Okja

réalisé par Bong Joon-ho

avec Ahn Seo-Hyun, Tilda Swinton, Paul Dano, Jake Gyllenhaal, Steven Yeun, Lily Collins, Shirley Henderson, Daniel Henshall, Devon Bostick, Giancarlo Esposito, Choi Woo-sik…

Drame, science-fiction, aventure sud-coréen, américain. 1h58. 2017.

sortie française (Netflix) : 28 juin 2017

Pendant dix années idylliques, la jeune Mija s’est occupée sans relâche d’Okja, un énorme animal au grand cœur, auquel elle a tenu compagnie au beau milieu des montagnes de Corée du Sud. Mais la situation évolue quand une multinationale familiale capture Okja et transporte l’animal jusqu’à New York où Lucy Mirando, la directrice narcissique et égocentrique de l’entreprise, a de grands projets pour le cher ami de la jeune fille.

Sans tactique particulière, mais fixée sur son objectif, Mija se lance dans une véritable mission de sauvetage. Son périple éreintant se complique lorsqu’elle croise la route de différents groupes de capitalistes, démonstrateurs et consommateurs déterminés à s’emparer du destin d’Okja, tandis que la jeune Mija tente de ramener son ami en Corée.

Okja : Photo Seo-Hyun Ahn, Tilda Swinton

Okja a fait beaucoup de bruit pendant son passage à Cannes en mai dernier : un film Netflix, qui n’est donc pas diffusé dans une salle de cinéma, peut-il prétendre à la Palme d’or ? Une autre polémique lui a succédé : quelques cinémas devaient tout de même le projeter très exceptionnellement. Mais un directeur de cinéma a incité les spectateurs au boycott et certains cinémas ont fini par se désister. Ce débat interroge en tout cas sur l’évolution du cinéma en terme de réception chez les spectateurs. Surtout, ce débat sous-entend qu’un film qui passe désormais uniquement par ce type de service ne serait pas du vrai cinéma. Or, si on aurait aimé une véritable projection au cinéma, Okja n’a rien d’un faux film ou de film de télévision (comme on a pu plus ou moins l’entendre) : il s’agit même d’un vrai bon film. Certes, pour moi, pas le meilleur de Bong Joon-ho (qui a le mérite de n’avoir jamais fait de faux-pas dans sa carrière), un de mes réalisateurs préférés. Commençons alors par les petites choses qui m’ont dérangée, au moins c’est fait : selon moi, la démonstration du réalisateur pour aborder son sujet est parfois bien trop appuyée. On a connu Bong Joon-ho plus subtil de ce côté-là. Certes, le réalisateur a toujours aimé intégrer des éléments loufoques dans des situations bien graves (en particulier dans The Host et Barking Dogs Never Bite) et j’ai même envie de dire que ce type de combinaisons est assez courant dans la nouvelle vague coréenne. Okja a même un aspect cartoonesque, notamment à travers les réactions et même l’aspect physique des personnages. Même son humour en prend donc un léger coup en devenant par moments très lourds (notamment avec les pets et excréments d’Okja). On pourra toujours dire que Bong Joon-ho a voulu offrir un spectacle davantage plus « familial » (le mot n’étant pas une insulte) à la Miyazaki d’où ces traits d’humour un peu trop lourds. Concernant le manque de subtilité, j’ai aussi eu un petit problème avec une scène qui semble avoir marqué beaucoup de spectateurs : celle avec tous les super-cochons dans un enclos prêts à aller à l’abattoir. On établit rapidement un parallèle évident avec les camps de concentration. On peut voir où le réalisateur veut en venir : les animaux restent des êtres vivants dotés de sensibilité. On peut même y percevoir une sorte d’inversement : ne reproduisez pas le mal qu’on a pu faire par le passé aux humains sur les animaux. Cela dit, j’ai tout de même trouvé ce parallèle non seulement grossier mais « limite » pour les personnes qui ont vécu l’horreur dans les camps de concentration.

Okja : Photo Jake Gyllenhaal

En dehors de ces quelques remarques, l’ensemble reste une belle réussite aussi bien techniquement qu’émotionnellement, sachant bien exploitant son sujet de fond. Okja est un film important parce qu’il est nécessaire et surtout de son temps. Chaque individu, chaque spectateur donc est de plus en plus confronté à cette question de l’alimentation animale et non animale. Et ces questions autour de la cause animale sont plutôt bien amenées, en confrontant deux points de vue extrêmes. D’un côté, on dénonce ceux qui exploitent les animaux, que ce soit les soeurs Mirando (incarnées par une Tilda Swinton toujours étonnante dans des rôles à métamorphose) – gérantes de la multinationale agro-alimentaire (le nom fait forcément penser à Monsato) ou encore Johnny Wilcox (interprété par Jake Gyllenhaal qui en fait des tonnes) qui préfère la gloire à la cause animale. De l’autre, les défenseurs extrémistes ne sont pas épargnés. Paul Dano est par ailleurs très convaincant dans le rôle de ce leader charismatique, a priori très calme, mais qui peut aussi exploser et surtout qui ne se préoccupe pas tant que ça du bien-être des animaux (même si la démarche peut être sincère de son point de vue) : Okja doit encore souffrir avant son sauvetage forcément médiatique pour le bien des autres super-cochons victimes de Mirando. Par ailleurs, aucun personnage n’est vraiment tout blanc, même pas la petite Mija dont la quête reste égoïste et qui ne réagira même pas pour libérer les autres Okja qu’elle croise sur sa route. Okja est un film imparfait mais qui a pourtant su me séduire. Il prouve qu’on est encore capable de produire des oeuvres divertissantes pour un large public sans être lisse et impersonnelle, ni toute « mignonne » alors que le film peut aussi être vue par de jeunes spectateurs. Tout en proposant des scènes d’action efficaces, Okja est un fable politique intense, émouvant sans être larmoyant et même paradoxalement terriblement « humain ». Le message a beau manquer de subtilité, il passe pourtant merveilleusement : il aura certainement de l’impact pour un grand nombre de spectateurs par la pertinence même de son propos. La noirceur de certaines scènes et même du propos permettent de fermer sur ses aspects cartoonesques qui auraient pu être amenés dans le récit. Okja entre alors dans la continuité de la filmographie de Bong Joon-ho : les monstres ne désignent pas les créatures créées par l’homme, ce sont surtout les hommes qui le sont.

