Les Proies (1971 et 2017)

réalisé par Don Siegel

avec Clint Eastwood, Geraldine Page, Elizabeth Hartman…

titre original : The Beguiled

Drame américain. 1h40. 1971.

sortie française : 18 août 1971

Movie Challenge 2017 : Un remake ou film qui a été objet de remake

appréciation : 1/4


réalisé par Sofia Coppola

avec Colin Farrell, Nicole Kidman, Kirsten Dunst, Elle Fanning, Angourie Rice…

titre original : The Beguiled

Drame américain. 1h33. 2017.iso

sortie française : 23 août 2017

appréciation : 3/4


En pleine guerre de Sécession, dans le Sud profond, les pensionnaires d’un internat de jeunes filles recueillent un soldat blessé du camp adverse. Alors qu’elles lui offrent refuge et pansent ses plaies, l’atmosphère se charge de tensions sexuelles et de dangereuses rivalités éclatent. Jusqu’à ce que des événements inattendus ne fassent voler en éclats interdits et tabous.


Les Proies : Photo

Les Proies a beau avoir remporté le prix de la mise en scène au dernier festival de Cannes présidé par Pedro Almodovar, il ne semble pas avoir convaincu grand-monde, vu ce que j’ai pu lire à droite et à gauche aussi bien sur la blogosphère que dans la presse. En dehors de Virgin Suicides, j’ai toujours eu du mal avec les films de Sofia Coppola : je craignais une nouvelle déception (et les critiques mitigées n’étaient pas très encourageantes). Je ne suis donc pas allée le voir pour sa réalisatrice ni même spécialement pour son prix cannois : j’ai eu la chance de tomber à la bibliothèque sur le remarquable roman d’origine écrit par Thomas Cullinan en 1966. Petite précision : j’ai découvert la version de Siegel une semaine après celle de Coppola.  Je suis la première étonnée mais j’ai cette fois-ci envie de défendre le film de Coppola. Certes, il est imparfait, on ne peut pas s’empêcher d’avoir ce petit sentiment d’inabouti en sortant de la salle. Pourtant, il a fait son petit effet sur moi qui n’en attendais pas plus que ça. Une semaine après, j’ai découvert la version de Siegel : quelle déception. Déception encore plus surprenante puisque l’auteur du roman fait partie des scénaristes ! Voilà ce qui m’a d’abord frappée dans le film de Coppola : contrairement à la version de Siegel, elle a selon moi su retrouver l’essence du roman. Par exemple, je n’ai pas compris pourquoi Clint Eastwood était présenté directement comme le grand méchant de l’histoire : on comprend alors complètement les réactions des « proies ». Par conséquent, les personnages féminins, peu intéressantes chez Siegel (elles ont l’air toutes tartes), perdent complètement en ambiguïté : elles ont raison d’agir contre cet individu masculin qui a bousculé leur existence. On ne comprend pas non plus trop pourquoi certaines tombent sous son charme. J’aime et je respecte énormément Eastwood mais dans le film de Siegel, il ne joue pas particulièrement. Puis, même si j’ai conscience que c’est peut-être ma part féminine qui s’exprime, je ne le trouve pas particulièrement attirant : ce que je veux dire, c’est qu’il n’y a même pas ce critère en question qui explique pourquoi les femmes sont émoustillées par ce très grossier personnage qui ne mérite que de crever.

Les Proies : Photo Addison Riecke, Angourie Rice, Elle Fanning, Emma Howard, Kirsten Dunst

Or, le personnage incarné par Colin Farrell est vraiment plus proche de celui du roman : certes, on se doute bien qu’il n’est pas totalement net mais il ne fait rien de méchant dans les premiers temps. Il est même très charismatique : on comprend plus pourquoi il chamboule cet internat de filles, pourquoi même ces dernières veulent coucher avec lui. On a reproché à Coppola de ne pas suffisamment développer ses personnages : certes, en tant que nouvelle adaptation, cela aurait pu être intéressant. Mais je trouve cela difficile de blâmer totalement Coppola : les deux adaptations sont toutes les deux courtes, ne dépassant pas les 1h40. Toutes les deux ont choisi de ne pas développer les longs dialogues du roman ni particulièrement le passé des personnages. Cela dit, à côté du film de Siegel, qui m’a semblé encore plus creux concernant le non-développement des personnages, les personnages de Coppola m’ont davantage intriguée (et les actrices sont toutes impeccables), peut-être justement par leur froideur comme si elles sortaient d’un tableau, comme si elles vivaient dans un faux paradis qui n’est pas aussi angélique. Comme je l’expliquais un peu plus haut, dans sa version, Colin Farrell est plus mystérieux : cela accentue davantage la complexité des personnages féminins qui intériorisent, comme dans leur roman, leurs pensées et leurs tares. Ont-elles raison de se méfier ? Sont-elles folles parce qu’elles vivent depuis trop longtemps sans hommes ? La frustration chez Coppola est, par sa froideur, plus effrayante dans un sens tandis que chez Siegel, on frôle l’hystérie caricaturale. De plus, selon moi, si l’adaptation de Coppola fonctionne mieux que celle de Siegel, c’est parce que la réalisatrice a plus ou moins repris le point de vue du roman (encore une fois, on ne comprend pas trop comment l’auteur a pu travailler avec Siegel vu le résultat). Dans le roman, le récit avance par les différents points de vue féminins. A chaque chapitre, on découvre ce qui se cache sous les apparences de ces femmes dont on ne se méfiera pas : elles sont jalouses des unes des autres, sont frustrées, ont des rêves etc…

