Ego

réalisé par Lisa James Larsson

avec Martin WallströmMylaine HedreulSissela Kyle…

Comédie suédoise. 1h40. 2013.

sortie suédoise : 25 janvier 2013

Séance commune avec Lilylit

Le très superficiel Sebastian, dont sa vie ne tourne qu’autour de la fête, de l’argent et de filles très sexy, devient aveugle suite à un accident. Mia, une jeune fille tout à fait ordinaire, va être engagée pour aider Sebastian dans son nouveau quotidien. Va-t-elle faire ouvrir les yeux à Sebastian sur les vraies choses importantes de la vie ?

Certains le savent peut-être mais je préfère rappeler le contexte, c’est-à-dire comment j’ai réussi à regarder une comédie suédoise que personne ne connaît et même pas référencée sur Allocine : ma formidable copinaute Lily et moi sommes de grandes fans de la série Mr Robot. Et nous nous sommes tapées depuis quelques mois (en fait un an) un énorme délire sur le suédois Tyrell Welick incarné par le très charmant Martin Wallström (Rami, je t’aime quand même toujours autant). Et Lily a réussi à me dégoter ce film quasi inconnu pour nous deux. En France, les films suédois sortent très occasionnellement et en plus de ça (j’ai bien dit en général, la récente Palme d’or The Square est une comédie – mais cette dernière est très particulière) ces films en question ne sont pas forcément les plus drôles et légers du monde. Même s’il est très différent (je ne veux pas vous vendre n’importe quoi non plus), je n’ai pas pu m’empêcher de penser à La La Land : certes, Ego n’est pas une comédie musicale mais tout tourne autour de la musique et du rêve. En effet, au début du long-métrage, les personnages se croisent (sans se voir – verbe qui aura sans cesse son importance) dans une boîte de nuit. Puis, Mia, qui va devenir l’aide ménagère de Sebastian (puis son amie) suite à sa récente cécité, va encourager le jeune homme à se lancer pour de bon dans la chanson en participant à une émission de télé-crochet (une sorte de La Suède a un incroyable talent). Par ailleurs, les personnages principaux se prénomment  également Mia et Sebastian : une simple coïncidence ? Je serais vraiment curieuse de connaître la réponse de Damien Chazelle. Bref, Ego n’a certainement rien d’une comédie romantique révolutionnaire mais au moins elle est réussie dans son genre. Je m’attendais à un film beaucoup plus lisse. S’il reprend bien certains codes habituels à la comédie romantique, il a pourtant de la personnalité. On peut reconnaître que le concept aurait pu aller plus loin en nous présentant une Mia encore plus lointaine des critères de beauté actuelle : certes, elle n’a rien d’une bombasse vulgaire blonde platine aux gros seins qui a deux pois chiches en guise de cerveau. Mais elle est loin d’avoir un physique compliqué pour la société ! Le schéma n’est donc parfois pas loin du teen-movie/comédie romantique (en y repensant – car pendant mon visionnage, honnêtement, je ne me suis pas plus posée la question) où la fille rejetée par le beau est soi-disant très repoussante… en gros la fille en question est juste une fille normale qui porte des salopettes et des lunettes.

 

Cela dit, voir une fille normale (et authentique) dans le scénario n’est pas forcément ici un inconvénient (même si on aurait pu imaginer une autre piste de scénario avec une fille « laide ») : Sebastian est une personnalité qui n’apprécie pas les choses simples, les gens simples tout simplement. Il n’y avait finalement pas besoin de pousser son cas jusqu’à « l’extrême » : surtout, tout le monde peut être une Mia. L’évolution de la cécité de Sebastian aurait pu être un barrage dans le scénario (là par contre, sur le papier, ça fait « film Hollywoodien sans prise de risque »), reconnaissons-le. Mais la réalisatrice et scénariste Lisa James Larsson a tout de même réussi à détourner ce point qui aurait pu être noir en un point qui devient finalement assez logique par rapport à la prise de conscience du personnage masculin. Certes, il n’y a pas besoin d’avoir un bac+12 pour voir où le film veut en venir avec la cécité qui touche Sebastian : c’est en devenant aveugle qu’il va ouvrir les yeux sur sa vie finalement vide, qu’il va oser se lancer dans des projets plus profonds, se livrer. Ego a beau reprendre certains codes qu’on connait de la comédie romantique, il a pourtant bien plus de charme que le trois-quarts des films (hollywoodiens) de cette trempe. Le film est naturellement drôle sans chercher à tout prix faire de la vanne, il est aussi touchant sans qu’on force trop le trait sur les émotions. De plus, tout aurait pu être cliché mais à l’écran, les personnages sont crédibles tout comme leurs réactions. Enfin, la musique (qui permet également d’exploiter d’autres sens – finalement essentiels dans les relations) est très fraîche sans prendre non plus trop le dessus (je n’ai jamais eu la sensation d’assister à la playlist idéale de la réalisatrice). Martin Wallström et Mylaine Hedreul forment un très joli couple à l’écran, l’alchimie entre eux est palpable. Wallström a décidément un véritable potentiel dans des registres différents et je trouve cela formidable qu’il soit de plus en plus connu. En revanche, je trouve cela regrettable que Mylaine Hedreul n’ait pas rencontré le même succès que son partenaire car cette fille lumineuse a vraiment tout pour elle.

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Faut pas lui dire / The Boyfriend

FAUT PAS LUI DIRE

réalisé par Solange Cicurel

avec Jenifer Bartoli, Camille Chamoux, Stéphanie Crayencour, Tania Garbaski, Brigitte Fossey, Arié Elmaleh, Fabrizio Rongione, Benjamin Bellecour, Laurent Capelluto, Stéphane Debac,  Charlie Dupont…

Comédie française, belge. 1h36. 2017.

sortie française : 4 janvier 2017

Laura, Eve, Anouch et Yaël sont quatre cousines, très différentes et très attachantes, qui ont un point commun : elles mentent, mais toujours par amour ! Quand les trois premières découvrent quelques semaines avant le mariage de leur petite cousine que son fiancé parfait la trompe, elles votent à l’unisson « Faut pas lui dire » !

Faut pas lui dire : Photo Camille Chamoux, Jenifer Bartoli, Tania Garbarski

Faut pas lui dire est le premier long-métrage de Solange Cicurel, ancienne avocate au Barreau de Bruxelles spécialisée dans le droit des étrangers. Elle avait signé auparavant un court-métrage intitulé Einstein était un Réfugié. Pour ce film, la réalisatrice s’est donc inspirée de son ancien métier pour son intrigue : en effet, le personnage incarné par la chanteuse Jenifer est une avocate redoutable spécialisée dans les divorces. Plus généralement le film tourne autour de mensonges et de secrets. La réalisatrice est donc partie du principe (en reprenant donc ses propos) qu’un mensonge n’était pas quelque chose de malfaisant à l’origine, qu’on mentait majoritairement pour protéger les gens qu’on aime. Bref, rien de bien révolutionnaire à l’horizon, certains ont même dit que ça ressemblait à Comme t’y es belle (toujours pas vu, ouais je suis encore à la ramasse). Effectivement, des films et des séries avec une bande de quatre femmes ayant des problèmes qu’avec les mecs (par contre, pas de soucis financiers : elles sont forcément avocates ou toubibs et on se demande même quand elles bossent par moments !), on en trouve à la pelle ! Bref, ça ne respire pas l’originalité, la mise en scène n’est pas dingue, le scénario non plus d’ailleurs (mais le travail n’est pas non plus mauvais), mais honnêtement en tant que petit divertissement ce film passe tout à fait : dans son genre, j’ai en tout cas vu bien pire et je ne me suis pas ennuyée, c’est déjà pas si mal. Je m’attendais à un résultat bien plus dégueulasse. L’ensemble reste plutôt bien rythmé, les personnages plutôt sympathiques et attachants. Le film a le mérite d’être nuancé avec les personnages en question : chacun fait ses erreurs et a ses torts, que ce soit les femmes ou les hommes. Evidemment, il n’y a pas de grandes surprises narratives mais la fin m’a tout de même plu. J’attendais évidemment au tournant la chanteuse Jenifer, ici dans un vrai premier rôle au cinéma (elle avait déjà fait son incursion mais dans des rôles plus secondaires) et qui est la réelle « star » de ce film (même s’il y a de bons acteurs et des confirmés dans la distribution). J’ai essayé d’être la plus honnête possible en ne prenant pas en compte mon avis sur la chanteuse (qui m’insupporte). En réalité, je suis partagée sur son interprétation : il y a des scènes où elle est étonnamment à l’aise (notamment dans une scène de procès plutôt drôle – même si je ne sais pas si la scène en question est crédible) et d’autres où elle est complètement à côté de la plaque. Cette irrégularité dans son jeu m’a parfois dérangée. En revanche, le reste du casting (franco-belge à l’image de la production) assure plutôt bien.

Faut pas lui dire : Photo Camille Chamoux, Jenifer Bartoli, Stéphanie Crayencour, Tania Garbarski


THE BOYFRIEND – POURQUOI LUI ?

réalisé par John Hamburg

avec Bryan Cranston, James Franco, Megan Mullaly, Zoey Deutch, Keegan-Michael Key, Cedric The Entertainer, Griffin Gluck, Adam Devine, Andrew Rannells, Kaley Cuoco…

titre original : Why Him ?

sortie française : 25 janvier 2017

Un père de famille emmène sa famille visiter sa fille à Noël et se retrouve en compétition avec le petit-ami de celle-ci, un jeune devenu milliardaire grâce à internet.

The Boyfriend - Pourquoi lui ? : Photo James Franco, Zoey Deutch

The Boyfriend – Pourquoi lui ? (et oui, nous avons encore traduit un titre anglais par une sorte de titre anglais, quelle intelligence !) fait partie de cette vague de comédies américaines actuelles qui a du mal à se renouveler : des films à l’humour en dessous de la ceinture. La présence de la caricature de l’artiste arty et paradoxal James Franco devant la caméra (il m’agace mais je le trouve tout de même talentueux : ma contradiction m’achèvera un de ces quatre) ou encore voir au générique « sur une idée de Jonah Hill » ne me rassuraient pas des masses. On ne va pas se mentir : The Boyfriend est une comédie lourde. Les blagues sont assez potaches, ça tourne pas mal autour de la bite, du caca et tout ça (la scène d’ouverture donne la couleur !). Certaines m’ont fait rire, d’autres moins. Bref, j’ai connu bien pire et bien mieux : ça se laisse regarder même si ça ne casse pas des briques. Après si on n’est vraiment pas fan de cet humour assez grossier (ce que je peux comprendre, il y a des fois où ça peut déranger très fortement : là ça allait en l’occurence), on ne va pas se mentir : vous allez détester de A à Z. De toute façon, les scénaristes assument totalement cet humour vulgaire. Le duo formé par James Franco (parfait en gars très cool et paradoxalement d’un angélisme déconcertant) et Bryan Cranston (toujours très bien dans le rôle du père protecteur coincé) fonctionne très bien – on va dire que le film est principalement sauvé par la complicité et l’énergie de ces deux derniers. Megan Mullaly, qui faisait déjà des merveilles dans quelques épisodes de Parks & Recreation, est également très drôle dans le rôle classique de la mère coincée qui finit par se lâcher. En revanche, je suis un peu moins convaincue par la jeune Zoey Deutch, qui manque de charisme. Le scénario n’est évidemment pas fou mais l’ensemble se laisse regarder volontiers et c’est plutôt rythmé (le film durant deux bonnes heures, cela étant nécessaire). L’apparition de certains membres du groupe Kiss est également amusante. En tout cas, je ne me suis pas ennuyée et je n’en attendais pas plus : je savais où je mettais les pieds. Cela dit, juste une chose me « dérange » tout de même dans The Boyfriend (même s’il ne s’agit pas du seul film concerné par ce problème – mais là ça m’a fortement frappée) : ce film est une énorme glorification du capitalisme (ne croyez pas non plus que je suis en rouge à manifester pour le moindre truc mais voir que le pognon était roi à ce point m’a bien gênée) même s’il critique paradoxalement les hipsters et les nouveaux riches.

