Célibataire, mode d’emploi

réalisé par Christian Ditter

avec Dakota Johnson, Rebel Wilson, Alison Brie, Leslie Mann, Damon Wayans Jr., Anders Holm, Nicholas Braun, Jake Lacy…

titre original : How To Be Single

Comédie américaine. 1h50. 2016.

sortie française : 2 mars 2016

Movie Challenge 2017 : Un feel-good movie

Il y a toutes sortes de manières de vivre en célibataire. Il y a ceux qui s’y prennent bien, ceux qui s’y prennent mal… Et puis, il y a Alice. Robin. Lucy. Meg. Tom. David… À New York, on ne compte plus les âmes en peine à la recherche du partenaire idéal, que ce soit pour une histoire d’amour, un plan drague… ou un mélange des deux ! Entre les flirts par SMS et les aventures d’une nuit, ces réfractaires au mariage ont tous un point commun : le besoin de redécouvrir le sens du mot célibataire dans un monde où l’amour est en constante mutation. Un vent de libertinage souffle de nouveau sur la ville qui ne dort jamais !

Célibataire, mode d'emploi : Photo Dakota Johnson, Rebel Wilson

Christian Ditter n’est pas pour moi un nom inconnu : c’était lui qui avait réalisé la sympathique comédie romantique Love, Rosie (avec Lily Collins et Sam Claflin), une adaptation d’un roman de Cecilia Ahern directement sorti en dvd chez nous. C’est principalement pour cette raison que j’ai voulu regarder Célibataire, mode d’emploi, adapté du premier roman de Liz Tuccillo. Tuccillo est connue pour avoir travaillé sur la série de HBO Sex & the City en tant que scénariste ou pour avoir co-écrit avec Greg Behrendt Laisse tomber, il te mérite pas ! / He’s Just Not that Into You (adapté au cinéma sous le titre français Ce que pensent les hommes). Honnêtement, en dehors de ce petit argument, Célibataire, mode d’emploi me faisait plus fuir qu’autre chose : le film avait l’air d’être un mélange d’ambiance et de vulgarité pour montrer ce qu’est la femme actuelle (je m’étouffe), tout ce dont je me méfie. Les premières minutes ne m’ont pas du tout rassurée avec Rebel Wilson… qui fait du Rebel Wilson show comme un peu trop souvent. Elle emmène notre héroïne Alice, interprétée par Dakota Johnson (jusqu’à présent, je n’avais pas encore vu son « talent » ou quelque chose dans ce genre-là), se déchaîner dans des clubs ou bars, se bourrer la gueule et coucher avec n’importe qui. Le film suit également parallèlement deux autres histoires secondaires. D’un côté, Lucy (Alison Brie) croise constamment la route de Tom, ce dernier finissant par tomber amoureux d’elle. De l’autre, on s’intéresse à la grande soeur d’Alice, Meg (Leslie Mann), un médecin qui pense avant tout à sa carrière à sa vie personnelle. Jusqu’au jour où devenir mère devient une obsession. Célibataire, mode d’emploi n’est finalement pas la grosse daube prévue. Certes, on ne va pas se mentir : c’est pas la comédie du siècle, loin de là. En même temps, je ne pense pas que le film prétend révolutionner quoi que ce soit. Cela dit, il tente de proposer un propos différent à travers le portrait plus ou moins croisé de quatre femmes. Et ce propos en question est plutôt positif pour la représentation de la femme d’aujourd’hui. Comment une femme peut-elle être heureuse tout en préservant son indépendance ? Etre en couple est-il alors compatible avec cette indépendance ? En partant sur quatre portraits de femmes de 25 à 40 ans environ (même si encore une fois le film privilégie davantage l’histoire d’Alice), Célibataire, mode d’emploi montre les différentes possibilités d’un épanouissement de la femme moderne sans être prisonnière de sa vie amoureuse.

