Le Redoutable

réalisé par Michel Hazanavicius

avec Louis Garrel, Stacy Martin, Bérénice Bejo, Micha Lescot, Jean-Pierre Mocky, Grégory Gadebois, Jean-Pierre Gorin, Marc Fraize…

Biopic, comédie française. 1h47. 2017.

sortie française : 13 septembre 2017

Paris 1967. Jean-Luc Godard, le cinéaste le plus en vue de sa génération, tourne La Chinoise avec la femme qu’il aime, Anne Wiazemsky, de 20 ans sa cadette. Ils sont heureux, amoureux, séduisants, ils se marient. Mais la réception du film à sa sortie enclenche chez Jean-Luc une remise en question profonde.
Mai 68 va amplifier le processus, et la crise que traverse Jean-Luc va le transformer profondément passant de cinéaste star en artiste maoiste hors système aussi incompris qu’incompréhensible.

Le Redoutable : Photo Louis Garrel, Stacy Martin

Le Redoutable, présenté au festival de Cannes en compétition en mai dernier, est principalement inspiré du livre Un an après d’Anne Wiazemsky, l’ex-femme du réalisateur Jean-Luc Godard, mais aussi d’un autre de ses textes autobiographiques, Une année studieuse. Pour être très honnête avec vous, je connais assez mal Godard. Je n’ai vu un seul film, Le Mépris, et quitte à me faire taper dessus, mon visionnage s’est vite transformé en calvaire. Et globalement, mon courte expérience avec les films de La Nouvelle Vague n’a pas été très concluante. J’avais peur que Le Redoutable ne soit pas fait pour moi. Je ne peux pas parler à la place des fans et connaisseurs de Godard mais pour ma part, je l’ai trouvé accessible pour des spectateurs qui ne le connaissent pas le réalisateur (en ayant conscience que je n’ai certainement repéré toutes les références possibles). Et je crois que c’était aussi le but de Michel Hazanavicius, décidément passionné par le cinéma (pratiquement tous les films de sa carrière sont des hommages au cinéma). Décidément, les réalisateurs ont compris que le biopic traditionnel commençait à lasser le public : il faut apprendre à jouer avec ses codes, ne plus raconter une histoire de personnalité de son enfance jusqu’à sa mort, faire intervenir d’autres points de vue. Hanazavicius s’intéresse alors à une période courte de la vie de Godard : la fin des années 60 (en particulier, pendant une bonne partie du film l’année 68), après la sortie du film La Chinoise. Et finalement pas que celle de Godard. Mais c’est donc aussi l’histoire de l’actrice et écrivaine Anne Wiazemsky, la jeune épouse de Godard. Le titre, Le Redoutable, bien qu’il puisse être énigmatique avant de commencer (heureusement, dès le début, on voit où le réalisateur veut en venir), met évidemment en avant Godard. Logique, Godard était au centre de tout : de ce film, du cinéma dans les années 1960 et de son couple. Pourtant, le film ne peut pas se limiter à un morceau de vie sur le cinéaste. Deux mots – qu’on peut associer ensemble –  me viennent en tête pour qualifier ce film : destruction et révolution. La France est en révolution, le cinéma est aussi sans cesse en révolution, Godard l’a révolutionné et à force de vouloir le révolutionner, de faire sa révolution dans tous les sens du termes, il se perd, il se détruit, lui et son couple, voire même l’amour qu’il a pour le cinéma. Godard passe pour un personnage antipathique, pénible, sans cesse en contradiction avec lui-même : il veut appartenir à un groupe, aussi bien cinématographique que social alors qu’il se situe nulle part.

Le Redoutable : Photo Bérénice Bejo, Stacy Martin

Godard est un personnage détestable (cela est parfois problématique, si on devait relever les quelques défauts de ce film : on a quand même l’impression que Hazanavicius ne l’aime pas et le méprise) mais Louis Garrel le rend terriblement attachant. J’avais auparavant une mauvaise image de cet acteur mais cela fait plusieurs fois que je constate qu’il est vraiment bon et décidément à l’aise dans des rôles ayant une force comique. Stacy Martin se défend également bien avec un rôle pas si évident à interpréter malgré les apparences : comment être présente à l’écran quand son personnage est censé être effacé ? L’actrice de Nymphomaniac, avec son phrasé et son apparence très sixties, livre une jolie interprétation et ne se fait pas bouffer par Garrel. Ce film est indéniablement réussi : il ne s’agit pas que du portrait d’un cinéaste misanthrope en perdition avec sa vie et son métier ou même d’un regard sur un couple qui se brise sous nos yeux. Ce n’est pas qu’une réflexion sur un artiste face à son propre mythe. C’est aussi un film sur la création et la place de l’artiste dans la société : comment un artiste peut-il et doit-il s’intéresser aux gens tout en les faisant intéresser eux-mêmes aux maux de la société ? Godard est un personnage qui veut parler du peuple tout en le méprisant. Il parle beaucoup avec des phrases bien faites dans des conférences, débats ou autre, il ne parvient plus à communiquer avec qui que ce soit. Au-delà d’une jolie reconstitution des années 60, Michel Hazanavicius utilise différents procédés esthétiques : tableaux annonçant les chapitre, aspect visuel vintage, slogans bien exposés. Il s’amuse aussi avec la citation et des mises en abyme, que ce soit avec la critique sur la nudité gratuite au cinéma avec Garrel et Martin entièrement nus ou la réplique de Garrel : « Je suis sûr que si tu demandes à un acteur de dire que les acteurs sont cons, il le fait ». Il rend aussi hommage, tout en le pastichant, à Godard bien sûr mais plus globalement à La Nouvelle Vague. Bref, c’est un film souvent drôle extrêmement créatif, bourré de belles trouvailles qui produisent non seulement son effet qui mais qui y trouvent du sens par rapport au sujet même autour de la création et de la destruction (la narration a beau être linéaire, il y a quelque chose dans le montage et les différents procédés qui font penser à de la déconstruction). L’exercice de style, même s’il trouve aussi ses limites si je devais tout de même légèrement nuancé mon emballement, trouve pour moi son sens et c’est aussi pour cela que j’ai envie de défendre Le Redoutable. De plus, Hazanavicius répond à cette question qui est elle-même posée : oui, on peut faire des films légers, drôles et divertissants (puisque les fans de Godard lui demandent de refaire des films légers « comme avant ») sans être idiots tout en incitant à la réflexion. Si le film ne marche pas au box-office, Le Redoutable est pourtant, pour faire plus simple, un film « populaire » d’auteur.