Les Proies : Photo

Dans le récit de Coppola, l’exposition des points de vue n’est pas aussi nette que dans le roman mais en tout cas c’est toujours la femme qui est au coeur de l’intrigue, qui la débute et qui la termine. Si je n’ai pas apprécié le film de Siegel, qui doit certainement être replacé dans le contexte de l’époque (cette sexualité très présente était certainement dérangeante dans les années 1970), je peux admettre tout de même certains points intéressants. Tout d’abord, Siegel a conservé le personnage de l’esclave noire, témoin des déchirements et de la folie de ces femmes à cet inconnu. Il est certain aussi qu’il possède une mise en scène réfléchie et intéressante (les choix de ce côté-là sont radicalement différents de la proposition de la réalisatrice – la mise en scène de Coppola est pour moi plus audacieuse). L’esthétique de Coppola (jouant plus sur des tons clairs) m’a plus séduite mais il y a bien un travail de ce côté-là dans la version de Siegel, qui joue plus justement sur les ombres, le seul moyen d’ailleurs qui fait parfois ressortir le côté inquiétant (hélas pour moi pas suffisamment présent) des personnages féminins. Je ne sais pas pourquoi mais après avoir effectué ce travail comparatif entre ces trois oeuvres, je n’ai pas pu m’empêcher au cas de True Grit où la version la plus récente (celle des Coen) était une nouvelle adaptation plus proche (et plus pertinente) du roman de Charles Portis que le premier film (par Henry Hathaway). On aime bien faire des raccourcis notamment en clamant que la version de Coppola est un remake (on l’a même dit avant même que le film sorte !) alors que pour moi il s’agit très nettement d’une nouvelle adaptation. Comme quoi, il ne faut pas toujours avoir peur des nouvelles adaptations, même des remakes si ça fait plaisir à certains, un nouveau regard est parfois nécessaire ou / et peut (pour être plus positive avec Siegel) même entrer en complémentarité avec les autres oeuvres de ce même réseau.

Les Proies : Photo Nicole Kidman

 

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American Sniper

réalisé par Clint Eastwood

avec Bradley Cooper, Sienna Miller, Luke Grimes, Jake McDorman, Jonathan Groff…

Biopic, guerre, drame américain. 2h12. 2015.

sortie française : 18 février 2015

American Sniper

Tireur d’élite des Navy SEAL, Chris Kyle est envoyé en Irak dans un seul but : protéger ses camarades. Sa précision chirurgicale sauve d’innombrables vies humaines sur le champ de bataille et, tandis que les récits de ses exploits se multiplient, il décroche le surnom de « La Légende ». Cependant, sa réputation se propage au-delà des lignes ennemies, si bien que sa tête est mise à prix et qu’il devient une cible privilégiée des insurgés. Malgré le danger, et l’angoisse dans laquelle vit sa famille, Chris participe à quatre batailles décisives parmi les plus terribles de la guerre en Irak, s’imposant ainsi comme l’incarnation vivante de la devise des SEAL : « Pas de quartier ! » Mais en rentrant au pays, Chris prend conscience qu’il ne parvient pas à retrouver une vie normale.

