[MC2018] Petit Paysan

réalisé par Hubert Charuel

avec Swann Arlaud, Sara Giraudeau, Bouli Lanners, Isabelle Candelier…

Drame français. 1h30. 2017.

sortie française : 30 août 2017

Un film qui m’a déçue

Pierre, la trentaine, est éleveur de vaches laitières. Sa vie s’organise autour de sa ferme, sa sœur vétérinaire et ses parents dont il a repris l’exploitation. Alors que les premiers cas d’une épidémie se déclarent en France, Pierre découvre que l’une de ses bêtes est infectée. Il ne peut se résoudre à perdre ses vaches. Il n’a rien d’autre et ira jusqu’au bout pour les sauver.

Petit Paysan : Photo

Sorti discrètement à la fin des vacances d’été, Petit Paysan a rapidement réussi à se faire un petit nom grâce à un bouche-à-oreilles efficace durant les festivals (dont Cannes dans la case « La Semaine de la Critique »). Son succès s’est particulièrement confirmé à la dernière cérémonie des César. Le film est ainsi reparti avec trois grandes statuettes : meilleur premier film (et oui, j’étais contente qu’il gagne face à Grave, je suis vilaine), meilleur acteur et meilleure actrice dans un second rôle. Pour ce premier long-métrage, Hubert Charuel s’est inspiré de sa propre histoire et expérience (même si le film ne prétend pas s’inscrire dans une démarche purement autobiographique). En effet, il est le fils d’un couple d’agriculteurs et lui-même a travaillé dans le secteur de l’élevage laitier avant de s’orienter vers des études de cinéma (lui aussi sort de la Fémis : décidément, cette école est de plus en plus mise en avant). Plusieurs anecdotes sont intéressantes pour appréhender la démarche du jeune réalisateur (et aussi pour illustrer la crédibilité générale du film). Tout d’abord, il a tourné dans la ferme familiale. En parlant de famille, le père du personnage principal est interprété par le propre paternel du réalisateur. Sa mère fait aussi partie de la partie, en interprétant la contrôleuse de la ferme. Sur le papier, beaucoup de choses pouvaient me séduire dans la démarche de Petit Paysan. En effet, en nous dressant le portrait d’un homme attaché à son métier (et les animaux), Hubert Charuel tire la sonnette d’alarme sur la situation des agriculteurs ignorés de tous, pris dans l’engrenage de la solitude. L’évolution du scénario m’a également rappelé un événement qui a secoué le monde agricole quelques années auparavant (et qui a toujours des conséquences actuellement, même si on en parle moins) : la « vache folle ». De plus, le film évoque plus globalement l’inquiétude de ce corps de métier face aux nombreuses restrictions qui ne leur permet pas de vivre de leur passion correctement. Hubert Charuel a alors le mérite de mettre en avant une figure peu prisée (et même méprisée) par le cinéma et plus globalement par les médias.

Petit Paysan : Photo

La première partie du film expose bien ce triste postulat de départ, s’inscrivant a priori dans le drame social. Puis, le film bascule plutôt sur le papier dans le thriller psychologique. Si ce choix de basculement pouvait être logique et compréhensible par rapport au propos défendu par le réalisateur. Les contraintes sociales des agriculteurs ont fini par faire naître chez eux la peur et la paranoïa. Cela dit, si les intentions sont plutôt bonnes, la mise en pratique n’est hélas pas très satisfaisante. Effectivement, dans l’ensemble, Petit Paysan m’a plutôt mitigée. Je suis même assez étonnée de sa bonne réputation face à ce film qui manque, selon moi, de consistance. La première partie est donc plutôt réussie avec cette approche naturaliste, durant laquelle la documentation sur l’environnement (qui ressort sans qu’on connaisse le passé du réalisateur) prend le dessus – même si des éléments de la seconde partie apparaissent déjà discrètement mais sûrement. La seconde partie se veut plus intense, allant vers le thriller, voire même dans l’horreur. L’horreur, s’il y en a pas, n’apparaît pas grossièrement. J’apprécie la démarche du réalisateur de ne pas avoir trop accentuer sur l’horreur en tant que genre pour faire jouer sur un autre niveau de peur. Cependant, à force de jouer sur la subtilité reposant sur une peur invisible et inconnue,le réalisateur semble lui-même avoir trop peur des différents genres abordés. Par conséquent, même si l’évolution du scénario est plutôt intéressante, le film a du mal à ne pas se sortir de son schéma de « film d’auteur social ». J’ai eu du mal à ressentir de la peur ou à sentir une pression monter malgré la tragédie réelle du personnage principale, tout comme j’ai du mal à y voir là-dedans un quelconque film qui se voudrait « hybride ». Par ailleurs c’est à partir de cette deuxième partie, selon moi pas suffisamment aboutie, où j’ai fini par décrocher. Ainsi, au-delà de problèmes rythmiques le scénario est trop bancal et sa mise en scène, pourtant correcte (surtout avec une économie de moyens), n’a rien non plus de palpitant. Résultat : son film n’est pas mauvais, mais je ne dirais pas qu’il est particulièrement bon non plus. Il est pour moi trop maladroit (est-ce lié au manque d’expérience du réalisateur derrière la caméra ?), ne parvient pas réellement à répondre aux intentions de départ et s’avère alors oubliable. En revanche, je suis entièrement convaincue par les interprétations des charismatiques Swann Arlaud (première fois que je le vois réellement dans un premier rôle : une belle révélation en ce qui me concerne) et Sara Giraudeau qui n’ont pas volé leurs récompenses aux César.

Petit Paysan : Photo

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Tom à la ferme

réalisé par Xavier Dolan

avec Xavier Dolan, Pierre-Yves Cardinal, Lise Roy, Evelyne Brochu, Manuel Tadros…

Thriller canadien, français. 1h42. 2012.

sortie française : 16 avril 2016

Chronique synchro avec celle de Lilylit

tom

Un jeune publicitaire voyage jusqu’au fin fond de la campagne pour des funérailles et constate que personne n’y connaît son nom ni la nature de sa relation avec le défunt. Lorsque le frère aîné de celui-ci lui impose un jeu de rôles malsain visant à protéger sa mère et l’honneur de leur famille, une relation toxique s’amorce bientôt pour ne s’arrêter que lorsque la vérité éclatera enfin, quelles qu’en soient les conséquences.

