Le Grand Jeu (2017)

réalisé par Aaron Sorkin

avec Jessica Chastain, Idris Elba, Kevin Costner, Michael Cera, Chris O’Dowd…

titre original : Molly’s Game

Drame, biopic américain. 2h20. 2017.

sortie française : 3 janvier 2018

La prodigieuse histoire vraie d’une jeune femme surdouée devenue la reine d’un gigantesque empire du jeu clandestin à Hollywood ! En 2004, la jeune Molly Bloom débarque à Los Angeles. Simple assistante, elle épaule son patron qui réunit toutes les semaines des joueurs de poker autour de parties clandestines. Virée sans ménagement, elle décide de monter son propre cercle : la mise d’entrée sera de 250 000 $ ! Très vite, les stars hollywoodiennes, les millionnaires et les grands sportifs accourent. Le succès est immédiat et vertigineux. Acculée par les agents du FBI décidés à la faire tomber, menacée par la mafia russe décidée à faire main basse sur son activité, et harcelée par des célébrités inquiètes qu’elle ne les trahisse, Molly Bloom se retrouve prise entre tous les feux…

Le Grand jeu : Photo Jessica Chastain

Aaron Sorkin est un scénariste réputé depuis plusieurs années, que ce soit à la télévision (A la Maison Blanche, The Newsroom) ou au cinéma (il a remporté l’Oscar du meilleur scénario adapté pour son travail sur The Social Network de David Fincher). Il passe désormais derrière la caméra (même s’il est aussi chargé, sans surprise, du scénario). Le Grand Jeu est inspiré de l’histoire vraie de Molly Bloom (oui, elle s’appelle comme le célèbre personnage du roman Ulysse de James Joyce), cette ancienne skieuse devenue organisatrice de parties de poker pour stars. Parmi ces stars, on retrouvait notamment Tobey Maguire (visiblement, même s’il n’est pas jamais nommé – comme les autres célébrités,  « Joueur X », interprété par Michael Cera, semble être une sorte de représentation de l’acteur de Spiderman), Leonardo DiCaprio, Ben Affleck, Macauley Culkin ou encore Matt Damon. Elle se fait finalement arrêter en 2013 pour ses parties illégales. Ses liens avec la mafia russe n’ont également pas arrangé les choses. Sorkin adapte en partie son autobiographie : je dis bien « en partie » puisque le film s’intéresse aussi à ce qui se passe après la sortie de ce livre (dans le film, son avocat lit même son bouquin). Je suis ressortie de la salle très partagée. Dans l’ensemble, j’ai été surprise de ne pas avoir senti de longueurs alors que le film dure tout de même 2h20. 2h20 pour un film qui ne raconte finalement pas grand-chose sans m’ennuyer relève presque de « l’exploit ». Pour une première réalisation, Aaron Sorkin s’en tire plutôt bien. Certes, la mise en scène n’est pas non plus extraordinaire. Beaucoup diront que Sorkin n’est pas un David Fincher ou un Danny Boyle (Sorkin avait aussi écrit pour lui avec Steve Jobs). Certes, ce n’est pas faux. Mais il n’y a rien de honteux, loin de là : son travail reste plutôt bon. En tout cas, si le film a selon moi beaucoup de défauts, la mise en scène n’est pas selon moi ce qui est à pointer du doigt. Le Grand Jeu bénéficie d’excellentes interprétations.J’aime beaucoup Jessica Chastain (enfin l’actrice, parce que la personnalité publique auto-proclamée porte-parole de toutes les causes commence un peu à me taper sur le système : voilà, c’est dit, je me sens mieux) et sans surprise, elle livre une impeccable interprétation. 