American Sniper : Photo Bradley Cooper

Clint Eastwood a beau vieillir, il ne prend décidément jamais sa retraite pour notre plus grand bonheur ! Quelques mois après le discret Jersey Boys, papi Clint revient en force avec American Sniper, l’adaptation de l’autobiographie de Chris Kyle intitulée American Sniper: The Autobiography of the Most Lethal Sniper in U.S. Military History (en VF American Sniper, l’autobiographie du sniper le plus redoutable de l’histoire militaire américaine). Le long-métrage, nommé à six reprises aux Oscars (il repartira avec une statuette – meilleur montage sonore), a cassé la baraque, devenant ainsi le plus grand succès cinéma de l’année 2014 aux Etats-Unis (devant Hunger Games : La Révolte la plus chiante de l’histoire du cinéma, héhéhé). Chris Kyle, sous-officier de la marine américaine, revendique avoir abattu 255 personnes durant la guerre d’Irak. Le Pentagone a officiellement confirmé 160 tirs : ces chiffres font de Kyle le tireur d’élite ayant tué le plus de personnes dans toute l’histoire militaire des Etats-Unis. Après son retour de la guerre, après avoir un centre de formation pour apprentis tireurs d’élite au Texas, il finira par être assassiné le 2 février 2013 (avec Chad Littlefield) par Eddie Ray Routh, un ex-marine souffrant de trouble de stress post-traumatique. Dernièrement, le tueur de Kyle a été condamné à une peine de prison à perpétuité, sans possibilité de libération conditionnelle. Le personnage est polémique : a-t-il réellement tué tous ces gens par devoir patriotique ? Est-il un héros ou un guerrier meurtrier ? En tout cas, dans son autobiographie, il confesse ne regrette aucun de ses actes. Pire : son seul regret est de ne pas avoir pu tuer plus de gens.

American Sniper : Photo Bradley Cooper, Sienna Miller

Malgré son succès, American Sniper a été marqué par des polémiques autour des pensées et actes autour de ce personnage qui ne serait pas aussi héroïque. Pour ceux qui n’auraient pas du tout suivi la controverse autour de ce film, les détracteurs lui reprochent de faire l’apologie du meurtre et de véhiculer des idéaux racistes. Effectivement, contrairement à Démineurs (que je n’aime pas, je le précise), les Irakiens ne sont pas réellement vus comme les gentils de l’histoire (même si certaines répliques venant de personnages secondaires tentent de faire comprendre qu’eux-mêmes sont des victimes de guerre, mais elles restent minimes. Cependant, je ne pense pas que cela montre une quelconque idéologie de la part de Clint Eastwood. Au pire, cela peut montrer le point de vue de Kyle : il s’agit alors de la position d’un personnage et non du réalisateur et cela ne va pas forcément dire qu’Eastwood l’approuve. Cela ne peut que renforcer la complexité même du personnage. De plus, il faut tout de même savoir que la famille de Kyle a pas mal rôdé autour du tournage et souhaitait que sa mémoire soit respectée. Cela peut alors expliquer pourquoi Eastwood ne dresse pas un portrait davantage plus sombre de Kyle et qu’il reste plutôt bienveillant. Cela expliquerait également pourquoi j’ai pu trouver ce film patriotique, surtout en ce qui concerne la fin (cependant, rien de scandaleux, il n’y a pas de propagande, je pense que ça transcrit un sentiment très américain, difficile à cerner pour nous qui sommes européens). Je ne comprends absolument pas cette polémique, qui me semble injustifiée. Cependant, il est tout de même regrettable de voir un Eastwood qui semble se censurer. Il n’ose même pas reprendre la phrase écrite de Kyle sur le fait qu’il aurait aimé tuer encore plus de gens, et préfère plutôt la détournée d’une autre manière, en la mettant sur le compte du devoir patriotique. 

American Sniper : Photo Sienna Miller

Malgré cela, Clint Eastwood arrive tout de même à dresser le portrait complexe d’un soldat. Parti par devoir patriotique, découvrant toutes les horreurs possibles (de ce côté-là, le film n’est pas du tout light), Chris Kyle prend rapidement goût à la guerre qui lui procure une adrénaline pratiquement indispensable, au point d’être un étranger au sein de sa propre famille lorsqu’il retourne chez lui au Texas : en réalité, sa véritable famille est l’armée. Le sujet n’est pas évidemment pas nouveau mais il reste bien exploité et de nouveau captivant. Au fond, peu importe si on trouvera ce film patriotique ou non (je crois qu’on touche ici à une question très personnelle, qui ne dépendra que des convictions personnelles des spectateurs), American Sniper réussit à parler de patriotisme. Au-delà des questions soulevées, à la fois justes et pertinentes, sur le patriotisme, la nécessité ou non de la guerre et du devoir (la guerre est-elle un mal nécessaire ?), le retour des soldats chez eux ou encore du problème des armes à feu aux Etats-Unis, la film séduit par sa mise en scène remarquable, réaliste, énergique et coup de poing. Eastwood s’est d’ailleurs très bien renseigné sur les scènes de batailles, en engageant notamment sur le tournage Kevin Lacz (qui interprète son propre rôle !), qui a connu Chris Kyle en Irak. Bradley Cooper (également l’un des producteurs du film) livre une interprétation remarquable (et avec un chouette accent texan) : sa nomination aux Oscars me semble parfaitement justifiée. Sa partenaire Sienna Miller, qui incarne encore une fois cette année « la femme de » (rappelez-vous dans le déjà oubliable Foxcatcher), s’en tire également bien dans ce rôle secondaire sans passer pour une potiche.

American Sniper : Photo Bradley Cooper