Le Grand Jeu (2017)

réalisé par Aaron Sorkin

avec Jessica Chastain, Idris Elba, Kevin Costner, Michael Cera, Chris O’Dowd…

titre original : Molly’s Game

Drame, biopic américain. 2h20. 2017.

sortie française : 3 janvier 2018

La prodigieuse histoire vraie d’une jeune femme surdouée devenue la reine d’un gigantesque empire du jeu clandestin à Hollywood ! En 2004, la jeune Molly Bloom débarque à Los Angeles. Simple assistante, elle épaule son patron qui réunit toutes les semaines des joueurs de poker autour de parties clandestines. Virée sans ménagement, elle décide de monter son propre cercle : la mise d’entrée sera de 250 000 $ ! Très vite, les stars hollywoodiennes, les millionnaires et les grands sportifs accourent. Le succès est immédiat et vertigineux. Acculée par les agents du FBI décidés à la faire tomber, menacée par la mafia russe décidée à faire main basse sur son activité, et harcelée par des célébrités inquiètes qu’elle ne les trahisse, Molly Bloom se retrouve prise entre tous les feux…

Le Grand jeu : Photo Jessica Chastain

Aaron Sorkin est un scénariste réputé depuis plusieurs années, que ce soit à la télévision (A la Maison Blanche, The Newsroom) ou au cinéma (il a remporté l’Oscar du meilleur scénario adapté pour son travail sur The Social Network de David Fincher). Il passe désormais derrière la caméra (même s’il est aussi chargé, sans surprise, du scénario). Le Grand Jeu est inspiré de l’histoire vraie de Molly Bloom (oui, elle s’appelle comme le célèbre personnage du roman Ulysse de James Joyce), cette ancienne skieuse devenue organisatrice de parties de poker pour stars. Parmi ces stars, on retrouvait notamment Tobey Maguire (visiblement, même s’il n’est pas jamais nommé – comme les autres célébrités,  « Joueur X », interprété par Michael Cera, semble être une sorte de représentation de l’acteur de Spiderman), Leonardo DiCaprio, Ben Affleck, Macauley Culkin ou encore Matt Damon. Elle se fait finalement arrêter en 2013 pour ses parties illégales. Ses liens avec la mafia russe n’ont également pas arrangé les choses. Sorkin adapte en partie son autobiographie : je dis bien « en partie » puisque le film s’intéresse aussi à ce qui se passe après la sortie de ce livre (dans le film, son avocat lit même son bouquin). Je suis ressortie de la salle très partagée. Dans l’ensemble, j’ai été surprise de ne pas avoir senti de longueurs alors que le film dure tout de même 2h20. 2h20 pour un film qui ne raconte finalement pas grand-chose sans m’ennuyer relève presque de « l’exploit ». Pour une première réalisation, Aaron Sorkin s’en tire plutôt bien. Certes, la mise en scène n’est pas non plus extraordinaire. Beaucoup diront que Sorkin n’est pas un David Fincher ou un Danny Boyle (Sorkin avait aussi écrit pour lui avec Steve Jobs). Certes, ce n’est pas faux. Mais il n’y a rien de honteux, loin de là : son travail reste plutôt bon. En tout cas, si le film a selon moi beaucoup de défauts, la mise en scène n’est pas selon moi ce qui est à pointer du doigt. Le Grand Jeu bénéficie d’excellentes interprétations.J’aime beaucoup Jessica Chastain (enfin l’actrice, parce que la personnalité publique auto-proclamée porte-parole de toutes les causes commence un peu à me taper sur le système : voilà, c’est dit, je me sens mieux) et sans surprise, elle livre une impeccable interprétation. 

Le Grand jeu : Photo Idris Elba, Jessica Chastain

Cela dit, j’ai été « perturbée » par  sa perruque parfois un peu trop visible et ses décolletés un peu trop mis en avant : certes, son personnage, vulgaire, est assume sa féminité physique dans un milieu très masculin mais j’ai trouvé cet aspect parfois trop surligné. Pour la petite anecdote, c’est la véritable Molly Bloom qui souhaitait voir Chastain interpréter son rôle. J’ai surtout été épatée par la performance d’Idris Elba, tout particulièrement charismatique dans le rôle de l’avocat de l’héroïne. A la sortie de ma séance, je me souvenais même plus de lui que de Chastain. Dans un rôle secondaire, on est toujours content de retrouver ce bon vieux Kevin Costner. Le problème de ce dernier n’est pas son interprétation, loin de là. L’utilisation de son personnage est en revanche gênante. La scène de la patinoire est juste une immense blague et fait perdre à elle-seule tout crédit au film déjà suffisamment bancal : Molly retrouve son bon vieux père un peu par hasard dans ce petit bled qu’est New York à la patinoire, il lui fait alors en trois minutes sa psychothérapie. Vous comprenez, Molly elle se venge des hommes parce que son père était trop autoritaire et en plus c’était un salaud parce qu’il trompait sa femme. Molly trempe dans des affaires douteuses parce qu’elle n’a pas été réussi à être la championne de ski qu’elle aurait dû devenir. Bref, ça m’a fatiguée, même un épisode de 7 à la maison était plus subtil. Et c’est là où je veux commencer à pointer les nombreux défauts de ce long-métrage divertissant mais oubliable et discutable pour différentes raisons. La construction du film est en elle-même bordélique en s’éparpillant sur différents niveaux temporels, sans cesse entremêlés : l’enfance et l’adolescence de Molly en tant que skieuse en partie conseillée et entraînée par son père (leurs relations sont donc assez compliquées), la réussite de Molly dans son « travail » et la possible chute de Molly avec ses problèmes judiciaires. Décidément, on ne veut plus réaliser de biopics traditionnels. La nouvelle mode est de déconstruire à tout prix les histoires linéaires.