Le Grand jeu : Photo Idris Elba, Jessica Chastain

Cela dit, j’ai été « perturbée » par  sa perruque parfois un peu trop visible et ses décolletés un peu trop mis en avant : certes, son personnage, vulgaire, est assume sa féminité physique dans un milieu très masculin mais j’ai trouvé cet aspect parfois trop surligné. Pour la petite anecdote, c’est la véritable Molly Bloom qui souhaitait voir Chastain interpréter son rôle. J’ai surtout été épatée par la performance d’Idris Elba, tout particulièrement charismatique dans le rôle de l’avocat de l’héroïne. A la sortie de ma séance, je me souvenais même plus de lui que de Chastain. Dans un rôle secondaire, on est toujours content de retrouver ce bon vieux Kevin Costner. Le problème de ce dernier n’est pas son interprétation, loin de là. L’utilisation de son personnage est en revanche gênante. La scène de la patinoire est juste une immense blague et fait perdre à elle-seule tout crédit au film déjà suffisamment bancal : Molly retrouve son bon vieux père un peu par hasard dans ce petit bled qu’est New York à la patinoire, il lui fait alors en trois minutes sa psychothérapie. Vous comprenez, Molly elle se venge des hommes parce que son père était trop autoritaire et en plus c’était un salaud parce qu’il trompait sa femme. Molly trempe dans des affaires douteuses parce qu’elle n’a pas été réussi à être la championne de ski qu’elle aurait dû devenir. Bref, ça m’a fatiguée, même un épisode de 7 à la maison était plus subtil. Et c’est là où je veux commencer à pointer les nombreux défauts de ce long-métrage divertissant mais oubliable et discutable pour différentes raisons. La construction du film est en elle-même bordélique en s’éparpillant sur différents niveaux temporels, sans cesse entremêlés : l’enfance et l’adolescence de Molly en tant que skieuse en partie conseillée et entraînée par son père (leurs relations sont donc assez compliquées), la réussite de Molly dans son « travail » et la possible chute de Molly avec ses problèmes judiciaires. Décidément, on ne veut plus réaliser de biopics traditionnels. La nouvelle mode est de déconstruire à tout prix les histoires linéaires.

Le Grand jeu : Photo Jessica Chastain

Cela dit, le schéma adopté par Sorkin est juste ultra casse-gueule. Pour moi, il passe par ce procédé parce qu’en réalité, la réelle histoire de Molly n’est finalement pas plus que palpitante que cela quand on y réfléchit bien. On ne peut pas s’empêcher de trouver cette structure faussement compliquée pour pas grand-chose, pour combler du vide. Le montage et la voix-off, qui pourraient éventuellement expliquer le rythme du film, sont également à remettre en cause (et je relie les deux défauts ensemble). Le montage semble parfois hasardeux : on passe parfois d’une scène à l’autre un peu en mode « ploum ploum ploum » parce qu’on a l’impression que Sorkin ne parvient pas à se sortir de son schéma narratif inutilement compliqué. Cette voix-off est également discutable : a priori, elle n’est pas déplaisante, elle est plutôt endiablée (même s’il vaut mieux ne pas avoir une dent contre les films bavards, heureusement pour moi, je ne fais pas partie de cette catégorie). Mais elle est trop littéraire dans le sens où on a l’impression d’entendre les extraits de son bouquin juste directement transposés à l’écran. Sorkin ne joue alors pas suffisamment avec cet élément. La voix-off aurait pu par exemple être en décalage avec les images ou quelque chose de ce style. Mais en fait non. Elle ne permet pas aux images de parler d’elles-mêmes. Elle surajoute de l’information inutilement, elle ne nous aide pas non plus à mieux cerner la personnalité de Molly Bloom. Justement, rebondissons sur ce dernier point : le personnage en lui-même est problématique et pas uniquement à cause d’une psychologie digne de Doctossimo concernant ses relations avec son papounet (comme si ça excusait déjà tous ses actes). Certes, cela peut être intéressant de voir une femme qui assume sa féminité évoluer dans un univers très masculin. Mais elle n’a aucun mérite dans sa réussite ou quand elle parvient à se sortir du pétrin : c’est un personnage qui est bien plus passif qu’on veut nous le faire croire. Surtout, tout est fait pour enlever toute responsabilité à ce personnage. La fin, qui nous la présente comme une battante, une winner (alors que sa réussite est discutable), va encore plus dans ce sens et cela m’a dérangée. Le Grand Jeu est un film très décevant qu’on oubliera assez vite…