Tom à la ferme : Photo Xavier Dolan

Quoiqu’il arrive, même lorsque je n’aime pas ses oeuvres, Xavier Dolan est un réalisateur qui ne me laisse pas indifférente. Alors qu’il n’avait écrit jusqu’à présent des scénarios originaux, Tom à la ferme marque la première expérience de Xavier Dolan en tant qu’adaptateur. Il s’attaque donc ici à l’adaptation de la pièce éponyme du dramaturge québécois Michel Marc Bouchard (décidément, Dolan aime bien le théâtre, je pense ici à la la sortie de son dernier film, Juste avant la fin du monde). Le long-métrage nous présente donc le fameux Tom du titre allant à la ferme (jusque là tout va bien…) se rendant à la campagne (lui qui est citadin) à l’enterrement de son amant. Le frère du décédé s’en mêle en le menaçant de ne pas dévoiler sa relation pour ne pas froisser la mère (l’homosexualité étant tabou dans ce milieu et le défunt ayant menti à sa famille sur sa sexualité). Le film présente donc une sorte de jeu de domination entre Tom et le fameux frère (qui se prénomme donc Francis), qui serait en réalité un homosexuel refoulé. J’ai lu une interview intéressante de Xavier Dolan où il développait certaines théories sur la sexualité et l’environnement. Il disait notamment que si lui, qui se sent à 100 % homosexuel, était entièrement entouré de femmes hétérosexuelles et que l’environnement favorisait de réels rapprochements et interrogations entre lui et les autres femmes en question, sans dire qu’il « deviendrait » hétérosexuel et sans parler de « pulsions », il pourrait éprouver une forme de désir envers une femme. La question du refoulement sexuel par rapport à l’environnement est donc intéressant sur le papier. En effet, pourquoi Francis, ce gars assez rustre (pour ne pas dire homophobe), est attiré par Tom ? Est-ce son environnement ? Est-il en réalité un homosexuel qui refuse de se l’avouer à cause du regard des autres (dont celui de sa mère) ? Ou encore pense-t-il retrouver une connexion avec son frère décédé en établissant lui-même une sorte de relation avec Tom ? Hélas, Tom à la ferme ne parvient pas pour moi à mettre en avant ces nombreuses interrogations qui ont pu nous traverser l’esprit. Le film aborde des thèmes intéressants, voire même profonds mais ils ne sont jamais réellement exploités. En fait, cette frustration que j’ai pu ressentir est pour moi clairement lié au scénario qui n’est pas réellement développé. Pour résumer, une fois la scène des funérailles passée, l’histoire ne décolle pas. On en reste un peu au synopsis d’origine.

Tom à la ferme : Photo Xavier Dolan

On pourra alors toujours trouver une réponse à ce « problème » : Dolan aurait alors voulu explorer les relations de domination entre les personnages ainsi que leur psychologie : cela serait alors cette partie psychologique, développant davantage les thèmes, notamment autour de la violence (« Tom à la ferme est un film sur la violence qu’entraîne l’intolérance » selon Dolan himself) qui devraient nourrir le scénario. Mais je trouve que cela ne fonctionne pas car les thèmes ne m’ont pas paru bien traités : pour moi, ils apparaissent juste en surface. La tension se traduit par la musique de Gabriel Yared, assez envahissante (mais pourtant pas mauvaise, loin de là, juste pas bien utilisée) et quelques références hitchcockiennes notamment la mère flippante à la Psychose, la possible relation « nécrophile » par la figure de Tom (qui « remplacerait » l’amant décédé) à la Vertigo ou encore (et même surtout) la course-poursuite dans les champs façon La Mort aux trousses. Mais Dolan n’est pas Hitchcock. Pour l’instant, j’ai envie de dire : le thriller, c’est pas le fort du réalisateur québécois. Il tente effectivement de faire monter la tension, de saisir l’esprit des personnages. Comme souvent, il y a des idées de mise en scène, une envie de créer (et cela est très noble de sa part) et encore une fois, vu tout ce que j’ai dit avant, il y a une envie de créer du débat, de faire réfléchir. Mais je trouve le résultat peu convaincant, comme si j’étais face à un film bourré de potentiel mais encore pas suffisamment abouti, encore au stade de réflexion. Je n’ai finalement ressenti que de l’ennui (le film n’est franchement pas rythmé), la fin arrive un peu trop brusquement en plus. Décidément je préfère quand Dolan signe des films certes longs mais passionnants et aboutis plutôt que des films plus courts mais plus pénibles à regarder et surtout inabouti. Côté casting, je suis également partagée même s’il y a du positif. Lise Roy et Evelyne Brochu, qui interprétaient déjà respectivement Agathe et Sara dans la pièce d’origine, sont remarquables. On retiendra évidemment la très bonne performance du saisissant Pierre-Yves Cardinal. En revanche, je reste plus réservée sur l’interprétation de Xavier Dolan. Selon moi, jusqu’à présent (il tenait le premier rôle dans ses précédents longs-métrages, J’ai tué ma mère et Les amours imaginaires), il est bien meilleur réalisateur qu’acteur. Je ne dis pas qu’il joue comme une patate mais son interprétation ne m’a pas totalement convaincue. Pour ne rien arranger, il porte cette horrible couleur blé (ou perruque, je ne parviens pas à reconnaître l’illusion capillaire en question), probablement un clin d’oeil assez lourdingue avec le champ de blé, une des scènes les plus « marquantes » de ce film.

Tom à la ferme : Photo Lise Roy, Pierre-Yves Cardinal, Xavier Dolan

The Visit

réalisé par M. Night Shyamalan

avec Olivia DeJonge, Ed Oxenbould, Deanna Dunagan, Peter McRobbie, Kathryn Hahn…

Film d’épouvante-horreur américain. 1h34. 2015.

sortie française : 7 octobre 2015

interdit aux moins de 12 ans

The Visit

Deux enfants sont envoyés passer une semaine en Pennsylvanie, dans la ferme de leurs grands-parents. Mais lorsque l’un d’eux découvre qu’ils sont impliqués dans quelque chose de profondément dérangeant, leurs chances de retour s’amenuisent de jour en jour.