Le Grand jeu : Photo Jessica Chastain

Cela dit, le schéma adopté par Sorkin est juste ultra casse-gueule. Pour moi, il passe par ce procédé parce qu’en réalité, la réelle histoire de Molly n’est finalement pas plus que palpitante que cela quand on y réfléchit bien. On ne peut pas s’empêcher de trouver cette structure faussement compliquée pour pas grand-chose, pour combler du vide. Le montage et la voix-off, qui pourraient éventuellement expliquer le rythme du film, sont également à remettre en cause (et je relie les deux défauts ensemble). Le montage semble parfois hasardeux : on passe parfois d’une scène à l’autre un peu en mode « ploum ploum ploum » parce qu’on a l’impression que Sorkin ne parvient pas à se sortir de son schéma narratif inutilement compliqué. Cette voix-off est également discutable : a priori, elle n’est pas déplaisante, elle est plutôt endiablée (même s’il vaut mieux ne pas avoir une dent contre les films bavards, heureusement pour moi, je ne fais pas partie de cette catégorie). Mais elle est trop littéraire dans le sens où on a l’impression d’entendre les extraits de son bouquin juste directement transposés à l’écran. Sorkin ne joue alors pas suffisamment avec cet élément. La voix-off aurait pu par exemple être en décalage avec les images ou quelque chose de ce style. Mais en fait non. Elle ne permet pas aux images de parler d’elles-mêmes. Elle surajoute de l’information inutilement, elle ne nous aide pas non plus à mieux cerner la personnalité de Molly Bloom. Justement, rebondissons sur ce dernier point : le personnage en lui-même est problématique et pas uniquement à cause d’une psychologie digne de Doctossimo concernant ses relations avec son papounet (comme si ça excusait déjà tous ses actes). Certes, cela peut être intéressant de voir une femme qui assume sa féminité évoluer dans un univers très masculin. Mais elle n’a aucun mérite dans sa réussite ou quand elle parvient à se sortir du pétrin : c’est un personnage qui est bien plus passif qu’on veut nous le faire croire. Surtout, tout est fait pour enlever toute responsabilité à ce personnage. La fin, qui nous la présente comme une battante, une winner (alors que sa réussite est discutable), va encore plus dans ce sens et cela m’a dérangée. Le Grand Jeu est un film très décevant qu’on oubliera assez vite…

Le Grand jeu : Photo Jessica Chastain

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Miss Peregrine et les enfants particuliers

réalisé par Tim Burton

avec Eva Green, Asa Butterfield, Ella Purnell, Samuel L. Jackson, Terence Stamp, Rupert Everett, Judi Dench, Allison Janney, Chris O’Dowd, Kim Dickens, Finlay MacMillan…

titre original : Miss Peregrine’s Home For Peculiar Children

Film fantastique américain, britannique, belge. 2h07. 2016.

sortie française : 5 octobre 2016

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À la mort de son grand-père, Jacob découvre les indices et l’existence d’un monde mystérieux qui le mène dans un lieu magique : la Maison de Miss Peregrine pour Enfants Particuliers. Mais le mystère et le danger s’amplifient quand il apprend à connaître les résidents, leurs étranges pouvoirs …  et leurs puissants ennemis. Finalement, Jacob découvre que seule sa propre « particularité » peut sauver ses nouveaux amis.

Miss Peregrine et les enfants particuliers : Photo Asa Butterfield, Ella Purnell, Eva Green, Lauren McCrostie, Pixie Davies

En dehors de quelques exceptions (qui ne sont cependant pas des chefs-d’oeuvre, je pense notamment, en ce qui me concerne, à Sweeney Todd), ça fait depuis pratiquement une quinzaine d’années que Tim Burton n’a plus d’inspiration, qu’il se recycle (et pourtant il a été longtemps un de mes réalisateurs préférés). Mais chez moi, malgré les déceptions que j’ai pu avoir ces dernières années, un Tim Burton suscite encore un intérêt chez moi, c’est toujours un événement. J’attends (faussement) naïvement son prochain vrai bijou. Cette fois-ci il adapte best-seller de l’auteur américain Ransom Riggs. Je me suis procurée le bouquin il y a déjà deux mois mais je vois l’adaptation de Burton, je n’ai pour l’instant pas envie de le lire même si j’ai peut-être tort ! Quand on n’a pas lu le bouquin qui sert de matériau, il est toujours difficile de savoir si le problème d’un film vient du texte d’origine ou du travail d’adaptation même si à ce stade-là je me dis que ça doit probablement venir des deux, d’où maintenant ma méfiance envers le roman (en réalité une trilogie). Cela me fait de la peine au fond de ne pas avoir accroché car je dois reconnaître qu’on reconnait par moments la patte de Tim Burton même si encore une fois je trouve qu’il recycle beaucoup d’idées. On sait par exemple son intérêt pour la photographie, en particulier pour les clichés étranges et même effrayants. Ca se ressent à l’écran et ça crée – heureusement – un joli moment cinématographique. Par ailleurs, on retrouve ces photographies dans l’ouvrage de Riggs. Je pense aussi à cette scène folle (une des meilleures du film même si les figurants ont l’air de faire leur jogging !) au parc d’attraction avec les squelettes qui débarquent et un caméo sympathique de Tim Burton himself ! Enfin, dans les thèmes abordés, on retrouve de nouveau des thèmes qui lui sont chers : la différence, le monde de l’enfance (et le passage vers l’âge adulte), le monstre ou encore la mort. Oui, les thèmes sont effectivement riches mais hélas on ne fait que les survoler. C’est forcément frustrant de passer à côté d’une éventuelle profondeur.