Célibataire, mode d'emploi : Photo Alison Brie

Alice enchaîne les histoires amoureuses mais comprend qu’elle peut être heureuse sans hommes (la demoiselle devenant dépendante affective), les relations amoureuses n’étant pas toujours source de bonheur. Robin, elle, privilégie clairement le travail et les amitiés à l’amour : c’est ça qui la rend heureuse. L’amitié est aussi une belle valeur qu’on ne doit pas négliger. Meg pense que le bonheur réside dans le célibat et finit par confondre indépendance et solitude. Elle a fini par nier ses propres désirs, s’enfermant dans ses convictions.  Bref, on peut être une femme indépendante, en étant épanouie dans un travail passionnant tout en ayant envie de maternité. Grâce au personnage de Meg, sans tomber dans la contradiction, le film a le mérite de ne pas être culpabilisant envers certaines femmes et ne tombe pas dans de l’extrémisme. Le casting est plutôt bon. On ne va pas dire que les acteurs vont remporter un Oscar, les personnages ne sont pas non plus d’une grande profondeur mais ils sont tous bons pour ce genre de film assez léger. Leurs personnages sont plutôt attachants. Dakota Johnson m’avait agacée voire même inquiétée dans la saga Cinquante Nuances. Finalement, elle ne sort pas si mal. Elle est plutôt fraîche et attachante dans le rôle de cette jeune femme qui cherche finalement le bonheur et la liberté. Comme je le disais au début, Rebel Wilson fait du Rebel Wilson. Je l’aime bien mais il faut avouer qu’elle se répète au fil des films. Cela dit, alors que ça partait plutôt mal, son personnage devient plus intéressant. Elle n’est pas uniquement une fêtarde déjantée qui aime bien coucher à droite et à gauche. La fin, qui permet d’en savoir définitivement plus ce personnage, m’a par ailleurs surprise. Alison Brie est toujours aussi pétillante et confirme bien ici son potentiel. Son duo avec Anders Holm fonctionne avec elle et là encore son personnage surprend, le film montre de nouveau qu’il n’est pas aussi prévisible qu’il en a l’air. Enfin, Leslie Mann est certainement celle qui se détache pour moi du lot (même si encore une fois le reste du casting est plutôt bon). Certes, Célibataire, mode d’emploi ne frappe pas nécessairement pour ses qualités cinématographiques – même si globalement le travail (par rapport à ce qu’on attend de ce type de production) reste très correct. Il est certain qu’il vise au premier abord un public féminin. Il s’agit d’un sympathique film, bien rythmé, plutôt divertissant, qui n’est pas aussi tarte qu’il en a l’air même s’il n’est pas non plus révolutionnaire. J’aimerais bien connaître l’avis des mecs mais je n’ai pas eu l’impression que le public masculin était si négligé que ça.

Célibataire, mode d'emploi : Photo Leslie Mann

Publicités

Bachelorette

réalisé par Leslye Headland

avec Kristen Dunst, Lizzy Caplan, Isla Fisher, Rebel Wilson, Adam Scott, James Marsden, Kyle Bornheimer, Hayes MacArthur, Andrew Rannells…

Comédie américaine. 1h26. 2012.

sortie française : 17 octobre 2012

Movie Challenge 2016 : Un film avec un mariage

20216610

Regan, Gena et Katie sont inséparables depuis le lycée. Très cyniques, elles sont stupéfaites d’apprendre que leur amie Becky, adorable mais rondouillette, est la première d’entre elles à se marier !
Alors que Gena et Katie sont toujours célibataires, Regan harcèle Frank, avec qui elle sort depuis quatre ans, pour qu’il la demande en mariage. Lorsque Becky demande à Regan, particulièrement névrosée, de l’aider à préparer la cérémonie et d’être sa demoiselle d’honneur, celle-ci est furieuse.
Six mois plus tard, la veille du mariage, Regan, très remontée, tyrannise le personnel et les invités, tandis que Katie et Gena s’apprêtent à faire la fête. Mais tout va de travers. Au moment où les trois amies tentent de noyer leur chagrin au bar, elles tombent sur Clyde, petit ami de Gena à l’époque du lycée. Or, il se trouve qu’ils s’aiment encore… Plus tard, pendant la répétition générale du dîner, Gena, très éméchée, porte un toast et suscite le malaise en racontant que Becky était boulimique quand elle était ado. Et quand Katie oublie d’annuler un strip-teaseur qu’elle avait engagé pour l’enterrement de vie de jeune fille, la mariée s’emporte ! Furieuse, elle demande aux trois amies de ne venir au mariage que si elles ne boivent pas et se comportent en adultes. Ce qui n’empêche pas Regan, Gena et Katie de faire une fête d’enfer toute la nuit jusqu’au lendemain, jour de la cérémonie…

