Tomb Raider (2018)

réalisé par Roar Uthang

avec Alicia Vikander, Dominic West, Walton Goggins, Daniel Wu, Kristen Scott Thomas, Derek Jacobi…

Film d’aventure, action américain. 1h58. 2018.

sortie française : 14 mars 2018

Lara Croft, 21 ans, n’a ni projet, ni ambition : fille d’un explorateur excentrique porté disparu depuis sept ans, cette jeune femme rebelle et indépendante refuse de reprendre l’empire de son père. Convaincue qu’il n’est pas mort, elle met le cap sur la destination où son père a été vu pour la dernière fois : la tombe légendaire d’une île mythique au large du Japon. Mais le voyage se révèle des plus périlleux et il lui faudra affronter d’innombrables ennemis et repousser ses propres limites pour devenir « Tomb Raider »…

Tomb Raider : Photo Alicia Vikander

Je ne connais pas grand-chose à Tomb Raider en dehors de quelques archétypes physiques sur le personnage de Lara Croft même si certains auraient fini par disparaître au fil du temps, d’après ce que j’ai compris. Je n’ai jamais joué aux jeux vidéos de la franchise ni vu les deux films avec Angelina Jolie (curieuse de voir s’il s’agit effectivement de navets comme j’ai pu l’entendre depuis des années). Je partais donc sans réels préjugés, juste que je savais qu’il s’agissait probablement d’un gros divertissement sans prise de tête, adapté du reboot version jeux vidéos (2013). Effectivement, Tomb Raider, réalisé par le Norvégien Roar Uthang (Cold Prey, The Wave), se laisse regarder, on ne peut pas dire que je me suis ennuyée, même si je ne dirais pas non plus que je me suis éclatée. Alicia Vikander est également plutôt crédible dans le rôle principal. Son investissement physique crève les yeux et les acteurs et actrices qui font actuellement leurs cascades sont assez rares. Cela dit, sans parler de déception vu que je n’en attendais rien, Tomb Raider est bien pour moi un beau ratage. Le point de départ est pourtant intéressant : montrer une héroïne jamais érotisée (même si le débat autour des seins d’Angelina Jolie me dérange sur certains points). Ses efforts physiques sont sans cesse mis en avant, avant même que Lara Croft devienne une aventurière. Dans un sens, elle est déjà une aventurière à Londres : héritière d’une immense fortune, cette passionnée de boxe refuse pourtant d’être la fille de papa de service et préfère galérer financièrement en faisant des livraisons à vélo (activité qui montrera déjà ses prouesses sportives). Sur le papier, ce point de départ était intéressant pour plusieurs raisons : montrer que l’aventure ne se limite pas à une expérience exotique hors de ses terres. Mais hélas, nous sommes dans une grande production très lisse qui ne cherche évidemment pas à creuser tout ça. Le film ne démarre pas trop mal mais une fois Lara partant en Asie à la recherche du papounet (un taré qu’on a envie d’étrangler), on comprend qu’on a affaire à un véritable navet. Certes, le film tente d’être crédible en nous présentant d’emblée une Lara habituée à une forte activité sportive. Je veux bien admettre que ce n’est qu’un film, en plus adapté d’un jeu vidéo, mais justement tout est fait pour rendre l’univers et le personnage les plus crédibles possibles. Alors, voir Lara devenir une sorte de ninja extrême, bravant un peu trop aisément les obstacles, du jour au lendemain me laisse forcément perplexe.