Miss Peregrine et les enfants particuliers : Photo Asa Butterfield, Eva Green

Au-delà de la non-exploitation des thèmes, ce qui m’a à la fois frustrée et foutue en boule, l’histoire ne m’a pas plus emballée que ça (d’où aussi mon appréhension pour découvrir le bouquin). Il faut dire qu’on met une plombe pour entrer dans l’histoire. La première partie ? On se dit tout le long « ah ce gosse, il aimait son grand-père ! Il est braaaave ». Puis une fois qu’on a vraiment découvert Miss Peregrine, les gosses, la maison, le voyage dans le temps et tout le reste qui va avec, sans aucune raison, il y a absolument tout qui s’enchaîne… Mais limite trop ! Je n’ai rien contre le fantastique, loin de là, mais on a vraiment l’impression de passer d’un monde à l’autre (du réel actuel sans magie et sombre à un autre très coloré dans un autre temps avec les bizarreries et autres choses merveilleuses) sans réelle transition. Limite on passe du coq à l’âne ! Surtout dans la deuxième partie, tout s’accélère au point qu’on ne comprend pas toujours tout ce qui se passe (ou alors je passe pour une demeurée… ce que je peux accepter !) ! On voit plein de monstres débouler à droite et à gauche, ça m’a fatiguée ! J’ai trouvé ça faussement compliqué cette histoire de boucle dans le temps, pas forcément très bien expliquée non plus. Surtout, je n’ai pas spécialement compris l’intérêt des particularités des enfants. Oui, on a compris le message autour de la différence voire même autour des victimes de la guerre, du nazisme notamment. Mais je ne trouve pas les pouvoirs de chacun très bien exploités. On a un peu l’impression que certains ont des pouvoirs parce que c’est cool mais au fond, en dehors d’une seule scène, on ne comprend pas trop leur utilité ni l’intérêt, même en ce qui concerne le héros. Pour certains (je pense notamment à Enoch ce chieur ou encore les jumeaux), on met une plombe à connaître leurs pouvoirs. La particularité des enfants m’a semblé du coup assez superficielle. On notera aussi au passage quelques incohérences notamment une liée aux chaussures de plomb d’Emma (un objet assez unique qu’on ne trouve pas comme ça dans un supermarché), celle qui peut s’envoler comme un ballon. Du genre, Burton prend le temps de nous montrer qu’elle ne les a plus, qu’elle les abandonne, que Jake la transporte juste après avec une corde vu qu’elle n’a plus de chaussures. Là on se dit « chouette, il a fait attention ». Et deux scènes plus tard, BIM ! Tu ne sais pas d’où elle les sort mais la meuf a soudainement retrouvé ses pompes !

Miss Peregrine et les enfants particuliers : Photo

J’ai envie de dire du bien d’Eva Green (que j’aime de plus en plus alors qu’il y a quelques années j’avais du mal avec elle). Oui, elle joue bien, elle correspond bien à l’univers de Burton (sa deuxième incursion après le pas très bon Dark Shadows). Son interprétation est bonne, l’actrice est très charismatique, j’aime son côté sombre et sorti d’un autre temps, je n’ai pas de reproche à lui faire, le job est plus que bien fait. Je ne sais pas du tout comment apparaît son personnage dans le roman, je comprends aussi l’envie de mettre en avant les enfants particuliers. Mais on la voit tellement trop peu ! On a presque envie d’inscrire en premier dans le générique « Un oiseau » ! Le reste du casting ne m’a pas tellement impressionnée pour ne pas dire déçue. Pourtant, j’aime beaucoup certains acteurs. Par exemple, en méchant avec des yeux blancs et des dents de monstre sorti d’un dessin pour gosse, Samuel L. Jackson cabotine énormément ! J’ai également beaucoup de sympathie depuis un moment pour le jeune Asa Butterfield, on sait depuis un moment qu’il a du potentiel et pourrait avoir une carrière intéressante s’il ne fait pas trop de conneries. Mais là sans dire qu’il joue comme un pied, il ne m’a pas totalement convaincue, mais je pense que le personnage en lui-même n’est finalement pas très intéressant (en dehors de « c’est choupi, il aime son papi ! »). Le reste du casting n’est pas forcément mauvais mais je dirais que c’est sans plus, les acteurs passent, ils sont à peu près contents d’être dans le nouveau Tim Burton parce que, quand même, c’est Tim Burton, ils font donc le job. Seul Terence Stamp sort finalement un peu du lot. Pour sauver tout ça, en dehors de quelques thèmes intéressants mais qui auraient pu être mieux traités, de quelques scènes tout de même amusantes et pas trop mal foutues, je dois tout de même reconnaître un travail esthétique. Rien que visuellement on parvient à faire une distinction entre les deux mondes. Encore une fois on va aussi revenir au lien avec la photographie : il y a des scènes où on voit effectivement bien ce rapport et en général ces aspects sont plutôt bien mis en valeur (même s’il n’y en a pas des masses non plus).

Miss Peregrine et les enfants particuliers : Photo Eva Green

Girls (saison 1)

Créée par Lena Dunham

avec Lena Dunham, Allison Williams, Jemima Kirke, Zosia Mamet, Adam Driver, Alex Karpovsky, Christopher Abbott, Andrew Rannells, Becky Ann Baker, Peter Scolari, Kathryn Hahn, James LeGros, Chris O’Dowd…

Série comique américaine. 1ere saison. 2012.

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Cette première saison met en scène quatre jeunes filles d’une vingtaine d’années entrant dans la vie active et qui ont toutes leurs problèmes : Hannah Horvatz, éternelle stagiaire qui rêve de devenir écrivain et sort plus ou moins avec un garçon à la sexualité débridée, Marnie est une jeune fille sérieuse mais qui s’ennuie avec son petit ami, Jessa a fait le tour du monde et vit sa vie de « hippie » et Shoshanna est encore une étudiante fan de Sex and the City et toujours vierge.