 

Okja : Photo Paul Dano, Steven Yeun

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Mademoiselle (2016)

réalisé par Park Chan-Wook

avec Kim Min-Hee, Kim Tae-Ri, Ha Jung-Woo, Cho Jin-Woong…

titre original : Agassi

Drame, romance, thriller coréen. 2h30. 2016.

interdit aux moins de 12 ans

Movie Challenge 2017 : Un film LGBT

Corée. Années 30, pendant la colonisation japonaise. Une jeune femme (Sookee) est engagée comme servante d’une riche japonaise (Hideko), vivant recluse dans un immense manoir sous la coupe d’un oncle tyrannique. Mais Sookee a un secret. Avec l’aide d’un escroc se faisant passer pour un comte japonais, ils ont d’autres plans pour Hideko…

Mademoiselle : Photo Kim Tae-Ri

J’avais regretté d’avoir raté en salles le dernier long-métrage de Park Chan-Wook, Mademoiselle, présenté l’an dernier au festival de Cannes en compétition. Il s’agit d’un de mes réalisateurs préférés tout simplement. Il s’agit de l’adaptation du roman de Sarah Waters, Du bout des doigts (Fingersmith), publié en 2002. L’action du roman se situe dans l’Angleterre victorienne. Park Chan-Wook a transposé l’histoire dans la Corée des années 1930 pendant la colonisation japonaise. Mademoiselle est alors découpé très clairement en trois parties. Ces parties en question ont pour but de montrer à chaque fois un point de vue différent à partir de scènes qu’on a déjà vu (un procédé toujours intéressant même s’il n’a rien d’inédit). A noter qu’en terme de répartition de temps, les parties ne sont pas forcément très équilibrées (la dernière est plus courte et expéditive que les deux premières). Je ne crierais pas au chef-d’oeuvre comme j’ai pu le lire (pour moi Park Chan-Wook a fait mieux) mais il s’agit tout de même d’un très bon long-métrage qui mérite le coup d’oeil. La durée (2h30) me faisait peur et ne m’a pas aidée à devoir débloquer du temps pour aller le voir au cinéma. J’ai beau aimer Park Chan-Wook, j’avais trouvé son intéressant Thirst mais trop long (je le compare à celui-ci puisqu’il dure également 2h30). Evidemment, face à un film de 2h30, on se demande toujours si cette durée était toujours justifiée. Cela dit, contrairement à Thirst, je ne me suis pas ennuyée une seule seconde. Tout semble couler de source et l’enchaînement des différentes parties se fait naturellement. Il faut dire que la mise en scène de Park Chan-Wook est, comme toujours, virtuose. L’histoire, qui mêle érotisme, passion et escroquerie (la recette qui tue) en elle-même est plutôt captivante. On rentre rapidement dans le coeur de l’intrigue, on nous présente d’emblée les personnages et leur rôle (a priori). Le film séduit également par son esthétisme soigné, élégant et transpirant la sensualité, thème au coeur même de l’oeuvre. Les décors, les costumes et la photographie se complètent merveilleusement bien dans cette entreprise visuelle. En y réfléchissant, Park Chan-Wook a touché des genres différents. Pourtant, sur le papier (j’ai des préjugés, c’est bien connu), avant de me lancer, j’avais du mal à l’imaginer dans un film avec un contexte et décor historique. Mais il s’en sort à merveille dans ce registre. Cela dit, comme je vous le disais, il ne s’agit pas pour moi d’un coup de coeur. Je ne sais pas si cela vient du film ou si c’est parce que je connais justement trop la filmographie de Park Chan-Wook mais j’ai rencontré un certain problème (même si encore une fois cela ne m’a pas non plus gâché mon visionnage mais je suis « obligée » de prendre en compte ce point).

Mademoiselle : Photo Kim Min-Hee, Kim Tae-Ri

Le film m’a alors bien captivée sans aucun doute, en revanche il ne m’a pas non plus surprise alors qu’il est construit à partir de révélations, le but étant alors à l’origine de manipuler également les spectateurs, comme le sont les personnages. Je ne vais pas m’inventer une vie en prétendant avoir deviner tout le film mais j’avais effectivement compris le rôle de certaines scènes. Par exemple (pour ne citer que celui-ci), j’avais compris que les traces de sang sur le lit étaient issues d’une mise en scène et ne correspondaient pas à ce que le spectateur et Sookee peuvent s’imaginer. Mais au-delà de la remarque un peu simpliste de « ooohhh j’ai trouvé le comment du pourquoi, je suis trop forte, blablabla », les scènes s’enchaînent sans que je puisse avoir les réactions appropriées ou attendues. J’aurais voulu être sur le cul et avoir les yeux écarquillées à chaque révélation ou chaque nouveau point de vue. Le film est peut-être limite trop fluide et logique. Je tenais aussi à m’exprimer sur les scènes de sexe qui ont tout de même leur importance. Elles ont pour moi leur place dans le film puisque l’histoire tourne autour du désir, de la passion et de la naissance des sentiments entre deux personnages qui n’auraient rien à faire a priori ensemble (différences de sexe, pays, origine sociale et manipulations l’une envers l’autre). Cela dit, même si je comprends tout à fait la démarche du réalisateur de nous remontrer la scène d’un autre angle, comme il a pu le faire sur d’autres scène (le premier montre l’apprentissage de ce désir, le second plutôt l’explosion et la spontanéité des relations charnelles), je n’ai pas pu m’empêcher d’y voir une part de surenchère. Les scènes ne sont pas pourtant choquantes (nous ne sommes pas dans La Vie d’Adèle non plus), pas non plus vulgaires, on est dans quelque chose d’érotique et de sensuel. Mais comme dans Thirst (oui, on en revient toujours à lui), je me suis posée cette question concernant cette limite et généralement (en ne prenant pas systématiquement ce genre de scènes) Park Chan-Wook est un réalisateur qui tombe parfois dans certains excès. Et j’ai trouvé parfois qu’on n’en était pas si loin (mais après ça n’engage que moi) en étirant justement ces scènes en question – cela ne me semblait pas utile pour comprendre les réactions des personnages. Cela dit, ça reste pour moi un petit bémol qui ne m’a pas non plus gâché mon plaisir. Au-delà de ses nombreuses qualités, aussi bien narratives que techniques (même pour ces fameuses scènes de sexe), Mademoiselle bénéficie d’un excellent casting.

Mademoiselle : Photo Kim Min-Hee

Hard Day

réalisé par Kim Seong-hun

avec Lee Seon-gyoon, Cho Jin-woong, Shin Jung-Keun, Jeong Man-Sik…

titre original : Kkeut-kka-ji-gan-da

Film policier coréen. 1h50. 2014.

sortie française : 7 janvier 2015

Movie Challenge 2016 : Un film par un réalisateur asiatique

hard-day

En route pour assister aux funérailles de sa mère, et tandis qu’il est visé par une enquête pour corruption, le commissaire KO Gun-su renverse accidentellement un homme. Pour se couvrir, il décide de cacher le corps dans le cercueil de sa mère.
Lorsque l’affaire est découverte, on nomme son partenaire pour mener l’enquête. Et quand l’unique témoin de l’accident l’appelle pour le faire chanter, Gun-su comprend qu’il n’est pas au bout de ses peines…