Le Grand jeu : Photo Jessica Chastain

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Le Procès du Siècle

réalisé par Mick Jackson

avec Rachel Weisz, Timothy Spall, Tom Wilkinson, Andrew Scott, Mark Gatiss, Alex Jennings, Caren Pistorius, Harriet Walter, Jack Lowden…

titre original : Denial

Drame judiciaire, biopic américain, britannique. 1h50. 2016.

sortie française : 26 avril 2017

Deborah Lipstadt, historienne et auteure reconnue, défend farouchement  la mémoire de l’Holocauste.

Elle se voit confrontée à un universitaire extrémiste, avocat de thèses controversées sur le régime nazi, David Irving, qui la met au défi de prouver l’existence de la Shoah.

Sûr de son fait, Irving assigne en justice Lipstadt, qui se retrouve dans la situation aberrante de devoir prouver l’existence des chambres à gaz. Comment, en restant dans les limites du droit, faire face à un négationniste prêt à toutes les bassesses pour obtenir gain de cause, et l’empêcher de profiter de cette tribune pour propager ses théories nauséabondes ?

Le Procès du siècle : Photo Rachel Weisz

J’ai cru que je n’allais pas pouvoir découvrir Le Procès du Siècle dans les salles. Il est sorti chez moi très vite une seule petite semaine très récemment et je n’ai pas l’impression qu’il ait marché dans le reste du pays. Je ne m’attendais pas à un grand film qui a selon moi ses défauts. Mais il mérite tout de même d’être vu et même d’exister. Ce long-métrage est tiré du récit vrai de l’historienne Deborah Lipstadt (professeur en études juives qui a beaucoup travaillé sur la question du négationnisme) qui a raconté son combat dans Denial : Holocaust History on Trial. Elle retrace le procès en diffamation que lui a intenté l’essayiste négationniste David Irving (qui se prend vaguement pour un historien). Cette histoire s’est déroulée de 1994 (date où Lipstadt traite Irving de propagandiste négationniste et pro-nazi) : ce dernier porte plainte contre elle et l’éditeur britannique Penguin Books pour diffamation en 1996) jusqu’en 2000 (date du verdict du procès). Cela paraît hallucinant d’avoir dû dans les 1990 prouver l’existence de la Shoah, on se demande comment on peut en arriver là. Ce film est important même s’il vaut ce qu’il vaut (enfin selon moi car je suis sûre qu’il y a aussi des gens qui ont réellement aimé le résultat) : nous sommes actuellement dans une époque où on voit du complot absolument partout. Certes, Internet n’était pas présent dans nos vies (comme ça l’est maintenant). Cette affaire pourrait alors être une sorte de représentation des dérives de la liberté d’opinion : déformer l’histoire pour affirmer sa propre idéologie n’a justement rien d’une opinion. J’ai toujours été sensible aux films de procès même si c’est toujours un grand défi : il s’agit d’un genre forcément « bavard ». Comment ne pas ennuyer le spectateur ? Comment ne pas tomber non plus dans un exercice purement théâtral ? Certes, la mise en scène, qui est tout de même tout à fait correcte, par Mick Jackson (qui avait réalisé Bodyguard et Volcano… ça se saurait si ces deux films brillaient par leur réalisation) ne m’a pas spécialement éblouie (c’est principalement pour cette raison que je n’ai pas trop élevé ma note, je m’attendais à un chouïa mieux de ce côté-là). Cela dit, sans faire partie des meilleurs films de procès, les scènes se déroulant au tribunal restent tout de même très chouettes quand on aime ce genre cinématographique. Le tout est d’autant plus hallucinant que les répliques que s’envoient les deux parties ont réellement été prononcées durant le véritable procès (on peut retrouver ces échanges dans les archives officielles).