Photo Jemima Kirke, Lena Dunham, Zosia Mamet

Cela faisait un moment que je souhaitais parler de cette série mais je ne savais pas trop comment m’y prendre alors j’ai décidé de l’évoquer de temps en temps sur ce blog, en allant tout simplement de saison en saison. J’ai aussi revu cette série très récemment histoire d’avoir un nouveau regard et je dois avouer que cela a été bénéfique. En effet, même si j’avais déjà beaucoup aimé cette première saison (sinon je n’aurais pas forcément voulu regarder le reste), certaines qualités m’ont vraiment sauté aux yeux en la redécouvrant. Je ne sais pas si Lena Dunham, créatrice, mais aussi scénariste et même réalisatrice d’un grand nombre d’épisodes, avait déjà en tête le scénario pour les saisons à venir mais quand on voit tout ce qui se passe jusqu’à présent (saison 4), je trouve qu’elle a vraiment bien su rebondir et utiliser à bon escient tous les éléments mis en place dès cette première saison. La série en général n’est peut-être pas parfaite, elle ne plaira pas non plus à tout le monde, notamment pour son côté très cru (il faut dire qu’elle est produite par Judd Apatow, cela ne peut pas être un hasard), parfois Lena Dunham peut énerver pour son côté très donneuse de leçons (un peu comme son personnage Hannah d’ailleurs) mais je dois reconnaître qu’elle a un parcours admirable pour son jeune âge. Je ne vais pas trop critiquer son travail de showrunner ici car je n’ai pas trop de critiques négatives en ce qui concerne cette première saison en particulier, les critiques viendront vraiment plus tard au fil des autres saisons. Ce qui est sûr, c’est que la jeune actrice/réalisatrice/productrice, qui avait d’ailleurs décroché le Golden Globe de la meilleure actrice dans une série comique après la diffusion de cette première saison, est une jeune femme qui sait observer et les retranscrire. Sur le papier, le résumé de Girls pourrait limite inquiéter dans le sens où on ne verrait pas forcément en quoi cette série pourrait être novatrice et surtout, avec un tel titre, on aurait pu s’attendre à un énième Sex and the City. Mais justement, Girls est l’anti-Sex and the City ! Les héroïnes en question sont jeunes, paumées, ont du mal à trouver du travail, vivent des appartements miteux et ont parfois des relations sexuelles trèèès étranges !

Photo Adam Driver, Lena Dunham

Il n’est pas toujours facile d’aimer les personnages de Girls car elles ont quand même leurs défauts qui sont d’ailleurs mis de plus en plus en avant au fil des saisons. Mais quelque part, et encore une fois, en donnant une seconde chance (si on peut dire ça comme ça) à cette première saison qui m’avait déjà convaincue, j’aime aussi les personnages parce que justement elles ne sont pas parfaites et quelque part, en ce qui me concerne, je me reconnais en elles ou alors je reconnais des personnes de mon entourage. J’avoue ne pas me reconnaître en Marnie (une fille assez coincée, voire même frustrée et déjà coincée dans sa routine), c’est peut-être même le personnage que j’aime le moins, mais au fil de mes expériences, j’avoue connaître beaucoup de Marnie autour de moi, des personnages qui m’agacent ou alors je ne comprends pas forcément leur manière de vivre (même si je n’ai évidemment pas de leçons à donner). Quelque part, Marnie est un personnage réussi, assez réaliste de ce qui se passe chez pas mal de jeunes de la vingtaine (je pense par exemple à beaucoup qui sont « en couple » depuis longtemps mais à 20/22 ans sont déjà épuisés par cette longue relation). Finalement, même si encore une fois il ne s’agit pas de mon personnage préféré, j’ai appris avec le temps à apprécier ce personnage. On va quand même parler d’Hannah car même si la série s’appelle Girls, ce personnage est tout de même le point de départ de l’histoire en étant vraiment mis en avant. Il faut quand même le dire : Hannah est très énervante notamment à cause de son égocentrisme (notamment quand Marnie apprend tout ce qu’il y a dans le journal intime d’Hannah, Hannah lui demande si dans un autre contexte elle aurait aimé son écriture) voire même limite irresponsable (comme sa blague douteuse sur la pédophilie face à son futur boss qui n’est évidemment plus son futur boss). Ceci dit, j’ai fini par aimer Hannah parce que je me reconnais un peu en elle : ses complexes physiques, son manque de confiance en elle (même si elle le traduit par une sorte d’excès de confiance, ce qui est tout le contraire de mon caractère), son goût pour l’écriture et ses angoisses. J’aime aussi beaucoup Jessa même si là encore ce n’est pas forcément évident d’apprécier ce personnage et qu’il faut quelque part un petit temps d’adaptation. Jessa, la cousine anglaise de Shoshanna, est une baba hippie cool qui a beaucoup voyagé, elle est assez délurée, un peu détachée de ce qui se passe dans la société, elle est assez spontanée, vive mais peu aussi paraître vulgaire. A priori, je n’ai rien à voir cette fille, et au début, à cause de son apparence, je n’ai pas non plus tout de suite accroché au personnage. Mais là encore, c’est le temps qui m’a permis de m’attacher à cette jeune fille qui a finalement un coeur énorme et cache une grande sensibilité. Je dois avouer que je me reconnais un peu en elle justement parce que j’ai un côté un peu grande gueule comme elle (et comme Hannah aussi), limite révolutionnaire (ahaha la scène dans le jardin d’enfant est énorme) mais après c’est aussi une manière pour ne pas montrer toutes mes émotions. Mais je dois avouer que je me sens très proche de Shoshanna, notamment parce qu’elle est speed, parle très vite (et je vous assure que j’ai un certain débit et que cela me demande beaucoup de boulot pour parler à un rythme modéré), qu’elle est coquette (au niveau de la garde-robes, là encore, on se ressemble, j’adore le « on »), elle dit vraiment ce qu’elle pense (certes, Hannah et Jessa sont aussi franches mais pas autant que Shoshanna, non, elles ne peuvent pas rivaliser), raconte n’importe quoi quand elle est sous l’emprise d’alcool et de drogues ce qui lui arrive rarement et est concentrée sur ses études.