Tomb Raider : Photo Alicia Vikander, Daniel Wu

De plus, si Lara est valorisée physiquement, en revanche elle n’est pas si intelligente que ça, en tout cas, cette qualité-là ne saute pas vraiment aux yeux. Elle résout juste vite fait une ou deux petites énigmes et c’est à peu près tout. Sinon elle a des réactions manquant cruellement de logique. Je comprends bien que d’un point de vue narratif, pour bien respecter un éternel même schéma, il vaut mieux tuer le méchant (incarné par Walton Goggins, qui se contente de faire une expression : on l’a connu plus inspiré) à la toute fin dans un beau combat. Mais on ne comprend pas par exemple pourquoi Lara cède à aider le méchant dans sa quête alors qu’elle avait la possibilité de le buter. Cette scène où elle fait également un improbable rouler-bouler sur une échelle (qui permet aux personnages de continuer à avancer malgré une énorme crevasse) pour contrer le méchant m’a tuée par sa stupidité : Lara pouvait se contenter de balancer le vilain de l’échelle et repartir de son côté pour sortir du lieu (une sorte de tombeau géant ultra piégé). Mais non, elle le fait revenir sur une partie stable (et pas celle qui lui permet de repartir : donc oui, elle doit dans tous les cas retraverser la crevasse sans mourir) et surtout… jette l’échelle. Je l’ai également trouvée assez infantilisée par tous ces personnages masculins. Le discours « féministe » pourra encore attendre. On se pose aussi d’autres questions sur la crédibilité du scénario. Par exemple, on ne comprend pas pourquoi Lu Ren, le poivrot qui amène notre héroïne avec son bateau sur l’île, devient lui-même une sorte de Kick-Ass alors que le type n’a pas l’air plus sportif que ça, ni n’est particulièrement courageux : il change de comportement radicalement, du jour au lendemain ! On se demande également pourquoi toujours ce même personnage veut absolument se battre pour sauver Lara (en entraînant avec lui les pauvres esclaves de l’île) alors qu’ils ne se connaissent pas (et surtout c’est Lara qui l’a amené dans cette énorme galère) ! Ne parlons même pas du pseudo twist final, qu’on peut deviner à des kilomètres (sans spoiler, à force de se demander ce que fout tel personnage dans ce film, on capte finalement le comment du pourquoi)… et qui annonce une suite ! Un peu risqué de se lancer déjà dans de nouvelles aventures sans savoir si ce Tomb Raider 2018 séduit réellement le public…  Mon jugement semblera très sévère alors qu’en réalité, le film joue certainement son job : celui de divertir. Cela dit, dommage de voir toujours ces mêmes productions sans originalité, ni saveur, ni âme, ne prenant pas le soin de soigner correctement son scénario ni sa mise en scène…

Tomb Raider : Photo Alicia Vikander

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120 battements par minute

réalisé par Robin Campillo

avec Nahuel Perez Biscayart, Arnaud Valois, Adèle Haenel, Antoine Reinartz, Felix Maritaud, Aloïse Sauvage, Catherine Vinatier…

Drame français. 2h20. 2017.

sortie française : 23 août 2017

 

Début des années 90. Alors que le sida tue depuis près de dix ans, les militants d’Act Up-Paris multiplient les actions pour lutter contre l’indifférence générale.
Nouveau venu dans le groupe, Nathan va être bouleversé par la radicalité de Sean.

120 battements par minute : Photo Nahuel Perez Biscayart

Impossible d’être passé à côté du chouchou du festival de Cannes 2017 (présidé par Pedro Almodovar qui souhaitait lui-même qu’il ait le prix suprême), 120 Battements par minute, certainement le grand favori de cette édition et reparti avec le Grand prix du jury. On ne va pas tourner autour du pot : je n’aurais pas gueulé s’il avait remporté la Palme (même si je défends passionnément The Square – vous aurez mon billet sur ce dernier le jour de sa sortie) et on peut comprendre la déception de certains spectateurs. Je n’étais pourtant pas tout à fait confiante en allant le voir : si j’avais apprécié le travail de Campillo en tant que scénariste (Entre les murs de Laurent Cantet), je gardais un souvenir douloureux de son premier long-métrage Les Revenants (film qui a donc inspiré la série de Canal +). Surtout je me méfie toujours un peu quand il y a justement un peu trop d’enthousiasme autour d’un film. Le titre fait référence à la house music, qui est à 124 battements par minute. Le réalisateur explique alors qu’elle accompagnait les années 1990 et surtout « c’était une musique festive et inquiète, comme la situation vécue par la communauté gay de l’époque » (source : Allocine). 120 battements par minute est un film fonctionnant sans cesse sur un rythme binaire (le titre semble avoir encore plus de sens) pour rendre le tout d’une rare densité et complexité sur différents niveaux. Le film s’intéresse dans un premier temps à l’action d’Act Up-Paris, une association militante luttant contre le Sida. Campillo s’est très bien documenté et même plus que cela : il était lui-même adhérent de l’association en 1992. Je n’aime pas dire qu’il y a une approche documentaire parce que je trouve qu’on utilise (et je m’inclus dans ce « on ») cette expression à force à tort et à travers mais il est certain que Campillo a retranscrit les RH (réunions hebdomadaires) avec un réalisme déconcertant. Petit à petit, à force de s’intéresser aux débats, aux réflexions et aux actions de ce mouvement, le film recentre son intrigue autour de la romance émouvante (et jamais niaise) entre Sean et Nathan. J’avais entendu parler des scènes de sexe avant d’aller voir le film et je craignais de revoir sur nos écrans le retour de La Vie d’Adèle.