Le Procès du siècle : Photo Timothy Spall

Le Procès du Siècle reste trop académique et surtout (parce que l’académisme, quand il est bien fait, ne me dérange pas non plus) manque un peu d’émotion, ce qui est fortement dommage face à une telle histoire : j’aime sa dimension « nécessaire » qui prend parfois trop le dessus sur la question plus « artistique » (en toute honnêteté, j’ai même parfois eu l’impression d’être face à un téléfilm – certes de bonne facture). En revanche, il a le mérite de soulever beaucoup d’interrogations. Comme je le disais, il pointe du doigt certaines dérives de la notion même de liberté. De plus, si ce procès a été nécessaire pour la mémoire des victimes et de leurs familles, il n’est pas non plus totalement un succès : on ne change pas quelqu’un et encore moins son idéologie. En tout cas il s’agit d’un travail de longue haleine (d’autres films montrent cette possible évolution) et assez complexe. D’autant plus qu’on a du mal à cerner totalement la personnalité de David Irving : le film balaie volontairement ce point, étant donné qu’on voit ce personnage à partir du regard de Deborah (il faut dire que cette dernière a beaucoup participé à l’élaboration du scénario). Le Procès du Siècle est en tout cas porté par un excellent casting. Rachel Weisz (avec ses horribles cheveux roux bizarroïdes et ses foulards très chics) est remarquable dans le rôle de cette historienne combative, qui va aussi devoir apprendre à se taire (pour les bienfaits du procès) alors que la rhétorique fait partie de ses talents de prédilection. Le duel entre Timothy Spall (qui affronte déjà le personnage incarné Weisz) et Tom Wilkinson durant les scènes de procès est d’une grande intensité, les deux acteurs étant particulièrement brillants et à l’aise dans ce type d’exercice très oratoire. Dans les seconds rôles, j’ai particulièrement aimé l’interprétation d’Andrew Scott en avocat et j’étais ravie de retrouver son ancien partenaire de Sherlock Mark Gatiss. Le Procès du Siècle (quel titre pompeux en français…) est donc un film plutôt oubliable, même assez lisse par sa forme mais qui mérite d’exister, même s’il aurait pu être mieux selon moi. Il aurait pu être pénible avec son côté très didactique, il se laisse tout de même volontiers regarder (les 1h50 sont passées plutôt rapidement de mon côté même si le rythme n’est pas nécessairement rapide) et reste très intéressant.

Le Procès du siècle : Photo Tom Wilkinson

Le Verdict

réalisé par Sidney Lumet

avec Paul Newman, Charlotte Rampling, Jack Warden, James Mason, Milo O’Shea…

titre original : The Verdict

Drame américain. 2h. 1982.

sortie française : 16 février 1983

Avocat déchu et alcoolique, Frank Galvin racole ses clients dans les salons funéraires jusqu’au jour où il accepte de travailler sur l’affaire d’une jeune femme victime d’une erreur médicale et plongée dans le coma. Ce dossier qui risque de provoquer un scandale et de nuire à la réputation de l’hôpital, va être pour l’avocat l’occasion de retrouver sa dignité… ou de la perdre définitivement.

