Ave, César !

réalisé par Joel et Ethan Coen

avec Josh Brolin, George Clooney, Alden Ehrenreich, Ralph Fiennes, Scarlett Johansson, Channing Tatum, Tilda Swinton, Jonah Hill, Frances McDormand, Christophe Lambert, Heather Goldenhersh, Veronica Osorio, Max Baker, Ian McBlack, David Krumholtz, Alison Pill, Alex Karpovsky…

titre original : Hail, Caesar !

Comédie américaine, britannique. 1h40. 2016.

sortie française : 17 février 2016

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La folle journée d’Eddie Mannix va nous entraîner dans les coulisses d’un grand studio Hollywoodien. Une époque où la machine à rêves turbinait sans relâche pour régaler indifféremment ses spectateurs de péplums, de comédies musicales, d’adaptations de pièces de théâtre raffinées, de westerns ou encore de ballets nautiques en tous genres. Eddie Mannix est fixer chez Capitole, un des plus célèbres Studios de cinéma américain de l’époque. Il y est chargé de régler tous les problèmes inhérents à chacun de leurs films. Un travail qui ne connaît ni les horaires, ni la routine. En une seule journée il va devoir gérer aussi bien les susceptibilités des différentes communautés religieuses, pour pouvoir valider leur adaptation de la Bible en Technicolor, que celles du très précieux réalisateur vedette Laurence Laurentz qui n’apprécie que modérément qu’on lui ait attribué le jeune espoir du western comme tête d’affiche de son prochain drame psychologique.Il règle à la chaîne le pétrin dans lequel les artistes du studio ont l’art et la manière de se précipiter tous seuls. En plus de sortir une starlette des griffes de la police, ou de sauver la réputation et la carrière de DeeAnna Moran la reine du ballet nautique, Eddie Mannix va devoir élucider les agissements louches du virtuose de claquettes, Burt Gurney. Cerise sur le gâteau, il a maille à partir avec un obscur groupuscule d’activistes politique qui, en plein tournage de la fameuse superproduction biblique AVE CÉSAR lui réclame une rançon pour l’enlèvement de la plus grosse star du Studio, Baird Whitlok. Le tout en essayant de juguler les ardeurs journalistiques des deux jumelles et chroniqueuses ennemies, Thora et Thessaly Thacker. La journée promet d’être mouvementée.

Ave, César! : Photo George Clooney, Josh Brolin

Je suis une immense fan des frères Coen au point d’avoir vu toute leur filmographie. Certes, ils n’ont pas signé que des chefs-d’oeuvre mais j’arrive même à apprécier les quelques films moyens ou mineurs de leur carrière. J’avais donc très envie de découvrir leur dernière comédie, présentée en ouverture au dernier festival de Berlin (en hors compétition), qui présente un sacré casting dans lequel nous retrouvons beaucoup d’habitués de leur univers : Josh Brolin (No Country for Old Men, True Grit), George Clooney (O’Brother, Intolérable CruautéBurn After Reading), Scarlett Johansson (The Barber), Frances McDormand (Sang pour Sang, Fargo, Burn After Reading, The Barber etc… il s’agit de sa 8e collaboration avec les frangins) et Tilda Swinton (Burn After Reading). Selon les deux réalisateurs, Ave, César ! marque le dernier film de « la Trilogie des Idiots » après l’excellent O’Brother et le sympathique Burn After Reading. Hélas, je n’ai pas du tout aimé leur dernier long-métrage. Il s’agit pour moi d’une énorme déception : c’est réellement la première fois que je trouve un de leurs films mauvais. C’est encore une fois la preuve qu’un film bourré de stars n’est pas toujours un gage de qualité. Je me suis énormément ennuyée et je n’ai pas ri tant que ça. Certes, les scènes de tournage sont sympas. Le tournage du film avec le personnage de George Clooney qui incarne César peut effectivement les péplums de l’époque, la séquence musicale avec Channing Tatum en marin est fantastique et la scène avec Scarlett Johansson en sirène est également bien foutue esthétiquement. La scène de tournage avec Alden Ehrenreich en acteur de western ne sachant pas aligner trois mots sous la direction du so british Ralph Fiennes est vraiment excellente, certainement la seule qui m’a vraiment fait rire (avec ce qui suit derrière). Hélas, ce n’est pas parce que ces scènes-là sont réussies que le reste l’est. Il manque pour moi une véritable cohérence entre les scènes de tournage et celles en dehors du studio, mais surtout il n’y a pas de cohérence entre les différentes intrigues mises en place, c’est-à-dire entre la réunion des différentes autorités religieuses pour réaliser un film adapté de la Bible en Technicolor, le kidnapping de Baird Whitlock par des communistes, le secret de grossesse d’une star célibataire et le changement de registre d’un acteur de western. On a du coup l’impression d’assister à une alternance de sketchs pas du tout aboutis. Par conséquent, on connait mal les personnages et on n’a pas envie de s’intéresser à eux (et à leurs histoires).

