perdrait la tête ! Niveau prénom, Maïwenn n’a épargné personne, le môme de ce couple de hurleurs se prénommant Sinbad, vous avez bien lu, Sinbad (je m’excuse si des Sinbad me lisent). Que reste-t-il alors (un minimum) de ce que j’ai vu ? La mise en scène reste malgré tout assez correcte même si elle tombe parfois dans l’hystérie, à l’image de tout ce qu’il y a de présent à l’écran. Mais je dois avouer que ce n’est pas le pire, par rapport à tout ce qu’il y a d’horribles dans ce film. De plus, même si cela ne sauve pas en rien le film, les interprétations restent assez bonnes alors que les acteurs ne sont certainement pas aidés par le scénario et le peu de consistance des personnages. Certes, Emmanuelle Bercot ne mérite pas pour moi son prix d’interprétation cannois, assez excessif (j’ai envie de dire, comme le film). Elle passe beaucoup de temps à hurler, pleurer et tout ça : c’est un fait. Cela dit, je m’attendais tout de même à pire. On sent qu’elle est concernée par son personnage, elle livre étrangement une interprétation assez sincère et convaincante. Encore une fois, vu le contexte, je ne peux pas lui jeter des pierres. Avec un scénario mieux écrit, je suis certaine qu’elle aurait encore mieux jouer même si c’est déjà le cas. Vincent Cassel s’en sort également bien même s’il cabotine et qu’il joue ce genre de rôles depuis une plombe (il y a des fois où ça m’exaspère). Bref, il n’y a pas de subtilités dans le jeu de Bercot ni dans celui de Cassel, on est forcément dans quelque chose d’excessif mais les acteurs sont au moins dans ce qu’on leur demande et on peut tout de même se dire qu’ils sont crédibles. Même le couple qu’il forme à l’écran reste malgré tout crédible. Dans les seconds rôles, on notera la très bonne performance de Louis Garrel, qui fait preuve d’un naturel et d’un humour (oui, il est drôle, quel scoop !) qui fait du bien à cet ensemble pas toujours très digeste.

Mon Roi : Photo Emmanuelle Bercot

Allez pour le plaisir, des extraits de mon live-tweet (cliquez sur les vignettes pour agrandir).

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Nocturnal Animals

réalisé par Tom Ford

avec Amy Adams, Jake Gyllenhaal, Michael Shannon, Aaron Taylor-Johnson, Isla Fisher, Ellie Bamber, Armie Hammer, Karl Glusman, Laura Linney, Andrea Riseborough, Michael Sheen, Jena Malone…

Drame, thriller américain. 1h57. 2016.

sortie française : 4 janvier 2017

Movie Challenge 2017 : Un film sorti cette année

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Susan Morrow, une galeriste d’art de Los Angeles, s’ennuie dans l’opulence de son existence, délaissée par son riche mari Hutton. Alors que ce dernier s’absente, encore une fois, en voyage d’affaires, Susan reçoit un colis inattendu : un manuscrit signé de son ex-mari Edward Sheffield dont elle est sans nouvelles depuis des années. Une note l’accompagne, enjoignant la jeune femme à le lire puis à le contacter lors de son passage en ville. Seule dans sa maison vide, elle entame la lecture de l’oeuvre qui lui est dédicacée…