Le Verdict, nommé à cinq reprises aux Oscars dans les plus importantes catégories, est une adaptation du roman éponyme de Barry Reed, un ancien avocat. Cela peut expliquer la précision du scénario lorsqu’il aborde certains aspects juridiques. Sidney Lumet a été révélé par l’excellent Douze hommes en colère, certainement une des références du film du procès, un genre pas si évident à appréhender (pour ma part, j’aime énormément les films appartenant à ce genre). Comment rendre une oeuvre cinématographique alors que les films de procès partent toujours dans certains bavardages ou ont souvent un aspect assez théâtral (le métier d’avocat étant lui-même théâtral) ? Sidney Lumet réussit en tout cas parfaitement son pari. A travers ce film de procès, le réalisateur livre un portrait d’un homme en quête de rédemption par l’art de la justice de la quête de la vérité. Au début du long-métrage, Frank Galvin est un odieux personnage au fond du trou, passant plus de temps au bar à se bourrer la gueule et à s’inviter dans des enterrements pour racoler ses clients. On sait également qu’il avait failli être radié du barreau quelques années auparavant suite à une affaire qui a mal tourné. Le scénario, plutôt bien écrit et construit, cerne les différentes étapes de l’évolution de Frank dans son envie de se relever. La première partie expose la vie désastreuse de Frank. Ce dernier accepte une affaire proposée par son ancien partenaire Mickey. Il n’est pas censé la perdre : suite à une erreur d’anesthésie, Deborah Ann Kaye, qui devait accoucher à l’hôpital Ste-Catherine, a sombré dans un coma profond dont elle ne pourra pas s’en sortir. Sa soeur et son beau-frère ne cherchent pas au début à poursuivre les médecins coupables et veulent surtout une indemnisation. Pour résumer, Frank devra négocier une transaction et accepter le chèque de l’Archevêché de Boston qui est à la tête administrative de l’hôpital. Arrive alors la seconde étape : Frank n’accepte plus l’affaire par intérêt. Il a un déclic en « rencontrant » la victime à l’hôpital. Le goût de la vérité et de la justice finit par ressortir chez ce personnage qui se met à bosser pour de bon. Il refuse les dommages et intérêts prévus et compte mener une vraie bataille contre l’hôpital (défendu par un puissant cabinet d’avocats n’hésitant pas à user de stratagèmes douteux) en décidant d’aller au procès. Enfin, la troisième phase concerne la recherche d’un témoin clé qui devrait faire éclater la vérité : le procès trouvera alors son issue. Parallèlement à ce récit principal, notre personnage principal rencontre une certaine Laura Fischer.

Certes, Laura joue un petit rôle dans l’affaire que traite Frank. Surtout, ce personnage est surtout une sorte de reflet de la vie privée de Frank. Sa fonction de mise en parallèle avec un autre personnage aurait pu être gênant mais Laura ne se contente pas d’être un personnage-fonction. La scène finale (avec Laura qui téléphone à Frank) est très intéressante dans le sens où elle confirme pour de bon ce que va devenir Frank après cette affaire. Cette construction narrative, même si elle est structurée logiquement, m’a au début déstabilisée, comme si le film prenait un peu trop son temps pour installer son intrigue. Mais une fois qu’on a passé cette fameuse deuxième étape dans le récit, on comprend mieux où le film, qui devient de plus en plus captivant, nous amène. Comme le personnage principal, le spectateur prend conscience de certaines choses et a aussi envie de s’investir davantage dans l’affaire. La mise en scène est remarquable : solide, elle sait saisir l’espace d’une cour de justice tout en prenant en compte la place de son personnage. Ce point en question traduit bien également le travail des scénaristes qui ont su mettre en avant ce rapport entre un individu face à un système bien trop grand pour lui. A noter aussi un travail intéressant concernant la photographie et plus particulièrement l’éclairage. En effet, Lumet avait demandé à son directeur de la photo de s’inspirer du travail de Le Caravage. Effectivement, ce procédé de clair-obscur est bien présent dans le long-métrage et a un impact sur la manière de valoriser les lieux et décors. Paul Newman est impeccable dans le rôle de Frank Galvin, un personnage charismatique, profond, complexe et attachant. Son évolution au fil du film le rend encore plus humain. Il a clairement ses défauts : au-delà de noyer son mal-être dans l’alcool, même lorsqu’il veut retrouver sa dignité et pense certainement à la victime qu’il défend, il agit aussi par égoïsme : ce personnage touche parce qu’il n’est pas idéalisé. James Mason, dans l’un de ses derniers rôles de sa carrière, interprète avec intensité le rôle de l’avocat de la partie inverse. Charlotte Rampling est également convaincante dans le rôle de cette femme énigmatique et torturée. A noter également au casting la présence de Jack Warden et Ed Binns, qui faisaient partie du casting de Douze hommes en colère, ou encore les courtes présences de Bruce Willis et Tobin Bell ! Le Verdict est donc un film puissant et captivant à découvrir. On suit avec intérêt le portrait d’un homme qui retrouve foi devant une justice qui elle, justement, n’est pas toujours à la hauteur et s’éloigne de ce qui la définit.