Ave, César! : Photo Alden Ehrenreich, Ralph Fiennes

Que ce soit les personnages, les différentes histoires à l’intérieur de la grande, les nombreuses références historiques (notamment le maccarthysme qui a condamné de nombreux artistes) et plus généralement les thèmes abordés (les conditions de travail des artistes, l’éternelle opposition entre l’art et le marketing), tout est survolé alors que ça méritait un meilleur traitement. C’est dommage car d’un point de vue esthétique, le film est plutôt réussi avec notamment des beaux costumes, d’imposants décors et une photographie soignée, le tout permettant vraiment aux spectateurs de retrouver une certaine image que nous avons en tête des films hollywoodiens des années 1950 sans qu’on tombe dans quelque chose de trop kitsch. En revanche, même si les scènes de tournage ont pour but de nous refaire vivre un instant le cinéma de cette époque, je ne savais pas trop comment réagir. Je ne savais pas s’il s’agissait d’un hommage, d’une caricature, d’une parodie ou des trois à la fois (ou même une autre option). Du coup, je pense que ça m’a bloquée pour apprécier totalement ces scènes mais même plus généralement le film. Je pense que c’est aussi pour cette raison que je n’ai ni retrouvé l’humour grinçant des Coen que j’aime tant ni leur noirceur. Enfin, étant donné que les stars ne font que passer, les interprétations ne sont pas non plus totalement satisfaites. Alden Ehrenreich (certainement la moins « star » du casting) est celui qui s’en sort à mon avis le mieux et qui a un rôle un peu plus consistant que les autres. Après, même s’ils ne m’ont pas non plus bluffés, George Clooney, Ralph Fiennes, Tilda Swinton et même Channing Tatum sont plutôt convaincants même s’ils ne sont pas non plus surprenants. En revanche, même si je n’ai strictement rien contre eux, je me suis vraiment demandée ce que faisaient dans ce film Frances McDormand et Jonah Hill. Déjà qu’on ne voit pas beaucoup en général les autres personnages, mais alors eux, c’est limite une blague. Je n’ai rien contre les apparitions de copains de réalisateurs ou même juste des apparitions sympas (comme celle de Christophe Lambert notamment) mais eux n’apportent vraiment rien et on se demande vraiment ce qu’ils foutent sur l’affiche (que ce soit leurs noms ou la gueule de Hill). En revanche, je trouve Scarlett Johansson toujours aussi mauvaise même si on la voit peu (heureusement, parce que là, ça aurait été le pompon). Pourtant, son personnage était sur le papier intéressant (pour le cinéma, elle est glamour alors qu’en dehors du tournage elle parle comme un camionneur) mais je trouve son interprétation vraiment fausse. Quant à Josh Brolin, il est certes plutôt bon, comme souvent, mais pour moi il n’a pas suffisamment les épaules pour porter totalement ce film en tant que personnage principal qui relie tous les autres.

