The Nice Guys

réalisé par Shane Black

avec Russell Crowe, Ryan Gosling, Margaret Qualley, Kim Basinger, Angourie Rice, Matt Bomer, Ty Simpkins…

Comédie policière américaine. 1h56. 2016.

sortie française : 15 mai 2016

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Los Angeles. Années 70. Deux détectives privés enquêtent sur le prétendu suicide d’une starlette. Malgré des méthodes pour le moins « originales », leurs investigations vont mettre à jour une conspiration impliquant des personnalités très haut placées…

The Nice Guys : Photo Russell Crowe, Ryan Gosling

Cela peut paraître assez étonnant mais en dehors de l’excellent Kiss Kiss Bang Bang, je n’ai jamais été confrontée au travail de réalisateur et surtout de scénariste de Shane Black  (L’Arme Fatale, Last Action Hero, Le Dernier Samaritain) : bref, on ne me jette pas des tomates, ça peut arriver d’être à côté de la plaque. Je sais que certains cinéphiles sont allés voir The Nice Guys, présenté l’an dernier à Cannes en hors compétition (et qui devait être une série télé) parce que justement Black était derrière la caméra. Pour ma part, en plus des bonnes critiques que j’ai pu entendre, j’avais surtout hâte de voir le duo formé par Russell Crowe et Ryan Gosling dans un buddy movie. On ne va pas tourner autour du pot pendant un siècle : sans crier au chef-d’oeuvre, j’ai bien aimé The Nice Guys (« la suite spirituelle de Kiss Kiss Bang Bang » selon Shane Black mai selon moi en moins noir) qui a déjà le mérite d’être un très bon divertissement, plus que la moyenne. L’histoire m’a tout de suite embarquée et on ne s’ennuie pas une seconde, le film étant suffisamment bien rythmé (le montage étant assez efficace) mais sans fatiguer non plus et permettant de garder une action lisible face à un enchaînement assez fou entre les rebondissements, les gags et des dialogues assez bien trouvés (on peut même parler d’un effet ping-pong). Le scénario a l’air léger, pourtant l’explosif mélange entre le message politique et l’univers du porno montre qu’il est plus ambitieux qu’il en a l’air et surtout qu’il sait plutôt bien jouer sur les oppositions (qui ne sont pas uniquement présentes dans le traditionnel duo du buddy movie). Le film joue aussi merveilleusement bien avec les différents codes grâce à une mise en scène habile. J’ai également beaucoup aimé la reconstitution de ce Los Angeles des années 1970, assez solaire et burlesque, parfois même jazzy sans que l’ensemble m’ait paru vide ou superficiel (même si paradoxalement le travail esthétique – volontairement clinquant – peut donner une impression contraire). Bref, techniquement le film est très maîtrisé sur de nombreux aspects et sert complètement à la fois le propos et le ton général (on pourra parler de coolitude). Le duo formé par Russell Crowe et Ryan Gosling fonctionne également plus que très bien (même si j’admets avoir eu une préférence pour Gosling mais le duo m’a paru tout de même équilibré). Crowe joue très bien avec son côté brute pratiquement légendaire sans non plus tomber dans une mauvaise parodie de lui-même. Gosling prouve de nouveau qu’il a un réel potentiel comique. Comment ne pas rire devant son air Droopy et toutes les conneries qu’il débite dans le plus grand sérieux (oui, Ryan Gosling cause !) ?

The Nice Guys : Photo Margaret Qualley, Russell Crowe

On parle de duo (logique dans un buddy movie) mais à ce stade-là, avec la présence de la jeune Holly (jeune mais qui prend finalement les rênes des opérations), on pourrait même parler de trio. A mon avis, ce n’est pas un hasard si ce personnage a pratiquement le même prénom que son père (Holland) : elle a un visage de poupon, pourtant, « the guy », c’est elle dans l’histoire. On ne tombe pas dans le cliché de la pauvre gamine qui sert de rebondissement narratif (du genre, le cas typique : se faire kidnapper, le papounet devant la retrouver). Non, elle n’a pas ce rôle qui aurait pu être présent ou elle n’a pas ce pseudo rôle « féminin » comme on a l’habitude de le voir si souvent dans des grosses productions hollywoodiennes. Son interprète, l’australienne Angourie Rice, est par ailleurs une révélation et je suis certaine qu’on la reverra très vite sur les écrans. Cela dit, je n’ai pas adoré le film car j’ai eu l’impression d’avoir vu ce type de film des tonnes de fois. Encore une fois, j’ai conscience que Black a volontairement parodié / pastiché / rendu hommage (à voir selon les scènes – la frontière entre ces termes, dans le cadre de ce film, m’a semblé volontairement floue) aux films des années 1970, qu’il y a donc des traits très volontairement forcés : le film se veut tout simplement old school et ça aide évidemment à rendre le tout très agréable. Je sais aussi qu’il y a des tas de films qui fonctionnent de cette même manière (tout dépend évidemment des univers, des époques évoqués etc…). Je l’ai tout de même trouvé, par ces nombreux procédés, sans réelle surprise et un peu trop classique (même si pour moi, ce.terme n’a rien d’une insulte à l’origine), comme s’il lui manquait ce petit truc pour que je puisse réellement adorer. Peut-être que le film a été un peu trop survendu, en tout cas, je suis restée sur ma faim alors que je me suis tout de même éclatée tout le long. Peut-être justement aussi que le film, à force de vouloir être cool à tout prix et de nous étaler les différents procédés (bien) utilisés, atteint parfois ses limites. Après, il s’agit vraiment d’un petit bémol. Qu’on soit bien d’accord : The Nice Guys reste tout de même une belle réussite, une bonne comédie d’action sans prétention tout en alliant une certaine maîtrise technique et narrative. Ce film prouve qu’on est encore capable de réaliser de bons divertissements hollywoodiens sans tomber dans la stupidité et en maniant bien les différents codes et en gardant un minimum d’exigence.