Le Verdict : Photo Paul Newman, Sidney Lumet

Avant toi / Un homme à la hauteur

Avant toi

réalisé par Thea Sharrock

avec Emilia Clarke, Sam Claflin, Janet McTeer, Charles Dance, Matthew Lewis, Brendan Coyle, Jenna Coleman, Vanessa Kirby, Joanna Lumley…

titre original : Me Before You

Comédie dramatique, romance britannique, américain. 1h50. 2016.

sortie française : 22 juin 2016

avantoi

Une charmante petite ville de l’Angleterre rurale. Si elle est originale et artiste dans l’âme, Louisa « Lou » Clark, 26 ans, n’a aucune ambition particulière. Elle se contente d’enchaîner les boulots pour permettre à ses proches de joindre les deux bouts.
Jeune et riche banquier, Will Traynor était un garçon plein d’audace et d’optimisme jusqu’à ce qu’il se retrouve paralysé, suite à un accident survenu deux ans plus tôt. Devenu cynique, il a renoncé à tout et n’est plus que l’ombre de lui-même.
Autant dire que ces deux-là auraient pu ne jamais se rencontrer. Mais lorsque Lou accepte de travailler comme aide-soignante auprès de Will, elle est bien décidée à lui redonner goût à la vie. Et peu à peu, les deux jeunes gens s’éprennent passionnément l’un de l’autre. La force de leur amour pourra-t-elle survivre à leur destin qui semble inexorable ?

Avant toi : Photo Emilia Clarke

Avant toi est l’adaptation du roman à succès du même nom, écrit par Jojo Moyes, ici scénariste. La sortie du film (je ne crois pas que le livre ait soulevé un quelconque problème) a suscité une petite polémique de la part de certaines associations défendant la cause des handicapés : Will Traynor, le personnage très lourdement handicapé suite à un accident, souhaite mourir. Certains y auraient donc vu un message négatif à l’égard des handicapés, qui ne pourraient donc pas vivre à cause de leur maladie. Je comprends tout à fait la colère de ces handicapés qui se battent tous les jours pour avancer et faire des choses certainement inimaginables pour nous qui n’avons pas de problèmes physiques. Cela dit, sans vouloir défendre bêtement ce film, ce point ne m’a pas plus traversé que l’esprit en le regardant. J’y ai plus vu un moyen de parler de l’euthanasie (dans le film, le garçon en question n’est pas un simple handicapé, on voit clairement sa souffrance et les médecins précisent aussi que sa santé est en jeu). Certes, je dis pas que le film est d’une immense profondeur mais il veut déjà ouvrir un certain débat, donner un message positif (oui, oui !) sur un sujet assez lourd avec un ton plutôt léger. On ne va pas se mentir, on est dans la même veine qu’une autre adaptation de roman à succès, Nos étoiles contraires de Josh Boone. Cela dit, même s’il est tire-larmes (non, je n’ai pas pleuré, non je ne suis pas un monstre), Avant toi m’a tout de même davantage parlé – peut-être parce que l’héroïne a grosso modo mon âge, que je m’habille aussi bizarrement qu’elle et que je me suis aussi posée les même questions. Il n’y a pas un travail fou côté mise en scène mais pour ce qu’on demande et ce qu’on attend, ça passe à peu près. Le scénario est évidemment assez prévisible mais l’histoire m’a tout de même plutôt plu, on ne s’ennuie pas malgré tout. Les personnages sont assez attachants et plutôt bien incarnés, en plus par deux stars de saga. La première, Emilia Clarke, interprète la pétillante Lou. Ca fait du bien de la voir dans un rôle plus frais que celui qu’elle tient dans Game of Thrones. Cela dit, la madame a un sérieux problème avec ses sourcils qui bougent dans tous les sens ! Son partenaire de Hunger Games, Sam Claflin, s’en sort également très mieux en évitant notamment de tomber dans la surenchère. Les seconds rôles (on retrouvera notamment un certain Matthew Lewis – coucou Neville Londubat !) complètement plutôt bien la distribution. La question qu’on peut désormais se poser est la suivante : la suite, Après toi, verra-t-elle le jour ? Sans dire que je me battrais pour aller le voir, je ne suis pas du tout contre cette idée.

