Wonder Woman

réalisé par Patty Jenkins

avec Gal Gadot, Chris Pine, Robin Wright, Connie Nielsen, David Thewlis, Elena Anaya, Danny Huston, Ewen Bremner, Saïd Taghmaoui…

Film fantastique, aventure, action américain. 2h20. 2017.

sortie française : 7 juin 2017

Un film que personne ne s’attendait à ce que vous aimiez 

C’était avant qu’elle ne devienne Wonder Woman, à l’époque où elle était encore Diana, princesse des Amazones et combattante invincible. Un jour, un pilote américain s’écrase sur l’île paradisiaque où elle vit, à l’abri des fracas du monde. Lorsqu’il lui raconte qu’une guerre terrible fait rage à l’autre bout de la planète, Diana quitte son havre de paix, convaincue qu’elle doit enrayer la menace. En s’alliant aux hommes dans un combat destiné à mettre fin à la guerre, Diana découvrira toute l’étendue de ses pouvoirs… et son véritable destin.

Wonder Woman : Photo Gal Gadot

Je ne m’en suis jamais cachée : j’ai globalement du mal avec les films de super-héros, non pas par mépris ou quoi que ce soit du genre, mais parce que je finis par me perdre avec tous ces projets qui ont l’air de sortir presque en même temps (et qui sont liés les uns avec les autres). Cela dit, alors que les projets Marvel m’ont rarement réellement convaincue, j’ai tenté de m’accrocher aux dernières productions DC. J’ai commencé par ce Wonder Woman (objet donc de ce billet) puis j’ai enchaîné directement par Man of Steel et Batman v. Superman (parce que j’aime bien faire les choses à l’envers). A ma grande surprise, même si je ne les idolâtre pas non plus, je dois avouer que j’ai plutôt apprécié cet ensemble de films qui se répondent (même si je ne me suis pas encore attaquée à Justice League qui, visiblement, serait très mauvais). Par conséquent, mon regard envers les films de super-héros est désormais plus bienveillant. Wonder Woman arrive à pic face à ces questions très actuelles et certainement nécessaires sur la représentation de la femme au cinéma ainsi que sur l’intégration que nous devons faire aux cinéastes femmes. Ainsi, on a particulièrement entendu parler de son record, celui d’être le film le plus rentable réalisé par une femme. De plus, face au nombre faramineux de films de super-héros occupant les salles obscures assez régulièrement, il est rare de voir un film du genre mettant en scène une héroïne (les quelques tentatives par le passé n’avaient pas été sensationnelles). Dire que Wonder Woman est un film féministe reste discutable (dans le sens où la question reste selon moi complexe et dépendra aussi certainement de notre propre vision et définition de ce concept). En revanche, il est certain que cette représentation de la femme fait partie des différents enjeux présents dans cette oeuvre. Le film a au moins le mérite de contribuer un petit changement dans l’industrie cinématographique et je suis certaine que des films grand public comme celui-ci ne peut qu’aider une nouvelle génération à avoir un regard plus ouvert sur notre monde. Au-delà de nous présenter une femme courageuse, intelligente, aux nobles valeurs et possédant une force physique incroyable, le long-métrage a le mérite de nous présenter une héroïne non sexualisée. Il faut dire qu’il y a dans ce personnage quelque chose d’innocent, presque d’enfantin, ce qui fait pencher la balance (et en plus, elle m’a fait penser à Captain America, pour qui j’ai de la sympathie). Certains ont pu être agacés par sa naïveté, mais en ce qui me concerne, je trouve que ce trait de caractère était plutôt le bienvenu dans le sens où Diana ne se limite pas qu’à être une bad-assMais Wonder Woman ne se limite pas à ce qu’il peut représenter.

Wonder Woman : Photo Chris Pine, Eugene Brave Rock, Ewen Bremner, Gal Gadot, Saïd Taghmaoui