 

Le Redoutable : Photo Louis Garrel, Stacy Martin

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La La Land

réalisé par Damien Chazelle

avec Emma Stone, Ryan Gosling, John Legend, J.K. Simmons, Rosemarie DeWitt, Finn Wittrock, Callie Hernandez, Sonoya Mizuno…

Comédie musicale, romance américaine. 2h08. 2016.

sortie française : 25 janvier 2017

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Au cœur de Los Angeles, une actrice en devenir prénommée Mia sert des cafés entre deux auditions.
De son côté, Sebastian, passionné de jazz, joue du piano dans des clubs miteux pour assurer sa subsistance.
Tous deux sont bien loin de la vie rêvée à laquelle ils aspirent…
Le destin va réunir ces doux rêveurs, mais leur coup de foudre résistera-t-il aux tentations, aux déceptions, et à la vie trépidante d’Hollywood ?

La La Land : Photo Emma Stone, Ryan Gosling

Le deuxième long-métrage de Damien Chazelle, Whiplash, qui avait permis à J.K. Simmons (présent dans La La Land le temps de quelques scènes) de remporter l’Oscar du meilleur acteur dans un second rôle, m’avait énormément plu, on pouvait même parler de coup de coeur. Je suis donc allée voir La La Land non pas principalement à cause du buzz (qui finit par écoeurer) et toutes les nombreuses récompenses qu’il récolte à son passage mais avant tout parce que je sais à quel point Chazelle est un jeune réalisateur ambitieux et talentueux âgé seulement de 32 ans. La La Land donne littéralement le « la » avec cette impressionnante scène d’ouverture sur une autoroute (avec Another Day of Sun). Hélas, mon enthousiasme n’a pas tenu la distance au fur et à mesure de l’histoire, construite sur un schéma saisonnier. La La Land ne manque pourtant pas de qualités. Qu’on aime ou qu’on n’aime pas ce film, on doit reconnaître à Damien Chazelle et toute son équipe un travail colossal et très réfléchi. Esthétiquement et techniquement, le film est absolument époustouflant et d’une grande précision, dans lequel tout (et je n’exagère pas quand je dis « tout ») semble avoir une signification. Le jeu avec les couleurs est notamment très pertinent par rapport à l’évolution et aux pensées des personnages (je ne peux que vous inviter à regarder la vidéo pertinente du Fossoyeur de Films). Le long-métrage traite aussi de sujets universels qui pourront toucher divers spectateurs : comment réaliser ses rêves qui peuvent paraître démesurés (à l’image de l’esthétique) lorsqu’on rencontre des désillusions et des obstacles ? Un rêve professionnel est-il toujours compatible avec sa vie privée ? En fonction des choix que l’on fait à un moment de sa vie, ne finit-on pas par rêver de sa vie ? Finalement, on retrouve des thèmes communs avec le précédent long-métrage de Chazelle. Comme dans Whiplash, il y a bien cette question du sacrifice qui revient dans l’esprit des personnages. Le titre est par ailleurs assez intéressant à analyser par rapport aux thèmes mis en avant par Chazelle. Il fait référence à Los Angeles (on pourrait presque lire le titre L.A. L.A. Land) et plus généralement, il s’agit aussi d’un clin d’oeil à une expression qui désigne une situation déconnectée de la réalité.

La La Land : Photo Emma Stone, Ryan Gosling

La ville américaine, celle de tous les rêves qu’on peut réaliser, est donc très bien valorisée, dans le sens où elle a l’air hors du commun avec ses couleurs très pétantes et plus généralement tout semble démesuré. Mais je ne vais pas tourner du pot pendant une plombe : La La Land m’a fortement déçue (et le buzz autour a certainement accentué ma déception même si je l’aurais certainement eue). Et je suis déçue d’être déçue quand je vois de telles qualités en face de moi. Croyez-moi, je n’ai pas envie de balancer des saloperies sur ce film (même si en sortant de la salle, j’ai clairement dit que je n’avais pas du tout aimé ce film, depuis mon avis a peu évolué) parce qu’il a la cote partout (parce qu’on a l’impression que chaque année je m’amuse à être la vieille bique solo face contre tout le monde qui vénère LE film de l’année, mais non je ne suis pas comme ça). Plusieurs éléments m’ont réellement posé problème durant ma séance au point de gâcher les qualités pourtant bien présentes. Dans un premier temps, et c’est particulièrement problématique dans le cadre d’une comédie musicale, je reste assez sceptique en ce qui concerne la musique justement. Certes, j’aime vraiment certains titres (je les écoute même actuellement chez moi) : Another Day of Sun, Someone in the Crowd ou encore City of Stars (et je n’ai retenu que ceux-là, ce qui n’est pas bon signe). Mais dans le contexte du film, la musique ne m’a pas plus emballée que ça, surtout lorsque certains morceaux reviennent plus fois sans réelle variation. Ce qui m’a également déçue est la banalité de l’histoire par rapport à la forme du film. On va me dire que le 3/4 des films ont des histoires très classiques et je suis entièrement d’accord avec vous. Ce que je veux dire, c’est que selon moi la forme a priori assez spectaculaire, le choix justement de réaliser une comédie musicale, devrait nous faire « oublier » cet aspect assez classique. Or, je me suis vraiment dit en sortant de la salle « tout ça pour ça ». Après j’ai aussi conscience du projet même de Chazelle : une comédie musicale plus « réaliste » (les personnages ne dansent pas comme des balles, une grande partie du film qui ne contient pas nécessairement de scènes musicales etc…).