The Visit : Photo Kathryn Hahn, Olivia DeJonge

Je sais que certains voudront me taper mais j’ai toujours bien aimé M. Night Shyamalan et j’adore même certains de ses films (on ne me tape pas – again). Il avait bien commencé sa carrière et depuis un certain temps, le bonhomme s’en prend plein la gueule (visiblement, pour After Earth et Le dernier maître de l’air, il l’aurait bien cherché). J’étais donc un peu partagée avant d’aller The Visit : est-ce que j’allais retrouver le Shyamalan que j’aimais tant auparavant ou est-ce que je serai face à une nouvelle daube ? Sur le papier, j’étais contente de voir Shyamalan revenir à un petit film à faible budget mais je dois avouer que je n’étais pas rassurée de voir Jason Blum à la production (je garde encore de mauvais souvenirs de American Nightmare, The Bay et Paranormal Activity !). Finalement, je vais au cinéma en me disant que je vais essayer de me détendre (remember : je n’ai pas aimé les trois derniers films vus en salle) et de mettre de côté mes a priori, tout en en vénérant pas d’avance Shy’ (vous avez vu cette contraction de malade ? Ca fait un peu Shy’m !). C’est typiquement le genre de critique qui m’emmerde : comment écrire une critique d’un film sans gaffer sur la révélation finale (alors qu’on crève d’envie d’en parler) tout en disant mon ressenti ? Je vais tenter de relever le défi ! Bref, honnêtement, il s’agit pour moi d’une bonne surprise. Certes, il ne s’agit pas du film de l’année, ni du meilleur film de Shyamalan mais ça fait plaisir de voir qu’il n’a pas quand même pas perdu la main et on sent qu’il a effectivement garder le contrôle de ce film contrairement à ses deux derniers longs-métrages. Pour ma part, je trouve qu’il s’agit déjà d’un bon divertissement. Je reconnais que l’histoire prend son temps à se mettre en place mais cela ne m’a pas dérangée dans le sens où les éléments qui peuvent sembler bavards ou de trop servent en réalité, notamment pour nourrir le twist final. En parlant de twist, oui je l’avoue : je suis vraiment tombée dans le panneau, je n’ai rien vu venir (dans ma tête, j’étais partie sur une autre piste, du genre, rien à voir !) et pourtant il y avait bien des indices dès les premières minutes du film. De plus, je ne me suis pas ennuyée car je me suis attachée aux personnages principaux, qui sont frère et soeur. La gamine Becca peut paraître un peu énervante en se prenant pour une bonne réalisatrice de documentaires mais finalement elle ne m’a pas gavée comme je pouvais le craindre, elle a quelque chose de touchant. Quant à frère Tyler, il est drôle et très expressif aussi, du coup, il y a un certain second degré qui fait du bien et que ne possèdent pas toujours les films de ce genre qui émergent depuis quelques années maintenant.

The Visit : Photo Deanna Dunagan, Ed Oxenbould, Peter McRobbie

En fait, je pense qu’il y a quelque part une forme de second degré même chez Becca. J’ai senti une prise de recul ou une forme de lucidité chez Shyamalan sur ce type de productions de films d’horreur qu’on nous offre depuis quelques années maintenant. Quant à l’utilisation de la found footage, je l’ai trouvée assez réussie (et pourtant je ne suis pas forcément fan de ce procédé). J’ai trouvé son utilisation crédible (je trouve que le found footage peut vite paraître faux dans certains films), pas écoeurante et je trouve que Shyamalan réussit à tirer vraiment quelque chose d’intéressant à partir des différents supports médiatiques. Il y a aussi une sorte de mise en abyme (même si je ne sais pas si c’est vraiment le terme qui conviendrait ici) que j’ai trouvée assez judicieuse dans le sens où on n’est pas uniquement spectateur de ce que vivent Becca et Tyler durant ces quelques jours chez leurs grands-parents, on voit vraiment la forme que prend le propre documentaire de Becca, c’est-à-dire que j’ai fini par imaginer, par voir comment Becca, en tant que jeune réalisatrice adolescente rêveuse, monte son propre film (je ne sais pas si je suis super claire). Parlons maintenant de quelque chose d’essentiel dans ce type de film : la peur. Pendant la séance, le film m’a mis mal à l’aise. Je n’ai pas forcément eu peur (du genre j’ai pas hurlé comme les ados dans la salle ou je n’ai pas mis mes petites mains de baby devant ma gueule comme je le fais un peu trop souvent) mais je redoutais tout et n’importe quoi. Je ne suis pas forcément pas des jump scare car actuellement beaucoup sont foireux dans beaucoup de films, là dans l’ensemble ils ont fonctionné sur moi, on sent en tout cas des efforts pour créer vraiment quelque chose d’effrayant et de ne pas balancer juste un effet qui dure hop deux minutes tout craché et basta. Ce qui est assez réussi, c’est qu’on puisse avoir peur sur des choses finalement banales, de notre quotidien. Et parfois, on a peur alors qu’on ne devrait pas s’inquiéter à ce moment-là. Je vais maintenant vous faire une confession intime (oui, je sais, référence pourrie made in TF1) : après avoir vu ce film, le soir, j’avoue ne pas avoir spécialement bien dormi, je n’étais même pas bien du tout. Ca faisait très longtemps que cela ne m’était pas arrivé. Alors, ne cherchez pas pourquoi, mais alors que j’essayais de trouver le sommeil, je me suis mise à repenser au film et j’ai commencé à flipper seule (du genre mon coeur s’est mis à battre hyper fort et vite d’un coup et je n’osais pas aller pisser de peur qu’un vieillard me fracasse la gueule en sortant de ma chambre ! Ca va loin !).