Les scènes sexuelles sont en réalité très réussies, artistiques (elles s’insèrent notamment dans la narration lorsque Nathan et Sean racontent comment ils se sont faits contaminés), tout en étant assez réalistes et surtout honnêtes : je ne les ai jamais senties gratuites et elles ne créent pas le malaise. Elles sont toutes filmées dans le noir, on a juste le temps de percevoir des formes, suffisamment pour qu’on puisse deviner et savoir ce que font les personnages (la pudeur du film ne se limite d’ailleurs pas au sexe mais aussi dans la décomposition des personnages face à la maladie). Bref, par cette organisation en forme d’entonnoir, où on part sur une forme globale pour après creuser davantage sur un point particulier, le long-métrage parvient alors à prendre en compte à la fois les voix singulières et plurielles, c’est-à-dire qu’on part a priori sur le combat politique collectif pour aider les séropositifs, notamment les plus démunis (drogués, prostitués, prisonniers) puis le film tend davantage sur le combat individuel à partir de la lutte quotidienne contre la maladie et la mort. Parmi le collectif, je tiens aussi à souligner qu’il n’était pas évident qu’on s’intéresse à certains membres d’Act-Up : les personnages auraient pu être très bâclés et inexistants. Pourtant, même s’ils restent évidemment secondaires, ils parviennent tous à exister à l’écran et ils permettent aux spectateurs de croire encore plus au fonctionnement de l’association durant les débats et ses actions. Justement, revenons sur ces débats et actions. Là encore, on notera un parallèle entre tous les bruits possibles (les fabuleuses joutes verbales, la techno, les cris de slogan) et ce silence de mort (notamment au générique de fin). Les réunions et les manifestations permettent aussi d’exposer plusieurs points de vue possibles alors que tous combattent la même chose. Ainsi, la violence est-elle nécessaire pour faire entendre sa voix et faire bouger la société ? Faut-il privilégier le dialogue ? Le dialogue est-il nécessairement incompatible avec des actes marquants mais proches de l’agressivité ? En tout cas, ces échanges et de ces actes médiatisés montrent la même idée d’urgence absolue : dans les assemblées générales, il y a tout un système fait pour ne pas perdre du temps (on claque des doigts quand on est d’accord avec l’intervention de quelqu’un pour ne citer que cet exemple).