The Nice Guys : Photo Angourie Rice, Ryan Gosling

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Le mystère Enfield

Créée par Joshua St. Johnston

avec Timothy Spall, Matthew Macfadyen, Eleanor Worthington-Cox, Rosie Cavaliero, Juliet Stevenson…

titre original : The Enfield Haunting

Série dramatique, épouvante-horreur britannique. 1 saison. 2015.

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Eté 1977, Peggy Hodgson et ses trois enfants expérimentent des phénomènes très étranges dans leur nouvelle maison située à Einfield. Elle fait alors appel à Maurice Grosse, chercheur débutant dans le paranormal, pour qu’il mène l’enquête. Il est assisté par Guy Lyon Playfair, investigateur expérimenté qui aborde ce cas avec scepticisme.

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On connait tous l’affaire Enfield (notamment avec des célèbres photographiques relatant les événements – notamment celle de la gamine balancée de son lit / en train de se jeter de son lit ?) au point qu’elle a été cette année l’objet d’un long-métrage, je parle évidemment de Conjuring 2 : Le Cas Enfield par James Wan. Avant la sortie du film américain très romancé (les Warren ont bien rendu visite à la famille touchée, les Hodgson, mais ne sont restés qu’un jour tout comme ce ne sont pas eux qui ont résolu le problème), la mini-série britannique Le Mystère Enfield (The Enfield Haunting) s’était déjà intéressée à cette histoire. Composée de trois épisodes durant chacun 45 minutes, cet objet télévisuel s’appuie sur l’ouvrage de Guy Lyon Playfair, This House is Haunted (1980) qui serait basé sur ce qu’il aurait vu dans cette maison en question. Guy Lyon Playfair est ici l’un des personnages principaux de la série et est interprété par Matthew Macfadyen (je tenais à dire que cette coupe seventies lui va parfaitement bien !). Pour la petite précision, alors qu’il a longuement participé à l’enquête autour de cette affaire, le personnage de Playfair n’apparait pas dans Conjuring 2. En revanche, dans ce film en question, on retrouvait déjà (dans un rôle secondaire) Maurice Grosse interprété par Simon McBurney. Le personnage, incarné ici par Timothy Spall, prend alors dans cette mini-série beaucoup plus de place en étant désormais (avec Playfair). Pour les amateurs d’horreur ou de sensations fortes, vous risquez d’être déçus. Cela ne signifie pas qu’il n’y a pas des scènes effrayantes. Les épisodes mettent mal à l’aise, on assiste à des événements surnaturels qui ne peuvent évidemment pas nous rassurer (avec tout ce qu’on connaît déjà : voix flippantes, objets et personnes en lévitation etc…). Mais rapidement on comprend qu’on n’est pas concrètement face à une série d’horreur (même si je l’ai regardée le jour d’Halloween vu que je ne savais pas trop regarder et que le replay d’Arte ne dure pas non plus une éternité). Il faut dire les choses : c’est avant tout une mini-série dramatique qui reprend la célèbre histoire pour s’intéresser à des problèmes plus intimistes.

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En effet, si nous assistons (avec Maurice Grosse et Guy Playfair) bien à des événements surnaturels, la série préfère se pencher davantage sur l’une des théories autour de cette affaire : la supercherie. Le film de James Wan mettait déjà en scène certains experts (notamment Anita Gregory – interprétée par Franka Potente) qui remettaient en question l’histoire de la famille – principalement pour des raisons financières. Certes, on ne nous affirme pas totalement ce qui s’est passé (seuls les Hodgson connaissent la vérité). Est-ce que tout est faux ? Est-ce qu’il y a, malgré des mensonges avérés, une part de vérité  (la vraie Janet affirme qu’il n’y aurait que 2% de mensonges parmi tout ce qu’elle a dit – et qu’elle n’avait menti que pour faire intervenir des spécialistes qui ne se seraient pas intéressés aux réels événements) ? En tout cas, cette mini-série prend un parti intéressant : montrer la connexion entre Maurice Grosse et la petite Janet Hodgson. Maurice Grosse n’est alors un personnage qui sert à enquêter, on s’intéresse réellement à lui avec ses problèmes personnels et donc ses blessures. Le parapsychologue de la Society for Psychical Research a vécu un drame (compliquant les relations avec son épouse) en perdant sa fille d’un accident de la route. La fille en question se prénommait… Janet. Grosse a-t-il alors accepté de s’investir autant dans cette enquête car il pensait retrouver en quelque sorte sa fille chez les Hodgson ? Quant à Janet, n’est-elle pas perturbée voire même traumatisée par le divorce de ses parents ? Est-ce qu’elle aurait pu inventer ces poltergeists chez elle par manque d’attention et affectif ? Finalement, au fond, ce n’est pas si important de savoir s’il s’agit d’un mensonge ou non – même si la présence de Grosse et Playfair reste intéressante dans cette quête de vérité : même s’ils sont prudents (surtout Playfair) voient-ils ce qu’ils ont envie de voir (cela dit la question de la vue et de la croyance était à mon avis davantage poussée chez Wan) ? La métaphore autour des fantômes (deuil, départ d’un être qu’on aime) reste alors pour moi plutôt réussie et intéressante et c’est selon moi pour cette raison qu’il faut découvrir cette mini-série