Ave, César! : Photo Scarlett Johansson

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Les Huit Salopards

réalisé par Quentin Tarantino

avec Samuel L. Jackson, Kurt Russell, Jennifer Jason Leigh, Walton Goggins, Michael Madsen, Tim Roth, Demian Bichir, Bruce Dern, Channing Tatum, Zoe Bell, Dana Gourrier, Gene Jones…

titre original : The Hateful Eight

Western américain. 2h45 (3h pour version 70 mm). 2015.

sortie française : 6 janvier 2016

interdiction aux moins de 12 ans avec avertissement

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Quelques années après la Guerre de Sécession, le chasseur de primes John Ruth, dit Le Bourreau, fait route vers Red Rock, où il conduit sa prisonnière Daisy Domergue se faire pendre. Sur leur route, ils rencontrent le Major Marquis Warren, un ancien soldat lui aussi devenu chasseur de primes, et Chris Mannix, le nouveau shérif de Red Rock. Surpris par le blizzard, ils trouvent refuge dans une auberge au milieu des montagnes, où ils sont accueillis par quatre personnages énigmatiques : le confédéré, le mexicain, le cowboy et le court-sur-pattes. Alors que la tempête s’abat au-dessus du massif, l’auberge va abriter une série de tromperies et de trahisons. L’un de ces huit salopards n’est pas celui qu’il prétend être ; il y a fort à parier que tout le monde ne sortira pas vivant de l’auberge de Minnie…

Les Huit salopards : Photo Kurt Russell, Samuel L. Jackson

Certains d’entre vous doivent le savoir mais je suis une grande fan de Quentin Tarantino. J’ai alors profité de l’occasion qui se présentait pour aller le découvrir en avant-première dans son format d’origine, c’est-à-dire en 70 mm. A l’occasion de l’avant-première (je ne sais pas comment ça s’est bien dans les quelques autres cinémas français qui ont pu diffuser le film dans ce format-là mais chez moi, la soirée organisée était vraiment top), le film avait également droit à une introduction, un entracte ainsi que huit minutes supplémentaires. Le format, qui a été utilisé pour la dernière fois en 1966, permet d’obtenir une image très large (à partir d’objectifs anamorphiques). Je dois avouer que le résultat visuellement (grâce à ce format) est magnifique, l’introduction et l’entracte donnent également un petit plus au film. Je ne vous cache pas que j’ai vraiment été ravie de découvrir Les Huit Salopards de cette manière-là, que je me sens même très chanceuse d’avoir pu participer en quelque chose au délire de Tarantino. Après, pour en rassurer quelques uns, je pense que vous pouvez parfaitement apprécier ce film dans sa version numérique (et donc sans les petits bonus avec), le principal c’est tout le reste ! Je préfère prévenir d’emblée : je suis persuadée que ce film va dérouter beaucoup de gens (pour ne pas dire « détester »). Pour ma part, j’ai énormément aimé ce 8e long-métrage de Quentin Tarantino. Pourtant, sur le moment, je ne savais pas trop en penser. Quand il y a eu justement l’entracte, j’étais en train de me demander si j’aimais ou non. Effectivement, face à un film qui dure tout de même trois heures, on se demande très légitimement si cette durée en question est nécessaire (surtout que la première partie est, comme souvent chez QT, très concentrée autour de dialogues). Mais honnêtement, une fois que j’ai vu l’ensemble (avec une deuxième partie que j’ai trouvée jouissive), j’ai vraiment adoré le long-métrage. Il n’est peut-être pas parfait mais je l’ai trouvé vraiment excellent (ce qui est déjà très bien en soi !). Ce que j’ai trouvé formidable personnellement, c’est de trouver tous les ingrédients tarantinesques, en pensant évidemment à certains films de sa filmographie (on pensera prioritairement à Django Unchained et Reservoir Dogs) mais en même temps je le trouve différent de ses autres longs-métrages.