120 battements par minute : Photo Adèle Haenel

120 Battements par minute est aussi un magnifique film plein de vie qui côtoie pourtant sans cesse la mort jusqu’à la dernière minute. Si la mort est inévitable face à une maladie aussi atroce (la décomposition des corps est notamment bien représentée), la vie et le combat doivent continuer avant tout, pour les autres, pour que la société avance : encore une fois, le collectif n’est pas jamais oublié même dans l’individuel et vice-versa. Le long-métrage parvient aussi à livrer un discours très universel dans lequel le contexte historique ne prend pas le dessus sans être non plus oublié. On plante très rapidement le décor : on ne mentionne pas réellement la période, on a juste quelques indices (on nous parle de Mitterand, de l’affaire du sang contaminé, on voit aussi très rapidement une Game Boy) qui nous font comprendre que l’histoire se déroule au début des années 1990 mais c’est tout. Le film n’a pas de volonté de retracer une page de l’histoire, le passé n’est jamais réellement passé : le combat continue, la vie continue aussi et les malades seront toujours confrontés aux mêmes faits et interrogations. Le casting est impeccable, pas une seule fausse note, tout le monde est crédible : on a vraiment l’impression d’être face à des militants tout en leur donnant justement plus de consistance qu’à un simple rôle fonctionnel. Je dois tout même avouer avoir eu un véritable coup de coeur pour l’acteur argentin Nahuel Perez Biscayart (prochainement à l’affiche de Au-revoir, là haut d’Albert Dupontel), certainement une des révélations de l’année. Il est finalement à l’image de tout ce qui est mis en place dans le film : il est bouleversant dans les scènes où il est confronté à la maladie et terriblement lumineux, énergique et même drôle quand il est le personnage « public » durant les RH et autres actions menées. Bénéficiant d’un scénario et d’une mise en scène parvenant tous les deux à travailler sur plusieurs niveaux sans s’embrouiller, 120 battements par minute est un film poignant sur une jeunesse qui ne demande qu’à vivre, à vibrer, à aimer malgré la douleur, les pleurs et les guerres à mener. 120 battements par minute : Photo

 

Deadpool

réalisé par Tim Miller

avec Ryan Reynolds, Morena Baccarin, Ed Skrein, Gina Carano, Brianna Hildebrand, T. J. Miller…

Comédie d’action, fantastique américain. 1h48. 2016.

sortie française : 10 février 2016

interdit aux moins de 12 ans

Movie Challenge 2017 : Un film d’action / d’aventure

deadpool

Deadpool, est l’anti-héros le plus atypique de l’univers Marvel. A l’origine, il s’appelle Wade Wilson : un ancien militaire des Forces Spéciales devenu mercenaire. Après avoir subi une expérimentation hors norme qui va accélérer ses pouvoirs de guérison, il va devenir Deadpool. Armé de ses nouvelles capacités et d’un humour noir survolté, Deadpool va traquer l’homme qui a bien failli anéantir sa vie.

Deadpool : Photo Brianna Hildebrand, Ryan Reynolds

Je ne comptais pas spécialement regarder Deadpool, film très attendu par de nombreux spectateurs (vous connaissez maintenant ma relation avec les films de super-héros), le hasard m’a mis sur le chemin de ce long-métrage. Ce personnage, issu de l’univers Marvel, a été crée par l’auteur et dessinateur Rob Liefeld et le scénariste Fabian Nicieza. Le personnage de Deadpool était présent dans un autre film, X-Men Origins : Wolverine de Gavin Hood. Ryan Reynolds l’incarnait déjà à l’époque. Il faut savoir que Deadpool n’aurait coûté « que » 50 millions de dollars, ce qui reste « peu » comparé à d’autres films de super-héros (par exemple, Avengers : L’Ere d’Ultron de Joss Whedon et The Dark Knight Rises de Christopher Nolan ont coûté 250 millions de dollars). Evidemment, ce point n’excuse pas tout mais nous pouvons tout de même apprécier la démarche. De plus, le film a aussi été classé R aux Etats-Unis (les mineurs de moins de 17 ans doivent être accompagnés d’un adulte) alors que d’habitude les studios tentent d’éviter ce type de situation. Il est par ailleurs devenu le plus gros succès au box-office mondial pour un long-métrage classé R (le film est effectivement violent comme promis). Enfin, Deadpool est aussi devenu le plus gros succès de la saga X-Men. Je n’attendais donc rien de ce film mais dans l’ensemble, sans crier au génie (je lui ai tout de même trouvé des défauts) ou sans me réconcilier avec les films de super-héros je l’ai trouvé assez sympathique, frais et léger. Il a le mérite d’être parfois drôle et sans prétention même s’il présente à sa façon son ambition (en gros, celui d’un film de super-héros avec de l’action tout en étant cool et même « osé » et d’éviter la convention). Je ne pense pas qu’il révolutionne quoi que ce soit mais il a le mérite de tenter de casser certains codes habituels. J’avais un peu peur que le film tombe dans la surenchère avec son lot de répliques assez grossières / trashouilles et graveleuses (vu que ce genre de films semble être à la mode depuis quelques années) mais dans l’ensemble ça passe comme une lettre à la Poste. En tant que comédie, même si c’est un peu (et volontairement) vulgaire (ce n’est pourtant pas ma came d’habitude), on peut même dire que le film est à peu près réussi. Je sais que c’est aussi la tendance de coller des références à tout et n’importe quoi (c’est parfois ce qui me gêne dans la pop culture), ça peut rapidement me gaver mais là encore elles sont plutôt pertinentes. De plus, les scènes d’action secouent, on en prend plein la vue ! Cela dit, qu’est-ce qui cloche alors dans Deadpool ? On est dans une origins story (because, you know, on ne parle plus français) dans tout ce qu’il y a de plus chiant.