The Boyfriend - Pourquoi lui ? : Photo Bryan Cranston, Griffin Gluck, James Franco, Megan Mullally, Zoey Deutch

Les désastreuses aventures des orphelins Baudelaire (saison 1)

Créée par Daniel Handler et Barry Sonnenfeld

avec Neil Patrick Harris, Patrick Warburton, Malina Weissman, Louis Hynes, K. Todd Freeman, Presley Smith, Will Arnett, Cobie Smulders, Alfre Woodard, Don Johnson, Aasif Mandvi, Joan Cusack, Catherine O’Hara, Tara Strong…

titre original : Lemony Snicket’s A Series of Unfortunate Events

Aventure, famille, drame. Saison 1. 2017.

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Le comte Olaf cherche par les plus vils moyens à dépouiller les trois orphelins Violette, Klaus et Prunille de leur héritage. Les enfants doivent se montrer plus malins que lui, mettre en échec ses plans tordus et le reconnaître sous ses pires déguisements, afin de découvrir la vérité sur le mystérieux décès de leurs parents.

Photo Neil Patrick Harris

A l’origine, Les Désastreuses Aventures des Orphelins Baudelaire (Lemony Snicket’s A Series of Unfortunate Events) est une saga littéraire composée de treize romans écrit par Daniel Handler. Il prit le pseudonyme Lemony Snicket, qui est également le narrateur et même un personnage à part entière du récit. Brad Silberling avait réalisé le long-métrage du même nom avec dans le rôle principal Jim Carrey qui incarne l’odieux comte Olaf. Etaient également au casting Emily Browning, Meryl Streep, Catherine O’Hara, Billy Connolly, Timothy Spall ou encore Jude Law dans le rôle du fameux Snicket. Cette adaptation cinématographique reprenait les trois premiers tomes de la série littéraire : Tout commence mal, Le Laboratoire aux serpents et Ouragan sur le lac. Je n’avais pas encore commencé la lecture des romans de Handler lorsque j’ai découvert il y a maintenant quelques années ce film qui n’a pas rencontré le succès au box-office. Adapter les trois premiers tomes et les réunir dans un film qui ne dure même pas deux heures n’était certainement pas une tâche facile. Pour ma part, j’aime énormément ce long-métrage qui reste selon moi encore trop sous-estimé. Et j’avais envie de connaître la suite des désastreuses aventures des orphelins Baudelaire. Le projet d’une série télé était alors logique pour adapter tous les tomes et ne plus laisser les fans des romans (et, dans un sens, également ceux du film) sur leur faim. L’auteur Daniel Handler et le réalisateur Barry Sonnenfeld (Men in Black, La Famille Addams), un temps envisagés pour s’occuper du scénario du film puis écartés, se sont réunis pour rédiger le scénario de la série diffusée sur Netflix, un bon moyen pour s’assurer un certain succès vu à quel point cette plateforme est populaire. Il y aura donc en tout trois saisons (le succès de la première saison confirmant le projet sur le « long » terme) qui regrouperont bien la totalité des tomes. Et j’ai vraiment hâte de voir les deux prochaines saisons. En effet, j’ai adoré cette première saison, composée de huit épisodes (chacun durant une cinquantaine de minutes). On peut même parler de mon côté de coup de coeur.

Photo

Tout est extrêmement plaisant : la mise en scène, l’esthétisme, les personnages, la narration ou encore le ton. Tous ces éléments se complètent merveilleusement pour créer une oeuvre cohérente et ambitieuse. Par rapport aux décors (sombres et loufoques), beaucoup ont comparé la série à du Tim Burton voire même parfois du Wes Anderson. C’est plutôt pertinent mais cela serait réducteur de les limiter à ces comparaisons très flatteuses. Effectivement, les nombreux artifices sautent aux yeux : le monde qu’on nous présente n’a pas l’air réel. Les lieux sont carnavalesques, le comte Olaf est presque à lui seul un décor avec son maquillage volontairement outrancier, comme s’il se trimballait avec du plastique sur sa figure. L’esthétique du long-métrage allait déjà dans ce sens, la série appuie encore plus et assume encore plus cet aspect en question. En clair : tout est une farce. Le comte Olaf, comédien raté qui n’hésite pas à se déguiser pour parvenir à ses fins, est une blague à lui seul. L’esthétisme est cohérente avec le propos de la série : les orphelins Baudelaire ne peuvent pas s’en sortir, même lorsqu’il y a un semblant d’espoir, dans un monde où les adultes sont aveuglés par la bêtise et l’égoïsme. L’esthétisme nous confirme bien que nous sommes dans un conte, à l’origine un genre particulièrement cruel et sombre. On ne nous ment pas : les orphelins Baudelaire vont être pourchassés par Olaf jusqu’au bout. Rien que le fabuleux générique (à voir absolument en version originale), dont les paroles changent pratiquement à chaque épisode en fonction des événements à venir (et interprétées par Neil Patrick Harris qui change de voix – à l’image d’Olaf à chaque fois qu’il interprète un nouveau personnage voulant piéger les Baudelaire) nous prévient et nous déconseille de regarder les épisodes, rien que ça ! L’univers présenté est aussi très cohérent avec la proposition littéraire de Handler : les romans (parce que je m’y suis mise finalement !) eux-mêmes sont bourrés de références culturelles (rien que le nom Baudelaire est assez représentatif). La série va alors dans ce sens.

Photo Louis Hynes, Malina Weissman

Tout en préservant sa cohérence, les différents épisodes n’hésitent pas à combiner différents genres. Ainsi, le théâtre, le cinéma (avec le film muet d’horreur avec des sous-titres importants), la musique (pas étonnant que Neil Patrick Harris – acteur marqué par ses années à Broadway – ait pu être intéressé par la série), voire même le cirque s’allient aussi bien dans l’esthétique que dans les thèmes abordés. Le casting est tout simplement à la hauteur. J’avais peur que Neil Patrick Harris (que j’aime pourtant beaucoup) ne parvienne pas à me faire oublier l’excellente interprétation de Jim Carrey dans le film. Pourtant (pour vous dire le niveau), Harris est juste époustouflant dans le rôle du comte Olaf. Si Jim Carrey appuyait davantage dans son interprétation la bouffonnerie du personnage, Harris rend son personnage plus méchant et insidieux (même si lui aussi a gardé sa théâtralité). Patrick Warburton (inconnu au bataillon en ce qui me concerne) est également la très bonne surprise de ce casting. Dans le film, Jude Law « incarnait » un Lemony Snicket restant dans l’ombre, pratiquement une silhouette ayant une voix ténébreuse. Patrick Warburton est bien plus présent : il devient carrément un personnage à part entière et non juste le personnage en plus du casting. Il ne se contente pas d’être une voix-off. L’acteur possède une incroyable présence, du charisme même et son travail vocal est selon moi plus varié (même si j’avais aimé la version de Law du personnage). Cela aurait pu être redondant de voir les différentes scènes coupées et commentées par ce narrateur mais dans l’ensemble cela ne coupe pas le rythme général des épisodes. Cela ajoute même un charme supplémentaire à la série qui joue sans cesse avec des codes que le spectateur pensait connaître. Je ne vais pas commenter tout le casting mais je peux dire la chose suivante : Malina Weissman (Violette) et Louis Hynes (Klaus) sont deux jeunes acteurs prometteurs. On constate alors qu’aucun acteur ne cherche à copier les interprétations présentes dans le long-métrage alors que cela aurait pu être tentant d’établir des comparaisons. Remarquablement bien mise en scène, sombre et loufoque à la fois, cette première saison des Orphelins Baudelaire tient résolument ses promesses. Espérons que la deuxième saison soit dans la même veine !

Photo Louis Hynes, Malina Weissman

Absolutely Fabulous : Le Film

réalisé par Mandie Fletcher

avec Jennifer Saunders, Joanna Lumley, Julia Sawalha, Jane Horrocks, June Whitfield, Chris Colfer, Kate Moss, Lulu, Emma Bunton, Barry Humphries, Celia Imrie, Gwendoline Christie, Mark Gatiss, Jon Hamm, Graham Norton, Kathy Burke, Suki Waterhouse, Lily Cole, Alexa Chung, Stella McCartney, Alesha Dixon, Jerry Hall, Perez Hilton, Jean-Paul Gaultier, Joan Collins…

titre original : Absolutely Fabulous, The Movie

Comédie britannique, américaine. 1h26. 2016.

sortie française : 7 décembre 2016

darling

Edina et Patsy mènent toujours la grande vie à laquelle elles sont habituées, virevoltant entre paillettes et glamour, dépensant, buvant et sortant dans les endroits les plus branchés de Londres. Mais quand elles poussent accidentellement Kate Moss dans la Tamise lors d’une soirée de lancement so à la mode, elles se retrouvent au coeur d’une tempête médiatique autour de la disparition prématurée du top model et sont poursuivies sans relâche par les paparazzi. Fuyant sans un sou sur la Côte d’Azur, le paradis des milliardaires, elles échafaudent un plan pour rendre leur échappée permanente et mener la belle vie pour toujours !