Nocturnal Animals : Photo Amy Adams

Sept ans après le formidable A Single Man (qui était déjà une adaptation de roman), le styliste Tom Ford adapte le roman d’Austin Wright, Tony and Susan, paru en 1993. Tony et Susan sont effectivement les personnages principaux de Nocturnal Animals. Enfin, oui et non. Ils sont bien les personnages du film de Ford qui a remporté le Lion d’argent – Grand prix du jury à la Mostra de Venise en 2016. Mais Tony est surtout le personnage du roman d’un des personnages du fillm (Edward) qui s’intitule donc aussi Nocturnal Animals. Le long-métrage de Tom Ford est donc une fiction dans la fiction : Edward envoie le manuscrit en question à son ex-femme, Susan, une artiste cynique qui subit les infidélités de son mari actuel. En découvrant le texte d’Edward, Susan se sent nostalgique et se rend compte à quel point elle n’a pas fait le bon choix en laissant son premier mari tomber de la pire des manières. Elle veut même le revoir suite à la lecture de ce roman. Tom Ford joue alors sur trois temporalités : le présent avec Susan qui lit le roman, le passé montrant comment Susan s’est mise en couple avec Edward puis comment elle la détruit et enfin il y a évidemment la temporalité même du roman. Sur le papier, cela peut paraître compliqué mais à l’écran on comprend a priori facilement et rapidement. Beaucoup de réalisateurs auraient pu rendre le long-métrage inaccessible, ce n’est pas le cas chez Tom Ford. J’avais beau connaître (et aimer) son travail sur A Single Man (on y pense d’ailleurs par moments en regardant ce deuxième long), je redoutais le manque de compréhension. Or, c’est étonnamment compréhensible au premier abord. Si on isole le roman, ce dernier est très simple par rapport à ce qu’on attend d’un polar traditionnel : une histoire de vengeance comme on a l’habitude de voir, au Texas (l’endroit typique pour avoir des embrouilles dans un roman policier), avec un flic et des méchants stéréotypés. Surtout, en avançant dans le film, on comprend aussi aisément les liens entre le roman et la vie vécue par l’ancien couple formé par Edward et Susan. La mise en scène et plus généralement l’esthétique du film sont très visuelles, pourtant étonnamment rien n’est jamais lourd. Et c’est par ces procédés que Tom Ford parvient à donner une sorte de subtilité à la complexité de son oeuvre.

Nocturnal Animals : Photo Jake Gyllenhaal

Son apparente facilité d’accès prouve déjà selon moi une des grandes qualités de Nocturnal Animals (on pouvait s’attendre à un film hautain, ce n’est pas le cas). On comprend a priori ce qu’on voit à l’écran dans les grandes lignes mais en même temps le spectateur est face à des interrogations ou plutôt à son sens de l’interprétation. Chaque oeuvre, que ce soit un film (l’oeuvre de Ford), un roman (celui d’Edward), une peinture ou une oeuvre étrange (le travail de Susan) dans une exposition artistique (je reviendrai sur la scène d’ouverture) mérite d’être décortiquée ou interprétée en fonction de sa propre expérience et de son propre ressenti. L’art est alors évidemment un des thèmes les plus importants de ce deuxième long-métrage de Tom Ford. L’art est quelque chose qui se vit littéralement : la scène où elle entend les battements de coeur de Tony est particulièrement frappante. Surtout, plus globalement, étant donné qu’on est face à une fiction dans la fiction, l’art peut aussi avoir pour mission de revivre certains événements ou en tout cas de la modifier, de la remodeler et d’imaginer la personne qu’on a envie d’être ou que l’Autre imagine que vous soyez. Cela vaut aussi bien pour l’auteur (Edward) que pour le lecteur concerné (Susan). Le film de Tom Ford se démarque aussi par son sens de l’esthétique, devenant ainsi lui-même une ode à l’art. Il parvient par cet esthétique à servir le scénario et les tourments des personnages. La première scène, qui a visiblement « choqué » ou perturbé certains spectateurs, présente des femmes obèses pratiquement nues et très à l’aise avec leur corps. On s’aperçoit alors juste après que ces femmes en question, également allongées sur des tables, font partie de l’exposition artistique de Susan. Possiblement une référence à des oeuvres artistiques appartenant au mouvement hyperréaliste, ce générique a le mérite de créer un malaise en mettant en avant littéralement l’opulence surtout par rapport à l’existence vide de Susan.