Deadpool : Photo Morena Baccarin, Ryan Reynolds

J’ai l’impression d’avoir vu ce type d’histoire mille fois, presque une case obligée du film de super-héros (je crois que c’est ça qui me gonfle le plus dans ce genre en question). Selon moi, on voit les limites du scénario qui est vraiment sauvé par de bons dialogues et non par sa narration : le film commence pratiquement par la fin (quand on prend le film dans sa globalité) et reste le 3/4 du temps en suspension. Vous allez me dire : ce n’est pas le seul film au monde qui reprend cette structure pseudo déstructurée. Je suis d’accord avec ce point (parce que je sais anticiper les reproches qu’on pourrait me faire). Mais j’ai vraiment eu l’impression que le film faisait du surplace. Résultat : malgré l’humour omniprésent, le rythme s’essouffle et j’ai senti quelques longueurs. Le film n’est pourtant pas non plus très long (surtout pour un film de super-héros) et sur le papier il n’aurait pas dû avoir ce souci de rythme. Finalement, c’est plus ce choix narratif qui est superficiel que le nombre de « fuck » présent qui « m’effrayait » au départ. La mise en scène est en tout cas plutôt bonne, surtout par rapport à ce qu’on attend habituellement de ce genre de production. On peut en tout cas remercier Ryan Reynolds, décidément coltiné aux films adaptés de comics (Blade : Trinity, X-Mens Origins : Wolverine, Green Lantern et R.I.P.D. Brigade Fantôme, rien que ça!). Très investi dans le projet depuis pratiquement dix ans (il en est le co-producteur), et récemment nommé aux Golden Globes pour son interprétation (dans la catégorie « comédie »), l’acteur canadien est très bon et surprenant dans le rôle-titre (figure de l’anti-héros par excellence). Pour moi, même si le film a ses qualités, Reynolds porte pas mal le long-métrage sur ses épaules (pourtant je n’aime pas trop cette expression). On ressent vraiment son implication et depuis quelques années, l’acteur a vraiment su améliorer son jeu (avant, je trouvais qu’il jouait comme une huître). De plus, décidément, Reynolds sait bien jouer avec sa voix (détail important vu qu’il porte le 3/4 du temps son costume, donc on privilégie la VO) comme il nous l’avait déjà prouvé The Voices de Marjane Satrapi. Je suis un peu plus partagée sur certains rôles secondaires, surtout en ce qui concerne Ed Skrein. L’acteur britannique n’est pas mauvais en soi, c’est juste que son rôle est trop caricatural et paradoxalement trop effacé (Deadpool doit rester la star de son propre film) pour convaincre totalement. A surveiller donc Deadpool 2, évidemment en préparation…

Deadpool : Photo Ryan Reynolds

Bowling

réalisé par Marie-Castille Mention-Schaar

avec Catherine Frot, Mathilde Seigner, Firmine Richard, Laurence Arné, Alex Lutz…

Comédie française. 1h30. 2012.