Photo Lena Dunham

La série a beau s’appeler Girls et mettre des personnages féminins en avant, Dunham n’a pourtant pas délaissé les hommes qui ont chacun un rôle important. Le personnage le plus charismatique reste Adam, le mec bizarre d’Hannah, un gars assez pessimiste et asocial qui passe au début pour un détraqué sexuel mais après on apprend vraiment à l’apprécier, à comprendre d’où vient son côté sombre et on s’aperçoit là encore qu’il a un bon fond. Il est aussi drôle car il ne sait pas se comporter correctement (du genre il débarque comme un fou avec un paquet de shampoings dans la douche alors qu’Hannah y est déjà puis après pisse dedans alors que sa copine y est toujours !).J’aime également beaucoup Ray, le meilleur pote de Charlie, qui n’hésite également à dire ce qu’il pense et balance des phrases très cassantes. Charlie est un personnage un peu trop lisse et gentil mais ce n’est pas forcément un reproche dans le sens où ce sont justement ses qualités qui vont lasser sa petite amie Marnie. Enfin, comme beaucoup de fans, j’aime énormément Elijah. Alors certes, on reprend un peu le cliché du meilleur ami gay mais j’adore vraiment sa personnalité et j’étais vraiment heureuse de voir à quel point il prenait de la place au fil des saisons. Ce gars est à lui tout seul une tornade ! Girls est aussi connu pour son côté trash, que ce soit à travers des répliques très salaces et surtout des scènes assez crues. Je dois avouer que la première fois que j’ai regardé cette série, les scènes de sexe et tout ça m’ont gênée. Pas tellement à cause du contenu mais parce que j’avais l’impression que c’était vraiment gratuit, du genre une pseudo revendication pour se détacher des autres séries. Certes, je pense qu’il y a quand même toujours maintenant une part de provocation, qui se confirme d’ailleurs au fil des saisons. Cependant, en revoyant cette première saison, les scènes en question ne m’ont plus autant gênée car je pense avoir compris où Dunham a voulu en venir.
Photo Allison Williams
En fait, je dois même dire que maintenant ces scènes de sexe en question sont pour moi très drôles. Je pense notamment à celle avec Jessa qui couche avec son ex – qui est en couple – alors que Shoshanna est encore dans l’appartement, la scène de masturbation d’Adam (pendant ce temps, Hannah en profite pour lui prendre des sous) ou encore à la scène de sexe avec les parents d’Hannah sous la douche qui se finit évidemment par un accident ! Et puis, je dois avouer que ça fait du bien de voir des filles normales avoir des relations sexuelles. De plus, même si c’est cru, même s’il y a quelque chose de gratuit, les scènes ont le mérite de ne pas sur-érotiser les actrices, on cherche plutôt la normalité même dans les actes sexuels les moins banals. Surtout, pour moi, les scènes de sexe assez représentatives d’une certaine sexualité entre jeunes adultes : soit les jeunes semblent assez libérés (cela passe aussi par le porno et les sextos) soit ils connaissent déjà la frustration (alors que, selon les points de vue, on pourra tout simplement dire qu’il s’agit de relations sexuelles « normales »), soit encore on aborde la question de la virginité tardive. C’est aussi une jeunesse en même temps préoccupée par la contraception et qui peut aussi avoir un comportement irresponsable malgré cette peur MST notamment. La série a aussi le mérite de mettre en avant à plusieurs reprises la masturbation féminine, vraiment trop peu représentée ou évoquée à la télé ou au cinéma. Mais heureusement, la série ne se limite pas non plus qu’à la question du sexe chez les jeunes adultes. La drogue, notamment dans les soirées, fait partie des sujets abordés (même s’il sera renforcé davantage dans les saisons suivantes, avec Jessa), le harcèlement sexuel au travail (avec les collègues d’Hannah qui traitent Adam de pervers mais acceptent volontiers de se laisser toucher par leur boss sans broncher) ou encore le fait de flirter avec son boss.
Photo Jemima Kirke, Lena Dunham, Zosia Mamet
Mais c’est surtout le discours sur l’angoisse de l’avenir qui m’a vraiment parlé. Cette question est évidemment abordée notamment à travers la confrontation entre Hannah et ses parents, qui n’ont pas la même vision des choses, que ce soit à propos du travail ou des relations amoureuses. Comment être rassurée par son avenir quand on voit que les études ne servent finalement à rien et qu’on est toujours l’éternelle stagiaire évidemment pas payée et qu’on est obligée de squatter dans des appartements pourris ? Cependant, même si la série pointe assez justement ces angoisses et que ça fait aussi du bien de voir… la réalité tout simplement, Dunham n’est pas tendre avec sa génération. Elle montre clairement que c’est une génération qui a envie d’être adulte, qui est confrontée à des problèmes d’adultes et en même temps refuse aussi de grandir même si cette génération en question n’appartient plus à la tranche adolescente. Je ne sais pas si, comme Hannah, Dunham est « la voix de [sa] génération » mais en tout cas elle a vraiment compris pas mal de choses sur la sienne et donc aussi la mienne. La série ne pourra peut-être pas plaire à tout le monde mais elle a le mérite d’être courte : il n’y a que dix épisodes par saison et chaque épisode dure environ 25 minutes. Du coup, cela permet aux scénaristes de ne pas non plus s’étendre sur des éléments insignifiants, la série gagne en rythme et en efficacité tout simplement. On sent aussi qu’il y a un grand soin accordé à la réalisation et à l’esthétique qui n’est pourtant pas la première chose qui saute aux yeux. Il n’y a pas de chichis mais on voit bien que les réalisateurs (Dunham en fait partie) ont voulu retranscrire un New York à la fois jeune, moderne et en même temps il y a quelque chose de volontairement crade et triste. Enfin, la série possède un excellent casting, la plupart sont tout simplement amis dans la vraie vie et se connaissent depuis longtemps et cela se ressent : on sent au moins une complicité entre les personnages. Pour conclure, cette première saison, qui ne plaira peut-être pas tout le monde, est pour moi bonne, même meilleure que je ne le pensais. Elle possède de vraies qualités d’écriture, a des personnages en béton auxquels on s’attache finalement avec le temps, en mettant vraiment en avant leurs qualités et leurs failles, et donne envie de regarder la saison 2 (j’en parlerai sur mon blog mais pas tout de suite, histoire que le blog ne se transforme pas en sorte de fan-club de Girls).
 Photo Allison Williams, Jemima Kirke, Lena Dunham

The IT Crowd

Créée par Graham Linehan

avec Chris O’Dowd, Richard Ayoade, Katherine Parkinson, Matt Berry, Christopher Morris, Noel Fielding…

Série comique britannique. 4 saisons. 2006-2013.