Nocturnal Animals : Photo Amy Adams

Un dernier thème phare de Nocturnal Animals est la vengeance. Il y a donc d’un côté la vengeance de Tony dans le roman qui est davantage plus concrète et terre-à-terre, et surtout plus compréhensible pour le spectateur qui compatira avec le personnage. De l’autre, sans révéler la fin, il y a bien la vengeance d’Edward qui fait finalement plus mal mais qui peut aussi partager le spectateur (la réaction du personnage étant plus lâche). Finalement, et c’est d’ailleurs là où le film devient encore plus complexe que prévu (même s’il l’est déjà tout court), c’est que nous ne sommes plus sûrs en avançant qu’Edward parle uniquement de lui et de son ressenti sur sa relation avec Susan à travers le personnage de Tony : on peut aussi penser que Tony est aussi en quelque sorte Susan. Les différents processus mis en place permettent de rendre ce film très troublant. Même le choix des acteurs n’est pas anodin. Jake Gyllenhaal interprète deux personnages (donc les fameux Edward et Tony) tandis qu’Isla Fisher interprète l’épouse de Tony : on comprend aisément qu’elle représente Susan (Amy Adams). Il faut aussi prendre en compte les plans où, de dos, on ne sait plus s’il s’agit de Laura, India ou Susan. Enfin, le dernier grand thème à dégager est certainement celui des apparences. Evidemment, c’est un thème qu’on peut vite percevoir à travers l’existence de Susan. Elles ont été à l’origine de la destruction du couple Susan-Edward ainsi que celle de la famille de Tony. On se pose même la question suivante : Ray était-il de base un monstre ou l’est-il devenu parce que les Hastings l’ont jugé ainsi à son apparence ? Nocturnal Animals est pour moi un véritable bijou, extrêmement envoûtant, brillant et bien pensé de A à Z. Pour couronner le tout, le film bénéficie d’une très belle distribution. Amy Adams est certes peu présente techniquement parlant et pourtant tout est fait pour qu’on pense sans cesse à elle tout le long. Jake Gyllenhaal (décidément, il choisit de mieux en mieux ses rôles) est également remarquable, surtout en tenant deux rôles. Michael Shannon, en flic certes volontairement stéréotypé mais attachant, est comme d’habitude formidable. Enfin, la bonne surprise de ce casting (même si encore une fois tout le casting est excellent) est certainement Aaron Taylor-Johnson, très justement récompensé par le Golden Globe du meilleur acteur dans un second rôle.

aaron

Conjuring 2 : Le cas Enfield

réalisé par James Wan

avec Patrick Wilson, Vera Farmiga, Frances O’Connor, Madison Wolfe, Franka Potente, Simon McBurney, Maria Doyle Kennedy…

Film d’épouvante-horreur américain. 2h13. 2016.

titre original : The Conjuring 2 : The Enfield Poltergeist

sortie française : 29 juin 2016

interdit aux moins de 12 ans

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Une nouvelle histoire vraie issue des dossiers d’Ed et Lorraine Warren : l’une de leurs enquêtes les plus traumatisantes.
Lorraine et Ed Warren se rendent dans le nord de Londres pour venir en aide à une mère qui élève seule ses quatre enfants dans une maison hantée par des esprits maléfiques. Il s’agira d’une de leurs enquêtes paranormales les plus terrifiantes…

Conjuring 2 : Le cas Enfield : Photo Madison Wolfe

J’avais déjà beaucoup aimé Conjuring : Les Dossiers Warren par la même équipe (James Wan à la réalisation, le couple Patrick Wilson-Vera Farmiga devant la caméra), c’est pour cette raison que j’ai voulu aller découvrir cette suite très rapidement, même si j’avais peur qu’elle ne soit pas à la hauteur du premier opus (et je précise que je n’ai pas encore vu entre-temps le – visiblement – désastreux spin-off Annabelle de John R. Leonetti). En dehors de la horde d’ados déchaînés dans la salle qui ont foutu un incroyable bordel (donc j’en profite : allez vous faire foutre !), j’ai étonnamment aimé cette suite qui elle aussi s’inspirerait bien d’une histoire vraie (ce qui bien mis en avant – même si les ados dans la salle ont mis une plombe à capter l’info – donc en plus ils ne savent pas lire, passons). En effet, entre 1977 et 1979, la famille Harper (qui vit donc à Enfield en Angleterre), aurait été harcelée et menacée par un fantôme. Ce fait divers avait déjà été au coeur d’un téléfilm en 2015, The Enfield Haunting, avec Timothy Spall. On aurait pu croire que le changement de lieu (le premier film se déroulait entièrement aux Etats-Unis, cette suite une bonne partie en Angleterre) était superficiel. En réalité, il ne fait que confirmer la volonté de proposer un film différent (ce qui est déjà bien en soi – même s’il s’agit d’un film commercial) tout en gardant certaines structures déjà présentes dans le premier. Il y a un bon compromis trouvé pour faire une bonne transition entre les deux films sans donner une impression de répétition. Je dirais d’ailleurs que cette suite ne devrait pas perturber ceux qui n’auraient pas eu l’occasion de découvrir le premier opus. En fait, il reprend bien la structure du premier film dans le sens où durant une première partie, on nous présente parallèlement le travail des Warren et la famille en détresse attaquée par les fantômes, puis dans la seconde partie, il y a une rencontre entre la famille et les Warren (jusqu’à la solution finale). Mais pourtant on a clairement pas l’impression de voir la même chose. Peut-être parce qu’on passe de la campagne éloignée du monde (dans le premier opus) à un environnement plus urbain. Ces deux films font tous les deux peur (en tout cas en ce qui me concerne) mais grâce à l’environnement, je dirais que cette peur en question s’exprime différemment. C’est plus ça qu’il faut retenir que le changement de pays. En tout cas, l’ambiance très années 70s (dans les costumes, décors ou même choix musicaux) fonctionne toujours autant. Ca permet de rendre hommage au cinéma d’horreur de cette époque mais en n’essayant pas à tout prix de faire du copier-coller.