Bachelorette : photo Isla Fisher, Kirsten Dunst, Lizzy Caplan

Bachelorette est le premier long-métrage de Leslye Headland (Jamais entre amis). Il s’agit de l’adaptation de sa propre pièce de théâtre qui était à l’origine une tragédie puis s’est transformée en comédie involontairement. La pièce faisait partie d’un cycle sur les sept péchés capitaux et celle-ci portait sur la gourmandise. La réalisatrice prétend aussi qu’elle s’est inspirée de nombreux films dont l’excellent After Hours de Martin Scorsese ou encore les films de Pedro Almovodar et ceux de Quentin Tarantino (rien que ça !). Quand je lis les propos de la réalisatrice sur la fiche sur Allocine, on se dit que la meuf a un sacré melon. Quand on regarde cette petite comédie, on pense tout sauf à ces grandes références ! On pensera plus volontiers à des comédies moins fines (mais pour ma part très plaisantes) comme Very Bad Trip de Todd Phillips et Mes Meilleures Amies de Paul Feig. Bachelorette s’est fait démonter la gueule un peu partout (il n’y a qu’à voir les notes presse et spectateurs sur Allocine ou même sur Imdb où il atteint à peine la moyenne). Vous allez peut-être être étonné mais je n’ai pas trouvé ce film si lamentable et honteux que ça. Certes, je ne dis pas qu’il s’agit nécessairement d’un bon film dans le sens où le « talent » de Leslye Headland pour la mise en scène ne m’a pas du tout sauté aux yeux (pour ne pas dire qu’elle n’en a pas vraiment), le film a clairement ses défauts mais au moins il se laisse regarder et se révèle finalement plus drôle que prévu. Et honnêtement, vu l’affiche, le sujet et tout ça, je n’en attendais pas plus. En ce qui concerne l’humour, c’est clair, ce n’est pas hyper fin : ça tourne principalement autour du sexe (on peut même dire du sperme !). Cela dit, sans vouloir faire de féminisme à deux balles, je me demande si le film ne s’est pas fait cassé parce que les personnages principaux sont des femmes qui sont grossières, vulgaires, pestes (pour rester ultra polie) et aiment coucher. J’ai l’impression que ça passe toujours mieux auprès des spectateurs quand il s’agit d’hommes (dans ce type de rôles). Bon après on me dira qu’il y a toujours Mes Meilleures Amies qui est dans cette veine mais les films avec de tels personnages féminins restent rares. Peut-être que Bachelorette (qui va pourtant plus loin que le film de Paul Feig même s’il reste en dessous) arrive un peu après la bataille.

Bachelorette : photo Andrew Rannells, Isla Fisher

Je reconnais que c’est parfois un peu trop vulgaire, on sent qu’il y a des répliques de trop juste pour tenter de marquer le coup (même si elles passent grâce à ses interprètes). Je suis sûre que la comédie aurait gagner en consistance et en crédibilité en ayant moins grossière. Cela dit, malgré cette vulgarité qui m’a parfois dérangée, j’ai tout de même trouvé le film plutôt drôle grâce à de bonnes répliques bien envoyées et surtout grâce à son rythme effréné qui donne un peu plus de poids comique à certaines scènes. Après, dans un sens, ce rythme empêche certainement aux personnages d’avoir davantage de consistance. Cela dit, sans dire que c’est le film le plus cinématographique que j’ai pu voir (c’est un euphémisme), il parvient tout de même à ne pas être une sorte de pièce de théâtre filmée comme on aurait pu le craindre. Le portrait de ces trois femmes pathétiques n’est certes pas non plus ce qu’il y a de plus fin (à l’image du film tout simplement) mais étrangement j’ai tout de même accroché aux personnages comme si ça me parlait ou quelque chose dans ce genre (pourtant je ne suis pas du tout trentenaire ni trop désespérée). Même si les traits sont (très) grossis et qu’on ne fera pas toutes ces généralités sur les femmes (heureusement, sinon ça serait terrible d’être une femme !), sans dire que c’est profond non plus, Leslye Headland tente de peindre les relations complexes entre les femmes entre solidarité et rivalité. On regrettera tout de même la fin qui reste un peu trop clean par rapport à tout le reste mis en place. Le trio d’actrices reste plutôt bon. Kristen Dunst est géniale dans le rôle de cette femme jalouse, hypocrite, psychorigide, ancienne anorexique, qui mène clairement sa petite bande. Lizzy Caplan s’en tire également bien dans le rôle de cette sorte de junkie cynique et c’est toujours aussi plaisant de voir Isla Fisher interpréter les cruches de service. Rebel Wilson s’en sort pas si mal mais son personnage n’est pas suffisamment mis en avant. Pour conclure, Bachelorette n’est pas le film si déplorable dont j’ai pu lire d’ultra mauvaises critiques, ça reste pour moi suffisamment divertissant. Sans dire que c’est forcément génial, il n’est pas aussi dégueulasse que prévu et n’est pas pire que d’autres comédies américaines moyennes de cette même lignée.