La La Land : Photo Emma Stone, Ryan Gosling

Cela peut donc paraître paradoxal vu que je disais juste avant que le film avait un côté hors du commun (en tout cas visuellement). Peut-être que j’exprime mal mon idée, peut-être que je dois aussi admettre qu’il ne m’a tout simplement pas touchée. Du coup, peut-être que je me suis focalisée sur cette idée parce que le film ne parvenait tout simplement à m’emballer autant que je le souhaitais. Il faut dire que je me suis pas mal ennuyée durant ma séance. J’ai dû vérifier plusieurs fois la durée en sortant de la salle. Sincèrement, et sans exagérer, je pensais que ce long-métrage durait au moins 2h30. Or, il ne dure que deux grosses heures. Et je les ai bien senties ! En plus, pour ne rien arranger, j’ai eu l’impression que l’histoire mettait un certain temps à se mettre en place. Là encore, je respecte la démarche de Chazelle d’instaurer une démarche malgré tout à peu près réaliste (même si le film ne donne de nouveau pas cette impression via cette esthétique) dans le sens où un couple met du temps à se trouver et passe par différentes étapes (au passage, je ne suis pas d’accord avec les critiques évoquant un coup de foudre). Je pensais que le schéma saisonnier donnerait de l’élan au scénario, or je n’ai pas trouvé que c’était spécialement le cas. Le couple formé par Mia et Sebastien est mignon et même très attachant (la scène finale, qui a pu bouleverser certains spectateurs, est assez significative). Mais le film est même parfois trop concentré sur tous les deux. Ainsi, les personnages secondaires ne parviennent pas à exister alors que j’ai l’impression qu’ils avaient bien un intérêt pour appuyer certains propos (je pense notamment au rôle de la soeur, elle-même en couple). Il n’y a d’ailleurs pas que les personnages qui sont noyés par certains éléments. Je n’ai pas spécialement une grande culture en comédie musicale  mais on sent qu’il y a une voire même plusieurs références à chaque scène. J’imagine que cela a du sens pour Chazelle, toujours dans ce jeu et même cette frontière entre illusion et réalité, le cinéma et particulièrement Hollywood étant une machine à rêves. Mais au bout d’un moment, j’ai trouvé que ça envahissait l’écran, comme si Chazelle nous étalait à tout prix son savoir.

La La Land : Photo Callie Hernandez, Emma Stone, Sonoya Mizuno

Face à ce lot de reproches que je fais au film (même si encore une fois, à côté je complimente aussi d’autres éléments), je dois par contre admettre les très bonnes interprétations de Ryan Gosling et Emma Stone. Je ne m’en suis jamais cachée, j’ai toujours aimé Gosling (non, je ne suis pas une midinette, heiiiiin) et il s’en sort ici à merveille dans ce rôle de jazzman (avec son éternel air Droopy qui lui va si bien) qui semble un peu hautain mais qui a un amour profond pour la musique qu’il défend et qu’il a dans la peau. Emma Stone, c’est une histoire plus compliquée entre elle et moi. Je l’ai toujours trouvée très rafraîchissante, avec un vrai potentiel mais dans certains films, je ne vois parfois que des tics et mimiques en tout genre. Pourtant, Stone m’a ici bluffée. Elle n’a pas l’air de livrer une interprétation extraordinaire dans le sens où elle n’est finalement pas dans de la sur-performance comme on a l’habitude de le voir. Par ailleurs, elle n’a pas non plus une voix époustouflante et ne fait pas des pas impressionnants (et on peut d’ailleurs dire la même chose concernant Gosling). Pourtant, Emma Stone est juste parfaite dans le rôle de Mia. J’ai envie de dire : elle est Mia. Là encore, cela s’applique aussi à Gosling mais Emma Stone a quelque chose en elle (que ce soit physiquement ou vocalement par exemple) un mélange assez intriguant entre la modernité et une image classique de la femme des années 50, voire même 60. Surtout, pour conclure ce billet sur une note positive, il y a une vraie bonne alchimie entre Gosling et Stone, déjà présente dans leur première collaboration, la bonne surprise Crazy, Stupid, Love de John Requa et Glenn Ficarra (bon, par contre, je mets à la poubelle Gangster Squad de Ruben Fleischer qui marquait leur seconde collab’). Pour conclure, en toute honnêteté, je n’ai pas spécialement aimé La La Land et j’imagine que la masse d’excellentes critiques ne m’a certainement aidée à l’apprécier. J’aurais réellement aimé partager l’enthousiasme des fans, être touchée par cette histoire d’amour certes classique (mais pour moi, durant ma séance, juste banale) mais qui a quelque chose d’universel mais ce ne fut pas le cas malgré un magnifique couple de cinéma qui crève l’écran. Mais je ne peux que m’incliner face à cette masse de boulot qui apparaît à chaque plan.

La La Land : Photo Emma Stone

Sils Maria

réalisé par Olivier Assayas

avec Juliette Binoche, Kristen Stewart, Chloe Grace Moretz, Lars Eidinger…

titre original : Clouds of Sils Maria

Drame français, suisse, allemand. 2h. 2014.

sortie française : 20 août 2014

Movie Challenge 2017 : Un film avec un prénom dans le titre

Séance commune avec Lilylit 

silsmaria

À dix-huit ans, Maria Enders a connu le succès au théâtre en incarnant Sigrid, jeune fille ambitieuse et au charme trouble qui conduit au suicide une femme plus mûre, Helena. Vingt ans plus tard on lui propose de reprendre cette pièce, mais cette fois de l’autre côté du miroir, dans le rôle d’Helena…