Conjuring 2 : Le Cas Enfield : Photo Vera Farmiga

Certes, on retrouve pas mal de jumpscares mais je trouve qu’ils sont très efficaces, c’est déjà pas si mal (surtout quand on voit l’état du cinéma d’horreur actuellement). Au-delà de la peur que j’ai ressentie, je trouve qu’on trouve mine de rien une certaine inventivité qui fait plaisir à constater, surtout de la part d’un film de studio. Certaines scènes sont vraiment intenses grâce à des idées bien exécutées. Evidemment, toutes les scènes avec la vieille madame démon sont flippantes (notamment celle avec le tableau, très bien faite). Il y a aussi cette scène dans laquelle le couple Warren et autres intervenants se retournent pour pouvoir faire parler le démon dans la petite fille : on voit, dans le flou et en arrière-plan, le changement de personnage. C’est ça qui est effrayant : on ne voit pas clairement ce qui se passe et en même temps le peu qu’on voit permet au spectateur d’aller puiser dans une certaine imaginaire et surtout de s’attendre à ce qu’il ne veut pas voir. Justement cette question sur la perception est très bien traitée dans le film, notamment autour de ce qu’on voit et ce qu’on croit (voir). A noter la présence de détails, notamment en ce qui concerne une des « révélations » permettant de résoudre l’intrigue. On sent toujours l’investissement et la patte personnelle de James Wan. La mise en scène est toujours aussi soignée et précise. Il y a aussi un grand soin accordé aux décors et aux costumes, qui contribuent aussi à l’atmosphère angoissante très présente. L’ensemble est également très prenant. La preuve : avant d’aller au cinéma, je n’avais pas pris le soin de regarder la durée. J’ai été surprise d’apprendre en sortant de la salle qu’il durait 2h13. Je n’ai pas senti de longueurs. Certes, pourtant, le film prend le temps d’exposer l’histoire mais je ne me suis pas ennuyée car le montage, très équilibré pour présenter les deux parties, est très efficace, et surtout encore une fois, il y a une ambiance présente du début jusqu’à la fin. Le casting est également à la hauteur. Comme dans le premier opus, Patrick Wilson et Vera Farmiga sont très bons. Encore une fois le couple qu’ils forment fonctionne et reste attachant. Tous les seconds rôles sont également très bons, notamment en tête Madison Wolfe, bluffante en gamine possédée à la limite de la schizophrénie par moments. Elle m’a parfois rappelée à l’époque la petite Regan (Linda Blair) dans L’Exorciste sans toutefois chercher à l’imiter.

Conjuring 2 : Le Cas Enfield : Photo Benjamin Haigh, Lauren Esposito, Maria Doyle Kennedy, Patrick Mcauley

My Life Directed by Nicolas Winding Refn

réalisé par Liv Corfixen

avec Nicolas Winding Refn, Liv Corfixen, Ryan Gosling, Kristen Scott Thomas, Alejandro Jodorowsky…

Documentaire américain. 58 mn. 2014.