Hard Day : Photo

Hard Day, présenté à la Quinzaine des Réalisateurs du festival de Cannes en 2014 (et grand succès au box-office coréen), est le premier long-métrage de Kim Seong-hun. Etant une amoureuse du cinéma coréen – en particulier du polar coréen (peut-être que vous le saviez déjà – si vous me suivez depuis un moment maintenant) – et face à des critiques plutôt positives (que ce soit dans la presse ou au sein de la blogosphère), j’avais très envie de découvrir ce film. Sans crier au chef-d’oeuvre ou quoi que ce soit dans ce genre (en tout cas, de mon côté, il ne s’agit pas d’un coup de coeur contrairement à de nombreux films coréens – arrive-t-il après la bataille ?), Hard Day est une jolie réussite qui mérite le coup d’oeil si on s’intéresse un minimum aux polars coréens. Je suis certaine qu’on continuera à entendre parler de Kim Seong-hun et de ses prochains projets à venir (notamment son film Tunnel qui, j’espère, aura une sortie en France) même si pour l’instant il ne rivalise pas avec les plus grands, mais bon ce n’est que le début, soyons patients. Il est difficile de raconter l’histoire dans le sens où un événement en déclenche un autre. Mais en tout cas elle est très bien racontée, le scénario étant bien ficelé et en donnant l’impression que le tout tient la route (alors qu’en y repensant avec du recul, l’histoire est très grossière et invraisemblable !). J’y vois un bel hommage au superbe After Hours de Martin Scorsese (même si Kim Seong-hun revendique davantage des clins d’oeil aux films des frères Coen, effectivement on sent aussi leur influence). Le réalisateur réussit à décrire la spirale infernale et explosive dans laquelle est inscrite le personnage principal (on se demande vraiment comment il va faire pour se sentir de cette merde internationale). Il y a quelque chose de classique et en même temps l’inventivité est bien présente. Il parvient plutôt bien à mêler les différents genres (décidément, c’est une sorte de caractéristique du cinéma coréen actuel) sans qu’on ait l’impression d’être face à un travail trop bordélique (parce qu’il est un chouïa me semble-t-il). Ainsi, Hard Day (ça devrait plutôt être « Hard Days » si on y réfléchit bien) est un polar assez sérieux et classique (alors que dans une pure comédie, le scénario aurait été différent) n’hésitant pas à intégrer un humour, parfois noir, parfois loufoque voire même un peu absurde par moments. Ainsi, la scène où le personnage principal doit cacher le corps dans le cercueil de sa propre mère est vraiment hilarante !

Hard Day : Photo

De la part d’un jeune réalisateur, la mise en scène m’a paru très efficace et plutôt bien maîtrisée. Surtout, quel punch ! De plus, il réussit aussi à instaurer une véritable tension la plupart du temps. J’étais toujours stressée pour le personnage principal ! Surtout, au-delà du mélange des genres, passant ainsi du suspense à l’humour, il y a derrière un véritable discours social (décidément, la police coréenne est vraiment pourrie jusqu’au cou). Esthétiquement, le film est également soigné tout en parvenant bien à exposer le côté rock’n’roll du récit. L’acteur principal Lee Seon-gyoon (inconnu au bataillon en ce qui me concerne) est excellent et tient parfaitement bien son rôle du début jusqu’à la fin. Son personnage est très attachant même s’il n’est pas non plus irréprochable. On est très loin de l’image habituelle (et hollywoodienne) du bon flic qui ne comprend pas ce qui lui arrive et qui doit à tout prix sauver la planète seul avec ses gros bras musclés. Bref, on est face à un anti-héros par excellence. Par contre, pour être totalement honnête, je n’ai pas tant apprécié que ça le méchant qui manque selon moi du charisme (même s’il fait des trucs vraiment méchants) et qui frôle parfois la caricature. Pourtant, son interprète Cho Jin-woong (vu récemment dans le très bon Monster Boy de Joon-Hwan Jang et Mademoiselle de Park Chan-wook) n’est pas à blâmer, c’est plus la manière dont le personnage est qui m’a « dérangée ». De plus, alors que le film possède d’indéniables qualités et qu’il reste assez plaisant et même divertissant, il me semble qu’il y a une sorte de coup de mou durant sa seconde partie (j’ai senti de mon côté quelques longueurs) même si l’ensemble reste tout de même très bien rythmé. Peut-être que le film souffre juste de ses trop nombreux rebondissements (du genre le type est mort n’était en fait pas mort, vraiment trop gros pour y croire, ça rallonge inutilement le film), comme s’il avait du mal à trouver une vraie fin. C’est dommage car à cause de ces détails, Hard Day n’est pas le film culte qu’il aurait pu être. Ce n’est pas non plus grave, le résultat reste tout de même vraiment à la hauteur, prouvant qu’on a bien un réalisateur à surveiller de près.

Hard Day : Photo

Dernier train pour Busan

réalisé par Yeon Sang-ho

avec Gong Yoo, Kim Soo-Ahn, Jeong Yu-mi, Ma Dong-seok, Choi Woo-shik, Ahn So-hee, Kim Eui-sung…

titre original :  Busanhaeng

Film fantastique, action coréen. 1h58. 2016.

sortie française : 17 août 2016

interdit aux moins de 12 ans

busan

Un virus inconnu se répand en Corée du Sud, l’état d’urgence est décrété. Les passagers du train KTX se livrent à une lutte sans merci afin de survivre jusqu’à Busan, l’unique ville où ils seront en sécurité…

Dernier train pour Busan : Photo

Vous connaissez mon amour pour le cinéma coréen (j’ai été gâtée cet été), j’étais « obligée » d’aller découvrir en salle Dernier train pour Busan, qui s’est fait remarquer durant le dernier festival de Cannes, projeté à l’occasion de la Séance de minuit. Il s’agit du premier film-live du réalisateur Yeon Sang-ho (dont je découvre son travail avec ce dernier long-métrage), connu notamment pour The King of Pigs. Dernier train pour Busan, qui serait apparemment la suite de Seoul Station, pourrait être résumé de manière trop simpliste (comme on l’a souvent lu dans la presse ou même dans des blogs) par le « calcul suivant »: Snowpiercer (également un film coréen dans un train avec un fort message social) + 28 jours plus tardWorld War Z (pour la rapidité des zombies) + autres films de zombie en général. Effectivement, depuis quelques années, que ce soit au cinéma ou à la télévision, les zombies sont à la mode. Mais ce long-métrage coréen n’est pas simplement un de plus dans la liste. On pourrait davantage penser à The Host de Bong Joon-ho, autre pépite du cinéma d’action et fantastique venant tout droit de Corée du Sud (que ce soit pour la présence de « créatures » rapides et redoutables, le message de solidarité, les interrogations autour de la paternité, la critique acerbe envers la solidarité, le mélange d’action, d’humour et d’émotion…). Il y a même un moment où j’ai pensé à Oldboy de Park Chan-wook notamment avec cette scène où les trois personnages masculins traversent le train infesté de zombies avec des battes de base-ball. Mais rassurez-vous : on a beau penser à quelques films, on saura pourtant étonné à quel point Dernier train pour Busan ne ressemble pas à tout ce qu’on a vu jusqu’à présent. Ce qui nous frappe justement (et même paradoxalement) est son inventivité. Je n’aurais jamais cru dire ça de ce film quand on lit le synopsis qui tient sur pas grand-chose quand on y pense : une attaque de zombies dans un train. Pourtant, le réalisateur sait se servir de toutes les possibilités que lui offre ce train : les couloirs, les portes, les toilettes, les endroits pour mettre les bagages etc… L’espace du train nourrit constamment le scénario qui parvient à nous à surprendre. Surtout les Coréens savent prendre de réels risques contrairement aux blockbusters américains : on sait que leur cinéma ne se permet pas de faire de compromis. Ainsi, chaque personnage est exposé aux dangers. Même s’il y a une hiérarchisation logique entre les personnages principaux et secondaires, tout le monde est finalement traité à égalité.