Bachelorette : photo Kirsten Dunst, Rebel Wilson

The Lobster

réalisé par Yorgos Lanthimos

avec Colin Farrell, Rachel Weisz, Jessica Barden, Olivia Colman, Ashley Jensen, Ariane Labed, Angeliki Papoulia, John C. Reilly, Léa Seydoux, Ben Whishaw, Michael Smiley…

Science-fiction, comédie dramatique grec, britannique, irlandais, français, néerlandais. 2h. 2014.

sortie française : 28 octobre 2015

The Lobster

Dans un futur proche… Toute personne célibataire est arrêtée, transférée à l’Hôtel et a 45 jours pour trouver l’âme soeur. Passé ce délai, elle sera transformée en l’animal de son choix. Pour échapper à ce destin, un homme s’enfuit et rejoint dans les bois un groupe de résistants ; les Solitaires.

The Lobster : Photo Colin Farrell, Rachel Weisz

The Lobster, reparti avec le Prix du jury au dernier festival de Cannes (présidé par les frères Coen), est le premier film du réalisateur grec Yorgos Lanthimos tourné en anglais. Son passage cannois ainsi que son casting de rêve ont permis à ce film de se faire davantage connaître et à juste titre. En effet, même si je lui ai trouvé quelques défauts, j’ai beaucoup aimé ce film assez étrange et qui ne plaira peut-être pas à tout le monde. Pour ma part, parmi les choses que j’ai moins aimés, j’ai trouvé le film un peu trop long. Je ne me suis pourtant ennuyée mais c’est vrai que j’ai senti quelques longueurs. Le thème musical est également un peu trop répétitif et pas toujours bien utilisé, ce qui peut finir par agacer. Enfin, sans vouloir être méchante, par pitié, pourquoi Léa Seydoux joue-t-elle aussi mal ? Pourquoi récite-t-elle son texte bêtement comme si elle venait de l’apprendre ? Sinon, en dehors de ces trois principaux éléments qui sont, selon moi, des défauts, j’ai vraiment bien aimé ce film qui rappelle évidemment beaucoup l’univers de George Orwell, (notamment avec la présence de la chambre 101 de 1984 ou encore même à La Ferme des Animaux) ou encore à celui de Franz Kafka (lui aussi pour la métaphore animale et également pour son absurdité). The Lobster pourra perturber car il faut avouer que certains contours de l’histoire restent flous. Cependant, même certains pourront douter du travail des scénaristes par rapport à ces imprécisions, je pense que le scénario est volontairement imprécis pour que le spectateur puisse identifier cet univers à son propre monde, finalement autant absurde que celui proposé par Yorgos Lanthimos. Personnellement, je crois que c’est finalement plus le fond qui m’a parlée que la forme pourtant intéressante (la mise en scène m’a plu pour sa précision et sa froideur et semble justement cohérente avec les réflexions défendues) mais qui a ses moments de fragilité. Il est alors intéressant de voir comment les deux parties se répondent et donnent une explication très juste sur l’amour : ainsi, la première partie, qui se déroule dans l’hôtel, montre qu’on ne peut pas forcer les gens à s’aimer. La seconde, qui a lieu au sein de la forêt, appuie le fait qu’on ne peut pas non plus empêcher les gens de s’aimer : les choses doivent finalement arriver quand elles doivent arriver.