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Vu ma description et la démarche des scénaristes, ne vous attendez à voir de l’action à tout bout de champ ! Cela dit, je ne me suis pas ennuyée un seul instant. Il faut dire que le format est selon moi bien trouvé dans le sens où ce n’est ni trop court ni trop long. Les trois épisodes en question, qui s’enchaînent plutôt bien, ont été réalisés par Kristoffer Nyholm, qui avait signé une des saisons de la série danoise réputée The Killing (que j’aimerais bien découvrir) et je dois dire qu’il a fait du bon boulot. La mise en scène est plutôt soignée et réfléchie. Encore une fois, certaines scènes sont assez flippantes et les effets sont bien faits (même si pour les deux cas il n’y a rien de révolutionnaire mais ça ne m’a pas non plus chiffonnée). Evidemment, encore une fois, il ne faut pas chercher de comparer avec Conjuring 2. Il n’y a pas les mêmes moyens mis (il ne faut pas oublier qu’on est face à un produit télévisuel – pas tous ont le même budget qu’un Game of Thrones) et de toute façon, encore une fois, la série ne cherche pas à nous époustoufler visuellement. Cela dit, on notera tout de même un soin accordé à la reconstitution des années 1970, que ce soit au niveau des décors, des costumes et même plus généralement l’ambiance, sans que cela m’ait paru trop exagéré. Niveau écriture, dans l’ensemble, je suis assez satisfaite. Enfin, Le Mystère Enfield est également servi par un très bon casting. Timothy Spall est fabuleux voire même bouleversant dans le rôle de Maurice Grosse. Même si elle reste en retrait, l’interprétation de Juliet Stevenson est également très touchante. J’ai également bien aimé l’interprétation de Matthew Macfadyen même si on aurait pu exploiter davantage son rôle. La jeune Eleanor Worthington-Cox (qu’on a pu voir dans Maléfique de Robert Stromberg) est également géniale dans le rôle de cette gamine ambiguë, difficile à cerner. Son interprétation est cohérente avec l’ambiguïté même du scénario autour de la véracité ou non de l’affaire. Pour conclure, sans crier au chef-d’oeuvre, il s’agit d’une très bonne mini-série que je vous conseille (et donc pas besoin d’être fan) prouvant de nouveau la qualité des programmes de fiction britanniques.

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C.R.A.Z.Y.

réalisé par Jean-Marc Vallée

avec Michel Côté, Marc-André Grondin, Danielle Proulx, Pierre-Luc Brillant…

Drame canadien. 2h09. 2005.

sortie française : 3 mai 2006

Movie Challenge 2016 : un film ayant lieu dans un endroit que j’ai toujours rêvé de visiter 

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Un portrait de famille qui dépeint la vie souvent extraordinaire de gens ordinaires à la poursuite de leur bonheur.
De 1960 à 1980, entouré de ses quatre frères, de Pink Floyd, des Rolling Stones et de David Bowie, entre les promenades en moto pour impressionner les filles, les pétards fumés en cachette, les petites et grandes disputes et, surtout, un père qu’il cherche désespérément à
retrouver, Zac nous raconte son histoire…
25 décembre 1960 : Zachary Beaulieu vient au monde entre une mère aimante et un père un peu bourru mais fier de ses garçons.
C’est le début de C.R.A.Z.Y., le récit de la vie d’un petit garçon puis d’un
jeune homme pas comme les autres, qui va jusqu’à renier sa nature profonde pour attirer l’attention de son père.