Dernier train pour Busan : Photo Gong Yoo

C’est une des forces de ce film : contrairement à de nombreux films d’action, les personnages de notre récit ont de la consistance. Certes, ils incarnent des figures rejetées de la société coréenne (la scène de l’expulsion par les autres passagers est particulièrement flagrante), facilement identifiables mais ce n’est pas pour autant des caricatures vides de sens. Le groupe qu’on suit est alors très attachant et touchant : le père cupide qui bosse beaucoup au point qu’il en délaisse sa fille (adorable et d’une grande humanité pour son jeune âge); le couple (un gars un peu lourd mais courageux et de son épouse enceinte); les deux mamies soeurs, le clochard et les adolescents. Au passage, les acteurs sont tous excellents, permettant de rendre leurs personnages encore plus humains et complexes. On retrouve donc dans Dernier train pour Busan de l’action et des bonnes idées très bien exécutées, le tout étant lisible pour le spectateur et jamais bourrin, là encore un très bon équilibre semble avoir été trouvé. Il n’y a rien de gore ou de sanglant (alors qu’on parle de films de zombies) mais ce n’est pas lisse ou consensuel pour autant. L’extrême rapidité des zombies (que ce soit à travers le processus de métamorphose – autant drôle qu’effrayant – ou leurs agissements) est déjà en soi suffisamment violent. Mais surtout, encore une fois, ce qui expliquerait encore plus cette absence de sang, finalement, la véritable violence dans ce long-métrage vient principalement des hommes à cause de leur méfiance, leur racisme même (thème qui était déjà présent dans un autre film coréen sorti cet été, The Strangers – est-ce révélateur d’un mal de leur société ?), qui préfèrent penser à leurs gueules que de privilégier la solidarité. C’est d’ailleurs pour cela qu’on aime suivre ce petit groupe de personnages : malgré les défauts qu’ils peuvent éventuellement avoir, ils font appel à un semblant d’humanité et pensent de plus en plus aux autres malgré le désespoir les entourant (leur évolution est certes rapide mais semble crédible dans le contexte du film) Le message est donc si fort qu’il n’y a pas de nécessité absolue de montrer à tout prix du sang, je comprends en tout cas ce choix. Dernier train pour Busan est donc une réussite en terme de divertissement mais il n’y a pas que ce point à retenir. C’est là où j’en viens au lien que nous pouvons faire à The Host : il y a derrière un véritable fond (je parlais déjà plus haut de la forte réflexion sociale), une réflexion qui nous concerne tous.

Dernier train pour Busan : Photo Yu-mi Jeong

Sans vouloir faire à tout prix de l’anti-américanisme (car je ne suis pas anti-américaine, j’aime aussi comme beaucoup de gens regarder des blockbusters US), on est face à ce que les Américains ne savent pas faire (en tout cas rarement) en terme de blockbuster : oui, on peut proposer du divertissement (spectaculaire et effrayant) tout en offrant en même temps de la profondeur dans le propos (et pas de la psychologie de comptoir) et de vraies choses. Oui, un film d’action peut être de qualité, il peut être exigeant dans la mise en scène (virtuose, énergique et efficace) ainsi que dans l’écriture (d’une grande habilité) tout en étant accessible (on prend clairement son pied). Oui, on peut aussi prendre le risque de torturer ses personnages, même les plus importants. Dernier train pour Busan est surtout un film qui m’a incroyablement émue. Ceux qui me suivent depuis un moment savent que je suis une grande sensible ayant tendance à sortir facilement les mouchoirs. Cela faisait un moment que je n’avais pas pleuré comme ça au cinéma (pourtant j’ai vu de beaux films cette année). Je vous confie tout (ou presque) : j’ai pleuré trois fois. Et pas juste trois petites larmounettes. Nooon, de vraies larmes, comme une madeleine, pardi ! Alors, je sais que pleurer devant un film n’est pas toujours un signe de qualité (j’ai déjà pleuré devant des films très moyens ou qui m’ont agacée, je l’admets) mais là j’ai réellement été bouleversée par le sort des personnages, les choix qu’ils adoptent pour sauver le groupe, par tout ce qu’ils traversent. Je n’ai jamais eu la sensation que c’était tire-larmes ou quoi que ce soit dans ce genre-là. Dernier Train pour Busan est donc un film à voir absolument (et je ne m’en cache pas – malgré les beaux films que j’ai pu regarder cette année, c’est pour l’instant mon préféré de l’année même si elle est loin d’être terminée). Beaucoup de films de zombies ouvrent souvent une réflexion sur l’humain et notre société; ce film coréen s’inscrit évidemment dans cette lignée mais à mon sens,dans ce genre en question, il s’agit aussi du film de zombie le plus émouvant de ce que j’ai pu voir jusqu’à présent. Finalement, je le qualifie facilement de film de zombie (certains pourraient – logiquement – parler également de film catastrophe) alors qu’il s’agit de bien plus que ça et c’est pour cette raison qu’il sort aisément du lot.

busaaan

Man on High Heels

réalisé par Jin Jang

avec Cha Seung-won, Oh Jung-se, Esom…

titre original : Hai-hil

Film policier coréen. 2h. 2015.

sortie française : 20 juillet 2016

interdit aux moins de 12 ans

highheels

Ju-wook est un policier endurci bardé de cicatrices prêt à tout pour arrêter les criminels qu’il pourchasse, en particulier Heo-gon, un mafieux notoire et cruel. Sa jeune collègue, traque, elle, un violeur en série et tombe peu à peu amoureuse de Ju-wook. Mais elle ignore que celui-ci ne nourrit qu’un seul désir : devenir une femme…