The Visit : Photo Deanna Dunagan

Ce que je veux dire, au-delà de cette confession franchement pitoyable (allez, frappez-moi !), c’est que le film dégage une atmosphère malsaine. Je ne pourrais forcément dire que telle scène ou telle scène m’a perturbée (même si encore une fois j’ai vraiment sursauté à plusieurs reprises) mais c’est l’histoire en elle-même et l’ambiance qui m’ont bouleversifiée. Puis, même s’il ne s’agit pas non plus du film le plus profond au monde (la fin peut aussi paraître un peu niaise même s’il n’y a rien de honteux non plus), j’ai encore une fois senti Shy’ ayant envie de donne de la consistance aux personnages, on sent qu’il aime cette thématique de l’enfance qui revient souvent dans sa filmographie, notamment avec cette référence évidente (mais véritablement intéressante) à Hansel et Gretel (avec le recul, je parlerais même d’une sorte de relecture du conte), et même plus généralement sur les liens familiaux plus généralement. Le travail de fond reste en tout cas convenable par rapport à ce qu’on attend de ce type de production (et puis on a tellement l’habitude de voir des films dans cette lignée vraiment vides que bon, on ne va pas non plus troooop gueuler sur ce point). Enfin, le casting est plutôt bon. J’ai trouvé les gamins, incarnés par Olivia DeJonge et Ed Oxenbould, bons, encore une fois attachants et communicatifs. J’ai également bien aimé les interprétations de Deanna Dunagan (même s’il y a certaines scènes où son interprétation peut paraître excessive mais bon elle fait quand même flipper) et Peter McRobbie en grands-parents ultra flippants ! Enfin, je suis toujours ravie de voir Kathryn Hahn (même si on la voit peu mais bon c’est quand même la mamounette des personnages principaux), surtout dans ce registre assez différent (j’ai d’ailleurs l’impression qu’on voit de plus en plus cette actrice et ça fait plaisir !). Pour conclure, ce film a certainement ses défauts, ne plaira peut-être pas à tout le monde (certains se feront chier, d’autres trouveront trop vite le twist, d’autres sont de toute façon allergiques au found footage, certaines personnes pourront trouver les explications grotesques) mais j’ai vraiment passé un bon moment devant, j’ai eu peuuuur (ce qui me parait essentiel quand on regarde ce genre de films), j’ai trouvé l’histoire crédible, j’ai aimé les personnages, beaucoup de choses m’ont paru intéressantes et ça me va très bien !

The Visit : Photo Olivia DeJonge

Vers l’autre rive

réalisé par Kiyoshi Kurosawa

avec Eri Fukatsu, Tadanobu Asano, Yû Aoi…

titre original : Kishibe no tabi

Drame, romance japonais, français. 2h07. 2015.

sortie française : 30 septembre 2015

Vers l'autre rive

Au cœur du Japon, Yusuke convie sa compagne Mizuki à un périple à travers les villages et les rizières. A la rencontre de ceux qu’il a croisés sur sa route depuis ces trois dernières années, depuis ce moment où il s’est noyé en mer, depuis ce jour où il est mort. Pourquoi être revenu ?

Vers l'autre rive : Photo Eri Fukatsu, Tadanobu Asano

Je n’ai pas vu tous les films de Kiyoshi Kurosawa, loin de là. Mais ce que j’ai pu voir, j’aime beaucoup son travail. Son dernier film, Vers l’autre rive, qui a remporté le Prix de la Mise en Scène au dernier festival de Cannes (dans la section « Un Certain Regard ») a enthousiasmé la presse ainsi que les spectateurs (d’après ce que je lis sur Allocine ou sur les blogs en général). C’est en toute logique et en toute confiance que je suis allée voir ce film, adapté du roman de Kazumi Yumoto. Je ne voulais pas dire du mal de Kiyoshi Kurosawa car encore une fois, je le respecte énormément. Evidemment qu’on retrouve ici son talent de mise en scène, on ne peut pas dire qu’on est face au premier tâcheron venu. Ainsi, on sent le réalisateur toujours aussi préoccupé par les espaces, par la présence du fantôme, comment intégrer cette figure fantastique dans notre monde réel. On peut également constater un joli travail technique et esthétique. La photographie est par exemple très soignée, il y a aussi un joli jeu de lumière, certains plans sont remarquables etc. Cet ensemble contribue à l’exploitation des thèmes abordés par Kurosawa. On ne peut pas résumer ce film à une simple histoire de fantômes (et par conséquent à une histoire de deuil), le réalisateur traite en parallèle d’un autre sujet : celui de la mort du couple dans tous les sens du terme, que ce soit du temps des vivants (malgré un amour évident, Yusuke et Mizuki ont rencontré des problèmes au sein de leur couple) ou à la confrontation à la mort (le couple peut-il littéralement mourir face au deuil ?). Enfin, le fantastique se mêle aussi à une sorte de road movie revisité qui souligne la métaphore du voyage de l’âme qui erre jusqu’à un autre monde, un au-delà ainsi que le voyage des vivants à faire leur deuil définitivement. Là, j’ai l’air de dire que le film est trop génial et tout ça. Non, je clarifie les choses : je ne suis pas totalement de mauvaise foi. Le film a certainement ses qualités. Je ne vais pas crier sur tous les toits qu’il s’agit d’une daube. Je suis certaine que des spectateurs ont pu être sensible à l’atmosphère, proche des films de Naomi Kawase (ce qui n’est pas bon signe en ce qui me concerne vu que je n’aime pas ce qu’elle fait). Mais voilà, il se trouve que malgré des qualités évidentes, des choses réellement intéressantes, je n’ai pas du tout aimé Vers l’autre rive.

Vers l'autre rive : Photo Eri Fukatsu

Il faut quand même le dire : je me suis fait chier comme un rat mort. Oui, bon, c’est pas trop poli de dire ça mais face à mon ennui total, c’est vraiment l’expression qui correspond le mieux à mon état durant la séance. Pourtant, même si on n’est pas dans un film d’action, je n’ai pas trouvé le rythme si lent que ça, c’est juste que j’ai trouvé la manière de raconter cette histoire soporifique. Le pire, c’est que je trouvais que le film partait pas si mal que ça : certes, en tant que jeune française qui ne connait pas forcément en détail toute la culture japonaise, c’est clair que j’ai trouvé cette histoire de revenant très chelou (pourtant je ne suis pas à mon premier film japonais avec des fantômes et tout ça) mais le film commence directement, en nous expliquant rapidement la situation. Mais, finalement, après les dix premières minutes, je n’accroche pas du tout à l’histoire, à l’univers soi-disant « flottant » (je ne sais pas si ce que je viens de dire a le moindre sens), je commence à m’emmerder. En fait, il faut le dire : je ne suis tout simplement pas entrée dans le film ! Par conséquent, à cause de l’ennui (je dois même vous avouer que j’ai dormi les dix dernières minutes, je voyais mes paupières cligner comme un papillon en train de crever sur une lampe allumée, et puis bing, j’ai dormi, je me suis réveillée et paf générique de fin !), je n’ai pas du tout été émue par cette histoire de deuil et d’amour. Pour ne rien arranger, si j’ai plutôt accroché au jeu de Tadanobu Asano, en revanche j’ai trouvé Eri Fukatsu assez mauvaise. Enfin, je n’ai pas aimé l’utilisation de la musique composée par Yoshihide Otomo et Naoko Eto. En dehors du film, cette musique est pourtant jolie, agréable à écouter. Mais alors durant le long-métrage, cette partition est limite catastrophique. En fait, soit on a droit à une musique super lourdingue et envahissante façon soap opera, soit j’ai eu l’impression que certaines scènes, très silencieuses, auraient pu bénéficier d’une musique (et pourtant j’aime bien les scènes dans lesquelles il n’y a pas de musique). Bref, je sais que ça peut paraître paradoxal ou bizarre mais la musique m’a vraiment perturbée !