C.R.A.Z.Y. : Photo Marc-André Grondin

Jusqu’à présent, les films américains de Jean-Marc Vallée m’avaient fortement déçus. Je n’ai pas compris le succès de Dallas Buyers Club malgré le talent de Matthew McConaughey et Jared Leto et Wild était pour une énorme daube. Mais je tenais à donner au réalisateur canadien une dernière chance en découvrant un film plus local, probablement plus authentique, loin des attentes hollywoodiennes. Surtout, C.R.A.Z.Y. a permis au réalisateur de poursuivre sa carrière aux Etats-Unis. Ce film (à regarder avec des sous-titres, l’accent étant parfois incompréhensible pour nous) a rencontré un véritable succès au Québec (et plus généralement dans le monde) en accueillant dans les salles un million d’entrées sur pratiquement 7,5 millions d’habitants ! Il a aussi reçu une flopée de récompenses dont 13 Jutras (l’équivalent québécois des César) pour 14 nominations et 10 Génies (les prix concernant l’ensemble du cinéma canadien). En tout cas j’ai toujours entendu du bien de ce film, j’en attendais beaucoup. Heureusement, je n’ai pas été déçue et j’aimerais bien que ce monsieur Vallée retourne à ce genre de film plutôt qu’à des machins insipides juste réalisés pour être dans la course aux Oscars. Je ne crie pas non plus au chef-d’oeuvre (il y a selon moi quelques clichés qui auraient pu être évités) mais c’est tout de même un film qui fait plaisir à voir, qui reste bien fait dans son genre, avec de l’honnêteté et qui parvient à toucher. C.R.A.Z.Y. fait référence à la chanson homonyme de Patsy Cline – le père de la famille Beaulieu étant un grand amateur de chansons françaises. Ce titre représente aussi les initiales des cinq enfants (que des mecs) de la famille : Christian, Raymond, Antoine, Zachary et Yvan. Le long-métrage suit surtout l’un d’entre eux, Zach, qui vit mal son homosexualité au sein d’une famille très catholique dans les années 60-70 (époque par ailleurs très reconstituée avec de nombreux détails), époque également de la libération des moeurs qui passe notamment avec l’évolution de la musique dans l’histoire. Quand je parle de famille, je parle donc du père, totalement homophobe et intolérant, toujours coincé avec ses chansons d’Aznavour tandis que ses garçons écoutent du Bowie. Zach est prêt à renier sa véritable identité pour se faire aimer de ce père qui aime certainement ses enfants mais qui préfère privilégier ses convictions (certainement liées à l’époque et son éducation) qu’au bonheur de ses gosses. Cela montrera d’ailleurs les limites de cette éducation qui n’épargnera pas l’un des enfants Beaulieu par les ravages de la drogue.

C.R.A.Z.Y. : Photo Marc-André Grondin, Pierre-Luc Brillant

Si nous avons parlé du rôle du père, celui de la mère est également très important. Figure davantage plus doux et tolérant – même si elle ne parvient pas à raisonner son époux (vu les différents contextes, cela peut être compréhensible), la mère Beaulieu a une relation particulière avec le petit Zach : pour elle, cet enfant est encore plus unique que les autres. Il aurait un don (lié à sa naissance un soir de Noël ?) et surtout serait connecté à sa mère. Il y a notamment cette jolie scène (certes, pas d’une grande subtilité mais je l’ai tout de même bien aimée) dans laquelle Zach est dans le désert israélien en train de crever de déshydratation et parallèlement sa mère, toujours au Québec, qui se sent très mal, se lève et va dans la salle de bains boire et se rafraîchir : Zach aurait alors été sauvé par sa mère par distance. Peu importe s’il s’agit d’une coïncidence, on comprend bien le message. Si elle peut paraître peu subtile sur le papier (en lisant des commentaires à droite et à gauche, j’ai l’impression qu’elle a divisé pas mal de spectateurs), cette scène reste pourtant très émouvante à l’image de l’ensemble du film. Cela dit, il n’y a rien de larmoyant principalement à cause du ton adopté. En effet, on trouve une sorte de légèreté, mêlée littéralement à quelque chose de plus fou, à travers les choix musicaux qui ne sont pas simplement là pour faire joli (hélas, c’est souvent le cas dans de nombreux films) mais bien pour illustrer l’époque paradoxale dans laquelle vit Zach, entre révolution sexuelle prônant la liberté d’être ce qu’on est au fond de soi et éducation stricte religieuse qui a pour but de formater l’individu. Les choix musicaux illustrent aussi le changement vestimentaire et plus généralement physique de Zach (ainsi que certains de ses frères). Ce point est intéressant puisqu’il va de pair avec la quête d’identité sexuelle du personnage principal. La mise en scène est donc intéressante, au moins avec de la personnalité contrairement aux films américains de Vallée, le scénario est également très inspiré et assez bien construit (ce n’est pas révolutionnaire mais ça reste bien fait), l’ensemble est bien rythmé, on suit en tout cas volontiers l’histoire racontée avec beaucoup de sincérité. Enfin, C.R.A.Z.Y. est porté par d’excellents interprètes, notamment les bouleversants Marc-André Grondin (très naturel) et Michel Côté (étonnamment attachant – il ne rend jamais son personnage salopard malgré son intolérance pourtant inexcusable) qui se détachent légèrement même si le reste de la distribution n’a pas à rougir.

C.R.A.Z.Y. : photo Jean-Marc Vallée, Michel Côté

Daddy Cool

réalisé par Maya Forbes

avec Mark Ruffalo, Zoe Saldana, Imogene Wolodarsky, Ashley Aufderheide, Keir Dullea…

titre original : Infinitely Polar Bear

Comédie dramatique américaine. 1h32. 2014.

sortie française : 8 juillet 2015


 

Daddy cool a été vu dans le cadre de la nouvelle opération de Dvdtrafic de Cinetrafic. Je vous encourage à aller voir quelques liens qui vous donneront quelques idées : un bon petit film et voir également tous les meilleurs films.

Evidemment, un immense merci à Bac Films ! (vous pouvez d’ailleurs aller vers son site et sa page facebook).