sortie française (dvd) : 27 avril 2016

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Liv Corfixen est femme de réalisateur. Une position qui n’est pas toujours aisée, et elle tient à nous le prouver dans un documentaire qu’elle a entièrement écrit et réalisé. En obtenant le Prix de la mise en scène à Cannes en 2011 pour son film DRIVE, le Danois Nicolas Winding Refn jouit d’un statut de cinéste culte : adulé par le public, consacré par la critique, il a désormais pour principale préoccupation de rendre ce succès pérenne. Ainsi, lorsqu’il début le tournage de son nouveau projet ONLY GOD FORGIVES en 2013, il s’inquiète : ce film, plus confidentiel, saura-t-il répondre aux attentes de ses spectateurs ? Liv s’inquiète aussi, mais surtout pour son mari, ses enfants, et pour elle-même, car si Nicolas se jette à corps perdu dans son film, il semble toutefois mettre de côté sa propre famille. Elle décide donc de prendre la caméra, et de faire de Nicolas un sujet d’observation, afin de nous offrir une vision large de la vie du réalisateur, un portrait à la fois intime et instructif, à mi-chemin entre le reportage et le making-of.

My Life Directed by Nicolas Winding Refn : Photo

Suite au succès international de Drive, le réalisateur danois Nicolas Winding Refn, qui avait déjà bâti une jolie petite carrière au Danemark et même en Grande-Bretagne (Bleeder, la trilogie Pusher, Bronson, Valhalla Rising – Le Guerrier Silencieux), tourne en Thaïlande Only God Forgives. Il emmène toute sa famille (son épouse Liv Corfixen, actrice qu’on a pu voir dans Bleeder) ainsi que de ses deux jeunes filles. En effet, la famille avait été séparée pendant dix mois pendant le tournage de Drive (Liv et ses filles étaient au Danemark, Nicolas à Los Angeles) et tout le monde avait trop souffert de cette situation. Liv, qui doit s’occuper des enfants, décide alors de prendre une caméra pour filmer leur quotidien, sans trop savoir où ce film va l’amener. Elle a pris conscience qu’elle était en train de filmer une sorte de thérapie de couple, captant les états d’âme de son mari et même les siens. Que signifie être épouse d’artiste ? Comment vivre quotidiennement avec quelqu’un qui ne vit que pour son art ? On sent qu’il ne s’agit que d’un premier film, qu’il y a un manque d’expérience de réalisatrice. Peut-être que c’est un film qui plaira davantage aux fans de Nicolas Winding Refn qui veulent en savoir plus sur lui (y aurait-il presque un côté people dans ce doc ?) et qui ne fera qu’énerver de nouveau ses détracteurs. Peut-être aussi que ce film aurait pu faire partie d’une édition dvd de Only God Forgives. Au fond, ce n’est pas si grave, le résultat m’a tout de même beaucoup plu. Si on est fan de Refn, je pense que ça vaut le coup de découvrir le regard de son épouse sur son homme. Malgré le côté un peu brouillon (nous dirons qu’il s’agit parfois aussi d’un aspect proche de la spontanéité), Liv Corfixen livre un documentaire intimiste, parfois proche du making-of, très intéressant, qui apporte un point de vue intéressant sur la vie de famille des artistes dont nous ne connaissons pas toujours. L’amour semble évident dans le couple Refn tout comme il est évident de voir l’amour que porte Refn à ses enfants, qu’il aime s’en occuper quand il le peut. Mais son travail et son obsession pour atteindre la perfection artistique (et je dirais même pour être encore plus reconnu) bouffe clairement sa vie de famille et de couple. La scène avec Ryan Gosling qui joue avec les petites est certes mignonne (ahhhh Ryanou !) mais elle est très révélatrice du fonctionnement de la famille. Il faut savoir qu’après le tournage de ce film, les Refn ont suivi une thérapie de couple et d’après ce qu’ils ont révélé dans des interviews, cette thérapie ainsi que ce film les auraient aidé à être encore plus soudés qu’avant.