Absolutely Fabulous : Le Film : Photo Jennifer Saunders, Joanna Lumley

Je ne m’en suis jamais cachée : Absolutely Fabulous fait partie de mes séries préférées depuis très longtemps. Il s’agit pour moi d’une véritable référence que ce soit dans l’univers comique ou celui de la télévision. Gabriel Aghion avait déjà proposé une adaptation cinématographique (donc française) de la série avec Josiane Balasko et Nathalie Baye : une véritable catastrophe de A à Z (pour moi, un des pires films de tous les temps, au moins ça). Cela me rassurait de voir une nouvelle (et vraie) adaptation de la série par la même équipe (attendue depuis plusieurs longues années). C’est même plus qu’une adaptation sur grand écran : il s’agit d’une suite des aventures d’Edina et Patsy. La série s’adresse selon moi avant tout à ses fans. Certes, j’imagine qu’on peut suivre le film sans avoir vu la série (s’il y a des spectateurs dans ce cas, votre point de vue m’intéresse !) mais je pense qu’on passe tout de même à côté de certains éléments, comme l’évolution des personnages au fil du temps ou encore certains clins d’oeil. Le film part déjà avec un petit handicap même si ce n’est pas non plus dramatique. Partons du principe que ce film est pour les fans : est-il bon pour cette partie des spectateurs ? J’ai eu du mal à m’exprimer sur ce que j’ai vu et je vais le dire tout de suite : je ne peux pas être objective sur ce film. Je suis trop attachée à la série et aux personnages pour oser m’attaquer au long-métrage, ce qui peut expliquer cette petite moyenne que je lui accorde. Pourtant, je reste lucide : cette adaptation n’est pas très réussie. Je sais que d’autres fans de la série n’ont pas hésité à être plus sévères que moi et je ne peux que comprendre leur opinion. Il vaut mieux en tout voir et revoir la série, avec ses quelques épisodes spéciaux plutôt que ce film. Au moins, on se marrait tout le long avec un immense plaisir. Dans le cas du film, je ne pourrais pas dire que mon expérience a été similaire. Etant donné que je suis fan de la série, j’ai parfois vaguement ri ou plutôt souri car certaines scènes me faisaient penser à certains épisodes ou parce que je connais déjà les personnages avec leurs frasques et leurs traits caractéristiques. La base même de ce scénario est (ou aurait pu être) plutôt marrant (surtout quand on connait l’univers de la série) : Edina et Patsy auraient tué LA figure marquante de la mode : Kate Moss. Hélas, ce point de départ n’est pas très bien exploité alors que cela aurait pu permettre de créer un film complètement barré. Le film met trop de temps à démarrer sans aucune réelle raison (du coup on perd beaucoup en rythme). Il faut dire que c’est typiquement le genre de films qui préfère accumuler les guest stars au profit d’un vrai bon scénario.

Absolutely Fabulous : Le Film : Photo Emma Bunton, Jennifer Saunders, Joanna Lumley

Dans le même genre (une comédie avec un duo déjanté dans le milieu de la mode et tout un défilé de stars), même si je sais qu’il a été décrié (je me sens seule à le défendre mai j’assume), j’ai préféré cette année Zoolander 2 de Ben Stiller (même si je préfère évidemment le premier opus). Ici, certes, certaines apparitions sont « intéressantes » dans le sens où on repère le clin d’oeil à certains épisodes (les présences d’Emma Bunton et de Lulu sont donc justifiées), d’autres sont amusantes (l’apparition de Jon Hamm par exemple). Mais dans l’ensemble on ne peut pas s’empêcher de se dire qu’il y a trop de stars qui envahissent l’écran inutilement ou qui ne parviennent pas suffisamment à nous amuser. Il y a finalement presque une contradiction avec ce que la série avait l’habitude de critiquer, comme si le film était tombé dans les pièges même de la célébrité et de vouloir plaire à tout prix à tout le monde en délaissant la qualité. Cela est encore plus « rageant » quand on sait que la série avait justement évité ses pièges pendant pratiquement cinq saisons (même si la dernière était déjà un peu en dessous) : il y a toujours des célébrités invitées au cours des épisodes sans que cela gâche tout ce qui avait été mis en place. Surtout, et c’est ma principale critique : ça manque d’humour. C’est parfois amusant mais c’est tellement en dessous de ce que la série était capable d’offrir. Les gags sont très limités et peu inventifs. Cela dit, au-delà de ma nostalgie peu objective, quelque chose tout de même m’a plu et c’est certainement ce point en question qui a motivé Dawn French & Jennifer Saunders (les créatrices de la série) à écrire ce film : « l’approfondissement » de la relation entre Edina et Patsy. La série, pourtant excellente, visait davantage la stupidité et la superficialité des personnages que leur amitié, même si ce point était pourtant traité. Le film va cette fois-ci selon moi plus loin dans le traitement de cette amitié. D’habitude on rit de leurs bêtises. Cette fois-ci, même si cela n’enlève pas l’idée de comédie, on sent que les scénaristes ont eu envie de rendre cette amitié plus émouvante. En tout cas, sans aller à utiliser ce terme, effectivement, j’ai tout été touchée par cette relation durable, renforcée par les différentes épreuves. Heureusement aussi, le casting reste toujours bon – en tout cas du côté des rôles principaux. Si l’histoire n’est pas ce que j’ai vu de plus excitant (pour ne pas dire décevante), Jennifer Saunders et surtout Joanna Lumley sont toujours au taquet et reprennent toujours aussi bien leurs personnages cultes !

Absolutely Fabulous : Le Film : Photo Jennifer Saunders, Joanna Lumley

Where to Invade Next

réalisé par et avec Michael Moore

Documentaire américain. 2h. 2015.

sortie française : 14 septembre 2016

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Dans son nouveau documentaire, Michael Moore décide de s’amuser à envahir le monde pour déterminer ce que les États-Unis peuvent apprendre des autres pays.

Where To Invade Next : Photo Michael Moore

Présenté dans plusieurs festivals (Toronto, Berlin, Deauville…), probablement dans la liste des prochains nommés aux Oscars dans la catégorie « meilleur documentaire » (le contraire me décevrait), Where to invade next marque le retour de Michael Moore devant et derrière après six années d’absence. Le bonhomme est toujours aussi engagé et surtout aussi critique envers son pays d’origine, les Etats-Unis. A partir de son expérience personnelle et de ses voyages, Michael Moore se met en scène : comment peut-il aider le gouvernement américain à améliorer les conditions de vie de ses citoyens et plus généralement son système ? Comme on dit, l’herbe est toujours plus verte ailleurs ! Le réalisateur de Bowling for Columbine part alors dans différents pays Européens (ainsi qu’en Tunisie) afin de leur piquer leurs bonnes idées pour les redonner aux Américains : le travail (et tout ce qui va avec, notamment les congés payés) en Italie, l’école du bonheur en Finlande, les bonnes cantines en France, l’université gratuite en Slovénie, le travail de mémoire pour aller de l’avant en Allemagne qui traite bien ses employés au travail, les prisons en Norvège (qui interrogent aussi sur la question de la peine de mort), la chute des banquiers et la lutte des femmes en Islande,  l’interdiction de condamner toute personne possédant de la drogue (et en proposant de les aider à ne plus être dépendant) au Portugal ou encore le printemps arabe en Tunisie. Certains points sont évidemment discutables lorsqu’on en connait certains. On sait par exemple, de notre point de vue français, que les cantines dans l’Hexagone ne sont pas toutes excellentes comme celle présentée dans le film (qui se situe en Normandie). Ce n’est qu’un exemple parmi d’autres. Cela dit, sans vouloir défendre bêtement à tout prix ce film, cela ne m’a pas gênée pour plusieurs raisons. La première est que Michael Moore assume clairement (en le disant même assez tôt dans le film, après son escapade en Italie) ce choix : il ne va évidemment pas montrer les failles (heureusement sinon on ne s’en sortirait plus) ou les choses qui ne vont pas dans les pays que je viens de citer. Il sait qu’on ne vit pas dans le monde des Bisounours. Il a l’air candide mais tout ça reste de la mise en scène complètement assumée. Cela nous pousse alors à notre deuxième point : même s’il y a des choses certainement imparfaites dans n’importe quel pays, il faut savoir relativiser lorsqu’on sait que l’on possède des choses plus positives qu’ailleurs, même lorsque cet ailleurs fait rêver tout le monde (ou presque). Ce que je veux dire est que même une cantine médiocre en France restera meilleure qu’une cantine moyenne américaine.

Where To Invade Next : Photo Michael Moore

Troisièmement, et c’est peut-être le point le plus important à retenir, le but est d’exposer clairement sa critique envers les Etats-Unis et de poser de bonnes questions pour pouvoir changer son pays. Surtout Michael Moore parvient répondre à sa problématique de base : peut-on améliorer le système américain en piquant des idées aux autres ? La réponse va alors bien plus loin qu’un simple oui ou non. Le film a beau être critique envers les Etats-Unis (ce qui n’est pas une surprise venant de Michael Moore), il est pourtant étonnamment optimiste. Là encore dit comme ça on pourrait avoir l’impression d’être dans le pays des Bisounours. Mais le message est réellement fort : les Etats-Unis ont les cartes en main depuis très longtemps, les autres n’ont fait que piquer leurs idées qu’ils n’ont pas su mettre en place ! Le discours de Moore, évidemment appuyé par sa part de mise en scène qui séduira certains (dont moi) tout comme il pourra énerver d’autres spectateurs, m’a séduit et m’a paru pertinent. Je dois même admettre que j’ai eu l’impression d’élargir mon champ de vision en ce qui concerne certains points (notamment sur l’esclavage moderne dans les prisons américaines, je n’avais jamais étudié cette question de cette manière !). Surtout, au-delà d’une réelle réflexion, les séquences provoquent diverses réactions dans le sens où on passe volontiers du rire (notamment avec un Michael Moore faussement étonné par ses découvertes – que ce soit face aux cantines françaises sans fast-food et Coca ou en Italie avec les congés payés) à de l’émotion (je pense par exemple à la rencontre du père d’un des garçons tués par le monstrueux et glaçant Anders Breivik). Les rencontres entre les différents intervenants (politiciens, patrons, travailleurs, enfants, étudiants, prisonniers etc… bref, c’est assez varié comme vous pouvez le constater) sont également très enrichissantes. Le tout a beau durer deux heures, le temps passe très vite, l’ensemble est rythmé ça ne m’a pas paru barbant ou quoi que ce soit de ce genre. Il faut dire qu’au-delà d’un discours que j’ai trouvé passionnant et un Michael Moore toujours attachant, le montage est assez bien foutu, les plans soignés et surtout il y a une logique entre les différents voyages, une réelle connexion entre chaque pays et thèmes abordés. La pédagogie n’a alors absolument rien d’un gros mot, bien au contraire. Where to invade next est, malgré des reproches possibles à faire selon le point de vue, un documentaire passionnant, original et rafraîchissant.

Where To Invade Next : Photo Michael Moore

Unbreakable Kimmy Schmidt (saison 2)

Créée par Robert Carlock et Tina Fey

avec Ellie Kemper, Tituss Burgess, Carol Kane, Jane Krakowski, Sara Chase, Lauren Adams, Dylan Gelula, Sol Miranda, Lisa Kudrow, Tina Fey, Jon Hamm, David Cross, Anna Camp, Ice-T, Jeff Goldblum, Joshua Jackson, Zosia Mamet…

Série comique américaine.  2e saison. 2016. 