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Chez Reynolds Industries, les hautes tours de l’entreprise sont remplies de beaux et heureux employés qui ne tarissent pas d’histoires de succès. Sauf ceux qui travaillent dans le sous-sol : le département du support informatique. Alors que leurs collègues évoluent dans un cadre magnifique, Jen, Roy et Moss doivent se contenter d’une cave sombre et horrible, et se battre pour en faire un environnement vivable…

The IT Crowd : Photo Chris O'Dowd, Katherine Parkinson, Richard Ayoade

Après avoir dévoré les trois saisons de Black Books (créée par Dylan Moran et Graham Lineham), je recherchais assidûment une nouvelle sitcom britannique aussi drôle et aussi inventive. Des années se sont écoulées et finalement j’ai fini par me réveiller : Graham Linehan a forcément crée d’autres séries. En parcourant la fiche wiki de ce cher bonhomme, je m’aperçois qu’il est à l’origine de la série The IT Crowd. Je connaissais cette série, réputée pour être drôle et culte, surtout de nom, je savais surtout qu’elle avait révélé Chris O’Dowd (vu après dans les films à succès Good Morning England et Mes Meilleures Amies) et Richard Ayoade (le réalisateur de Submarine). Je n’avais jamais eu l’occasion de la regarder mais la blogueuse Sentinelle, réagissant sur mon billet sur Black Books, m’a encouragée à la découvrir. Depuis je la remercie car The IT Crowd fait partie des meilleures séries comiques que j’ai pu voir jusqu’à présent. Quand on observe bien, The IT Crowd présente un schéma similaire à celui de Black Books : deux garçons asociaux et marginaux (dont un est originaire d’Irlande) et une fille un peu plus sociale mais barrée tout de même, coincés dans un lieu de travail fermé. Cependant, malgré ce même schéma similaire à Black Books, The It Crowd n’a rien d’un Black Books bis, elle parvient à exister avec ses propres personnages et ses propres situations. Cela prouve bien que Graham Lineham est un créateur et scénariste inspiré et qu’il a su se renouveler. Cette série, qui présente des geeks, peut faire penser sur le papier à The Big Bang Theory. Cette dernière a d’ailleurs pu être inspirée par la série britannique histoire de combler l’échec du remake américain (annulé après le pilote) car il faut avouer qu’il y a quelques similitudes (même s’il ne s’agit pas non plus d’une copie). J’aime bien The Big Bang Theory mais dans le même genre (geek + humour pour caricaturer), je préfère laaaargement The IT Crowd !

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Graham Linehan assume totalement l’univers geek de sa série : ici, les braves geeks ne vont pas se taper des mannequins sous prétexte qu’être geek est soi-disant à la mode. Non, ici, les deux personnages, Roy et Maurice Moss sont clairement bizarres, asociaux et ne comprennent pas les gens « normaux ». Pire, leur bizarrerie geek va finir par déteindre sur Jen, leur chef incompétente qui était jusqu’à présent dans la norme. Cependant, il ne s’agit pas d’une moquerie contre ces deux geeks. Au contraire, grâce à un grand nombre de références et toute une multitude de détails (notamment dans les décors), Linehan rend hommage à cette communauté. De plus, cet univers, situé dans un monde bien réel, permet de créer des gags ou situations absurdes (souvent liés à des quiproquos) sans tomber dans la vulgarité ni dans la débilité (un peu comme dans Black Books finalement). Au-delà de ces gags, parfois très surprenants, qui fonctionnent plus que bien, on a également droit à des répliques percutantes comme : « Have you tried turning it off and on again? ou « If you type google in Google, you can break the Internet”. On aurait pu avoir une banale sitcom, mais chaque épisode est très inspiré, inventif et rythmé. Du coup, chaque épisode est vraiment réussi et drôle. Evidemment que chaque spectateur aura ses épisodes préférés mais il n’y a pas d’épisodes ratés, ce qui est rare pour une série. Il faut dire que, comme dans ses précédentes séries, Graham Linehan a limité The IT Crowd à quatre saisons qui comportent six épisodes de 24 minutes et c’est bien mieux ainsi, au moins, la qualité ne fléchit jamais. Beaucoup parlent d’une cinquième saison, en réalité, le tout dernier épisode, « The Internet is coming » (ou pour certains « The Last Byte ») est à part. Il dure 45 minutes et donne une véritable conclusion à cette série afin de combler vraiment tous les fans. Nous saurons alors si nos trois héros resteront à vie les losers du sous-sol.