Globalement, le spectacle est très plaisant : le film a beau durer 2h20 (durée habituelle pour les blockbusters d’après ce que je constate), il passe plutôt vite grâce à son rythme progressif (le début prend le temps de présenter ses personnages – des déesses dans un univers un poil kitsch) et des scènes d’action toujours lisibles et joliment chorégraphiées qui n’épuisent jamais les spectateurs. De plus, la mise en scène de Patty Jenkins est tout simplement efficace. J’avoue que je m’attendais au pire vu que je n’avais pas trop aimé son premier long-métrage Monster (le film qui a permis à une Charlize Theron enlaidie de décrocher son Oscar), je ne voyais pas trop pourquoi elle avait été choisie pour réaliser un film d’une telle envergure. Et pour un deuxième long-métrage (après avoir signé quelques épisodes par-ci par-là pour différentes séries), je dois admettre que Jenkins s’en sort plus que bien ! Au-delà d’un joli soin accordé à l’esthétique, très axé sur les tons bleutés mais sans tomber dans une certaine noirceur (contrairement aux autres films DC), la bande-originale de Hans Zimmer (qu’on adore dézinguer alors qu’il reste une valeur sûre) détonne, notamment avec ce thème qui sait rester dans nos oreilles et qui correspond bien à l’image qu’on se fait du personnage principal. De plus, les scènes d’humour (qui étaient absentes dans Batman v. Superman et Man of Steel) n’alourdissent jamais un propos intéressant pour ce type de grosses productions. Je ne trouve pas qu’on se retrouve dans le même cas que certains films Marvel qui usent cet humour jusqu’à la corde. J’ai également lu beaucoup de choses négatives autour de la relation entre Diana et Steve (Chris Pine, qui s’en sort pas trop mal alors que je n’apprécie pas plus que ça cet acteur), disant qu’elle cassait tous les enjeux éventuellement féministes – si on estime qu’il y en a. Or, je ne trouve pas qu’elle affecte le message positif pour les femmes ni qu’elle plombe même l’ambiance même du film. La romance est pour moi avant tout un moyen de renforcer l’humanité de cette figure antique. Bref, sans crier au génie ou autre, le résultat est largement à la hauteur de nos espérances, alliant plutôt bien enjeux artistiques et réflexions sur ce qu’être une femme dans un monde hostile mis en miettes par les hommes. En revanche, le combat final m’a plutôt déçue entre Wonder Woman et le méchant, dont on devine rapidement l’identité (je dis ça vu qu’il y a une sorte de pseudo suspense autour) est assez décevant, à l’image de la dernière demi-heure du film. Enfin, Wonder Woman bénéficie d’une formidable distribution.Gal Gadot est impeccable dans le rôle-titre, parvenant à mêler force physique et innocence par ses expressions candides : elle rend alors son personnage attachant et admirable. Le reste du casting est également plutôt convaincant (dont les charismatiques Connie Nielsen et Robin Wright). 

Wonder Woman : Photo Gal Gadot, Lucy Davis

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Perfect Sense

réalisé par David MacKenzie

avec Ewan McGregor, Eva Green, Ewen Bremner, Connie Nielsen, Stephen Dillane, Anamaria Marinca…

Drame, romance, science-fiction britannique, irlandais, suédois, danois. 1h32. 2011.

sortie française : 28 mai 2012

Movie Challenge 2016 : Un film se déroulant dans le futur

perfect

Au milieu d’un monde frappé par une étrange épidémie qui détruit progressivement les cinq sens, un cuisinier et une brillante chercheuse tombent amoureux…

Perfect Sense : Photo Eva Green

David MacKenzie, réalisateur de Les Poings contre les murs (Starred Up) ou plus récemment de Comancheria (Hell Or High Water), a réuni Ewan McGregor et Eva Green pour un nouveau film autour de la fin du monde et de la contagion (sur le papier). Ce sont décidément des sujets qui touchent beaucoup de réalisateurs depuis maintenant quelques années. Dans Perfect Sense, le mal en question est la perte de tous les sens au fil du temps. Cela dit, il ne s’agit pas à proprement parler d’un film de science-fiction. Disons que la science-fiction n’est qu’un prétexte pour évoquer d’autres sujets. Dans un premier temps, ce qui nous frappe le plus est la romance entre Michael et Susan. Comment s’aimer alors que le monde autour de nous est en train de s’effondrer ? Surtout, malgré le désastre présenté, le message est assez positif : l’homme peut toujours se relever face aux pires atrocités et devenir solidaire. J’aurais pu aimer sur le papier ce Perfect Sense qui a envie de proposer autre chose sur l’apocalypse. Le film semble d’ailleurs avoir son lot de fans. Pour ma part, j’ai vraiment eu du mal à aimer ce film qui m’a paru très long alors qu’il ne dépasse pas les 1h30. Le film a beau regorgé de bonnes idées, le résultat m’a paru très décevant. Sous prétexte qu’il ne s’agit pas concrètement d’un film de science-fiction (en tout cas la science-fiction doit rester secondaire si on comprend bien le projet de base), le scénario semble trop incomplet. On ne demandait évidemment pas de tout connaître en détails, d’avoir des descriptions à la Philip K. Dick (évidemment que notre part d’imagination doit avoir sa place !). Le scénario m’a juste semblé incroyablement vide et du coup pas du tout crédible. Peut-être que je cherche la petite bête, le film ne m’ayant pas suffisamment emportée pour que je puisse oublier quelques détails. J’ai du mal à comprendre comment les hommes deviennent avant tout agressifs puis perdent un de leurs sens. Pour ne rien arranger, la mise en scène de David MacKenzie, avec tous les effets techniques qui vont avec, est hyper prétentieuse. La réalisation, la photographie, le cadrage etc… l’ensemble de ce côté est plus que satisfaisant, il y a des gens qui savent bosser. Je ne vais pas remettre en question leur savoir-faire. En revanche, c’est la manière dont ce travail est mis en avant. David MacKenzie se prend vaguement pour Terrence Malick ou veut quelque chose dans cette même veine, du genre « expérimental ». Sur le papier, il fallait évidemment livrer un réel travail avec les images pour pouvoir retranscrire tous les sens.