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Kidnappée lorsqu’elle était adolescente, Kimmy a passé 15 ans au sein d’une secte, entourée de quatre autres filles de son âge, en pensant qu’elle était l’une des seules survivantes de l’Apocalypse. Le jour où elle est enfin libérée, c’est un tout nouveau monde qui s’ouvre à elle, rempli d’infinis possibilités. Devant ses yeux innocents et éblouis, New York lui semble gigantesque et c’est là qu’elle est bien décidée à refaire sa vie, même si elle n’a aucune idée de ce qu’elle veut en faire…

Photo Ellie Kemper, Jane Krakowski, Tituss Burgess

J’avais relevé quelques défauts mais j’avais été très satisfaite par la première saison de Unbreakable Kimmy, créée par Tina Fey et Robert Carlock (à l’origine de la très bonne série 30 Rock). J’avais donc envie de connaître la suite des aventures de la Kimmy du titre (et aussi de ses amis), de voir si elle était capable de se reconstruire pour de bon après le procès du Révérend (interprété par Jon Hamm) qui l’avait retenue dans un bunker pendant quinze ans. Avant de commencer à découvrir cette saison 2, je n’avais pas spécialement envie d’écrire un billet de peur de me répéter. Mais en fait, je chronique cette saison en question car elle est différente de la première et par conséquent le ressenti est également différent. On pourra dire ce qu’on veut : on pourra être content de voir du changement, de ne pas rester sur des acquis, d’avoir envie de faire évoluer les personnages. Ainsi, la première saison était très portée sur l’avenir. Or, cette deuxième saison tourne autour du passé. Kimmy a beau être un personnage optimiste, ses blessures sont bien réelles. Elle ne peut plus fuir éternellement ce qui s’est passé et elle a besoin de revenir sur son enfance et son enlèvement pour pouvoir grandir pour de bon et ne plus être la grande enfant qu’elle est actuellement. Par conséquent, autre changement lié à la question du temps : cette saison est certes toujours drôle mais elle est bien plus profonde que la précédente. On savait bien qu’il y avait déjà une part de psychologie mise en place dans la première saison mais on sentait bien que Tina Fey et Robert Carlock avaient préféré privilégier l’humour très cartoonesque et l’optimisme. Attention, ces deux éléments sont toujours présents dans cette nouvelle saison mais il me semble que ce n’était pas la priorité des créateurs et des scénaristes. La psychologie est si mise en avant qu’elle est concrètement intégrée dans le scénario : en effet, Kimmy rencontre une psy complètement barge, alcoolique et schizophrène, incarnée par Tina Fey justement (excellente au passage – plus marquante que dans la première saison dans un autre rôle – même si on a parfois l’impression qu’elle fait un peu trop son show – on sent que ne plus être l’héroïne d’une série doit lui manquer). Cela va lui permettre de mieux comprendre certains éléments. Parmi ces scènes de compréhension nécessaires à sa reconstruction, on notera l’épisode très réussi dans lequel elle voit des parties de sa vie façon dessin animé de Disney avec sa mère (interprétée par Lisa Kudrow, très bien au passage dans l’épisode final) et le Révérend.

Photo Ellie Kemper, Jeff Goldblum

Cette saison 2 se veut donc plus profonde et sur ce point, je trouve qu’elle est assez réussie et pas uniquement en ce qui concerne Kimmy, ce qui crée encore plus de cohérence dans le propos. En effet, tous les personnages sont concernés par leur passé pour pouvoir mieux avancer. Ainsi, Titus affronte son passé « d’hétéro » mal sans sa peau et assumer enfin ses responsabilités en se mettant en ménage avec quelqu’un. Jacqueline, divorcée et qui n’a plus un sou, assume de plus en plus ses origines indiennes. Quant à Lillian, elle se bat pour préserver son quartier  face aux hipsters et plus généralement face aux changements. J’ai aimé cette saison intelligente et touchante, cela dit, comme la saison précédente, elle a ses défauts. Ce sont des défauts différents de la première saison. Je ne sais pas si c’est parce que je me suis habituée ou non mais je trouve qu’il y a peut-être moins de « grimaces » et d’humour forcé dans cette seconde saison. De ce point de vue là, il y a eu des progrès. En revanche, le véritable problème de cette saison est son rythme. Certes, je ne dirais pas que je me suis emmerdée, loin de là, sinon je ne me serais pas gênée de lui foutre une sale note. Ca reste amusant et divertissant. Mais j’ai tout de même senti au milieu de la saison un véritable coup de mou. Mine de rien, cette saison est un peu plus longue que la précédente. En effet, la première saison comportait dix petits épisodes qui duraient chacun une petite vingtaine de minutes. Or, cette deuxième saison est composée de treize épisodes qui durent désormais trente minutes. Ca parait peu dit comme ça et pourtant on sent une énorme différence ! Certes, ces quelques ajouts sont dans la continuité de ce qui a été mis en place autour de la psychologie des personnages. Effectivement, on voit davantage les rôles secondaires dans cette saison tout en gardant bien en tête que le personnage central reste Kimmy. Cela dit, les longueurs se ressentent, on sent que ça s’étire inutilement finalement. Supprimer certains épisodes aurait été judicieux finalement. Surtout, si on sent qu’il y a une volonté de penser au sort de tous les personnages, je n’ai pas trouvé qu’ils étaient tous mis sur le même niveau. En effet, on voit toujours autant Titus (et ses formidables péripéties), le personnage de Lillian a également été très bien développé (et tant mieux car elle n’était pas suffisamment présente dans la première saison) mais celui de Jacqueline m’a semblé plus délaissée alors que son évolution est hyper intéressante. Ca m’a beaucoup frustrée !

Photo

Heureusement, cette saison sait où elle va malgré quelques égarements et trouve une bonne fin : elle clôt bien la saison tout en offrant une véritable ouverture (par une véritable révélation sur Kimmy). Par conséquent, cela donne envie de découvrir la saison 3 (déjà commandée par Netflix). Surtout cette saison regorge tout de même d’un grand nombre de moments très drôles. Certes, difficile de nous faire oublier le désormais mythique « Peeno noir » mais certaines scènes valent tout de même le détour. Je pense notamment à l’intervention hilarante de Jeff Goldblum en présentateur d’un show hyper malsain profitant de la misère humaine, au coming-out du copain de Titus à sa famille qui va frustrer notre drama queen préférée, la venue des hipsters (avec Zosia Mamet de Girls), l’épisode hommage et délirant au Menthos ou à l’apparition étrange de Ice-T. Enfin, même si on la voit moins durant cette saison, Jacqueline nous offre un grand nombre de scènes très drôles, encore plus que dans la précédente saison. Elle est hilarante avec sa famille indienne, en tentant de retrouver ses véritables origines alors qu’elle a l’air encore très New-Yorkaise (et qu’elle raconte en plus n’importe quoi dans une langue ou encore lorsqu’elle tente de sauver les apparences en voulant prouver à tout le monde qu’elle a encore de l’argent. Jane Krakowski est toujours aussi excellente dans le rôle de cette femme vénale qui devient plus humaine au cours de cette saison. Elle reste attachée à l’argent, aux apparences dans la société mais elle commence à s’en détacher et à s’intéresser enfin aux sentiments qu’elle peut éprouver pour les autres. Le chemin reste évidemment long pour qu’elle change totalement mais il est en tout cas formidable de voir une interprétation qui  reste toujours dans cette optique caricaturale, à l’image du reste de la série (il s’agit plus d’une remarque qu’une critique) tout en commençant à donner plus de « nuances » à son personnage. Evidemment, parlons d’Ellie Kemper, qui incarne notre Kimmy préférée. Elle aussi est formidable dans le rôle-titre et comme Krakowski, tout en continuant à jouer sur la carte du cartoon, elle parvient aussi à donner plus d’émotion et de profondeur à son personnage grâce à une écriture qui va dans ce sens. Evidemment, quel bonheur de revoir Tituss Burgess dans le rôle de Titus ! Il est toujours aussi excellent ! Il faudrait regarder cette série rien que pour ce gars ! Enfin, à l’image de son personnage Lillian qui est davantage développé dans cette saison, Carol Kane m’a encore plus fait rire que dans la première saison. Bref, pour conclure, une nouvelle bonne saison qui a le mérite de corriger quelques erreurs de la précédente, même s’il y en a d’autres qui entrent en jeu, qui restent malgré tout divertissante (malgré un coup de mou) et toujours aussi ouverte à la réflexion.

Photo Ellie Kemper

Money Monster

réalisé par Jodie Foster

avec George Clooney, Julia Roberts, Jack O’Connell, Caitriona Balfe, Dominic West, Lenny Venito, Giancarlo Esposito, Emily Meade, Christopher Denham…

Thriller américain. 1h40. 2016.

sortie française : 12 mai 2016

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Lee Gates est une personnalité influente de la télévision et un gourou de la finance à Wall Street. Les choses se gâtent lorsque Kyle, un spectateur ayant perdu tout son argent en suivant les conseils de Gates, décide de le prendre en otage pendant son émission, devant des millions de téléspectateurs…

Money Monster : Photo George Clooney

Jodie Foster a présenté pendant le festival de Cannes son quatrième long-métrage en tant que réalisatrice (après Le Petit Homme, Week-end en famille et Le Complexe du Castor) : Money Monster. Ce film présente également les retrouvailles entre Georges Clooney et Julia Roberts après les deux premiers Ocean’s de Steven Soderbergh et Confessions d’un homme dangereux. Il faut savoir que le scénario de Money Monster faisait partie de la fameuse liste noire 2014 des projets qui n’avaient pas pu voir le jour. J’avais donc envie d’aller le voir pour Foster en tant que réalisatrice qui m’avait conquise avec son intelligent Complexe du Castor, pour son casting attirant et surtout pour son sujet. Mais quelque part, vu l’affiche et la bande-annonce, j’avais aussi peur d’un effet de déjà-vu et je redoutais aussi son côté très 1990s. Heureusement, mes doutes se sont rapidement dissipés. En clair, j’étais captivée par ce long-métrage dès son commentaire, je dirais même dès ses cinq premières minutes. Le défi était de taille : comment se sentir spectateur d’une émission de télé filmée pratiquement en temps réel tout en ayant l’impression d’assister à un véritable objet cinématographique et non à un objet télévisuel (surtout quand on sait que le tournage s’est déroulé dans les studios de CBS ?). Jodie Foster et son équipe ont su dépasser ce problème grâce aux nombreuses qualités que possède ce film. En effet, malgré des thèmes déjà exploités à plusieurs reprises (filmer un danger en direct, la télé comme lieu de bouffonnerie, les conséquences d’un krach boursier dans le monde entier etc…), le scénario est suffisamment bien rôdé, la mise en scène est d’une réelle efficacité et le montage est franchement bien foutu. On a beau avoir vu déjà des tas de films qui abordaient les thèmes présents et honnêtement on se doute bien comment ce long-métrage va se terminer, pourtant on arrive à avoir sa dose de surprises, à suivre les événements comment les personnages sur le plateau et les spectateurs, c’est-à-dire en se demandant quelle en sera l’issue finale. En même temps, en ce qui concerne la possible prévisibilité que pourrait posséder ce film, elle parvient à se justifier notamment à travers le discours assez cynique voire même assez pessimiste, qui colle avec notre réalité. J’ai beaucoup aimé ce point de vue dégagé qui donne une dimension davantage tragique à l’oeuvre alors qu’on s’attendait à voir un simple thriller comme on en voit beaucoup. Ce choix est d’autant plus étonnant qu’il s’agit avant tout d’un film de studio.