The Lobster : Photo Colin Farrell

A partir de ce constat, plusieurs choses m’ont réellement plu : tout d’abord, j’ai trouvé que le passage à la seconde partie n’était pas brutal, il se fait de manière assez naturelle, alors que la division en deux parties aurait pu être assez lourde et trop insistante. Surtout, lorsqu’on regarde la première partie, on aurait pu s’attendre à découvrir les Solitaires comme les « gentils » de l’histoire étant donné qu’ils sont chassés par l’équipe de l’Hôtel et qu’ils sont vus comme des résistants face à la dictature imposée aux célibataires. Or, les Solitaires représentent eux-mêmes une forme de dictature et sont autant ridicules que ceux qui gèrent le sort des célibataires à l’Hôtel (le ridicule passant notamment par le biais de la musique). J’ai donc apprécié qu’on ait évité un manichéisme qui aurait pu pourtant exister. De plus, l’écho au système binaire tant défendu par le système totalitaire de l’Hôtel fonctionne vraiment bien grâce à cette structure elle-même binaire. Il est d’ailleurs intéressant de voir jusqu’où le « concept » est poussé dans le sens où dans le film présente un monde dans lequel il n’y a aucune nuance. Par exemple, on est soit hétérosexuel, soit homosexuel, on ne peut pas être bisexuel. Avec une grande efficacité, The Lobster évoque notre société pas si libre que ça, qui dicte la conduite et la pensée des individus au point de les persuader qu’il n’y a qu’une seule vision de vie possible. Comment ne pas penser à notre société actuelle qui prône la vie à deux à tout prix la vie à deux, comme si vivre seul était une tare ? Mais aussi, comment ne pas penser à cette sorte de mode de ces nouveaux célibataires qui refusent justement toute possibilité de vivre à deux juste par principe ? On pensera évidemment aux sites de rencontres ou même aux speed-dating qui eux aussi ont une vision restreinte des relations de couple, notamment en mettant dans la tête des gens qu’il faut à tout prix que le futur partenaire ait les mêmes goûts ou partage nécessairement des points communs. Par ailleurs, les métaphores (voire même les allégories) auraient également pu être trop appuyées mais le ton m’a paru suffisamment juste pour qu’elles ne nous gonflent pas non plus.

The Lobster : Photo Léa Seydoux

Ainsi, la « représentation » de l’animalisation est très intéressante dans le sens où justement on ne verra jamais la transformation d’un individu en animal une fois qu’il est arrivé à la fin de son séjour. La seule chose qui nous rattache à cette transformation et donc à cette fin sinistre est le frère de David, transformé en chien. Ceux qui échouent tentent de se rattacher à la vie en voulant se transformer en chien, animal fidèle de l’homme, ou encore, en homard (the lobster) car comme l’explique David, il s’agit d’un animal qui vit longtemps, dans l’eau et qu’il peut beaucoup se reproduire. Mais il n’a pas pensé que ce choix était à double tranchant : le homard peut aussi se faire casser les pattes ou se faire bouffer. Il est aussi intéresser de voir que c’est le handicap qui réunirait deux individus. Pour moi, le handicap des personnages serait une représentation de ces critères qu’on attribuerait à tort aux individus pour les persuader de se mettre ensemble alors qu’ils ne sont pas forcément faits pour s’aimer malgré des points communs. Pire, les relations à deux sont vues comme un mensonge et une illusion car en les persuadant d’être pareil que son partenaire, on force les gens à devenir quelqu’un d’autre. Et évidemment, le handicap en guise de points communs entre individus a quelque chose d’absurde. Justement, en parlant de ça, en nous présentant un univers absurde, il est alors logique que l’humour déployé par Yorgos Lanthimos soit lui-même absurde, mais je dirais aussi qu’il y a du cynisme voire même de l’humour noir. Certes, je ne dirai pas que j’étais pliée en deux (en même temps, ce n’était pas le but du film) mais les touches d’humour sont assez efficaces dans le sens où elles appuient là où ça fait mal. Quelque part, même si ce n’est pas forcément le cas en apparence, j’ai trouvé le film émouvant, notamment les dernières minutes du film, très marquantes. Par ailleurs, même si je peux comprendre que ce procédé narratif ait pu énerver certains spectateurs (j’étais d’ailleurs au début plutôt sceptique), la voix off semble vraiment prendre une toute nouvelle dimension une fois qu’on arrive à la fin du long-métrage. En dehors de Léa Seydoux, j’ai trouvé le casting très bon, surtout évidemment en tête (je ne vais pas tous les citer, on ne va plus s’en sortir) Colin Farrell, certes beaucoup moins glamour que d’habitude, mais remarquable ainsi que sa partenaire Rachel Weisz, très émouvante.

