Bègue

réalisé par Benjamin Cleary

avec Matthew Needham, Chloe Pirrie, Eric Richard, Richard Mason…

titre original : Stutterer

Drame britannique, irlandais. 12 mn. 2015.

Disponible légalement et gratuitement sur le replay d’Arte jusqu’au 14 mars 2017

⇒ICI⇐

stutterer

Typographe solitaire, Greenwood est victime d’importants troubles d’élocutions. Quand Elie, avec qui il échange sur internet depuis plusieurs mois lui propose de le rencontrer, il se retrouve face à sa plus grande angoisse.

Bègue : Photo

Je vous propose une petite chronique improvisée pour un film qui en vaut la peine et que vous pouvez regarder gratuitement jusqu’en mars prochain sur le site d’Arte replay comme je l’explique sous le descriptif. Bref, c’est en quelque sorte mon petit cadeau de fin d’année.

J’en profite pour vous souhaitez une excellente année et vous remercie tous pour votre fidélité qui me touche et me booste chaque jour. Le 1er janvier, je vous remercierai encore et je vous proposerai le top et flop 10 de 2016. Et n’oubliez pas, le 2 janvier, la nouvelle liste du Movie Challenge sera publiée sur le blog ! Petite précision aussi pour le mois de janvier pour ceux qui auraient raté quelques infos : je me focaliserai sur les quatre dernières critiques du Movie Challenge 2016 (La Déchirure, Avanti, Hard Day et Kill your darlings) et tenterai d’écrire quelques chroniques de films sortis cette année (avant de commencer la nouvelle) : The Nice Guys et Les Animaux Fantastiques en priorité). Bref, j’ai pas mal de boulot en janvier !

Stutterer ou Bègue dans sa version française a remporté l’Oscar du meilleur court-métrage de fiction en 2016 (vous savez, cette fameuse catégorie dont on ne préoccupe pas réellement durant cette soirée). Comme beaucoup de gens voire même de cinéphiles, je ne prends pas toujours le temps de découvrir des courts-métrages, ce qui est un tort, je dois bien l’admettre (parce que le court-métrage n’est pas un sous-film). Le court-métrage est toujours un bon moyen pour un réalisateur de se lancer, de bâtir sa filmographie et surtout de se faire connaître. Je croise alors les doigts pour le jeune réalisateur irlandais Benjamin Cleary qui prouve ici qu’il possède un réel talent. J’espère qu’il continuera sa carrière et qu’il réalisera un de ces jours un long-métrage, je suis persuadée qu’il en est capable même s’il s’agit d’un exercice différent. Stutterer est donc un court-métrage de douze minutes suivant Greenwood, un jeune bègue (jusque-là, aucune surprise, puisque le titre nous l’indique) qui rencontre des difficultés au quotidien à cause de son handicap. Il discute en ligne depuis six mois avec une charmante jeune fille, cette dernière lui proposant alors de se voir physiquement pour de bon. En douze minutes, la question se pose : Greenwood va-t-il avoir le courage de se rendre à ce rendez-vous et de pouvoir sortir de sa solitude ? Ou au contraire, est-ce que son handicap va-t-il le bloquer et l’empêcher d’établir une belle relation possible ? En peu de temps, grâce à une mise en scène particulièrement efficace et de tout un lot d’arguments solides, Benjamin Cleary parvient à saisir toutes les difficultés vécues par un bègue au quotidien. Le réalisateur dit qu’il s’est d’ailleurs inspiré d’un ami bègue, lui racontant tout un lot d’anecdotes. Ainsi, cette manifestation est autant extérieure qu’intérieure. Extérieure parce qu’on est face à un jeune homme incapable de s’exprimer clairement dans la vie de tous les jours, même pour demander un simple renseignement concernant une de ses factures. Intérieure, parce que s’il ne peut pas s’exprimer en public, Greenwood entend dans son esprit sa voix, celle qu’il aimerait faire entendre aux autres s’il avait la possibilité de s’exprimer comme il le souhaiterait. Il ne s’agit pas uniquement de paroles qu’il aimerait prononcer. Ce désir de paroles se mélange aussi aux pensées du personnage principal. On retrouve alors un montage particulièrement astucieux entre la voix-off, les dialogues dans la réalité du personnage et les images. La photographie et le jeu de lumière sont également remarquables. Au-delà d’un formidable travail technique, le film parvient aussi à combiner en peu de temps tout une gamme d’émotions. On ressent la solitude de Greenwood, sa mélancolie, mais aussi ses quelques moments d’espoir. Le film aurait pu être déprimant. Tout en prenant en compte cette mélancolie, Stutterer est pourtant un court-métrage d’une réelle fraîche, avec quelques touches d’humour très efficaces. Enfin, je dois vraiment souligner les excellentes interprétations des deux acteurs principaux. Matthew Needham (je ne sais pas pourquoi mais il m’a fait penser à Ben Whishaw !), apparu dans la série Casualty ou dans Sherlock et surtout au théâtre, est formidable dans le rôle de ce garçon très attachant qui mériterait de sortir de sa coquille. J’espère vraiment revoir cet acteur dans des films et séries plus exposées, on sent qu’il a du talent ! Sa partenaire Chloe Pirrie, une jeune actrice écossaise vue dans Youth de Paolo Sorrentino ou encore dans la série Brief Enconters, fait preuve d’une grande fraîcheur (on peut comprendre que Greenwood puisse être sous son charme).