Les Huit salopards : Photo Samuel L. Jackson, Walton Goggins

Certes, Les Huit Salopards est sur le papier moins « cool » que les autres (je rassure les fans, il y en a quand même) mais en réalisant un film plus sombre, selon moi, Tarantino signe un film plus abouti et audacieux. J’ai toujours aimé les films de Tarantino mais certaines de ses marques avaient quelque chose de gratuit, faut bien l’avouer (même si ça fait le charme de certains de ses films). Là (je l’avais déjà ressenti sur Django Unchained, ici mon impression se confirme), j’ai l’impression que Tarantino sait vraiment ce qu’il fait, qu’il ne met pas uniquement des choses parce que ça fait bien. La violence n’est plus aussi fun, elle répond réellement à une interrogation sur l’Amérique d’après la guerre de Sécession (en particulier sur les « minorités » : les Noirs et les femmes). L’excellente musique signée par Ennio Morricone (je l’écoute déjà en boucle sur Spotify) donne également un véritable souffle au film et pour une fois (à part une ou deux petites exceptions) on a l’impression que Quentin Tarantino a arrêté de faire de se taper des trips tout seul (certes, j’aime beaucoup les bandes-originales de ses films, mais il faut bien avouer qu’on avait parfois l’impression qu’il calait dans ses films ses derniers coups de coeur musicaux). Certains vont évidemment être très réfractaires aux longs dialogues (ce qui est compréhensible encore une fois). Personnellement, encore une fois, je me suis moi-même interrogée sur ces dialogues, peut-être que certains auraient pu plus courts et tout ça mais encore une fois, une fois qu’on a vu l’ensemble, je trouve que ce point en question prend plus de sens. En fait, plus généralement, j’ai trouvé l’écriture vraiment bonne, d’une grande habilité. Je ne suis pas du tout étonnée de savoir le réalisateur souhaitant écrire des romans et des pièces. Il y a quelque chose de très littéraire dans ce film tout en gardant un langage très cinématographique. Le mélange fonctionne véritablement bien, le côté littéraire ne prenant pas le dessus comme cela arrive trop souvent dans des longs-métrages. Mais plus généralement, ce qui m’a véritablement plu, c’est la manière de mélanger les genres. L’hybridité a toujours fait le charme des films de Tarantino et c’est ici encore le cas.

Les Huit salopards : Photo Tim Roth

A priori, Les Huit Salopards se présente comme un western avec un background historique (finalement, bien traité malgré les apparences, ce que j’avais également aimé dans Django Unchained). Mais le film reprend également les codes du genre policier (chaque personnage semble suspect, tout le monde ment et les plus « honnêtes » meurent en premier), renforcé par ce faux huis clos (la porte ne se fermant pas bien, on ne peut pas dire que la seconde partie soit totalement fermée). On pensera évidemment à The Thing (notamment avec la présence de la neige et de Kurt Russell au casting) et surtout au roman d’Agatha Christie, Les Dix Petits Nègres. La première partie peut paraître longue et pourtant elle fait son effet : l’ambiance est pesante voire même carrément étouffante (et c’est pour cela que, pour ma part, je ne me suis pas ennuyée malgré mes interrogations), les personnages se complexifient, on fait attention à chaque petit détail. La seconde partie est une pépite explosive. En dehors de l’effet plus qu’efficace du 70 mm, le film est d’une grande beauté visuelle grâce à des décors magnifiques, mis en avant par une sublime photographie. De plus, il est paradoxalement à la fois lumineux et sombre, comme si cela traduisait toute la tromperie au coeur de cette histoire. Enfin, Les Huit Salopards bénéficie d’un excellent casting. En tête, Samuel L. Jackson est évidemment, comme toujours chez Tarantino (et j’ai envie de dire comme souvent), très bon. Certes, beaucoup diront qu’il fait du Samuel L. Jackson, ce qui n’est pas totalement faux, mais ici disons que ce n’est une remarque négative. Si on aime Jackson, on devrait normalement aimer cette nouvelle interprétation. Pour moi deux acteurs sont particulièrement excellents : Jennifer Jason Leigh et Walton Goggins. La première s’en prend plein la gueule tout le long (qu’on ne me sorte pas que Quentin est misogyne, je vais m’énerver !), ne parle pas forcément beaucoup mais elle arrive à rendre son personnage puissant. J’ai toujours bien apprécié cette actrice mais là elle explose !