Sils Maria : Photo Juliette Binoche, Kristen Stewart

Sils Maria me permet de découvrir enfin l’univers du cinéaste français Olivier Assayas. Ce film avait été présenté en compétition au festival de Cannes en 2014 (et était reparti les mains vies). Il avait aussi permis à Kristen Stewart (devenue depuis la nouvelle actrice chouchou d’Assayas, notamment avec la sortie de son dernier film, Personal Shopper, sorti en fin 2016) de décrocher le César de la meilleure actrice dans un second rôle (il s’agit de la première actrice américaine à remporter ce prix – bref, quelle belle reconversion après Twilight !). Sils Maria est un long-métrage divisé en trois parties distinctes. La première partie présente une actrice connue d’une quarantaine voire même cinquantaine d’années (la Maria du titre) qui doit rendre hommage au metteur en scène qui lui a donné le rôle de Sigrid (il s’agit du rôle qui l’a révélée et certainement aussi celui de sa vie), une jeune fille qui prend la place d’Helena, son aînée d’une vingtaine d’années (pour être précise, sa patronne), cette dernière finissant par se suicider. Un jeune réalisateur, Klaus, propose alors à Maria une nouvelle version de la pièce à part que Maria n’interprétera plus Sigrid à cause de son âge mais cette fois-ci Helena, celle qui est sur le déclin et qui finit par en disparaître. On apprend aussi que ce sera une jeune actrice américaine, star d’un film de mutants et habituée de la presse à scandales, qui interprétera la jeune Sigrid. Dans la seconde partie, après avoir tant hésité, avec l’aide de sa jeune assistante Valentine, Maria répète la pièce dans les montagnes (dans le village suisse Sils-Maria). Enfin, dans la troisième partie, Maria et Jo-Ann vont jouer dans la pièce (le projet se concrétise réellement) : la carrière de Maria (voire même sa vie en tant que femme) prend alors une nouvelle tournure. On remarque alors, rien que sur le papier (et ça prend merveilleusement vie à l’écran), à quel point le film est intelligemment bien construit et qu’il ne se contente pas de cette démonstration : il provoque à la fois de l’émotion et de véritables réflexions. J’ai parlé de découpages en parties mais en réalité on pourrait s’autoriser à parler d’actes, en écho avec la pièce évoquée. Sils Maria est alors un petit bijou qui fonctionne par de multiples interactions sans jamais avoir l’impression qu’il s’égare dans le traitement de son sujet. Il ne s’agit d’ailleurs pas que des interactions mais aussi d’intertextualités, de mises en abyme, voire même des échos, comme à la montagne (en rapport avec le lieu du récit). Le travail aurait pu être grossier avec ces différentes et même nombreuses mises en abyme notamment entre les différentes figures artistiques présentes (principalement théâtre et cinéma) ou même à travers ces grosses piques envoyées à Hollywood.

Sils Maria : Photo Kristen Stewart

On voit même des clins d’œil à Kristen Stewart herself, elle qui défendait dans les interviews avec une réelle conviction (enfin, elle donnait cette impression) le rôle de Bella dans la saga vampirique Twilight. Pourtant, le film fait preuve d’une réelle subtilité pour évoquer les fantômes du passé, la douleur et la fragilité d’une femme et actrice qui vieillit sans tomber non plus dans certains clichés. Il est également très réussi quand il brouille les pistes entre réalité et fiction, notamment la fin de la seconde partie avec la démonstration de Valentine pour contredire Maria (et la pousser dans ses retranchements) et lui montrer de nouvelles lectures d’interprétation dans une oeuvre. L’art symboliserait ici le figement du temps, le fait de rester éternel, dans un sens aussi jeune (l’opposition jeunesse / vieillesse étant évidemment présente tout le long du film pour faire ressortir d’autres thèmes plus enfouis), la vie n’étant pas capable d’offrir un tel privilège. Le scénario est donc très bien construit du début jusqu’à la fin mais sans donner l’impression d’être démonstratif. A l’image de ses ellipses et du traitement de ses thèmes, il est très fluide et ne semble jamais hautain alors qu’il aurait également pu tomber dans ce piège. La mise en scène est aussi maîtrisée, précise et à l’image des paysages montagneux et nuageux, assez aérienne. Le résultat est puissant, réussissant à mêler différentes émotions tout en gardant une certaine cohérence. Juliette Binoche est impeccable dans le rôle de Maria. Elle réussit bien à montrer le côté diva de cette star en public et en même temps de dévoiler sa fragilité et ses contradictions (pour ne pas dire ses secrets et tourments) dans une sphère privée. L’interprétation de Kristen Stewart est également très bonne et mérite d’être soulignée (surtout quand on est face à la grandiose Binoche !). Sur le papier, son personnage, Valentine, ne serait qu’une assistante, permettant surtout d’écouter les différentes plaintes de Maria. Valentine est aussi un personnage énigmatique, d’une certaine façon un fantôme, un reflet de la conscience et des propres doutes de Maria face à son passé de femme et d’actrice. Chloe Grace Moretz complète bien le casting en jouant sur plusieurs tableaux et prouve qu’elle est capable de livrer une performance remarquable lorsqu’elle est bien dirigée et en interprétant des rôles intéressants (parce que ces derniers temps, ses choix de carrière me déçoivent). Sils Maria est donc un magnifique film, abouti, curieux, délicat et lucide, dans lequel l’art et la vie se reflètent en permanence, créant un ensemble particulièrement troublant.

Sils Maria : Photo Chloë Grace Moretz

My Life Directed by Nicolas Winding Refn

réalisé par Liv Corfixen

avec Nicolas Winding Refn, Liv Corfixen, Ryan Gosling, Kristen Scott Thomas, Alejandro Jodorowsky…

Documentaire américain. 58 mn. 2014.

sortie française (dvd) : 27 avril 2016

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Liv Corfixen est femme de réalisateur. Une position qui n’est pas toujours aisée, et elle tient à nous le prouver dans un documentaire qu’elle a entièrement écrit et réalisé. En obtenant le Prix de la mise en scène à Cannes en 2011 pour son film DRIVE, le Danois Nicolas Winding Refn jouit d’un statut de cinéste culte : adulé par le public, consacré par la critique, il a désormais pour principale préoccupation de rendre ce succès pérenne. Ainsi, lorsqu’il début le tournage de son nouveau projet ONLY GOD FORGIVES en 2013, il s’inquiète : ce film, plus confidentiel, saura-t-il répondre aux attentes de ses spectateurs ? Liv s’inquiète aussi, mais surtout pour son mari, ses enfants, et pour elle-même, car si Nicolas se jette à corps perdu dans son film, il semble toutefois mettre de côté sa propre famille. Elle décide donc de prendre la caméra, et de faire de Nicolas un sujet d’observation, afin de nous offrir une vision large de la vie du réalisateur, un portrait à la fois intime et instructif, à mi-chemin entre le reportage et le making-of.