Avant toi : Photo Emilia Clarke, Sam Claflin


Un homme à la hauteur

réalisé par Laurent Tirard

avec Jean Dujardin, Virginie Efira, Cédric Kahn, César Domboy, Stéphanie Papanian, François-Dominique Blin, Manöelle Gaillard, Bruno Gomila, Eric Berger…

Comédie romantique française. 1h40. 2016.

sortie française : 4 mai 2016

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Diane est une belle femme. Une très belle femme. Brillante avocate, elle a de l’humour et une forte personnalité. Et comme elle vient de mettre un terme à un mariage qui ne la rendait pas heureuse, la voilà enfin libre de rencontrer l’homme de sa vie. Le hasard n’existant pas, Diane reçoit le coup de fil d’un certain Alexandre, qui a retrouvé le portable qu’elle avait égaré. Très vite, quelque chose se passe lors de cette conversation téléphonique. Alexandre est courtois, drôle, visiblement cultivé… Diane est sous le charme. Un rendez-vous est rapidement fixé. Mais la rencontre ne se passe pas du tout comme prévu…

Un homme à la hauteur : Photo Jean Dujardin, Virginie Efira

Laurent Tirard aime décidément les petits ! Réalisateur du Petit Nicolas et de sa suite, il s’attaque au remake du film argentin Corazón de León réalisé par Marcos Carnevale en 2014, avec Guillermo Fracella (vu dans El Clan de Pablo Trapero et Dans ses yeux de Juan José Campanella). Ce long-métrage n’est jamais sorti en France mais je serais curieuse de voir ce qu’il vaut ! Jean Dujardin reprend alors le rôle tenu par Fracella. Oui, il joue bien le rôle d’un homme de petite taille. Pour créer cette illusion, plusieurs techniques ont été déployées, c’est-à-dire qu’on se retrouve face à un mélange numérique et « artisanal ». Je suis vraiment partagée sur le résultat. Sur certaines scènes, j’étais vraiment impressionnée par le résultat. En revanche, sur d’autres, j’étais trop focalisée sur le trucage. On pourra toujours débattre sur la question suivante : aurait-on pu mettre à la place un véritable petit acteur au lieu de procéder à tout ce trucage ? Nous savons bien que d’un point de vue strictement commercial, c’est compliqué ! L’histoire en elle-même est sympathique même si elle n’échappe pas au schéma éternel et pas toujours folichon de la comédie romantique (on n’échappe également pas à quelques moments de niaiserie durant la seconde partie). De plus, il faut avouer qu’on se pose quelques questions par rapport au statut social d’Alexandre. Alexandre a beau être quelqu’un de très charmant (dans tous les sens du terme), on peut comprendre que Diane soit séduite par cet homme. Cela dit, Alexandre réussit à séduire sa dulcinée en réalisant des actions qui coûtent de l’argent et qui ne sont pas donc à la portée de tous. Diane aurait-elle pu être séduite par un homme de cette même taille et les autres critères physiques qui vont avec (parce qu’Alexandre a quand même des atouts « malgré » sa petite taille : plutôt belle gueule, pas gros ni gringalet : c’est d’ailleurs presque le souci des effets spéciaux dans le sens où on voit qu’il s’agit d’un corps ne souffrant pas de problème de taille) mais qui n’aurait pas eu le même compte en banque ? Je ne sais pas. Du coup, je ne sais pas si ce choix est volontaire – et pourrait donc avoir une signification par rapport à ce que voulait dire le réalisateur – ou s’il s’agit d’une réelle maladresse. En tout cas, le couple formé par Jean Dujardin et Virginie Efira (cette dernière étant désormais une habituée des comédies romantiques) fait des étincelles. Pour conclure, Un homme à la hauteur est une sympathie comédie romantique certes pas révolutionnaire, notamment dans son traitement sur la différence et le regard des autres, mais qui fonctionne plutôt bien.

Un homme à la hauteur : Photo Jean Dujardin, Virginie Efira