Les Huit salopards : Photo Jennifer Jason Leigh

Quant à Goggins (que je connais très mal, en dehors de sa prestation dans Django Unchained, je sais juste qu’il est surtout connu pour les séries Justified et Sons of Anarchy… que je n’ai toujours pas vues, décidément je suis toujours autant à la ramasse), il a un charisme fou (accompagné d’un grand sourire ultra bright, je vous jure, je ne m’en suis pas remise – ne croyez pas non plus que je suis une groupie) ! Après, si j’ai eu un petit coeur pour ces deux interprètes en question, cela ne m’empêche pas d’aimer les autres salopards. J’étais évidemment ravie de revoir deux acteurs purement tarantinesques, Tim Roth (qui s’éclate à caricaturer à fond le bourgeois anglais) et Michael Madsen « fait du Michael Madsen » comme l’a dit Tarantino dans le dernier numéro de Positif (et c’est toujours aussi jouissif). Kurt Russell, Demian Bichir et Bruce Dern sont également impeccables, chacun apportant également un plus au personnage. Après, pour être réellement honnête, même si ce que je vais dire peut paraître paradoxal, même si j’ai eu quelques préférences, au-delà d’avoir trouvé tout le casting vraiment très bon et sans fausse note, je l’ai trouvé très cohérent, personne ne tente de se voler la vedette, au contraire, chacun est mis en avant, les personnages ayant de l’épaisseur. Pour conclure, j’ai vraiment adoré les Huit Salopards même si j’ai parfaitement conscience qu’il ne plaira pas à tout le monde, loin de là. Je l’aime même de plus en plus et j’ai même déjà envie de le revoir, ce que je n’avais pas forcément ressenti pour son précédent film, Django Unchained, que j’aime pourtant énormément. Je dirais (en tout cas, c’est ma perception sur ce film) qu’il faut « digérer » ce qu’on a vu, prendre du recul, se laisser prendre par l’histoire même s’il y a des longueurs. Je ne sais pas si Les Huit Salopards fait partie de mes Tarantino préférés, je n’ai pas suffisamment de recul pour affirmer une telle chose mais il s’agit pour moi du film le plus mature de sa filmographie.

Les Huit salopards : Photo Tim Roth, Walton Goggins

Jupiter : Le destin de l’Univers

réalisé par Andy et Lana Wachowski

avec Mila Kunis, Channing Tatum, Sean Bean, Eddie Redmayne, Douglas Booth, Tuppence Middleton, Gugu Mbatha-Raw, Doona Bae, Tim Pigott-Smith, James d’Arcy, Terry Gilliam, Maria Doyle Kennedy…

titre original : Jupiter Ascending

Film de science-fiction, aventure américain. 2h07. 2015.

sortie française : 4 février 2015

Jupiter : Le destin de l'Univers

Née sous un ciel étoilé, Jupiter Jones est promise à un destin hors du commun. Devenue adulte, elle a la tête dans les étoiles, mais enchaîne les coups durs et n’a d’autre perspective que de gagner sa vie en nettoyant des toilettes. Ce n’est que lorsque Caine, ancien chasseur militaire génétiquement modifié, débarque sur Terre pour retrouver sa trace que Jupiter commence à entrevoir le destin qui l’attend depuis toujours : grâce à son empreinte génétique, elle doit bénéficier d’un héritage extraordinaire qui pourrait bien bouleverser l’équilibre du cosmos…

Jupiter : Le destin de l'Univers : Photo Mila Kunis

J’avoue ne pas avoir vu tous les films des Wachowski mais même si je n’ai pas forcément aimé ce que j’ai pu voir jusqu’à présent, j’ai toujours respecté leur travail. J’avais bien aimé le premier Matrix, par contre je n’avais pas compris grand-chose aux deux autres volets de la trilogie. Puis, j’avais été agréablement surprise par Cloud Atlas, une oeuvre complexe mais paradoxalement accessible, longue mais captivante. C’est suite à ce bon souvenir que j’ai voulu aller voir Jupiter : Le destin de l’univers. J’avais même envie de voir ou de revoir (tout dépend du cas) toute leur filmographie. Hélas, je reporte ce projet à plus tard. Je ne m’attendais pas nécessairement à un chef-d’oeuvre mais je souhaitais au moins regarder un film à peu près divertissant et qui tient la route. On en en est très loin. Je vais vous le dire d’entrée, au moins ça sera fait : ce n’est pas un bon divertissement. Aïe aïe aïe. Beaucoup disent que le film est trop court. J’espère qu’ils plaisantent. Honnêtement j’avais hâte que ce machin se termine. Je me suis demandée comment ils avaient pu écrire une crétinerie pareille. J’ai eu l’impression de revoir un vieil épisode de Charmed, avec les mêmes dialogues pourris et des méchants bien nazes. L’histoire est franchement débile mais les Wachowski réussissent paradoxalement à rendre cette ânerie compliquée. Dans l’histoire, je n’ai toujours pas compris pourquoi Jupiter est si particulière que ça. Le film a également des difficultés à creuser les thèmes présents. De plus, on comprend qu’il y a un rapport avec l’immigration et la famille, pourtant les réalisateurs ne se servent pas vraiment des origines russes de l’héroïne ni de la mort du père de Jones. On a juste droit à une série de clichés sur les russes et le décès du paternel juste là à nous émouvoir très très très rapidement. Pour ne rien arranger (ce qui peut expliquer l’impression de revoir les aventures des soeurs Halliwell sur grand écran), on nous sert une histoire d’amour pourrie et dégoulinante. Mais en plus d’être complètement niaise, cette romance est ratée puisqu’il n’y a aucune alchimie entre Mila Cunni Kunis et Shining Channing Tatum.