Man on High Heels : Photo

Vous le savez, je suis une fan de cinéma coréen (décidément, toujours aussi en forme), j’étais « obligée » de découvrir ce fameux Man on High Heels, qui a su séduire le jury du Festival du Film Policier de Beaune cette année en repartant avec deux récompenses. Le réalisateur Jin Jang (dont je ne connaissais pas son travail jusqu’à présent – visiblement c’est le premier film de sa carrière à être distribué en France) s’attaque donc à un sujet tabou, encore plus en Corée : la transsexualité. En effet, le pitch est à la fois alléchant et intéressant, inhabituel pour des personnages d’action qui ont pour l’habitude d’avoir de gros bras et d’assumer leur hétérosexualité en s’affichant notamment avec de belles nanas : le personnage principal (Yoon Ju-wook) est un flic qui est baraqué, viril en apparence, il se bat comme un Dieu (ça paraît improbable mais justement c’est ça qui est génial), bref, comme le disent son entourage ou ses adversaires, il a tout d’un « vrai » mec selon les critères attendus par une certaine partie de la société. Qui aurait pu croire que son grand secret serait celui de devenir… une femme ? Le pitch n’est pas juste intéressant sur le papier, après tout, il est également « gros » et on aurait pu tomber dans quelque chose de gênant ou en tout cas de mal maîtrisé (je connais tellement de films qui présentent un synopsis alléchant mais qui ne parviennent pas à être bien mis en scène). Il a alors le mérite de fonctionner pour de bon sur grand écran car justement il assume ce côté « gros » en n’hésitant pas à se moquer du machisme souvent présent dans les polars et films d’action notamment à travers de quelques « exagérations » (je vous rassure, ça reste bien fait, rien de cartoonesque non plus) mises en avant par le scénario ou plus généralement par certains choix esthétiques (du genre le combat sous la pluie au ralenti). La séance d’ouverture est juste complètement folle, drôle (comme souvent dans le cinéma coréen, même quand les films sont noirs et sérieux) et qui bouge : notre personnage principal réussit à combattre à lui tout seul à mains nues un mafieux et sa bande. Dans un flashback, ce mafieux raconte aux autres sa rencontre avec ce flic exceptionnel, dans un sauna où ce dernier se place devant lui à poil (le sexe bien près de son visage) et le frappe violemment ! La scène d’après (pour ne citer que cet exemple) est également très drôle (encore une fois typique du cinéma coréen) avec le chef qui blâme Ju-wook parce qu’il a réussi à botter le cul des méchants ! Au passage, toutes les scènes d’action sont incroyables et scotchantes, parfaitement chorégraphiées et encore une fois avec ce grain de folie indescriptible.

Man on High Heels : Photo

Mais ce film n’est pas uniquement un formidable concentré d’action ou un thriller sombre et violent, parfois teinté d’un humour surprenant, parfois entre la parodie et le second degré (au passage, le mélange des genres fonctionne à merveille, sans qu’on n’ait loin l’impression de voir quelque chose de foutraque) – décidément, le cinéma coréen réussit souvent ces mélanges de genres. Encore une fois, malgré ces éléments qui fonctionnent dans le film, le rendant à part (surtout quand on voit le manque d’originalité des films sortis au cinéma cet été) on n’est pas du tout dans un grand bordel créatif, loin de là (même si dit comme ça, ça surprend). Man on High Heels est surtout un film tragique et émouvant sur un homme obligé de développer une double personnalité, en dépit de pouvoir faire apparaître à tous sa véritable identité. Les pourris peuvent s’afficher dans la société avec beaucoup moins de problèmes, en faisant ce qu’ils leur chantent tandis que les transsexuels, des personnes sincères dans leur démarche, sont rejetées de la société voire même par leur propre entourage. Les scènes de flashback manquent parfois un peu de subtilité (c’est pour moi son petit point faible mais cela n’empêche pas le film d’être vraiment bon) mais restent tout de même très touchantes et surtout cela permet de mieux cerner le personnage principal. Cha Seung-won (visiblement un acteur chouchou du réalisateur) est épatant dans le rôle de ce policier complexe. Il parvient vraiment à montrer les deux facettes de sa personnalité, c’est-à-dire sa part masculine, volontairement plus visible et sa part féminine, qui apparaît de manière plus subtile. Il y a presque un mélange improbable et paradoxal dans son interprétation qui contribue grandement la réussite de ce long-métrage : il y a une forme de dualité qu’on retrouve chez ce personnage mais on ne peut pas dire qu’il y ait non plus une totale opposition : disons qu’il s’agit véritablement d’un tout dans sa personnalité et son identité, même s’il y a une part qui veut se manifester plus qu’une autre. La masculinité et la féminité qui habitent ce personnages, opposées et complémentaires à la fois, montrent bien toute la complexité de ce personnage, blessé autant psychologiquement que physiquement (les nombreuses cicatrices sur son corps peuvent aussi symboliser sa détresse). Avec The Strangers, je vous conseille donc cette nouvelle pépite atypique coréenne, qui passe très rapidement malgré sa durée et qui, surtout, provoque diverses émotions.

Man on High Heels : Photo

The Strangers

réalisé par Na Hong-jin

avec Kwak Do-won, Hwang Jung-min, Chun Woo-hee, Kunimura Jun…

titre original : Goksung

Thriller, policier, fantastique, épouvante-horreur, drame coréen. 2h36. 2016.

sortie française : 6 juillet 2016

interdit aux moins de 12 ans avec avertissement

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La vie d’un village coréen est bouleversée par une série de meurtres, aussi sauvages qu’inexpliqués, qui frappe au hasard la petite communauté rurale. La présence, récente, d’un vieil étranger qui vit en ermite dans les bois attise rumeurs et superstitions. Face à l’incompétence de la police pour trouver l’assassin ou une explication sensée, certains villageois demandent l’aide d’un chaman. Pour Jong-gu aussi, un policier dont la famille est directement menacée, il est de plus en plus évident que ces crimes ont un fondement surnaturel…

The Strangers : Photo Kwak Do-Won

The Strangers est le troisième long-métrage du coréen Na Hong-jin, le réalisateur de l’incroyable The Chaser (sans déconner, un de mes films préférés) et The Murderer (en revanche, même si je lui reconnais des qualités, je n’aime pas trop ce film). The Strangers, qui avait été présenté au dernier festival de Cannes en hors compétition, s’intitule en VO Goksung. Il s’agit du village dans lequel se déroule l’intrigue. Et il s’en passe de ces choses dans ce village. Le début du film rappelle un peu l’ambiance de Memories of Murder de Bong Joon-ho (également un de films préférés, oui j’aime beaucoup le cinéma coréen actuel) : des corps atrocement assassinés retrouvés, des soupçons rapides sur un individu sans trop savoir qu’en réalité les choses sont bien pires, un flic maladroit, voire même un boulet qui nous fait marrer au début, alors qu’il va être embarqué ici littéralement dans une spirale infernale. Plus on avance dans le film, plus des références, très éloignées du cinéma coréen, se multiplient. Le réalisateur ne s’en cache pas : il s’est beaucoup inspiré de L’Exorciste de William Friedkin et de Rosemary’s Baby de Roman Polanski. Il y a donc beaucoup de mélanges dans ce film : on passe du film policier voire le thriller, en passant par le film d’épouvante mettant en scène des démons ou même le film de zombie. Il y a quelque chose de grotesque également. Il faut avouer : ça peut dérouter. On sent parfois le réalisateur débordé par les références mais aussi plus généralement par son enthousiasme. Je précise que la multiplication de genres et de références ne me dérange pas du tout en soi, du moment qu’il y a un minimum de cohérence et de gestion. Je ne dis pas que ce n’est pas le cas mais tout de même j’ai parfois senti un peu trop de débordements et donc parfois de l’égarement. Il faut dire que sur 2h30, c’est difficile de tenir le pari. La durée fait d’ailleurs débat au sein de la presse et de la blogosphère. Pour ma part, je vais nuancer. Je n’ai pas vu le temps passer, ce qui est déjà bien en soi. J’ai pris beaucoup de plaisir à découvrir ce film. Cela dit, quand je suis face à un film qui dépasse les deux heures, je me pose toujours cette question qui me semble légitime : les longueurs étaient-elles nécessaires ? Je ne suis pas sûre ici, ou en tout cas, je dirais qu’il y a quelque chose de pas toujours bien géré, principalement à cause du scénario, pourtant plutôt bon (qui est dans un sens, à sa manière, développé, peut-être parfois mal, mais bel et bien développé), mais encore une fois, qui a tendance à s’égarer par moments. Je n’ai rien contre les rebondissements et avouons que la fin est juste hyper glaçante, mais là il y a un moment où c’est (pour caricaturer) : c’est la fin, mais en fait non, parce qu’il y a machin qui est ça, et nooon en fait et ben c’était même ça, il y a une troisième fin qui arrive dans ta gueule.