sortie française : 18 juillet 2012

Movie Challenge 2016 : Un film basé sur des faits réels

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L’histoire se passe à Carhaix. En plein coeur de la Bretagne. Un petit hôpital, une maternité paisible. Pas beaucoup d’accouchements. Mathilde, sage-femme, Firmine, puéricultrice, et Louise, propriétaire du Bowling de Carhaix y vivent, heureuses et amies. Catherine, DRH, y est envoyée pour restructurer l’hôpital et surtout fermer à terme la maternité qui perd de l’argent. Quatre femmes dont l’âge, la personnalité, les origines sont différentes et qui vont pourtant former un quatuor fort en humanité et en humour pour défendre cette maternité. La vie, l’amour, l’amitié, la Bretagne et… le bowling !

Bowling : photo

Là, vous vous dites : « Tina est tombée bien bas ». Qu’est-ce qui m’a pris de regarder Bowling ? Sans être méchante et méprisante (après tout, j’aime bien les Tuche, hein), ça sentait la daube à trois mille kilomètres. L’affiche est moche, le titre est naze, le synopsis sent le déjà vu (une sorte de pseudo et vague mélange entre The Full Monty et The Big Lebowski mais alors vague mélange !) et puis rien que la présence de Mathilde Seigner peut faire fuir. Mais bon, quand il est passé sur NT1 un soir et que je ne me sentais pas de mettre à la télé un film super intelligent et complexe, je me suis dit « pourquoi pas ? ». Et puis je voulais « vérifier » (en mode inspectrice) si c’était si naze que ça. Je reconnais que le film se laisse à peu près regarder un dimanche soir (ou autre jour d’ailleurs), en plus il ne dure pas trop longtemps non plus. On sent également derrière la sincérité de la réalisatrice (qui a un nom à rallonge, oh my god !) et l’investissement des actrices (même si je reviendrais sur leurs interprétations). Hélas, comme je l’avais senti, il ne s’agit pas d’une réussite. C’est dommage car Bowling est tiré d’un joli fait divers : en 2008, les habitants de la ville bretonne Carhaix se sont mobilisés en force et ont manifesté durant 17 semaines pour empêcher la fermeture du service de maternité d’un hôpital et ont réussi à obtenir gain de cause. Une belle histoire sociale et humaine donc à l’origine. Hélas, en voulant à tout prix faire une histoire à la Full Monty (une sorte de mode à la con ces derniers temps), MCMS (trop long à écrire ce nom) gâche tout le potentiel même de ce film. Au final, elle nous sert plus une petite comédie pseudo girly pas très drôle qu’une réelle comédie sociale. Alors, évidemment qu’on nous parle de cette histoire de fermeture de la maternité (avec des répliques foooortes : « Pour vous, on est des quilles, boum, strike, dégagez, on est des pions, tu changes de case et plus de problèmes »). Personnellement, à part la « métaphore » entre les quilles qui tombent et les gens qui vont perdre leur emploi, ou encore le parallèle entre compétition sportive et le combat pour sauver la maternité, je n’ai pas compris la place du bowling dans cette histoire. On a vraiment l’impression que cette idée sort un peu de nulle part !