Money Monster : Photo Julia Roberts

Malgré quelques passages qui tombent parfois légèrement dans le manichéisme (notamment à travers certaines répliques maladroites du genre « Dis que ce que tu as fait c’est maaaal »), le propos reste pertinent sur le combat impossible à mener de la part de petits individus contre un système financier qui regorge toujours de requins. Peut-être que certains diront « tout ça pour ça » mais je trouve l’impression finale cohérente avec ce que le film veut montrer. On aurait pu aussi être gavé par autant de dialogues débités dans un rythme effréné mais finalement ce n’est absolument pas le cas. Enfin, dans l’ensemble, le casting assure. Dans le rôle de Lee Gates, un présentateur télé bouffon et capricieux, qui finit par ouvrir les yeux et à montrer la part d’humanité qui existe encore en lui, George Clooney est tout simplement excellent. Je suis également ravie de voir Julia Roberts revenir avec un vrai bon rôle. Certes, il s’agit a priori d’un rôle assez secondaire en jouant une femme de l’ombre. Pourtant avec son charisme et son caractère, Roberts ne se fait pas du tout manger par son partenaire. Elle défend avec conviction ce rôle de femme forte, ce qui fait du bien dans un film de studio. J’aime également toujours autant Jack O’Connell qui s’en tire bien dans le rôle du preneur d’otage qui pète un câble en étant victime du système. J’avais au début peur de le voir trop hystérique à cause de son rôle puis finalement le jeune acteur britannique offre une interprétation très juste, à la fois angoissante et poignante. Les seconds rôles sont également très bons. L’actrice irlandaise Caitriona Balfe (de la série Outlander) est très convaincante dans ce rôle féminin également intéressant dans ce type de production, Dominic West est également crédible en pourriture même si son personnage est un chouïa caricatural. Enfin, quelques seconds rôles apportent un peu de « légèreté » qui trouve leur place comme par exemple Lenny Venito en caméraman qui se lamente à ne pas sortir du studio, Emily Meade aux réactions inattendues ou encore Christopher Denham en employé qui court dans tous les sens. Pour conclure, sans crier au chef-d’oeuvre, Money Monster est une jolie réussite. Jodie Foster réalise un film de poing efficace et pertinent, accessible sans prendre les spectateurs pour des idiots mais sans non plus intellectualiser à tout prix son propos plus fin qu’il en a l’air.

Money Monster : Photo George Clooney, Jack O'Connell

Les Tuche 2 : Le rêve américain

réalisé par Olivier Baroux

avec Jean-Paul Rouve, Isabelle Nanty, Claire Nadeau, Sarah Stern, Pierre Lottin, Theo Fernandez, Ken Samuels, Susan Almgren, Alice Morel Michaud, Richard Robitaille, Christian de la Cortina, Ralph Amoussou, Maurice Barthélémy, Olivier Baroux…

Comédie française. 1h34. 2015.

sortie française : 3 février 2016

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À l’occasion de l’anniversaire de « coin-coin », le benjamin de la fratrie, la famille Tuche part le retrouver aux États-Unis : les choses ne vont pas se passer comme prévu, mais alors pas du tout.

Les Tuche 2 - Le rêve américain : Photo Isabelle Nanty, Jean-Paul Rouve

Je sais que je vais choquer certains d’entre vous mais j’ai décidé d’assumer mes goûts : oui, j’accorde la moyenne aux Tuche 2. Non, je n’ai pas aimé Steve Jobs ni Ave César. Ca, c’est dit. J’assume aussi le fait que j’avais à peu près apprécié le premier Tuche, sorti en 2011. Je n’aime pas forcément nos comédies françaises actuelles, je n’aime par ailleurs pas non plus les autres films d’Olivier Baroux (qui a vraiment signé des horreurs : Safari, L’Italien, Ce soir je dors chez toi ou encore Entre Amis). Cependant, j’ai toujours eu de la sympathie pour ce film à l’humour parfois lourd qui met en avant une famille de beaufs. J’étais curieuse de découvrir la suite, voir comment les personnages et l’histoire allaient évoluer et surtout savoir si cette suite serait meilleure que le premier film. Il y a tellement de suites ratées qu’on pouvait craindre le pire… surtout qu’on parlait des Tuche justement. Or, même si on me dira que ce n’était pas bien dur, Les Tuche 2 est, sans évidemment crier au bon film, meilleur que le premier film. J’ai plus souri que ri en regardant le premier Tuche alors que là malgré ses défauts, j’ai plus ri dans cette suite : pour moi, c’est le b.a.-ba d’une comédie, j’estime qu’à partir de ce point de vue, Les Tuche 2 remplit à peu près ses objectifs, même si j’ai conscience qu’il ne plaira pas à tout le monde. En fait, les gens qui ont à peu près « aimé »/apprécié le premier film devraient aimer la suite, et ceux qui avaient déjà horreur du 1 doivent fuir le 2e opus. C’est assez logique. Je suis en tout cas contente de voir un film plus drôle que prévu, non, pas tout est dans la bande-annonce ! Dans les points positifs, comme je le disais, j’ai pas mal ri. Il y a notamment un bon running gag (en tout cas je suis rentrée dans le délire) autour de La Petite Maison dans la Prairie. Il y a également pas mal de bons gags dans la première partie du film (la rencontre avec les Indiens par exemple), même si nous pouvons regretter qu’elle ne soit pas concrètement utile dans le sens où elle n’apporte concrètement rien au sujet de base (l’histoire commence réellement lorsque la famille revoit Donald). Après, je pense qu’Olivier Baroux assume totalement ce côté presque « sketch » à la limite du hors-sujet, je crois qu’il voulait surtout faire rire sans se prendre au sérieux.  Je crois que mon impression serait très différente si Baroux avait voulu prétendu du contraire.

Les Tuche 2 - Le rêve américain : Photo Claire Nadeau, Jean-Paul Rouve, Pierre Lottin, Sarah Stern, Theo Fernandez

Soyons honnête : Olivier Baroux n’a strictement aucun talent de mise en scène et même dans un sens de scénariste. L’histoire est vraiment plus que simple et ne tient pas sur grand chose. Les gags sont plus mis en avant que l’intrigue en elle-même, même si elle revient un peu à la fin du film (qui baisse légèrement en rythme, comme dans le premier film), face à un schéma assez récurrent, en nous faisant ressortir la même recette (mignonne mais lourde) : l’argent nous rend con, il faut d’abord rester une famille soudée avec des valeurs (notamment la tolérance et tout ça). L’écriture n’est absolument pas fine, je comprends qu’on puisse vraiment détester (et je ne dis pas d’ailleurs en être totalement fan, qu’on ne transforme pas mes propos!). Pourtant, je ne sais pas trop comment il y est arrivé avec tant de caricature et de lourdeur mais les personnages sont pourtant drôles et attachants. Beaucoup diront qu’on se moque des beaufs, des gens d’un certain milieu. Je n’en suis pas si sûre justement et c’est peut-être pour cela que Les Tuche 2 n’est pas un mauvais film ou en tout cas que je n’ai pas envie de taper dessus. Je crois au contraire que Baroux aime ses personnages, interprétés par des acteurs inspirés, qui ont aussi permis à ce film de trouver son public. Il n’y a à faire, j’adore depuis le premier film le déluré et improbable Jeff Tuche, interprété par un Jean-Paul Rouve très en forme. J’aime également beaucoup Isabelle Nanty dans ce rôle, elle est certes « beauf » mais elle est très attachante et compréhensive, cela apporte vraiment quelque chose à ce film déjà très volontairement caricatural. J’avais bien aimé les autres membres de la famille dans le premier film mais ils n’étaient pas toujours mis en avant. Certes, je ne trouve pas Donald très intéressant comme personnage : son intelligence, ou dans un sens, sa normalité, ne semble servir qu’à essayer de consolider ne serait-ce un semblant d’intrigue (en tout cas, cela y ressemblerait). En revanche, mamie Suze (plus surprenante que prévu) incarnée par l’excellente Claire Nadeau, le fils rappeur « qui travaille toujours sur son premier album » va faire enfin son coming out (Pierre Lottin exquis avec ce langage complètement incompréhensible!) et Stéphanie (une convaincante Sarah Stern) toujours aussi cruchasse trouvent enfin leur place au cœur de ce film et c’est peut-être pour cela que cette suite me semble plus réussie que le premier.

Les Tuche 2 - Le rêve américain : Photo Claire Nadeau, Isabelle Nanty, Jean-Paul Rouve, Pierre Lottin, Sarah Stern

Les Huit Salopards

réalisé par Quentin Tarantino

avec Samuel L. Jackson, Kurt Russell, Jennifer Jason Leigh, Walton Goggins, Michael Madsen, Tim Roth, Demian Bichir, Bruce Dern, Channing Tatum, Zoe Bell, Dana Gourrier, Gene Jones…

titre original : The Hateful Eight

Western américain. 2h45 (3h pour version 70 mm). 2015.

sortie française : 6 janvier 2016

interdiction aux moins de 12 ans avec avertissement

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Quelques années après la Guerre de Sécession, le chasseur de primes John Ruth, dit Le Bourreau, fait route vers Red Rock, où il conduit sa prisonnière Daisy Domergue se faire pendre. Sur leur route, ils rencontrent le Major Marquis Warren, un ancien soldat lui aussi devenu chasseur de primes, et Chris Mannix, le nouveau shérif de Red Rock. Surpris par le blizzard, ils trouvent refuge dans une auberge au milieu des montagnes, où ils sont accueillis par quatre personnages énigmatiques : le confédéré, le mexicain, le cowboy et le court-sur-pattes. Alors que la tempête s’abat au-dessus du massif, l’auberge va abriter une série de tromperies et de trahisons. L’un de ces huit salopards n’est pas celui qu’il prétend être ; il y a fort à parier que tout le monde ne sortira pas vivant de l’auberge de Minnie…