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Chaque épisode réussit toujours à offrir un moment grandiosement barré et hilarant. Il est impossible d’énumérer tous les épisodes mais je retiens tellement de moments cultes : Roy et Moss qui font croire à Jen qu’Internet se résume à une boîte noire avec un bouton rouge, le délire avec le long numéro à composer pour contacter les urgences, la rencontre de Moss avec un cannibale, le repas entre amis qui vire au cauchemar (tout particulièrement pour Roy qui veut draguer un mannequin défiguré), les parodies de la publicité contre le piratage, des réseaux sociaux ou encore d’Anonymous, la version des Chiffres et des Lettres dans la rue, Roy qui tente de comprendre comment les parents de sa copine ont pu dépérir d’un incendie dans un parc aquatique (?!), Douglas qui tombe amoureux d’un transsexuel, le calendrier geek, Moss qui se fait passer pour le mari de Jen etc… (la liste est loin d’être terminée). Malgré tous ces épisodes merveilleux, qui me font hurler de rire rien que d’y penser, j’ai vraiment eu un coup de coeur pour « Work Outing » (« La Soirée Gay » en VF), premier épisode de la saison 2. Il est difficile de résumer correctement cet épisode, mais pour faire court, Jen (et son rencard), Roy et Moss vont voir une comédie musicale intitulée sobrement « Gay ». Les événements s’enchaînent à une vitesse folle qu’on finit par en pleurer de rire (et je ne plaisante pas, j’étais vraiment en larmes et j’en ai encore mal au ventre) mais jamais l’écriture ne s’embrouille, au contraire elle est même ingénieuse et riche en surprises. Je pense qu’il s’agit vraiment d’un sommet de comédie. Selon moi, ce n’est pas uniquement le meilleur épisode de la série. « Work Outing » fait largement partie du top 5 des meilleurs épisodes de sitcoms tout court. Quand je n’ai pas le moral, je vous assure que ça m’arrive de le revoir !

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Au-delà d’une écriture fabuleuse et d’un humour décapant, les personnages, décalés et parfois à la limite du cartoonesque, font partie des points forts de The IT Crowd et sont interprétés par des acteurs brillants. On s’attache vraiment à tous les personnages, même les plus secondaires. Comme beaucoup, mon personnage préféré est Maurice Moss, interprété par un fabuleux Richard Ayoade (au passage, réalisateur de l’excellent Submarine). Reconnaissable avec son look de nerd (la chemise à manches courtes rentrée dans un pantalon court et les grosses lunettes), il a du mal à s’adapter dans la société et n’en comprend pas toujours ses codes. Cela rend alors ce personnage drôle, atypique et lunaire. Surtout, j’adore son phrasé si particulier (parfois enfantin) et son débit rapide (donc à voir vraiment cette série en VO). J’aime évidemment son ami Roy Trenneman (le génial Chris O’Dowd), un geek cynique, lassé par son travail, qui veut au contraire essayer de s’adapter à la société et finalement se retrouve toujours dans des situations foireuses. Jen Barber, incarnée par une excellente Katherine Parkinson, complète ce trio. Contrairement à ses deux compères, elle est sur le papier « normale ». D’ailleurs, les spectatrices se reconnaîtront dans certaines situations (quand elle est énervée à cause de ses règles ou quand elle veut acheter des chaussures qui lui serrent un peu trop les pieds : nous sommes toutes passées par là). Mais elle se retrouve elle aussi dans des situations bizarres car elle est chef du service informatique alors qu’elle sait à peine envoyer un email et surtout utilise souvent le mensonge qui va tout sauf l’aider ! Même si on ne le voit pas beaucoup, Richmond (Noel Fielding) est également un personnage que j’adore. Ce gothique, réfugié derrière la fameuse porte rouge, est particulièrement drôle quand il veut raconter une histoire (il regarde en l’air dans le vide en prenant une voix mélodramatique et dépressive). Enfin, il faut également parler du gros changement de la série : le boss. En effet, dans la première saison, on s’était vraiment habitué à Deynholm Reynholm (Christopher Morris, le réalisateur de We Are Four Lions), la représentation même du PDG crétin qui utilise des méthodes soi-disant révolutionnaires pour aider les employés à mieux faire leur travail, mais en réalité elles sont stupides. Sa disparition m’a évidemment fait un choc car en une saison ce personnage était déjà culte. Comment remplacer l’irremplaçable ? Finalement, Matt Berry, qui interprète son fils Douglas, est la très bonne surprise de cette série. Berry n’a que onze ans d’écart avec Morris mais il est tellement crédible et hilarant en boss inculte et moqueur, qui n’en fout pas une de la journée, obsédé sexuel et si théâtral (son « Faaaaaaaaather » est magnifique) qu’on oublie très rapidement ce détail.

The IT Crowd : Photo Chris O'Dowd, Richard Ayoade

Calvary

réalisé par John Michael McDonagh

avec Brendan Gleeson, Chris O’Dowd, Kelly Reilly, Aidan Gillen, Dylan Moran, Isaach de Bankolé, Marie-Josée Croze, M. Emmet Walsh, Domhnall Gleeson, David Wilmot, Pat Short…

Comédie dramatique irlandaise, britannique. 1h45. 2014.

sortie française : 26 novembre 2014

Calvary

La vie du père James est brusquement bouleversée par la confession d’un mystérieux membre de sa paroisse, qui menace de le tuer. Alors qu’il s’efforce de continuer à s’occuper de sa fille et d’aider ses paroissiens à résoudre leurs problèmes, le prêtre sent l’étau se refermer inexorablement sur lui, sans savoir s’il aura le courage d’affronter le calvaire très personnel qui l’attend…

Calvary : Photo Brendan Gleeson, Chris O'Dowd

Etant donné que j’avais beaucoup aimé son premier long-métrage L’Irlandais (avec déjà Brendan Gleeson au casting), j’avais logiquement envie de découvrir le second long-métrage du réalisateur John Michael McDonagh, Calvary. Hélas, Calvary m’a énormément déçue, on ne retrouve clairement pas l’étincelle présente dans L’Irlandais. McDonagh tente de reprendre l’univers présenté dans son premier film. Hélas, il finit surtout par surfabriquer l’absurde. On a du mal à adhérer totalement aux situations surécrites ou aux personnages un peu trop caricaturaux, pourtant interprétés par des acteurs talentueux. Du coup, ce qui aurait pu nous faire rire ou amuser finit surtout par nous faire bâiller. Autre point qui m’a vraiment interpellée : j’ai trouvé au bout d’une minute, montre en main, l’identité du type qui compte assassiner le père James. Quand je dis « trouver », ce n’est pas deviner vaguement : en regardant le film en VO, j’ai réellement reconnu la voix de l’acteur. Je sais que le but n’est pas de trouver le coupable, il ne s’agit pas concrètement d’un film policier. Tout ceci n’est qu’un prétexte pour livrer d’autres réflexions. Cependant, je me suis tout de même demandée si le père James avait reconnu cette voix. Le film n’est pas très clair là-dessus. J’espère qu’il fait semblant de ne pas reconnaître, sinon il est vraiment idiot et sourd ! De plus, même s’il ne s’agit pas à proprement parler d’un polar, le film aurait pu développer un peu plus cette intrigue : le film aurait été plus intéressant et rythmé. Je dois avouer que j’ai eu du mal à aimer ce film, sans vilain de jeu de mots, c’était parfois un calvaire…