 

Daddy Cool

Entre fous rires et crises de larmes, Cameron Stuart ne sait plus où donner de la tête. Diagnostiqué bipolaire, Cameron suit un traitement dans le but de reconquérir sa femme Maggie et de réintégrer le cocon familial qu’ils forment avec leurs deux filles. Mais lorsque Maggie décide de quitter Boston pour partir à New-York reprendre ses études, la jeune femme n’a pas d’autre choix que de confier la garde de ses enfants à ce père pas tout à fait comme les autres…

Daddy Cool : Photo Mark Ruffalo, Zoe Saldana

Maya Forbes, productrice de shows et téléfilms depuis une bonne vingtaine d’années, et pour l’info people frangine de China Forbes (la chanteuse de Pink Martini) signe ici son premier long-métrage. Elle ne s’est pas attaquée sur n’importe quel sujet : la bipolarité. Et elle connait très bien son sujet puisque son père était maniaco-dépressif. On peut donc parler de film autobiographique, autour de son enfance avec ce père pas comme les autres, même si elle a changé les noms des personnages. Je sais que le titre « français » (oui, en France, nous sommes les rois de la traduction du titre anglais par un titre anglais) est totalement repoussant, ça me fait penser à la fois aux proxénètes / à la chanson de Boney M / à la marque de sucre (pour vous dire à quel point on a fait fort !). Le titre original est réellement plus significatif avec cette erreur langagière de la cadette « Polar Bear » au lieu de dire « Bipolar ». En effet, même si le film évoque cette maladie, il s’agit avant tout d’un film doux sur la famille et même l’enfance. Je suis tombée par hasard sur une interview de la réalisatrice dans Gala (oui, c’es de la grande lecture) et elle voulait transmettre une image positive de cette famille qui sort de la norme et pas qu’à cause de la maladie. En effet, la famille en question est composée de personnes blanches et noires, la mère de famille les « abandonne » (c’est le point de vue de certaines personnes qui ne comprennent pas la gravité de la situation) pour pouvoir reprendre ses études (le père doit alors rester au foyer) et la famille vit une situation financière désespérante (alors que la famille de Cameron est très riche) : tous ces éléments (en particulier les deux premiers cas cités) étaient vraiment mal vus dans les années 1970. Finalement, quand on observe bien le fonctionnement et l’identité de cette famille, on s’aperçoit que sa différence ne réside donc pas uniquement par le biais de la maladie du père. En fait, c’est comme si cette bipolarité faisait ressortir toutes les choses qui faisaient tâche à l’époque, notamment en évoquant par petites touches le féminisme et la place des minorités (ici les Noirs). Je voulais éviter d’écrire une phrase naze mais je vais tout de même l’écrire, même si je ne tiens pas à vous dégoûter de ce film : la différence (n’importe quel type) est littéralement vue comme une maladie mais la famille devient forte et unique grâce à cette différence.

Daddy Cool : Photo Mark Ruffalo, Zoe Saldana

Au passage, je félicite vraiment la réalisatrice de s’être battue contre les studios pour insérer cette partie de sa propre histoire sur la mixité (les studios voulant plutôt une actrice blanche pour incarner la mère) qui n’est pas uniquement là pour décorer et faire un lien autobiographique mais qui retranscrit bien une certaine mentalité d’une époque. En parlant d’époque, j’ai beaucoup aimé la reconstitution des années 1970. Grâce à beaucoup de détails (la photographie, les costumes, la musique), on arrive à se plonger dans cette époque et en même temps, en n’appuyant pas non plus trop sur cet aspect (car hélas beaucoup de films qui se déroulent dans certaines époques, surtout dans les années 70, ça peut vite être too much). La bipolarité fait alors ressortir toutes les différences possibles au sein d’une famille mais le film montre un message très positif : on peut vivre ensemble malgré nos différences. Ca peut faire très niais dit comme ça mais pourtant quelque chose de sincère et de simple fonctionne, le « message » est en tout cas bien véhiculé. Après, on pourra reprocher au film d’avoir une mise en scène et un scénario très simples, c’est sûr qu’il y a des choses perfectibles mais le travail reste propre et structuré et on sent derrière une implication de la part de Forbes. Le film est porté par des acteurs impeccables. Dans le rôle principal, Mark Ruffalo est de nouveau sensationnel. Il est à la fois fragile, un peu flippant quand son personnage fait une crise, mais il est réellement attachant. Malgré la maladie, on a pratiquement envie d’avoir un père comme lui, proche de ses filles, qui fait absolument tout pour elles. Son interprétation communique quelque chose d’énergique. J’ai également été très surprise par la performance de Zoe Saldana, j’ai eu l’impression de la découvrir pour de bon (c’est pas qu’elle jouait mal dans ses autres films mais, dans ceux que j’ai pu voir avec elle, je ne trouvais pas que son talent était suffisamment mis en avant). Les deux petites (pour l’anedcote, Imogene Wolodarsky, qui incarne l’aînée, est la fille de la réalisatrice) s’en sortent également bien. Daddy Cool n’est peut-être pas LE film de l’année mais il s’agit d’un bon petit film indépendant comme ce genre de cinéma sait parfois en produire, réellement frais, attachant, efficace, souvent drôle, touchant (j’avoue avoir eu ma larme à la toute fin du film) mais jamais larmoyant.

Daddy Cool : Photo Mark Ruffalo

 

Life on Mars

Créée par Matthew Graham, Tony Jordan et Ashley Pharoah

avec John Simm, Philip Glenister, Liz White, Dean Andrews, Marshall Lancaster, Tony Marshall, Noreen Kershaw, Ralph Brown, Joanne Frogatt…

Série dramatique, policière britannique. 2 saisons. 2006-2007.