Vers l'autre rive : Photo

Contes italiens

réalisé par Vittorio et Paolo Taviani

avec Riccardo Scamarcio, Kim Rossi Stuart, Jasmine Trinca, Rosabell Laurenti Sellers…

titre original : Maraviglioso Boccaccio

Drame italien. 1h55. 2014.

sortie française : 10 juin 2015

Contes Italiens

Florence, XIVème siècle : la peste fait rage. Dix jeunes gens fuient la ville pour se réfugier dans une villa à la campagne et parler du sentiment le plus élevé qui existe, l’amour, dans toutes ses nuances.

Contes Italiens : Photo Lello Arena

Je n’ai pas vu des tonnes de films des frères Taviani mais de ce que j’ai pu voir, j’aime vraiment leur travail. Je garde vraiment un bon souvenir de Kaos et j’adore César doit mourir (Ours d’or au festival de Berlin en 2012). J’étais donc curieuse de découvrir leur dernier long-métrage, Contes Italiens, même si je ne suis pas forcément fan des films en costume et tout ça. Puis, en cours de littérature, mes profs ont souvent parlé de Boccace (puisque le long-métrage est donc tiré de cinq nouvelles du Décaméron). Je n’ai jamais osé lire ce pavé (et je ne pense pas aimer même si c’est bien de le lire pour sa culture générale) donc je n’ai aucune idée de la manière dont ont procédé les Taviani pour l’adaptation mais je connais un peu de quoi il s’agit tout de même (et ça change des adaptations idiotes, du style Virgin Territory, parce que là, malgré ma tolérance pour le travail des scénaristes envers les adaptations, il n’y a pas d’autres mots). Je ne parlerais pas de déception étant donné que je n’attendais pas non plus des masses ce film (encore une fois, je l’ai vu par curiosité et j’ai eu l’occasion de le voir à une période creuse, rien de plus) mais j’ai quand même trouvé ce film très moyen, ce qui est dommage, surtout quand on connait le talent des Taviani. Le film part pourtant plutôt bien, c’est-à-dire lorsque les personnages fuient Florence à cause de la peste pour aller se réfugier à la campagne : le contexte historique m’a semblé bien reconstitué et le spectateur est rapidement plongé dans l’histoire. Puis, les choses se gâtent quand les jeunes sont à la campagne et racontent à chaque fois une histoire. En fait, malheureusement, les Taviani, qui ont avoir plus de 80 ans (et donc beaucoup d’expérience), n’ont pas évité les éternels pièges réservés aux « films à sketchs » (enfin je ne suis quand même pas sûre de classer Contes italiens dans cette catégorie en particulier même si ça peut rappeler certains films dans cette veine-là). Du coup, on a droit à un long-métrage inégal.

Contes Italiens : Photo Carolina Crescentini

Disons qu’il y a des histoires plus intéressantes que d’autres. De tête, je garde un très bon souvenir de l’histoire avec Calandrino (avec Kim Rossi Stuart, qui doit jouer un moche, mais qui reste canon, bref pas grave), un gars un peu (beaucoup) simplet qui pense devenir invisible grâce à une pierre « magique » noire. J’ai également beaucoup aimé l’histoire avec les coucheries de bonnes soeurs dans un couvent. Ces deux sketchs en question m’ont tout simplement fait rire grâce à une écriture certes simple mais efficace (oui, j’aime dire cette expression à la con, on ne me tape pas !) et une chute qui fonctionne à merveille à chaque fois. Le tout dernier sketch, avec le fauconnier Federico qui retrouve sa bien-aimée, n’est certes pas drôle du tout contrairement aux deux autres histoires que je viens de citer mais cette dernière partie est vraiment très émouvante sans être larmoyante. En revanche, les deux autres histoires ne m’ont pas convaincue, et cela a tendance à créer une sorte de déséquilibre. En effet, rien que la toute première histoire avec une femme mourante sauvée par son amant (là déjà, malgré une bonne introduction, tu te dis que c’est mal barré pour la suite) m’a assommée (d’ailleurs, il me semble que je me suis légèrement assoupie à ce moment-là). J’ai juste trouvé l’histoire très cul-cul (oui j’utilise en plus des expressions dignes d’un enfant de troisième année de maternelle). Et l’autre histoire que je n’ai pas aimée (avec Tancredi et sa fille) est également très niaise et limite un peu dépassée et tu sors de là avec une affreuse envie de te pendre ! Bref, comme je le disais, l’ensemble paraît du coup déséquilibré, il y a clairement quelques problèmes de rythme et des longueurs, on ne rencontre pas le même intérêt pour chaque histoire, les transitions entre les sketchs sont parfois un peu longues même si elles ne sont pas toujours inintéressantes (notamment en ce qui concerne la reconstitution historique qui ne paraît pas too much, mais vraiment juste comme il le faut). Même le casting est assez déséquilibré, il faut quand même le dire : certains jouent mieux que d’autres (certains sont même carrément mauvais).

Contes Italiens : Photo Kim Rossi Stuart

Loin de la foule déchaînée (2015)

réalisé par Thomas Vinterberg

avec Carey Mulligan, Matthias Schoenaerts, Michael Sheen, Tom Sturridge, Juno Temple, Jessica Barden…

titre original : Far from the Madding Crowd

Drame, romance, historique britannique, américain. 2h. 2015.

sortie française : 3 juin 2015

Loin de la foule déchaînée

Dans la campagne anglaise de l’époque victorienne, une jeune héritière, Bathsheba Everdeene doit diriger la ferme léguée par son oncle. Femme belle et libre, elle veut s’assumer seule et sans mari, ce qui n’est pas au goût de tous à commencer par ses ouvriers. Bathsheba ne se mariera qu’une fois amoureuse. Qu’à cela ne tienne, elle se fait courtiser par trois hommes, le berger Gabriel Oake, le riche voisin Mr Boldwood et le Sergent Troy.