Calvary : Photo Dylan Moran, Kelly Reilly

Cependant, certaines scènes ont su m’interpeller et le recul m’a permis d’apprécier davantage ce film qui possède d’indéniables qualités. Je n’aime pas forcément juger un film que sur de la réflexion (il y a des films intelligents que je n’aime pas) mais ici j’ai vraiment été sensible au propos. Pour moi, il ne s’agit simplement d’un type X abusé par des prêtres mais plutôt d’une représentation d’une Irlande abusée par cette Eglise catholique qui tente de tourner la page. La construction du film est également intéressante : en effet, John Michael McDonagh se serait basé sur la théorie du deuil (selon la psychiatre suisse Elisabeth Kübler-Ross). Il reprend alors les cinq étapes pour constituer les parties de son film : le déni (même si cela ne répond pas à mon interrogation sur l’identification de la voix), la colère, le marchandage, la dépression et l’acceptation. De plus, malgré un scénario très faible, la mise en scène reste tout de même bonne. Même si le film m’a en grande partie ennuyée, McDonagh a pour moi réussi à jouer sur les deux significations du mot « calvaire ». Je trouve qu’on voit tout de même bien le tiraillement du père James entre sa responsabilité d’homme d’Eglise et ses interrogations en tant qu’individu. La fin du film, qui traite avec émotion et pudeur la question du pardon, sauve également une grande partie du film. Enfin, j’ai énormément aimé l’interprétation de Brendan Gleeson. On ne le dit pas assez mais c’est pour moi un grand acteur et il prouve ici son immense talent.

Calvary : Photo Aidan Gillen, Brendan Gleeson

The Double

réalisé par Richard Ayoade

avec Jesse Eisenberg, Mia Wasikowska, Wallace Shawn, Noah Taylor, Yasmin Paige, Cathy Moriarty, James Fox, Sally Hawkins, Chris O’Dowd, Craig Roberts…

Drame, thriller britannique. 1h33. 2013.

sortie française : 13 août 2014

The Double

Garçon timide, Simon vit en reclus dans un monde qui ne lui témoigne qu’indifférence. Ignoré au travail, méprisé par sa mère et rejeté par la femme de ses rêves, il se sent incapable de prendre son existence en main. L’arrivée d’un nouveau collègue, James, va bouleverser les choses, car ce dernier est à la fois le parfait sosie de Simon et son exact contraire : sûr de lui, charismatique et doué avec les femmes. Cette rencontre amène James à prendre peu à peu le contrôle de la vie de Simon…

The Double : Photo Jesse Eisenberg

Après la bonne surprise Submarine, l’acteur de la série The IT Crowd Richard Ayoade, reconverti en réalisateur, signe son second long-métrage The Double, adapté du roman de Dostoïevski. Quant au scénario,il a été co-écrit par Avi Korine (le frère de Harmony, ce dernier étant l’un des producteurs exécutifs). Hélas, The Double est beaucoup moins convaincant que Submarine, même s’il a ses qualités. Esthétiquement, le film est remarquable. Les décors permettent de plonger le spectateur dans un temps à la fois indéfini, décalé et sombre. Les jeux avec l’espace et la lumière sont également intéressants et la photographie est très belle. Le film est également sauvé par son humour noir. Hélas on a l’impression de regarder une oeuvre pas aboutie, qui manque de consistance et qui n’apporte rien de neuf à un sujet passionnant, celui de la dualité. Je m’attendais aussi à un film plus dérangeant. Si le thème de la solitude est plutôt bien traité, par contre, les questions de l’identité et de l’affirmation de soi ne sont pas forcément toujours bien exploitées. En effet, en utilisant qu’un seul point de vue, tout m’a semblé un peu trop facile et clair, les pistes n’étant pas assez brouillées. Malgré un montage hystérique, l’effet schizophrène ne fonctionne pas du tout. Surtout l’angoisse fait souvent place à l’ennui, le début étant particulièrement mou. Du coup, malgré des procédés théâtraux pourtant bienvenus, la dimension tragique qu’aurait dû posséder ce film n’est pas suffisamment présente.

The Double : Photo Jesse Eisenberg, Mia Wasikowska

La musique d’Andrew Hewitt est très réussie mais elle n’est pas toujours bien utilisée et devient même lassante. Heureusement qu’il y a Jesse Eisenberg, qui parvient parfaitement à donner vie à deux personnages différents (d’un côté, un asocial invisible aux yeux de la société, de l’autre un homme sûr de lui et aimé de tous) avec le même physique. En revanche, Mia Wasikowska est pour moi une erreur de casting. Elle n’arrive jamais à trouver son interprétation : elle est soit trop théâtrale, sauf qu’elle ne trouve jamais son rythme (ce qui se voit encore plus quand on entend le débit impressionnant de Eisenberg), soit elle a l’air de s’en foutre (le risque quand on joue une dépressive). En conclusion, même s’il s’est un peu raté (il ne s’agit pas non plus d’une catastrophe), Richard Ayoade reste pour moi un réalisateur à suivre. Certes, il n’a pas tout inventé (les références, de Hitchcock à Lynch en passant par Gilliam ou Kafka, sont très – trop ? – visibles), mais il a tout de même un univers intéressant, décalé, avec de l’humour noir. Peut-être qu’il a vu un peu gros pour un deuxième film.

The Double : Photo Jesse Eisenberg