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Le monde de l’inspecteur Sam Tyler va changer du tout au tout. Peu de temps après que sa petite amie ait été kidnappée par un serial killer, il est renversé par une voiture. Il se réveille en 1973… Devenu jeune inspecteur de police, il doit s’adapter à ce nouveau monde et découvre un lien entre un meurtre récent et le kidnapping de sa fiancée en 2006.

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Life on Mars est une série culte en Grande-Bretagne au point d’avoir un remake (apparemment raté) américain avec Harvey Keitel (mais vite annulé) et une suite (Ashes to Ashes, qui totalise en tout trois saisons). La série avait beau cartonné dans son pays d’origine, elle a été arrêtée au bout de deux saisons (il y a en tout cas que 16 épisodes, chacun durant 50 minutes) tout simplement parce que les scénaristes ont pris la bonne décision : ne pas éterniser cette histoire. Mais quelle histoire vous allez me demander ? Celle de l’inspecteur Sam Tyler, brillant inspecteur qui se fait renverser par une voiture et qui se réveille en 1973… sur la chanson de David Bowie, Life on Mars (lui-même étant juste avant en voiture avant d’y descendre et écoutant cette chanson avant l’accident). « Am I mad, in a coma, or back in time ? » (« Suis-je fou, dans le coma ou suis-je dans le passé ? ») est la question (présente dans ce générique que j’adore) que Sam va se poser tout le long de la série. Il y a de quoi se poser la question car le spectateur ne sait pas du tout que ce qui arrive à Sam. D’ailleurs, plus généralement, on peut même dire que la série est inclassable (enfin sur le papier, on pourrait la « classifier » mais je ne veux rien spoiler). En effet, on retrouve à la fois l’esprit des films et séries policières mettant en scène un duo de flics radicalement opposés ainsi que le côté fantastique et voyage dans le temps, façon Code Quantum même si, pour vous rassurer, Life on Mars n’a finalement rien à voir avec cette autre série culte, et surtout, on ne sait pas vraiment s’il y a une part de fantastique (je ne vous dirai évidemment, ah ah ah !). Sans trop en dire (car cette référence a évidemment un intérêt scénaristique), il s’agit plutôt d’une sorte de relecture du Magicien d’oz, assumée dès le premier épisode à travers certaines répliques et confirmée dans le tout dernier épisode, surtout avec la présence d’un personnage qui se nomme Frank Morgan (le même nom que l’acteur qui jouait Oz dans le film de Victor Fleming). Mais la série ne peut pas se limiter à ce mélange unique. Certes, on suit les enquêtes policières avec intérêt même si elles n’ont rien d’exceptionnel ou encore on trouve le décalage entre les époques très drôle.

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Mais les scénaristes ont surtout eu la bonne idée d’instaurer un fil conducteur : ainsi, à chaque épisode, Sam entend des gens (sa famille, ses proches et ce qu’il devine être ses médecins) : est-ce sa conscience, son imagination qui lui joue des tours ou est-ce qu’il y a des gens qui lui parleraient durant un coma, si on accepte l’idée que Sam puisse être plongé dans un éventuel coma ? Il entend aussi ce qui ressemblerait à des sonorités médicales qui sortiraient de différents appareils (téléphone, radio, télévision etc…). Ainsi, même si au fil des épisodes, surtout au cours de la saison 2, on finit par y voir plus clair et par comprendre ce que vit Sam. Pourtant, jusqu’à l’épisode final, on a le doute sur cette vérité, on est comme Sam, dans un flou total. Certains spectateurs ont exposé des théories farfelues mais les scénaristes ont affirmé, après la diffusion de l’épisode final, qu’il n’y avait qu’une seule réponse possible (même s’ils sont très contents d’avoir brouillé les pistes). En tout cas, encore une fois, sans vouloir spoiler (au moins, ça vous encouragera, enfin je l’espère, à découvrir pour de bon cette série si ce n’est pas encore fait !), à partir de cette intrigue qui se déroule sur deux saisons, Life on Mars est une série qui est bien plus profonde qu’elle en a l’air et d’une grande humanité. Certes, divertissante, et souvent drôle (les répliques de Gene sont à mourir de rire par exemple), Life on Mars est surtout en réalité une série bouleversante (et j’insiste sur ce terme, vu comme j’ai chialé au tout dernier épisode…) sur l’illusion que peut nous offrir la vie, notamment à travers les souvenirs (correspondent-ils toujours à la réalité ?) et nos désirs (qui se traduisent par le voyage dans le temps). « Que signifie être vivant ? » pourrait même être la question principale de la série et c’est d’ailleurs la question que se posera Sam. Cette sorte de voyage énigmatique dans le passé est donc très intéressante par rapport à la vision qu’on peut avoir du présent et notamment celle que peut avoir Sam. Ainsi, les années 1970, qu’on pourrait idéaliser en pendant que c’était mieux avant, ont quelque chose de cool (c’est même un peu poil trop cool, mais ici cela n’a rien d’un reproche étant donné que le côté un peu caricatural et déjà-vu joue en réalité un rôle dans le scénario), avec notamment une très bonne reconstitution de cette période.