Loin de la foule déchaînée : Photo Carey Mulligan, Tom Sturridge

J’aurais pu écrire ma critique de ce film il y a déjà pas mal de semaines maintenant mais je tenais à découvrir rapidement le roman du même nom de Thomas Hardy, publié en 1874. C’était tout d’abord l’occasion ou jamais de connaître l’univers de cet auteur dont j’en entends tant parler et puis je trouve que c’est toujours bien de comparer le roman et son adaptation pour mieux comprendre comment ont travaillé le réalisateur Thomas Vinterberg et le scénariste David Nicholls. Ce n’est pas la première fois que ce roman est adapté, que ce soit pour la télévision ou le cinéma, pour être plus précis, il s’agit de sa sixième adaptation. On pourra notamment citer le film de John Schlesinger sorti en 1967 avec Julie Christie dans le rôle principal. Ce nombre d’adaptations pourra étonner sur le papier mais on peut comprendre la fascination des scénaristes pour ce fabuleux roman de Hardy. Ce roman a beau avoir été au cours du XIXe siècle, il semble toujours d’actualité notamment à travers le féminisme avant-gardiste de l’héroïne Bathsheeba Everdeene dont le nom a par ailleurs inspiré le personnage principal de la saga Hunger Games, Katniss Everdeen. Je n’ai pas vu les autres adaptations en question mais j’ai beaucoup aimé ce long-métrage. J’avais pourtant peur de le voir car je ne suis pas forcément fan des films classiques avec des costumes et tout ça. Mais Vinterberg a beaucoup de mérite : son adaptation est certes classique mais pourtant il a su apporter un véritable souffle et tout en restant fidèle au texte de Thomas Hardy il apporte beaucoup de modernité à l’histoire sans que ce soit anachronique. Il a su couper certains passages un peu trop longs dans le roman – en tout cas qui auraient de trop dans cette nouvelle adaptation qui se veut plus fraîche – pour que l’histoire soit encore plus dynamique.

Loin de la foule déchaînée : Photo Matthias Schoenaerts

Justement, en raccourcissant certains passages, Vinterberg prenait le risque de débouler son histoire, en se contentant de reprendre uniquement les faits et ne pas mettre d’émotion. Or, je trouve que l’émotion est également présente. Je ne dis pas que j’ai pleuré ou quoi que ce soit, mais j’ai réellement vécu ce film que j’ai trouvé très intense car les personnages sont présentés avec beaucoup de complexités. Je ne veux paraître niaise (never) mais j’étais limite émoustillée par l’histoire de Bathsheeba, cette femme forte, qui semble savoir ce qu’elle veut, qui est indépendante, et pourtant va avoir ses moments de faiblesse, va être confrontée à ses propres désirs et se remettre en question. Mais ce qui provoque également cette émotion (en tout cas en ce qui me concerne), c’est la manière d’avoir mis en avant le berger Oak, de voir qu’il est toujours présent quoiqu’il arrive. L’idée était certes déjà plus ou moins présente dans le roman mais j’ai l’impression que Vinterberg a davantage insisté sur ce point, ce qui n’est pas du tout déplaisant, loin de là, au contraire, cela contribue encore plus au charme de ce long-métrage. La mise en scène est pour moi réussie, classique mais vivante. Le film séduit également par ses beaux décors et costumes, sa jolie lumière ou encore par sa splendide photographie. Enfin, j’ai beaucoup aimé le casting, à commencer par la lumineuse Carey Mulligan, parfaite dans le rôle de Bathsheeba. Les seconds rôles sont également tous très bons : Matthias Schoenaerts (Gabriel Oak), qu’on voit décidément partout depuis plusieurs mois, est également la très bonne surprise de ce film, Michael Sheen (Mr Boldwood) fait ici pour moi son « grand » retour au cinéma, Tom Sturridge (Troy) s’en sort également très bien et Juno Temple confirme de plus en plus son potentiel même si on la voit peu.

Loin de la foule déchaînée : Photo Carey Mulligan, Michael Sheen

Shaun le mouton – le film

réalisé par Mark Burton et Richard Starzak

avec les voix de Justin Fletcher, John B. Sparkes, Omid Djalili, Andy Nyman…

titre original : Shaun the Sheep Movie

Film d’animation britannique, français. 1h25. 2015.

sortie française : 1 avril 2015

Shaun le mouton

Lorsque qu’une blague de Shaun entraîne accidentellement le fermier jusqu’à la Grande Ville, Shaun, Bitzer et le reste du troupeau se retrouvent embarqués dans une aventure complêêêêtement inattendue en plein grande ville… Shaun arrivera-t-il à retrouver le Fermier dans cette ville étrangère et inconnue avant de s’y perdre pour toujours ?

Shaun le mouton : Photo

Shaun le mouton est un personnage apparu pour la première fois dans Wallace et Gromit : Rasé de près de Nick Park en 1995. Après cette apparition, Shaun (en anglais, « Shaun » sonne comme « shorn » qui signifie « tondu ») est devenu populaire, notamment en apparaissant sur divers objets (pubs, cartes de voeux, livres etc…). Puis, il a même été la vedette de sa propre série en 2007 intitulée tout simplement Shaun le mouton (et toujours créée par Nick Park et actuellement à sa 4e saison). La logique des choses a donc voulu que Shaun le mouton ait carrément son propre long-métrage. Le film a donc été réalisé en pâte à modeler et en stop-motion sans aucun dialogue (il y a par contre des sons qui sortent de la bouche des personnages en guise de voix). L’humour repose alors principalement sur des gags visuels. En tout cas, face à ces nombreux défis, le nouveau film des studios Aardman est une véritable réussite, pour l’instant dans mon top de l’année. Tout d’abord, sans entrer dans des détails techniques, je dois avouer que l’animation m’a bluffée. D’ailleurs, à l’image du reste du film, j’apprécie toujours l’authenticité et la créativité des techniques d’animation utilisées. Puis, c’est un film qui m’a énormément fait rire, du début jusqu’à la fin. Il est vraiment destiné à tous les publics, que ce soit les enfants et les adultes. Rendant à la fois hommage au cinéma muet et burlesque, le film joue donc sur des gags visuels, mais aussi sonores (la musique, les onomatopées, les bruitages etc…), le film est donc truffé de références très plaisantes sans que ces dernières envahissent l’inventivité même du scénario, plutôt simple sur le papier mais en réalité vraiment efficace.