My Life Directed by Nicolas Winding Refn : Photo

Nicolas Winding Refn est présenté comme un artiste plein de doutes et de contradictions : il peut être très sûr de lui un jour et le lendemain dire qu’il s’agit d’une grosse daube sans aucun sens. Pour ma part, j’ai trouvé ça touchant de le voir finalement très humain. Pourtant Liv Corfixen n’hésite pas à faire des reproches à son mari, à le filmer dans ses mauvais jours qui ne le rendent pas si sympathiques que ça. L’intimité du couple est particulièrement mise en avant au point de voir carrément Refn le matin encore dans son lit. Il est alors intéressant de voir à quel point la vie privée et la vie publique peuvent se rejoindre. J’ai beaucoup parlé du réalisateur danois et c’est vrai que c’est tout de même important de le souligner étant donné qu’il est au coeur du projet, que c’est avant tout lui qu’on voit. On a envie de savoir comment il travaille dans des conditions parfois difficiles avec son esprit torturé, mais aussi comment il est en privé, que ce soit dans les moments agréables ou pénibles qui ne le mettent pas toujours à son avantage. Le titre du film met bien en avant son nom complet mais il y a aussi ce « My Life » qu’il faut prendre en compte. C’est pour ça que nous ne pouvons pas totalement le classer dans le making-of, même s’il ne s’agit pas non plus d’un autoportrait ni d’un portrait tout court. Le côté inclassable a quelque chose de bordélique mais honnêtement ça ne m’a pas plus dérangée que ça. Bref, il s’agit aussi d’un film sur Liv Corfixen. Ce n’est pas toujours évident d’être réalisateur et en quelque sorte acteur de son propre documentaire. Dans ce genre en question, beaucoup aiment (et le font très bien) se mettre en scène. Liv Corfixen n’est pas dans cette démarche. Elle ne devait pas être le personnage de ce film mais elle finit par le devenir. On ne la voit pas tant que ça physiquement, parfois simplement dans un reflet avec sa caméra (comme au début du film en guise d’introduction) et pourtant elle est autant présente que son mari, tous les deux sont au coeur du sujet même. Pourtant, alors qu’on a beau taxer de Refn comme le roi des ego-trip, il n’y a pas de narcissisme de la part de Corfixen même si elle comble sa frustration (on comprend qu’être mère au foyer n’était certainement pas son ambition première et aurait peut-être préféré continuer à faire partie de projets artistiques) en créant un objet filmique certes imparfait mais unique, intéressant, certainement plus complexe qu’il en a l’air même s’il n’avait pas cette prétention première au départ. Peut-être qu’il méritait de durer plus longtemps (une petite heure me semble court) pour aller encore plus loin dans la réflexion mise en place mais à mon avis ça vaut le coup d’oeil.

My Life Directed by Nicolas Winding Refn : Photo

45 ans

réalisé par Andrew Haigh

avec Charlotte Rampling, Tom Courtenay, Geraldine James, Dolly Wells…

titre original : 45 Years

Drame britannique. 1h35. 2015.

sortie française : 27 janvier 2016

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Kate et Geoff Mercer sont sur le point d’organiser une grande fête pour leur 45e anniversaire de mariage. Pendant ces préparatifs, Geoff reçoit une nouvelle : le corps de Katya, son premier grand amour, disparu 50 ans auparavant dans les glaces des Alpes, vient d’être retrouvé. Cette nouvelle va alors bouleverser le couple et modifier doucement le regard que Kate porte sur son mari…