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Pourtant, au fil des épisodes, on nous rappelle que cette période n’a pas toujours été aussi géniale : les enquêtes étaient bâclées, les femmes étaient victimes de sexisme et même au sein de la police elles avaient du mal à trouver leur place, les Noirs et les Indiens étaient subissaient le racisme, le hooliganisme était à son paroxysme etc… Quand on parle d’années 1970, on pense évidemment aux nombreuses références musicales (ce qui est normal, rien qu’on en voit le titre même de la série !). La principale sera évidemment celle à David Bowie, à travers quelques chansons (Gene se fait surnommer « The Gene Genie » en référence à la chanson « The Jean Genie » par exemple), mais aussi d’autres chansons de cette période-là (Paul McCartney, Elton John, T-Rex…). Enfin, la série doit également beaucoup à ses interprètes, surtout au duo formé par les brillants (n’ayons pas peur des mots) John Simm et Philip Glenister. D’un côté, John Simm (c’est moi ou il a un air de Thom Yorke ?) donne beaucoup d’humanité et de complexité à son personnage, c’est-à-dire Sam a un côté très professionnel, rigide (ce qui aura tendance à énerver ses nouveaux collègues) et en même temps il a toujours l’air mélancolique (mais sans se prendre pour Louis Garrel… oui c’est méchant) ce qui le rend plus sympathique et surtout extrêmement attachant. De l’autre, Philip Glenister donne une interprétation plaisante à ce personnage pourtant controversé sur le papier, c’est-à-dire bourru, misogyne, raciste, alcoolique et en même temps lui aussi donne une réelle profondeur à ce personnage également plus complexe qu’il en a l’air, qui ne peut pas se limiter à ces simples traits de caractère. En tout cas on s’attache vraiment aux personnages, même aux rôles secondaires, comme la timide mais courageuse Annie (Liz White) ou encore aux stupides Chris (Marshall Lancaster) et Ray (Dean Andrews). Maintenant, il faut que je découvre Ashes to Ashes, en espérant que ce soit aussi bien que Life on Mars

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La French

réalisé par Cédric Jimenez

avec Jean Dujardin, Gilles Lellouche, Céline Sallette, Mélanie Doutey, Benoit Magimel, Guillaume Gouix, Bruno Todeschini, Cyril Lecomte, Bernard Blancan, Féodor Atkine, Pauline Burlet…

Drame français. 2h15. 2013.

sortie française : 3 décembre 2014

La French

Marseille. 1975. Pierre Michel, jeune magistrat venu de Metz avec femme et enfants, est nommé juge du grand banditisme. Il décide de s’attaquer à la French Connection, organisation mafieuse qui exporte l’héroïne dans le monde entier. N’écoutant aucune mise en garde, le juge Michel part seul en croisade contre Gaëtan Zampa, figure emblématique du milieu et parrain intouchable. Mais il va rapidement comprendre que, pour obtenir des résultats, il doit changer ses méthodes.

La French : Photo Jean Dujardin

Après Aux yeux de tous, Cédric Jimenez signe son deuxième long-métrage, La French. French Connection de William Friedkin en 1971 racontait le point de vue américain sur ces immenses réseaux de trafic d’héroïne. Jimenez, qui a grandi à Marseille et dont le père tenait un restaurant à côté du bar du frangin de Gaétan Zampa, a préféré montrer ce qui se passait en France. Malgré un très bon montage, j’ai trouvé qu’il y avait une légère baisse de rythme au milieu du film (à peu près quand Michel lâche quelque temps l’affaire). Cependant, La French est un bon polar assez divertissant, possédant un scénario plutôt solide et une mise en scène efficace. Le film parvient à nous tenir en haleine alors qu’on connaissait déjà l’histoire dont la fin est tragique. Jimenez réussit tout d’abord à rendre un honorable hommage au juge Michel (même si sa famille est mécontente du résultat, le scénario prend apparemment quelques libertés en ce qui concerne sa vie privée), figure de la lutte contre le banditisme marseillais. Puis, la dénonciation d’une police et même d’un gouvernement corrompus est également redoutable. La reconstitution du Marseille des années 1970 est remarquable, la ville parvient à devenir un personnage à part. De plus, contrairement à de nombreux films ou séries, Jimenez a pensé à intégrer des interprètes marseillais (honnêtement, je n’en pouvais plus des parisiens qui jouent des marseillais, et parfois en essayant de prendre l’accent comme des pieds – d’où ma remarque qui peut paraître idiote au premier abord), ce qui fait que le contexte historique est davantage réaliste. Le duel entre le juge Pierre Michel et Gaétan « Tany » Zampa, truand marseillais d’origine napolitaine est également très plaisant à voir. Certes, Jimenez nous propose un combat entre le bien et le mal assez classique mais le film n’est pas non plus manichéen, les personnages étant nuancés (chacun a sa part d’ombre et de lumière).