Les Huit salopards : Photo Kurt Russell, Samuel L. Jackson

Certains d’entre vous doivent le savoir mais je suis une grande fan de Quentin Tarantino. J’ai alors profité de l’occasion qui se présentait pour aller le découvrir en avant-première dans son format d’origine, c’est-à-dire en 70 mm. A l’occasion de l’avant-première (je ne sais pas comment ça s’est bien dans les quelques autres cinémas français qui ont pu diffuser le film dans ce format-là mais chez moi, la soirée organisée était vraiment top), le film avait également droit à une introduction, un entracte ainsi que huit minutes supplémentaires. Le format, qui a été utilisé pour la dernière fois en 1966, permet d’obtenir une image très large (à partir d’objectifs anamorphiques). Je dois avouer que le résultat visuellement (grâce à ce format) est magnifique, l’introduction et l’entracte donnent également un petit plus au film. Je ne vous cache pas que j’ai vraiment été ravie de découvrir Les Huit Salopards de cette manière-là, que je me sens même très chanceuse d’avoir pu participer en quelque chose au délire de Tarantino. Après, pour en rassurer quelques uns, je pense que vous pouvez parfaitement apprécier ce film dans sa version numérique (et donc sans les petits bonus avec), le principal c’est tout le reste ! Je préfère prévenir d’emblée : je suis persuadée que ce film va dérouter beaucoup de gens (pour ne pas dire « détester »). Pour ma part, j’ai énormément aimé ce 8e long-métrage de Quentin Tarantino. Pourtant, sur le moment, je ne savais pas trop en penser. Quand il y a eu justement l’entracte, j’étais en train de me demander si j’aimais ou non. Effectivement, face à un film qui dure tout de même trois heures, on se demande très légitimement si cette durée en question est nécessaire (surtout que la première partie est, comme souvent chez QT, très concentrée autour de dialogues). Mais honnêtement, une fois que j’ai vu l’ensemble (avec une deuxième partie que j’ai trouvée jouissive), j’ai vraiment adoré le long-métrage. Il n’est peut-être pas parfait mais je l’ai trouvé vraiment excellent (ce qui est déjà très bien en soi !). Ce que j’ai trouvé formidable personnellement, c’est de trouver tous les ingrédients tarantinesques, en pensant évidemment à certains films de sa filmographie (on pensera prioritairement à Django Unchained et Reservoir Dogs) mais en même temps je le trouve différent de ses autres longs-métrages.

Les Huit salopards : Photo Samuel L. Jackson, Walton Goggins

Certes, Les Huit Salopards est sur le papier moins « cool » que les autres (je rassure les fans, il y en a quand même) mais en réalisant un film plus sombre, selon moi, Tarantino signe un film plus abouti et audacieux. J’ai toujours aimé les films de Tarantino mais certaines de ses marques avaient quelque chose de gratuit, faut bien l’avouer (même si ça fait le charme de certains de ses films). Là (je l’avais déjà ressenti sur Django Unchained, ici mon impression se confirme), j’ai l’impression que Tarantino sait vraiment ce qu’il fait, qu’il ne met pas uniquement des choses parce que ça fait bien. La violence n’est plus aussi fun, elle répond réellement à une interrogation sur l’Amérique d’après la guerre de Sécession (en particulier sur les « minorités » : les Noirs et les femmes). L’excellente musique signée par Ennio Morricone (je l’écoute déjà en boucle sur Spotify) donne également un véritable souffle au film et pour une fois (à part une ou deux petites exceptions) on a l’impression que Quentin Tarantino a arrêté de faire de se taper des trips tout seul (certes, j’aime beaucoup les bandes-originales de ses films, mais il faut bien avouer qu’on avait parfois l’impression qu’il calait dans ses films ses derniers coups de coeur musicaux). Certains vont évidemment être très réfractaires aux longs dialogues (ce qui est compréhensible encore une fois). Personnellement, encore une fois, je me suis moi-même interrogée sur ces dialogues, peut-être que certains auraient pu plus courts et tout ça mais encore une fois, une fois qu’on a vu l’ensemble, je trouve que ce point en question prend plus de sens. En fait, plus généralement, j’ai trouvé l’écriture vraiment bonne, d’une grande habilité. Je ne suis pas du tout étonnée de savoir le réalisateur souhaitant écrire des romans et des pièces. Il y a quelque chose de très littéraire dans ce film tout en gardant un langage très cinématographique. Le mélange fonctionne véritablement bien, le côté littéraire ne prenant pas le dessus comme cela arrive trop souvent dans des longs-métrages. Mais plus généralement, ce qui m’a véritablement plu, c’est la manière de mélanger les genres. L’hybridité a toujours fait le charme des films de Tarantino et c’est ici encore le cas.

Les Huit salopards : Photo Tim Roth

A priori, Les Huit Salopards se présente comme un western avec un background historique (finalement, bien traité malgré les apparences, ce que j’avais également aimé dans Django Unchained). Mais le film reprend également les codes du genre policier (chaque personnage semble suspect, tout le monde ment et les plus « honnêtes » meurent en premier), renforcé par ce faux huis clos (la porte ne se fermant pas bien, on ne peut pas dire que la seconde partie soit totalement fermée). On pensera évidemment à The Thing (notamment avec la présence de la neige et de Kurt Russell au casting) et surtout au roman d’Agatha Christie, Les Dix Petits Nègres. La première partie peut paraître longue et pourtant elle fait son effet : l’ambiance est pesante voire même carrément étouffante (et c’est pour cela que, pour ma part, je ne me suis pas ennuyée malgré mes interrogations), les personnages se complexifient, on fait attention à chaque petit détail. La seconde partie est une pépite explosive. En dehors de l’effet plus qu’efficace du 70 mm, le film est d’une grande beauté visuelle grâce à des décors magnifiques, mis en avant par une sublime photographie. De plus, il est paradoxalement à la fois lumineux et sombre, comme si cela traduisait toute la tromperie au coeur de cette histoire. Enfin, Les Huit Salopards bénéficie d’un excellent casting. En tête, Samuel L. Jackson est évidemment, comme toujours chez Tarantino (et j’ai envie de dire comme souvent), très bon. Certes, beaucoup diront qu’il fait du Samuel L. Jackson, ce qui n’est pas totalement faux, mais ici disons que ce n’est une remarque négative. Si on aime Jackson, on devrait normalement aimer cette nouvelle interprétation. Pour moi deux acteurs sont particulièrement excellents : Jennifer Jason Leigh et Walton Goggins. La première s’en prend plein la gueule tout le long (qu’on ne me sorte pas que Quentin est misogyne, je vais m’énerver !), ne parle pas forcément beaucoup mais elle arrive à rendre son personnage puissant. J’ai toujours bien apprécié cette actrice mais là elle explose !

Les Huit salopards : Photo Jennifer Jason Leigh

Quant à Goggins (que je connais très mal, en dehors de sa prestation dans Django Unchained, je sais juste qu’il est surtout connu pour les séries Justified et Sons of Anarchy… que je n’ai toujours pas vues, décidément je suis toujours autant à la ramasse), il a un charisme fou (accompagné d’un grand sourire ultra bright, je vous jure, je ne m’en suis pas remise – ne croyez pas non plus que je suis une groupie) ! Après, si j’ai eu un petit coeur pour ces deux interprètes en question, cela ne m’empêche pas d’aimer les autres salopards. J’étais évidemment ravie de revoir deux acteurs purement tarantinesques, Tim Roth (qui s’éclate à caricaturer à fond le bourgeois anglais) et Michael Madsen « fait du Michael Madsen » comme l’a dit Tarantino dans le dernier numéro de Positif (et c’est toujours aussi jouissif). Kurt Russell, Demian Bichir et Bruce Dern sont également impeccables, chacun apportant également un plus au personnage. Après, pour être réellement honnête, même si ce que je vais dire peut paraître paradoxal, même si j’ai eu quelques préférences, au-delà d’avoir trouvé tout le casting vraiment très bon et sans fausse note, je l’ai trouvé très cohérent, personne ne tente de se voler la vedette, au contraire, chacun est mis en avant, les personnages ayant de l’épaisseur. Pour conclure, j’ai vraiment adoré les Huit Salopards même si j’ai parfaitement conscience qu’il ne plaira pas à tout le monde, loin de là. Je l’aime même de plus en plus et j’ai même déjà envie de le revoir, ce que je n’avais pas forcément ressenti pour son précédent film, Django Unchained, que j’aime pourtant énormément. Je dirais (en tout cas, c’est ma perception sur ce film) qu’il faut « digérer » ce qu’on a vu, prendre du recul, se laisser prendre par l’histoire même s’il y a des longueurs. Je ne sais pas si Les Huit Salopards fait partie de mes Tarantino préférés, je n’ai pas suffisamment de recul pour affirmer une telle chose mais il s’agit pour moi du film le plus mature de sa filmographie.

Les Huit salopards : Photo Tim Roth, Walton Goggins

Discount

réalisé par Louis-Julien Petit

avec Olivier Barthélémy, Corinne Masiero, Pascal Demolon, Sarah Suco, M’Barek Belkouk, Zabou Breitman…

Comédie française. 1h45. 2013.

sortie française : 21 janvier 2015

Discount

Pour lutter contre la mise en place de caisses automatiques qui menace leurs emplois, les employés d’un Hard Discount créent clandestinement leur propre « Discount alternatif », en récupérant des produits qui auraient dû être gaspillés…

Discount : Photo Corinne Masiero, M'Barek Belkouk, Olivier Barthelemy, Pascal Demolon, Sarah Suco

Lorsque j’ai découvert pour la première fois l’existence même de Discount, je dois avouer que je redoutais le pire. En effet, un (trop) grand nombre de « comédies » françaises ont des titres similaires (en gros, un seul mot parce qu’apparemment, les réalisateurs et/ou producteurs prennent souvent les spectateurs pour des imbéciles incultes). Rappelez-vous de Disco (à quelques lettres près, c’est presque comme Discount ça), Camping, RTT, Safari, Supercondriaque, Fiston, Barbecue et j’en passe (rien que cette courte liste me file des boutons). La bande-annonce ne m’avait pas non plus convaincue des masses. Mais finalement, j’ai fini par aller voir ce film un peu par hasard. Je ne sais pas si c’est parce que je m’attendais à quelque chose d’horrible mais en tout cas Discount est selon moi une agréable bonne surprise. Certes, il ne s’agit certainement pas d’un grand film, ce n’est même pas le film de l’année, mais il est au-dessus des autres comédies françaises actuelles. Selon Télérama (magazine que je n’aime pas forcément), il s’agit d’une « comédie à la Ken Loach ». Discount n’a certainement pas la force, ni une forme de noirceur que possèdent les films du réalisateur britannique. Pourtant, cette comparaison n’est pas autant démesurée que je l’imaginais. En tout cas, il est plus dans la lignée d’un Loach que d’un Onteniente (ce qui est rassurant). Malgré ses maladresses, le premier long-métrage de Louis-Julien Petit déborde de sincérité et d’humanité. Au lieu de nous foutre des stars surpayées et surmédiatisées et un budget colossal (si, si, je vise certaines personnes), le budget de ce film est vraiment « discount » et les acteurs choisis restent plutôt méconnus.