Bowling : photo

Comme je le disais, la réalisatrice a gâché le potentiel de son histoire et au final nous sert une grosse soupe qui ressemble aux mauvais téléfilms de TF1. Certes, je ne m’attendais pas à une mise en scène de folie mais là elle est inexistante (mon dieu, les scènes de bowling…) et le scénario accumule rapidement les facilités et les clichés, ça dégoulinant de bons sentiments et c’est assez moralisateur (et limite culpabilisant pour certaines mères, passons). Les dialogues (comme vous l’avez constaté à la fin de mon précédent paragraphe) sonnent très faux ou/et sont grotesques, du coup, même si le film se laisse regarder, en revanche, il n’est pas vraiment drôle. On ne se sent du coup pas du tout concerné par le noble combat menée par les héroïnes à l’origine et le message autour de l’émancipation féminine est gâché par tant de maladresses. C’est dommage car malgré l’accumulation de scènes plutôt ridicules, d’autres sont amusantes, l’hommage à la Bretagne sympathique également mais l’ensemble n’est pas satisfaisant. Il parait aussi que MCMS a écrit le scénario en pensant aux actrices du film et c’est pour cette raison que les personnages portent le même prénom que leurs interprètes. Je veux bien la croire mais en tant que spectatrice qui n’a pas particulièrement apprécié ce film, le fait d’entendre le prénom des actrices m’a perturbée. Je ne pouvais pas m’empêcher de me dire : « les actrices sont mal dirigées donc il faut pas qu’on les appelle par leurs vrais prénoms pour qu’elles ne se sentent pas paumées ». Ca dessert encore plus le film ! Pourtant, les actrices ne sont pas si nulles que ça (sauf Seigner, elle m’insupporte de plus en plus). On sent également chez elles leur sincérité et même leur complicité. Je ne connais pas plus que ça Laurence Arné mais elle apporte une petite fraîcheur à cette comédie qui en manque tant. J’aime bien d’habitude Catherine Frot et Firmine Richard mais dans ce film elles ont tout de même tendance à se caricaturer (la première est toujours la DRH coincée bourgeoise, la seconde toujours l’infirmière Antillaise de service). La pire reste Mathilde Seigner. J’en peux plus qu’elle joue systématiquement la bonne femme pseudo grande gueule proche de la populace parce qu’elle a un grand coeur !

Bowling : photo

Selma

réalisé par Ava DuVernay

avec David Oyelowo, Tom Wilkinson, Carmen Ejogo, Tim Roth, Oprah Winfrey, Giovanni Ribisi, Lorraine Toussaint, Common, Alessandro Nivola, Cuba Gooding Jr., Andre Holland, Tessa Thompson, Tim Blake Nelson, Martin Sheen, Dylan Baker, Jeremy Strong…

Biopic, film historique américain. 2h08. 2014.

sortie française : 11 mars 2015

Selma

Selma retrace la lutte historique du Dr Martin Luther King pour garantir le droit de vote à tous les citoyens. Une dangereuse et terrifiante campagne qui s’est achevée par une longue marche, depuis la ville de Selma jusqu’à celle de Montgomery, en Alabama, et qui a conduit le président Jonhson à signer la loi sur le droit de vote en 1965.

Selma : Photo David Oyelowo

Martin Luther King fait partie des figures militantes les plus connues au monde et pourtant nous avons dû attendre 2015 pour voir enfin un biopic sur lui (il n’apparaissait que dans quelques films). Et encore, Selma, réalisé par la méconnue Ava DuVernay (il s’agit de son troisième long-métrage de fiction), n’est pas concrètement un biopic sur King : il relate plutôt une période importante de la vie de Martin Luther King. Les biopics m’attirent et me font fuir à la fois : on est évidemment toujours curieux de voir comment l’acteur va interpréter une personnalité emblématique de tel ou tel milieu, on veut redécouvrir une histoire qu’on connait pourtant déjà, on se demande toujours quel angle sera pris par le réalisateur etc… Mais souvent, les biopics sont trop calibrés pour les Oscars notamment, c’est-à-dire qu’on a souvent droit à des films assez classiques, pas très inventifs et pour être franche pas toujours très intéressants (je caricature un peu car il y a quand même heureusement de très bons biopics). Mais bon, un film sur Martin Luther King (même si je fais pas mal de raccourcis), on est forcément un peu curieux de le voir ! Selma a aussi été face à une petite polémique : son absence dans un grand nombre de catégories aux Oscars. Beaucoup ont dit que l’académie des Oscars n’avait pas été très généreuse envers ce film car les membres seraient des vieux racistes. Est-ce que cette justification est vraiment justifiée ou est-ce que le film n’est pas si bon que ça ? Pour ma part, je dirais qu’il y a probablement un peu des deux. Certes, c’est vrai qu’on aurait pu retrouver Selma dans certaines catégories (notamment pour « meilleur acteur » mais bon il y avait quand même une sacrée concurrence), le film n’est pas plus mauvais que d’autres biopics présents aux Oscars. Cependant, j’ai quand même trouvé Selma moyen, disons qu’il y a des choses positives et d’autres beaucoup moins.