Perfect Sense : Photo David MacKenzie, Ewan McGregor

Le défi était alors de taille mais selon moi il n’a pas du tout été relevé ! J’ai plus envie de dire qu’il s’agit plus d’un étalage de connaissances techniques (du genre je m’amuse à faire de la shaky cam sur un vélo) qu’un réel moyen de créer une quelconque vraie émotion, de la poésie ou autre chose d’ailleurs. Certaines scènes m’ont paru vraiment ridicules (du genre la crise où les personnages bouffent un bouquet de fleurs…), limite m’ont fait rire alors que j’aurais dû ressentir du désespoir par exemple. Pour ne rien arranger, on nous colle la voix-off hyper lourdingue par Eva Green (le tout accompagné par une musique du compositeur allemand Max Richter, certes jolie mais qui nous saoule et nous insupporte à forcer d’être répétée et répétée !). La voix de l’actrice en elle-même n’est pas dérangeante ni désagréable (elle a au moins son charme), c’est juste encore une fois la manière dont ce procédé est mis en avant. Le résultat se veut poétique par cette superposition d’images esthétisées (même si en choisissant de filmer un Glasgow assez gris et froid, cet aspect en question n’est pas toujours bien valorisé) et de voix déballant des phrases pseudo poétiques-philosophiques-intelligentes. Pour ma part, si cela a peut-être provoqué des émotions à des spectateurs, chez moi, cela m’a plus exaspérée qu’autre chose : en clair, ça vole aussi qu’une vidéo (et maintenant un bouquin) d’EnjoyPhoenix. La dénonciation de notre monde capitaliste ou encore la manière de voir un peu de beauté et certainement de bonté chez l’homme m’ont semblé si mal menées (surtout qu’on a quand même du mal à voir un élan de positivité si on se retrouvait réellement sans aucun de nos sens…). Cela dit, je retiens tout de même quelques éléments positifs même si le film m’a fortement déplu. La toute dernière partie consacrée aux dernières pertes de sens (l’ouïe et la vue) m’ont semblé mieux exploitée, avec cette fois-ci une réelle prise de risque artistique : il se passe enfin quelque chose qui ne se contente pas d’être superficiel, ça provoque enfin un peu d’émotion. Hélas, ce point arrive vraiment trop tard dans ce film qui m’a énormément ennuyée. J’aurais tellement aimé voir tout le film aller dans ce sens au lieu de faire du surplace avec de la poudre aux yeux et de ne rien exploiter des éléments pourtant exploitables. Enfin, l’autre point positif concerne les interprétations. Eva Green et Ewan McGregor, tous les deux très impliqués et convaincants, forment un très joli couple assez complice, on ressent une sorte d’alchimie entre eux.