Jupiter : Le destin de l'Univers : Photo Channing Tatum, Mila Kunis, Sean Bean

Jupiter Ascending est également le fourre-tout des pires clichés du cinéma américain comme des dialogues interminables alors le méchant a le temps de buter 140 fois la personne en face d’elle, la cérémonie de mariage qui s’interrompt pile poil quand il le faut ou encore une psychologie de comptoir (les méchants nous font tout un foin avec leur mère). Entre-temps, on ne sait pas trop pourquoi, les Wachowski nous livre une interminable scène qui se déroule au sein de l’administration galaxique. J’ai juste envie de dire : pourquoi ??? Les Wachowski auraient-ils des problèmes avec l’administration ? Bordel, tout le monde en a, ce n’est pas pour ça qu’on fait chier tout le monde ! En plus, la scène n’est franchement pas drôle (d’ailleurs, tous les gags tombent à plat). Je ne vous parle de la fin, assez naze dans son genre : Jupiter est très heureuse de récurer des chiottes déjà propres et de se lever à quatre heures du mat’ pour faire du café à sa maman et tous les autres membres de sa famille. Oui, il a fallu se taper plus de deux heures de film interminables pour nous dire que la famille, c’est chouette, et qu’il faut se contenter de ce qu’on a. Wooow. Hélas, face à tant de bêtises scénaristiques, on ne peut même pas se raccrocher au spectacle. J’ai trouvé le résultat indigeste car il y en a trop : trop tape à l’oeil, trop d’effets spéciaux, trop de créatures abominables avec des oreilles laides, trop d’action (j’ai vu le film en 2D et c’est parfois à même lisible, je n’ose même pas imaginer le résultat en 3D), trop de musique envahissante, trop de costumes kitsch (non ce n’est même plus beau au bout d’un moment). Je crois que je suis même devenue épileptique. Enfin, le casting est lamentable. Mila Kunis, probablement présente pour son physique (il faut bien faire plaisir aux messieurs surtout avant cette foutue St-Valentin à la con) est totalement inintéressante. Il faut dire qu’elle n’est pas aidée par le scénario vraiment creux qui ne la valorise absolument pas alors que c’est elle la Jupiter du titre. Elle n’en fout pas une, j’ai rarement vu une héroïne passive. D’habitude, je n’ai rien contre Channing Tatum et Sean Bean mais là ils sont existants. Mais les deux pires sont certainement Eddie Redmayne et Douglas Booth, vraiment ridicules. A chaque fois que Redmayne apparaissait à l’écran, j’avais envie d’exploser de rire. Il y a de quoi : le gars tente de parler comme dans une pièce de Shakespeare (enfin très vaguement – en gros il a la voix perchée) mais avec le nez bouché. Quant à Booth (remember, un des mômes insupportables dans Noé), je me demande vraiment ce qu’on lui trouve, il a autant de talent qu’une endive…

Jupiter : Le destin de l'Univers : Photo Eddie Redmayne

Foxcatcher

réalisé par Bennett Miller

avec Channing Tatum, Steve Carell, Mark Ruffalo, Sienna Miller, Vanessa Redgrave, Anthony Michael Hall…

Drame, biopic américain. 2h14. 2014.

sortie française : 21 janvier 2015

Foxcatcher

L’histoire tragique et fascinante de la relation improbable entre un milliardaire excentrique, John du Pont, et deux champions de lutte.