Selma : Photo Colman Domingo, Corey Reynolds, David Oyelowo, Tessa Thompson

Ma première impression, en commençant à regarder ce film, n’a pas été très bonne, je dois être honnête. En fait (dites-moi si vous avez ressenti ou non la même chose que moi), j’ai l’impression que c’est le genre de films qui s’adresse (ici) surtout au public américain. Je veux dire, j’avais beau connaître des choses sur Martin Luther King, j’ai mis quand même quelques minutes à entrer dans l’histoire, à comprendre vraiment qui était qui, quand l’histoire se déroulait, le contexte exact… De plus, le film ne commence pas directement avec des informations affichées pour aider le public à situer les moments précis de l’histoire. Après, au fil des scènes, je me suis sentie plus à l’aise avec l’histoire mais c’est vrai que j’ai mis du temps à entrer tout simplement dans le film. Ce qui est très paradoxal, malgré selon moi un petit problème de contextualisation, le film reste tout de même très bavard, cela devient rapidement pénible et du coup on sent les quelques longueurs (en plus, le film dure plus de deux heures). Cependant, j’ai trouvé la seconde partie du film plus intéressante que la première, tout simplement parce qu’il y a plus d’action (même si on retrouve forcément des discours – on parle quand même du grand orateur qu’était Martin Luther King). Il faut dire que la réalisatrice s’en sort bien quand elle filme la lutte des Noirs pour obtenir leurs droits et surtout (puisqu’ils avaient déjà acquis certains droits) pour les mettre en oeuvre sans se faire tabasse gratuitement par les Blancs. Les scènes de combat et de marche sont pour moi très réussies et remontent pas mal le niveau général du film. On sent tout simplement la réalisatrice Afro-américaine concernée, il y a beaucoup de force et de sincérité dans ce type de scènes et du coup Selma est parfois très émouvant, je reconnais même avoir versé quelques (petites) larmes à la fin du long-métrage (mais je pleure pour rien, vous allez me dire). Je trouve aussi qu’elle a su mettre en avant (de tête) deux discours de King dans le sens où elle a réussi à montrer à quel point la parole pouvait aussi être une arme.

Selma : Photo Carmen Ejogo, David Oyelowo

Après, en dehors de ça, la mise en scène n’est pas pour moi spécialement bonne, on a l’impression que la réalisatrice a posé sa caméra et filme ses acteurs bavarder dans le vide, je n’ai pas toujours senti d’efforts, en tout cas c’est filmé platement ce qui est fortement dommage face à un tel sujet. Heureusement qu’il y a la reconstitution des années 1960 (avec les décors, les costumes et tout ça) ainsi qu’une élégante photographie qui comblent pour moi ces lacunes. Selma est aussi pas mal sauvé par la fabuleuse interprétation de David Oyelowo : on a vraiment l’impression de voir Martin Luther King. Je ne parle pas que de physique mais de la manière de s’approprier du personnage, son charisme, la manière de s’exprimer. Il ne se contente pas de l’imiter, il arrive à être émouvant mais sans en faire des caisses et surtout à être imposant, à être crédible en tant que leader. Son interprétation est intéressante car je trouve qu’on voit bien les deux aspects de la personnalité de King, c’est-à-dire d’un côté dans la sphère privée, de l’autre la publique. Dans l’ensemble, les seconds rôles sont également tous convaincants. Enfin, j’ai bien aimé la bande-originale, qui colle bien aux images et à l’histoire en général, et donne aussi une certaine dynamique à ce film qui en manque parfois un peu. La chanson Glory de Common et John Legend est magnifique, je suis ravie qu’elle ait remporté l’Oscar de la meilleure chanson, surtout que je trouve qu’elle représente vraiment bien le film. Pour conclure, je n’ai pas toujours été convaincue par Selma mais il possède quelques atouts indéniables dont quelques beaux moments d’émotion et surtout c’est tout de même bien de le découvrir une fois car je pense qu’il s’agit malgré tout d’un film nécessaire.

Selma : Photo Colman Domingo, Corey Reynolds, David Oyelowo