Perfect Sense : Photo Eva Green, Ewan McGregor

The Following

Créée par Kevin Williamson

avec Kevin Bacon, James Purefoy, Shawn Ashmore, Natalie Zea, Annie Parisse, Valorie Curry, Adan Canto, Nico Tortorella, Kyle Catlett, Connie Nielsen, Sam Underwood, Jessica Stroup, Zuleikha Robinson, Gregg Henry, Valerie Cruz, Tiffany Boone…

Thriller / policier / drame américain. 3 saisons. 2013-2015.

follo

Joe Carroll, un serial killer diabolique, utilise la technologie pour créer une secte de tueurs en séries, tous reliés les uns aux autres alors qu’ils sont dispersés aux quatre coins des Etats-Unis. L’ancien agent du FBI Ryan Hardy, qui l’a traqué et capturé par le passé, qui a même écrit un livre sur lui et qui connait la moindre de ses ruses, se voit contraint de reprendre du service…

Photo James Purefoy

Connu pour avoir écrit le scénario des Scream, Souviens-toi… l’été dernier ou encore The Faculty, Kevin Williamson est aussi le créateur de deux séries ultra connues (pour l’une, on peut vraiment dire culte) : Dawson et Vampire Diaries. Il a aussi crée une série un peu moins connue mais qui valait au départ le tour : The Following. Une secte très dangereuse est au coeur de ce programme qui a duré en tout trois saisons, chacun comportant quinze épisodes d’une quarantaine de minutes. La secte meurtrière est celle fondée par un certain Joe Carroll, un charismatique professeur de littérature, fan absolu d’Edgar Allan Poe. Les crimes paraissent absurdes dit comme ça mais finalement à peine plus que ceux perpétués par des terroristes actuellement soi-disant au nom d’une religion. La série a donc le mérite de dénoncer les dérives du fanatisme sans prendre le risque de viser une communauté. Il y a quelque chose d’assez réaliste dans la manière de présenter la secte, la folie des membres, l’horreur des actes etc… Mais en même temps, le fait de choisir une figure aussi culte que celle de Poe en guise de cause donne une autre dimension à la série, qui va au-delà de la question de la fiction. Disons que ça donne du piment, ce petit quelque chose particulier qui a su me séduire quand je l’ai découverte. Dans la première saison, on suit alors la traque de Joe Carroll, évadé de prison, et encore plus motivé pour commettre un max de crimes odieux. Le premier épisode était vraiment fort : très violent (j’étais là tout le long « nooon mais la nana va pas faire ça… OHHH ELLE VIENT DE FAIRE UN TRUC DEGUEU ! »), très intense, on comprend les enjeux assez rapidement,  on cerne également bien la dualité entre Carroll et le flic Ryan Hardy et on a tout de suite envie d’enchaîner les autres épisodes. Et effectivement, la première saison est vraiment addictive. Pour moi, il s’agit d’un critère essentiel lorsque je regarde une série. J’ai limite besoin d’avoir ma dose et là c’était véritablement le cas au point où je faisais abstraction de certains défauts, le principal étant celui de faire passer le FBI pour une bande d’incapables, il faut bien l’admettre. Mais encore une fois, la première saison est si captivante que je n’ai pas forcément fait gaffe sur le moment sur certains détails.

Photo James Purefoy, Kevin Bacon

Quand on voit la fin de la première saison, on a l’impression qu’une boucle est bouclée et que rien ne laisse présager une seconde saison. Finalement, face aux bonnes audiences (au début donc, car après ça s’est bien cassé la gueule… étonnant que cette série ait tenu trois saisons !), une deuxième saison voit donc le jour. On sent les scénaristes pris au dépourvu. En tant que spectatrice de lat première saison, face à cette annonce, j’étais partagée. D’un côté, en tant qu’addict’, j’étais ravie de voir l’aventure se prolonger; de l’autre, j’avais peur que ça tourne en rond, qu’on n’ait plus à dire. Etrangement, cette deuxième saison se situe entre les deux. Je fais en tout cas partie des spectatrices (plus que) satisfaites par la suite même si je comprends les critiques davantage négatives à son égard. Certes, si on regarde bien, il n’y a pas beaucoup de nouveautés, il y a des effets de répétition mais encore une fois étrangement ça ne m’a pas plus dérangée que ça. Je trouve que l’histoire de la deuxième saison tient debout par rapport à ce qu’on a vu au cours de la première saison. Certes, ça tourne un peu en rond mais en même temps c’est assez réaliste dans le sens où on ne se débarrasse pas d’une secte du jour au lendemain. Le comeback de Joe Carroll peut paraître un peu de trop (du genre « coucou, j’étais mort bah en fait non JE VOUS AI EU ») mais la recette fonctionne toujours autant. Il faut dire que James Purefoy (connu pour avoir incarné Marc Antoine de la géniale série Rome) est parfait dans le rôle. Il est étrange d’avoir autant envie de revoir un salaud pareil. Son duel avec Kevin Bacon (même si son interprétation n’est pas forcément fine mais ça passe) fonctionne également bien même si je peux admettre que la dimension psychologique des personnages n’est pas suffisamment poussé (ce n’est en tout cas pas le point fort de la série). Mais cela reste toujours intense et addictif. De plus, même s’il n’y a pas des tonnes de changements, certains ajouts fonctionnent. Si je n’aime pas nécessairement les personnages des jumeaux qui tombent trop dans la caricature et manquent de charisme – à l’image des autres followers (le point noir de la série), en revanche, j’ai tout de même beaucoup aimé le personnage incarné par Connie Nielsen.