La French : Photo Gilles Lellouche

De plus, Jean Dujardin et Gilles Lellouche sont excellents dans les rôles principaux. Dujardin confirme qu’il est toujours aussi bon dans des rôles plus dramatiques, j’aime le voir dans ce registre. Le second m’a également surprise. Je n’ai rien contre Lellouche à l’origine mais ses performances ne m’avaient jamais éblouie. Or, il est vraiment épatant dans le rôle de ce bandit qui garde malgré tout une certaine classe physiquement. Même si on le voit peu, j’ai également bien aimé Guillaume Gouix en gentil flic. En revanche, d’autres membres de la distribution sont décevants, en tout cas, leurs personnages ont du mal à trouver leur place. Je m’attendais à voir un Magimel plus explosif vu le surnom de son personnage (« Le Fou »), finalement ce n’est pas vraiment le cas, je suis restée sur ma faim. Les deux principales actrices sont également très mauvaises et leurs personnages totalement délaissées. Pour Mélanie Doutey, qui incarne la femme de Zampa, je ne suis pas étonnée car elle a toujours joué comme un pied. Certes, elle a des vêtements sympas et une chouette coupe de cheveux avec même une coloration très flashy mais elle passe vraiment pour une potiche. Enfin, j’ai également trouvé Céline Sallette très mauvaise. Il parait que c’est la nouvelle coqueluche du cinéma français. Je ne l’ai pas vue suffisamment jouer mais quand on la voit dans ce film, j’ai du mal à comprendre cet enthousiasme. Premièrement, son personnage est inintéressant, juste là à rouler des patins à son mari ou même à montrer son soutif (j’ai l’air de chipoter mais cette scène-là ne sert à rien, mais vraiment à rien – et en plus il n’y a rien à voir). Puis soit elle tire la tronche quoiqu’il arrive soit elle hurle comme un veau pour montrer sa détresse en gesticulant comme une imbécile (au lieu de provoquer de l’émotion, j’avais envie d’éclater de rire, j’ai cru voir une parodie).

La French : Photo Céline Sallette

American Bluff

réalisé par David O’Russell

avec Christian Bale, Bradley Cooper, Amy Adams, Jeremy Renner, Jennifer Lawrence, Louis C.K., Jack Huston, Elisabeth Rohm, Shea Whigham, Alessandro Nivola, Michael Pena, Robert De Niro, Saïd Taghmaoui…

titre original : American Hustle

Comédie dramatique américaine. 2h18. 2013.

sortie française : 5 février 2014

American Bluff

Entre fiction et réalité, AMERICAN BLUFF nous plonge dans l’univers fascinant de l’un des plus extraordinaires scandales qui ait secoué l’Amérique dans les années 70.

Un escroc particulièrement brillant, Irving Rosenfeld, et sa belle complice, Sydney Prosser, se retrouvent obligés par un agent du FBI, Richie DiMaso, de nager dans les eaux troubles de la mafia et du pouvoir pour piéger un homme politique corrompu, Carmine Polito. Le piège est risqué, d’autant que l’imprévisible épouse d’Irving, Rosalyn, pourrait bien tous les conduire à leur perte…

American Bluff : Photo Amy Adams, Bradley Cooper, Christian Bale, Jennifer Lawrence, Jeremy Renner

Le réalisateur David O’Russell a réuni du beau monde pour ce film nommé dix fois aux Oscars. On a d’un côté les acteurs de The Fighter (Christian Bale et Amy Adams), de l’autre ceux de Happiness Therapy (Bradley Cooper et Jennifer Lawrence). Le film s’inspire (apparement de loin) de l’affaire Abscam : c’est une opération datant de la fin des années 1970 dans laquelle des escrocs se sont associés au FBI afin de démasquer l’identité d’hommes politiques corrompus. Dans l’ensemble, le résultat est plutôt satisfaisant. Même s’il y a des longueurs, j’ai volontiers regardé le film. L’ambiance 70s est particulièrement sympa et plutôt bien reconstituée et le casting est plutôt bon, même si j’ai trouvé que Jennifer Lawrence était un poil au-dessus. Son personnage, très frappé, rappelant celui de Sharon Stone dans Casino (le film en lui-même fait penser à celui de Scorsese) permet d’apporter un peu d’humour et de fraîcheur à ce film. J’étais réellement contente de la voir et quand elle manque rapidement quand elle n’apparaît pas à l’écran. Les interprétations de Christian Bale (moitié chauve et gras du bide), d’Amy Adams (moitié à poil et aux cheveux encore plus flamboyants que d’habitude), de Bradley Cooper (qui parle vraiment très vite et qui a des petites frisettes) et de Jeremy Renner (ses cheveux sont tellement… étranges) sont plutôt convaincantes, on les sent investis même si je les ai trouvés bien meilleurs dans d’autres films.

American Bluff : Photo Bradley Cooper, Christian Bale

David O’Russell avait un sujet en or, cependant on a un peu l’impression qu’il ne sait pas quoi en faire. Il délaisse parfois un peu trop le sujet de base – c’est-à-dire l’opération pour piéger Carmine Polito et d’autres hommes politiques – en se concentrant un peu trop sur les personnages et surtout des relations amoureuses qui sont peu intéressantes. De plus, les personnages ne sont pas déplaisants mais ils manquent d’épaisseur. Cela peut également expliquer pourquoi les acteurs, qui sont pourtant bons, n’arrivent pas à se dépasser alors qu’on sait qu’ils sont capables du meilleur. Comme je l’ai déjà dit, j’ai bien aimé la reconstitution de l’époque, cependant, je trouve que c’est aussi l’un des défauts de ce film. On finit par avoir l’impression que le film s’est un peu trop concentré sur la musique, la photographie, les coiffures et vêtements improbables etc… Ca devient parfois superficiel. La réalisation est également correcte mais il n’y a rien d’exceptionnel, on ne peut être que déçu alors que le projet était ambitieux. Au final, on a simplement droit à un film sympathique mais trop banal et surtout on l’oublie très rapidement.

American Bluff : Photo Amy Adams, Jennifer Lawrence