My Life Directed by Nicolas Winding Refn : Photo

Suite au succès international de Drive, le réalisateur danois Nicolas Winding Refn, qui avait déjà bâti une jolie petite carrière au Danemark et même en Grande-Bretagne (Bleeder, la trilogie Pusher, Bronson, Valhalla Rising – Le Guerrier Silencieux), tourne en Thaïlande Only God Forgives. Il emmène toute sa famille (son épouse Liv Corfixen, actrice qu’on a pu voir dans Bleeder) ainsi que de ses deux jeunes filles. En effet, la famille avait été séparée pendant dix mois pendant le tournage de Drive (Liv et ses filles étaient au Danemark, Nicolas à Los Angeles) et tout le monde avait trop souffert de cette situation. Liv, qui doit s’occuper des enfants, décide alors de prendre une caméra pour filmer leur quotidien, sans trop savoir où ce film va l’amener. Elle a pris conscience qu’elle était en train de filmer une sorte de thérapie de couple, captant les états d’âme de son mari et même les siens. Que signifie être épouse d’artiste ? Comment vivre quotidiennement avec quelqu’un qui ne vit que pour son art ? On sent qu’il ne s’agit que d’un premier film, qu’il y a un manque d’expérience de réalisatrice. Peut-être que c’est un film qui plaira davantage aux fans de Nicolas Winding Refn qui veulent en savoir plus sur lui (y aurait-il presque un côté people dans ce doc ?) et qui ne fera qu’énerver de nouveau ses détracteurs. Peut-être aussi que ce film aurait pu faire partie d’une édition dvd de Only God Forgives. Au fond, ce n’est pas si grave, le résultat m’a tout de même beaucoup plu. Si on est fan de Refn, je pense que ça vaut le coup de découvrir le regard de son épouse sur son homme. Malgré le côté un peu brouillon (nous dirons qu’il s’agit parfois aussi d’un aspect proche de la spontanéité), Liv Corfixen livre un documentaire intimiste, parfois proche du making-of, très intéressant, qui apporte un point de vue intéressant sur la vie de famille des artistes dont nous ne connaissons pas toujours. L’amour semble évident dans le couple Refn tout comme il est évident de voir l’amour que porte Refn à ses enfants, qu’il aime s’en occuper quand il le peut. Mais son travail et son obsession pour atteindre la perfection artistique (et je dirais même pour être encore plus reconnu) bouffe clairement sa vie de famille et de couple. La scène avec Ryan Gosling qui joue avec les petites est certes mignonne (ahhhh Ryanou !) mais elle est très révélatrice du fonctionnement de la famille. Il faut savoir qu’après le tournage de ce film, les Refn ont suivi une thérapie de couple et d’après ce qu’ils ont révélé dans des interviews, cette thérapie ainsi que ce film les auraient aidé à être encore plus soudés qu’avant.

My Life Directed by Nicolas Winding Refn : Photo

Nicolas Winding Refn est présenté comme un artiste plein de doutes et de contradictions : il peut être très sûr de lui un jour et le lendemain dire qu’il s’agit d’une grosse daube sans aucun sens. Pour ma part, j’ai trouvé ça touchant de le voir finalement très humain. Pourtant Liv Corfixen n’hésite pas à faire des reproches à son mari, à le filmer dans ses mauvais jours qui ne le rendent pas si sympathiques que ça. L’intimité du couple est particulièrement mise en avant au point de voir carrément Refn le matin encore dans son lit. Il est alors intéressant de voir à quel point la vie privée et la vie publique peuvent se rejoindre. J’ai beaucoup parlé du réalisateur danois et c’est vrai que c’est tout de même important de le souligner étant donné qu’il est au coeur du projet, que c’est avant tout lui qu’on voit. On a envie de savoir comment il travaille dans des conditions parfois difficiles avec son esprit torturé, mais aussi comment il est en privé, que ce soit dans les moments agréables ou pénibles qui ne le mettent pas toujours à son avantage. Le titre du film met bien en avant son nom complet mais il y a aussi ce « My Life » qu’il faut prendre en compte. C’est pour ça que nous ne pouvons pas totalement le classer dans le making-of, même s’il ne s’agit pas non plus d’un autoportrait ni d’un portrait tout court. Le côté inclassable a quelque chose de bordélique mais honnêtement ça ne m’a pas plus dérangée que ça. Bref, il s’agit aussi d’un film sur Liv Corfixen. Ce n’est pas toujours évident d’être réalisateur et en quelque sorte acteur de son propre documentaire. Dans ce genre en question, beaucoup aiment (et le font très bien) se mettre en scène. Liv Corfixen n’est pas dans cette démarche. Elle ne devait pas être le personnage de ce film mais elle finit par le devenir. On ne la voit pas tant que ça physiquement, parfois simplement dans un reflet avec sa caméra (comme au début du film en guise d’introduction) et pourtant elle est autant présente que son mari, tous les deux sont au coeur du sujet même. Pourtant, alors qu’on a beau taxer de Refn comme le roi des ego-trip, il n’y a pas de narcissisme de la part de Corfixen même si elle comble sa frustration (on comprend qu’être mère au foyer n’était certainement pas son ambition première et aurait peut-être préféré continuer à faire partie de projets artistiques) en créant un objet filmique certes imparfait mais unique, intéressant, certainement plus complexe qu’il en a l’air même s’il n’avait pas cette prétention première au départ. Peut-être qu’il méritait de durer plus longtemps (une petite heure me semble court) pour aller encore plus loin dans la réflexion mise en place mais à mon avis ça vaut le coup d’oeil.