Photo James Purefoy

Et puis, arrive la troisième et ultime saison. On savait que la deuxième saison était une idée déjà folle mais finalement ça marche. Mais je sais au fond de moi qu’une troisième serait – vraiment – de trop. On sent la fausse bonne idée. Surtout, d’après ce que j’ai compris, il y a eu pas de mal de changements dans les équipes, notamment en ce qui concerne celle des scénaristes. Hélas, tous ces changements ont été une très mauvaise idée. Tout ce que je craignais arrive pour de bon. En ce qui concerne les séries, comme vous avez pu le constater à travers mes notations dans mes différents bilans, je reste plus tolérante. Une série me séduit de base si je parviens à regarder facilement les différents épisodes, si je ne peux pas m’en passer. Cela ne signifie pas qu’on doit admettre toutes les bêtises mais je ferme plus facilement les yeux que pour les films. En général, je ne suis donc pas exigeante. Mais là alors, cette troisième saison bat des records de connerie télévisuelle. Elle flingue à elle seule toutes les bonnes choses qui ont été mises en place durant les précédentes saisons. Alors que The Following avait le mérite d’être une série plus que divertissante, voilà qu’elle devient réellement chiante (veuillez excuser ma grossièreté). J’ai mis des mois (et je ne plaisante pas) pour terminer cette dernière saison. C’est d’une lenteur incroyable, Joe Carroll (l’âme de la série) est pratiquement absent (certes, on va l’exécuter mais cela n’excuse pas tout), Kevin Bacon se perd et en fait des toooonnes pour montrer la noirceur de son personnage, son personnage n’a – miraculeusement – plus de problèmes cardiaques, les méchants (qui parlent 3h avant d’essayer de tuer Hardy… le gars devrait être mort depuis un siècle mais face à de tels crétins, pas étonnant qu’il soit encore vivant !) sont encore plus bidons que tous ceux qu’on avait pu voir jusqu’à présent, le problème avec les jumeaux qui s’éternisent etc… Seule la fin reste valable : même si on sait qu’il n’y aura plus d’autres saisons, elle laisse tout de même une ouverture par rapport aux sorts des personnages, surtout celui de Ryan Hardy car on sait très bien que c’est le genre d’histoires qui ne peut pas trouver d’issue aussi rapidement dans la réalité. Ca fait mal au coeur de constater un tel gâchis.

Photo Jessica Stroup, Kevin Bacon, Michael Ealy

Nymphomaniac

réalisé par Lars Von Trier

avec Charlotte Gainsbourg, Stellan Skarsgard, Stacy Martin, Shia LaBeouf, Christian Slater, Jamie Bell, Uma Thurman, Willem Dafoe, Mia Goth, Sophie Kennedy Clark, Connie Nielsen, Udo Kier, Jesper Christensen, Jean-Marc Barr, Kate Ashfield…

Drame érotique danois, allemand, français, belge, britannique. 1h58 (vol. I) / 2h04 (vol. II). 2013.

sortie française : 1er janvier 2014 (vol. I) / 29 janvier 2014 (vol. II)

interdit aux moins de 16 ans (vol. I) / interdit aux moins de 18 ans (vol. II)

Nymphomaniac - Volume 1 Nymphomaniac - Volume 2

La folle et poétique histoire du parcours érotique d’une femme, de sa naissance jusqu’à l’âge de 50 ans, racontée par le personnage principal, Joe, qui s’est auto-diagnostiquée nymphomane. Par une froide soirée d’hiver, le vieux et charmant célibataire Seligman découvre Joe dans une ruelle, rouée de coups. Après l’avoir ramenée chez lui, il soigne ses blessures et l’interroge sur sa vie. Seligman écoute intensément Joe lui raconter en huit chapitres successifs le récit de sa vie aux multiples ramifications et facettes, riche en associations et en incidents de parcours.