Bègue : Photo

Publicités

Mommy

réalisé par Xavier Dolan

avec Anne Dorval, Antoine Olivier Pilon, Suzanne Clément, Patrick Huard…

Drame canadien. 2h20. 2014.

sortie française : 8 octobre 2014

Mommy

Une veuve mono-parentale hérite de la garde de son fils, un adolescent TDAH impulsif et violent. Au coeur de leurs emportements et difficultés, ils tentent de joindre les deux bouts, notamment grâce à l’aide inattendue de l’énigmatique voisine d’en face, Kyla. Tous les trois, ils retrouvent une forme d’équilibre et, bientôt, d’espoir.

Mommy : Photo Anne Dorval

Avant de voir Mommy, je n’avais pas forcément une bonne image de Xavier Dolan. Pourtant, avant de m’attaquer à sa filmo, j’avais beaucoup aimé le clip polémique qu’il avait signé pour le groupe Indochine, College Boy (avec le héros de Mommy, Antoine Olivier Pilon). Puis, j’ai découvert Les amours imaginaires (je publierai ma critique en novembre) sur Arte, et là catastrophe : malgré un talent esthétique, je n’aime pratiquement rien dans ce film mal joué, prétentieux et d’un ennui à mourir. Ensuite, j’ai suivi le festival de Cannes cette année et j’ai pratiquement regardé toutes les conférences sur presse. Alors que je m’attendais de nouveau à revoir le petit con qui avait tendance à m’énerve, je vois un jeune homme plus calme, beaucoup moins prétentieux, qui défend avec conviction son dernier bébé. Puis, sa réaction lorsqu’il a reçu le prix du jury – peut-être un peu exubérante – m’a beaucoup touchée, j’ai enfin vu sa sincérité. Je dois également avouer que j’étais curieuse de découvrir Anne Dorval, que je connais surtout pour la série Le coeur a ses raisons, dans un registre dramatique. Malgré l’emballement de la presse, j’avais toujours en tête ma très mauvaise expérience des Amours imaginaires en tête et puis je suis toujours un peu méfiante quand un film est à ce point aimé par tous. Je ne suis pas allée voir le film tout de suite mais finalement je me suis dis que je devais le voir histoire de me faire ma petite idée.

Mommy : Photo Antoine-Olivier Pilon

Finalement, j’ai bien fait d’avoir donné une seconde chance à Dolan. Je n’ai pas seulement aimé Mommy, j’ai adoré. Dolan a réussi à me plonger dans un tourbillon d’émotions. Le film m’a bien confirmé que le bonhomme était devenu plus mature. Il est soigné esthétiquement, mais cette fois-ci le but n’est pas pour Dolan d’étendre toutes ses connaissances techniques. Le format carré 1:1 (déjà utilisé pour le clip d’Indochine) met en valeur les personnages et en même temps les emprisonne : l’atmosphère est étouffante, on sait que le jeune Steve risque de péter un câble d’un moment à l’autre et surtout la séparation, causée par une loi imaginaire dans le Canada de 2015, semble inévitable. Les seuls moments où ce format disparaît sont ceux où les personnages respirent durant un instant le bonheur. Le film dure 2h20 mais il passe vraiment vite car il est rythmé et le scénario bien construit. Malgré sa longue durée, honnêtement, je ne vois pas ce que Dolan aurait pu couper. Chaque scène, même chaque plan, semble nécessaire et signifie quelque chose, par rapport à la construction de l’histoire ou à l’approche des personnages. La mise en scène est soignée, très maîtrisée pour un jeune réalisateur et surtout, par rapport aux Amours Imaginaires (oui, j’en fais une obsession), ne paraît pas superficielle et ceci pour une simple raison : le film respire la sincérité. Mommy est un film ambitieux mais je n’ai pas senti que Dolan avait fait ce film pour se la péter. A l’image des personnages, cette histoire sort de ses tripes. On sait tous que sa relation avec sa mère joue un rôle important dans son travail et il a dit lui-même Steve lui ressemble. Malgré cette influence autobiographique, Dolan a signé un film très universel.

Mommy : Photo Anne Dorval

Dolan a signé un film fort émotionnellement et plusieurs scènes resteront gravées. La bande-originale (Céline Dion, Lana Del Rey, Dido, Counting Crows, Oasis, Eiffel ’65, Andrea Bocelli…) est également sympa. Je craignais que Dolan ait de nouveau mis sa playlist idéale et qu’elle soit trop envahissante, surtout les premières minutes du film, mais en réalité, elle trouve sa place dans le film : la scène avec les trois personnages qui chantent du Céline Dion ou encore celle dans le karaoké sont assez significatives. Enfin, les acteurs sont impeccables. Anne Dorval est fabuleuse dans le rôle de cette mère qui semble se comporter comme une adolescente avec son look très 90s mais qui fait vraiment tout pour que son fils sorte de cette spirale infernale. Dans le rôle du fils en question, Antoine Olivier Pilon est également excellent. Il a beau être violent, insultant envers sa mère, le personnage qu’il incarne est très attachant (peut-être l’est-il parce qu’il n’a pas toujours été ainsi ?). Dans cette relation mère-fils, Suzanne Clément, qui incarne la voisine bègue, parvient à trouver sa place. Même si elle s’ouvre dans quelques scènes, ce personnage est plus dans la retenue. Ce qui est émouvant, c’est que le spectateur comprend pourquoi elle est devenue bègue et pourquoi elle s’attache autant à cette famille, mais jamais son personnage Kyla n’en parlera. La maturité de Dolan, que j’évoquais un peu plus haut, apparaît aussi dans le traitement des personnages, surtout les féminins. Pour conclure, Mommy est un magnifique film, à la fois d’une immense tendresse et d’une insolence étonnante. Je vais rejoindre la critique de Positif : on peut très bien détester les autres films de Dolan et adorer Mommy.

Mommy : Photo Suzanne Clément