The Strangers : Photo Chun Woo-hee

J’ai l’air de gueuler alors qu’en réalité, en dehors de ces quelques points (qui empêchent selon moi le film d’accéder à un statut de chef-d’oeuvre alors qu’il en avait la possibilité  – The Chaser, lui, reste un chef-d’oeuvre), j’ai beaucoup aimé The Strangers et je ne peux que le conseiller, surtout si vous êtes comme moi des amateurs de cinéma coréen (parce qu’on est en manque, disons-le). Ca a le mérite, malgré les nombreuses références et la multiplication des genres, d’être audacieux, on ne voit pas nécessairement ce genre de propositions artistiques actuellement. Et malgré mes quelques bémols, qui empêchent parfois de voir tout de suite où le réalisateur veut en venir et en nous laissant parfois sur quelques interrogations (même si je pense avoir globalement compris), ça reste paradoxalement bien foutu, notamment en ce qui concerne la mise en scène. En fait, Na Hong-jin tente de proposer autre chose sur la forme en jouant avec différents codes mais il y a tout de même une certaine continuité à travers le thème du mal qui semble envahir son oeuvre jusqu’à présent. Surtout, encore une fois, malgré des défauts selon moi, je n’ai vraiment pas vu le temps passer. The Strangers est réellement un film captivant, qui a le mérite d’emmener le spectateur (malgré quelques égarements encore une fois) dans différentes émotions. Certaines scènes sont vraiment impressionnantes et n’ont franchement rien à envier à L’Exorciste de Friedkin (la gamine est vraiment bluffante). Certes, pour les Occidentaux, il y a peut-être quelques éléments qui ne nous parleront pas lorsque nous ne sommes pas habitués à la vision de la vie et de la mort en Asie. Mais dans l’ensemble, sans trop en dire sur le scénario, ce point en question fonctionne très bien dans le film. Surtout, le propos derrière est extrêmement puissant. Comment ne pas y voir là-dedans une vision extrêmement sombre de l’Eglise catholique, qui perd de l’importance face aux croyances plus de l’ordre du folklore ? Comment aussi ne pas penser aux relations tendues entre la Corée et le Japon ? Le casting est également à la hauteur. J’ai bien aimé l’interprétation de Kwak Do-won, qui interprète Jong-gu le policier même si je n’ai pas pu m’empêcher de penser tout le long du film à Song Kang-ho (et pas uniquement à cause du lien qu’on peut établir avec Memories of Murder, les deux acteurs se ressemblent réellement physiquement). Mais l’acteur se fait pour moi un peu voler la vedette par ses partenaires, que ce soit par Hwang Jung-min, un excentrique et charismatique chaman (la scène d’exorcisme très carnavalesque est surprenante au passage), l’acteur japonais Kunimura Jun (qu’on a pu notamment voir dans Kill Bill de Quentin Tarantino, Outrage de Takeshi Kitano ou encore Audition de Takashi Miike) est jusqu’au bout angoissant et enfin, même si on ne la voit pas tant que ça, par l’énigmatique Chun Woo-hee.

The Strangers : Photo Han Chul

The Wig

réalisé par Won Shin-yeon

avec Chae Min-seo, Sa Hyeon-jin, Seon Yu…

Film d’épouvante-horreur, fantastique coréen. 1h46. 2005.

sortie française (dvd) : 3 novembre 2009

Movie Challenge 2016 : Un film d’horreur

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Ji-hyun et Su-hyun sont soeurs et partagent une existence harmonieuse et paisible. Lorsque Su-hyun perd ses cheveux à la suite d’une chimiothérapie, sa soeur lui offre une magnifique perruque et Su-hyun retrouve beauté et confiance en elle. Cette métamorphose s’accompagne néanmoins d’une série d’événements tragiques et violents. Terrifiée, Ji-hyun assiste à la lente transformation de sa soeur, sous l’effet d’une force diabolique et inconnue…

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The Wig date de 2006 mais est sorti directement en dvd en France en… 2009 ! Encore une fois, sans dire qu’il s’agit du film du siècle, ce sort est selon moi très vache. The Wig, qui signifie alors « La Perruque » (vous imaginez si on appelait l’actrice Kristen Wiig, « Christine Perruuque » ? ok, je sors…), a un pitch hyper alléchant : une fille atteinte d’un cancer incurable (mais qui pense qu’elle va guérir, sa soeur lui cachant la vérité) se fait offrir une perruque de la part de sa soeur pour qu’elle puisse se sentir mieux psychologiquement. Sauf que la perruque rend la jeune malade mieux physiquement, plus confiante aussi au point de devenir de plus en plus cruelle. De plus, des événements étranges et dangereux se produisent. Bref, je sais que sur le papier, ça a l’air con de parler d’une méchante perruque (peut-être que c’est un film pour Nabilla ? Ok, je re-sors…). Mais je vous assure que le synopsis me donnait vraiment envie et j’avais confiance en ce film étant donné que j’aime beaucoup le cinéma coréen. Le long-métrage part d’ailleurs plutôt bien : on entre tout de suite dans le vif du sujet et en même temps on voit l’évolution de Su-hyun (donc la jeune fille avec la perruque, elle a tout de même un p’tit nom) qui est sous emprise de cette magnifique chevelure. On sent aussi se mettre en place quelques réflexions autour des relations entre soeurs, des choses que l’on peut entreprendre pour quelqu’un de sa famille, du rôle des cheveux, symbole de féminité qui peut permettre à une femme de se sentir plus belle, mieux dans son corps et par conséquent dans sa tête et comment ce sentiment à l’origine positif peut se transformer en quelque chose de profondément négatif. Cela dit, il me semble tout de même que ces réflexions auraient pu être encore plus poussées. C’est dommage car il y avait derrière un véritable potentiel pour en faire un film, pourtant pas mal, davantage plus intéressant et profond. Si l’écriture manque peut-être un peu de piquant, la mise en scène, sans être spectaculaire, reste intéressante et tente en tout cas des choses pour donner plus d’intensité au film. Certes, rien de révolutionnaire mais il y a tout de même un travail remarquable notamment dans l’utilisation des miroirs et plus généralement autour de la réversibilité. Esthétiquement, le travail reste soigné sans que ce soit tape-à-l’oeil.