The Lobster : Photo Colin Farrell, Rachel Weisz

Les Gazelles

réalisé par Mona Achache

avec Camille Chamoux, Audrey Fleurot, Anne Brochet, Naidra Ayadi, Joséphine de Meaux, Olivia Côte, Samuel Benchetrit, Franck Gastambide, Grégoire Ludig, David Marsais, Camille Cottin, Josiane Balasko, Sam Karmann, Lolita Chammah, Stéphane De Groodt, Mathieu Madénian…

Comédie française. 1h40. 2013.

sortie française : 26 mars 2014

Les Gazelles

Marie et Eric, trentenaires en couple depuis le lycée, signent l’achat de leur premier appartement quand Marie est saisie d’un doute vertigineux. Sa rencontre avec un beau brun ténébreux va précipiter sa décision : elle quitte Eric pour plonger dans le grand bain du plaisir et de la liberté.
Mais elle va surtout se manger le fond de la piscine…
Et découvrir un monde sans pitié : à son âge, le célibat est vite perçu comme une tare suspecte.
Eclairée par des amitiés nouvelles, Marie va apprendre à envisager son célibat comme une chance d’où elle pourrait sortir plus forte, et enfin prête à être heureuse.

Les Gazelles : Photo Anne Brochet, Audrey Fleurot, Camille Chamoux, Camille Cottin, Joséphine de Meaux

Les Gazelles est le deuxième long-métrage de Mona Achache. Son premier, Le Hérisson, ne m’avait pas plu. Honnêtement, je craignais le pire. Ce deuxième long a pour moi beaucoup de défauts mais il ne m’a pas non plus déplu. Dans l’ensemble, j’ai trouvé Les Gazelles très sympathique, frais, divertissant et même parfois drôle. Même s’il peut être énervant, le côté « girly » permet également au film d’être rythmé. Mais, comme beaucoup de comédies françaises actuelles (je pense notamment au récent Situation amoureuse : c’est compliqué de Manu Payet et Rodolphe Lauga), le film veut être dans la lignée des comédies américaines du moment sauf que ce n’est pas encore ça non plus. Camille Chamoux, qui tient le rôle principal et qui a également co-signé le scénario, affirme être une fan de Lena Dunham et de sa série Girls (produite par Judd Apatow) et cela se voit. Cependant, Chamoux n’a pas le talent de Dunham, cette dernière parvenant mieux à analyser le comportement et les sentiments de sa génération et surtout qui est bien plus cynique et cinglante. Les gazelles ne respire pas non plus par son originalité. Le film d’Achache se veut trash (Marie dégueule alors qu’à côté un mec fait un cunnilingus à une fille qui fume comme si elle s’en foutait, sa copine Sandra dit à peine bonjour à un mec et l’embrasse direct, Judith se trimballe limite qu’en soutif à une fête et évidemment des scènes de cul), au final, c’est un peu vulgaire pour pas grand chose. Je ne dirais pas que le film dérange par sa vulgarité. En réalité, même si c’est paradoxal, le film est trash, pourtant il reste sage. 

Les Gazelles : Photo Camille Chamoux

Même si je ne me suis pas ennuyée, la seconde partie du film est plus faible que la première, présentant une petite baisse de rythme, cependant on y trouve une mélancolie pas forcément déplaisante et la fin est un peu meilleure que prévue, surtout en ce qui concerne Marie. Heureusement que le propos reste intéressant, même s’il est présenté maladroitement. En effet, la vision de la trentenaire célibataire mal vue parait légèrement dépassée. Cependant, l’angoisse de l’avenir et les rapports amoureux sont traités plutôt judicieusement, notamment en faisant un parallèle intéressant avec le travail de Marie et Sandra, qui bossent au Pôle Emploi. Quant à cette bande de filles, elle attire la sympathie mais le scénario se concentre un peu trop sur Marie (Chamoux) et Sandra (Fleurot). Ainsi, les personnages de Gwen (Brochet), Myriam (Ayadi) et Judith (de Meaux) manquent trop de consistance. Du coup, leurs personnages se limitent à être des folles, des obsédées sexuelles, fumant comme des pompiers et buvant comme des trous. Heureusement, on arrive à oublier ce souci grâce à ses interprètes. Dans le rôle principal, Camille Chamoux séduit par son naturel et son bagout. Audrey Fleurot est également impeccable dans le rôle de cette séductrice qui, en réalité, manque confiance en elle et surtout a peur des véritables relations amoureuses. Anne Brochet, la vieille de la bande, et Joséphine de Meaux, sont très drôles en femmes délurées. J’ai juste eu un peu plus de mal avec Naidra Ayadi, son personnage étant pour moi plus effacé et moins marquant.

Les Gazelles : Photo Camille Chamoux