Shaun le mouton : Photo

Effectivement, Shaun le mouton aurait pu se contenter de réunir une succession de sketchs (ce qui aurait été très pénible), heureusement ce n’est pas le cas, il n’y a pas du gag pour avoir du gag, l’humour va évidemment de pair avec l’histoire, il la nourrit même. Surtout, la réflexion derrière, le « message » pour caricaturer (l’herbe n’est pas toujours plus verte ailleurs) passe très bien sans que ce soit dégoulinant de bons sentiments. Si la comparaison entre la campagne et la ville n’a rien d’original en soi, elle reste tout de même ici pertinente. Les gags fonctionnent aussi parce que le film est rythmé, sans aucun temps mort mais sans qu’on en ressorte non plus épuisé dans le mauvais sens du terme. De plus, vu qu’il s’agit d’un film familial, j’ai apprécié de voir un film plutôt court, avoisinant les 1h20. Au-delà d’avoir passé un excellent moment devant ce divertissement hilarant, j’ai également apprécié la tendresse et l’humanité dégagées dans ce film et je trouve qu’il y a même quelques scènes émouvantes à la fin du film. Comme quoi, on peut définitivement faire des films pour enfants sans tomber dans la niaiserie. Je dois également ajouter que je ne suis pas une fan des films (que ce soit des films d’animation ou « live ») mettant en scène des animaux (je suis parfois très terre-à-terre). Or, dès le début, ce qui serait pour moi un obstacle ne m’a pas du tout gênée ! J’ai tout de suite aimé ces animaux attachants, malins et expressifs. Enfin, j’ai également apprécié la bande-originale composée par Ilan Eshkeri et comportant quelques chansons pop-rock très sympa comme « Feels like summer » de Tim Wheeler.

Shaun le mouton : Photo

La Famille Bélier

réalisé par Eric Lartigau

avec Louane Emera, Karin Viard, François Damiens, Eric Elmosnino, Luca Gelberg, Roxane Duran, Ilian Bergala, Stephan Wojtowicz, Jérôme Kircher…

Comédie française, belge. 1h46. 2014.

sortie française : 17 décembre 2014

La Famille Bélier

Dans la famille Bélier, tout le monde est sourd sauf Paula, 16 ans. Elle est une interprète indispensable à
ses parents au quotidien, notamment pour l’exploitation de la ferme familiale. Un jour, poussée par son professeur de musique qui lui a découvert un don pour le chant, elle décide de préparer le concours de Radio France. Un choix de vie qui signifierait pour elle l’éloignement de sa famille et un passage inévitable à l’âge adulte.

La Famille Bélier : Photo François Damiens, Karin Viard, Louane Emera, Luca Gelberg

Les médias nous ont bassinés avec La Famille Bélier, bien avant sa sortie officielle au point de voir la gueule de Louane à peu près partout tous les jours. Cette surmédiatisation a été payante puisque le film a réuni dans les salles françaises plus de sept millions de spectateurs. Nommé en tout dans six catégories aux César, il a permis à Louane Emera, révélée dans This is the Voice The Voice (et elle m’agaçait énormément, mais passons), de remporter le César du meilleur espoir féminin. Cependant, je dois avouer que j’ai tendance à me méfier de ces films trop aimés par la presse et cette surmédiatisation m’a plus fait fuir qu’autre chose. Et en plus, j’ai un mal fou avec les chansons de Michel Sardou (j’exaspère pratiquement toutes les semaines mon entourage depuis très longtemps en disant que je n’aime pas ce type, je vais essayer de ne pas être relou durant cette chronique). Mais tout le monde sait ici que je suis plutôt curieuse (même si j’ai mes limites, parce que, faut pas trop déconner non plus), je me suis alors rattrapée quelques mois après sa sortie ciné. Au début, je dois avouer que j’étais sceptique. J’avais peur de voir un téléfilm tout mignon et déjà vu. Certes, on ne va pas se mentir : la mise en scène, pourtant correcte pour ce type de film, n’a rien d’exceptionnel. Quant à l’histoire, elle est assez basique sur le papier : une jeune fille découvre un talent pour la chanson et va devoir voler de ses propres ailes. Bref, le passage de l’adolescence à l’âge adulte n’a rien d’inédit. Cependant, je décide tout de même de laisser sa chance à ce film. Au début, quelques défauts me sautent aux yeux : par exemple, je trouve que Karin Viard et François Damiens gigotent un peu trop dans tous les sens ou encore le portrait des agriculteurs n’est pas toujours très flatteur (à côté, les agriculteurs de L’amour est dans le pré paraissent élégants, sans vouloir les offenser). Mais je réussis à laisser de côté ces quelques problème car le film est pour moi d’emblée drôle et frais. Je dois même vous dire qu’au fur et à mesure de mon visionnage, je tombe de plus en plus sous le charme de cette comédie plus mélancolique qu’elle en a l’air.

La Famille Bélier : Photo François Damiens, Karin Viard

Il faut dire que le scénario, écrit par Victoria Bedos et Stanislas Carré de Malberg, reste tout de même assez réussi et efface la banalité de la mise en scène. Comme on dit, c’est simple mais efficace. Et simple n’est pas synonyme d’idiot. Ainsi, la situation paradoxale dans laquelle se situe la jeune Paula (être chanteuse dans une famille de sourds!) fonctionne malgré sa simplicité, il s’agit en tout cas d’une bonne base scénaristique et dans l’ensemble les scénaristes l’exploitent plutôt bien. Je trouve que les scénaristes ont su mettre en avant cet handicap avec humour (la gestuelle des parents et le contraste avec ce que dit Paula font partie de ces procédés comiques) mais sans se moquer. Surtout j’ai apprécié qu’on ne victimise pas les sourds (cela pourrait notamment expliquer le comportement parfois exagéré ou grossier des parents Bélier). Surtout au fil du film, le scénario fait de plus en plus de place à une certaine sensibilité bienvenue, et contrairement à certains gags, elle est loin d’être lourde. Par exemple, l’évolution de Paula reste subtile dans le sens où la découverte de son talent n’est pas brutale (contrairement à un grand nombre de films dans la même veine). Surtout, le film s’éloigne de plus en plus de la comédie pour faire place à une réelle émotion. Même la mise en scène, pourtant assez banale jusqu’à présent, s’améliore dans la seconde partie du long-métrage. La scène avec les parents qui assistent au concert de l’école est par exemple simple mais finalement assez ingénieuse : ils n’entendent pas leur fille chanter mais en observant la réaction du public autour d’eux dans le silence, ils savent que leur fille a du talent dans la chanson. Et, quitte à me faire passer pour une dépressive, j’ai pleuré comme une madeleine de cette scène en question jusqu’à l’avant-dernière scène, dans laquelle Paula reprend Je vole de Michel Sardou. Dans The Voice, j’avais vraiment du mal avec les prestations (assez niaises) de Louane. Puis, même si ses chansons restent pas mal en tête (oui, quand je suis seule dans ma voiture et que je mets RTL2, ça m’arrive de chanter super fort Avenir, je l’assume), je ne trouve pas son album très bon (oui, je l’ai écouté, merci Spotify !).