My Life Directed by Nicolas Winding Refn : Photo

Café Society

réalisé par Woody Allen

avec Jesse Eisenberg, Kristen Stewart, Steve Carell, Blake Lively, Parker Posey, Corey Stoll, Ken Stott, Anna Camp, Jeannie Berlin, Stephen Kunken, Paul Schneider…

Comédie dramatique américaine. 1h36. 2016.

sortie française : 11 mai 2016

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New York, dans les années 30. Coincé entre des parents conflictuels, un frère gangster et la bijouterie familiale, Bobby Dorfman a le sentiment d’étouffer ! Il décide donc de tenter sa chance à Hollywood où son oncle Phil, puissant agent de stars, accepte de l’engager comme coursier. À Hollywood, Bobby ne tarde pas à tomber amoureux. Malheureusement, la belle n’est pas libre et il doit se contenter de son amitié.
Jusqu’au jour où elle débarque chez lui pour lui annoncer que son petit ami vient de rompre. Soudain, l’horizon s’éclaire pour Bobby et l’amour semble à portée de main…

Café Society : Photo Jesse Eisenberg, Kristen Stewart

Tout d’abord, je souhaitais remercier Baz’art et Mars Distribution qui m’ont permis de remporter des places gratuites pour voir le dernier Woody Allen, Café Society, présenté en ouverture (hors compétition) au dernier Festival de Cannes. Les précédents films de Woody Allen, L’Homme Irrationnel, Magic in the Moonlight et Blue Jasmine m’avaient beaucoup plu, j’espérais voir ce Café Society dans la même lignée. Hélas, malgré les espoirs que j’avais à son égard face aux bonnes critiques que j’avais lues et entendues, ce nouveau Woody Allen m’a déçue. Ce qui m’avait plu dans ses précédents longs-métrages, c’est ce mélange entre une réflexion profonde et une histoire plaisante et rafraîchissante. Or, ce Café Society tente de nouveau d’allier ces deux éléments mais sans réellement parvenir à atteindre pleinement son but. Je ne me suis pas retrouvée comme un rat mort dans la salle, il y a des films qui m’ont bien plus désintéressée que celui-ci. Mais je n’ai clairement pas pris de plaisir devant. Le film a beau durer 1h30 (comme souvent chez Allen), j’avais hâte qu’il se termine. Pourquoi ? Parce qu’il présente une histoire d’amour impossible terriblement banale et pas plus intéressante en ce qui me concerne. C’est pour moi un peu trop anecdotique, ça manque de puissance. Pourtant, on retrouve les ingrédients typiques à la bonne recette habituelle de Woody Allen. Mais ça manque de charme, en tout cas il n’apparaît que superficiellement dans l’environnement et la reconstitution de l’époque (j’admets de très beaux décors et un excellent travail en ce qui concerne la photographie). Je ne dis pas que l’histoire ne permet éventuellement pas à une réflexion. On retrouve notamment l’éternelle question autour du choix que nous devons faire entre la passion et la raison. Il y a aussi une réflexion pourtant intéressante sur le papier autour de l’élévation sociale qui peut aussi jouer un rôle dans les décisions prises par les personnages. Mais ces réflexions ne sont pas parvenues à m’intéresser davantage au film en tant que narration à part entière. Quand on voit le niveau de réflexion des précédents films d’Allen, à côté, sans vouloir déconsidérer ce qu’il a voulu exprimer dans Café Society et en ayant conscience qu’on ne peut pas nécessairement comparer tous ses films même si la tentation est évidemment forte, je n’ai pas pu m’empêcher d’être déçue, d’attendre quelque chose de plus intense. Il y a du potentiel mais ce n’est pas pour moi plus creusé que ça. Ca m’a paru trop anecdotique pour que je puisse vraiment ressentir quelque chose de fort et intéressant.

Café Society : Photo Blake Lively, Jesse Eisenberg

Café Society manque pour de moi de punch et de fraîcheur, j’ai fini par me désintéresser de l’histoire principale (le triangle amoureux) car elle tourne en rond. Pour tout vous dire, j’ai même préféré l’histoire secondaire autour de la famille de Bobby (entre un frangin gangster qui bute absolument tout le monde, une mère juive dans tous ses clichés, un beau-frère intello etc…) qui au moins a le mérite d’offrir quelque chose de plus pimpant (avec, comme souvent chez Allen, quelques répliques bien senties) et surtout j’avais enfin l’impression que ça racontait quelque chose de plus croustillant ! Maintenant, passons au casting. Jesse Eisenberg s’en sort plutôt bien en sorte de double de Woody Allen (ce choix paraissait même évident). Il a le charisme, toujours un incroyable débit de paroles, son interprétation reste juste en suivant l’évolution de son personnage. Parmi les seconds rôles, j’ai également bien aimé l’interprétation du charismatique Steve Carell (de plus en plus à l’aise dans des rôles dramatiques), qui lui aussi est un grand bavard qui manie bien la parole (point évidemment très important dans un Woody Allen, ça fait toujours son petit effet). Il réussit très bien à montrer les deux facettes de son personnages, c’est-à-dire qu’il est sensible et torturé en privé, ne sachant pas quoi choisir entre la raison et la passion, mais confiant et autoritaire en public. Corey Stoll (qu’on voit décidément de plus en plus, que ce soit dans des films ou séries) dans le rôle du frangin gangster est également une des bonnes surprises de ce casting. En revanche, je reste un peu plus sceptique en ce qui concerne les actrices dont on a tant entendu parler. Je n’ai pas trouvé Kristen Stewart mauvaise dans le sens où elle parvient aussi, grâce à son interprétation, de montrer comment son personnage évolue. Cela dit, je trouve cette actrice, que ce soit physiquement ou aussi dans son interprétation, très anachronique. Déjà que les décors, bien qu’ils sont pourtant très beaux, et même certains costumes, ne me font pas toujours penser aux années 1930 à certains moments, (ce n’est que mon ressenti), on va dire que sa présence ne m’a pas particulièrement aidée à contrebalancer cette idée que j’avais déjà en tête. Enfin, en ce qui concerne Blake Lively, on sent son potentiel mais hélas son personnage est trop secondaire pour qu’on s’y intéresse plus que ça et je trouve cela dommage.

Café Society : Photo Jesse Eisenberg, Kristen Stewart

Dalton Trumbo

réalisé par Jay Roach

avec Bryan Cranston, Diane Lane, Helen Mirren, Louis C. K., Michael Stuhlbarg, Elle Fanning, John Goodman, Christian Berkel, Alan Tudyk, Dean O’Gorman,Adewale Akinnuoye-Agbaje…

titre original : Trumbo

Biopic américain. 2h04. 2015.

sortie française : 27 avril 2016

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Hollywood, la Guerre Froide bat son plein.
Alors qu’il est au sommet de son art, le scénariste Dalton Trumbo est accusé d’être communiste.
Avec d’autres artistes, il devient très vite infréquentable, puis est emprisonné et placé sur la Liste Noire : il lui est désormais impossible de travailler.
Grâce à son talent et au soutien inconditionnel de sa famille, Il va contourner cette interdiction.
En menant dans l’ombre un long combat vers sa réhabilitation, il forgera sa légende.