Discount : Photo M'Barek Belkouk, Olivier Barthelemy, Pascal Demolon, Sarah Suco

La mise en scène n’est pas extraordinaire mais elle reste tout de même correcte. Même si cela n’excuse pas tout, je suis souvent bienveillante envers une première réalisation. Le scénario est parfois maladroit (certains points auraient pu être retravaillés ou creusés), pourtant il reste efficace et tient la route. Louis-Julien Petit et son co-scénariste Samuel Doux sont arrivés à donner du relief à leurs personnages en s’intéressant notamment à leurs blessures et c’est pour cela qu’ils sont si attachants. Même la patronne incarnée par Zabou Breitman n’est pas simplement décrite comme une horrible femme sans coeur. Du coup, le film ne tombe jamais dans le manichéisme et parvient à décrire ce système de travail (les patrons qui subissent eux-mêmes des pressions, les vigiles qui prennent un peu trop leurs responsabilités) sans jamais le caricaturer. Au contraire, il y a même une petite touche d’ironie bienvenue. Discount réussit également à pointer du doigt sur des sujets révoltants, comme le chômage qui menace les employés et le gaspillage alimentaire. Mais au-delà de ces sujets franchement pas joyeux, le film est surtout un hymne réussi à la solidarité et à la générosité. Il évite les lourdeurs et, au contraire, il trouve le ton juste entre l’humour et l’émotion. Louis-Julien Petit a également su mettre en avant le décor nordiste. C’est peut-être aussi pour cela que Discount a été comparé aux films de Ken Loach. Enfin, pour finir, Discount est servi par un casting parfait, que ce soit Olivier Barthélémy (très convaincant en leader), la toujours aussi naturelle Corinne Masiero (j’aime toujours autant sa gouaille), le charismatique Pascal Demolon (j’adore également sa voix), la touchante Sarah Suco, le rigolo et tendre M’Barek Belkouk ou encore Zabou Breitman.

Discount : Photo Corinne Masiero

Cinquante Nuances de Grey

réalisé par Sam Taylor-Johnson

avec Dakota Johnson, Jamie Dornan, Jennifer Ehle, Eloise Mumford, Victor Rasuk, Luke Grimes, Marcia Gay Harden, Rita Ora, Callum Keith Rennie, Max Martini, Andrew Airlie…

titre original : Fifty Shades of Grey

Romance, érotique américain. 2h05. 2015.

sortie française : 11 février 2015

interdit aux moins de 12 ans

Cinquante Nuances de Grey

L’histoire d’une romance passionnelle, et sexuelle, entre un jeune homme riche amateur de femmes, et une étudiante vierge de 22 ans.

Cinquante Nuances de Grey : Photo Dakota Johnson

Personne n’a pu passer à côté du phénomène « littéraire », Cinquante Nuances de Grey, qui est à l’origine une fanfiction basée sur Twilight. Etant étudiante en lettres un peu fatiguée par certaines lectures parfois cosmiques, je me suis dit que je n’avais rien à perdre, c’est pour cela que j’ai décidé de découvrir la saga de E. L. James. Je peux vous dire à quel point j’en veux énormément à l’époux de cette « romancière » : monsieur James, arrêtez de délaisser votre femme et occupez-vous d’elle. C’est probablement à cause de vous si elle a osé écrire un machin pareil : elle devait être frustrée. Je ne vois que ça comme explication. En clair, Cinquante Nuances de Grey est ce qu’on appelle un torchon. Le sujet est pourtant intéressant, E. L. James aurait pu écrire un livre géant et profond, mais non ce n’est qu’un roman qui ne pourra que satisfaire les pucelles et les femmes de cinquante piges (d’où Cinquante Nuances ?) qui ne se font plus toucher (d’où le terme justifié de « mommy porn »). Il est principalement gâché par une écriture désolante (entre les échanges de mail qui prennent trois tonnes de pages, les répétitions à gogo de « je mouille », « il est sexy Christian », « oh ma déesse intérieure » et j’en passe, et surtout un manque flagrant de vocabulaire, bonjour !). Face à ce carnage navrant et quelque part frustrant, j’en veux aussi profondément aux éditeurs de Vintage Books, qui n’ont pas fait leur boulot. Comment ont-ils pu publier un travail aussi bâclé ? Sérieusement, on a l’impression de lire un brouillon. Bref, vu comme j’avais ri face à tant de bêtises, j’avais quelque part hâte de découvrir son adaptation cinématographique. Je n’attendais pas nécessairement un bon film mais je me suis dit qu’il ne pourrait pas être pire que le livre. Hélas, Sam Taylor-Johnson (photographe, vidéaste, réalisatrice de Nowhere Boy et accessoirement épouse du jeune acteur Aaron Johnson) a réussi cet exploit : le film est encore plus mauvais que le bouquin.

Cinquante Nuances de Grey : Photo Dakota Johnson, Jamie Dornan

Pour résumer, j’ai ri du début jusqu’à la fin (j’en ai encore mal au ventre). J’avais l’impression de regarder une comédie (et d’ailleurs la salle était pliée en quatre). Au bout d’un moment, j’ai même fini par me demander s’il s’agissait d’une parodie d’une rom com. Finalement, j’ai regardé les choses en face : Cinquante Nuances de Grey se prend très au sérieux et même trop. Il n’y a de quoi fouetter un chat (désolée pour le jeu de mots foireux). Il ne s’agit que d’une comédie romantique avec un peu (mais alors un peu) plus de cul que d’habitude (je reviendrai sur ce point, ne vous en faites pas). Le film accumule tous les clichés et stupidités possibles, comme par exemple les « ooooh bébé », les cadeaux qui coûtent un bras (parce que le bonhomme est un « gentleman »), Ana qui se mordille les lèvres ou rougit comme une idiote ou encore fera n’importe quoi parce qu’elle ne supporte pas l’alcool (même moi bourrée je ne me comporte pas comme ça). Les répliques sont également à mourir de rire et ce n’est pas juste une ou deux comme ça. Les deux « meilleures » dans leur genre restent tout de même pour moi « je ne fais pas l’amour… Je baise. Et très violemment. » (déjà dans le livre, j’étais hilare) et « j’ai… cinquante nuances de folie ! ». Les scènes sont généralement involontairement drôles. Je pense par exemple à celle avec Ana mordillant comme une imbécile son crayon sur lequel le nom Grey est inscrit dessus (ahaha le symbole phallique de la mort !) ou encore à celle avec Ana qui téléphone bourrée à Christian : ce dernier lui répond de ne pas plus boire alors qu’on voit bien le verre de vin posé sur son bureau ! J’avais l’impression de revoir un des sketchs des Inconnus avec Florent Brunel qui parle du tiers-monde alors qu’il y a une grosse bouteille de champagne juste derrière lui ! Quant à la mise en scène, elle est à l’image du décor, c’est-à-dire tape-à-l’oeil et donc en réalité inexistante. De plus, le nombre flagrant de placements de produits finit par agacer.

Cinquante Nuances de Grey : Photo Dakota Johnson

Cinquante Nuances de Grey n’a même pas réussi à me divertir. Au-delà du rire involontaire omniprésent, il ne se passe tout de même pas grand-chose. Même si j’avais trouvé le roman naze, il m’avait tout de même à peu près amusée dans le sens où on le lit sans problèmes. J’avais au moins l’impression qu’il se passait beaucoup de choses, l’illusion fonctionnait un minimum. Or, malgré pourtant sa fidélité au texte, il ne se passe pratiquement rien dans le film. Je me suis même emmerdée à la fin du film (à peu près quand Ana va rendre visite à sa mère), j’avais même hâte qu’il se termine. La fin est d’ailleurs catastrophique. Déjà, elle était pourrie dans le livre (du genre Ana qui se réveille comme une grosse nouille). Cependant, malgré la nullité effroyable du roman, on avait quelque part envie de découvrir la suite, on a espoir d’en savoir plus sur la personnalité et le passé de Christian. Or, là, non seulement la fin paraît encore plus ridicule, mais en plus on a tout sauf envie de regarder le deuxième épisode. Cela montre bien qu’il n’y a aucune tension dans ce film et surtout la réalisatrice semble se foutre du sort des personnages. De plus, elle ne veut absolument pas approfondir les différents thèmes qui s’imposent comme celui de la domination par exemple (par exemple, qui est finalement le vrai dominant de l’histoire ?). Certes, Sam Taylor-Johnson a eu la lourde tâche d’adapter un roman déjà creux. Cependant, tout en restant fidèle, elle avait largement la possibilité de donner plus de relief à son film. Le thème de la prostitution n’est par exemple jamais exploité. Il y a pourtant cette mini-réflexion dans le roman. C’était maladroit mais E. L. James avait au moins essayé de faire quelque chose. Sam Taylor-Johnson, elle, n’en parle absolument pas. Ana est simplement gênée de recevoir tant de cadeaux mais ne se pose pas plus de questions. Du coup, le message du film est encore plus douteux.

Cinquante Nuances de Grey : Photo Dakota Johnson

Il est maintenant temps de parler des scènes cruciales, c’est-à-dire les scènes de sexe et de sado-masochisme. Avant d’aller voir ce film, j’avais parfaitement conscience que je n’allais pas aller voir Nymphomaniac : volume III et d’ailleurs quelque part je m’en réjouissais. Je savais qu’il y aurait du sexe relativement soft car il s’agit tout de même d’un film commercial et grand public. Cependant, ne pas trop montrer de sexe pouvait être un challenge intéressant pour la réalisatrice : on peut faire des scènes grandioses avec beaucoup de suggestion et en jouant sur la sensualité et l’imagination. Mais les scènes de sexe sont toutes ratées. Tout d’abord, étant donné qu’elles sont mal réparties, on se rend rapidement compte qu’il n’y en a trop peu par rapport au sujet. Le bouquin est peut-être naze, on pourra détester les scènes de sexe, les trouver vulgaires voire même crétines, mais au moins il y en a beaucoup ! Ces scènes en elles-mêmes ne montrent pas suffisamment qu’il s’agit tout de même à l’origine d’une relation sexuelle anormale ou marginale. Or, sans vouloir passer pour une obsédée, les positions sexuelles restent limitées. La plupart des couples font l’amour en utilisant grosso modo les mêmes pratiques. Ce n’est pas trois tapes sur le cul qui font qu’il s’agit d’une relation sado-masochiste ! De plus, certes, les acteurs sont souvent nus mais honnêtement il n’y a pas de quoi s’émoustiller : on voit vite fait les fesses de Jamie Dornan et de Dakota Johnson (ou plutôt, apparemment, sa doublure), beaucoup les seins de Johnson (sans vouloir m’attaquer au physique, il n’y a franchement rien à voir) et quelques poils pubiens. Les scènes de sexe tournent également vite au ridicule principalement à cause des réactions des personnages. D’un côté, Grey ne semble prendre aucun plaisir (son visage est si monoexpressif) alors que frapper des femmes au pieu est son délire. De l’autre, Ana jouit comme une folle furieuse alors que son partenaire ne la touche même pas !