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Je ne sais pas si je suis quelqu’un de très fiable pour vous dire si ce film est effrayant ou non. Une mouche est capable de m’effrayer ! Mais j’ai tout de même trouvé l’ambiance très sombre, je flippais un peu pour un rien ! Je sais que certains (je pense notamment à des spectateurs davantage habitués au cinéma d’horreur et fantastique) ne vont pas sursauter étant habitués à ce genre de films asiatiques qui mettent en scène des filles pas hyper sympathiques qui ont de loooongs cheveux raides noirs. Il faut avouer qu’on pense d’ailleurs à certains grands films fantastiques et d’horreur asiatiques comme Ring ou The Grudge, à part que The Wig n’a pas ce statut culte malgré son potentiel et des choses plaisantes à cause d’un élément : la fameuse « perruque » du titre justement. Sur le papier, je trouvais cette histoire de perruque effrayante (je me rends compte de l’absurdité du sujet en écrivant cette critique) mais sur écran, même si encore une fois, je trouve que certaines scènes parviennent à faire peur, la perruque en elle-même n’est pas réussie, j’en ai même parfois ri malgré tout. Je n’ai pas pu m’empêcher de penser au sketch de French & Saunders qui parodiaient un clip d’Alanis Morissette dans lequel on voit sa foufoune se barrer de son corps. Ca fait perdre forcément de la crédibilité à l’histoire ainsi qu’à l’atmosphère qui fonctionne pourtant. De plus, alors que j’ai trouvé l’histoire assez intéressante (dans le sens où je l’ai volontiers suivie), la fin, qui révèle alors le comment du pourquoi, m’a assez déçue. Sans la révéler, j’ai trouvé que les explications arrivaient comme un cheveu sur la soupe (oui, je n’ai pas pu m’empêcher de placer cette expression pour la vanne, mouahahaha). Il n’y a rien qui pouvait nous permettre d’arriver à une telle conclusion, du coup ça paraît un peu tiré par les cheveux (désolée pour la récidive !) et j’ai un peu de mal à voir comment les « thèmes » présents au cours de ces révélations se rattachent avec les autres thèmes que j’ai pu citer auparavant. Pour conclure, The Wig est un film qui a réussi à m’effrayer par moments et qui reste intéressant malgré quelques défauts.

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L’interview qui tue !

réalisé par Seth Rogen et Evan Goldberg

avec Seth Rogen, James Franco, Lizzy Caplan, Randall Park, Diana Bang…

titre original : The Interview

Comédie américaine. 1h52. 2014.

sortie française : 28 janvier 2015

L’ Interview qui tue !

Un animateur de talk show et son producteur se retrouvent impliqués dans un complot meurtrier à l’échelle internationale.

L’ Interview qui tue ! : Photo James Franco, Seth Rogen

A l’origine, The Interview (je vais l’appeler par son titre original tout le long de ma critique car le titre français m’exaspère) ne m’intéressait pas plus ça car je ne suis pas plus fan que ça de l’humour à la Seth Rogen (en gros un humour franchement pas fin et trop souvent en dessous de la ceinture) bien que je trouve le bonhomme toujours aussi sympathique. Mais personne n’a pas échappé aux polémiques autour de ce film. Tout d’abord, comme on s’en doutait un peu, le long-métrage n’a pas vraiment plu au véritable Kim Jong-un, qui n’a pas hésité à menacer ouvertement les Etats-Unis de représailles. Puis, Sony Pictures Entertainment a été victime d’un colossal piratage. Ainsi, beaucoup d’informations ont été révélées publiquement (dont des mails à caractère raciste) et la patronne Amy Pascal (entre nous, une conne) a annoncé récemment sa démission. La Corée du Nord a évidemment été accusée d’avoir provoqué ce gigantesque piratage même si rien ne le prouve jusqu’à présent (je n’aime pas voir des complots de partout mais cela ne me semble toujours pas impossible que ce soit l’équipe du film qui ait fait le coup…). Face à des menaces terroristes visant les cinémas américains, Sony a refusé de sortir The Interview en salles dans un premier temps puis est sorti en VOD aux Etats-Unis et dans quelques cinémas américains le jour de Noël. Finalement, il a eu également droit à sa sortie dans les cinémas français. Bref, j’étais curieuse de découvrir LE film qui a foutu un sacré merdier, au point de créer un incident diplomatique. Comme je n’en attendais rien, je ne peux pas dire que j’ai été déçue. En revanche, voir qu’une petite comédie potache assez oubliable ait pu créer autant de problèmes fout quand même un peu les boules. Je ne vais pas pour autant le démonter entièrement. Dans l’ensemble, The Interview est selon moi un peu trop long mais il reste divertissant et propose tout de même pas mal de scènes drôles (en tout cas, elles m’ont fait rire). Rien que les premières minutes du film, avec Eminem qui avoue publiquement (et à plusieurs reprises) qu’il est gay alors qu’il est réputé pour son homophobie et Rob Lowe chauve sont réussies. J’ai également bien adhéré au gros délire autour de Fireworks de Katy Perry.

L’ Interview qui tue ! : Photo Randall Park

Hélas, comme je m’en doutais avant de le découvrir, The Interview n’échappe pas à des gags assez lourds voire même assez vulgaires. Je pense par exemple à la scène de sexe furtive entre Seth Rogen et Diana Bang (honnêtement, cela n’a aucun intérêt de voir la queue relevée de Rogen dans son pantalon, on a compris qu’il était en chaleur) ou encore à une vague scène de pénétration anale, qui n’est franchement pas drôle. Je tenais également à partager une de mes réflexions, même si j’ai conscience qu’elle pourra déranger certains parmi vous, surtout que je proclame régulièrement défendre la liberté d’expression. Mais je dois avouer que cela m’a embarrassée de voir cette comédie ancrée dans un univers réel mettant en scène un dictateur qui existe toujours actuellement. Je pense pourtant qu’on peut rire de tout et je précise évidemment que je ne défends en aucun cas Kim Jong-un. Cependant, quand je vois tout le foin qu’il y a eu autour de ce film et quand je vois le résultat, je ne trouve pas que ça valait le coup de rester aussi proche de la réalité et à prendre tous ces risques. Je n’aime pas forcément réécrire les scénarios, on doit prendre les films tels qu’ils sont mais j’ai l’impression qu’un univers fictif aurait eu plus sa place (surtout avec un humour si potache). En fait, je crois que je n’ai pas surtout pas apprécié de voir un buzz gratuit. Après, peut-être que je n’aurais pas eu ce type de réflexion face à un film bien plus réussi. De plus, le Kim Jong-un est, à part à la fin du film, relativement sympathique (et j’ai trouvé Randall Park plutôt bon). Effectivement, on voit comment Rogen et Goldberg ont voulu dénoncer cette dictature, notamment en grossissant absolument tous les traits de la personnalité coréenne. Mais pour moi, ils passent un peu à côté de la critique de la dictature. En revanche, celle des médias m’a paru davantage pertinente, principalement grâce à James Franco. Cet acteur a beau m’agacer, je dois avouer qu’il s’en sort parfaitement bien dans ce rôle de journaliste crétin. Pour conclure, The Interview n’est pas la comédie qui tue (désolée pour la vanne vraiment naze) et peut décevoir par rapport à sa surmédiatisation (je comprends certaines critiques assassines) mais il a réussi à me divertir, même à me faire rire de temps en temps. Disons que je ne l’ai pas trouvé pire que les autres comédies grasses venues tout droit des Etats-Unis.