Dalton Trumbo : Photo Bryan Cranston

Pour tout vous avouer, Dalton Trumbo n’est pas nécessairement une personnalité dont je connais bien son oeuvre – j’ai tout de même vu et adoré son Johnny got his gun, l’adaptation de son roman. En revanche, je connaissais un peu son histoire liée à ses positions communistes. C’est pour cette raison que j’ai voulu découvrir ce biopic car il s’agit d’une personnalité intéressante et même importante. Ce biopic est donc inspiré du documentaire du même nom sorti en 2007. Ce documentaire en question s’inspirait lui-même d’une autre oeuvre : la pièce Red, White and Blacklisted, construite par Christopher Trumbo (le fils de Dalton donc). Surtout, il s’agit aussi d’une adaptation de l’ouvrage de Bruce Cook publié en 1977. C’est Jay Roach qui est donc derrière la caméra. Sans dire qu’il s’agit d’un grand réalisateur, j’aime bien certaines comédies qu’il a réalisées comme Mon beau-père et moi, Austin Powers ou encore Moi, député ‘. Sa série Game Change a également eu de bons échos. Cela dit, j’étais sceptique de voir un réalisateur à l’origine de comédies pas toujours fines être derrière un biopic assez sérieux. Mais j’ai décidé de mettre mes doutes de côté étant donné que j’ai lu de bonnes critiques sur ce biopic, que ce soit dans la presse ou sur la blogosphère. Hélas, j’ai eu raison de me méfier. Certes, j’ai trouvé ce biopic très intéressant car j’ai envie de dire que l’histoire de Trumbo et des Dix d’Hollywood est passionnante et mérite qu’on ne l’oublie pas. Les intentions derrière sont évidemment très louables. En effet, c’est une ode à la liberté de penser, de voter, de créer même. C’est également une bonne chose, à travers ce film, de rendre hommage aux hommes de l’ombre du cinéma, c’est-à-dire ici les scénaristes. Le propos ne m’a pas laissée indifférente et dans l’ensemble il s’agit d’un film assez plaisant à suivre. De plus, la reconstitution des différentes époques reste bien faite dans le sens où le spectateur se retrouve aisément dans l’ambiance d’antan mais les décors ou les costumes n’ont rien non plus de kitsch. L’histoire en elle-même est bien présentée, c’est-à-dire qu’elle peut certainement séduire les cinéphiles-historiens et ceux qui s’intéressent moins à cette partie de l’histoire du cinéma.

Dalton Trumbo : Photo Bryan Cranston, Dean O'Gorman

Bref, concrètement, je ne me suis pas ennuyée, l’histoire a su m’intéresser car je pense qu’elle reste malgré tout racontée efficacement, c’est même dans un sens un film « divertissant ». De côté-là, Dalton Trumbo reste donc à peu près réussi. Mais elle n’est pas suffisamment mise en valeur par une réalisation hyper académique et sans aucune personnalité, on a l’impression que n’importe qui aurait pu être derrière la caméra. Le scénario est certes accessible pour éventuellement prendre connaissance de l’histoire de Trumbo et plus généralement du contexte historique mais on a vraiment l’impression de voir une page Wikipedia défiler ! En fait, j’ai envie de dire qu’on est face à tout ce qu’on redoute d’un biopic – même si on a droit qu’à une partie de la vie de Trumbo. C’est d’autant plus rageant de voir un manque de personnalité pour un biopic qui porte justement sur une personnalité aussi forte ! Dalton Trumbo bénéficie en tout cas d’un excellent casting. En tête, Bryan Cranston livre une interprétation solide. Sa nomination aux Oscars et aux Golden Globes est tout à fait justifiée. Il parvient à donner toutes les nuances à son personnage, sans jamais en faire des caisses. Le scénario, qui a pourtant ses faiblesses, a au moins le mérite de ne pas idéaliser Trumbo (mais sans le flinguer – étant donné que c’est aussi une sorte de mode dans les biopics). Tous les acteurs qui l’accompagnent, que ce soit Diane Lane en épouse et mère dévouée, Helen Mirren en garce, John Goodman en producteur de cinéma (tiens donc, comme c’est surprenant, mouahaha), Michael Stuhlbarg (son nom est décidément toujours chiant à écrire) est également très convaincant dans le rôle d’Edward G. Robinson (même si j’ai eu du mal à le reconnaître – d’ailleurs, en dehors de Cranston, les ressemblances avec de véritables personnalités ne sont pas hyper frappantes – mais après il ne s’agit qu’un petit détail) ou encore Elle Fanning dans le rôle de la fille de Trumbo, sensible et engagée. Parmi les seconds rôles, ma petite préférence va tout de même à Louis C. K. qui a un rôle très intéressant et qui apporte une véritable touche d’humanité à son personnage.

Dalton Trumbo : Photo Bryan Cranston, Helen Mirren

Que Viva Eisenstein !

réalisé par Peter Greenaway

avec Elmer Bäck, Luis Alberti, Maya Zapata, Lisa Owen, Stelio Savante…

titre original : Eisenstein in Guanajuato

Biopic néerlandais, mexicain, finlandais, belge. 1h45. 2015.

sortie française : 8 juillet 2015 (cinéma) / 1 septembre 2015 (dvd)


 

Que viva Eisenstein a été vu dans le cadre de la nouvelle opération de Dvdtrafic de Cinetrafic. Je vous encourage à aller voir quelques liens qui vous donneront quelques idées :  les nouveautés cinéma et les films qui nous attendent en 2016.

Evidemment, un immense merci à Pyramide films (voici également leur page Facebook).

Que viva Eisenstein !