Cinquante Nuances de Grey : Photo Jamie Dornan

On remarquera également à quel point le sexe est idéalisé dans ce film notamment lorsque la jeune Ana perd sa virginité en ayant directement un orgasme. En réalité, tout le long du film, tout semble si facile pour elle, on ne voit pas réellement de phase d’initiation. De plus, les scènes de cul sont également gâchées par cette omniprésence musicale (du genre du Beyoncé à fond en plein acte, c’est tout sauf érotique). Je plains au passage le pauvre Danny Elfman qui, selon le générique, aurait composé la bande-originale. Hélas, son travail est noyé dans cette soupe qui fera plaisir aux adolescentes qui écoutent un peu trop du NRJ. Enfin, en oubliant un instant les détails « techniques », il n’y a aucune tension sexuelle et les trop peu de scènes SM sont très aseptisées. Même si je l’avais trouvé moyen, La Secrétaire de Steven Shainberg était déjà plus intéressant et lui aussi restait pourtant accessible. Jamie Dornan et Dakota Johnson sont principalement responsables de ce manque de tension sexuelle. Il n’y a tout simplement pas d’alchimie entre eux. Il faut dire que les deux acteurs jouent très mal. De plus, il n’y a quelque chose qui ne fonctionne pas à cause de leur physique. Dornan est certes très beau mais dans ce film, il ne dégage aucun charisme. Or, son personnage est tout de même un tombeur. Dakota Johnson, elle, est clairement trop âgée pour le rôle. Je vous rappelle qu’Ana est est une jeune étudiante de 21-22 ans (pétard, elle a mon âge quand j’y pense). Or, née en 1989 (faites le calcul bande de matheux), la fille de Melanie Griffith et de Don Johnson fait clairement plus que son âge (j’ai le droit de dire qu’elle est ravagée ?). Du coup, on a encore plus de mal à voir l’éveil sexuel d’une jeune femme à peine sortie de l’adolescence, elle n’a pas de fraîcheur, on se demande même pourquoi Grey veut absolument coucher avec elle !  Les seconds rôles sont également catastrophiques, comme par exemple la pourtant talentueuse Marcia Gay Harden (mais… qu’a-t-elle fait à sa gueule ?) ou encore (la très mauvaise chanteuse) Rita Ora (avec une coupe de cheveux ridicule), qui réussit à jouer comme un pied alors qu’elle n’apparaît que trente secondes et ne prononce que trois ou quatre courtes phrases. Finalement, le meilleur du casting, c’est le type qui joue le chauffeur de Grey…

Cinquante Nuances de Grey : Photo Jamie Dornan

Les Nouveaux Sauvages

réalisé par Damian Szifron

avec Ricardo Darin, Oscar Martinez, Leonardo Sbaraglia, Erica Rivas, Dario Grandinetti, Julieta Zylberberg, Rita Cortese, Walter Donado, Maria Marull…

titre original : Relatos salvajes

Comédie argentine, espagnole. 2h. 2014.

sortie française : 14 janvier 2015

Les Nouveaux sauvages

L’inégalité, l’injustice et l’exigence auxquelles nous expose le monde où l’on vit provoquent du stress et des dépressions chez beaucoup de gens. Certains craquent. Les Nouveaux sauvages est un film sur eux.
Vulnérables face à une réalité qui soudain change et devient imprévisible, les héros des Nouveaux sauvages franchissent l’étroite frontière qui sépare la civilisation de la barbarie. Une trahison amour, le retour d’un passé refoulé, la violence enfermée dans un détail quotidien, sont autant de prétextes qui les entraînent dans un vertige où ils perdent les pédales et éprouve l’indéniable plaisir du pétage de plombs.

Les Nouveaux sauvages : Photo Rita Cortese

Actuellement dans la course aux Oscars dans la catégorie « meilleur film étranger », le film argentin Les Nouveaux Sauvages avait été présenté en compétition au dernier festival de Cannes mais le jury présidé par la réalisatrice néo-zélandaise Jane Campion ne l’a pas récompensé. Cette absence au palmarès est regrettable car il avait largement sa place. Produit en grande partie par les frères Almodovar, ce film est une véritable pépite et j’espère qu’il parviendra à trouver son public en France. A l’origine, je ne suis pas forcément adepte des films à sketches, la plupart d’entre eux sont souvent pour moi inégaux. Or, ici, on a droit à six très bons sketchs qui sont bien reliés entre eux. La transition à chaque nouvelle histoire se fait naturellement et l’ordre même de chaque récit semble logique. Cela crée une cohérence qui me semble capitale dans ce type de projet cinématographique. L’excellent montage (fait en grande partie par le réalisateur) et le scénario visiblement très inspiré permettent en grande partie de créer cette homogénéité indispensable. Cependant, il ne faut pas non plus oublier de prendre en compte la qualité même de la mise en scène, tout comme d’autres éléments qui participent à l’esthétique même du film. Les cinq premières minutes sont surprenantes et parviennent à donner le ton. On va rapidement comprendre que les histoires présentées sont cruelles. Les pétages de plombs vont alors se dérouler dans différents endroits : dans un avion (« Pasternak »), dans un petit restaurant au bord d’une autoroute (« Las ratas »), sur la route (« El más fuerte »), à la fourrière (« Bombita »), dans une maison bourgeoise (« La Propuesta ») ou encore durant un mariage (« Hasta que la muerte nos separe »).

Les Nouveaux sauvages : Photo Erica Rivas

Ces histoires rappellent celles qui sont parfois racontées dans la colonne des faits divers dans les journaux. Elles ont beau être déjantées, il y a même parfois un aspect cartoonesque, pourtant elles restent crédibles car on a pu croiser certains personnages dans notre vie quotidienne. Cependant, le risque était bien présent car on aurait pu avoir une succession de récits assez plats. Or, Damian Szifron trouve un équilibre parfait entre la vraisemblance et l’absurde et parvient à montrer ce qui a poussé certains individus, de sexe ou d’âge différents, à ne plus être eux-mêmes et à perdre le contrôle. La fin du tout dernier sketch donne également du sens à cette méchanceté. Certes, bien qu’on puisse comprendre comment elle arrive, cette violence reste gratuite (pour notre plus grand plaisir). Mais la fin de « Hasta que la muerte nos separe », qui reste pourtant dans la bestialité, semble confirmer que la destruction est parfois utile pour pouvoir mieux se reconstruire. Au-delà de révéler la part animale de chaque individu (confirmée par le très beau générique au début du film) à la recherche d’une certaine liberté, Szifron n’hésite pas non plus à égratigner la société argentine. A part le sketch d’ouverture, nous remarquons que cette folie, cette envie d’aller tout foutre en l’air, est toujours liée à l’argent (mafia, corruption, apparences, lois qui font tout pour pomper le fric de simples individus). Pour conclure, Les Nouveaux Sauvages est une belle réussite, férocement drôle, jouissive et surprenante. De plus, ce film est servi par une belle brochette d’acteurs (Ricardo Darin étant le plus connu d’entre eux) ainsi que par la bonne bande-originale assez western de Gustavo Santaolalla (oscarisé pour Brokeback Mountain et Babel).

Les Nouveaux sauvages : Photo Ricardo Darín

Les Opportunistes

réalisé par Paolo Virzi

avec Valeria Bruni Tedeschi, Fabrizio Bentivoglio, Valeria Golino, Fabrizio Gifuni, Matilde Gioli, Guglielmo Pinelli, Giovanni Anzaldo, Luigi Lo Cascio…

titre original : Il capitale umano

Drame italien. 1h50. 2013.

sortie française : 19 novembre 2014

Les opportunistes

Près du Lac de Côme en Italie. Les familles de la richissime Carla Bernaschi et de Dino Ossola, agent immobilier au bord de la faillite, sont liées par une même obsession : l’argent. Un accident la veille de Noël va brutalement changer leurs destins.

Les opportunistes : Photo Valeria Bruni Tedeschi

Les Opportunistes, adapté du roman Human Capital de l’Américain Stephen Amidon, a remporté sept Donatello Awards dont meilleur film, meilleur scénario, meilleure actrice (Valeria Bruni Tedeschi), meilleure actrice dans un second rôle (Valeria Golino) ou meilleur acteur dans un second rôle (Fabrizio Gifuni). J’étais curieuse de découvrir le fameux film qui a réussi à battre La Grande Bellezza : certes, le merveilleux film de Sorrentino n’est pas reparti les mains vides (pour ceux qui n’auraient pas suivi l’actualité, Sorrentino et Servillo ont été récompensés par l’académie du cinéma italien) mais voir le grand gagnant des European Film Awards et de l’Oscar du meilleur film étranger se faire battre dans la catégorie la plus importante dans son propre pays avait de quoi susciter ma curiosité. Certes, j’aurais préféré voir La Grande Bellezza gagner le prix du meilleur film (il faut dire que je vénère ce film), cependant, Les Opportunistes est selon moi un excellent film, qui prouve bien que le cinéma italien est loin d’être mort. Le long-métrage de Paolo Virzi (Chaque jour que Dieu fait, La prima cosa bella) est organisé autour d’un accident de voiture, que les spectateurs découvrent au début. Ainsi, le film va être divisé en quatre chapitres. Tout d’abord, les trois premiers (« Dino », « Carla » et « Serena ») nous montrent le point de vue d’un personnage, permettant aux spectateurs petit à petit de découvrir la vérité.

Les opportunistes : Photo Fabrizio Bentivoglio, Valeria Golino

Quant au tout dernier chapitre, qui est en réalité la conclusion de l’histoire, s’intitule, comme le titre original du film, « Le capital humain ». Ce terme, d’abord en rapport avec l’accident de voiture, est calculé par les assurances sur la base de l’espérance de vie, du revenu potentiel, du nombre et de la qualité des relations affectives du défunt. Le titre – qui a bien plus impact que le titre français – va alors prendre tout son sens. Paolo Virzi signe un puissant drame social et familial sous des allures de thriller dans lequel il n’hésite pas à présenter la haute société italienne  actuelle sous son plus mauvais jour, c’est-à-dire cupide, cynique et surtout sans aucune morale. Ainsi, il n’y a pas de place pour les sentiments (Dino qui n’hésite pas à trahir sa propre fille juste pour l’appât du gain), chacun pense surtout à ses intérêts et veut sauver les apparences (le cas de Carla qui reste avec son connard d’époux méprisant). Le scénario habile, la mise en scène soignée et le montage efficace rythment le film en évitant des éventuelles répétitions, qui auraient pu avoir lieu avec l’alternance des points de vue, sans perdre les spectateurs en cours de route. Enfin, le casting est excellent, que ce soit les acteurs connus du grand public comme Valeria Bruni Tedeschi (parfaite en femme qui constate bien l’illusion et l’hypocrisie de son milieu) ou Fabrizio Bentivoglio (formidable en agent immobilier cupide et dénué d’humanité) ou encore les moins connus comme la jeune Matilde Gioli, qui incarne la touchante Serena.

Les opportunistes : Photo Giovanni Anzaldo, Matilde Gioli