L’ Interview qui tue ! : Photo James Franco, Randall Park

A Girl at my door

réalisé par July Jung

avec Doona Bae, Kim Sae-Ron, Song Bae-Byeok…

Drame sud-coréen. 2h. 2014.

sortie française : 5 novembre 2014

A girl at my door

Young-Nam, jeune commissaire de Séoul, est mutée d’office dans un village de Corée. Elle se retrouve confrontée au monde rural avec ses habitudes, ses préjugés et ses secrets. Elle croise une jeune fille, Dohee dont le comportement singulier et solitaire l’intrigue. Une nuit, celle-ci se réfugie chez elle…

A girl at my door : Photo

Présenté au festival de Cannes 2014 dans la section « Un section regard » et co-produit par Lee Chang-Dong (le réalisateur des magnifiques Secret Sunshine et Poetry), A girl at my door est dans l’ensemble une belle surprise venue de Corée du Sud. Pour son premier long-métrage, July Jung n’a pas choisi la facilité. En effet, elle traite à la fois de la maltraitance infantile, l’homosexualité (un sujet pratiquement pas traité dans le cinéma coréen), l’alcoolisme, l’isolement rural, la pédophilie (même si ce n’est pas non plus réellement au coeur du film, ceux qui ont vu le film comprendront ce que je veux dire) et les sans-papiers (que des sujets très joyeux !). La réalisatrice aurait pu s’éparpiller ou trop survoler ces sujets mais en réalité ce n’est pas le cas. Mieux, grâce à une mise en scène ingénieuse et un scénario malin (même s’il n’est pas toujours surprenant) elle arrive à les insérer intelligemment, comme si un sujet en amenait un autre : l’effet d’engrenage fonctionne plutôt bien. Finalement, ce choix est assez cohérent puisque la violence entraîne les personnages dans une spirale infernale dont les personnages ne seront pas certains d’en sortir. La violence est au coeur de ce film, on voit à plusieurs reprises des actes de violence. Cependant, le film n’est pas violent. Au contraire, on trouve même beaucoup de pudeur et de délicatesse. Finalement, ce sera la critique de cette Corée homophobe et corrompue qui sera réellement violente.

A girl at my door : Photo

Doona Bae (Sympathy for Mr Vengeance, The Host, Cloud Atlas) est excellente dans le rôle de cette policière victime d’homophobie, qui se prendra d’affection pour Dohee. Elle a une attitude plutôt froide, par son statut de chef et par son identité sexuelle qui la rend distante avec les gens pourtant son comportement maternel rend ce personnage touchant. Quant à Kim Sae-Ron (Une vie toute neuve, The man from nowhere), qui incarne la gamine battue par son père, elle est étonnante. Elle arrive à garder une certaine fraîcheur (les scènes où elle danse montrent qu’elle est encore une enfant malgré tout ce qu’elle a vécu) et en même temps elle réussit à être troublante (étant victime de violence, devra-t-elle à son tour en quelque sorte un monstre ?). On regrettera cependant quelques longueurs. En effet, l’intrigue aurait pu être plus resserrée, du coup on aurait pu avoir des émotions encore plus intenses. Cependant, je ne me suis pas non plus ennuyée. Pour conclure, le film possède quelques maladresses mais dans l’ensemble il s’agit tout de même d’un bon film qui n’est pas tendre avec la société coréenne et qui arrive à être plus universel en évoquant la maltraitance sur mineur. Pour un premier long-métrage, July Jung s’en tire plutôt bien et je compte suivre sa carrière de près.

A girl at my door : Photo

Suneung

réalisé par Shin Su-Won

avec David Lee, Sung June, Kim Kkob-Bi…

titre original : Myungwangseong

Thriller sud-coréen. 1h47. 2013.

sortie française : 9 avril 2014

Suneung

Yujin, élève de terminale promis à un avenir brillant, est retrouvé assassiné. Très rapidement, les soupçons se portent sur June, l’un de ses camarades de classe. Mais en remontant le fil des événements, c’est un univers d’ultra-compétition et de cruauté qui se fait jour au sein de ce lycée d’élite, où la réussite au « Suneung », l’examen final qui conditionne l’entrée des élèves dans les meilleures universités, est une obsession. Pour obtenir la première place, certains sont prêts à tout, et même au pire…

Suneung : Photo

La réalisatrice Shin Su-Won, qui signe ici son deuxième film, était auparavant enseignante. Il était alors logique qu’elle réalise un film qui se passe dans le milieu scolaire. En Corée du Sud, les gamins sont sans cesse sous pression. En effet, à la fin du lycée, les élèves passent le « Suneung », un important examen qui permet de rentrer dans les plus prestigieuses universités du pays. Pour pouvoir y accéder, il faut être le meilleur car les places sont chères. Les élèves et leurs parents sont alors prêts à tout comme par exemple suivre des cours particuliers très coûteux (donc les riches ont plus de chances de réussir ce concours d’entrée) ou mettre en place des systèmes de triche. Suneung montre non seulement les nombreux coups bas de ces élèves très compétitifs mais également à quel point l’envie de réussir peut aller dangereusement loin, transformant ainsi les élèves en monstres. Il montre également à quel point ce système scolaire peut fragiliser certains élèves. En effet, c’est à cause de cette pression permanente que le taux de suicide en Corée du Sud est assez élevé. Le personnage principal du film est June qui sera accusé du meurtre de Yujin, le meilleur élève de sa classe. L’a-t-il tué ? Sous forme de flashbacks, le film retrace les quelques mois de June, rejeté car il vient d’un milieu modeste, en compagnie de Yujin et ses amis, qui veulent être les meilleurs.

Suneung : Photo

Au début, je n’ai pas vraiment aimé la manière dont les flashbacks s’inséraient car on ne voyait pas trop la différence entre le passé et le présent, la frontière est vraiment floue, c’est peut-être d’ailleurs le vrai défaut de ce film. En plus, il y a au début du film quelques petits problèmes de rythme. Mais une fois qu’on comprend enfin le procédé, grâce notamment à un réel suspense qui a su s’installer, on rentre vraiment dans l’histoire et on a réellement envie de découvrir la vérité et connaître l’issue finale. Les personnages sont également intéressants. J’ai par exemple apprécié le lien entre June et la théorie qu’il explique sur Pluton (d’ailleurs, Pluto est le titre original de ce film, ce qui appuie plus sur la dimension poétique de certains passages), qui souligne encore plus la solitude et le rabaissement de ce personnage. Quant à Yujin, l’élève assassiné qu’on retrouve dans les nombreux flashbacks, il est un personnage complexe, cruel mais victime des pressions familiales. En conclusion, le trop méconnu Suneung est dans l’ensemble un bon film, à la fois dérangeant et poétique, même s’il n’atteint pas non plus le niveau de certains autres films coréens, pour moi actuellement les plus doués dans le thriller et le genre policier. Mais c’est quand même une petite réussite, c’est déjà ça.

Suneung : Photo