Foxcatcher : Photo Steve Carell

Je n’ai toujours pas vu Le Stratège (apparemment je devrais le regarder), en revanche j’avais adoré le premier long-métrage de Bennett Miller, Truman Capote. C’est en partie pour cela que j’ai voulu découvrir son dernier film, Foxcatcher, qui a remporté au dernier festival de Cannes le prix de la mise en scène et qui est actuellement nommé à cinq reprises aux Oscars. Hélas, ce film, tiré d’une histoire vraie, est pour moi une énorme déception. Je suis ressortie de la salle énervée (je n’avais pourtant pas mes règles), j’ai eu un sentiment de gâchis. Pour commencer, ce film n’avait pas besoin de durer pratiquement 2h15. Je n’ai rien contre les longueurs, elles peuvent être nécessaires pour présenter la situation et faire monter la tension mais là c’est vraiment trop long et du coup le film manque cruellement de rythme. Je vais être franche : la première heure m’a vraiment ennuyée. Je trouve cela très malpoli de regarder l’heure sur mon portable durant une séance mais là je n’ai pas pu m’empêcher de regarder l’heure toutes les cinq minutes. Il y a pour moi un grand nombre de scènes inutiles, créant parfois un effet répétitif (à croire que les spectateurs sont trop bêtes pour retenir des infos), cela devient rapidement lassant. Non seulement, le scénario n’est pas ce que j’ai vu de plus intéressant et le montage n’est pas très réussi, mais en plus, je ne suis pas totalement convaincue par la mise en scène. Certes, le travail de Miller n’a rien de honteux, on voit toujours son talent et son implication. Mais justement, le problème de Miller serait de trop mettre en scène (je parle surtout dans la première partie du film). On voit où il veut en venir mais il finit par fatiguer à force de tout surligner. Je comprends également qu’il a voulu créer une ambiance froide, et je dois avouer que cela fonctionne par moments (surtout dans la seconde partie), mais elle est parfois tellement froide qu’on ne croit pas toujours aux réactions des personnages.

Foxcatcher : Photo Channing Tatum, Steve Carell

Heureusement, la seconde partie est meilleure, et relève le niveau du film. Nous commençons enfin à voir le drame venir et le propos devient plus clair. John Du Pont, qui comprend qu’il ne pourra jamais devenir un mentor malgré tout l’argent qu’il possède et son ambition colossale, devient de plus en plus effrayant, Mark Schultz est de plus en plus fragilisé et écrasé par la folie du Du Pont et le passé triomphant de son frère et Dave Schultz est un personnage de plus en plus ambigu. Les personnages prennent ainsi plus de consistance tout comme les relations qu’ils entretiennent. L’argent, la jalousie ou encore la solitude sont au coeur de ce trio complexe et surtout c’est cet ensemble qui va pousser John Du Pont à commettre l’irréparable. Même si Miller ne se mouille pas trop, il y a également une tension homosexuelle omniprésente et je dois avouer que les scènes de lutte sont très réussies. Elles m’ont rappelé le court-métrage islandais Wrestling de Grimur Hakonarson (je vous incite à le regarder si vous en avez l’occasion). C’est là où on réalise à quel point Miller aurait dû couper une bonne partie de sa première partie. Le film est également sauvé par des acteurs fantastiques, formant un trio convaincant, qui parviennent à donner du relief à des personnages qui auraient pu être monoexpressifs sur le papier face à tous ces silences parfois plombants. Steve Carell surprend car nous n’avons pas forcément l’habitude de le voir dans un rôle aussi sombre. Je redoutais de voir une performance cachée par la magie du maquillage (bien foutu au passage) mais heureusement, ce n’est pas le cas. J’ai également été bluffée par Channing Tatum, qui confirme ici tout son talent. Enfin Mark Ruffalo, qui a pourtant un rôle secondaire par rapport à ses deux partenaires, nous livre ici une de ses meilleures interprétations.

Foxcatcher : Photo Channing Tatum, Mark Ruffalo