La Famille Bélier : Photo Ilian Bergala, Louane Emera

Or, dans le film, ses performances musicales ne m’ont pas déçue. Non seulement sa voix me parait plus pure mais surtout on sent qu’elle comprend vraiment ce qu’elle chante, il est merveilleux de voir comment les chansons de ce cher Michel Sardou intègrent le scénario. De plus, même si son jeu n’est pas impeccable (mais heureusement j’ai vite oublié ses quelques maladresses), Louane s’en sort franchement bien. Certes, je peux comprendre les détracteurs de son César, même s’il ne me semble pas honteux : la jeune fille n’a peut-être pas nécessairement envie de devenir actrice et rien ne dit qu’elle fera carrière dans le cinéma. De plus, il parait qu’il y avait en face de sérieuses concurrentes (notamment celles de Respire), des actrices déjà plus professionnelles malgré leur jeunesse. Ce que je veux dire, c’est que je ne peux pas dire à l’heure actuelle si Louane Emera méritait son César. Mais cela n’empêche pas que son interprétation m’a tout de même énormément touchée malgré quelques imperfections. On sent la jeune fille investie dans ce rôle et sa fraîcheur et sa sensibilité la rendent touchante. Depuis, j’ai beaucoup de sympathie et d’estime pour elle. Le reste du casting est également à la hauteur. Certes, comme je le disais au début, Karin Viard et François Damiens exagèrent beaucoup leurs mouvements (même si ça m’a quand même fait rire, heureusement pas tous les sourds s’agitent ainsi !). Cependant, sans faire de grimaces, ils restent expressifs et parviennent également à rendre leurs personnages émouvants. Les seconds rôles sont également très bons. Eric Elmosnino (décidément, les films musicaux, c’est son truc) est vraiment excellent dans le rôle de ce prof de musique raté et blasé féru de chansons françaises. Luca Gelberg (réellement sourd) est également bon même si son personnage aurait pu être plus développé. Pour conclure, La Famille Bélier a certes clairement ses défauts (la romance avec son bellâtre est effectivement un peu trop mignonne), mais je comprends mieux son succès (ce film m’a conquise, pourtant je suis compliquée) malgré un matraquage médiatique agaçant. Il s’agit selon moi d’un bon feel good movie, mieux écrit qu’il en a l’air malgré quelques facilités, souvent drôle et surtout très émouvant.

La Famille Bélier : Photo Eric Elmosnino

A Girl at my door

réalisé par July Jung

avec Doona Bae, Kim Sae-Ron, Song Bae-Byeok…

Drame sud-coréen. 2h. 2014.

sortie française : 5 novembre 2014

A girl at my door

Young-Nam, jeune commissaire de Séoul, est mutée d’office dans un village de Corée. Elle se retrouve confrontée au monde rural avec ses habitudes, ses préjugés et ses secrets. Elle croise une jeune fille, Dohee dont le comportement singulier et solitaire l’intrigue. Une nuit, celle-ci se réfugie chez elle…

A girl at my door : Photo

Présenté au festival de Cannes 2014 dans la section « Un section regard » et co-produit par Lee Chang-Dong (le réalisateur des magnifiques Secret Sunshine et Poetry), A girl at my door est dans l’ensemble une belle surprise venue de Corée du Sud. Pour son premier long-métrage, July Jung n’a pas choisi la facilité. En effet, elle traite à la fois de la maltraitance infantile, l’homosexualité (un sujet pratiquement pas traité dans le cinéma coréen), l’alcoolisme, l’isolement rural, la pédophilie (même si ce n’est pas non plus réellement au coeur du film, ceux qui ont vu le film comprendront ce que je veux dire) et les sans-papiers (que des sujets très joyeux !). La réalisatrice aurait pu s’éparpiller ou trop survoler ces sujets mais en réalité ce n’est pas le cas. Mieux, grâce à une mise en scène ingénieuse et un scénario malin (même s’il n’est pas toujours surprenant) elle arrive à les insérer intelligemment, comme si un sujet en amenait un autre : l’effet d’engrenage fonctionne plutôt bien. Finalement, ce choix est assez cohérent puisque la violence entraîne les personnages dans une spirale infernale dont les personnages ne seront pas certains d’en sortir. La violence est au coeur de ce film, on voit à plusieurs reprises des actes de violence. Cependant, le film n’est pas violent. Au contraire, on trouve même beaucoup de pudeur et de délicatesse. Finalement, ce sera la critique de cette Corée homophobe et corrompue qui sera réellement violente.

A girl at my door : Photo

Doona Bae (Sympathy for Mr Vengeance, The Host, Cloud Atlas) est excellente dans le rôle de cette policière victime d’homophobie, qui se prendra d’affection pour Dohee. Elle a une attitude plutôt froide, par son statut de chef et par son identité sexuelle qui la rend distante avec les gens pourtant son comportement maternel rend ce personnage touchant. Quant à Kim Sae-Ron (Une vie toute neuve, The man from nowhere), qui incarne la gamine battue par son père, elle est étonnante. Elle arrive à garder une certaine fraîcheur (les scènes où elle danse montrent qu’elle est encore une enfant malgré tout ce qu’elle a vécu) et en même temps elle réussit à être troublante (étant victime de violence, devra-t-elle à son tour en quelque sorte un monstre ?). On regrettera cependant quelques longueurs. En effet, l’intrigue aurait pu être plus resserrée, du coup on aurait pu avoir des émotions encore plus intenses. Cependant, je ne me suis pas non plus ennuyée. Pour conclure, le film possède quelques maladresses mais dans l’ensemble il s’agit tout de même d’un bon film qui n’est pas tendre avec la société coréenne et qui arrive à être plus universel en évoquant la maltraitance sur mineur. Pour un premier long-métrage, July Jung s’en tire plutôt bien et je compte suivre sa carrière de près.

A girl at my door : Photo