Nymphomaniac - Volume 1 : Photo Sophie Kennedy Clark, Stacy Martin

Nymphomaniac a suscité la polémique avant même de sortir dans les salles à cause de son contenu sexuel. Le film durait 5h30 mais le producteur de Lars Von Trier a enlevé pratiquement 1h30 : on a donc droit à un ensemble de quatre heures sur deux parties. Il y a bien deux parties officiellement mais comme je considère qu’il s’agit d’un unique film, je fais une critique deux en un et durant ce billet, je dirais généralement « le film » en parlant des deux parties réunies. On sent que la coupure est difficile (la deuxième partie commence vraiment directement, il vaut mieux se souvenir de la première) mais la transition est tout de même réussie car elle arrive à souligner une évolution dans l’histoire de Joe. En effet, la première partie est plus légère et le sexe apparait comme un jeu, cependant la deuxième partie est plus sombre et le sexe n’apparait même plus comme quelque chose de plaisant. Le choix même des actrices montre bien cette évolution : d’un côté, Stacy Martin représente la jeunesse et la fraîcheur, de l’autre, Charlotte Gainsbourg est la démonstration d’un corps vieillissant et usé. Pour les scènes de sexe, il faut savoir que ce sont des acteurs porno qui ont doublé les acteurs « traditionnels ». Le numérique a aidé à préserver cette parfaite illusion. Pour être honnête, j’avais un peu peur de le voir de peur que ce soit de la provocation purement gratuite et qu’il n’y ait rien derrière. Cependant, de ce que j’ai pu regarder, j’aime les films de Lars Von Trier et j’avais envie de lui faire confiance malgré mon appréhension.

Nymphomaniac - Volume 1 : Photo Charlotte Gainsbourg

En effet, Nymphomaniac est une belle réussite. Lars Von Trier assume à fond la provocation (sans cela, il serait même raté). Evidemment que certaines scènes sont gratuites et même choquantes (d’ailleurs heureusement que les interdictions ont été revues depuis la sortie). Cependant et même à mon plus grand étonnement, le caractère sexuel ne m’a pas dérangé. Il faut dire que j’y étais préparée et puis cela ne me dérange pas non plus car c’est aussi la base même du film. Ces scènes sont provocantes mais je n’ai pas eu l’impression de voir un Lars Von Trier pervers. On sent qu’il a beaucoup de recul par rapport à ces scènes-là justement. Il joue beaucoup sur la froideur ou même parfois l’humour. Je craignais de voir un enchaînement de scènes trash juste pour être trash, mais on ne peut réduire Nymphomaniac à ça et rien que pour ça, il mérite d’être vu. Lars Von Trier est décidément un très bon réalisateur: il sait parfaitement ce qu’il fait, son travail est cohérent, sa mise en scène est précise, son scénario bien construit, formant même une bouche et arrive même à surprendre avec une fin totalement inattendue et donnant encore plus de force au propos final.

Nymphomaniac - Volume 1 : Photo

Ce film comporte pour moi peu de défauts. En effet, les conversations entre Joe et Seligman sont parfois un peu explicatives et démonstratives. Les parallèles entre certains éléments sont parfois poussifs, rendant le film un peu trop écrit. Cependant, sans cela, le film serait bêtement trash. Grâce à ces conversations, Lars Von Trier livre plusieurs réflexions assez riches : la place de la femme dans une société hypocrite et bourgeoise (d’où le prénom androgyne Joe, comme si le personnage féminin n’arrivait pas à trouver son identité sexuelle à cause de ce rejet), plaçant le film dans la continuité d' »Antichrist » (il y a d’ailleurs une scène qui rappelle ce film), le rôle de la sexualité dans notre existence et celui de l’addiction, qui détruit la vie et qui isole l’individu. Le réalisateur élargit sa réflexion en s’attaquant à des sujets tabous comme l’hypocrisie du langage (lorsque Joe emploie le mot « nègre ») ou encore la pédophilie (en faisant un parallèle avec la sexualité de Joe). Lars Von Trier a réuni un casting à la hauteur. Stacy Martin et Charlotte Gainsbourg, qui interprètent le même rôle mais à des âges différents, sont excellentes et arrivent à se compléter. Décidément Gainsbourg est toujours aussi bien dirigée par le réalisateur danois. Stellan Skarsgard, également un habitué de l’univers de Lars Von Trier (Breaking the Waves, Dancer in the Dark, Dogville, Melancholia) est, comme souvent, génial. Shia LaBeouf, Christian Slater, Uma Thurman, Jamie Bell ou encore la jeune Mia Goth sont également remarquables.

Nymphomaniac - Volume 2 : Photo Charlotte Gainsbourg