En 1931, fraîchement éconduit par Hollywood et sommé de rentrer en URSS, le cinéaste Sergueï Eisenstein se rend à Guanajuato, au Mexique, pour y tourner son nouveau film, Que Viva Mexico ! Chaperonné par son guide Palomino Cañedo, il se brûle au contact d’Éros et de Thanatos. Son génie créatif s’en trouve exacerbé et son intimité fortement troublée. Confronté aux désirs et aux peurs inhérents à l’amour, au sexe et à la mort, Eisenstein vit à Guanajuato dix jours passionnés qui vont bouleverser le reste de sa vie.

Que viva Eisenstein ! : Photo Elmer Bäck

Ca peut paraître un peu honteux d’avouer cela venant de la part d’une cinéphile mais je vais tout vous dire durant cette chronique : je n’ai vu aucun film d’Eisenstein (OH MY GOD !). D’ailleurs, jusqu’à présent, je n’avais vu aucun film de Peter Greenaway ! Bref, étant face à mon inculture cinématographique, j’ai voulu en savoir un peu plus sur Eisenstein (même si j’avais déjà lu des documents ou articles sur le bonhomme), je n’ai pas eu le temps de regarder au moins un film de sa carrière mais j’ai tout fait pour regarder des extraits de ses films (la magie d’Internet) et de relire de nouveau quelques papiers sur lui. J’ai fait cette démarche dans le but de pouvoir être objective, en tout cas, pour éviter d’être totalement de mauvaise foi. Ceci dit, malgré mes efforts, je pense que mal connaître le cinéaste russe ne changera pas grand-chose à mon avis très négatif. Pourtant, j’avais envie d’aimer ce film qui a des qualités esthétiques évidentes même si elles peuvent agacer. En effet, on ne peut pas passer à côté des couleurs flamboyantes du Mexique, ni à côté du montage très électrique (les plans s’enchaînent à une vitesse !), ni au mélange entre fiction et documentaire (des images d’archive sont judicieusement insérées avec les images de fiction en split screen, le rendu esthétique est en tout cas très intéressant et ne choque pas finalement), ni à la musique classique qui intervient souvent. Comme je vous le disais, je découvre le travail de Greenaway. On sent qu’il aime occuper de larges espaces, il y a aussi une précision dans son travail de mise en scène. Bref, il y a quelque chose de démesuré et d’outrancier dans ce film, ce qui n’a rien de négatif ou positif, c’est tout simplement un constat. Ce choix-là semblait cohérent par rapport à la grandeur même d’Eisenstein. Eisenstein est d’ailleurs présenté comme un personnage hystérique – même si on perçoit bien sa timidité, qui parle beaucoup (et même s’il ne parle finalement jamais russe même quand il parle avec des russes, son fort accent contribue aussi à rendre ce personnage encore plus exacerbé). Le film possède en tout cas une esthétique plaisante même si elle trouve vite ses limites et les deux acteurs principaux, Elmer Bäck et Luis Alberti, sont très bons, mais l’ensemble ne m’a pas plu. Pour être honnête, j’ai même eu du mal à aller au bout de l’oeuvre… Le film s’intitule peut-être Que Viva Eisenstein ! mais je ne dirais pas Que Viva Greenaway !

Que viva Eisenstein ! : Photo Elmer Bäck

Je ne m’attendais pas forcément à voir un film sur la vie de A à Z d’Eisenstein, d’ailleurs le film est plutôt présenté officiellement sur une période précise de sa vie, c’est-à-dire durant le tournage de Que Viva Mexico ! (suspense… au Mexique !). Déjà, on ne verra pas grand-chose de ce tournage. Bon… j’étais un peu déçue mais après tout, je me suis dit que ce tournage n’était qu’un prétexte pour parler d’autre chose. J’ouvre mon esprit, j’accepte les sujets qui pourront être abordés. Je comprends rapidement que le film va tourner autour de la sexualité, de la mort et de la liberté, bref des choses qui parlent à tout le monde. Sauf qu’au final Peter Greenaway veut tellement parler de choses plus universelles et même au fond plus personnelles qu’il a l’air de s’en foutre totalement de son Eisenstein. Tout ce qui l’intéresse est de parler de sexualité, voire même d’homosexualité, d’après ce que j’ai compris, des thèmes qui lui tiennent à coeur. Encore une fois, je n’ai rien contre ça. Ceci dit, il y a des manières d’aborder certains sujets. Et vous savez (si vous êtes des habitués du blog) que je n’aime pas quand j’ai l’impression de voir des scènes totalement gratuites et j’aime encore moins la prétention. Pas de bol pour Greenaway. Pour moi, Que Viva Eisenstein ! se veut intelligent alors qu’en réalité il s’agirait plutôt de masturbation intellectuelle. Le terme convient finalement très bien pour ce film provocateur, qui ferait passer La Vie d’Adèle pour un épisode du Club Dorothée ! Je n’ai rien contre les scènes de nu, voire même d’amour, et peu importe si les personnages sont hétéros, homosexuels ou bi (je préfère prévenir, qu’on ne m’accuse pas de certaines choses !). Mais voir un gars intégralement nu plusieurs scènes d’affilée m’a un petit peu tapé sur le système (alors oui c’est un film sur l’éveil sexuel mais bon c’est gratuit et ça ne justifie pas tant de bitas !)  et les scènes de cul (pornographiques, on peut le dire sans exagérer) qui durent une plombe m’ont achevée ! Pire, durant ces scènes en question, les personnages commencent (encoooore) une nouvelle conversation pseudo philosophique-existentielle ! Il y a un moment où j’ai lâché l’affaire, je n’arrivais même plus à écouter les dialogues autour d’Eros et Thanatos, ce baratin m’a gonflée, je ne supporte pas quand j’ai l’impression d’être prise pour une conne. Le film n’est pas si long que ça mais t’as l’impression qu’il dure trois heures ! Alors je sais qu’on peut avoir l’impression que je me focalise sur pas grand-chose mais pour moi justement ce sont ces petits trucs en question qui gâchent tout le potentiel d’un beau projet. Finalement, tous les efforts esthétiques du monde ne servent rien lorsqu’on est face à tant de propos creux (mais on veut nous démontrer le contraire, héhé malin le Peter !) et pire : eux-mêmes deviennent finalement gratuits et gonflants, ils n’aident même plus à appuyer un quelconque propos.

Que viva Eisenstein ! : Photo Elmer Bäck