45 ans : Photo Charlotte Rampling, Tom Courtenay

45 ans est l’adaptation de la nouvelle de David Constantine, In Another Country. Il a permis à Charlotte Rampling et Tom Courtenay de remporter l’Ours d’argent d’interprétation à la Berlinale. Rampling a également réussi à décrocher, grâce à ce film, sa première nomination de toute sa carrière aux Oscars dans la catégorie « Meilleure actrice » (et battue par Brie Larson pour Room). Malgré toutes ces belles récompenses, ce film est finalement passé inaperçu en France. Cela est regrettable car ce long-métrage d’Andrew Haigh (dont son précédent, Week-end, avait déjà reçu de très bons échos malgré une polémique en Italie) vaut pour moi le coup d’oeil même si la forme pourra certainement déranger certains spectateurs. De quoi est-ce que je parle quand j’évoque la forme ? Une chronique. En effet, malgré son titre qui présente une longue durée, 45 ans se concentre sur six jours dans la vie d’un couple (donc marié depuis le temps indiqué par le titre) qui prépare en grande pompe (mais sans réel enthousiasme) leur anniversaire de mariage. Ce quotidien est bouleversé par une simple lettre : on apprend que le cadavre d’une certaine Katya, morte depuis 50 ans dans un accident de randonnée dans les Alpes, a été retrouvée dans un congélateur. Qui est cette Katya ? On apprend petit à petit les liens qui unissaient cette femme et Geoff, rendant ainsi Kate jalouse d’une morte (ce qui paraît dingue quand on y pense). Ainsi, le rôle de la chronique fonctionne totalement dans ce film. Il y a une volonté d’être au plus près de la réalité voire même de l’intimité d’un couple. Cela peut paraître fou de remettre en question tout son couple en quelques jours seulement. Ce choix est alors intéressant pour montrer finalement qu’on ne connait jamais bien une personne, même s’il s’agit de son mari avec lequel on partage sa vie depuis tant d’années. Rien n’est jamais acquis finalement. Mais au-delà de cette réflexion qui pourrait paraître un peu trop simple, ce long-métrage est intéressant pour plusieurs raisons. Tout d’abord, s’il s’agit d’une chronique pour pouvoir mieux dépeindre une réalité banale détruite par un événement qui chamboule tout, ce n’est pas pour ça que la mise en scène est délaissée. Sous ses airs de chronique, 45 ans bénéficie d’une mise en scène et d’une écriture très précise. Beaucoup d’éléments sont suggérés et en même temps, beaucoup de détails comptent pour pouvoir appréhender les sentiments des personnages et mieux comprendre le passé. J’ai d’ailleurs beaucoup pensé à Mrs Dalloway de Virginia Woolf dans lequel on suit durant une journée la journée et les tourments d’une femme, par petites touches.

45 ans : Photo Charlotte Rampling, Tom Courtenay

Est-ce que ce mariage n’a été qu’illusion ? Kate n’a-t-elle été qu’une épouse de second choix et même la femme qui a remplacé Katya (les prénoms sont d’ailleurs très proches) ? Est-ce l’ombre de Kate a pu planer durant toutes ces années et guider les choix du couple (notamment en ce qui concerne l’absence d’enfants) ? Ces interrogations, qui permettent de comprendre (logiquement) la jalousie de Kate, sont en tout cas très bien abordées. Cela dit, même si on comprend aisément certaines réponses et même si on admet que le film adopte le point de vue de Kate, je pense qu’il ne faut pas exclure deux autres possibilités. La première est sur le deuil du couple. Si ici la mort de Katya est bien réelle et qu’il y a bien une réflexion autour de deuil concret, peut-être faudrait-il admettre une possible métaphore sur la « mort » d’un ancien couple plus généralement. Comment avancer, notamment avec son ou sa partenaire quand on n’a pas encore fait le deuil de son couple ? Puis (et ce point est logiquement lié au précédent), je crois aussi que ce film veut montrer qu’il peut bien y avoir de l’amour dans un couple même si sa construction a pu exister sur des bases douteuses. Il faut alors prendre en compte les ressentis de chaque individu. Chacun a avancé au sein de ce couple différemment. C’est pour cette raison que j’ai trouvé qu’adopter un seul point de vue était intéressant, tout comme le fait de filmer régulièrement les personnages séparément même lorsqu’ils sont dans une même pièce : l’isolement des ressentis est au coeur de ce long-métrage. Au-delà de réflexions pertinentes sur l’amour et le couple, 45 ans est servi par un duo d’acteurs époustouflants. On retiendra évidemment plus la performance de Charlotte Rampling, étant donné que son personnage est davantage mis en avant puisqu’on aborde principalement son point de vue. A l’image de la sobriété de ce long-métrage, elle n’a pas besoin de gesticuler dans tous les sens, elle n’est pas dans la surenchère. Elle est justement émouvante et très juste parce qu’elle exprime beaucoup de sentiments par ses traits ou son regard. Quant à Tom Courtenay, même s’il est plus en retrait, il est également très convaincant. J’ai lu beaucoup de critiques qui disaient qu’il incarnait un personnage ingrat. Même si ce dernier déclenche la jalousie de son épouse, je ne l’ai jamais perçu comme un méchant. Je ne vais évidemment pas répéter ce que j’ai déjà dit autour de son personnage, l’écriture du scénario du personnage est déjà très habile. Mais je peux tout de même souligner la justesse de son interprétation qui parvient à donner également de l’humanité à son personnage et ne se fait pas écraser par sa partenaire.

45 ans : Photo Charlotte Rampling